La question du pardon selon différents points de vues.
f-1- La réconciliation selon le Bouddhisme (La Loi du karma)
Pour le Bouddhisme, la cause de tout conflit est l’ignorance.
La réconciliation relève d’une sagesse, qui est l’expression de la nature de Bouddha que possèdent tous les êtres, mais qu’ils ne reconnaissent pas. Pour le Bouddhisme, les renaissances se produisent selon la loi du karma, loi naturelle de causalité selon laquelle les actes positifs font renaître dans des états heureux. L’être qui renaît n’est donc ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre, mais plutôt l’héritier, de son enfance, de sa jeunesse.
Ainsi la réconciliation constamment prêchée par Bouddha à ses disciples peut-elle s’envisager dans trois domaines : Intérieur, extérieur et inter-réligieux. Dans le domaine intérieur, il importe de comprendre la vacuité des émotions conflictuelles : colère, jalousie, orgueil, etc., pour les abandonner et se réconcilier avec soi-même. Et, si l’état humain est plus favorable à l’Eveil, il est très fragile. Pour aller vers l’Eveil ou, à tout le moins, vers une nouvelle précieuse renaissance humaine, une conduite éthique et généreuse est indispensable. Ce qui a fait dire au Dalaï lama : « Soyez égoïstes, pratiquez l’altruisme ! »
La réconciliation extérieure naît d’un esprit paisible. Bouddha a enseigné que tous les êtres que nous rencontrons ont été nos mères dans une vie antérieure et que nous devons leur rendre leur bonté. Ainsi, un disciple de Bouddha, Sharibou, mendiait son repas (comme alors tous les moines) auprès d’une femme venant de pêcher un poisson, tenant son bébé dans les bras et frappant son chien qui voulait s’emparer du poisson. Sharibou vit le karma de ces quatre êtres. Dans leurs existences précédentes, le poisson, que la femme s’apprêtait à manger, avait été son père ; le chien, qu’elle battait sa mère ; et son bébé chéri, son pire ennemi. Sharibou, très attristé par l’absurdité du samsara (cycle des existences conditionnées), partit avant d’avoir reçu l’offrande de nourriture.
Les êtres cherchent le bonheur mais, à cause de leur ignorance, ils trouvent la souffrance, éprouvant de la haine et de l’attachement, ne voyant pas que tous sont leur propre famille. La sagesse implique l’Amour et l’équité envers tous, sans distinction entre ami et ennemi. Shantideva, un grand maître du passé, invitait ses disciples à reconnaître leur «ennemi » comme leur maître, parce qu’il leur révélait leurs défauts.
Dans le domaine inter-religieux, les bouddhistes considèrent les grandes religions comme l’émanation de la sagesse de tous les Bouddhas. Les critiquer revient à mettre sa petite sagesse au-dessus de celle des fondateurs de ces traditions, considérés comme des bodhissattvas, êtres éveillés œuvrant pour le bien de tous, selon leurs orientations particulières. Bouddha a comparé son enseignement à une barque permettant de traverser le fleuve du samsara pour accoster sur la rive de l’Eveil : pourquoi s’attaquer à cette barque puisqu’elle deviendra inutile lorsque le but sera atteint ? Il n’y a pas lieu non plus de s’attacher à quelque opinion que ce soit. « Lorsque l’on renonce à une opinion par le moyen de la compréhension, l’opinion en question disparaît, et demeure alors seulement la connaissance », écrit Mohan Vijayaratna, érudit bouddhiste contemporain.
Puissions-nous tous embarquer, sinon sur le même radeau, du moins ramer vers la rive de l’Eveil et y accoster dès cette vie ! Peu importeront alors les dénominations que nous aurons employées pour désigner notre embarcation.
J'ai eu le bonheur de pouvoir assister à une conférence dimanche 4 mars, lors du salon EllesSeLivrent à Braine-L'Alleud, concernant la sortie de mon dernier recueil "Sérénade à la vie" : un témoignage sur ce qui m'a conduit à l'écriture et le chemin parcouru depuis, les rencontres exceptionnelles que je fais lors des salons, depuis ma première publication en 2015. Je retiens notamment celle d'Antonia Iliescu, qui m'a honoré de sa présence en accompagnant deux de mes poèmes à la guitare et au chant : du bonheur à l'état pur, d'autant plus que la dernière chanson fut une composition personnelle sur un de mes sonnets publié en 2015. J'ai été très heureuse aussi de retrouver David Durant, rencontré dernièrement à Mon's Livre, qui a illustré, depuis, quelques-uns des mes poèmes. Des cadeaux de la vie... merci !
Un livre dont les poèmes parlent de vie, de mort, d'amour, des moments de pleine conscience, un voyage intérieur, des rencontres avec la nature aussi.
Un stand chaleureux représentant Chloé des Lys, aux côtés de François Foulon, qui a remporté le prix littéraire, et de Laure Hadrien, que j'ai eu la joie de rencontrer, et Thierry-Marie Delaunois, qui m'a fait le plaisir de chroniquer mon livre dernièrement.
Et puis d'autres découvertes également, échanges, partages, qui ont rempli mon coeur de joie tout au long de cette journée, qui restera inoubliable.
