Synopsis : « Ira côtoie les personnages de ce livre dans quatre vies ayant un contexte différent. Toutes ces vies ont en commun l’apprentissage philosophique, le cheminement de l’âme dans l’obscurité et la lumière. Baignés dans le fantastique, les thèmes récurrents sont la quête de la Connaissance, la spiritualité, l’art, la recherche de la sagesse. Tel un halo par-delà le bien et le mal, l’Amour omniprésent dans ce livre fait parfois vaciller une perspective dualiste du monde ».
Compliqué de livrer une chronique après pareil résumé… Mais je vais essayer…
Livia Ov nous propose une réflexion sur l’Amour, la Vie, la Mort, la vie après la mort au travers d’un récit de vie… celui d’Ira, jeune femme hypersensible qui, au travers d’une quête quasi mystique, cherche des réponses aux aléas de sa vie.
Un ouvrage en quatre actes qui conduit le lecteur à cheminer au fil des pensées de l’héroïne, un cheminement intérieur très personnel…
Difficile de résumer ce livre ! Il vous faudra le lire !
Je m’effondre sur l’une des chaises du Réverbère. Comme le cours a été éprouvant ! Cela fait maintenant deux mois que je fréquente le conservatoire de Senvy. Je croyais pourtant que le théâtre allait me faire du bien, des gens me l’ont confirmé. Mais je n’y arrive pas.
- Coucou, Rayan.
C’est Amy, la patronne du café.
- Salut, Amy. Un café, s’il te plaît.
- Je te l’offre.
- Mais…
- Je te l’offre. J’insiste.
- D’accord. Merci à toi.
Il ne faut pas demander quelle tête je dois tirer...
J’ignore pourquoi, mais ces dernières années, je n’arrive plus à parler convenablement. Soit je bégaie, soit j’articule mal ou soit je ne parle pas assez fort. J’arrive même à mélanger tout cela en même temps. Je dois me rendre à l’évidence, je ne suis pas du tout fait pour l’art dramatique. Ni pour l’art de la parole. Pourtant, ma professeure est vraiment très chouette. Mais je dois me rendre à l’évidence, je ne suis pas doué. Je n’ai plus du tout envie de continuer. Ma décision est prise, je lui écrirai ce soir. Vive les messages (électroniques)…
Amy me sert mon café, je lui réponds par un sourire forcé. Quant à elle, son sourire est on ne peut plus vrai. Qu’est-ce que je l’envie…
Après avoir ouvert la capsule de lait et versé ce dernier dans la tasse, je vois deux jeunes femmes qui s’installent à la table d’à côté.
- Il faut absolument que je le te le montre !
L’une d’elles attrape son sac à main et en sort quelque chose… un livre. Mon cœur s’accélère, je reconnaîtrais ce bouquin entre mille… Elle le tend à son amie.
- « Les histoires de Monsieur Zowski ». Intéressant, dit-elle en le prenant.
- Ce sont des nouvelles très courtes, mais remplies d’émotions. J’ai vraiment adoré. C’est pourquoi je voudrais te le prêter.
- Eh bien… Je le commencerai ce soir. Merci, Chloé !
Une grande et douce chaleur envahit mon cœur. J’ai l’impression d’être un immense et magnifique oiseau qui renaît de ses cendres…
Je le sens parfaitement, ce grand sourire qui se dessine sur mon visage...
Gauthier Hiernaux… Un auteur éclectique aussi à l’aise dans le genre fantastique, dystopique que dans le genre policier. Cette fois, il nous propose un polar à l’ancienne, style Léo Malet ou Georges Simenon. Vous voyez le style ?
Un flic proche de la retraite, atteint d’un cancer, qui fait face, avec son expérience forgée au fil des années, à une affaire complexe qui démarre par un attentat… sujet brûlant d’actualité pour un policier balloté par sa hiérarchie, ses propres problèmes et ses doutes.
Un choc d’ambiance, un choc générationnel même.
