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24 heures de tentation d'un séminariste... une nouvelle de Philippe Tribes

Publié le par aloys.over-blog.com

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24 h de tentation d’un séminariste.

 

Cocorico ! Cocorico ! Une mélodie fermière me sort de mon rêve interdit. J’ai dormi du sommeil du juste, sous une couette offerte par un de mes fidèles. 

Hier soir, j’ai été invité chez un notable d’une petite bourgade du sud de la France. J’ai bien mangé et bien bu, comme le dit si bien la chanson…

J’ai obtenu des fonds pour la création d’un orphelinat dont je serai bien entendu le responsable. J’ai amassé une grosse somme d’argent contre une promesse de rédemption divine que seul Dieu décidera d’accorder ou non. 

Ce matin, je suis invité chez la baronne Agathe de Boncourt dont le mari est décédé récemment d’un cancer. Je porte un costume de circonstance, en symbiose avec cet évènement tragique. Je ne supporte pas la soutane, ce haillon de pauvreté que nous impose le clergé.

Dieu est synonyme d’amour et de joie partagés. Je suis le digne représentant d’une nouvelle génération de jeunes prêcheurs ambitieux. Le curé de campagne vit dans la misère et la pauvreté pour représenter dignement son sauveur.

C’est la seule solution trouvée par le clergé pour apprivoiser ses fidèles serviteurs. J’aspire à de hautes fonctions diplomatiques pour accéder au paradis épiscopal. Ma seule ambition est de gouverner, de guider mes prochains sur le chemin de mon Christ bien-aimé.

Rome, Rome, comme disait César ! Je songe à cette capitale où les cadres supérieurs profitent de l’argent des bonnes œuvres. L’oisiveté et le fric sont les sauveurs de l’humanité. 

Notre vieille mère l’Eglise est divisée en deux clans. D’un côté, les hommes qui se soumettent à l’autorité chrétienne et de l’autre, ceux qui font respecter cette toute-puissance divine, savoureux cocktail de terreur et de pouvoir.

Dans mes rêves quotidiens, je suis gouverneur du peuple élu. Je fais respecter les lois de la haute autorité ecclésiastique, sous ma domination sans faille. 

Cette étape au pays du soleil méditerranéen n’est qu’une simple halte pour aboutir à mon objectif suprême : « Etre le roi des chrétiens ».

La religion est contrôlée par des païens de la finance internationale. 

Ces Judas du Christ sont rétribués grassement par l’Eglise pour faire fructifier le patrimoine du clergé. Mercenaires de la pauvreté, ils touchent des millions de dividendes afin de garantir à cet état dans l’état des revenus de multinationales. 

Nous sommes très loin des grands principes d’entraide et d’amour préconisés par notre Seigneur tout-puissant.

A Rome, la hiérarchie est terrible ! L’armée ou l’administration font figure d’entreprises libres. On vous attribue des grades de compétences pour bosser pour le bien exclusif du clergé.

Enfin, vous devez posséder cette foi aveugle dans l’Eglise malgré des procédés dignes d’un réseau mafieux. L’objectif de cette entreprise chrétienne est d’engranger le plus d’argent possible afin de soudoyer certains serviteurs de Dieu.

Bien évidemment, les plus fidèles seront récompensés de leur loyauté. Quand aux pauvres samaritains, ils ne reçoivent que du pain et de l’eau. Ils vivent dans des conditions précaires pour équilibrer la balance de la culpabilité.

Ces vrais serviteurs de la misère humaine font preuve d’une réelle foi et d’un dévouement sans faille à l’égard des plus démunis. 

La pression psychologique est omniprésente dans les couloirs du Vatican. Les conflits de personnes sont très fréquents. 

Il règne, dans cette prison du Seigneur, un code d’honneur propre à tout gouvernement royal. Les lois cléricales sont à respecter avec rigueur. Cette absence de pensée libre est devenue bien banale dans les couloirs du Vatican.

Il est impossible de prendre la moindre initiative sans en demander le consentement à une hiérarchie figée dans le béton.

Vous devez penser et parler avec un code de langage type de la maison. Rien d’autre n’est toléré ! 

De cette manière, l’Eglise évite les tentatives de putsch à l’intérieur de l’enceinte. Le petit curé du village demeure la carte de visite emblématique du clergé. 

Grâce à ce stratagème de pitié, elle soutire des revenus de fonctionnement. Les fidèles ne servent qu’à faire tourner la machine à fric de cette multinationale. 

En outre, la presse et les gouvernements politiques ferment les yeux sur ces transactions frauduleuses pour éviter un éclatement de tous ces esclaves vers des sectes étrangères. Ce refus des différences humaines est un danger permanent pour notre société.

5 h 30, je descends les escaliers pour prendre mon petit déjeuner. L’odeur du café titille mon nez. Une belle tranche de pain tartinée me ramène à la réalité. 

Après avoir ingurgité le repas de Dieu, je me dirige vers ma bonne action matinale : La prière. Cette méditation quotidienne confirme que je suis un bon citoyen de Jésus-Christ. Prier, encore implorer cet homme pour justifier votre temps de recueillement, acte indispensable à un bon chrétien. 

Cet acte de prière est une preuve irréfutable de notre fidélité à notre Seigneur. Ce moment de solitude est pour la majorité d’entre nous, un exécutoire contre la morosité de la vie cléricale. 

Je vis dans une maison bourgeoise, fermée de toute communication avec le monde actif. Je ne suis qu’un homme de chair et de pensée. J’ai un besoin fondamental d’être aimé par d’autres hommes, et j’affirme ma sexualité inhibée au travers de mes fantasmes. 

J’ai envie d’extérioriser ma colère et ma tristesse pour vivre en harmonie avec moi-même. J’ai besoin de rencontrer « mon Eve » pour partager avec elle ce flux d’amour qui sommeille en moi. 

Avec le temps, je m’enlise insidieusement dans cette dictature religieuse. Dieu m’interdit d’avoir une relation amoureuse et charnelle avec une femme. 

Le simple prétexte pour me refuser cette union se situe dans cette unicité amoureuse avec Jésus. Ce partage d’émotions et de sentiments amoureux procurerait un bien-être fabuleux pour tous ces prêcheurs de la Bonne Parole. 

J’aimerais construire une relation affective avec une femme. Je suis le messager de Dieu et non son esclave… 

Je prie, pour me déculpabiliser de penser différemment des autres prêtres. J’ouvre une communication directe avec le Seigneur.

Je veux régner sur la misère d’un monde affamé de bonnes paroles. 

Je serais le régulateur de l’équilibre mondial, son horloge céleste. 

Je ressens une irrésistible envie de m’approcher du Christ et de former avec lui une entité spirituelle. La vie est un véritable cadeau de Dieu. 

Notre existence est un capital précieux que nous préservons pour le faire fructifier avec le temps. Je suis tiraillé entre l’ambition de la foi et l’amour d’une compagne.

L’Eglise prône l’interdiction du préservatif. Elle gifle le monde d’une citation moralisatrice : 

« Restez fidèle à votre conjointe et vous serez récompensé par Dieu en n’attrapant pas le sida ». 

La religion s’enferme dans une dictature où les fidèles acceptent sans rémission les paroles divines. Pourtant, l’absence d’une sexualité normale engendre de graves dysfonctionnements psychologiques.

Elle génère une intolérance à accepter les différences humaines. Ces prêcheurs de bonnes paroles fréquentent régulièrement des établissements spéciaux pour assouvir leurs pires fantasmes refoulés. 

Ils se ruent sur les petits paroissiens, véritables agneaux de Dieu, pour les sacrifier sur l’autel de la prière afin de les déposséder de leur virginité. 

Je suis né pour aimer les hommes. J’offre à mon Créateur des vies, curieux mélange de l’amour de deux êtres. Je possède la foi sans faire le déni de l’amour d’une femme. 

9 h 30, je m’arrête devant le portail du château. Une surveillance vidéo m’accueille sans chaleur. Quelques instants plus tard, j’arrive à l’entrée de cette superbe demeure. 

Une femme d’une trentaine d’années me sourit chaleureusement. Mon cœur bat la chamade. Je sens le sang du Christ bouillir dans mes veines. Je suis porté par un sentiment surgi de nulle part… Je réalise qui je suis réellement. 

Mon esprit roule comme un train de marchandises qui recherche sa gare de passage.

30 printemps, libre d’amour…

Pendant que je me délecte de ses paroles, je n’ai toujours pas émis la moindre proposition sur ce projet qui me tenait tant à cœur, ce matin. 

Je m’abreuve de ses paroles, traversant son cœur comme un chevalier des templiers. Je suis en pleine guerre de religion avec mon inconscient. 

Le malin se propage insidieusement dans mes veines. Sa présence n’est pas le fruit du hasard mais une tentation du diable. Je ne suis pour elle qu’un interdit parmi tant d’autres, un moment d’excitation passager.