Toute vengeance est tellement incommensurable de l'extermination de milliers d'être humains, parmi lesquels tant d’innocents, d'enfants et de vieillards. Aucune peine ne peut se mesurer au crime ainsi infligé au Congo. Aussi, la seule solution est de renverser le cours de l'histoire en instaurant un débat national dans le but de mettre fin à la haine, d'empêcher une nouvelle guerre, en œuvrant sans relâche en faveur d'une réconciliation.
Si la vengeance n'a, dès lors, pas de sens, le pardon n'en a pas davantage, surtout lorsque les responsables n'ont jamais renié leurs idées ni exprimé de regrets. Comment pardonner l'innommable et l'irréparable ?
D’ailleurs, – même si l'histoire du Congo a connu bien des barbaries et des crimes à travers ces dernières années, pour les Congolais, il restera toujours quelque chose de spécifique dans chaque guerre, quelle qu'elle soit. L'humain dans l'homme, c'est le scrupule d'être, disait Emmanuel Levinas. La politesse la plus banale peut nous révéler le fondement de l'humain. On apprend à un enfant à demander pardon avant qu'il ne sache pardonner. Il en comprend le sens plus tard. Est-ce un terme social, ethnique, théologique ou universel ?
Il y a autant de domaines d'application que le mot don. L'économie du don, à la différence de la justice, n'entre pas dans une logique d'équivalence. Dans l'idée de don, on n'attend pas la réciprocité. On donne plus qu'on ne reçoit. La justice va exiger réparation, alors que le pardon va susciter l'amnistie, qui ne peut être une amnésie. Le pardon, c'est d'abord une demande adressée à la victime, avant d'être un exercice souverain en faveur du coupable, voire du bourreau. Le pardon a quelque chose de miraculeux, car il remet en cause l'irréversibilité du temps. C'est un événement inouï qui efface d'une certaine manière ce qui est advenu. Il n'efface pas l'événement, il lui donne plutôt un autre sens.
Cette conversion de la mémoire permet à son tour un autre regard sur le futur. Mais pour trouver sa place, le passé doit être reporté à la juste distance du présent. S'il vient le hanter constamment, comme un spectre, il empêche le pardon. La condition d'un pardon, c'est la vraie mémoire, libérée de la hantise. Il s'exerce constamment une concurrence déloyale entre le pardon et l'oubli. Pardonner est un acte de mémoire. Pour pardonner une offense, il faut conserver la mémoire.
L'oubli peut se faire passer pour le pardon. Cela nous arrange quelquefois. L'oubli est un abandon à notre condition ;le pardon est une décision qui inaugure une existence nouvelle. Amnésie et amnistie ont en grec la même racine. L'amnistie ne fait souvent que cacher l'amnésie. Il y a des expériences traumatisantes dont on ne revient pas. L'on ne peut pas tout pardonner. Le pardon serait-il mort dans les camps de la mort, selon la formule célèbre de Jankélévitch ? Si l'on n'a pas fait de place à l'impardonnable, on n'a pas reconnu l'extrême gratuité du pardon. Il faut donner du temps au pardon.
Le pardon est-il arbitraire ?
Le pardon est imprévisible. Ce serait donner raison à Hitler, qui a voulu tuer l'amour, l'humain dans l'homme, donc le pardon ; Hitler a pu tuer les juifs, pas la Torah. Mais, encore une fois, seules les victimes ou leurs descendants peuvent pardonner. Si tout acte transgressif est compris comme la simple conséquence d'une cause, on risque d'écarter la responsabilité du sujet, de ne plus le traiter comme un homme, c'est dangereux.
Le pardon est fondateur de la société humaine. En définitive, c'est une rupture dans la chaîne des actions et réactions engendrées par l'offense. Il est, à la fois, utopique et absolument nécessaire. C'est une condition de l'humanité. Mais pas à n'importe quel prix… Il passe par le nécessaire travail de deuil et de mémoire.
Il protège aussi la justice contre la tentation de vengeance. Mais, inversement, l'instauration d'un tribunal humain a permis une rupture dans le cycle infernal de la vengeance. La justice instaure la distance nécessaire.
L’auteur, membre de l’Association Royale des Ecrivains Wallons, a déjà publié plusieurs romans, recueils de nouvelles, ainsi que recueils de poésie. Il collabore en outre à diverses revues et forums littéraires. Plusieurs revues littéraires internationales ont en outre publié plusieurs de ses nouvelles...
Un résumé,
Bienvenue dans un monde où la réalité ne semble pas du tout celle qu’elle semble être. Où l’horreur côtoie le gore et où un simple détail fracture toutes nos certitudes.
Ouvrez ce livre, mais après vous être assuré que vous êtes en sécurité, chez vous. Avec la porte bien fermée.
D’ailleurs, ce bruissement, là, derrière vous, est-ce que…
Non, c’est sans doute le vent…
Un extrait
Extrait de la nouvelle "Ambre Laca"
Il existe des histoires terrifiantes de par le monde, des contes et légendes qu’on raconte le soir, près d’un feu de cheminée, lorsque la pluie et le vent fouettent les murs au-dehors. Mais lorsque le surnaturel prend le pas sur la réalité, lorsqu’on est confronté à l’inexplicable, le côté rationnel s’avoue vaincu.
