Je regardai à travers le trou de la serrure. Ma future petite victime était assise sur son lit. Je jubilai et me frottai les mains. Je sentais que j’allais bien m’amuser, comme chaque soir. Je me mis à compter jusqu’à trois...
Une fois arrivé à « trois », j’ouvris la porte brutalement, levai les bras et poussai un hurlement. J’étais sûr qu’elle allait hurler à son tour. Peut-être même qu’elle allait se faire dessus. Mais à ma grande surprise, elle ne réagit pas.
La petite me regarda dans les yeux. Je n’avais jamais pareille tristesse. Je me suis surpris à me demander ce qui lui était arrivée. Elle baissa la tête, je pouvais la sentir anéantie. C’était la toute première fois qu’un tel cas m’arrivait, j’étais vraiment sur le cul.
- Je ne veux pas que Papa s’en aille…
La petite se mit alors à pleurer. Merde ! Que… Que devais-je faire, au juste ? Encore une fois, je n’étais pas du tout habitué à ce genre de situation.
La petite continuait de chialer. Je paniquais, mais curieusement, je ne voulais pas m’en aller, je ne voulais pas la laisser toute seule. Je m’assis alors à côté d’elle… La petite m’attrapa et pleura plus fort. Je dois vous avouer que j’étais à la fois embarrassé et perdu, qu’étais-je en train de commettre ? Si les autres l’apprenaient… Je ne sais pas alors ce qu’il me prit, mais je déposai délicatement mes pattes sur ses épaules.
- Je suis là…
Oui, je vous le jure, c’est bien ce que j’ai dit. Je la sentis aller un peu mieux.
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La petite s’était endormie. Ce fut long, mais elle y est arrivée. Je la regardais, Petite femme… Je tirai la couverture, elle avait déjà assez froid comme ça…
Je refermai la porte du placard avec la plus grande des prudences et je repartis. C’était tout pour cette nuit.
N’empêche, c’est quand même affreux quand les personnes que vous aimez le plus se bastonnent.
Ani Sedent est née dans la très ardente cité de Liège où elle a fait des études d’illustration.
Si le dessin a été son premier amour, c’est aussi lui qui a entrainé son envie d’écrire de petites histoires à illustrer… L’une d’elle est devenue un roman.
L’Arcane est le quatrième tome des Chroniques de l’Invisible publié aux Éditions Chloé Des Lys.
RÉSUMÉ :
Valerian ne peut pas rester apprenti toute sa vie ! C’est donc avec enthousiasme qu’il entame sa première mission, celle qui doit lui ouvrir la voie vers l’adoubement. Mais escorter Lunabell Fruimur, sa nounou et leur cocher vers Longvaisseau et sa grande cité portuaire va rapidement s’avérer un tantinet plus compliqué que prévu. Les pieds dans la gadoue, le futur chevalier voit les soucis s’enchaîner rapidement. Et si les nuages finissent enfin par laisser place à un ciel plus serein, les problèmes, eux, ne se laissent pas chasser aussi facilement. Bien vite, cette première mission devient pour Valerian, comme pour Merlin et Hortie, une source de rencontres surprenantes et d’aventures inédites parsemées de mystères étranges qui pourraient les entraîner bien plus loin que prévu !
EXTRAIT :
[…]
Intimant à sa monture de s’arrêter, le jeune chevalier se tourna vers le petit groupe hétéroclite qu’il était censé guider. Il laissa son regard errer sur les silhouettes emmitouflées et leurs animaux, invoqués et carrioles qui, dès le départ, lui avaient donné l’impression d’être à la tête d’une troupe de saltimbanques en route pour une représentation.
Pourtant, il s’était réjoui quand Jehan Demonic, le courtaud maître d’armes de l’académie de Grandmanoir, avait enfin distribué les missions auxquelles rêvait chaque aspirant chevalier en âge de prétendre à l’adoubement. Tous avaient attendu cela avec impatience : découvrir la destination qui les lancerait sur la voie de l’accomplissement. Et si, des trois missions y menant, la dernière : la quête, était la plus compliquée et la seconde : l’échange, la plus formatrice, la première : l’escorte, était supposée être la plus simple et la plus agréable.