Ce roman de 351 pages réserve bien des surprises, que ce soit aux personnages ou aux lecteurs qui suivent les pistes avec curiosité et froncements de sourcils. On cherche, on se dit que… puis non, que celui-là n’est, peut-être, pas si net…
En fait, comment vous dire ? Aucun personnage n’est vraiment clean… net… Tous cachent quelque chose. Lorsqu’on s’est, enfin, forgé une opinion, tout est remis en cause par une découverte, une piste de dernière minute.
« Comme des ombres » porte bien son titre… A découvrir !
Quel nom bizarre… Vous ne trouvez pas ? Donc, ce personnage, Monsieur Qivy, écrit. Il écrit des histoires que nous découvrons au fil des pages. Un but ? Bien entendu… Mais ça, on ne le sait qu’à la fin. Il écrit des histoires courtes, voire très courtes où la nuit et la lumière jouent un rôle indissociable.
Ces mini contes sont ses balades au gré des rues de Tournai où l’obscurité n’est qu’un prétexte pour proposer un voyage plus intime, plus délicat, un chemin lumineux vers l’âme sœur, toujours bienveillante, parfois inatteignable.
Hymne à l’amour et à la réalisation de soi au travers de ces sentiments profonds, ces nouvelles sont à la fois pudiques et lumineuses, servies par une écriture simple, sans fard qui apporte de la pureté au(x) personnage(s) masculin(s) qui est (sont) au centre même si l’épicentre n’est autre, selon moi, qu’ « elle », cet être omnipotent capable de soigner les maux de « il ».
Je vais aller plus loin : « Les histoires de Monsieur Qivy » ne sont qu’une déclaration d’amour, celle d’un homme timide qui a du mal à exprimer ses sentiments et qui a trouvé, en l’écriture, une alliée de poids.
Un livre court. Quelques phrases sur chaque page. Un jour par page. L’histoire se passe en septembre 2011, une histoire intense et qui oblige le lecteur à se poser des questions, tout comme d’ailleurs le personnage du livre.
Dans un espace qu’on suppose être une chambre, un homme s’éveille. C’est lui qui écrit, il disposerait donc d’un matériel pour écrire, il ne précise rien à ce sujet. Il constate qu’un plateau repas est à sa disposition. Il a faim, il dévore le repas. Il constate qu’il est amnésique. Il voit le jour grâce à de hautes fenêtres dont il ne peut s’approcher car un cabinet de toilette est solidement fixé au sol, juste devant les fenêtres. L’homme ne voit donc rien de l’extérieur à part la lueur du jour. Ce qui explique qu’il peut compter les jours. Il a des soupçons, il serait drogué, sa nourriture contiendrait des somnifères. Il constate des traces de piqûres sur un de ses avant-bras. Ce qui l’angoisse, c’est qu’il n’entend aucun bruit venant de l’extérieur. Lorsqu’enfin il verra quelque chose de l’extérieur, sa découverte le ….
Qui est cet homme ? Que fait-il là ? Qui le retient prisonnier, qui l’a amené là et surtout pourquoi ?
Une économie de pages, oui, mais quel suspense jusqu’au dernier mot et … au-delà. Cet homme aura-t-il des réponses à ses questions ? Laurent Dumortier, une fois encore, nous entraîne dans le labyrinthe de son univers et il n’est pas si facile d’en sortir (j’y suis restée :D). Il est question ici d’enfermement. Ne sommes-nous pas tous enfermés ? Il est question de la recherche d’identité. Savons-nous vraiment qui nous sommes ? Ne sommes-nous pas amnésiques de quelque chose nous aussi ?
Je vous laisse vous envoler par cette lecture, Un mois, de Laurent Dumortier. Et prendre connaissance vous aussi de ces drôles de choses que cet homme amnésique découvrira une fois la porte ouverte, une fois les fenêtres rendues accessibles.
Succulent, méchant, violent… Voilà les trois adjectifs qui me viennent à l’esprit en terminant ce recueil de nouvelles. Etude de mœurs, histoire de famille, histoires inavouées, cruelles, mesquines…
Les personnages sont magnifiquement campés. On grimace, on sourit, on s’indigne… On participe aux malheurs des uns, aux trahisons des autres, aux bassesses, aux coups bas, aux mauvaises décisions et à leurs conséquences dévastatrices.