Marcel, mon grand-père, avait une dizaine d’années tout au plus à l’époque. Il était assez indiscipliné et faisait régulièrement l’école buissonnière. L’un de ses passe-temps favoris était le maraudage, surtout à la fin de l’été. Aucun verger ou presque n’était épargné et il lui arrivait de rentrer chez ses parents, un sac rempli de pommes ou de poires.
Les mises en garde répétées de sa mère n’avaient eu jusque-là aucun effet, jusqu’au jour où il pénétra dans le jardin de la vieille Ambre Laca. Cette dernière était toujours vêtue de noir, quelle que soit la saison et avait un regard à vous faire dresser les cheveux sur la tête.
Cette réflexion sur la réconciliation et la reconstruction de la société congolaise, la classe politique doit donner un message d’espérance et un signe fort aux populations, indiquer quelques défis posés dans la lutte contre l’impunité, la corruption, la prolifération des armes de guerre etc.
Il apparaît clairement que cette entreprise nécessite la participation de tous, car c’est à tous les Congolais que revient cette lourde tâche de réaliser le projet de bâtir un pays dans son ensemble comme un seul espace de vie, où les valeurs fondamentales unissent les hommes et les femmes de tous les horizons pour la plus grande ambition : l’avènement d’un nouveau Congo, capable de créativité et d’innovations dans les domaines les plus décisifs dont dépend l’avenir de la femme, à savoir la science et la technologie, l’éducation et la formation, le développement de l’esprit patriotique, l’interaction, le dialogue avec les autres non pas comme des ennemis mais des frères avec qui ils sont condamnés à vivre sur le même territoire.
Dans cette perspective, le changement de mentalité, comme nouveau comportement a comme manifestation primordiale de rassembler les hommes et de les constituer en une structure d’épanouissement pleine : la Nation.
La Nation, est en effet, nouée et constituée par l’esprit patriotique comme principe global et espace de pratique bienfaisante du pays (changements politique, économique, social et culturel.)
En manière de conclusion, reprenons les grandes articulations de notre démarche.
Nous nous sommes essentiellement attachés à circonscrire le cadre d’émergence du Congo de l’espoir dans ce Congo du désespoir. Nous avons vu que le drame est celui d’une crise des conditions mêmes de l’existence, du blocage dans le fonctionnement de tous les secteurs primordiaux de la vie sociale, de la détresse, du tribalisme que les Congolais tiennent sur eux-mêmes et sur leur destin.
Dans un, pareil contexte, il n’est pas facile de mettre fin à ces comportements à court terme et produire un espace d’espérance collectif vraiment créatif.
Tous les effets que les Congolais avaient produits, et qu’ils croyaient se donner à eux-mêmes une image fertile de leur destinée se sont avérés, n’être que des effets oniriques sans grand impact sur leur réalité.
Tout ce que nous venons d’écrire montre que la perspective d’un changement de mentalités au Congo ne sera pas seulement réduite à une réforme des systèmes de gouvernement. Elle engage tout un nouvel art de vivre que doit fonder une nouvelle perception de point de départ de la réflexion qui devra être aujourd’hui le Congo de l’espoir : celui dont les Congolais parlent peu ou presque pas par rapport à celui dont ils parlent le plus c’est-à-dire le Congo du désespoir, de l’immobilisme du doute voire de la désespérance.
Mais comment le Congo de l’espoir peut-il venir à bout du Congo du désespoir ? Par les armes de la lucidité et de la responsabilité. Ceci implique que les Congolais doivent d’abord se rendre compte de leurs faiblesses, avant de définir des qualités suprêmes qui donnent sens à la vie humaine et assurent la cohérence à l’humanité même de l’homme ; transformer une nouvelle culture fondée sur la violence en une culture de l’intercompréhension et de la solidarité réconciliatrice.
Ce sont ces enjeux-là que l’avènement de la réconciliation et de la démocratie, au sens fort du terme, feraient surgir. Il faudrait les aborder en profondeur et avec lucidité, notre effort de pensée ne peut que déboucher sur l’horizon d’où surgiront les questions ultimes sur la vie de l’homme, le destin de l’être et la destinée du pays, situées en amont et en aval, de tout effort de développement.
Ainsi, est-il urgent, pour les Congolais de prendre conscience des enjeux qui les interpellent, de réconforter les espoirs anéantis par des années de guerres civiles et entreprennent des actions en profondeur fondées sur des convictions politiques objectives. Nul doute que le vaste programme qui viendrait à bout du Congo du désespoir sera réaliste et ambitieux, loin des politiques démagogiques et de division qui ont plongé le pays dans un véritable chaos.
Certes, nul n’est à l’abri d’erreurs, mais à nos yeux, c’est l’avenir de tout un peuple qui est à la merci des armes ; une question fondamentale interpelle tous les Congolais : comment exorciser le Congo du désespoir ?
Sous notre objectif, la thérapeutique consiste en la place d’un vaste programme politique, économique, social et culturel. Le Congo a conscience, dans sa profondeur, de vivre une période bien difficile, même s’il a contribué à ce qu’elle survienne. Et sans doute ressent-il aussi la crainte que l’avenir soit plus sombre qu’on ne veut le dire, que même la prochaine alternance ne sache pas résoudre ses problèmes, qu’elle ne lui apporte qu’un soulagement passager, par des remèdes mal choisis et insuffisamment préparés, et qu’elle demeure incertaine, changeante, doutant d’elle-même dans un monde menaçant et impitoyable. La réponse à cette contrainte existe. Elle réside dans la chance, peut-être unique, offerte : la réconciliation.