Bon, d’accord ! il aurait dû écouter son exceptionnel instinct sonner le tocsin, au lieu de laisser l’enthousiasme l’étouffer quand, le jour précédant le départ, la Rageavait changé sa mission pour une autre, qui devait le mener jusqu’en Longvaisseau !
Il aurait dû se méfier lorsque le premier souci était apparu, un peu plus tard, ce même jour, accompagné de sa nounou…
Né Thadé Piasecki en 1947 à Montceau les Mines, France.
Apprend le Français à l’école.
Au début des années 70, il est comédien dans la troupe du Théâtre du Pavé
à Toulouse.
Puis devient auteur-compositeur-interprète de chansons.
Tournées dans les Centres Culturels, MJC, festivals…
Dans les années 80, écrit et réalise des courts métrages de cinéma :
« Y’a des jours mauvais, y’a des jours meilleurs » 20 minutes.
Co réalisation Yves Billy. Sélection AFCAE au Festival de Cannes,
diffusé dans toute la francophonie par le Ministère des Affaires Étrangères français et à la télévision par France 2.
« Pan, pan, t’es mort ! ». 20 minutes.
Co-réalisé avec Ariel Piasecki. Sélectionné au Festival du Court Métrage de Clermond-Ferrand et dans de nombreux festivals. Diffusé par France 2.
En 1984, co-réalise avec Ariel Piasecki la série documentaire de création
« Tranin, reporter » Diffusion France 2, SSR,RTBF.
Réalise ensuite de nombreux sujets pour la télévision :
documentaires (dont « Mexique, 52 minutes » TF1, « La Vie CGT » 52 minutes, France 3), fictions jeunesse (série « Les 6 compagnons » France 3)
Dans les années 90, écrit et réalise :
« Un amour de village ». Téléfilm de 90 minutes. Diffusion France 3.
avec Christiane Millet dans le rôle principal.
« Un été indien ». Téléfilm de 90 minutes. Co production avec le Québec.
Diffusion France 3.
Avec Michel Duchaussoy, Jacques Denis, et le jeune acteur amérindien Marco Bacon.
À l’aube des années 2000, il « divorce » d’avec la télévision, se reconvertit dans l’agriculture biologique, puis la rénovation et la construction de maisons en bois et se passionne pour le Grand Nord norvégien où il effectue de nombreux voyages.
Fin 2023 est paru aux Éditions Chloé des Lys :
« NE PAS PERDRE LA TÊTE ». Nouvelles.
Résumé
Après avoir été subitement quittée par Sven, son compagnon depuis dix ans, cuisinier à bord de l’Express Côtier, Hedda Bergström revient dans le village de son enfance pour se ressourcer. À Oslo, elle était une des meilleures enquêtrices de la police norvégienne. À Lillefjord, avec le lieutenant Olaf Brekke, marié à une femme de la communauté Samie, et le jeune agent Nils Mathissen, tout juste sorti de l’École de Police d’Oslo et auto proclamé cyber enquêteur, elle va, dès son arrivée, être confrontée à une série de meurtres dont certains vont concerner des personnes très proches d’elle.
Au fil de ses enquêtes dans cette région du Cap Nord, isolée toute une partie de l’année pour cause de routes obstruées par la neige et la glace, elle va peu à peu se laisser submerger par la petite musique obsessionnelle des souvenirs, rythmée par le son sourd de la sirène de l’Express Côtier qui lui rappelle son ex. Elle finira même par se sentir responsable de la vague d’assassinats qui s’écoule dans les rues de son village natal, bordées de petites maisons de bois colorées d’apparence si tranquille.
Décapitation d’un policier français, implication des Services Secrets russes dans la mort de sa rivale du temps de ses amours de jeunesse, trafic de cerveaux de baleines, meurtre de son ancienne adjointe et de Butterfly, la chanteuse du groupe Butterfly and the Belugas qui venait de se marier avec Inge Lindberg, la jeune et jolie légiste qu’Hedda apprécie beaucoup. Son village natal l’accueille avec des claques alors qu’elle espérait retrouver dans l’image rassurante d’un passé magnifié par les souvenirs un chemin serein dans le présent.
Elle était venue se ressourcer, elle n’aura réussi qu’à marcher au milieu de traces de sang dans la neige, à lutter contre des fantômes et à voir la Mort aligner les cadavres.