Premier texte, une claque. Pas l’habitude de lire ce type d’histoire sous la plume aiguisée d’Edmée de Xhavée. J’arrive au point final, hébétée. Le second texte me cloue sur place !
Je tourne les pages… et j’arrive à mon texte préféré : « Noirhomme-Larivière contre Villeneuve, clap de fin » : truculent ! Jubilatoire !
Je ne vais rien vous révéler de ces courts récits : ce serait tellement dommage de vous gâcher la surprise !
Un méga coup de cœur ! Bravo, Edmée, tu m’as bluffée !
Malgré l’obscurité, je peux nettement voir la pièce dans laquelle je me trouve... c’est ma chambre. Ma chambre de chez Maman.
Hier soir, je ne voulais pas du tout rentrer chez moi. J’étais dévoré par un sentiment, un sentiment qui me colle depuis longtemps, depuis trop longtemps. Me rendre dans ce studio avec ce mal aurait été une très mauvaise idée. J’ai même envie de dire, cela aura été une idéedangereuse. Très dangereuse... Heureusement que Maman est présente. Elle l’a toujours été...
J’attrape mon smartphone sur la table de nuit, il est quatre heures du matin. Je commence à avoir faim, très faim...
Je n’ai pas du tout envie de "chiper" à manger. Maman a parfois un peu de mal... Je pense alors à la boulangerie, celle située pas très loin de la maison et qui ouvre justement à quatre heures, le week-end. Nous sommes dimanche, aujourd’hui... Maman adore les pains au chocolat... Je décide de me lever, le temps de m’habiller, d’aller faire un tour au petit coin et de préparer mon sac à dos...
Je suis prêt. J’avance vers la porte du hall d’entrée... quand je la remarque, la photo. Une photographie de nous quatre, dans un cadre accroché au mur : Maman, mon frère, moi et Eiji, notre chat. Ce dernier est dans les bras de Maman. Je ne peux m’en empêcher, je souris...
Tout à coup, je ressens comme un grand coup de fatigue. En effet, le sommeil commence à me (re)gagner. Je décide alors de rejoindre le salon, je m’écroule dans le canapé.
...
Une nouvelle semaine commence.
Je suis confortablement installéà une table du "Elvis", toujours celle près de la fenêtre. C’est important pour moi de pouvoir avoir vue sur le monde...
- T’as entendu, hier matin ?
Je me retourne, deux hommes discutent au comptoir.
- De quoi parles-tu ?
- Hier matin, quelqu’un s’est fait agressé dans le quartier Est.
- Merde...
- Il y ades fois où je pense vraiment à quitter Anvy. Cette ville craint vraiment !
M5659 et moi on lui a promis au vieux E0101, j’entends encore la voix rassurante de mon pote :
— E0101, ne vous inquiétez pas, on fera de notre mieux, on prendra bien soin de tout ça. Entre nous trois, c’est convenu comme ça depuis notre première rencontre. Souvenez-vous, B1761 et moi, on avait réussi à franchir la ligne. Et c’est ici que … enfin vous connaissez la suite. Cette cachette, là, sous nos pieds, c’est notre secret. Sans vous, E0101, B1761 et moi ne serions que deux pauvres petits idiots, des marionnettes à la merci de ce, de ce foutu… vous savez quoi. De notre passé, nous ne soupçonnerions rien du tout. Et déjà, ce mot, passé, en aurions eu connaissance ? Tellement de mots disparus, tombés dans les oubliettes ! Je dirais même plus, passés à tabac volontairement ! Pour nous empêcher de penser ! Pas vrai, B1761 ?
Et moi de répondre :
— Bien sûr E0101, on vous doit bien ça. Vous nous avez appris tant de choses de la vie d’avant, la vie de ceux d’avant je veux dire, quand il y avait des familles avec des grands-parents qui jouaient aux cartes avec leurs petits-enfants, des vacances à la mer, à la montagne, des boulevards avec des voitures qui klaxonnaient, des musées de toutes sortes, des théâtres, des écoles, des universités, des bibliothèques où des centaines de livres étaient mis à disposition de tous, et tout ça. De toute façon vous êtes encore ici pour très longtemps, croyez-nous E0101, croyez-nous.
