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Résultats Concours n°1 "Quand l'aventure frappe à notre porte"

Publié le par christine brunet /aloys

Texte 1 : Carine-Laure Desguin => 2 votes

Texte 2 : Joe Valeska                  => 3 votes

Texte 3 : Edmée de Xhavée       => 1 vote

Texte 4 : Christine Brunet          => 1 vote

Texte 5 : Elisabeth Chancel        => 1 vote

Texte 6 : Joe Valeska                  => 2 votes

Texte 7 : Micheline Boland        => 3 votes

Texte 8 : Ani Sedent                => 4 votes

Texte 9 : Christina Previotto

 

Bravo à Ani Sedent qui arrive en tête de vos votes avec 4 voix. Merci à tous les auteurs qui ont participé à ce premier acte avec brio !

 

 

Publié dans résultats concours

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Concours 1 Texte 9. Dernier texte. Vote jusqu'à ce soir 20h sur ce post

Publié le par christine brunet /aloys

Le carrefour en T

 

Une jeune fille aperçue dans la rue a ému Harry au-delà de toute prévision. Aucune fille, jusqu’à présent, ne l’a encore autant troublé, cette démarche, ce sourire ! Qui est-elle ? Personne n’a emménagé récemment dans le quartier. Curieux, il sort et l’aperçoit au loin ; elle est déjà au carrefour en T, là où la route passe devant la résidence du ‘Val vert’. Mais arrivé au croisement, il n’y a plus personne en vue… Où à-t-elle pu passer ?

Il s’arrange pour la croiser et un jour, il l’aborde, apprend qu’elle se se nomme Sonia et qu’elle se rendra chaque samedi, au ‘Val vert’ où sa tante séjourne depuis peu. Yes ! Super ! Il pourra donc la croiser à nouveau ! Il en est déjà bleu, accroché, épinglé. À présent, il l’accompagne parfois, mais il se pose des questions : pourquoi passe-t-elle systématiquement sur le côté du home par l’entrée du parc ? Elle semble éviter sciemment l’entrée principale. Et elle ne vient que le samedi alors qu’elle travaille de jour, en horaire classique Il ne peut toutefois pas la harceler de questions.

Ses amis, le voyant rêvasser, l’ont raillé : Tu nous la présente quand, Harry ? » Le garçon a haussé les épaules en rougissant.

De fil en aiguille, il a proposé à Sonia une rencontre ailleurs que dans la rue : « Une sortie resto, par exemple ? » La réponse a été un ‘oui’ instantané qui l’a enchanté ! Ce soir-là, Sonia  s’est glissée dans une robe ajustée et, chaussée de talons hauts, elle arrive devant un Harry médusé. Il ne l’a jamais vue autrement qu’en jeans et baskets et la trouve resplendissante. Elle lui fait beaucoup d’effet et elle, de son côté, parait sensible à ses attentions… Une romance quoi !

Romance qui tourne court le jour où Harry a posé trop de questions. Sonia lui a dévoilé l’existence d’une sœur dont elle ne veut rien dire Et pour quelle raison lui demande-t-il : C’est une reprise de justice ? Une méchante fille qui te veux du mal ? Tout cela est bien mystérieux.

Aujourd’hui, Sonia n’est pas venue, Harry craint de l’avoir froissée, sa nuit se passe mal et, une intuition subite le pousse à regarder par la fenêtre. Il n’en croit pas ses yeux ; cette silhouette c’est bien elle ! Vêtue tout de noir, avec capuche et masque sur le nez, elle se faufile comme une voleuse ! Il sent qu’elle va faire une énorme bêtise. Il la suit dans le parc de la résidence. Elle circule déjà à l’intérieur de l’établissement, éclairée d’une lampe de poche. Hélas, l’alarme se déclenche, Sonia s’élance pour quitter les lieux, emportant avec elle un panneau plat emballé d’un plastique à bulle, mais la grille du parc s’est refermée...

La suite ressemble à une série télévisée : descente de la directrice en catastrophe, sirènes de police et Sonia épaules affaissées, avec l’air tellement coupable ! Harry s’est approché doucement, surprise, elle s’est écriée : « Lui, il n’y est pour rien, je vous le jure ! ». Comment ne pas sourire devant cette réaction ? Les policiers eux-même se sont mordu la joue… Les conséquences n’ont pas été trop lourdes car la directrice n’a pas porté plainte en apprenant la suite. Livia, la sœur de Sonia, étudiante en  art, aime beaucoup peindre, mais à présent, elle souffre de raideur dans le bras et garde des difficultés d’élocution suite à un AVC récent. La peinture lui manque et son moral était au plus bas lorsqu’au cours d’une visite à leur tante, elle a été troublée par un tableau, au point d’exprimer clairement des mots pour marquer son émotion.