Elle souille ma fidélité à Dieu par son désir charnel. Je m’enfonce dans une bigamie platonique, doublée d’une histoire d’amour pour le Christ et son Eve. Elle est le fruit de sa création. 

Elle m’invite à partager le repas de Judas. Je suis si heureux d’être avec elle…Je n’ai qu’une seule envie : la prendre sur-le-champ. Mes sentiments d’homme prennent le pas sur la foi. Où es-tu, sauveur des hommes ? 

Au fur et à mesure que nous partageons le déjeuner, de grandes confidences éclatent au grand jour. Un prêtre ne peut se confier qu’au Seigneur et à personne d’autre. Je ne trouve plus aucun réconfort dans mes prières avec Lui. 

Ma muse est là, bien réelle. Elle est vêtue d’un tailleur évasé dans lequel son corps chaud appelle le démon. Il sommeille en moi…

Nous formons un couple uni par des émotions bien communes. 

Je suis un volcan rempli de lave qui coule le long du visage du Christ. Mes sentiments me menottent à elle, comme Judas l’était au Seigneur.

Je me lève pour m’enfuir de ce bûcher de Satan. Elle s’offre à moi, comme un mouton sur l’autel de la rédemption. Je suis prêt à l’aimer pour le restant de mes jours. 

Ce choix est une impossibilité technique du clergé, synonyme d’unicité affective avec le Sauveur. Pas de tentations, pas de failles… 

Le Christ avait pourtant une adoration sans bornes pour les enfants. Ils représentaient pour lui une source de fraîcheur, de pureté, et de spontanéité naturelle. 

Le couple et les enfants sont un pont d’amour. Cet ancrage affectif nous procure une stabilité émotionnelle. S’aimer d’abord, avant d’aimer sa femme et ses enfants, reste une simple logique de la vie. 

Une peur sauvage m’entraîne soudainement vers une solitude de prière. Je devine que je suis drogué à la culpabilité épiscopale. Cette religion d’exclusivité m’invite à me morfondre sur moi-même. 

Mon ambition religieuse laisse la place à une moisson d’émotions et de sentiments refoulés. Je redeviens un être de chair et d’amour où mes pulsions primaires remontent enfin à la surface. 

Je décide de prendre congé d’elle. Une vague de remords m’agrippe et me guide vers la honte. Je me retire dans mon antre de prière pour m’absoudre de ce péché charnel. 

A peine sorti du château, mes pensées déambulent dans le couloir de l’amour. Je suis bousculé comme un roseau sur la verge du bonheur. D’un pas lent, je regagne mon véhicule. 

Je suis pris en otage entre le Seigneur et le Malin. L’amour est en moi… Il gagne ma chair et mon âme, refusant toute défense contre mes pulsions. 

Je suis esclave d’un amour spontané, d’un coup du destin. Je viens de franchir la zone interdite qui m’amènera à perdre mes droits de prêtre. 

20 h, je n’ai de cesse de penser à elle. Je ne suis qu’un interdit pour Elle, une gare de transit, un fruit défendu… Je suis manipulé par Lucifer, je m’égare du droit chemin. 

Je suis amoureux d’une simple représentation du Christ. Cet amour interdit est un cadeau du Tout-Puissant. Ma passion est partagée entre le sauveur et la future mère de mes enfants.

La sonnerie du téléphone retentit. C’est Elle… Agathe m’invite demain chez elle. Je vogue sur une mer tumultueuse où ses cuisses ouvertes n’attendent que le feu. 

Demain, toute ma vie sera transformée par cette rencontre prédestinée. Sa proposition satanique est un présent du Ciel ou un pas vers le monde des ténèbres. 

Cette culpabilité me fait honte. J’ose exprimer mes émotions latentes. J’aime l’imprévu de ces vibrations qui attisent mes sens, elles jaillissent sans retenue… 

Personne n’est à l’abri d’une pulsion incontrôlable qui bouleverse votre vie affective du jour au lendemain. Je sacrifie mon corps et mon âme pour cette païenne sans scrupules. 

Dans un dernier élan de foi, je me réfugie dans la prière rédemptrice qui durera toute la nuit. Demain matin, je serai peut être à nouveau cet homme de foi, ce serviteur dévoué à son Maître. 

J’aspire à entendre un message de mon Sauveur pour me délivrer de mes pensées de chairs et de plaisirs physiques. Je suis persuadé que le malin est de mèche avec Elle pour souiller ma pureté. 

Minuit, j’implore le Tout-Puissant pour qu’il repousse le démon. Je désire rejoindre le paradis. Je dois expier mes péchés d’interdits. 

Je me flagelle le corps pour ressentir la souffrance de ce pauvre prêcheur. J’exhorte cet esprit revêche qui accapare mon âme. 

Mon corps se contorsionne dans tous les sens, provoquant des hématomes sur mon visage. Je veux en terminer avec la vie pour l’offrir à mon Créateur.

Les heures qui défilent me guident vers le droit chemin de ma destinée. Aimer n’est pas un crime, bien au contraire, c’est un acte d’amour partagé entre deux êtres qui désirent unir leurs destinées vers la création de la vie. 

Je traîne ma déchéance sur mes épaules. Persuadé d’avoir pris la bonne décision, je commence à prier jusqu’au petit jour. 

Me voilà enfin en paix avec moi-même... Ce choix de passion ne peut s’unir avec celui de la raison. Mon instinct décidera… 

Mon amour pour le Christ est grand, il sera toujours aussi important que cet amour charnel. J’aime le Seigneur en pensée et pourtant j’adore cette femme dans mon ventre. 

Une faible clarté me conduit vers la terre de mes ancêtres. Mon cœur exulte de bonheur. Le soleil se lèvera toujours à l’Est, quoiqu’il advienne de moi. Cela restera le seul « toujours » de mon existence.

 

 

Philippe TRIBES

Publié dans Nouvelle

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Nouveau jeu... Message codé à décrypter...

Publié le par christine brunet /aloys

De Sarajevo, au plus fort de la guerre de Bosnie et après un long silence, Camille la guerillera écrit à Julien, son amant vivant à Paris. Par prudence, son message est codé…

 

Cher                                              Léonard,       

 

Mon cœur coupé du tien dans son enfer soupire ;

En vain j’ai cru pouvoir assumer ton absence.

Que puis-je raconter, lorsque j’ai tant à dire,

Pour que, sans larmoyer, je plaide ma défense ?

 

Dans les squares détruits et les mornes jardins

Du centre de Sarajevo, ma pauvre ville,

Un reflet cherche son corps, comme un baladin

Tend l’oreille aux bravos emplissant sa sébile.

 

C’est un sylphe attiré par mon parfum français,

Un elfe voltigeur, frais comme un jouvenceau ;

Son souffle annonce Eros qui, sous un air doucet,

Cache un dard empenné de plumes de gerfaut.

 

Le jeune guerrier craint de tomber comme Achille :

Ira-t-il jusqu’au bout des combats à mener ?

Jusqu’ici le dieu Mars a souri à Sibylle,

Son glaive a épargné ton soldat bien-aimé.

 

Les mots de la raison me chantent que tout passe,

Tout ! Qu’en ce monde instable, on n’a rien à gagner.

Un peu d’ivresse paie pourtant les coups d’audace

Et c’est le vent de peur qui nous fait lâcher pied.

 

L’amour, s’il est sans fard et sans ombre mérite

Qu’on ose quelque chose et qu’on accepte tout.

Accours, quand il t’appelle, à son signal bien vite.

Au fond, quoi de plus doux qu’un galant rendez-vous ?

 

                                 Sibylle

 


 

Quel est donc le secret de ce poème étrange ?

Comme Julien, retrouverez-vous le véritable message de Camille ?

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Micheline Boland... une écharpe bleue pour Noël

Publié le par aloys.over-blog.com

boland photo

 

Une écharpe bleue pour Noël

 

 

"Depuis que je joue sous le maillot rouge, je me sens pousser des ailes."

 

Vincent n'en croit pas ses oreilles. Et s'il suffisait, oui, s'il suffisait que sa mère porte une écharpe bleue ou un châle bleu comme celui que porte la Vierge Marie pour changer de comportement !

 

La petite phrase prononcée lors du journal télévisé matinal par Grégory, la nouvelle étoile montante du football national, fait naître en Vincent un grand espoir.

 

En ce 23 décembre, Vincent n'a pas encore fixé son choix pour le cadeau qu'il offrira à sa mère, le jour de Noël. Vincent craint tant de lui déplaire ! Voici que Grégory lui souffle une magnifique idée !

 

La mère de Vincent s'y entend pour le rabrouer. Pour elle, il y a toujours un "mais…" qui gâche le compliment, une grimace qui gâche la marque de tendresse.

 

"Bien sûr, tu as eu 9/10 en mathématiques mais tu écris si mal…"

 

"Bien sûr, tu as rangé correctement ta chambre mais j'ai dû te le rappeler deux fois."

