Concours 2 texte 8
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Le défi
J’ai eu si souvent envie de relever ce gant. Pour certain l’idée semblerait n’être que bagatelle, mais pour moi c’est une véritable aventure. Cent fois, mille fois déjà j’ai voulu me lancer, laisser tomber le filet de sécurité et sauter dans le vide, mais à chaque fois j’ai reculé, me tournant vers la facilité et ses nombreux refuges.
Aujourd’hui, je n’ai pas le choix, je suis coincée. Je ne l’ai pas vraiment cherché, bien sûr, seules les circonstances sont coupables. À moins que… aurais-je pu, inconsciemment, me mettre dans cette situation pour m’obliger à faire face ? La question mériterait que je m’y attarde, mais l’introspection menant souvent sur des chemins pavés de stress, je préfère m’abstenir. Inquiète, malgré tout, je me rassure en convoquant le souvenir de cette soirée de bivouac où un vieil ami avait tenté l’aventure, me laissant admirative du résultat ainsi que de la nonchalance avec laquelle il avait relevé le défi.
Si Nico l’a fait, je le peux aussi… non ?
Le doute persistant, j’enfourche ma Kawasaki Ninja et m’en vais diluer mon anxiété sur le circuit d’entraînement. Grisée part la vitesse, je surmonte l’inquiétude croissante qui me dévore à mesure qu’approche le moment fatidique. Courbes, virages en épingles, chicanes, lignes droites, tout me va. Rassérénée par cet apport d’adrénaline, je réintègre lentement la civilisation… et ses tentations. Parce que même si je me refuse à l’admettre, ce retour me donne aussi l’occasion de trouver une échappatoire. Et ce ne sont pas les possibilités qui manquent, infernales tentatrices promptes à m’aguicher de leurs atouts, à m’enivrer de leurs parfums. Pourtant, je résiste. Il est hors de question de céder à la facilité. Je suis une athlète, j’ai un mental d’acier et ne puis accepter le compromis. Rapidement, je m’éloigne. J’ai un combat à mener et l’heure approche.
À quelques minutes de l’heure H, contre toute attente, je me sens en forme. J’ai la niaque et plus encore en entrant sur le ring au son de « Eye Of The Tiger ». Non, je n’ai rien laissé au hasard et surtout pas mon entrée !
Bien résolue à gagner le match, je toise mon adversaire principal d’un œil blasé. S’il croit me faire peur, c’est raté. Le pas conquérant j’investis l’aire de combat, jauge les lieux. Tout est prêt, l’acier et les chromes luisent, l’espace est dégagé, l’ordre et le silence règnent, du moins, pour le moment. Depuis son coin, de sa monolithique immobilité, mon rival me défie. Sans crainte, bien qu’il fasse au moins deux têtes de plus que moi et ait les épaules carrées, je fais de même. En moi résonne l’appel du large, ce besoin de liberté qui ne peut que m’apporter la victoire !
Enfin, je cède, me rue sur mon adversaire, lui ouvre le ventre, le vide de ses entrailles. Une lame à la main, je coupe et découpe, m’applique, fais appel à mes sens, mes souvenirs, mon bon sens, pour me fondre dans cette inconnue qu’est le libre style. Je me surprends à éprouver du plaisir, fini le stress et l’angoisse, je me sens comme ma Ninja, invincible !
Le combat dure trente-sept minutes, je suis en nage lorsqu’il se termine. Le ring est un véritable champ de bataille, l’acier est taché, les chromes maculés, mon adversaire vidé. Au milieu de tout ce bazar, au centre d’un minuscule espace épargné par le chaos, tel le Graal dans toute sa splendeur, repose ma victoire, la personnification du défi remporté : une assiette de pâtes au pesto de tomates séchées, mozzarella (en sachet) et basilic (surgelé)!
Du coude, je repousse la porte du réfrigérateur restée entrouverte, redresse les magnets posés dessus. Le brave s’est bien battu, il a tout donné et, à ma grande fierté de chalengeuse, ce n’était pas grand-chose, à peine quelques restes. Pas peu fière, je prends une longue inspiration, la relâche lentement. L’aventure n’est pas totalement terminée, un dernier défi m’attend : la dégustation !
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