Cette œuvre n’étant pas à vendre, Sonia a tenté cette aventure impensable en temps normal. Elle voulait ‘dérober’ l’œuvre (ni vu, ni connu) et en faire réaliser une copie de qualité pour ensuite la rapporter ‘incognito’ Ce projet frisait l’utopie !

À présent, Livia progresse grâce à son programme de revalidation et elle s’entend fort bien avec Harry qui la distrait par ses pitreries. Quand à Sonia et Harry, ils vont souvent se promener au départ du carrefour en T. Et Harry, chaque fois qu’il le peut, se vante de côtoyer la plus exécrable cambrioleuse de notre temps.

Publié dans concours

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Concours 1 Texte 8

Publié le par christine brunet /aloys

 

Généalogiquement vôtre

 

  Je la regardai fixement, à m’en brûler les yeux, comme tous les jours depuis bien trop longtemps.  Avec un soupir je me levai et me dirigeai vers la cuisine où m’attendait un reste de café.  La tasse entre les mains, j’enfilai le couloir, passai rapidement, sans m’arrêter, devant le bureau et me réfugiai dans le salon comme le lâche que j’étais.  Affalé dans un fauteuil, je me laissai envahir par des pensées sombres et improductives, cultivant le masochisme comme d’autres l’orchidée.  Ma vie était à l’arrêt, paralysée par une virginité devant laquelle, jusque là, je n’avais jamais reculé.  Cherchant du réconfort dans mes succès passés, je coulai un regard du côté de la bibliothèque et n’y trouvai que des regrets.  Désabusé, je portai le café à mes lèvres.  Il était froid.  De ce même froid qui m’envahissait un peu plus chaque jour.  Je puisai alors dans la seule source de chaleur couvant encore au fond de moi et lançai rageusement la tasse vers ce qui avait fait ma vie.  La porcelaine éclata sur un montant de bois, couronnant de liquide brun les œuvres complètes de Yan Rebbel, auteur fini.  Las, je me levai et, jetant un coup d’œil à l’horloge, assistai à la fin d’une nuit aussi blanche que la page qui me narguait depuis l’écran de mon ordinateur.

J’avais besoin d’air frais et sortis courir, une activité devenue nécessaire à ma santé mentale.  Au petit trot, je me lançai à l’assaut du pâté de maison.  J’en avais quasiment fait le tour lorsque je vis ma jeune factrice, pressée comme toujours maintenant, rabattre le clapet de ma boîte aux lettres et galoper vers la maison des voisins.  Peu après, je récupérai son offrande : beaucoup de publicités, une ou deux factures et une lettre.  Je rentrai chez moi, abandonnai le tout sur une console et gagnai la salle de bain.  Une demi-heure plus tard, ayant bassement opté pour la cuisine, j’ouvris les enveloppes à l’aide d’un couteau à steak.  Si les factures furent sans surprise, la lettre me laissa pensif.  Le cabinet écossais Murray Kerr & Sinclair m’avisait du décès d’un certain Alistair McLachlan.  L’homme, passionné de généalogie, nous ayant découvert un lien de parenté, m’avait couché sur son testament ! Une lettre qui sentait l’arnaque et dont je me méfiai immédiatement.  J’allai la mettre à la poubelle lorsque, pris d’un doute, je me ravisai.  Dégainant mon portable, je tapai dans le moteur de recherche noms et adresse du cabinet d’avocats.  À mon grand étonnement celui-ci semblait bel et bien exister.  Ce qui ne prouvait rien, bien sûr.  Je me laissai aller sur le dossier de ma chaise.  Et si je me rendais là-bas ? Une folle idée pour un bon gros casanier, mais voilà, je n’avais rien d’autre à faire, n’est-ce pas ? À peu près ravi de ma décision, je me précipitai dans ma chambre, emplis une petite valise et réservai un vol pour Edimbourg.