 

Quand il a vu, hier, la Vierge posée dans la crèche de l'église, auprès de la couche où Jésus sera posé la nuit de Noël, Vincent s'est dit que pour elle il n'y avait sûrement jamais de "mais". Jamais de moue réprobatrice face à une trace de confiture aux commissures des lèvres, jamais de sourcils froncés. Vincent a vu le voile bleu de la Vierge. Un bleu tellement doux, un bleu inoubliable.

 

"Maman, je peux aller faire un tour sur le marché ? Je voudrais acheter des images pour ma collection."

 

"D'accord mais ne traîne pas."

 

Arrivé sur le marché, Vincent brûle d'impatience de trouver le foulard ou l'écharpe du même bleu que le vêtement de la Vierge. Soudain, le pouls de Vincent s'accélère. Devant lui, l'objet de sa convoitise, une superbe écharpe en soie bleue d'un prix raisonnable.

 

"Tu as bon goût jeune homme. Celle qui portera cette écharpe, ne pourra qu'être douce." Cette réflexion du marchand attise plus encore l'espoir de Vincent.

 

Le matin de Noël, Vincent offre l'écharpe à sa mère. Miracle, celle-ci le serre contre son cœur, chuchote un "merci, poussin" pareil à celui que Marie devait chuchoter à Jésus.

 

Souvent la mère de Vincent a porté son écharpe, pour réchauffer un pull décolleté, pour agrémenter un polo ou un t-shirt. À chaque fois, Vincent réentendait un "merci, poussin" qui avait la tendresse d'un cantique de Noël et qui manifestait la bienveillance de Marie. Quelque chose de Noël accroché aux "mais" et aux moues de sa mère. Quelque chose qui adoucissait l'ordinaire.

 

 

Micheline Boland

 

http://micheline-ecrit.blogspot.com/

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Nouveau jeu... Père Noël n'aime pas les répétitions

Publié le par christine brunet /aloys

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PÈRE NOËL N'AIME PAS LES RÉPÉTITIONS

 

C'était la veille de Noël et Josette se réjouissait déjà de déguster le merveilleux repas de Noël que concoctait sa grand-mère.

 

Tous les ans, dès le 23 décembre, la vieille dame se rendait chez son volailler pour y choisir une dinde bien dodue. Elle achetait aussi de la purée de marrons, des airelles, des pommes reinette, du foie gras et tout ce qu'il fallait pour que ce soit vraiment la fête.

 

Mamy avait l'art de creuser les pommes pour présenter les petites baies rouges nappées d'une gelée de groseille… Un petit goût sûr et sucré à la fois… Josette adorait cette préparation délicieuse. Elle n'en mangeait qu'une fois l'an mais toujours avec le même bonheur. Noël n'aurait pas été Noël sans ce repas de rêve chez Mamy.

 

Il faut dire que la table était toujours décorée avec goût. Des petits lutins étaient posés partout sur la magnifique nappe blanche, les rennes du Père Noël semblaient courir derrière eux en tirant le traîneau rempli de minuscules paquets. Des jolies étoiles colorées étaient disposées çà et là autour des magnifiques assiettes de porcelaine et des verres en cristal étincelants. Chaque année, il y avait de nouveaux sujets d'émerveillement pour Josette.

 

Josette et ses parents ne fêtaient pas le réveillon car ils assistaient à la messe qui commençait à vingt heureshttp://2.bp.blogspot.com/_6tXHSzFnvQU/TOKnS3V8m0I/AAAAAAAAARI/CxrST2nRI7E/s320/Couverture+Louis+derni%25C3%25A8re+version+copie.jpg dans la petite église de village. Traditionnellement, toute la famille s'y rendait à pied…

 

Cette année là, l'hiver avait été précoce et la neige recouvrait le chemin qui menait vers l'église.

 

"Qu'importe, nous partirons plus tôt pour ne pas manquer les chants qui ponctuent l'office. D'ailleurs Monsieur le curé a demandé à ses fidèles de venir un peu à l'avance pour répéter…", avait décrété son papa.

 

"Répéter des chants connus, c'est nul cette idée !" avait répondu Josette mais sans susciter la moindre réaction de ses parents. On ferait son devoir, point final !

 

Vers dix neuf heures, sa mère l'avait emmitouflée dans son manteau de laine. C'était pratiquement le seul jour où Josette pouvait porter ce merveilleux et chaud manteau offert par sa marraine.

 

Josette se sentait pareille à une belle dame du temps jadis. Elle avait chaussé ses plus belles bottes et mis un bonnet de laine rouge. De quoi affronter les frimas de la saison et les gros flocons qui tombaient. On aurait dit des millions d'étoiles qui scintillaient dans la nuit glaciale.

 

Josette chercha bien à retarder l'heure du départ. Elle espérait échapper aux répétitions dirigées par Mademoiselle Lebas, chef de chorale et accessoirement sacristine. En vain. Papa et Maman sont sortis et Josette a suivi !

 

Quand ils sont arrivés à proximité de l'église, Josette et ses parents ont entendu les chants : on répétait déjà ! Mais quand son père a voulu ouvrir la porte, la vieille clenche n'a pas daigné tourner. Papa a insisté en poussant de toutes ses forces, en vain. Puis, il a tambouriné. Sans résultat. À l'intérieur, les chants continuaient de plus belle et empêchaient probablement les fidèles d'entendre que quelqu'un voulait entrer ! Les minutes passaient sans que personne ne viennent ouvrir cette satanée porte !

 

À vingt heures précises, comme par miracle, la clenche s'est débloquée et Josette a cru entendre un petit tintement de clochette au moment où son papa a poussé la lourde porte en chêne. Josette est entrée en suivant ses parents et tout le monde a pu admirer son beau manteau. Elle s'est assise au premier rang à côté de ses condisciples et a entonné "Les anges dans nos campagnes" avec entrain pendant que le curé s'avançait vers la crèche pour y déposer l'enfant de plâtre.

 

Sans savoir pourquoi, Josette avait échappé aux fastidieuses répétitions qu'elle n'aimait pas du tout. Elle considéra la chose comme un petit miracle de Noël.

 

Au retour, comme chaque année, on a mangé du cougnou et bu une bonne tasse de chocolat chaud. De quoi bien dormir pour aller fêter Noël le lendemain midi.

 

Le 25 décembre au matin, Josette s'est éveillée et a regardé par la fenêtre. Le temps était superbe et une neige immaculée tombée pendant la nuit recouvrait le paysage.

 

Le voyage vers chez Mamy s'est déroulé sans encombre et dès son arrivée, Josette a reçu un beau livre d'images et une pièce d'argent toute brillante.

 

La table de Mamy était superbe et Josette sagement assise sur sa chaise pouvait à loisir contempler les petits sujets qui ornaient la nappe blanche. Son attention fut attirée par le traîneau tiré par les rennes. Elle avança la main et le toucha. À ce moment précis, elle entendit un petit tintement identique à celui de la veille devant l'église. Il lui sembla même que Père Noël lui avait fait un petit signe de la main…

 

 

 

LOUIS DELVILLE

http://louis-quenpensez-vous.blogspot.com/

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Il neige sur le lac Majeur... Une nouvelle d'Edmée de Xhavée

Publié le par aloys.over-blog.com

Edmee-chapeauIl neige sur le lac Majeur…

 

   Le Verbano en hiver… une vacance différente avait dit Nicole, loin des amis et leurs châlets de montagne. Elles ont loué une maison avec vue sur le lac et une dame moustachue vient chaque matin avec les courses et leur prépare un caffé ben ben caldo, puis fait un peu de ménage en chantant Va pensiero à tue-tête, suivi en général de quelques chansons larmoyantes qui parlent de Mamma. Assises à la fenêtre, elles se laissent aller à ce farniente charmant qui est le fil conducteur de leurs journées, enfilé de perles nonchalamment égrenées. La première est ce petit déjeuner qui se prolonge, en silence en ce qui les concerne, et en vocalises sonores pour la signora Paola. Des petits pains ronds et craquants, du bettelmat, de la pâte artisanale de noisettes et chocolat du Piémont, de la confiture, le café noir qui tombe en moussant dans les tasses épaisses, la merveilleuse quiétude de mâcher sans hâte, de s’emplir la bouche des saveurs multiples. Elles se sourient des yeux, la bouche serrée sur les parfums qui y règnent, et échangent un soupir d’aise.

 

   Une autre perle est leur sortie matinale, bien chaussées et protégées. Le soleil n’est pas venu à bout de la neige, et des blocs de glace ondoient sur les rives du lac. Le lac Majeur sous la neige, c’est une grande masse au repos, un sommeil réparateur. Un long silence, si ce n’étaient les voitures et cyclomoteurs au bruit d’essaim de guêpes. Les rires des enfants se lançant des boules de neige sur la place où les hortensias nus semblent frissonner. La fontaine ne fonctionne pas, les dauphins et angelots soufflant de l’invisible dans le froid de l’air.