Dans une situation de dérive globale que connaît le pays, la parole de Dieu aussi offre des repères que la pensée de la reconstruction a à développer conceptuellement et à définir concrètement pour gérer ces temps de crises que vivent les Congolais. Interprétée dans sa trame la plus profonde où se dévoile la destinée de l’humanité selon le projet divin, elle fournit les structures de valeurs fondamentales qui définissent clairement les orientations de lutte contre les pesanteurs et les pouvoirs de rupture entre Dieu et le monde de l’homme.
Ce sont ces valeurs anti-crise que l’esprit met en lumière comme structures de conscience et d’existence pour l’homme congolais d’aujourd’hui.
- les valeurs de travail, d’intervention et de responsabilité ;
- les valeurs de fraternité et de solidarité ;
- les valeurs de vigilance spirituelle et de confiance. Reconstruire le Congo nouveau en fonction de l’humain en tant que ferment anti-fatalité et puissance de transformation du monde en espace de vie, sans lequel les Congolais travailleront en vain.
Le but de cette réflexion a donc été d’amener les Congolais à changer de mentalité à réfléchir en énergie qui le feront agir en nouvelles raisons de vivre et de mourir pour la Nation, en nouvelle force de vie pour croire et espérer. N’est-ce pas là le véritable problème éthique du pays, le vrai pari pour créer un Congo nouveau et ouvrir au destin du congolais un chemin d’avenir lumineux et d’espérance ?
J'ai toujours aimé écrire. Je crois que je n'osais pas me dire, alors je m'écrivais, je me décrivais et j'étais mon seul lecteur. Je découvrais qui j'étais.
J'aime les mots, papa était un grand joueur de mots, il faisait rire. Je lui ai pris ce goût aussi pour les mots qui font rire, j'aime faire rire, j'ai le sentiment de créer une ambiance, une atmosphère par le rire.
Et puis j'ai découvert que les mots était une belle manière de me dire sans le dire directement. Et aujourd'hui encore j'ai beaucoup de mal à laisser ma belle regarder par-dessus mon épaule alors que j'écris. Le moment de l'écriture est celui de l'intimité. Je suis chez moi. En moi.
Et pourquoi écrire sur son mal être ?
Parce que cela me permet de prendre connaissance de moi, de cette facette difficile à vivre. Quand j'écris sur mes douleurs, sur ma souffrance, je me vide d'une certaine manière de ce que j'ai du mal à supporter. Et me le dire en l'écrivant est salutaire. Ces mots sont un miroir, sans pudeur, sans faux-fuyant. Je me dis qui je suis car j'ai découvert que m'éviter, m'ignorer est l'autoroute vers la déconstruction, comme si je me refusais, si je refusais mon image, ma réalité.
Que reste-t-il de la vie ?
De deux choses l'une. Tu rames et tu te plains, t'enfonces, te subis, te détruis. Ou tu rames, découvres tes errements, t'enfonces mais refuses de plonger (mais pas toujours !). Ce qu'il reste de la vie, de ma vie, c'est ce que je décide d'en faire jour après jour : me savoir souffrant, m'accepter perdu, vivre ma solitude (on est seul quand on a mal), vouloir me relever parce que d'autres sont autour de moi et qu'elle en vaut la peine, et qu'ils en valent la peine, parce que sans elle, sans eux, où serais-je ? Quand, dans le livre je me pose la question "Bon, et maintenant je me flingue ?", ce n'est pas une image.
La fin de quelque chose ?
La fin de celui que je connais et le périple sans GPS vers celui que j'ignore et que je souhaite rencontrer et connaître. C'est une sacrée histoire de devenir un autre que celui avec qui j'ai vécu pendant cinquante ans. La maladie, ma maladie, c'est un enfer.
Vous écrivez …
A l'abri d'un donjon
Vivait jadis un con
Qui, hébété couillon,
Croyait être un dragon.
…quel est le sens de ce quatrain ?
J'ai vécu cinquante années de bonheur, de bien-être, d'insouciance, d'hébétude sans connaître vraiment la valeur de la vie que je menais, de ce bonheur qui me fréquentais sans réellement percevoir ce qu'était ce bonheur, ce bien-être, cette santé. Et puis, soudain, le clash, la baffe, le tremblement de l'être, petit à petit, insidieusement, en profondeur, inconnu. Je croyais être et n'étais plus grand chose, capable de grand-chose, rêvant de grand-chose, …
La décennie 1990-2000 représente pour le peuple congolais l’espoir d’abord, puis la tragédie. Il voit la chute du parti unique « révolutionnaire » avec ses travers, suscitant ainsi d’immenses espoirs ouverts par les perspectives démocratiques. Il voit les défaillances d’une démocratie pervertie qui, à la place d’échanges d’idées et de discussions de programmes de sociétés, engendre des guerres civiles. Ces guerres sont d’autant plus dramatiques, que les armes utilisées sont à la fois sophistiquées (armes d’exterminations massives, aviation, …) et pernicieuses (viol, ethnocide, …). Mais ces guerres sont menées à travers de milices et de mercenaires. Aussi, les conséquences ne facilitent-elles pas la réconciliation, aujourd’hui nécessaire au pays : extermination, destruction de matériel (l’infrastructure, exceptée l’industrie pétrolière), hypothèques sur les richesses minières et pétrolières du pays, exode, haines interethniques, retour à des situations d’avant indépendance. Dans ce contexte, il n’est pas difficile de comprendre l’échec de nombreuses tentatives officielles, ou officieuses, de réconciliation et donc le scepticisme des bonnes volontés. Et pourtant, la cérémonie de réconciliation et « du pardon » qui avait clôturé la Conférence Nationale Souveraine avait laissé espérer la fin de pratiques anachroniques au profit du respect des droits de l’homme, et naturellement le développement national. L’échec de ces espoirs est tel que le dialogue national sans exclusive lancé par le président Denis sassou nguesso au mois de mars 2001 n’a pas suscité beaucoup d’enthousiasme mais a nourri quelques espoirs, auxquels le peuple congolais veut encore s’accrocher.