Extrait
Par la fenêtre de son bureau, la capitaine de police norvégienne Hedda Bergström regarde les bateaux des pêcheurs amarrés aux quais du port, figés dans l’épaisse couche de neige déposée par la tempête de la nuit passée.
Derrière l’usine Polar Sea Fish, dans la lumière blafarde du jour arctique, elle peut voir les petites maisons de bois peintes en couleurs vives qui tentent de résister à l’hiver.
Au-dessus d’elles, la montagne presque à pic. Mur blanc. Menaçant. Lacéré de blessures rocheuses grises. Coiffé de bancs de brouillard.
À l’Est, après la silhouette délabrée de l’ancien hangar à morues, la montagne devient falaise et tombe brutalement dans une mer agitée couleur plomb fondu, ourlée d’écume blanche.
De l’autre côté de la rade, deux rochers verticaux déchiquetés marquent la limite ouest du port. Tours noires sorties tout droit du Seigneur des Anneaux, elles montent la garde face à l’océan, dans la direction de l’Archipel du Svalbard.
Depuis qu’Hedda est revenue à Lillefjord, à part les touristes, rien n’a changé depuis son enfance.
C’est ce qu’elle voulait retrouver.
Couché contre son bureau, le chien Tomik grommelle dans son sommeil, à la poursuite des rennes qu’elle lui interdit de courser dans la toundra.
Le bureau près de la porte d’entrée est celui du lieutenant Olaf Brekke. Massif, roux, barbu. Sa femme est une Same. Ça aide, dans certaines circonstances. Comme lorsque l’éleveur de rennes Matti Makura, Same et grand amateur de bière, a décidé de venir montrer ses fesses aux touristes qui viennent au magasin de souvenirs de l’entrepreneuse touristique (comme elle se nomme elle-même) Mari Keikonnen, Same également. Matti a dit que quand les touristes photographient ses rennes, ça stresse les femelles et elles donnent moins de lait à leurs petits !
Mari a répliqué qu’il n’avait qu’à pas installer son enclos près de son magasin ! Matti a répondu qu’il était là avant elle, et qu’elle n’est qu’une sale marchande de pseudo artisanat Sami, une honte pour sa communauté !
En face du bureau d’Hedda, plongé dans l’écran de son ordinateur, la dernière recrue du Poste de Police, l’agent Nils Mathissen. Un grand jeune homme blond à l’allure adolescente, à peine sorti de l’école de police d’Oslo. Lillefjord est sa première affectation.
Si elle ne s’était pas renseignée auprès de son camarade de promotion devenu depuis directeur de l’École de Police, Hedda se serait demandé quelle grosse maladresse il avait bien pu commettre pour se retrouver direct dans cette bourgade perdue sur une presqu’île de rochers, de landes pelées et d’arbres nains, coupée du reste du monde pendant plusieurs mois d’hiver pour cause de routes obstruées par la neige et couvertes de glace, à quelques kilomètres du Cap Nord.
Mathissen n’avait rien fait de mal. Il s’était porté volontaire pour le poste, personne ne l’avait forcé. Ses supérieurs lui ont quand même demandé s’il était originaire de la région, s’il y avait de la famille, des connaissances. Non, rien ! Mathissen a dit qu’il voulait s’imprégner des réalités profondes de son pays !!!
Et depuis ce matin, il est servi ! Un des ouvriers de Polar Sea Fish, une usine sur le quai, a aperçu, accrochée sur le séchoir à morues au milieu des têtes de poissons, une tête d’homme !
Le corps du pauvre type, on l’a retrouvé à cheval sur une motoneige. Les mains sur le guidon, à côté du tipi que Mari Keikonnen a fait dresser dans un bout de toundra près de son petit magasin de souvenirs.
‒ Rhaa! s’impatienta le vieux mage en agitant la main. Je parle de ce brouillard, nous allons nous perdre dans cette purée de pois.
‒ Je crains que ce ne soit déjà fait, déplora Barok. Contre la magie, l’ingénierie ne peut rien.
‒Ça me fait penser à un article paru dans Sorcellerie, avança Ronan. Hysteria y parlait d’un tout nouveau sortilège inspiré par les chauves-souris.