 

   D’autres perles sont ces repas amusés dans de petites trattorie.  Elles visitent peu, on le sait, et rarement les voit-on vraiment parler. Juste ces sourires qu’elles s’échangent, comme repues de bonheur.

 

   Le quatrième jour, elles achètent des cartes postales et s’installent à une terrasse chauffée pour les écrire. Au lieu de ces avant-plans de géraniums ou plantes riches de couleurs, le lac devant elles est bordé de bancs fantomatiques, de neige sale entassée, et les voitures sont encore plus mal garées qu’en temps normal.

 

   Tu te souviens de Stefano, maman ?

 

   Sa mère pâlit, la tristesse caressant son front comme un baiser de glace. Des larmes nappent ses yeux avec une telle soudaineté qu’elle comprend qu’elles sont restées tapies là depuis des années, n’attendant que le signal pour se libérer. Elle serre les lèvres, respire profondément à la recherche du calme qu’elle éprouvait encore un instant plus tôt.

 

   Qu’est-ce qui te fait penser à lui tout d’un coup ?

 

   Depuis deux mois je n’ai pas cessé de penser à lui, et à toi…

 

   Elle enserre le poignet de sa mère et chuchote rapidement, baissant la tête. « Il ne m’a jamais touchée, maman, j’avais menti ». Avec un petit cri étouffé et un mouvement timide du poignet pour le déplacer, Magali lutte avec l’information qu’elle a pourtant toujours soupçonnée. Qu’elle avait décidé d’enterrer avec sa vie. Elle voit sa fille, cette jeune femme qu’elle aime sans retenue et la voit souffrir et craindre l’heure qui vient, ce soir, demain et tout ce qui suivra ce moment hideux. Elle essuie une larme qui vient de dévaler sur sa joue, pendant qu’une autre s’élargit sur la nappe. « Viens, sortons, marchons un peu ».

 

   Dehors, enlacées, elles reniflent en silence, traversent lentement la petite place, s’approchent d’un groupe de mouettes qui, avec grand vacarme, se disputent les spaghetti froids qu’une vieille est venue leur déposer. « Mafalda, Mafalda ! » crie un garçonnet sous une fenêtre derrière laquelle se devine la silhouette d’une petite fille qui tente d’en faire tourner la clenche.

 

   Il habite ici.

 

   Nicole a parlé en se tournant vers sa mère, qui sursaute avec un éclair de rancune effrayée sur le visage. Elle continue :

 

   J’ai rencontré son frère par hasard il y a deux mois sur le quai de la gare. Il repartait à Milan, et moi j’arrivais de Liège. Tu te souviens d’Alfredo ? C’est lui qui m’a reconnue et m’a abordée. Il a d’abord été content de me voir, puis s’est souvenu, a hésité, et je … je me suis mise à pleurer, là en face de lui, comme une gamine. Je ne sais pas comment t’expliquer… Je refusais toujours d’y penser, notre vie était devenue si … parfaite. Mais là, avec la surprise, comment te dire … je te jure, maman, c’est la première fois que j’ai compris le mal que j’avais fait. La première fois !

 

   Elle pleure à nouveau, et Magali murmure chut chut, calme-toi, chut chut. Rentrons chez nous, on ne va pas pleurer comme des fontaines en pleine rue, non ? Elle se réchauffe  au douloureux sourire de Nicole qu’elle lui renvoie avec les lèvres seulement, son cœur étant encore pris dans un galop de souvenirs qui lui lacère la mémoire.

 

   Le dernière nuit, toute en chuchotements et protestations étouffées. Non, non, cara, elle se trompe, je n’ai pas … Mais comment peux-tu ? Je l’aime tant parce qu’elle est tienne, tu le sais ! Mais ça ? Ça ??? Jamais, cara, jamais ! Et elle qui ne discutait plus parce qu’elle savait que l’un des deux amours de sa vie mentait, et que c’était le plus fragile des deux qu’elle se devait de protéger. Laisse-moi, Stefano, c’est mieux ainsi, pars, retourne en Italie… Il y aura du soleil et un amour rien que pour toi… Pars, pars, pars… Le prix de l’amour, elle en avait connu les abysses ce jour-là, et tous ceux qui avaient suivi. Le bruit de la porte qui s’était fermée, et les pas appesantis du cœur mort de Stefano faisant couiner la marche d’en bas. Et la porte de rue qui avait laissé s’enfuir sa vie, sans émettre un son … Et puis voir ce qu’elle n’avait pas vu, toute à ses joies amoureuses : la terreur de sa fille, cette Nicole d’alors quinze ans qui avait perdu son père et ses certitudes trois ans plus tôt. Elle avait cru que la froideur et les grossièretés s’en iraient une fois que le charme et la gaieté de Stefano auraient conquis l’adolescente. Qu’il suffisait d’un peu de temps et de bisous moqueurs sur le nez.

 

   Une fois arrivées dans la villa, elles se pelotonnent sur le sofa à franges, un sachet de brutti-buoni ouvert devant elles. Prêtes pour la vérité. Dehors la neige s’est mise à tomber, et les flocons ondoient au vent léger. Certains se collent aux fenêtres comme des baisers éphémères, brouillant la vue. Elles se parlent, pleurent un peu, se consolent, rient de leur maquillage pitoyable sous les larmes, mangent les brutti-buoni comme des naufragées. Les malentendus, mal dits, mal expliqués, tout emplit la pièce, tout libère leurs souvenirs. Six ans de silence jaillissent en sanglots, rires, soupirs, gémissements.

 

   Il a ouvert un restaurant à Stresa, maman, et Arturo m’a dit qu’il ne s’était jamais consolé. Qu’il t’aimait toujours...

 

   Elle a tellement envie de rendre ces six années de bonheur à sa mère. D’effacer sa jalousie, sa cruauté, sa peur. De se sentir autorisée à vivre sa vie, elle aussi, sans remords.

 

   La route le long du lac sinue entre congères et roches que le soleil fait luire. Au volant, Magali se retient de vivre. De se réjouir. Elle a l’habitude de la tiédeur de la mélancolie. Nicole, par contre, a le teint animé, le verbe rapide, l’impatience indisciplinée. Ici, c’est ici, m’a dit Arturo. Et oui, face aux eaux gelées et gentiment mouvantes, des palmiers en pots jettent l’été sur la terrasse couverte de … Le nebbie di Magali. Les brumes de Magali.

 

  La houle d’une timide émotion bouillonne malgré elle dans le cœur de Magali. Elle sourit, regarde son haleine flotter devant son visage comme le fantôme des chagrins passés. Nicole pousse la porte qui s’ouvre en tintant gaiement. Un serveur s’approche buon di signora signorina, questo tavolo và bene ? Contenant une joie qu’elles sentent monter, elles s’installent sur une chaise qu’il recule pour elles avec un naturel qui les enchante. Elles commandent, et alors que la zuppa di pesce arrive sur la table, Nicole lui fait un signe du menton. Oui, il est là, assis à une autre table au fond avec un serveur, et c’est son timbre un peu voilé qui la vrille d’une onde brûlante. Stefano ! Stefano … Sa bouche tremble un peu, ses mains sont glacées. Elle interroge sa fille du regard. Vas-y, vas-y, je t’attends! répondent les yeux heureux de Nicole.

 

   Elle la suit du regard, la voit s’avancer comme on se lance au bord du tremplin. Sa silhouette est énergique, juvénile, elle se passe la main dans les cheveux blonds qu’elle porte mi longs. Stefano cesse de parler, s’excuse et se lève, s’avance vers elle. Il lui tend les mains, et elle devine qu’il enserre les siennes, que sa chaleur pénètre sa peau et sa peine, ce long hiver dans lequel elle l’a congelée par sa révolte d’adolescente. Ils parlent, si bas qu’elle ne perçoit que des sons détachés. Il jette un coup d’œil vers elle, esquisse un sourire distrait, revient au visage de Magali avec une intensité qui soudain l’inquiète. Il caresse les mains qu’elle a maintenant posées sur sa poitrine, redresse la tête comme pour secouer un désespoir trop pur pour être vu d’en face. Elle lui caresse une joue, et se détourne, revient vers Nicole qui déjà sent monter en elle un cri sans voix.

 

  Elles abandonnent leur table et franchissent la porte sans se toucher ni se parler, dirigent leurs pas vers la voiture, s’y installent. Nicole met le contact et le chauffage, et attend.

