Carine-Laure Desguin : deux poèmes... à fleurs de mots...
Les oubliés Lecture, écriture, une passion... Un partage... La littérature dans tous ses états !
Les oubliés
Labyrinthe des mirages
Chez moi, c'est ici et là
Hasard du choix
Arc-en-ciel d'émotions
Sublime frisson
Stupéfiantes cueillettes
Evanescentes paillettes
Utopie, qu'importe
Rêve qui m'emporte
Devant les rayonnages
Envolée de nouveaux paysages
Page qu'on dévore
A la recherche d'un autre univers
Yeux perdus au loin
Sur la feuille où l'encre a séché
Ailleurs comme un trésor
Gourmandise comme un dessert
Espérer un beau chemin
S'y perdre et s'y retrouver
Olivia BILLINGTON
desirdhistoires.canalblog.com
SAns jamais se le dire ( IV)
Dépêchons-nous d'écrire ces deux vies
Ces instants de soleil ou de vent ou de pluie
Dépêchons-nous d'écrire tous ces mots
Avant qu'ils ne s'oublient
Et finissent en sanglots
Collons - les sur les murs
Sur les portes n'importe où
Je le sais les blessures
Sonnent en coup de grisou
Collons vite ces moments de nous deux
Ces souffles courts ces instants indécis
Quand vous disiez je veux
De vous Dix minutes de sursis
Oui je voudrais monsieur les peindre sur les murs
Tous vos regards de feux je ne le savais pas
Que c'était vous le soldat sous l'armure
Celui qui maîtrisait mon corps sans le moindre faux pas ...
SAns jamais se le dire ( V )
Je me souviens très bien c'était un jeudi soir
A la tv le film ne me plaisait pas trop
Je lisais je rêvais toute seule dans le noir
Je me disais princesse je vous voyais héros
Le GSM sonna c'était un sms
De vous et me voilà surprise
Vous citiez mon prénom je compris la détresse
Et vous sonnai de suite que ce silence se brise
Vous étiez tracassé pour les jours à venir
Je comprenais fort bien ce que vous me disiez
J'écoutais votre voix ce ton grave ces soupirs
Ces petits mots d'émoi que vous me réclamiez
Ce que je n'oublie pas et n'oublierai jamais
Ce sont les derniers mots que nous nous sommes dits
Puis l'un et l'autre chacun comme deux étourdis
Ne voulions être le premier à vouloir raccrocher
Le silence s'installa entre nos longs désirs
De se parler encore sans jamais trop se dire ...
Sans jamais se le dire (VI)
Dites entendez- vous quand je vous parle
Quand je cherche les mots qui vous feront sourire
Ceux-là mêmes comme on caresse un châle
Que vous soufflerez quand je serai partie
Je les attends savez-vous ces quelques instants
Ces journées nous les offrent les étoiles généreuses
Couronnes électriques au - dessus des amants
Se moquant des poussières des ténébres glorieuses
Avant de vous voir je rêvasse j'imagine
Ombres dans la brume mes pensées sont d'azur
Les vôtres que sont-elles rouges sang opalines
Capitaine regardez - moi respirez ces murmures
Je les attends savez-vous ces moments volés
A qui à quoi ne sommes-nous pas éternels
Et si nous étions libres les aurait-on mêlés
Ces départs censurés prisonniers et charnels ?
Lucifériennes
Je pense au Diable et aux Je pense aux diableries
Je pense à Lucifer qui nous emporte tôt
Je pense à Bélial à la forge à l’étau
Je pense au Diable et aux enfants de sa patrie
Puissant Satan domaine aux cinq étoilements
Ton nom se répercute au prisme de ta haine
Je sais compassion aux victimes des chaînes
Et toi en premier Toi premièrement
Je sais ton amertume en l’enfant Jésus-Christ
Je sais que tu pensas lorsqu’il poussa un cri
Ma haine pour son père est immortelle Et vaine
En cela même Ô que je puisse dégager
Des hommes dédaigneux du paraclet figé
En croix La sourde volonté vespérienne
Quand l’Humain régurgite un violent mépris
François Delhaye
Béatrice Bertieaux n'est pas un nouvel auteur chez Chloé des lys puisqu'elle a publié, en 2009, son recueil Au p'tit bonheur. Elle nous revient avec un second ouvrage, intitulé "Et toutes les autres choses manquent" en cours de publication.