‒ Je vois que notre professeure en métamorphoses n’a rien perdu de son intérêt pour ses modèles, s’esclaffa Merlin.
‒ Hysteria a toujours été très pointue dans ses recherches, la défendit Hortie.
‒ Autant que son chapeau!
‒ Vous trouvez ça drôle?
‒ J’ai lu cet article, intervint Mirliflor. Un peu technique, mais très intéressant.
‒ Et si nous en revenions à nos moutons, s’impatienta Barok.
‒ Ne serait-ce pas plutôt à nos chauves-souris? railla Merlin.
‒ Vous avez mangé un bouffon vous, ce matin.
‒ Allez Ronan, parle-nous de ce sortilège, l’encouragea Hortie, en se tournant vers le mage qui attendait patiemment de pouvoir continuer.
‒ La raccusette, comme le nomme Hysteria…
‒ Quel nom curieux ! s’étonna la fée.
‒ C’est du sotaî, l’informa Merlin. Ça veut dire: rapporteur, ou mouchard si vous préférez. Je ne savais pas qu’Hysteria s’intéressait aux langues gnomiques, ce n’est pas trop son domaine.
‒ C’est sûrement parce que, ce cycle, il y a un sotaî dans sa classe, l’informa Hortie.
‒ Un gnome? Sorcier?
‒ La sorcellerie est un Art subtil qui demande de la finesse et de l’habileté, affirma Mirliflor en ignorant Merlin qui levait les yeux au ciel. Un gnome, comme n’importe qui d’autre pourvu qu’il soit suffisamment raffiné, peut en apprendre les délicates complexités.
‒ Un petit très doué, d’après ce que j’ai entendu dire, approuva Hortie.
‒ Bref! reprit Ronan dont la patience était mise à rude épreuve, ce sortilège permet d’envoyer un son qui, s’il rencontre un obstacle solide, est renvoyé vers sa source. Il pourrait nous mener vers L’Élégante ou nous permettre de trouver Nulle-Part.
‒ Et vous le connaissez, vous, ce sortilège? demanda Merlin.
‒ En parlerais-je, sinon?
‒ Hum!
‒ Si vous permettez, je le connais parfaitement, intervint Mirliflor et il va nous être très utile.
‒ Je me demande s’il serait possible d’imiter ce sort par des moyens mécaniques? s’interrogea Barok pendant que le sorcier allait se poster à la proue du Dragon des mers.
Mirliflor lança le sortilège d’Hysteria. Un son bref, un peu métallique, s’éloigna dans le brouillard… et s’y perdit.
— Madame Belle, Clara Belle ! Vous revoici pour la visite trimestrielle ! Quelle exactitude ! Que se passe-t-il cette fois ? J’imagine le pire … À propos, comme se porte votre cher époux, l’éminent docteur Sigmund Woody ?
— Inspecteur Sidonin ! Je suis si contente que vous soyez de service ! Justement, c’est au sujet de Sigmund …
— Oui ? je vous écoute madame Belle.
— Le comportement de Sigmund m’intrigue de jour en jour.
— C’est un psychiatre, ne l’oubliez pas …
— Oui, bien sûr. Je suis sa secrétaire, je travaille avec lui et je dors également avec lui. C’est mon mari.
— Bien d’accord avec vous. Et donc, chère madame Belle ?
— Je vous explique, inspecteur Sidonin. Sigmund a toujours aimé se détendre dans le parc qui entoure notre château. Respirer l’invisible entre les platanes, compter les oiseaux sur les branches, glisser dans la boue. Enfin, vous me comprenez.
— Oui … Venez-en aux faits car je dois élucider quelques meurtres et des témoins m’attendent. Aucune éclaboussure d’hémoglobine chez vous n’est-ce pas madame Belle ?
— Pas encore, inspecteur. Mais je crains le pire ! À présent, Sigmund passe des heures entières à jouer au maçon ! Vous comprenez que notre standing en prend un coup. Il n’a vraiment aucune compassion pour moi. Sigmund pose pierre après pierre …. Devant les grilles de notre château ! Un mur ! Un mur de pierres devant les grilles de notre château !
— Oui … Toujours pas l’ombre d’un meurtre, madame Belle. Et ceci dit, vous n’avez pas tenter de lui présenter un catalogue LEGO ?