 

   Nicole m’a tout raconté, Stefano ! Je suis revenue vers toi. Nous sommes revenues vers toi, lui a-t-elle dit, un bonheur calme chantant dans la voix, avec en tête cette splendide image du lac Majeur sous une neige douce comme un voile de mariée, blanche comme l’innocence rendue à leur amour. Ah, cette certitude de l’avoir poignardé une seconde fois, ce chagrin acéré qui lui avait tordu les lèvres dans un rictus soudain. Cara, cara ! C’est trop tard…trop tard. Je viens de me marier, par lassitude, par refus de t’attendre encore. Elle est gentille, elle supporte ton souvenir. Mal, mais elle le supporte. C’est trop tard …

 

 

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Nouveau jeu.... je ne suis qu'une oeuvre d'art... Une nouvelle de Nadine GROENECKE !!!!!!

Publié le par aloys.over-blog.com

 

nadine groeneckeJe ne suis qu’une œuvre d’art

 

 

De sa démarche en canard, propre au marcheur débutant, Maxime s’élance en direction de Cappuccino lové sur le plaid Burberry du canapé en cuir pleine fleur. Ses grands yeux clairs illuminent son visage angélique et son sourire enthousiaste dessine deux fossettes sur ses joues rebondies. Il traverse la pièce à toute vitesse, risquant la chute à tout moment, arrive finalement à bon port et cale son buste contre le rebord du sofa afin de garantir son équilibre encore précaire. Sans attendre, il lève son petit bras potelé et, d’un geste malhabile, entreprend de tirer sur la moustache du félidé, plonge ensuite un doigt dans l’œil du matou avant d’agripper une oreille. Aucune réaction de la part de l’animal, devenu insensible aux attaques répétées de l’enquiquineur, qu’il sait dénué de toutes mauvaises intentions.

 

Charmante scène n’est-ce pas ? Une de celles auxquelles j’assiste quotidiennement. Mais ne vous méprenez pas, je ne suis pas la mère de cet enfant, ni la femme de ménage ou la nurse. Je n’appartiens pas au monde des vivants au sens où vous, êtres humains l’entendez ; je ne suis qu’un portrait peint à l’huile, suspendu au dessus de la cheminée du salon d’une famille à l’abri du besoin, dirons-nous.

 

Sans doute êtes-vous décontenancé par cette révélation et vous demandez-vous comment un personnage inanimé, fixé sur une toile, peut détenir des facultés d’observation et de réflexion. Rien de surprenant à cela si vous considérez bien la chose. Je m’explique : si le peintre a déployé toute son énergie et son savoir-faire à la réalisation de sa création, s’y livrant corps et âme, il en résultera immanquablement bien plus qu’un vulgaire morceau de toile illustrée ; cette force qui lui est propre, il l’aura insufflée à son tableau pour parvenir à concevoir une « créature » telle que moi dotée de capacités insoupçonnées. Bien entendu, nous évoquons là, non pas le travail du barbouilleur du dimanche, mais celui de l’artiste qui ne vit que pour son art et s’y adonne sans retenue. Sa main experte alliée à sa prodigieuse envie de créer donnera naissance à un chef-d’œuvre. Je suis l’un d’entre eux.

 

Vous savez déjà que je suis très loin d’être une « croûte », il est temps maintenant de faire plus ample connaissance avec MOI.

 

Pour me décrire le mieux possible, je dirais que je suis un amalgame de la Joconde et de la Sibylle de Delphes version ultramoderne, de par mes couleurs criardes et mes formes atypiques. Le mariage réussi du mystère et de l’inquiétude donc. Comme l’œuvre de Léonard de Vinci, les contours de mon visage baignent dans un voile vaporeux, le fameux sfumato, et comme dans le détail du plafond de la chapelle Sixtine de Michel-Ange, j’arbore un geste suspendu qui me rend des plus vivantes. Ne me manque que la parole pour parfaire le tableau, si j’ose m’exprimer ainsi.

 

Avant d’intégrer la luxueuse propriété de mes acheteurs, j’ai vécu un an dans une prestigieuse galerie d’art londonienne où défilaient chaque jour des centaines de personnes. Je dois bien avouer que tous ces regards admiratifs flattaient mon égo. C’est un homme d’affaires qui a jeté son dévolu sur moi ; j’ai alors traversé la Manche pour me retrouver là, dans ce salon branché, au milieu de dizaines d’autres objets de valeur. Pas toujours de très bon goût, d’ailleurs, surtout lorsqu’il s’agit des choix de la maîtresse de maison qui, soit dit en passant, me trouve parfaitement hideux et menace régulièrement de me jeter à la poubelle. Heureusement pour moi, monsieur tient à son tableau comme à la prunelle de ses yeux. Ah, si vous l’entendiez vanter mes qualités auprès de ses amis ! Un amour presque aussi fort que celui qu’il porte à son fils. Différent bien sûr, mais quand même…

 

Des mois maintenant que je partage la vie de cette famille et que j’assiste à des scènes de ménage devenues quasi quotidiennes. Monsieur, coureur de jupons invétéré est aussi très accaparé par son travail. Madame noie son chagrin et son ennui dans l’alcool tout en abusant des somnifères et des substances illicites. Tenez, pas plus tard qu’hier, j’ai eu droit à une nouvelle dispute conjugale des plus mouvementées : cris, larmes, coups, la totale ! A la suite de quoi, madame, la lèvre sérieusement amochée, a embarqué sonphoto-couverture-nad.JPG Chihuahua dans la Jaguar et n’est revenue que six heures plus tard, le coffre rempli de paquets. Faire les boutiques  -  de luxe, cela va de soi  -, le moyen pour elle de déstresser. Entre-temps, monsieur avait téléphoné à sa dernière conquête qui s’était empressée d’accourir. La suite s’est déroulée sous mes yeux sur le canapé. Pas besoin de vous faire un dessin…  Si les habitants de cette maison ou leurs invités savaient que je les observe à longueur de journée, pour sûr ils éviteraient les galipettes sous mon nez et aussi pas mal de conversations ou de gestes que la bienséance réprouve. Mais voilà, ils sont loin de se douter !

 

         Maxime a délaissé Cappuccino pour partir à l’assaut du chien. Mais, contrairement au chat, l’animal de poche n’a pas l’intention de se laisser faire. Il faut les voir tous les deux arpenter le salon de long en large, on croirait la scène tout droit sortie d’un dessin animé. Comme c’est drôle et touchant ! Que va-t-il devenir en grandissant ce pauvre petit bonhomme complètement délaissé par sa mère ? Cet enfant, qu’elle n’a mis au monde que pour répondre au souhait de son époux, n’a de cesse de l’exaspérer. Pourquoi son mari ne lui témoigne-t-il pas le même amour démesuré ? se demande-t-elle continuellement. Tiens, quand on parle du loup… Oh la la, n’a vraiment pas l’air dans son assiette la pauvre fille ! Teint terreux, œil larmoyant, lèvres tremblotantes. Et ce regard vide qui en dit long sur son mal-être. Elle fait peine à voir. La cure de désintoxication se profile à l’horizon. En attendant, Maxime doit se contenter d’un semblant de mère. Bien triste pour lui.

 

Le garçonnet s’approche de sa maman et lui adresse un sourire à faire fondre la banquise tout entière. Mais la malheureuse, engluée dans ses tourments, ne voit rien. Soudain,  son visage se crispe davantage. Elle se retourne brusquement, rafle les clés de voiture posées sur la console design et empoigne son fils, avant de sortir précipitamment de la maison, talonnée par son fidèle toutou. Où diable emmène-t-elle le gosse à cette heure-ci ? Mon Dieu, pourvu qu’elle ne soit pas ivre ou droguée, ou les deux à la fois !

 

De nouveau le clic-clac de ses talons aiguilles sur le marbre du hall d’entrée. Et la revoilà dans la pièce. Elle regarde maintenant dans ma direction et s’approche d’un pas décidé. Pourquoi grimpe-t-elle sur le canapé ? Mais… c’est insensé… elle me décroche du mur !!!

 

         Dix secondes plus tard, j’atterris sans ménagement à l’arrière de la Jaguar, à côté du petit qu’elle a tout de même pris soin d’installer dans le siège bébé. Près d’elle, le Chihuahua la fixe de ses grands yeux globuleux d’un air incrédule. Elle démarre.

 

Nous roulons durant une vingtaine de kilomètres avant de stopper sur le parking d’une société. Sur la façade se détache un logo qui m’est familier, monsieur a le même sur son étui à cigares.

 

Maxime dort paisiblement, il ressemble à l’un des bambins du tableau de Rubens Deux chérubins endormis avec sa bouille toute ronde encadrée de boucles blondes. Sa mère descend du véhicule. Qu’est-ce qu’elle peut bien avoir derrière la tête ?

 

Je l’entends ouvrir le coffre et le refermer presque aussitôt.

 

Elle remonte dans la voiture et verrouille les portes. Dans sa main un bidon dont elle s’empresse de déverser le contenu sur les sièges. Puis elle sort un briquet en or massif de son sac à main Gucci.