Alors se posent quelques questions.
Etait-il sérieux de faire espérer inutilement tout un peuple ?
Etait-il responsable de réunir, autour d’une table, un panel non représentatif de l’ensemble des sensibilités ? Etait-il opportun, en cette période, en ce lieu, et avec ces hommes, dans ces conditions, de tenir ce dialogue national « sans exclusive » certes utile, mais dont toutes les conditions de réussite ne semblaient pas réunies loin s’en faut ?
Mais une fois tenu ce dialogue, il importe plutôt d’en tirer les enseignements et de mettre en œuvre les décisions adoptées. Ainsi les espoirs de ce forum devraient-ils être consolidés par les autorités et par toutes les parties, afin de sceller le pacte de la réconciliation nationale qui soulagera les peines individuelles et collectives endurées moins non encore pardonnées.
Dans cette optique, il est impérieux pour toutes les parties en conflit – toutes tendances confondues – de s’atteler à la concrétisation de ces lueurs d’espoir dans l’intérêt du peuple congolais tout entier eu égard aux ressources importantes utilisées à cet effet. N’est-ce pas là que commence le patriotisme tant proclamé, patriotisme qui n’est du reste le monopole de personne.
Si, par orgueil, chacune des parties belligérantes refusait de faire le pas décisif susceptible d’amorcer le dialogue, les perspectives s’assombriraient alors et les bonnes volontés pourraient se décourager, compliquant davantage le règlement. Alors refuser de coopérer serait fuir ses responsabilités politiques et morales, tandis que persister dans la violence serait entretenir le crime. Il faut donc passer outre son orgueil et croire en une fin prochaine de l’hostilité et à la réconciliation. Car faut-il être assuré du succès pour entreprendre ? Et quel mérite y-a-t-il à attendre que toutes les conditions de réussite soient réunies pour œuvrer ?
Aussi, ce travail ne doit-il pas être laissé à la seule charge des autorités, chacun en ce qui le concerne doit apporter sa contribution quelque modeste qu’elle puisse être. C’est dans cette perspective que la présente réflexion s’inscrit.
Ce n’est ni un canevas de travail, ni une solution, dans la mesure où nous ne connaissons pas les grands contours de cette violence interethnique récurrente. Cette réflexion est peut-être naïve, mais elle est sincère et charitable sans aucun doute. C’est surtout un espoir, notre vœu le plus cher, que notre pays s’oriente résolument vers l’utilisation judicieuse des richesses humaines et naturelles nationales au profit du plus grand nombre de personnes.
Du point de vue de sa structure, l’ouvrage comprend six parties de manière à envisager les principaux aspects de cette situation dramatique dont il semble impossible de sortir, du moins à court terme.
Dans le premier chapitre, nous présenterons, en premier lieu, le cadre spatio-temporel avec un bref aperçu sur sa géographie et l’importance de l’ethnographie au Congo. En second lieu, nous envisagerons d’abord les mouvements messianiques, dont le plus important a été le Matsouanisme du nom de son fondateur Matsoua ; ensuite, l’histoire politique du Congo marquée par la création des partis d’obédience européenne et africaine qui, au cours de leur évolution, ont connu un nombre sans cesse croissant de drames, notamment des affrontements interethniques et partisans de 1959.
Dans le deuxième chapitre, comme le drame se passe davantage à Brazzaville, nous ferons d’abord une incursion dans les principaux quartiers de la capitale, ensuite nous ferons une rétrospective des journées qui ont conduit à la chute du régime Youlou.1 En troisième lieu, nous envisagerons, avant d’analyser la crise congolaise qui s’est traduite par les guerres ethniques de la décennie 1990, d’examiner le caractère ethniciste des pratiques et arguments des politiciens. Nous verrons alors que de tels comportements ne pouvaient déboucher que sur des massacres, exécutés par de milices particulièrement conditionnées. Et pour comprendre cette situation, nous nous sommes interrogés sur l’importance du cœur dans la tradition congolaise.