— J’ai essayé, vous pensez bien ! Il m’a répondu qu’il ne jouait pas, qu’il était sérieux. Cette situation ne peut plus continuer, comprenez-moi, inspecteur ! Depuis que Sigmund a posé les premières pierres, oui petite parenthèse, les pierres sont néanmoins plus nobles que les briques n’est-ce pas inspecteur, des hordes d’individus défilent devant le mur. Certains se permettent de graver des phrases. Sur le mur.
— Graver des phrases ? Un véritable travail tout ça. Et votre mari accepte ces gravures ?
— Oui inspecteur, il est même très content ! Donc les individus reviennent avec marteaux et burins et ça s’agite devant le mur …
— C’est compliqué. Mais madame Belle, toujours pas de meurtre.
— Inspecteur, certaines phrases déplaisent à l’un et l’autre. Ces individus en viennent parfois aux mains ! Sigmund me dit qu’il tente des expériences.
— Des expériences ? Il construirait un mur de pierres devant le grillage de votre château, il accepterait que des quidams gravent des phrases sur ce mur … tout cela pour expérimenter … quoi donc ? le comportement des humains ? Et puis-je savoir de quel genre de « phrases» s’agit-il ?
— Oh de mémoire, Je suis stressée, je quitte le réseau. C’est inquiétant, inspecteur, très inquiétant. À cela, quelqu’un a répondu, Dégage conasse. Un autre a gravé un pouce sous le u du mot réseau. Et je me souviens très bien, un autre encore a gravé un cœur ! Un cœur, inspecteur, un cœur !
— Je comprends tout, madame Belle. Je comprends …
— Des groupes manifestent et défilent dans notre rue. Ils sont contre ce mur. Ah ça, je me rallie à cette opinion ! Et puisque vous avez tous les éléments de l’enquête, inspecteur Sidonin, qu’allez-vous faire ? Sigmund m’a dit hier soir, que c’était flippant, les gens ne savent plus différencier le réel du virtuel, que ce monde deviendrait fou. Et que son expérience aboutissait …
— Madame Belle, dès demain matin, je serai présent devant votre mur de pierres, c’est promis.
— Merci inspecteur. Et que ferez-vous ?
— Je graverai une poubelle sur plusieurs de vos pierres.
— Ah quelle curieuse façon de mener une enquête, inspecteur.
— Et chaque fois qu’un individu viendra soit graver une phrase, ou un pouce, ou encore un cœur, c’est promis très chère madame Belle, je vire tout ça d’un seul clic, peut-être même un clac, dans la poubelle ad hoc.
— Oh merci inspecteur, merci, je savais que vous protégeriez mon Sigmund.
Résultats du concours dimanche soir... Vous avez jusqu'à samedi soir 20h pour voter sur ce post !
Mon plus beau souvenir de vacances
Le soleil dardait ses plus beaux rayons et je songeais à tous les vacanciers qui se prélassaient sur le sable chaud. Nous n’étions que quelques âmes insensées à nous tenir assis sur ce trottoir urbain, au milieu d’une circulation dense et d’une pollution étouffante. Tandis que les heures défilaient et que ma patience s’effeuillait, je ressentis un infime désir de profiter normalement de ce séjour unique que je ne revivrai jamais plus.
Aussitôt, je secouai la tête comme pour chasser cette alternative raisonnable. Dans les yeux de mes compagnons d’attente, je décelais la même fièvre. Nous savions pourquoi nous étions là, dans ce quartier nauséabond, face à ce portail dont nous guettions l’ouverture avec avidité. Ce tas de ferraille coulissant était réellement une frontière entre leur monde et le nôtre. Je bus quelques gorgées avec mesure car je ne savais pas combien de temps j’aurai encore à tenir.
C’était pour eux que nous souffrions ainsi et, pour eux, aucune souffrance n’était insupportable. Oh, bien sûr, nous n’avons pas toujours été déçus : plusieurs fois, le portail s’était ouvert ; plusieurs fois, des acteurs, -des stars comme nous les surnommions-, ont diligemment signé une poignée d’autographes ou posé pour quelques clichés. Mais, chaque jour, je revenais subir la même attente. Toujours insatisfaite. Le cou tendu vers ce portail grisâtre. Les yeux rivés sur ce trottoir qu’elle avait sûrement foulé de nombreuses fois.
