Le quotidien ordinaire, voire banal, d’Elisa est bouleversé lorsqu’elle rencontre Joachim. Leur histoire d’amour est parfaite, jusqu’au jour où il disparaît entouré de secrets aussi anciens que l’humanité. Dans le but de le retrouver, Elisa se lance dans un chassé-croisé aux quatre coins de l’Europe. Elle sera prise en étau entre mystères, danger mortel et son cœur qui balance. Survivra-t-elle à l’épreuve du feu ?
Chronique
En débutant ma lecture, je pensais lire un roman feel good. Une sorte d’histoire à l’eau de rose. Mais, que nenni. Le récit évolua. Doucement, mais, sûrement. Pour un voyage dans un monde inimaginable. Dans un univers qui nous fait voyager à travers l’Europe. Dans un imaginaire aux allures de conte de fées…. romantiquement sanglant. Stressant.
Tout d’abord, un monde de rêve où l’amour baigne dans la félicité, la joie de vivre. Dans le bonheur parfait. Puis, une découverte dérangeante. Stupéfiante. Incroyable. Que se passe t-il? Est-ce un cauchemar éveillé? Qui est vraiment Joachim, l’homme dont Elisa est tombée follement amoureuse? Toutes les légendes sont-elles vraies? Ont-elles ne serait-ce qu’un fond de vérité? A notre époque, dans une société moderne, Elisa doit-elle tout prendre pour argent comptant?
Légende indienneest un roman qui prend aux tripes. Qui tient le lecteur en haleine jusqu’à la fin. A chaque chapitre se greffe une nouvelle intrigue, un nouveau rebondissement qui rendent la lecture plus excitante. Le lecteur finit par se prendre au jeu et à s’attacher à chacun des personnages. A se demander comment finira Elisa. J’ai lu le roman en une journée, ne le lâchant qu’au dernier mot, un peu déçue que ce soit fini. J’en voulais encore et encore. Que du bonheur. Un infini bonheur.
LEGENDE INDIENNE, Rubenia Timmermans, Chloé des Lys, 2021, ISBN 978-2-39018-174-3
Elisa, jeune femme d'une trentaine d'années, pleine de charme et de bien d'autres atouts, mène une vie banale entre son boulot (elle est assistant au département marketing et communication d'une société de cosmétiques), ses copines et ses aventures amoureuses. Justement, depuis peu, elle redevient un coeur à prendre. Tout cela ne sort pas de l'ordinaire et je le croyais moi aussi mais c'est là que le destin intervient. Elisa rencontre par hasard le beau Joachim. Encore rien de spectaculaire me direz-vous. Stop. A partir de cet instant, l'ordinaire se métamorphose (et retenez bien ce mot) en un mystérieux extraordinaire. Les voyages successifs aux quatre coins de la planète de son beau ténébreux intriguent Elisa.Tout comme son refus que celle-ci attende un enfant de lui. Pourquoi donc? Et pourquoi Joachim sursaute-t-il lorsqu'Elisa lui dit que sa nouvelle collègue s'appelle Amarante? Et pourquoi Elisa a-t-elle l'impression que quelqu'un la talonne de cette façon dans la rue? Elisa se pisse dessus lorsqu'elle voit Amarante, oui, Amarante, sa nouvelle collègue, là, juste devant elle, mais chuuut, je ne peux en dire plus. Et c'est là qu'un homme blond tire sur la belle Amarante et transporte Elisa jusque chez lui. Il s'appelle Theron et comment se fait-il qu'il connaisse tout ou presque d'Elisa? Et pourquoi lui annonce-t-il sans la ménager que Joachim qu'il semble très bien connaître lui aussi est un… mais là aussi chuuut? Theron enfonce alors le clou en racontant à Elisa qui est vraiment Joachim et son rapport avec les Fenris, les descendants de Fenrir, un dieu nordique qui intégra un corps humain... A présent je me dois de ne plus rien révéler car de toute façon, vs ne me croiriez pas. C'est bien trop fort pour nous, humains! Elisa est prise dans ce tourbillon fantastique et elle aussi sera ballotée du nord au sud et du sud au nord afin de percer tous ces mystères et surtout retrouver son grand amour, le beau Joachim. Vous qui aimez les belles histoires d'amour parsemées de fantastique, ces 266 pages sont pour vous. Nous attendons la suite car hum hum qui est vraiment le père de ... et quel sang coulera dans ces veines-là ...mais je n'en dis pas plus. Ce deuxième livre de Rubenia Timmermans est une réussite, il trouvera ses lecteurs qui tout comme moi imploreront une suite fantastique et bien griffée pour cette légende indienne.