Dans le troisième chapitre nous examinerons les aspects théoriques des affrontements, les tactiques et les stratégies d’élimination des populations, pratiques traumatisantes pour les survivants. Après cette réflexion, nous envisagerons dans le quatrième chapitre les conséquences tragiques de ces guerres, dans ces pratiques d’une part (recours systématique aux tortures, hypothèque des ressources en vue d’armer les milices et mercenaires, viols, tueries, harcèlements, corruption,…) ; et d’autre part des points de vues politique, social, économique, culturel, financier, militaire,…
Ces questions déboucheront sur l’impérieuse nécessité de réconcilier ces communautés ethniques qui se sont affrontées de façon violente. C’est l’objet du cinquième chapitre. Et pour cela, nous envisagerons la question incontournable de la vérité sur les différents évènements, comme préalable au pardon. Nous examinerons, dans cette perspective, la réconciliation du point de vue des religions (Bouddhisme, Christianisme, Islam, Judaïsme, religion traditionnelle africaine.) Car, une fois la réconciliation amorcée, il conviendra de l’accompagner et de la préserver.
Quelques aspects sont examinés enfin dans une perspective salvatrice : lutter contre la culture d’impunité, la corruption, la prolifération des armes légères et envisager la démocratie en terme d’exigence, de respect des droits, mais surtout de respect des engagements pris!
Mais comme une paix sans perspective heureuse ne saurait durer, le développement de notre pays se fera grâce à la contribution individuelle et collective de chaque citoyen, de chaque groupe. Il faut alors un élément fédérateur pour construire ou reconstruire la nation du « Congo de l’espoir ». Dans cette perspective, je reste convaincu que notre histoire commune et notre patrimoine culturel, matériel et immatériel seront assurément plus utiles que toutes les richesses, objet de toutes les convoitises malheureusement.
Aussi, nous envisagerons enfin la reconstruction à partir des fondements existants dans un premier temps. Dans un second temps, nous circonscrirons le cadre en y mettant des garde-fous aux leviers du développement de manière à changer la progression de la destruction en disposition favorable transformant les rêves en problèmes pour la pensée et en énergie pour l’action. C’est à cela que nous nous emploierons dans le sixième chapitre.
Nous terminerons par quelques réflexions encourageant les différents acteurs congolais à renoncer à la violence, au profit de la concertation, en invitant les fils de ce pays à éteindre complètement les sources de tension.
Pourquoi cet ouvrage, alors qu’il en a déjà bon nombre parmi lesquels d’excellents ?
D’une part parce qu’il est le cri du cœur d’un citoyen sans engagement partisan, vivant une espèce d’exil forcé à l’étranger. Il a perdu de ce fait ses racines, ses certitudes jusqu’à ses espoirs. Il ne comprend ni les logiques de ces guerres, ni leurs motivations profondes, ni leur finalité. Il essaie donc de comprendre. Il s’exprime de façon interrogative et populaire.
D’autre part, parce qu’il traduit un espoir fou et non une désespérance. Et si ces raisons ne suffisaient pas, j’ai un besoin de sentir ma terre natale, quelle que puisse être la douceur de l’exil, malgré la compassion et la sollicitude de nos frères africains en particulier, et des autres hôtes qui supportent tant bien que mal notre fardeau.
La situation politique, économique, sociale et culturelle des pays anciennement colonisés est dramatique. Elle l’est davantage que celle des pays développés, du fait non seulement de leurs ressources limitées ( ?) mais surtout parce que nulle perspective radieuse n’est envisageable pour leur population, en particulier les jeunes. Et si, de façon générale, elle est déjà difficile pour les pays qui n’ont pas connu de guerres civiles, ethniques ou des génocides, ceux qui les ont vécus en souffrent davantage – c’est notamment le cas du Congo-Brazzaville.
Songeons que les trois générations qui composent la société congolaise actuelle ont, du fait des bouleversements sociaux, politiques et culturels, trois univers quasiment inconciliables. Les plus âgés qui ont connu l’époque de la colonisation avec ses peines et parfois ses joies, mais surtout sa stabilité d’abord, ensuite la révolution – époque héroïque si chargée mais si exaltante – et enfin la démocratie ‘‘tropicalisée’’, avec ses malheurs et drames. Ceux-là critiquent les décennies d’indépendance. Les adultes, jeunes et moins jeunes, eux n’ont pas de souvenirs bien nets de l’époque révolutionnaire. Ils se sont retrouvés au sortir de l’adolescence, embarqués dans des guerres fratricides : s’engager de gré ou de force pour survivre, donc tuer ou se faire tuer. Aucun repère ne leur reste sinon la peur, l’hostilité sociale, le manque d’affection, bref ils ont plus appris à haïr, à détruire qu’à aimer et à construire. Enfin les plus jeunes qui sont les plus nombreux. Ils n’ont malheureusement ni l’école pour s’instruire, ni la société pour s’initier, ni les médias pour s’informer, ni même une famille pour s’épanouir puisque celle-ci est disloquée. Les parents sont séparés ou décédés et, dans la plupart des cas, la seule responsable reste une mère analphabète, démunie, qui entretient une famille nombreuse et miséreuse. Ces jeunes, n’ayant plus d’interlocuteurs ne sont même plus rassurés, ni écoutés, encore moins intégrés. C’est la voie ouverte à la délinquance, à la déviance sociale, au désespoir, à la vie au quotidien, sans réflexion sur le présent, encore moins sur l’avenir. Et en corollaire, la fuite en avant dans les solutions de facilité, le refuge dans la foi, les religions bricolées (à la carte), voire le prosélytisme.