Elle a choisi ne se présenter avec un extrait de son dernier livre mais nous reviendra prochainement avec des poésies extraites de son premier recueil.
"... N’importe où.
Dans ce lieu souple,
elle caresse une absence pour s’endormir aimante jusqu’au recommencement.
A l’aube,
nouveau-née,
aimée-aimante,
cet entremêlement ombrageux projette sur les murs blancs,
nus,
le tortillement de deux invisibles enlacés.
Nénuphars captifs de pages jaunies,
éclatant d’amour,
indifférents à tout.
Le cœur humide traîne,
s’attarde,
sursaute sur la respiration de cette tendre solitude.
Fascinée aimante de l’être,
l’être—non ce qu’il en fait ni ce dont il parle—
se tourne,
se retourne dans les mercredis,
les lundis,
les jeudis.
A tout moment.
Seule sans être seule,
exilée dans le silence fou d’un corps,
la soif infinie au-delà des mots.
Elle écrit.
Qu’est-ce qu’elle écrit ?
La nudité ardente." ...
Béatrice Bertieaux
http://beillaboheme.blogspot.com/
Poésie,
Je laisse déjà échapper trop de mots,
Poissons d’argent se faufilant entre les doigts
Entre les lèvres.
Ma tête, mon esprit sont tiraillés
Entre le non-dire et les dires
Mais une seule façon de vivre.
En se taisant.
Tu m’as dit « Qui es-tu ? » Réponds-moi !
Tu n’osais pas me le demander, combien de temps t’es-tu retenue ?
Tu veux que je te parle de moi
Mais.
Je ne parle jamais de moi,
Je ne peux pas.
Que dire de soi sachant que tout moi est continuité
Comment parler de soi sans parler des reçus,
Sans mettre à nu l’intime, l’éducation, la vie, l’émotion des manques ?
Et quel nom donneriez-vous à ce droit qui vous autoriserait
A juger, critiquer l’ascendance ?
Je ne puis prendre cette liberté.
Après tout, c’est la vie qui a fait de nous ce que nous sommes
Et le poète n’est que nudité d’une vie entière.
Les mots en sont les voiles, les manteaux
Dont il essaie tant bien que mal de fermer, de croiser les pans.
Tu me demandes de parler de moi.
Je suis poète, je suis poète, je suis poète, je suis
Poète !
Et si je te le dis c’est parce qu’on me l’a dit.
Risible ! Quel poids ai-je à côté des maîtres ?
Non, je ne puis te parler.
Il faudra accepter. Se sentir touché ou pas
Aimer ce que j’écris ou pas
Mais pour soi
Et non parce qu’on m’y aura cherché.
Pour soi.
Non, je ne puis te parler, raconter.
Pourtant, je te l’assure, j’y ai pensé !
Ta question,
J’en ai fait le tour, en ai dessiné les pleins et les déliés,
Décortiqué les lettres, l’alphabet,
Je l’ai couchée sous mon oreiller
Et
Et lorsque les musiques jouaient en diapason avec mon cœur.
je l’ai entendue me murmurer.
Mais, désolée, Criquette, Criquet,
Désolée, je n’ai pas pu lui parler.
Quelqu’un, un jour, après une conférence-poétique, lors de la séance de dédicaces, m’a dit :
- On ne devrait déjà acheter vos livres rien que pour la dédicace. Après deux minutes de paroles, vous laissez couler des mots personnifiés. Jamais je n’ai vu cela. Le plaisir est immense. Merci.
J’ai souri. Ce plaisir à donner est incommensurable, mais il vous vide.
La question suivante serait : - Pourquoi donner, offrir ?
Rires ! Je te préviens, Criquette, je n’y répondrai pas.
Bien à toi.