L’envers du miroir, Rolande Michel, Chloé des Lys, 2021, ISBN 978-2-39018-162-0
Page 79 : Sarah est la seule qui lui ait fait perdre la tête. Serait-ce donc ça, l’amour ?
Une histoire banale, pourrait-on penser, celle d’une rencontre entre deux jeunes gens, Marc et Sarah. Marc est un jeune ingénieur issu d’un milieu bourgeois tournaisien. Et dans ce milieu-là, les erreurs, on les répare, on les assume. On ne divorce pas. Marc a tout pour plaire et il multiplie les aventures.
Sarah est vendeuse dans une librairie de la ville. Elle est jeune et très jolie. Elle habite dans le tournaisis, dans un petit village où les cancans vont bon train, où tout se sait de tout le monde, où les voisins lèvent leur rideau lorsqu’une voiture s’arrête devant chez vous.
Marc rencontre Sarah. Ils tombent amoureux l’un de l’autre. Et très vite, c’est la dégringolade. C’est cet enfer quotidien que Rolande Michel nous décrit. Et l’on éprouve de l’empathie pour Marc. Pour Sarah aussi. On se dit qu’il va se passer quelque chose, que Marc ne va pas supporter longtemps « tout ça », la jalousie de Sarah, son désintérêt pour ses activités professionnelles, son manque de culture, ses fautes d’orthographe. Oui en effet, il se passe quelque chose.
Lors de la lecture de ces 290 pages, les images d’un film se sont infiltrées en moi, celles du Chat de Pierre Granier-Deferre, l’adaptation au cinéma du roman de Georges Simenon. C’est dire. Car pour décrire le quotidien d’un couple qui ne s’aime pas, il faut être une grande écrivaine. Il faut les mots, oui, bien sûr. Mais il faut plus que cela, il faut pouvoir se glisser dans la peau de l’un et de l’autre, dans les familles de l’un et de l’autre. Décrire ces milieux si différents mais si attachants, aussi. Car malgré ces différences abyssales d’éducation, les parents de Marc ont accepté Sarah et ceux de Sarah ont accepté Marc. Aucune fausse note donc pour Rolande Michel. Les vingt années d’enfer de la vie de ce couple qui vit non pas en couple mais l’un à côté de l’autre et j’irai jusqu’à ajouter ce couple qui vit chacun dans en sens contraire à l’autre, ces vingt années donc, je vous invite à les lire. Et j’espère que tout comme moi, vous n’en sortirez pas intact.
Comme ces derniers temps j'ai lu énormément de thrillers, j'ai voulu replonger dans mon genre de prédilection : le fantastique. Je suis tombée surLégende indienne et son résumé énigmatique m'a attirée. Le voici:
"Le quotidien ordinaire, voire banal, d’Elisa est bouleversé lorsqu’elle rencontre Joachim. Leur histoire d’amour est parfaite, jusqu’au jour où il disparaît entouré de secrets aussi anciens que l’humanité. Dans le but de le retrouver, Elisa se lance dans un chassé-croisé aux quatre coins de l’Europe. Elle sera prise en étau entre mystères, danger mortel et son cœur qui balance. Survivra-t-elle à l’épreuve du feu ?"
Cesynopsis annonçait un peu de romance en plus du fantastique. Je ne lis pas vraiment d'histoires d'amour en général mais là je me suis dit "pourquoi pas", et puis le coté surnaturel avait l'air prédominant. Après lecture, je dirais que les deux genres prennent autant de place dans le récit.