E0101 nous a regardés l’un après l’autre avec une profonde intensité. Jusqu’au fond de ses yeux, on ne lisait que des certitudes, aucun questionnement. Après quelques secondes, il s’est ressaisi et nous a dit :
— Je le sais moi que mon temps ici est presque terminé. La nuit, des ombres indescriptibles circulent tout autour de moi dans une espèce de danse macabre. Elles me narguent. Elles savent que je connais la traduction d’un tel cirque, je connais leur langage sournois et vicieux. Ce ne sont pas que des ombres, soit, ce sont des agglomérats d’une matière bien vivante. Elles représentent des avertissements de la Milice, voilà tout, une espèce d’avant-garde. C’est qu’ils ont tous les plans, ceux-là. Tout est permis dans ce monde de fous. Un vieux type comme moi qui vit seul dans un hangar de misère, en dehors de toutes les lignes, ça doit disparaître, ça fait tache. Je ne comprends même pas comment les harcèlements n’ont pas été plus fréquents, plus violents, vu ma résistance à leur système. Ces salauds font peut-être des expériences sur ma personne à mon propre insu. C’est à n’y rien comprendre.
M5659 et moi, on a rassuré E0101 de notre mieux. Nous ne croyions pas trop à l’espoir de voir encore pendant des lunes notre vieil ami. Peut-être des référents de la Milice nous suivaient jusqu’ici et restaient silencieux. C’était parfois leur stratégie. Attendre, ne pas réagir des fois que la semaine suivante, la pêche serait meilleure. L’un ou l’autre référent décrocherait un statut plus confortable pour avoir dénoncé un fait relatif au monde d’avant, ce hangar par exemple, ce hangar et tout ce qu’il contient. Ce jour-là, E0101 nous a montré quelque chose de plus fabuleux encore.
— Vous avez le temps, les enfants ? J’aime bien de vous appeler « les enfants ». Et vous savez pourquoi, a-t-il ajouté, d’un air résigné.
— Oh que oui, a répondu M5659, nous avons le temps. Nos référents ne rentrent que très tard ce soir. C’est comme ça tous les lundis. Par précaution, on fera un saut jusqu’au pavillon, histoire d’encoder nos empreintes et puis zou, retour ici. Pas vrai, B1761?
D’un large sourire j’ai acquiescé. Je n’ai pas voulu saper l’enthousiasme de M5659, mais lui comme moi nous le savions, nous étions pucés. Cela faisait partie du Programme. Un jour ou l’autre, des référents débarqueraient chez E0101. Ces invasions d’ombres nocturnes dont notre ami était victime n’étaient que les prémices d’un grand saut vers le néant. Cependant, E0101 avait raison, comment son petit manège n’a-t-il pas été démantelé plus tôt ? Ils savent tout sur chaque individu. Nous avons toujours supposé que nous étions le sujet d’un Programme dans le Programme.
Tous les lundis soir, notre pavillon était sans surveillance physique. Une stratégie du Programme. Mais nous, on y croyait, à cette liberté. Alors on s’inventait des parents qui nous réprimanderaient à la moindre incartade, des gâteaux d’anniversaire avec dessus des bougies multicolores, des parcs avec des étangs et des cygnes qui se bécotent, des instits qui nous balanceraient des punitions, et tout ça. Parce que quelque part, on la connaissait la vie d’avant, elle vivait encore en nous. Parfois, nous ressentions des sentiments étranges, des flashs nous aveuglaient et des images défilaient devant nos yeux. Programme ?
Un lundi soir, nous avions tenté d’ouvrir le pavillon des machines 6D, histoire de découvrir des trucs et des machins, on savait pas trop quoi. Une fois les codes mis à jour, nous avions été comme paralysés. Nous en étions certains, cela faisait partie du Programme. Les référents se permettaient tout. Tout.
Ensuite, E0101 nous a fait un clin d’œil qui signifiait « allez go les gars » et il a commencé à déplacer une armoire de la cuisine, celle plus basse que les autres et la seule à ne posséder aucun tiroir. M5659 et moi, on l’a aidé, ce n’était pas la première fois que nous prêtions mains fortes à notre vieil ami.