08/10/2010
martine
Martine Dillies-Snaet
http://users.skynet.be/TheDillies/
L’été
La ville de Nantes est désertée
On peut entendre les oiseaux dans les jardins
Et
Malheureusement
De temps en temps
Le bruit lourdingue
D’une machine à essence.
Les voitures sont stockées
Dans les campings
Les Motels
Et
Les enfants sucent des glaces
En vidant le sable de leurs chaussures
Sur les grands boulevards du sel.
Il y aura quelques attractions le soir
Pour faire cracher la monnaie aux vacanciers.
Les filles perdront leur pucelage
Autour d’un feu de camp
Tout en écoutant
Les cordes d’une guitare
Les rires
Et les bouteilles qui s’entrechoquent.
L’été
La ville de Nantes est désertée
La chaleur arpente le bitume
Et écrase le toit des maisons
Qui baillent les yeux fermés.
Ma solitude
Tu le sais
Je ne suis pas fait pour le bruit.
A peine audible
Ma cigarette
Qui se consume !
Mais soudainement
Dans ce désert
Alors que je change de rue
Une femme en face de moi
Une femme au sein nu
Qui oscille de la tête
Dans une chevelure embrasée.
Elle roule ses épaules
Branle des hanches.
Déclenche ses membres
Dans tous les sens.
Puis
Me regarde fixement
Me cloue
Dans la moiteur.
Cette punaise d’écriture
Ne me lâche plus d’un poil.
Pierre Rive
http://www.pierre.rive.cowblog.fr
Du fond de ces jours nous voudrions
Semer les grisailles qui moutonnent
Au pied du lit
Regards perdus entre les fenêtres
Nous délimitons la pièce l'enclave sonore
De nos intérieurs faméliques
Ombres informes perdues dans les rideaux sans lumière
La vie comme une cavité
Passés les murs l'éclatement du bourgeon
–Boules blanches dans le soir rouge–
Et le pincement qui nous saisit
Lorsque le vent claque contre la présence
De l'arbre
Perspectives tronquées d'un jardin
Nous crevons comme la fleur qui naît
Poème de l’immobilisme (extraits)
La pierre sur laquelle
Buttent
Peu à peu nos vies acides :
Nous n’érigeons
Aucun mur
Dans la serre de l’œil
***
Prendre la courbure de l’instant
Ces insectes qui bourdonnent
Entre nos côtes blanchies sous
Nos vêtements défraîchis :
La semblance d’un matin
Dans un semblant
De lumière
Et nos langues de tôles
Froissées comme
Des oiseaux au petit jour
Prennent le pli de l’attente
Apprennent à
Parfaire la mort vraie
***
Il n’y a pas de sens à nos dilutions
Cette vie fade suintée sur un trottoir
(Matins noirs perdus sur les étagères
En désordre)
****
Journées mortelles où l’on attend la pluie
La signifiance sourde d’une voiture
Qui passerait toujours dans une rue autre
Perchée en nous l’obscurité éclate en dedans
Sur elle-même ailleurs
L’existence lente
Arrêtée comme l’aiguille dans
La ventripotence des dimanches
Lointains
(La table qui nous est interdite)
On subsiste dans la pièce
À la fenêtre se heurte
La persistance du peuplier
L’ondulation d’un corps sur ses racines
****
Sans doute la langue comme une courroie
Qui ne transmet plus alors
Chaque instant nos lits hérissés de clous
Dans des chambres en suspens
****
Temps déraisonnables gonflés d’inerties :
La nuit et ses remous jusque dans la chambre
Nous nous absorbons
La vie détachée de la vie et
Ces pierres que l’on entasse dans l’ornière
Des instants
Survivances d’autres instants
Et ce peu d’ombre que l’on traîne
(Plus la peine de)
Le corps comme un origami de chairs
****
Et le mot qui se fait soudain
Désir de mouvement :
Nos béances se refusent
À la voix
****
La simple idée de crever
Sans un bruissement de paupières
Voici l’immobilisme de la pièce
Yannick Torlini
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Carine-Laure Desguin