  Malgré un ciel bas, la ville était très belle avec son atmosphère « Auld Reekie ».  De plus, la Law Society of Scotland m’ayant confirmé l’existence, dans l’Old Town, du prestigieux cabinet d’avocats, j’en profitai pour flâner un peu.  La Law firm occupait un bâtiment de pierre qui sentait bon l’Histoire et le prestige, comme l’intérieur tout en bois ciré et moquette feutrée.  Je n’avais pas de rendez-vous, mais une réceptionniste diligente me permis de rencontrer un secrétaire qui, ayant pris connaissance de la lettre, m’introduisit à son tour dans le bureau d’un associé.  L’homme, sanglé dans un costume taillé sur mesure, me reçut avec une vigoureuse poignée de main, ravi de rencontrer l’auteur français, à succès, ‒ s’il savait ! ‒ qui, sans le savoir, avait fait la fierté testamentaire d’un vieillard excentrique.  Amusé par mon incrédulité, l’avocat confirma le lien de parenté ‒ une lointaine ramille, certes un peu scandaleuse mais bien réelle ‒ qui m’unissait au sieur McLachlan et faisait de moi le dominus proprietatis d’un manoir… en Normandie ! Mieux, j’héritais d’une bâtisse dotée d’une réputation ! Soumis à une nature inquiète, je m’abandonnai d’abord à la réticence que ce mot m’inspirait.  Puis de faire front, voyant dans ce qui m’arrivait un signe du destin qui tenterait, d’un baiser fleurant bon le Whisky et le camembert, d’éveiller une muse sclérosée dans ses habitudes banlieusardes.

Je ne le savais pas encore, mais le pantouflard que j’étais venait de mettre le pied dans le genre d’aventure que, d’habitude, je ne réservais qu’à mes personnages !

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Concours 1, texte 7

Publié le par christine brunet /aloys

 

VIVE LES RESEAUX SOCIAUX

 

 

La sonnerie vient de retentir. Je me lève, j’emprunte le hall d’entrée, je me hisse un peu difficilement sur la pointe des pieds, regarde par le judas, puis j’ouvre. Ils sont là à quelques centimètres du seuil de porte. Ce sont deux garçons d’une dizaine d’années. Le regard bleu, le sourire espiègle, la voix chantante, c’est le plus petit qui parle  : « Bonjour Madame. A la fin de la semaine prochaine, c’est la fancy-fair à l’école du Chemin Vert, il y a aura un spectacle. Voici une invitation à venir voir le spectacle ? » Il me tend un papier jaune qu’il tenait à la main. Le plus grand ajoute : « C’est un super spectacle. Après, vous pourrez goûter et visiter les stands. L’école n’est pas loin d’ici. Vous connaissez peut-être… »   

J’ai l’impression qu’il s’agit d’un petit discours bien appris et répété plutôt qu’un propos spontané. J’ai l’impression que l’invitation sur le papier jaune, légèrement chiffonné, a été imprimée en peu d’exemplaires. Je les remercie. Je les regarde s’éloigner, je les entends papoter et rire. Je regagne le salon. Je réfléchis…

C’est le printemps. Il y a eu le semi-marathon organisé par la ville,. Il y a eu la fête du premier mai. Ma voisine Christiane m’a fait savoir qu’elle comptait aller en pèlerinage à Lourdes en guise de vacances. Mon filleul s’est offert un week-end à Barcelone. Le samedi, jour du spectacle, est un jour proche de l’anniversaire de mon amie Annie. Soixante-quinze ans, ça mérite un spectacle, un goûter, un cadeau, une petite sortie, me semble-t-il ! Je tente d’imaginer un après-midi où je pourrais me distraire agréablement en apportant du bonheur à une fidèle copine.

Le samedi, Annie et moi assistons au spectacle puis nous régalons de crêpes et d’un cappuccino avant de nous offrir des petits sujets réalisés en terre cuite. Après ces bons moments, Annie prend congé de moi pour se rendre sur le parking où son fils est censé l’attendre depuis près d’un quart d’heure.

Lorsqu’à mon tour, je m’apprête à quitter l’école après un dernier coup d’œil à l’espace réservé à la brocante, je suis  interpelée par un homme aimable, élégant, aux cheveux gris. Il pose le regard sur moi, il m’interroge « Janine ? Janine ? ». Je  le dévisage un instant. Il dit alors « Tu ne me reconnais pas ? Je suis Raymond… Raymond Lénart… Ton père et le mien ont travaillé ensemble. Nous avons été voisins durant quelques années. J’ai même fait, souviens-toi, des dessins dans ton cahier de rédactions. Je t’ai retrouvée grâce aux réseaux sociaux. Tu vois, je suis toujours aussi malin et curieux. »

Raymond m’explique comment il s’y est pris pour obtenir des détails à mon sujet, quelles stratégies il a utilisées pour me revoir, comment a germé en lui l’idée d’envoyer ses petits-fils pour m’inviter à la fancy-fair. Aujourd’hui, c’est jour de fête, c’est une journée quasiment estivale, c’est un temps de rencontres bienveillantes dans une optique de bienfaisance, pourquoi ne pas partager de bons souvenirs en buvant un thé et qui sait aborder ensuite d’autres  étapes ?