 

 Non pas ça !!! voudrais-je hurler pour l’empêcher de commettre l’irréparable mais je regarde l’habitacle s’embraser sans la moindre réaction, je ne suis qu’une œuvre d’art…

 

 

NADINE GROENECKE

nadinegroenecke-auteur.over-blog.com

 

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Il... Une nouvelle de Philippe Desterbecq

Publié le par christine brunet /aloys

Phil D

 

 

Il...


Un jour, il faudra que je vous explique comment j'écris. En deux mots, je vous dirais qu'un personnage s'impose à moi, il me secoue et me dit : "Ecris mon histoire".


Voilà plusieurs jours, qu'il frappe à ma porte. J'essaie de l'ignorer mais il revient toujours. Je lui dis qu'il va encore me raconter une histoire triste, qui finit mal, que les gens veulent du rêve, des histoires qui finissent bien et je le repousse.


Finalement, je l'ai écouté et j'ai retranscrit ici ce qu'il m'a dit.  J'ai hésité avant de vous faire part de son histoire. J'ai lu vos commentaires précédents. Vous êtes formidables mais vous le saviez déjà. Vos commentaires ont beaucoup d'importance pour moi, je vous lis avec attention. Vous m'avez incité à écrire et j'ai écrit. Si vous avez envie de rêver, passez votre chemin, revenez un autre jour, je ne vous en voudrai pas.


Mon personnage ne m'a pas donné son nom. Je l'ai donc appelé "il". Ca me semblait couler de source après l'histoire que je vous ai racontée au sujet d'"elle".


Il regarde par la fenêtre. La neige tombe à gros flocons. C'est devenu son occupation favorite de regarder par la fenêtre. Depuis que ses pas ne le portent plus jusqu'au bout du jardin. Depuis que ses jambes le font souffrir. Depuis qu'il attend dans son fauteuil que les heures passent, que le temps s'écoule, que la vie s'arrête...


Pourtant, il en était fier de son potager. Il avait les plus beaux légumes de tout le quartier. Ses voisins l'enviaient mais il refusait de livrer ses secrets de jardinage. C'est son grand-père qui lui a donné le goût du jardinage. C'était quelqu'un son grand-père!


Maintenant, c'est tout juste s'il arrive à se relever pour arroser le pot de thym qu'il a placé sur le rebord de la fenêtre. Il aime l'odeur du thym, elle lui rappelle ses vacances en Provence avec Adeline.


Dix ans qu'elle est partie Adeline, dix ans qu'elle l'a laissé seul ! Il lui en veut encore aujourd'hui! Qu'est-ce qu'ils ont pu se disputer tous les deux. Il n'a pas très bon caractère, il le sait mais Adeline, elle, elle avait DU caractère et il ne s'agissait pas qu'il lui marche sur les pieds.


Lors des grosses disputes, il se réfugiait dans le jardin. Il y passait des heures pourchassant le moindre brin d'herbe indésirable. C'est pour ça qu'il avait un si beau potager.


L'hiver, c'était plus difficile. Il était bien obligé de rester à l'intérieur et d'essuyer les reproches incessants d'Adeline. Il n'aime pas l'hiver sauf la neige. Il regarde tourbillonner les flocons dans le ciel sombre. Il regarde sa pelouse se couvrir d'un manteau blanc . Seul le chat du voisin se permet de salir le tapis immaculé. Son potager s'est transformé en pelouse, un jardinier vient la tondre une fois par semaine, en été. Ca lui fait une visite. En hiver, il ne voit personne...à part le médecin, de temps en temps.


Il n'a pas eu d'enfants. Adeline en voulait, lui pas. Il le regrette bien maintenant. Il aurait peut-être été moins seul...quoique...les enfants ne viennent pas toujours voir leurs parents. Ils ont leur vie, leur travail, leurs occupations,... Ca a été leur sujet de dispute le plus important à Adeline et à lui. Mais il a tenu bon! Adeline a fini par y renoncer. Il croit qu'elle lui en a toujours voulu...


Alors, pour passer le temps, il regarde par la fenêtre. Les saisons passent, il s'ennuie. Il voudrait bien rejoindre Adeline. Leurs disputes lui manquent. En fait, ce ne sont pas les disputes qui lui manquent mais la présence de celle qu'il a épousée à 18 ans, malgré les réticences de son père. C'est qu'elle était belle Adeline à cette époque. Après, les choses ont changé...elle a pris du poids, lui aussi d'ailleurs.


Il se retourne vers la photo jaunie dans le cadre sur la cheminée.


C'est vrai qu'elle était belle Adeline!


"J'arrive, murmure-t-il, j'arrive Adeline, sois patiente, je ne vais plus tarder...".

 

 

Philippe Desterbecq


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Une nouvelle de Manou She : comme un secret.

Publié le par aloys.over-blog.com

 

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Comme un secret

 

J’avais finalement décidé de ne pas assister à l’enterrement, hantée par un sentiment d’illégitimité, d’imposture, dépassée par un chagrin qui de minute en minute étendait les tentacules de sa souffrance de plus en plus loin dans mon avenir.

Nous avions pourtant à peine eu le temps d’envisager les lendemains, occupés comme nous l’étions à habiter, définitivement nous semblait-il, le présent de l’autre. Tu es mort et je suis là, comme il y a à peine trois mois, avant notre rencontre. Mais avant tu n’étais pas mort. Tu n’existais pas. Tu étais sur une autre planète, en orbite autour d’une autre étoile, moi j’allais travailler, puis je rentrais chez moi et retournais travailler et rentrais encore, comme si c’était la chose la plus évidente qui soit, la seule que j’aie jamais imaginée. C’était ainsi, depuis toujours, petite, je me levais pour aller à l’école et rentrais le soir et mangeais dormais et retournais à l’école et ainsi de suite depuis trente ans et je croyais que c’était ça, la vie, et c’était bien. Et c’était bien, tu entends, j’étais tranquille, comme ça, avant que tu ne viennes, avec ton air gauche, me demander un annuaire, comme si c’était mon boulot de prêter des annuaires, que je n’avais que ça à faire, toute la journée à courir que de prêter des annuaires aux visiteurs perdus... Tout ça pour mourir trois mois plus tard en laissant un gouffre plus grand que l’univers dans le creux de mon être, m’abandonnant avec une esquisse de vie à jamais gravée sur mon corps, me lâchant dans le précipice des émotions sans le moindre bâillon pour faire taire mon chagrin, rien pour seulement pleurer avec ta famille qui ne me connaissait pas. Ton père, ta mère qui auraient su te faire vivre encore un peu. Me montrer des photos de ton enfance. Ton adolescence. Jules sur sa première moto, le regard fier dissimulé par le casque.

Quelque chose pour que tu ne disparaisses pas comme si tu n’avais jamais été réel, comme si ce bonheur si parfait n’avait pas été qu’une mauvaise farce, un cruel pied de nez de la vie…

J’étais passée devant leur maison, j’avais suivi de loin le cortège funèbre… Quelles larmes serais-je allée verser, moi, l’étrangère, quel réconfort aurais-je pu donner-prendre à cette famille qui t’avait vu naître, grandir, rire, à cette mère au regard effrayé, incrédule, devant la perte si inattendue de son enfant ? A qui aurais-je pu dire il m’a aimée plus qu’aucune autre, il m’a confié son bonheur…

Je n’étais rien, dans ta vie. Un silence peut-être. Une respiration. Je me suis retirée toute seule. Je me suis effacée, double clic suppr, c’est fini, Marie disparaît de ta biographie. Y avait-il seulement quelqu’un qui savait que nous devions partir ensemble le jour où tu n’es pas descendu du train gare de Lyon, ce jour où j’ai appelé sur ton portable et qu’une voix blanche m’a dit, ne m’a pas dit, n’a pas pu me dire et a donné le téléphone à une autre voix blanche qui m’a dit sans savoir quoi dire et pourtant assez pour que je saute dans le premier le TGV espérant sans même oser le murmurer des miracles de la médecine qui pas plus que Dieu ne semble décidée à soulager l’homme de sa souffrance fondamentale.

 

Je suis rentrée à Paris comme on se réfugie au sein de la mère, concentrant toute mon énergie à me projeter dans le bourdonnement frémissant de ma ville, faisant disparaître jusqu’à l’autoroute qui m’y conduisait, le regard obstinément fixé sur mon encore invisible destination, l’aéroport d’Orly, les immeubles, les centre commerciaux, la mosquée le périf la porte de pantin le bd Jaurès mes plantes dans l’appartement qui devaient manquer d’eau c’est sûr. Je m’arrêtai à la pharmacie bien décidée à étouffer ce sanglot à coup de lithium, et tiens, du magnésium aussi et de l’Euphytose et avez-vous de la verveine ou quelque chose pour dormir, et des boules Quiès aussi, je ne supporte plus le bruit des motos, c’est terrible, ça fait vibrer toute ma chair, je me sens comme écartelée.