Cet après-midi-là encore, c’était elle que j’attendais. Tous les autres, si brillants qu’ils soient, si renommés, si adulés, étaient éclipsés par cette femme que j’adorais chaque soir à travers mon écran de télévision. Je nourrissais une jalousie impitoyable envers les fans qui avaient eu le privilège de poser à ses côtés. Je crois que je n’en demandais même pas autant. Je voulais seulement la voir. Juste la voir sourire en vrai. Elle est si belle…
Le soleil déclinait lentement mais les jours d’été s’étirent tant que cela ne m’inquiétait guère. Oui, je venais encore de sacrifier plusieurs heures de ces vacances dont j’avais tant rêvées et que j’avais préparées pendant des mois. Mais, je ne regrettais rien. Si je pouvais avoir le bonheur de lui parler... Quelle audace ! Lui parler ? A elle ? Cette femme si talentueuse, si parfaite ! Voilà que je m’emportais ! Les vagues de l’excitation me parcouraient à nouveau, et, à chaque grincement d’ouverture du portail, mon cœur s’emballait à se rompre.
19 heures déjà. Il serait bientôt l’heure de rejoindre ma famille pour une dernière soirée au bord de mer. Les vacances touchaient à leur fin. Et je restais sur ma fin…
Ce jour-là, j’avais la certitude qu’elle était en tournage. On nous l’avait dit. Nous le savions tous. Et pourtant, ce soir-là, elle a quitté les studios sans emprunter « le portail des fans », mon portail. Lorsque le vigile nous a avertis que tous les artistes avaient déserté les lieux de tournage, j’ai cru que le quartier s’effondrait autour de moi. Je partis, le cœur serré, les mains moites, le dos glacé. Sur le chemin du retour, je tentais tant bien que mal de me raisonner, de me rappeler que je n’avais pas besoin de la voir pour aimer les personnages qu’elle incarnait si brillamment. C’était inutile.
Après cela, quel souvenir de vacances allai-je bien pouvoir raconter à ma grand-mère ?
C’était pourtant un si joli village. Non, il ne manquait pas d’attraits avec ses adorables maisons aux toits pentus, ses jolies vitrines illuminées qui donnaient aux soirées des airs de fête, ses petits et grands hôtels répartis autour d’un lac au charme indéniable, le tout cerné par d’imposantes matrones en tablier blanc, leurs pics déchiquetés se faisant, pour les plus hardis, promesses d’inoubliables randonnées. Non, vraiment, la carte postale ne manquait pas d’attraits…
La première sortie matinale, qui allait par la suite devenir mon tourment quotidien, fut une balade à l’ombre des sapins, autour du cœur battant de ce si joli village : le remarquable plan d’eau auquel quelques barques donnaient un charme romanesque. Romance qui, allais-je fortuitement l’apprendre, risquait de tourner court si d’aventure l’embarcation gîtait, sous peine de livrer le rameur étourdi aux sangsues qui s’ébattaient joyeusement dans l’innocent liquide. Bien sûr, outre ces démons succubes, le lac recelait des poissons parfaitement inoffensifs… bien plus, en tout cas, que les pêcheurs aguerris qui trucidaient leurs prises avec entrain sous les yeux ravis d’un public intéressé. Enfin, pour autant que le public n’ait pas dix ans et un sens de la compassion très développé !
Pour mon plus grand plaisir (encore) cette promenade journalière et bucolique était également l’occasion de faire des rencontres, dont certaines plus piquantes que d’autres ! Un lac, même de montagne, recèlera toujours quelque coin d’une placidité propre à l’épanouissement de l’infernale gente ailée aux mœurs vampiresques, que les moins chanceux (ils se reconnaîtront) attirent plus sûrement qu’un buddleia des papillons. Aïe !
Mais parlons de l’hôtel. Un budget restant un budget, ce n’était pas le plus grand ni le plus cossu, ce n’était cependant pas non plus une gargote. N’ergotons pas, le cadre était agréable, les chambres propres et confortables. Non, c’est à table que, tel un indésirable pique-assiette, s’invita le problème, pour, sans vergogne, faire de ce moment une déception de tous les repas.