Je suis veuve, Raymond est veuf. Je n’oublierai pas le passé, mais vivrai peut-être de délicieux moments marqués par une innocence qui est restée tapie en moi.    

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Concours 1 : texte 6

Publié le par christine brunet /aloys

DE L’AUTRE CÔTÉ DU VERROU

 

 

La factrice ne passe jamais à cette heure-là. Le choc contre le bois de la porte, sec et autoritaire, déchire le silence du couloir. Je repose ma tasse, la vapeur s’élevant encore en volutes légères. Personne sur le palier. Juste un paquet, enveloppé d’un papier kraft jauni.

L’étiquette mentionne mon nom en lettres capitales, d’une écriture qui m’arrache un frisson : la mienne. Pourtant, je n’ai aucun souvenir d’avoir posté quoi que ce soit. Je ramène l’objet à l’intérieur, son poids me paraissant extrêmement lourd. À l’intérieur : un carnet de cuir vert dont l’effluve de cire ancienne imprègne immédiatement la pièce.

Je l’ouvre au hasard. La page est datée de cet instant précis.

« À 10 heures 05, le téléphone sonnera. Ne décroche pas. C’est le signal. La porte derrière toi s’ouvrira. »

Un battement de cœur sourd cogne dans ma poitrine. Feuilletant nerveusement les pages précédentes, je découvre des récits que j’aurais dû être le seul à connaître : le café renversé ce matin sur mon manuscrit, la couleur de la cravate du voisin, mes doutes au moment de verrouiller la serrure. Tout est transcrit avec une rigoureuse exactitude. Mon regard se fige sur une encre encore luisante :

« Tu t’arrêtes de lire, observant la mouche posée sur le rebord de ta tasse refroidie. »

L’insecte est là. Ses ailes vibrent sur la porcelaine. Ce carnet ne se contente pas de prédire, il m’observe…

Soudain, la sonnerie du téléphone retentit, stridente, marquant le début de l’irréversible. Je ne bouge pas. Je fixe la porte de bois. Une dernière phrase, griffonnée en vert au bas de la page, attire mon regard :

« La porte ne s’ouvre que pour ceux qui acceptent de se perdre. »

À peine ai-je énoncé ces mots à voix haute que le battement de mon cœur s’accorde au tic-tac de l’horloge. Derrière moi, la porte d’entrée, celle-là même où la factrice avait frappé, s’entrouvre d’elle-même. Ce n’est plus le couloir sombre et étroit du palier qui m’attend.

Une clarté émeraude, presque aveuglante, inonde immédiatement mon salon. Je m’approche, franchissant le seuil de ma réalité pour fouler un sol insolite : une route de briques jaunes qui s’étire à perte de vue. Au loin, les flèches étincelantes d’une cité de verre scintillent sous un soleil idyllique.

Quatre silhouettes se détachent sur l’horizon, m’attendant avec une patience infinie. Une jeune fille au regard doux chaussée d’escarpins rouge rubis, suivie d’un petit chien, un lion qui redresse fièrement la tête, un épouvantail au sourire de paille et un homme de fer dont le poitrail luit sous l’éclat vert de l’horizon. Ce dernier fait un pas vers moi, sa main de métal marquant un geste d’accueil.

— Il est temps, magicien, murmure-t-il d’une voix qui résonne comme un souvenir enfoui. Il est temps de retrouver la mémoire et de rentrer chez toi, dans notre belle Cité d’Émeraude.

L’aventure n’était pas devant moi. Elle était restée là, de l’autre côté, patientant que je me souvienne enfin de qui j’étais avant que le sort de la sorcière de l’Ouest ne m’expulse dans cet exil gris et solitaire.

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Concours 1 texte 5

Publié le par christine brunet /aloys

Une soirée de rêve : plongée dans la nouvelle saison de ma série préférée, un chocolat chaud à la main.

Mais le destin n'avait visiblement pas décidé de m'accorder ce répit. Je faillis lâcher ma tasse au sol lorsque l'agressive sonnerie de la porte d'entrée retentit... Que me voulait-on à cette heure tardive ? Qui avait encore ouvert la porte d'entrée de l'immeuble à un démarcheur ?

 

-Bonsoir ! Tout va bien, ne vous inquiétez pas. Je me présente : Magali. Je travaille pour Effelec et je viens vous proposer un contrat d'électricité

Bingo ! J'aurais dû parier avec moi-même... Il est vrai qu'après une éreintante journée de travail, un jeudi soir à vingt heures trente, on meur tous d'envie de se plonger dans d'incompréhensibles contrats d'électricité...