A la maison, volets fermés, un bouquin et au lit, tant pis pour les plantes, que malgré moi je défiais de mourir… aussi.

 

Voilà.  Je ne pleurais pas trop. Trois jours au lit, un après-midi au sauna, un appel à Lucie pour lui dire que j’écourtai mes vacances. J’avais doublé la dose de lithium, de magnésium et d’Euphytose, acheté un thermos pour emporter ma tisane, ma vie était redevenue comme avant, ce n’était qu’un rêve, ou un cauchemar, rien, en somme, trois mois dans une vie ce n’était rien, les rêves non plus, d’ailleurs je n’en avais jamais eu et je retournai travailler.

Paris effaça sa plage, les enfants reprirent leur cartable et moi mon métroboulotdodo, comme si de rien était, je n’avais parlé de ma rencontre avec Jules à personne, personne ne m’en parla, même pas besoin de se taire.

Je ne tentai plus d’oublier, c’était vain, je m’accoutumais seulement à vivre le cœur serré, comme une espèce de douleur, pas violente, non, mais définitive, désespérément définitive. Je m’enivrais matin et soir du brouhaha des pas saccadés dans les couloirs du métro, des corps qui se frôlent à longueur de journée sans jamais se toucher. Comme une capoeira géante. Avec pour musique le bruit des métros sur les rames qui relancent les pas, agitent les retardataires. Celui des portes qui s’ouvrent grand pour avaler le flot continu de chair humaine. La sonnette de fermeture suspend les gestes. Les secousses du transport font vibrer les vitres, les parois et les passagers, les plongeant dans une douce torpeur, effaçant les regards, enveloppant, berçant encore et encore ces corps abandonnés sans complexe au giron artificiel et déglutis quelques stations plus loin dans le même rituel de cliquetis et de frottement, de claquement et de sifflement.

Je m’y livrai aussi avec, me semblait-il, plus de détermination que les autres, préoccupée depuis quelques jours par un appel à l’intérieur de moi dont je ne savais que penser, un appel à la vie ou à la mort,  que je tentai de faire taire, sachant que de jour en jour il se ferait plus bruyant jusqu’au moment où, si je ne prenais pas une décision maintenant, il exploserait à l’air libre braillant hurlant jusqu’à ce que je l’apaise de berceuses et de câlins mais où en trouverais-je la force ?

Pourrais-je entendre dans le cri de la vie le murmure d’un mort ?

 

Chaque jour je marchai plus vite dans les couloirs du RER pour tenter de semer mes pensées, sans réaliser, un vendredi soir, concentrée sur le bruit de mes pas, qu’un silence anormal règnait, un silence qui s’amplifia jusqu’à devenir total au moment où je débouchai sur le quai. Je n’avais jamais vu autant de monde. J’essayais d’estimer et par ce savant calcul de comprendre mais c’est dans l’immobilité et le silence absolu que je déchiffrai la réponse : un voyageur avait pris un billet sans retour.

Tout semblait changé, dans ce décor si familier : les lumières étaient éteintes, les voyageurs, brutalement kidnappés par ce drame violent, cru, se taisent si fort qu’on les entend se taire, écraser la voix intérieure qui aurait voulu parasiter les mots des agents RATP transmettant les informations à leur central et dont les éclats de voix indécents ricochent jusqu’à nos oreilles : nettoyer les voies… enlever les restes…

A l’autre bout du quai, un bébé pleurait.

D’un bout à l’autre du quai, jusque dans le tunnel où gisaient les restes de celui qui fût, les voûtes se renvoient les cris du bébé qui pleurait.

Dix, cent, mille bébés criaient.

Tous les bébés de la terre criaient.

 Tais-toi.

Chacun d’entre nous n’entendait plus que ses pleurs, attendait qu’il se taise, effaré à l’idée que ses cris puissent exprimer l’horreur de ce que nous ressentons tous. Sa maman déambulait fébrilement, le secouant plus que le berçant, les gens s’écartaient pour la laisser passer, la suivaient des yeux pour voir si elle s’y prenait bien, ne fallait-il pas faire autre chose pour le calmer ? l’un d’entre eux suggérant ‘vous devriez peut-être l’emmener ailleurs’ et la mère le regardant, perdue, les yeux pleins de larmes, n’ayant pas la force d’exposer plus longtemps son enfant à la détresse humaine mais ne sachant pas où aller pour l’en soustraire, allant et venant toujours mais désormais comme coupable, coupable de porter ce cri de vie et de révolte qui résonnait avec la mort et soudain je ne pus plus, je ne supportai plus de l’entendre, je ne contins plus l’écho qu’il éveillait dans ma chair tais-toi, tais-toi, je criai aussi, je hurlai, je courus et m’enfuis, errant longtemps dans les rues jusqu’à rentrer à pied dans le soir naissant, prendre la voiture sans même passer l’appartement, porte de Pantin, périf, porte d’Italie, autoroute A6,  Auxerre, Avallon, Pouilly… A6 que je quittai brusquement à Chalon Sud en réalisant que je m’approchais dangereusement de Lyon.

Echapper au destin. Echapper au réel qui s’obstinait à croiser ma route. Ailleurs. Une autre dimension.

J’empruntais des routes au hasard jusqu’à apercevoir un nom qui tout à coup m’apaisa. Cluny. Une abbaye, un refuge pour les égarés. Je suivis donc résolument les panneaux qui m’y mèneraient, dans une campagne obscure et déserte, soulagée de ne croiser que les faibles lampadaires des villages calmes que la nuit engloutissait derrière moi et peu à peu assez détendue pour envisager de m’arrêter quelque part pour manger, une auberge, pensais-je : j’avais changé de siècle, je me sentais au temps des auberges et des abbayes. Loin des RER et des suicidés.

A l’entrée du village suivant, passant devant une station service fermée, je réalisai brusquement que j’étais presque sur la réserve de carburant et compris en même temps que je n’aurai aucune chance, si tard, de trouver une station ouverte, sans parler d’un 24/24.

Cluny etait encore loin. Cluny se dérobait aussi. La nuit m’engloutit, à peine encore percée par les phares de ma petite voiture. Je commencai à m’effrayer à l’idée de passer la nuit seule en rase campagne. Il me fallait trouver gîte et couvert au plus tôt.

J’échouais finalement au Café Bar Hôtel Restaurant du Lion d’Or débusqué sur la place d’un petit village endormi et dans lequel, après un moment de surprise qui suspendit toute conversation, on m’offrit une soupe et un refuge pour la nuit.

 

Je dormais à peine dans la chambre vieillotte qui dégageait le renfermé et la poussière. Mais je ne m’y sentais pas si mal. Le lit ancien, la commode massive, les rideaux lourds de velours me rassuraient. Je passai les plus longues heures de la nuit assise sur une chaise grinçante qui soulignait chacun de mes frémissements, leur donnait un écho, redessinant les contours de mon corps dans le silence de la nuit. Je regardais à travers la fenêtre un paquet d’étoile jouer à cache-cache avec les nuages, je vis la rosée se déposer aux premières lueurs de l’aube, fraîche, précieuse et éphémère.

Je sortis au lever du jour marcher dans la campagne.

Je me sentais habitée.

Je suivis les sentiers escarpés qui surplombaient le village, me racontant inlassablement notre vie et son accident, notre début et sa fin, je marchais dans le jour naissant avec un trou dans la tête et un bébé dans le ventre.

Un bébé dans le ventre. Une force puissante qui multipliait ses cellules sans se soucier des tempêtes qui agitaient le monde. Et si fragile.

J’aurai renoncé à toi, ma Louisette. Je ne savais pas comment te fabriquer dans cette vie amputée. Mais là, dans ce matin tranquille qui m’offrait un lever de soleil d’une rare douceur sur le village endormi, sur les maisons basses, l’église romane, l’église des petites gens, massive, austère ; face à cette vie si discrète, qui se serait voulue invisible, habitée par des gens que ne se disaient que de passage ; face à ce village qui de chacune de ses pierres reliait le passé et le présent, je lus un signe. Je lus la patience de la vie qui se construisait minute après minute, pas après pas, si silencieusement, ma Louise que je pensais que toi et moi nous pourrions entrer dans la danse, discrètement, sans rien dire et tracer comme sur un champ labouré le sillon de notre existence, parmi d’autres, à l’infini.

 

Tu commençais à exister au seuil de ces vieilles pierres, tu commençais à devenir en cachette, comme un cadeau, une délicatesse qui ne se dirait pas pour que les mots ne la gâchent pas.

Et devant le soleil frais de ce matin flamboyant d’automne qui chantait le mystère de la vie, je décidai de te garder, mon bébé, comme on garde un secret.