Le pays jouissant d’une bonne réputation culinaire, c’est sans méfiance que les dîneurs, affamés par une matinée passée parmi les moustiques et un après-midi de randonnée sur des pentes interminables, investirent la salle à manger et s’installèrent à table, le sourire aux lèvres. En ce premier soir, ils choisirent entre les deux potages, les deux entrées, les deux plats, les deux desserts proposés et si, à la fin du repas, il se doutèrent bien qu’aucune étoile ne garnirait jamais la carte, c’est néanmoins repus qu’ils s’en allèrent dormir après une dernière promenade, digestive celle-là. Le lendemain, les choses se gâtèrent. Le menu ressemblait en tous points au précédent. Devant ce choix limité, les déçus se rabattirent sur ce qu’ils n’avaient plébiscité le soir précédent et retournèrent dormir, un peu moins satisfaits. Le troisième soir, la carte eut beau faire, les dîneurs la reconnurent immédiatement. Il fallait pourtant bien manger et ce fut avec regret qu’ils se virent resservir les mêmes plats. Dépités, ils allèrent dormir avec pour seul souhait qu’aucun reste ne garnisse encore les fonds de casserole. Vœu pieux s’il en est !
Or voici qu’un soir apparaît au menu un plat encore jamais proposé. Et pas n’importe quel plat, une spécialité du pays. Affamé de nouveauté, le plus désabusé se lança et passa commande. Peut-être aurait-il dû écouter le serveur qui avait timidement tenté de l’en dissuader, car si l’intérêt gustatif du mets restait discutable, la découverte d’un intru se tortillant dans l’assiette n’engendra aucun doute sur l’arrière-goût amer qu’allait laisser cette cerise sur un gâteau déjà bien périmé.
À ce stade, est-il nécessaire de mentionner la montagne de boîtes de conserves découverte à l’occasion d’une incursion non autorisée à l’arrière de l’hôtel ? Ou encore ces pantalons régulièrement inondés de soupe par un jeune serveur, certes sympathique, mais d’une maladresse consommé…e ? (Désolée, je ne résiste pas à cette petite pointe de sel). Malgré tout, je tiens ici à rendre hommage à la victime qui a prouvé, à la fin du séjour, qu’il ne tenait pas rigueur au serveur occasionnel, étudiant de son état, d’avoir joué les tourneurs d’assiettes empoté, en lui laissant un joli pourboire. Sans doute pour mieux l’inciter à retourner à ses livres, loin de la salle à manger !
Il est des voyages qui laissent un souvenir impérissable, celui-ci en fait partie. Le meilleur moment restant assurément celui du retour… ce fut en tout cas le mien !
Je me souviens parfaitement, c’était le 20 décembre 2000. J’avais dix ans. Ce jour-là, je partais pour Disneyland Paris. C’était un véritable rêve qui se réalisait, surtout que c’était pendant la période de Noël, la plus belle…
Il était cinq heures du matin. Comme j’avais hâte de partir ! Ce voyage en famille s’annonçait comme un véritable rêve…
J’attendais assis sur l’escalier du hall d’entrée. Mon sac à dos était à mes pieds. Comme j’étais excité ! Le temps me semblait tellement long…
Soudain, j’entendis quelqu’un entrer via la porte du salon, c’était Tonton Mike.
- Alors, bonhomme ? D’après ce que je vois, tu n’as pas du dormir beaucoup…
- Non, Tonton. La nuit m’a semblé interminable. C’était horrible…
Tonton Mike éclata de rire.
- Ben quoi ?
- Tu me rappelles moi à ton âge…
Je lui offris un sourire. Tonton fit pareil.
- Tu voudrais faire quelle attraction, Tonton ? Moi, la maison hantée. C’est obligé !
- Désolé, bonhomme. Je ne viens pas.
J’eus l’impression que mon cœur s’était arrêté.
- Tu… Tu ne viens pas ?! Mais pourquoi ?!
- Disons que j’ai mes petites raisons…
Sur la route, je ne pouvais m’empêcher de penser à mon tonton. J’étais juste dégoûté.
- Pourquoi es-tu triste, Sullivan ?