Les personnages :
Il y a 4 personnages principaux dansLégende indienne: Elisa, Amarante, Joachim et Theron. Ils sont plutôt bien développés. Ils apparaissent progressivement au fil des pages, ce qui permet de bien comprendre et assimiler leur caractère, j'ai apprécié ce point. De plus je n'ai jamais confondu deux personnages (vous savez si vous avez lu ma chronique deSleeping Beautiesque ma mémoire des noms n'est pas très bonne).
J'ai trouvé Elisa très attachante. Au début du roman on est immergé dans sa vie et on ressent vraiment ses émotions car c'est une personne assez sensible et fragile. C'est le personnage central, et c'est elle que j'ai préférée.
La seconde femme, Amarante, m'a paru moins sympathique dès le début. Elle est moins présente que les autres personnages mais remplit parfaitement son rôle (je ne vous en dit pas plus afin de ne pas vous spoiler 😏).
J'ai eu un peu de mal à cerner Joachim au départ. Je pense que c'était l'effet recherché car on ne sait pas vraiment s'il est du côté des gentils ou des méchants lors de son début de relation avec Elisa.
C'est un personnage présenté comme riche et presque parfait, et je pense que cela m'a empêchée de m'y attacher. En effet il n'est pas "classique" comme l'est Elisa mais paraît plus inaccessible. En avançant un peu dans le roman j'ai compris sa vraie nature et je l'ai apprécié de plus en plus.
J'ai eu un peu le même sentiment envers Theron : ne pas vraiment savoir si on pouvait lui faire confiance ou non. Maintenant que j'ai terminé la lecture deLégende indienneje le sais, mais je ne vous le dirai pas 😉.
J'ai apprécié le fait que l'auteure me fasse changer d'avis au sujet de plusieurs personnages : je ne veux pas trop vous en dire pour ne pas gâcher votre lecture mais ici tout n'est pas aussi simple que "les gentils sont gentils et les méchants sont méchants".
L'intrigue :
Le début du roman n'est pas très riche en actions. Il permet de bien poser le cadre et les personnages. Certains y verront peut-être quelques longueurs mais pour ma part j'aime cette façon de faire. Au moins tout est clair, on sait qui sont les protagonistes et quelles sont leurs vies. J'avais justement reproché ce manque d'informations sur la vie du tueur lors dema dernière lecture. DansLégende indiennej'ai pu me mettre dans la peau d'Elisa grâce à la présentation détaillée de son quotidien.
Ensuite le suspense augmente progressivement tout au long du roman. L'intrigue devient de plus en plus énigmatique et est très bien menée. Tout s'enchaîne sans non plus aller trop vite. J'avoue que j'ai parfois eu du mal à lâcher le livre. J'avais toujours envie de connaître la suite.
L'aspect fantastique n'est présent que dans la deuxième moitié deLégende indienne, quand le rythme du récit augmente. Cela ne m'a pas vraiment dérangée car j'ai trouvé la première partie, qui présente les rencontres entre les différents personnages, tout aussi intéressante.
Le style :
J'ai bien aimé la plume de Rubenia Timmerman (son site d'auteurici). Son écriture est fluide et se lit très bien. Pour preuve j'ai lu ce roman assez rapidement.
Je n'ai pas repéré d'incohérences et l'enchaînement des péripéties est bien mené.
Le seul reproche que je ferai est l'absence de chapitres.Légende indienneest seulement découpé en 4 grandes parties puis en paragraphes. Je préfère m'arrêter entre deux chapitres, quand une action vient de se terminer et avant qu'une autre ne commence. Là on ne sait jamais si on peut lire un paragraphe de plus ou si celui-ci va nous embarquer dans un suspense de plusieurs pages.
Le dénouement :
J'ai eu un peu peur d'être déçue. Je m'explique : je voyais les numéros de pages avancer rapidement et se rapprocher de la fin mais l'action stagnait, il ne se passait pas grand chose de nouveau. J'avais plein de questionnements sans réponse. Même si j'apprécie de temps en temps une fin ouverte bien construite, je voulais ici connaître le sort d'Elisa et Joachim.