-Aujourd'hui, à combien s'élève votre facture mensuelle ?

Je réajuste ma robe de chambre. Mon visage doit clairement exprimer que je n'en ai aucun souvenir car Magali enchaîne :

-Chez Effelec, les factures sont simplifiées, claires et vous parviennent directement par SMS.

Sa voix est douce, un peu lasse, un peu triste, mais si douce. Elle doit avoir environ une cinquantaine d'années. Ses longs cheveux noirs et bouclés évoquent l'Orient. Sa peau légèrement tannée et ses yeux noirs en amande font d'elle une jolie femme. C'est en tout cas ce que je remarque du haut de mes vingt-neuf ans.

-Entrez, je vous en prie.

Qu'est-ce qui m'arrive ? C'est bien la première fois que je réagis ainsi avec un démarcheur. Habituellement, je leur ferme presque la porte au nez, non sans un poli « bonsoir » bien sûr.

 

Surprise, Magali entre sans hésiter.

Je remarque alors que ses épaules frissonnent.

-Vous avez froid ?

Son sourire s'accentue. Sourire de façade. Il n'y a pas de doute.

-L'air est un peu frais. J'imagine que vos factures faramineuses d'électricité vous obligent à baisser le chauffage. Tout cela va changer.

Nous rions toutes les deux. Elle est douée pour éviter les sujets douloureux.

 

Mais, elle tremble et, cette fois, c'est flagrant.

-Asseyez-vous, je vous en prie.

L'émotion qui se dégage d'elle me touche. Je la sens soudain si fatiguée. J'ai envie de faire quelque chose pour elle, sans trop savoir pourquoi.

-Je vais vous servir un thé bien chaud pendant que vous me montrerez vos contrats !

La pauvre femme n'est visiblement pas habituée à cette gentillesse. Ou bien, il en fallait peu pour ouvrir cette frêle carapace dont elle s'est revêtue...

-Vous êtes sûre que vous allez bien ?

Elle éclate en sanglots, là, sur cette chaise au milieu de ma salle à manger. J'ai envie de la prendre dans les bras, de lui dire que tout ira bien, mais je ne la connais pas et je ne sais rien de sa vie...

Alors, je me contente de poser une main sur son épaule en murmurant :

-Vous pouvez rester ici autant que vous voulez.

Au milieu des larmes, Magali bredouille des excuses.

-Etes-vous souffrante ? Avez-vous besoin de quelque chose ?

Je m'accroupis près d'elle, à l'écoute, émue.

Alors, soudain, elle se libère de ce poids qui l'étouffe. Je m'attendais à beaucoup mais certainement pas à une telle bombe... Comme l'on jette un fardeau à terre, elle s'exclame entre deux sanglots :

-Ma fille a été enlevée mais je dois continuer ma vie comme si de rien n'était ou elle mourra !

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Concours 1, texte 4

Publié le par christine brunet /aloys

 

La vérité est ailleurs…

Cette phrase résonne aujourd’hui étrangement à mes oreilles.

Retour en arrière de quelques dizaines d’années. Début de soirée. Mon petit frère et moi sommes seuls dans l’appartement plongé dans le noir, histoire de frissonner tout à notre aise. Face à nous, l’écran de la télé, tache claire peinant à dissiper les quelques centimètres de ténèbres qui nous séparent de l’image.

Générique interdit mais tant attendu… « L’espace, frontière de l’infini vers laquelle voyage le vaisseau spatial « Enterprise ». Sa mission : explorer de nouveaux mondes, découvrir de nouvelles vies, d’autres civilisations et au mépris du danger, avancer vers l’inconnu. »

Je frissonne : qu’est-ce que je ne donnerais pas pour vivre l’une de leurs aventures même si, j’en suis certaine, je mourrais de trouille. Mon frère, lui, est accroché à son siège, yeux écarquillés, bouche ouverte.

Mon cœur bondit. Premières images : rien de violent et pourtant… Dès le départ, les héros sont dans une situation critique, intenable. Une pluie de météorites. La navette spatiale s’écrase sur un planétoïde rocheux, désertique, inhospitalier. Aucune forme de vie, que ce soit végétale ou animale. La vie des naufragés s’organise dans un clair-obscur glauque et froid. Soudain un bruit remplit les enceintes, sourd, puissant, un grincement qui nous prend aux tripes… On s’accroche à la chaise. La menace est encore invisible mais s’approche. Les héros se sont mis tant bien que mal à l’abri mais nous deux, dans le noir solitaire de l’appartement… Et puis les premières disparitions… Mes oreilles se dressent à l’affût du moindre chuintement suspect. Je n’ose pas regarder autour de moi pour ne pas paraître faible : je suis l’aînée, je dois être la plus courageuse… Pourtant… J’aimerais tant, à cet instant, abaisser le commutateur et inonder la pièce d’une lumière rassurante. Mais non, pas question ! Je suis forte !