— Je me demanderai toujours pourquoi ces déglingués n’ont jamais incendié tout ça, nous a lâché E0101 un peu essoufflé par l’effort, tout en calant l’armoire contre le mur et en actionnant une poignée qui se situait juste à côté d’un des pieds de ce meuble. Sûrement qu’ils savent et qu’ils ont un plan, a-t-il continué en soulevant la trappe qui s’ouvrait et nous laissait voir un escalier aux marches incertaines qui nous mènerait vers la grande cave que M5659 et moi nous connaissions déjà. À chaque fois que nous descendions cet escalier, nous étions envahis d’un sentiment indescriptible, c’était une émotion qui nous prenait à la gorge et qui nous paralysait presque.
— Ouf, les lampes fonctionnent encore, dit M5659, soulagé. C’est fantastique ici ! À chaque fois je suis émerveillé. Pas vrai B1761 ?
— Je n’ai même pas de mot, j’ai répondu, avec des trémolos dans la voix.
Émerveillé, oui, je l’étais. Ces étagères de livres sur chacun des quatre murs de la cave, c’était, à notre époque, hallucinant. Sûr que la Milice connaissait ce trésor. Peut-être quelqu’un couvrait-il ce trésor ?
— Aujourd’hui est un grand jour, annonça E01001, vous ne devinerez jamais ce que je vous ai caché …
M5659 et moi, nous étions stupéfaits. Déjà cette cave et tous ces livres de toutes sortes … des livres pour enfants, des romans policiers, pfff, tellement de livres !
— Que pourriez-vous encore nous dévoiler de plus fabuleux ? demanda M5659 avec une grande curiosité.
C’est alors que notre vieil ami fit glisser les étagères du mur intitulé « littérature française ». C’étaient des livres un peu décatis mais tous d’auteurs très célèbres comme Marguerite Duras, Jean Giono, Annie Ernaux, Albert Camus, Louis Aragon, André Breton, etc. Et derrière cette étagère-là s’ouvrait une autre cave, toute aussi grande.
— Voilà ! a lâché E0101, tout fier, en jetant un regard circulaire sur cet inestimable trésor.
M5659 et moi, nous étions ébahis. Nous n’avions jamais vu de livres si anciens. Entre autres, la collection complète des livres de Jules Verne et des dictionnaires édités sur un papier rarissime à vous couper le souffle ! C’était incroyable ! M5659 a repris ses esprits plus vite que moi et a demandé :
— Oh mais comment donc avez-vous …. ?
La suite de la question, M5659 n’a pas eu le temps de la poser. Car soudain, une explosion nous cloua tous les trois sur place. Et puis ensuite, plus rien.
Ce matin-là, je distribuais les copies. Comme à mon habitude, je n’ai pas manqué d’encourager l’un ou l’autre de mes élèves. Arrivée à la hauteur de Bart, je lui ai souri sans trop m’attarder. J’ai toujours pensé que ce gamin avait quelque chose de spécial, quelque chose que je ne pouvais déterminer. Je n’ai pu m’empêcher de le féliciter :
— Bravo à toi, Bart, quelle imagination ! Serais-tu d’accord de nous écrire une suite pour cette histoire fantastique ?
— Merci, madame. La suite de l’histoire, c’est ici et maintenant, m’a-t-il répondu d’une voix neutre, sans le moindre sentiment d’exaltation. Et au sujet de mon imagination, vous savez, elle est nulle.
— Nulle ? Allons, Bart, tu peux être fier de ton texte, ne joue pas les modestes ! lui ai-je répliqué sans aucune hésitation. Et ce que Bart m’a lâché par la suite m’a renversée. Renversée, je répète, je n’ai pas d’autre mot.
— Madame, je ne joue pas. B1761, c’est moi. Je viens d’une zone lointaine, très lointaine, un espace inter-dimensionnel qui est … votre futur. Je suis un éclaireur et je vous le demande, protégez les livres. Bâtissez des bunkers, mettez-y tous les livres que vous pouvez. Des livres de science, des dictionnaires, des livres pour enfants, des livres de poésie, tous les livres sans exception. Racontez des histoires aux enfants afin qu’eux-mêmes les racontent à leurs enfants. Protégez les livres, s’il vous plaît madame, protégez les livres.