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Concours 1, texte 4

Publié le par christine brunet /aloys

 

La vérité est ailleurs…

Cette phrase résonne aujourd’hui étrangement à mes oreilles.

Retour en arrière de quelques dizaines d’années. Début de soirée. Mon petit frère et moi sommes seuls dans l’appartement plongé dans le noir, histoire de frissonner tout à notre aise. Face à nous, l’écran de la télé, tache claire peinant à dissiper les quelques centimètres de ténèbres qui nous séparent de l’image.

Générique interdit mais tant attendu… « L’espace, frontière de l’infini vers laquelle voyage le vaisseau spatial « Enterprise ». Sa mission : explorer de nouveaux mondes, découvrir de nouvelles vies, d’autres civilisations et au mépris du danger, avancer vers l’inconnu. »

Je frissonne : qu’est-ce que je ne donnerais pas pour vivre l’une de leurs aventures même si, j’en suis certaine, je mourrais de trouille. Mon frère, lui, est accroché à son siège, yeux écarquillés, bouche ouverte.

Mon cœur bondit. Premières images : rien de violent et pourtant… Dès le départ, les héros sont dans une situation critique, intenable. Une pluie de météorites. La navette spatiale s’écrase sur un planétoïde rocheux, désertique, inhospitalier. Aucune forme de vie, que ce soit végétale ou animale. La vie des naufragés s’organise dans un clair-obscur glauque et froid. Soudain un bruit remplit les enceintes, sourd, puissant, un grincement qui nous prend aux tripes… On s’accroche à la chaise. La menace est encore invisible mais s’approche. Les héros se sont mis tant bien que mal à l’abri mais nous deux, dans le noir solitaire de l’appartement… Et puis les premières disparitions… Mes oreilles se dressent à l’affût du moindre chuintement suspect. Je n’ose pas regarder autour de moi pour ne pas paraître faible : je suis l’aînée, je dois être la plus courageuse… Pourtant… J’aimerais tant, à cet instant, abaisser le commutateur et inonder la pièce d’une lumière rassurante. Mais non, pas question ! Je suis forte !

Je souffle lentement et reporte mon attention sur les images. Le bruit reprend de plus belle, me donnant la chair de poule. Mon cœur bat la chamade. J’ai peur ! Mon frère est en apnée, recroquevillé sur son siège. Il tressaille à chaque crissement. Vivement que l’épisode se termine…

Dernière image, enfin. J’éteins la télé. L’obscurité, profonde, trop silencieuse. Je nous entends respirer. Un craquement...

Je dois bouger pour rétablir une clarté rassurante. Oreilles tendues à en être douloureuses, je me lève et, à tâtons, mains devant moi, je longe le mur et appuie sur le va et vient salvateur. Nous clignons des yeux et regardons autour de nous, rassurés. La salle à manger est déserte. Par acquit de conscience, je vérifie le verrou de la porte d’entrée puis observe le long couloir non éclairé qui mène aux chambres. Mieux vaut se coucher avant le retour des parents mais l’interrupteur est tout au bout.

Mon frère attend en lisière de pénombre.

J’avale difficilement ma salive, redresse les épaules et avance en retenant ma respiration vers ce qui me semble soudain être une terre inconnue. Je sens enfin le carré de plastique dans ma paume. Nouvelle zone de sécurité. J’avance le pied… Des bandes statiques en face de moi brouillent l’image de la chambre. La lumière recule, l’obscurité m’absorbe. Un pas en arrière... Les murs vacillent comme sous l’effet d’interférences. Les grincements retentissent dans la maison, plus sourds et menaçants que quelques minutes plus tôt.

Le verrou de la porte d’entrée… Les parasites et les raclements cessent instantanément.

Ce jour-là, vous savez quoi ? J’ai compris que l’aventure avec un grand A avait frappé à ma porte et que je n’avais pas su l’écouter…

Publié dans concours

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Concours 1, Texte 3

Publié le par christine brunet /aloys

Lorsque l’aventure frappe à notre porte 

 

Cachet de la poste faisant foi…

 

C’était un tout nouveau facteur, je ne l’avais jamais vu.

Une merveille. Une sorte de Chippendale, la chemisette entrouverte sur des pectoraux luisant de la belle sueur du travail, celle qui sent le frais et appelle les sens, qui retient l’œil et fait sortir la langue. Je le voyais s’approcher de ma porte en shorts, ses belles jambes juste veloutées à point et pas dans le genre orang-outang miteux comme mon voisin quand il tond sa pelouse. Son képi était canaillement rejeté vers l’arrière, et ses cheveux retenus par un humble élastique sautaient à la brise et sous les coups de sa démarche assurée.

Moi, dans ma cuisine à peine passée au détol puis rafraichie d’un spritch lavande, dissimulée derrière les rideaux dégraissés, repassés et remis en forme, je l’observais et non, je ne regrettais pas Mr Lamy, son dentier fugueur, son furoncle sur le bord des lèvres, et sa sueur entreposée sous les aisselles pendant des semaines et qu’il libérait sans complexes quand il cédait à mon invitation à boire une jatte de café bien noir. Si je n’avais pris mes précautions il étendait le bras pour prendre le sucrier, et là quatre ou cinq mouches ne manquaient jamais de s’effondrer, asphyxiées en plein vol. Il lui était même arrivé de passer la paume sous son aisselle droite et puis de l’essuyer sur la serviette en papier (Dieu merci je ne lui proposais pas les belles serviettes damassées de belle-maman !) qui s’effritait aussitôt.