A la base de cette situation apparaît le manque de culture : même l’histoire locale est mal connue.
Il s’avère impossible dans le cadre familial, communautaire, scolaire et universitaire, d’apprendre l’histoire actuelle, celle de la vie comme des peuples, des communautés, des tribus, des groupes sociaux, culturels… bref de la nation congolaise, qu’il s’agisse de la colonisation, de la révolution, de l’expérience démocratique, des guerres civiles, de la paix armée ou du libéralisme sauvage.
Cette inculture manifeste, ce manque total de repères et de perspectives, conduisent à se poser les questions suivantes :
Comment, un pays doté par ses potentiels naturels considérables, sa population, sa littérature, sa musique, sa culture en général au point d’être considéré comme le quartier latin de l’Afrique Equatoriale, a-t-il pu basculer dans la violence aveugle ?
Comment un pays, symbole d’une révolution éclatante et de l’engagement anti-impérialiste, est-il tombé dans le libéralisme sauvage ?
Comment un pays, où régnait la cohabitation ethnique pacifique, a-t-il pu tomber dans des guerres interethniques successives ?
Comment un pays qui avait des perspectives de développement a-t-il pu décliner au point de ne pouvoir ni scolariser, ni soigner, ni même nourrir ses populations ?
Ce sont là quelques questions parmi les plus douloureuses.
Une des explications avancées est le mauvais usage de l’argent du pétrole, qui, pour l’essentiel, sert à enrichir des classes de prédateurs malhonnêtes et d’irresponsables, mais aussi à financer les guerres. Mais cette explication, malgré sa pertinence, se révèle insuffisante, dans la mesure où dans les pays pétroliers tels que le Nigeria, le Gabon etc. des guerres ne se sont pas multipliées. Remarquons en particulier qu’au Congo, le pétrole n’a pas été la cause véritable du délicat problème de succession.
Reste à approfondir le travail de recherche, comme nous allons tenter de le faire.
Mais d’autres questions apparaissent qui ne tiennent pas au passé. Elles concernent l’avenir, la reconstruction ou la construction d’un pays, d’une nation : de la nation congolaise.
Comment faire pour reconstruire le pays ? Quel projet de société adopter ? Comment mobiliser les forces et les ressources ? Comment entretenir la mobilisation de façon durable ?
A ces questions, il est difficile de répondre car un regard rétrospectif n’est pas pertinent, les conditions socioculturelles ayant fondamentalement changé.
L’histoire universelle nous aide à garder espoir et à enrichir la réflexion. Dans cette perspective, la diaspora a une grande responsabilité. Elle est plus éloignée des contraintes sociales et économiques, plus détachée des contingences quotidiennes, plus ouverte aux autres, plus concernée par le regard des autres, notamment dans les pays d’émigration ou d’exil. Elle a le recul nécessaire à une appréciation plus sereine de la situation, à l’élaboration ou tout au moins à l’esquisse de solutions même transitoires. Elle peut être handicapée cependant par l’ignorance de certaines réalités ou la méconnaissance.
C’est ainsi que de jeunes congolais, sans préjugés idéologiques ni socioculturels, se sont retrouvés du fait de « l’exil difficile » à discuter, tenter de comprendre et à expliquer le drame et esquisser quelques pistes de cheminement. Ils invitent les aînés à témoigner, pour écrire une histoire dépassionnée du pays ; les jeunes à explorer ce passé douloureux et les intellectuels à dégager des solutions.
« Les larmes de Titus » est la suite de « Mon amour à Pompéi », roman ayant connu un vif succès auprès d’un grand nombre de lecteurs.
Il s’agit cette fois d’une incursion de nos héros très contemporains dans la capitale de l’empire romain du premier siècle, pendant le règne de l’empereur Titus, dans le cours d’une Histoire déjà quelque peu altérée par les précédents voyages temporels.
Un récit captivant mêlant habilement fiction et Histoire officielle !
Petite introduction :
Le professeur Liévin a donné à ses contemporains la technologie permettant les transferts temporels. En dépit des incroyables conséquences qu’une découverte aussi révolutionnaire est susceptible d’entraîner, il est désormais tout simplement impossible pour le monde de l’ignorer. Il s’agit donc de bien réfléchir à ce que l’on va en faire, d’abord en s’assurant soigneusement que l’on sait la maîtriser.
Pendant que les sommités scientifiques et responsables politiques du 21e siècle se creusent sérieusement les méninges , le juge Roland Lévêque croit pouvoir filer le parfait amour avec Laetitia, en l’an 80 de notre ère, sous le règne de Titus, dans la capitale de l’empire romain.
Il ne va toutefois pas tarder à s’apercevoir qu’il n’est pas du tout évident de vivre dans une époque qui n’est pas la sienne et les nuages noirs qui s’accumulent sur la Rome impériale vont le contraindre à rompre la loi du silence qu’on lui avait imposée.
Extrait :
Profitant de la nouvelle lune et de l’impossibilité pour les guetteurs de distinguer quoi que ce fût au-delà d’une centaine de mètres, Varus Florus avait fait discrètement approcher ses machines des berges du fleuve dont les assiégés avaient détruit les ponts.