Je souffle lentement et reporte mon attention sur les images. Le bruit reprend de plus belle, me donnant la chair de poule. Mon cœur bat la chamade. J’ai peur ! Mon frère est en apnée, recroquevillé sur son siège. Il tressaille à chaque crissement. Vivement que l’épisode se termine…

Dernière image, enfin. J’éteins la télé. L’obscurité, profonde, trop silencieuse. Je nous entends respirer. Un craquement...

Je dois bouger pour rétablir une clarté rassurante. Oreilles tendues à en être douloureuses, je me lève et, à tâtons, mains devant moi, je longe le mur et appuie sur le va et vient salvateur. Nous clignons des yeux et regardons autour de nous, rassurés. La salle à manger est déserte. Par acquit de conscience, je vérifie le verrou de la porte d’entrée puis observe le long couloir non éclairé qui mène aux chambres. Mieux vaut se coucher avant le retour des parents mais l’interrupteur est tout au bout.

Mon frère attend en lisière de pénombre.

J’avale difficilement ma salive, redresse les épaules et avance en retenant ma respiration vers ce qui me semble soudain être une terre inconnue. Je sens enfin le carré de plastique dans ma paume. Nouvelle zone de sécurité. J’avance le pied… Des bandes statiques en face de moi brouillent l’image de la chambre. La lumière recule, l’obscurité m’absorbe. Un pas en arrière... Les murs vacillent comme sous l’effet d’interférences. Les grincements retentissent dans la maison, plus sourds et menaçants que quelques minutes plus tôt.

Le verrou de la porte d’entrée… Les parasites et les raclements cessent instantanément.

Ce jour-là, vous savez quoi ? J’ai compris que l’aventure avec un grand A avait frappé à ma porte et que je n’avais pas su l’écouter…

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Concours 1, Texte 3

Publié le par christine brunet /aloys

Lorsque l’aventure frappe à notre porte 

 

Cachet de la poste faisant foi…

 

C’était un tout nouveau facteur, je ne l’avais jamais vu.

Une merveille. Une sorte de Chippendale, la chemisette entrouverte sur des pectoraux luisant de la belle sueur du travail, celle qui sent le frais et appelle les sens, qui retient l’œil et fait sortir la langue. Je le voyais s’approcher de ma porte en shorts, ses belles jambes juste veloutées à point et pas dans le genre orang-outang miteux comme mon voisin quand il tond sa pelouse. Son képi était canaillement rejeté vers l’arrière, et ses cheveux retenus par un humble élastique sautaient à la brise et sous les coups de sa démarche assurée.

Moi, dans ma cuisine à peine passée au détol puis rafraichie d’un spritch lavande, dissimulée derrière les rideaux dégraissés, repassés et remis en forme, je l’observais et non, je ne regrettais pas Mr Lamy, son dentier fugueur, son furoncle sur le bord des lèvres, et sa sueur entreposée sous les aisselles pendant des semaines et qu’il libérait sans complexes quand il cédait à mon invitation à boire une jatte de café bien noir. Si je n’avais pris mes précautions il étendait le bras pour prendre le sucrier, et là quatre ou cinq mouches ne manquaient jamais de s’effondrer, asphyxiées en plein vol. Il lui était même arrivé de passer la paume sous son aisselle droite et puis de l’essuyer sur la serviette en papier (Dieu merci je ne lui proposais pas les belles serviettes damassées de belle-maman !) qui s’effritait aussitôt.

Non, pas une pensée pour Mr Lamy en voyant cette extraordinaire créature à deux pas de moi. Le facteur sonne toujours deux fois, ça se sait et se raconte, et puis le facteur apporte dans sa sacoche les pages les plus hard des romans érotiques, le savoir-faire le plus hardi dans les caresses. Il a la carte non du tendre mais des zones érogènes. Il va de voisine en voisine, butine et sème, tous les enfants de la rue lui ressemblent, et jamais aucun mari n’a le moindre soupçon. Pour un mari, si ce n’est Mr Lamy c’est donc son frère. On lui offre le café, un petit coup plus fort pour les fêtes de fin d’année avec son enveloppe, on le remercie pour les bonnes nouvelles et lui dit qu’il pourrait s’abstenir d’amener les factures. Côté sex appeal, ça ne risque rien.