Je tournai ma tête vers ma gauche, c’était Mamie.
- J’aurais tellement voulu que Tonton vienne avec nous…
- Ah oui…
Je pus ressentir de la tristesse en Mamie.
- Tonton est quelqu’un de très fragile…
La journée fut juste horrible. Un seul être vous manque...
Début juillet, début de vacances. Plage soudain triste, soleil soudain mélancolique. Le mensonge venait d’être révélé. Il n’y avait rien à espérer pour réparer la faute. Marie-Françoise avait caché la vérité à ses parents. Elle avait un examen de passage et ses parents venaient de l’apprendre suite à un coup de fil qu’ils avaient donné de la cabine téléphonique à une voisine enseignante dans l’établissement fréquenté par leur fille. Ah si seulement ils n’avaient pas cherché à savoir si rien de spécial n’était à signaler dans leur quartier ! Ah si les commérages n'existaient pas !
Tout à coup, les vacances ne sentaient plus bon les gaufres au sucre et les beignets, les vacances se vivaient en paroles désenchantées et en reproches. Je n’y comprenais pas grand-chose. Au cœur des années mille neuf cent soixante, je fréquentais encore l’école primaire tandis que ma cousine Marie-Françoise était déjà élève au lycée. Pour moi, un examen de passage ne représentait pas l’annonce d’une catastrophe puisque j’en ignorais l’importance.
« Je voulais vous protéger. Vous êtes tellement occupés. Je ne voulais pas vous peiner. C’est la faute à pas de chance, un accident. J’ai pris des livres avec moi pour commencer à retravailler mes cours, ici même. On n’est qu’en juillet. L’examen est en août. Je vous en aurais parlé en rentrant chez nous. Ne vous tracassez pas. » Telles étaient les réponses de Marie-Françoise aux reproches de ses parents. De mon point de vue, il n’y avait qu’à lui faire confiance. Cependant chacun n’invente-t-il pas des scénarios différents sur la base de faits fort proches ?
Ses parents menaçaient de rentrer avec elle à la maison, de supprimer son argent de poche pour le consacrer au coût engendré par des cours particuliers. Elle était devenue une sorte de voyou.
Il y avait tant de joies, ailleurs dans les rues de la station balnéaire, dans la ville proche que nous avions commencée à visiter la veille, mais rien ne pouvait apaiser les tensions au sein de la jolie villa que nos deux familles louaient. Marie-Françoise avait eu beau montrer les manuels rangés au fond de sa valise, ses parents demeuraient intransigeants. « Malhonnête un jour, malhonnête toujours », martelait son père. « Si tu rates, tu ne recommenceras pas ton année. Non, tu iras travailler ! Il faut assumer ses négligences jusqu’au bout ! », assénait sa mère.
Mes parents ne se risquaient pas à intervenir. Ils fuyaient quand ils le pouvaient. Ils m’emmenèrent ainsi visiter un parc d’attractions à La Panne pour laisser Marie-Françoise et ses parents faire le point sur la situation.
Le bonheur des vacances précédentes s’oubliait. Je n’obéissais qu’aux suggestions de mon cœur qui me poussaient parfois à commettre des bévues pour attirer l’attention sur des sujets différents. Ce n’étaient que maladresses commises par une gamine en souffrance. J’aurais pourtant souhaiter câliner Marie-Françoise plutôt que de renverser de la nourriture, donner des coups de pied dans la poubelle ou me plaindre d’une douleur inexistante.
Mon oncle passa de nombreuses heures attablé dans le living à revoir certains points de matière avec Marie-Françoise. N’était-ce pas du temps gâché ? À présent, je me dis qu’il se sentait peut-être coupable de ne pas avoir été suffisamment attentif aux études de Marie-Françoise ? Ma tante répéta, quant à elle, une sorte de refrain : «J’espère, Fanfan, que tu retiendras au moins que le mensonge ne vit jamais longtemps. »
Ce furent les dernières vacances passées en compagnie de Marie-Françoise, d’oncle Pierre et de tante Simone. Elles laissèrent en moi des saveurs aigres, une volonté de regarder les choses en face, de ne pas m’appuyer sur l’apparente facilité de la tromperie et d’apprendre à passer suffisamment vite l’éponge.