Puis, soudain tout s'est accéléré. La fin est assez rapide mais elle m'a tenue en haleine. Impossible de poser le roman tant les dernières pages sont intenses. Je n'ai pas été déçue.
J'ai eu les réponses à certaines interrogations mais pas à toutes. Le dénouement est assez ouvert.
Je verrai bien une suite pour connaître l'avenir des personnages principaux. En tout cas si un deuxième tome paraît un jour je le lirai sans aucun doute !
Conclusion :
Légende indienne est un roman qui mêle astucieusement romance et fantastique. Les personnages sont très bien construits et on apprend progressivement à les connaitre. L'auteure arrive à faire varier notre ressenti envers chacun au fil des pages.
L'intrigue fait monter le suspense crescendo. J'ai apprécié le dénouement qui est lui assez rapide et reste un peu ouvert. Peut-être une suite ? L'avenir nous le dira.
Interview. Séverine Baaziz : « L’histoire de toute famille tient à la mémoire et aux souvenirs »
Que feriez-vous si vous aviez le don incroyable de Fleur, l’héroïne du roman de Séverine Baaziz La petite fille aux yeux d’or ? Bien entendu, l’allusion au métal précieux n’est qu’une tournure métaphorique pour nommer la part de mystère qui se cache au plus profond des pupilles de cette jeune fille.
Bonjour Séverine, c’est justement sur ce côté fictionnel, que je souhaiterais vous interroger en premier lieu pour essayer de nommer de manière plus précise le genre littéraire que vous avez choisi. Peut-on parler d’un récit fantastique, d’un conte ?
Bonjour Dan. Je vous avoue qu’en écrivant ce roman, je n’ai pas essayé de respecter les codes d’un genre en particulier. Une fois de plus, me semble-t-il, j’ai écrit une histoire à la lisière des genres, pas tout à fait un conte, ni tout à fait du fantastique, mais on s’en approche. Le monde réel servant de trame de fond peut suggérer, aussi, que nous sommes dans du réalisme magique.
Si l’environnement où vit votre héroïne est des plus communs – un village où tout le monde se connait et s’entraide –, Fleur, votre personnage principal, semble bénéficier d’un intérêt particulier de la part de tout le monde. Je pense qu’on peut le dire ici : il s’agit de sa capacité de voir en profondeur et à distance des objets cachés que personne d’autre ne peut apercevoir. Est-ce que cette particularité fonctionne pour vous comme une intrigue d’où découle le reste de l’action, pour utiliser ici un critère dramaturgique ?
Eh bien, oui et non. Quand j’étais moi-même enfant, comme beaucoup d’enfants j’imagine, je me rêvais détentrice d’un fabuleux pouvoir qui ne demandait qu’à être révélé. Je me suis essayée aux battements de bras pour m’envoler. En vain. A la télépathie et aux incantations en tout genre. Nouvel échec. Alors, ce don, c’est un peu une façon de renouer avec l’enfant que je n’ai jamais cessé d’être et d’inviter le lecteur à en faire autant. Quant à l’enjeu narratif, il est indéniable. La particularité de Fleur – son évolution, ses limites, son exploitation – va alimenter la progression de l’histoire.
Se conjuguant à cette qualité ophtalmologique – si on peut l’appeler ainsi – la fragilité et la sensibilité de Fleur offrent une lumière solaire à son histoire. Dans quelle mesure avez-vous souhaité faire de votre récit un hymne à la fragilité et à l’innocence qu’incarne votre personnage ?
Merci Dan, votre retour me touche beaucoup. Je n’ai effectivement pas voulu d’un personnage solide comme un roc, d’abord parce que je n’aurais pas su m’identifier, et puis, parce que je crois profondément que la fragilité n’est pas un défaut, qu’elle est peut-être même notre plus belle part d’humanité, et qu’à tout âge, il est possible de l’apprivoiser.
Un autre aspect qui conforte le besoin de rêve dont est imprégné votre histoire, c’est le désir devenu rapidement un besoin vital d’évasion que vit Fleur. Quelle place occupe pour vous ce côté nourri par l’imagination, elle-même nourrie par le besoin incessant de traverser le monde à la recherche du rêve et des souvenirs ?