Je frémissais et étais heureuse de ne plus être en peignoir (il y avait un trou dans la manche) et pantoufles, mais avec un t-shirt et tablier enfarinés, un peu de farine sur le visage rougi par l’effort du rouleau à tarte, la poitrine oscillant dans le décolleté généreux. Je le savais, je le savais va, qu’il allait me renverser sur la table parmi les œufs et la farine et me faire découvrir les extases qui m’ont toujours été niées. Peu importe s’il offre les mêmes délires à mes voisines, qu’il fasse donc, qu’il me prouve qu’il n’y a pas que dans les films que…

Haletante, passant la main enfarinée sur mon décolleté humide de transpiration, je lui ouvre la porte, me léchant les lèvres en souriant. Il pâlit, me jette un colis entre les mains et s’en va à grandes enjambées vers son chariot à courrier. Cette peste de voisine toujours en bikini sur son seuil le hèle : « Sa livraison de Clozapine ? Mon pauvre, je vois que vous avez eu peur… Mais vous savez, à 87 ans, elle n’est plus bien menaçante, vous vous habituerez… et puis ce n’est qu’une livraison par trimestre. Mr Lamy a demandé d’être muté dans un autre quartier, le pauvre, il a dû s’enfuir un jour avec des coquilles d’œufs dans les cheveux et son uniforme tout blanc de farine »…

Salope ! C’est parce qu’il ne s’est pas arrêté chez elle, cette mocheté…

Publié dans émission actutv

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Concours 1 texte 2

Publié le par christine brunet /aloys

L’ÉCRITURE POUR SEULE BOUSSOLE

 

 

Le grand tableau d’affichage du centre de formation imposait ses directives avec une froideur administrative. En parcourant la liste des ateliers obligatoires de ce stage professionnel, mon regard s’arrêta sur une ligne qui m’arracha un soupir : « Expression théâtrale — Durée : six mois ». Moi qui aimais l’ombre et la discrétion des mots écrits, on me condamnait à la lumière des projecteurs. C’était le détail inattendu, la contrainte absurde d’un planning. L’aventure frappa sans crier gare, sous la forme d’une convocation.

Dès les premières séances, l’exercice se révéla être un séisme. Noria, notre metteuse en scène, menait la troupe d’une main ferme. Remarquant rapidement mes facilités avec la plume, elle planta ses yeux dans les miens à la fin d’un cours : « On n’a pas de texte. Écris-nous une pièce. »

Je n’avais jamais rien composé pour la scène. En acceptant, j’ouvrais les vannes d’un tourbillon puissant. Mes nuits devinrent des champs de bataille. Attablé sous la lueur d’une petite lampe, je passai des semaines à formuler des répliques sur mesure pour chaque participant, naviguant sans cesse entre le rire et les larmes. Il fallait jongler avec les personnalités, calmer les angoisses des uns et gérer les ego surdimensionnés des autres. Certains m’ont rendu fou, me poussant aux portes du renoncement, mais je tins bon.

Puis vinrent les répétitions, intenses, épuisantes, jusqu’au soir de la première.

Quand le rideau se leva, je n’étais plus le stagiaire anonyme du premier jour. J’étais le héros de cette histoire d’un soir. Sur les planches, ma partenaire de scène irradiait une énergie incroyable. Derrière nous, un homme discret, délaissé de tous et sans famille, incarnait avec une justesse infinie la conscience de nos deux personnages. Le trac laissa place à une complicité magique, gravée à jamais sous les applaudissements du public. Ce stage qui m’étouffait d’avance devint le plus beau de mes voyages.

Aujourd’hui, les projecteurs se sont éteints. La voix de ma partenaire, devenue une grande amie, disparue hélas trop tôt, s’est tue pour toujours. Récemment, j’ai appris le décès de ce compagnon solitaire qui jouait notre conscience, parti dans l’anonymat le plus complet. Leurs disparitions successives ont laissé un grand vide, mais elles ont aussi allumé une urgence en moi.

Ma vocation d’écrivain remontait certes à mon adolescence, mais c’est ce soir-là, sous les vivats, que je sus que j’étais capable de mener à bien de grands projets. Quelques années plus tard, je puisai dans cette certitude pour transformer cette œuvre éphémère en mon tout premier roman. Ce jour-là, l’aventure frappa à ma porte, et depuis je n’ai jamais cessé d’écrire, pour exister. Cette peur terrible de disparaître seul, ignoré du monde à mon tour, est devenue ma plus fidèle compagne de route. Mes mots sont mes remparts. Mes personnages sont ma famille. Eux, ils ne me soufflent pas que j’écris pour passer le temps… Eux, ils ne se montrent pas condescendants. Couchant ces destins sur le papier, je lutte contre l’oubli et j’offre une éternité à ceux que j’ai aimés, prouvant que les plus grands accomplissements naissent souvent des défis que l’on n’a pas choisis.