 

 

MANOU SHE

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Une nouvelle de Marcel BARAFFE : Gazons

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Gazons

 


S’il est, dans l’ensemble du monde sportif,  des êtres particulièrement différents de tous les autres, ce sont bien les footballeurs. Ils s’embrassent, s’envoient des accolades à briser les os d’un bœuf, se tapent dans la main comme des banquiers venant de conclure une bonne affaire, pirouettent, courent en gigotant (de préférence dans le champ des caméras), amorcent quelques pas de danse exotiques mais il n’y a là rien de bien original, me direz-vous, et c’est vrai. J’ai pu vérifier que ces comportements sont aussi très courants, ailleurs, quelle que soit la forme du ballon. J’ai même vu, dernièrement, une athlète enveloppée du drapeau national se rouler par terre, une attitude qui a certainement fortement déplu à bon nombre d’anciens combattants.


            En vérité, dans la classification des espèces dont la principale fonction est d’essayer de vaincre (pacifiquement) les autres, le véritable trait distinctif propre à l’homo habilis footeux, réside dans sa faculté à extirper du plus profond de sa gorge, une quantité non négligeable de salive qu’il propulse devant lui. Ce n’est pas du mépris pour l’adversaire et encore moins pour le spectateur. Mais c’est comme cela, le footballeur crache. Aucun témoin, digne de foi, ne niera cette particularité. Et pour ceux qui douteraient encore en affirmant qu’ils ne sont pas les seuls sportifs à expectorer en public, ils n’imaginent quand même pas que les nageurs au départ crachent dans la piscine avant de plonger et ce ne sont certainement pas les concurrents du 100 mètres dos qui s’exposeraient  à des retombées désagréables. Prenons le cas maintenant des joueurs évoluant sur des revêtements lisses. Vous pensez bien qu’ils ne prendraient pas le risque de rendre plus dangereux un sol déjà rendu glissant par la sueur. Le volleyeur a, bien sûr, le recours de cracher par-dessus le filet. Mais ce n’est pas évident. Je vous vois venir. Vous allez me parler des rugbymen. Allons donc ! Ils ont si souvent la tête dans l’herbe, la poussière ou la boue qu’on ne voit pas leur visage et il ne viendrait à un aucun joueur l’idée de cracher en plein milieu d’une mêlée.


          Rien n’échappe à l’œil des caméras. Elles nous apprennent ainsi qu’un footballeur crache en moyenne trois fois par minute. Un match dure 90 mn. Ils sont 22. Nous excluons de ce total l’arbitre de champ trop occupé à jouer du sifflet. Il n’est pas nécessaire d’aller au-delà de ces chiffres en nous livrant à des calculs fastidieux. Il apparaît clairement qu’à chaque rencontre sportive, le gazon est arrosé ici et là et qu’il reçoit donc une quantité non négligeable de salive qu’on peut estimer à quelques litres. Et alors ! Ne pourrez-vous vous empêcher de glisser. Et alors ! Mais ce n’est pas sans conséquences, bien au contraire. Je ne veux, bien sûr, porter aucune accusation ici à propos de pratiques qui font jaser les média. Ce n’est pas à moi de le faire. Mais il se trouve que, selon une loi naturelle, ce qui revigore l’être humain et lui donne un supplément d’énergie n’est pas nécessairement favorable au végétal. Vous me voyez venir n’est-ce pas ? Eh oui ! On a constaté que les gazons des pelouses dépérissaient jusqu’à disparaître, laissant ainsi la terre à nue, avec pour conséquence fâcheuse de rendre les tacles dangereux. Comment ? Que dites-vous ? Ah oui ! Exact. Pas facile de travailler le ballon lors des coups de pied arrêtés. C’est horrible. Je vous l’accorde. Mais rassurez-vous. Vous avez certainement remarqué que les gazons naturels disparaissaient de nos stades au profit de gazons synthétiques traités en laboratoire pour résister aux substances douteuses que pourrait (notez bien le conditionnel) contenir la salive de nos footballeurs. Le génie humain, mon cher ! qui trouve toujours des solutions là où il y a des problèmes. Voyez-vous ! Ces sportifs de haut niveau, performants et adulés des publics, peuvent continuer à cracher comme avant et même davantage. Et tant pis pour tout ce petit monde, du conducteur de tondeuse à l’arroseur, qui a perdu son boulot. Qu’ils se consolent en se disant que c’est pour la beauté du sport.        

 

 

Marcel BARAFFE

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Une sorte de gentleman anglais: une nouvelle de Micheline Boland

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UNE SORTE DE GENTLEMAN ANGLAIS

 

Tous les jours, il passait et repassait dans la rue. Il ressemblait à un gentleman anglais du début du vingtième siècle : fine moustache, cheveux gominés, lunettes aux montures métalliques, veston en tweed, pantalon de flanelle, démarche guindée, pas rapide. Il tenait dans la main droite, un cabas pareil à ceux qu'utilisent certaines dames âgées pour faire leur marché. Il semblait avoir atteint une bonne soixantaine d'années.

 

Tous les jours, Catherine guettait le passage de l'homme. Quand elle l'apercevait, son cœur s'emballait et ses mains se cramponnaient très fort aux accoudoirs de son fauteuil. Depuis l'accident de voiture qui l'avait laissée paralysée, Catherine passait ses journées dans son fauteuil roulant. Le plus souvent, elle se tenait face à la porte fenêtre du séjour, au premier étage de sa maison.

 

Catherine élaborait des romans à propos des gens qui allaient et venaient dans la rue. Il y avait des histoires romantiques comme celle de ce couple de jeunes gens qui, quelle que soit la météo, avançaient serrés l'un contre l'autre. Il y avait des histoires dramatiques comme celle de ce gamin que sa mère houspillait sur le chemin de l'école. Fenêtres fermées, Catherine avait même entendu les cris de la mère : "Alex t'es un incapable. T'oublie tout. Oublier ton sac de gym ! J'en ai marre de toi, tu ressembles à ton père !"

 

Catherine se créait des scénarios, imaginait des avants et des après le passage devant ses fenêtres.

 

À propos de celui qu'elle surnommait le gentleman anglais, les hypothèses de Catherine étaient nombreuses. Elle avait tour à tour songé qu'il marchait pour le simple plaisir de marcher, pour maintenir sa forme physique, pour fuir une épouse acariâtre, pour faire des courses pour des vieux de son quartier. Ce qui intriguait le plus Catherine c'était le cabas. Pourquoi ce cabas, jour après jour ?

 

Catherine avait parlé de l'homme à Camille, son auxiliaire de vie et à David, son mari, mais ceux-ci ne s'intéressaient pas à ce genre de chose. Pour David, seule l'oisiveté de Catherine pouvait l'amener à se questionner au sujet du gentleman anglais. Selon lui, avec ou sans cabas, quand elle était encore représentante en produits de beauté, elle n'aurait pas même pas remarqué cet individu si elle l'avait croisé en rue.

 

La pluie, le brouillard, le gel, la neige, la canicule. Aucun phénomène météorologique ne semblait capable d'interrompre la marche de l'homme. Seul le dimanche interrompait ses déplacements. Ah si elle avait pu le suivre à l'aller et au retour ! Ah si elle avait osé demander à Camille de le faire !

 

Catherine se sentait impuissante. Elle avait besoin d'une aide pour prendre sa douche, utiliser l'ascenseur d'escalier, replier son fauteuil, s'asseoir dans la voiture, enfiler des vêtements et n'avait aucun scrupule à solliciter l'intervention de Camille ou de David en de telles occasions. Mais requérir leur assistance pour assouvir sa curiosité, cela lui paraissait impensable. Ils se seraient sans doute moqués d'elle, pensait-elle et Catherine avait horreur des railleries.

 

Catherine désespérait de savoir un jour ce qui faisait marcher le gentleman anglais.

 

Un matin de février, pourtant, Catherine sut… C'est Camille, qui rentrant d'une visite chez son dentiste, informa Catherine.

 

Catherine qui avait entendu le bruit des sirènes et avait vu le ballet des véhicules de police et des ambulances, n'avait pu deviner la cause de ce remue-ménage. Camille lui fournit les explications… Le gentleman anglais avait été renversé sur le trottoir à quelques mètres de chez elle par un automobiliste dont la voiture avait dérapé sur une plaque de verglas. Le cabas s'était ouvert livrant aux yeux des passants quantité de petits sachets en plastique remplis de poudre blanche.

 

Le gentleman anglais n'était donc qu'un dealer sans scrupule. Non pas un amoureux transis, un voisin serviable, un homme soucieux de sa forme, non, un dealer qui refilait sa marchandise à de jeunes revendeurs !

 

L'affaire fit grand bruit en ville. Catherine dut se contenter de ragots rapportés par Camille et des articles de journaux ! Mais son imagination broda au-delà des ragots et des articles de presse.

 

Catherine avait du pain sur la planche pour des jours et des jours.

 

 

Micheline Boland

 

http://homeusers.brutele.be/bolandecrits

http://micheline-ecrit.blogspot.com/

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