Le pilonnage avait commencé dès l’aube, s’intensifiant peu à peu pour devenir un véritable déluge. De lourds blocs de roche, lancés depuis l’autre rive du Tibre, s’abattaient sans relâche sur la vieille muraille, arrachant à chaque impact un peu du béton qui en liait les pierres.
En percevant une série de chocs sourds, Roland Lévêque, encore à moitié endormi, avait compris que les choses sérieuses venaient de débuter. Il s’était levé en hâte pour se rendre sur l’Aventin d’où il avait pu observer, en compagnie de quelques officiers chargés d’organiser la défense, l’impressionnant dispositif ennemi que tout le monde découvrait.
Il se trouvait là depuis un bon quart d’heure, plus fasciné qu’apeuré, lorsque les catapultes dressées près des remparts se mirent à rendre coup pour coup, donnant à Roland Lévêque la bizarre impression d’assister à un duel d’artillerie.
Il se retourna en entendant quelqu’un haleter dans son dos. Flavius Clemens, arrivant à la tête de son état-major, l’invita par geste à prendre du recul.
« Attention, Aulus ! » lui dit-il en s’approchant. « J’ignore si les augures te sont favorables pour aujourd’hui, mais tu ne dois surtout pas sous-estimer la portée de certains projectiles…
- Je promets d’être prudent, Flavius. Mais… ces rochers pourraient vraiment m’atteindre ici ?
- Pas les rochers, non. Les petites pierres et les flèches, oui ! D’ailleurs, vois un peu par là… »
Roland Lévêque suivit des yeux la direction indiquée. Une soixantaine de légionnaires, regroupés deux à deux pour transporter des sortes d’arbalètes montées sur un affût, étaient en train de se déployer le long du mur.
« Ce sont des scorpions… » précisa Flavius devant l’interrogation muette de son interlocuteur. « Des armes d’une puissance redoutable que ces soldats vont utiliser pour tenter de neutraliser les servants des catapultes ennemies. Regarde bien ce qui va se passer ! »
Des « tireurs d’élite », en somme… À la fois impressionné et prodigieusement intéressé malgré la gravité de la situation, Roland Lévêque vit une volée de flèches, ou plutôt de gros carreaux, filer depuis le sommet de la muraille pour s’abattre sur les hommes regroupés autour des machines de jet. Avec des conséquences qui lui coupèrent le souffle.
Il lui sembla que chaque projectile ou presque avait atteint une cible. Les corps ensanglantés gisaient sur l’herbe. Certains immobiles, sans doute tués sur le coup. D’autres, plus ou moins sérieusement blessés, se tordant de douleur. D’autres encore essayant d’extraire de leur ventre ou de leur membre la pointe de fer qui s’y trouvait plantée.
Dire qu’il était surpris aurait été un euphémisme. Il était en réalité stupéfié par la précision de ces armes. Et l’habileté de ceux qui les utilisaient…
« C’est terrifiant… » reconnut-il en voyant les survivants tenter de se réfugier derrière leurs machines alors qu’un second tir avait déjà lieu.
« N’est-ce pas ? » répondit Flavius sur un ton qui ne trahissait pas la moindre satisfaction. « Si tu n’avais jamais vu la guerre, tu as maintenant une première idée de ce que ça donne ! »
Roland Lévêque s’apprêtait à répondre lorsqu’il vit une énorme pierre, lancée depuis un point situé non loin de l’endroit
où il se tenait, pulvériser une catapulte ennemie. Un « tir au but »…
Il voulut s’avancer et se sentit retenu par sa tunique.
« Reste là, Aulus ! Ils ne vont pas tarder à riposter… » lui conseilla fermement Flavius. « Eux aussi possèdent des scorpions. Et savent très bien s’en servir…
- Je te crois volontiers, mais il me semble qu’ils ont trouvé à qui parler, non ? Quand je vois ce qu’ils viennent de prendre… »
Flavius lui sourit comme à un enfant naïf.
« Ne te réjouis pas trop vite… Ils ne font pour le moment que tester nos défenses ! Le plus sérieux est largement à venir. Ils sont certainement en train de préparer des machines de siège contre lesquelles nous ne pourrons pas grand-chose…
- Mais nos scorpions…
- Ils en seront beaucoup mieux protégés ! Et leurs propres tireurs gêneront tellement les nôtres qu’ils leur ôteront toute efficacité…
- Mais le Tibre… Un sérieux obstacle sans les ponts, non ?
- Leurs troupes d’assaut le franchiront, d’une façon ou d’une autre, bien avant que notre muraille ait été sérieusement mise à mal. Je serais même à peine surpris s’ils essayaient de creuser un tunnel pour passer par en dessous…
- Passer sous le Tibre ?
- L’armée romaine a surmonté bien pire… La forteresse de Massada n’était-elle pas réputée imprenable ?
- Oui, sans doute… Mais alors, quelle est ta stratégie, Flavius, pour nous sortir de cette impasse ?
- Gagner du temps. Retarder le plus possible l’inévitable. Les renforts arriveront un jour et, à condition de tenir bon jusque là, les assiégeants pourraient bien devenir les assiégés ! »
Le regard de Flavius Clemens se perdit dans le vague.
« Ils sont peut-être déjà en route. Mais c’est loin, la Germanie