Dès les premières pages, on apprend que Fleur est élevée par son père et que la mère est absente. On en découvre un peu plus par la suite, et ce que je peux dire c’est que l’évasion par l’imaginaire va servir à combler l’absence. Que la magie du monde qui l’entoure – le ciel, les étoiles, la métamorphose des saisons – va être la présence qui se substituera à l’absence. Un imaginaire nourri par l’envie de croire en l’impossible.
Finalement, on se rend compte que le vrai enjeu de votre récit est la mémoire. C’est elle qui nourrit les rêves, et vivifie la réalité. Vue du point de vue de l’enfant, cette mémoire prend des proportions encore plus grandes car les histoires, l’imaginaire sont des éléments fondateurs de l’enfance. Que pourriez-vous nous dire concernant ces aspects ?
L’histoire de toute famille tient à la mémoire et aux souvenirs, nourris par les anecdotes ou les albums de famille. Un port d’attache dont la construction de notre identité a besoin. Et puis, le temps passe, on traverse orages et embellies, et la somme de tout ce que nous vivons devient notre mémoire vive, celle qui se construit tout au long d’une existence. Dans ce roman, ce qui m’a particulièrement intéressée, c’est la charge émotionnelle du souvenir, son pouvoir vitalisant capable de faire renaître, presque par enchantement, larmes et fous rires.
J’ai été conquis par la manière dont Fleur mène le cours du récit : avec autorité et intrépidité, avec un extraordinaire sens du détail pour les autres personnages. Votre narratrice est captivante. Par quel cheminement avez-vous décidé de lui donner la parole et de faire d’elle votre porte-parole, la Narratrice ?
Ah, jolie question ! Mes lectures m’ont en partie soufflé l’idée. J’adore les romans qui donnent le premier rôle aux enfants. Ça va de “La vie devant soi” à “La guerre des boutons” en passant par “Alice aux pays des merveilles”, “Oliver Twist”, ou plus récemment “Un funambule sur le sable” de Gilles Marchand et “Ma reine” de Jean-Baptiste Andrea. Mais jusqu’à présent, je n’osais pas m’essayer à l’exercice, craignant de ne pas trouver le bon ton. Et puis, c’est en réfléchissant sur la langue, que j’ai fini par craquer. Fleur s’est mise à exister par ses tics de langage, sa façon d’érafler les mots et leur sens, et l’ensemble, ma foi, m’a séduit. C’est comme ça que, d’une certaine façon, elle m’a convaincue et que je lui ai laissé les reines.
Je ne peux pas éviter de vous poser la question sur la relation de Fleur à ses parents, surtout à son père. Sans trahir le suspense de votre livre, que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?
Comme je l’évoquais plus haut, Fleur est élevée par son père, dans l’absence de la mère. C’est une relation d’amour infini. Chacun est tout pour l’autre et ne s’en cache pas. Une complicité célébrée chaque jour. Ils rient, ils se réconfortent et s’entraident. Et veillent l’un sur l’autre. Mais pour Fleur, qui n’a au début de l’histoire que huit ans, cette mission de bienveillance est parfois bien lourde à endosser.
Impossible de m’arrêter sur les autres personnages. Tous bénéficient déjà d’un surnom donné par Fleur, ce qui en dit presque tout sur eux. S’il fallait en choisir un, lequel serait votre préféré, et comment pourriez-vous le décrire ?
Je les aime tous, évidemment, mais puisqu’il est question de revenir sur l’un d’entre eux, j’ai bien envie de vous parler de l’oncle Hagrid. Il apparaît dans la vie de Fleur le jour de ses dix ans, un casque à la main, pour lui offrir son premier vol dans les airs. Il est pilote d’un petit avion, un APM Lion, et même mieux que cela, il est Passeur d’Ailleurs. Il emmène des groupes de jeunes et de moins jeunes à l’autre bout du monde et se fait le guide de moments inoubliables. Pour la petite confidence, cette idée m’est venue en écoutant l’émission “Le temps d’un bivouac” sur France Inter. J’ai trouvé l’appellation de “Passeur d’Ailleurs” fabuleuse et j’en ai fait un personnage.