Je poursuis cette route par une nécessité vitale, viscérale, engagé corps et âme dans cette création perpétuelle, et tant pis si je devais un jour en crever d’épuisement. Je resterai mon propre capitaine jusqu’au bout.

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Concours 1 : "Quand l'aventure frappe à notre porte" Texte 1

Publié le par christine brunet /aloys

Dans trois jours et trois nuits

 

   Impossible de plonger dans les bras de Morphée. Ce que j’ai vécu cet aprèm, était-ce réel ? Une hallucination ? Serai-je devenue schizo ?  Je m’en veux à mort, je n’ai même pas pensé à allumer mon GSM. Pour une photo ou deux de ce truc-là et me rappeler que je n’ai pas rêvé.  

   La journée a commencé comme d’hab, une putain de journée. Ma beldoche, Johanna, avait accroché une liste de tâches sur la porte du frigo, une liste longue comme les rouleaux de la Mer Morte (je sais pas pourquoi cette métaphore car je n’ai jamais vu ces machins-là mais depuis cette « rencontre » je deviens bizarre). La salope. Jamais mon daron n’aurait dû se remarier avec cette chieuse. Pas facile de subir un veuvage mais quand même. Tomber sur cette conasse et en plus lui passer la bague au doigt, fallait l’faire. Il ne l’a pas subie longtemps, il a clampsé quelques mois plus tard. Donc voilà, mon jour de congé, le mardi (il faut bien que ce soit mardi une fois par semaine), je le vis entre torchons et raclettes, et raclettes et torchons. La sorcière pourrait de temps en temps déléguer les corvées à ses deux godiches de filles, mais non, la boniche, c’est moi. Pendant ce temps-là, le duo machiavélique (appelons un chat un chat), Brenda l’aînée et Miranda la cadette, se la joue super cool en ville : SPA de luxe, pédicure, manucure, salon de coiffure, un p’tit tour chez Delvaux, un autre chez Bulgari, etc. Taxi pour l’aller et taxi pour le retour car ces demoiselles ne prennent ni le bus ni le tram, bien trop dégradant pour pareilles pin-ups. Voilà le topo ! Mais ça, c’était avant.

   Donc j’ai astiqué toute la journée en fulminant, car j’en avais ras-le-bol de décrasser les saloperies de ces trois godiches. Ah si un mec beau et riche passait par ici … Pour me défouler, j’écoutais Rammstein à fond la caisse. Tout à coup, silence total dans la baraque, en plein milieu de « Du hast ». Je secoue les appareils. Rien. Tout autour de moi, plus aucun bruit. Les perruches, elles aussi, ont le bec cloué. J’écarte deux lamelles des stores et là, consternation, les voitures à l’arrêt en pleine rue. Sur le trottoir, des commères sont face à face, comme figées. Une espèce d’effet d’Oz ! Dans ma rue ! Puuutain, je me dis, c’est quoi ce bordel ? Je me tâte. J’existe encore, ouf. Et soudain, dring. On sonne à la porte. J’ai le trouillomètre à zéro, c’est la raclette qui me soutient. Dring. Dring. Téméraire, j’avance. J’ouvre la porte. Consternation. Devant moi … une vraie princesse ! Nippée dans une robe bleue qui scintille de partout, des manches bouffantes, un jupon volumineux. D’une voix rassurante et maternelle, elle me dit :

  • Comme je comprends ta tristesse, et ta colère aussi, Mirabelle. J’ai connu pareille situation. Je te promets que tout cela s’arrangera. Patiente encore trois jours et trois nuits. Je reviendrai et te présenterai ton Prince Charmant. Et ce sera plus si … affinités !

Je reste baba devant cette dame qui, en plus d’illuminer tout le quartier, connait mon prénom ! Puutain ! Je zieute ses pieds et que vois-je ? Des pantoufles de vair !

  • Ah, j’oubliais … Je m’appelle Cendrillon. Rappelle-toi, dans trois jours et trois nuits, je serai là. Tu sais, Mirabelle, je suis ici grâce à l’effet miroir. C’est ufologique. Je sais que tu comprends tout ça. Continue tes recherches ufologiques ! Continue !

Avec grâce, Cendrillon fait demi-tour et monte dans son véhicule, un carrosse super-éclatant de couleur jaune doré. Qui s’élève direct dans les airs en deux secondes. Sans aucun bruit.  À la place du carrosse, devinez quoi ?  Une citrouille ! Une citrouille !

 

 

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