Disons-le en guise de conclusion : derrière l’histoire de Fleur, derrière sa fraîcheur enfantine et sa fragile innocence, derrière ses espiègleries qui réussissent à détourner les histoires des grands se cache un message plus profond qui met en avant la force de l’amour et sa lumineuse victoire contre les doutes et les désespoirs. Lire votre livre aujourd’hui cela fait du bien par les temps qui courent. Croyez-vous à cette force de l’amour ? Que représente-t-elle pour vous ?
Oh, merci ! Impossible de nier que l’intention de ce roman est de faire du bien au lecteur, et d’apporter un souffle d’espérance et de combativité. Dans le même temps, c’est un roman qui espère rendre hommage aux enfants admirables et aux familles aimantes qui parviennent à le rester même en de terribles circonstances. Pour une réponse plus personnelle, je vous dirais simplement que j’aime mon fils plus que tout, et qu’il n’y a pas un jour où cela ne me donne des ailes.
Propos recueillis par Dan Burcea
Séverine Baaziz, La petite fille aux yeux d’or, Éditions Chloé des Lys, 2021, 173 pages.
Je ne me sentais pas bien dans cette rue sombre. Jamais je n’étais venu dans ce quartier. Il était sale, très mal éclairé et une odeur pestilentielle régnait à la ronde. Des rats couraient dans le caniveau. Un nuage passa et cacha la lune ; l’obscurité devint presque totale ; j’avais vu les silhouettes des SDF presque se ruer sur une personne qui m’avait précédé avant de disparaître à toutes jambes.
Ils faisaient tinter leur sébile, en quête de quelque obole. Je frissonnais, mais ne pouvais plus faire demi-tour. Soudain la lune reparut et je vis à cinquante mètres de moi un de ces pauvres bougres me tendre ses mains, sur les paumes desquelles était écrit FAIM et PAIN. J’étais interloqué. Pourquoi ne parlait-il pas ? Peut-être était-il muet ? Je n’avais pas trop envie de lui donner mon argent quand déjà les silhouettes de ses compagnons d’infortune approchaient. Une sorte de panique monta en moi ; j’avalais ma salive et un goût âcre m’emplit la bouche. L’odeur perçue tout à l’heure venait de ces gens, il n’y avait pas de doute. L’hygiène leur était inconnue ou plutôt impossible. La sueur commençait à me glacer le dos ; j’étais en mauvaise posture. Mon corps était comme paralysé. J’essayais de lutter contre l’inévitable terreur qui allait s’emparer de moi.
Personne à la ronde. Toutes les fenêtres, soigneusement closes, ne laissaient filtrer aucune lumière. Je songeais à mon épouse qui devait se demander pourquoi je n’étais pas rentré à cette heure. Je m’apprêtais à frapper l’homme aux mains tendues pour me dégager et filer droit devant, lorsque je sentis deux manches crasseuses me saisir par les épaules. Mon heure était venue. L’odeur était intenable.
Je me retournai et vis un gars en loques qui me souriait ; Monsieur, dit-il, en arrivant vous aviez les mains dans les poches et en les sortant votre montre bracelet s’est détachée de votre poignet. Vous ne pouviez pas entendre car elle est tombée juste sur une grosse merde de chien. Je l’ai nettoyée comme j’ai pu, ce n’est pas parfait, mais la voici ! Vous ferez mieux chez vous.
J’étais sidéré ; ces misérables me venaient en aide. La honte me gagna aussitôt. Dire que j’aurais préféré leur refuser la moindre piécette ! j’étais devenu un salaud à mes propres yeux. Heureusement la nuit cacha le rouge qui m’était monté au visage.
Je les remerciai, ouvrit mon portefeuille et leur donnai les cinquante euros qui s’y trouvaient, regrettant de ne pouvoir faire plus pour eux, mais je me promis de repasser régulièrement ici pour prendre de leurs nouvelles et renouveler mes dons.
Je repartis confus mais heureux de cette leçon de vie qu’ils venaient de me donner ; je me promis d’être dorénavant moins con.