Non, pas une pensée pour Mr Lamy en voyant cette extraordinaire créature à deux pas de moi. Le facteur sonne toujours deux fois, ça se sait et se raconte, et puis le facteur apporte dans sa sacoche les pages les plus hard des romans érotiques, le savoir-faire le plus hardi dans les caresses. Il a la carte non du tendre mais des zones érogènes. Il va de voisine en voisine, butine et sème, tous les enfants de la rue lui ressemblent, et jamais aucun mari n’a le moindre soupçon. Pour un mari, si ce n’est Mr Lamy c’est donc son frère. On lui offre le café, un petit coup plus fort pour les fêtes de fin d’année avec son enveloppe, on le remercie pour les bonnes nouvelles et lui dit qu’il pourrait s’abstenir d’amener les factures. Côté sex appeal, ça ne risque rien.

Je frémissais et étais heureuse de ne plus être en peignoir (il y avait un trou dans la manche) et pantoufles, mais avec un t-shirt et tablier enfarinés, un peu de farine sur le visage rougi par l’effort du rouleau à tarte, la poitrine oscillant dans le décolleté généreux. Je le savais, je le savais va, qu’il allait me renverser sur la table parmi les œufs et la farine et me faire découvrir les extases qui m’ont toujours été niées. Peu importe s’il offre les mêmes délires à mes voisines, qu’il fasse donc, qu’il me prouve qu’il n’y a pas que dans les films que…

Haletante, passant la main enfarinée sur mon décolleté humide de transpiration, je lui ouvre la porte, me léchant les lèvres en souriant. Il pâlit, me jette un colis entre les mains et s’en va à grandes enjambées vers son chariot à courrier. Cette peste de voisine toujours en bikini sur son seuil le hèle : « Sa livraison de Clozapine ? Mon pauvre, je vois que vous avez eu peur… Mais vous savez, à 87 ans, elle n’est plus bien menaçante, vous vous habituerez… et puis ce n’est qu’une livraison par trimestre. Mr Lamy a demandé d’être muté dans un autre quartier, le pauvre, il a dû s’enfuir un jour avec des coquilles d’œufs dans les cheveux et son uniforme tout blanc de farine »…

Salope ! C’est parce qu’il ne s’est pas arrêté chez elle, cette mocheté…

Publié dans émission actutv

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Concours 1 texte 2

Publié le par christine brunet /aloys

L’ÉCRITURE POUR SEULE BOUSSOLE

 

 

Le grand tableau d’affichage du centre de formation imposait ses directives avec une froideur administrative. En parcourant la liste des ateliers obligatoires de ce stage professionnel, mon regard s’arrêta sur une ligne qui m’arracha un soupir : « Expression théâtrale — Durée : six mois ». Moi qui aimais l’ombre et la discrétion des mots écrits, on me condamnait à la lumière des projecteurs. C’était le détail inattendu, la contrainte absurde d’un planning. L’aventure frappa sans crier gare, sous la forme d’une convocation.

Dès les premières séances, l’exercice se révéla être un séisme. Noria, notre metteuse en scène, menait la troupe d’une main ferme. Remarquant rapidement mes facilités avec la plume, elle planta ses yeux dans les miens à la fin d’un cours : « On n’a pas de texte. Écris-nous une pièce. »

Je n’avais jamais rien composé pour la scène. En acceptant, j’ouvrais les vannes d’un tourbillon puissant. Mes nuits devinrent des champs de bataille. Attablé sous la lueur d’une petite lampe, je passai des semaines à formuler des répliques sur mesure pour chaque participant, naviguant sans cesse entre le rire et les larmes. Il fallait jongler avec les personnalités, calmer les angoisses des uns et gérer les ego surdimensionnés des autres. Certains m’ont rendu fou, me poussant aux portes du renoncement, mais je tins bon.

Puis vinrent les répétitions, intenses, épuisantes, jusqu’au soir de la première.

Quand le rideau se leva, je n’étais plus le stagiaire anonyme du premier jour. J’étais le héros de cette histoire d’un soir. Sur les planches, ma partenaire de scène irradiait une énergie incroyable. Derrière nous, un homme discret, délaissé de tous et sans famille, incarnait avec une justesse infinie la conscience de nos deux personnages. Le trac laissa place à une complicité magique, gravée à jamais sous les applaudissements du public. Ce stage qui m’étouffait d’avance devint le plus beau de mes voyages.

Aujourd’hui, les projecteurs se sont éteints. La voix de ma partenaire, devenue une grande amie, disparue hélas trop tôt, s’est tue pour toujours. Récemment, j’ai appris le décès de ce compagnon solitaire qui jouait notre conscience, parti dans l’anonymat le plus complet. Leurs disparitions successives ont laissé un grand vide, mais elles ont aussi allumé une urgence en moi.

Ma vocation d’écrivain remontait certes à mon adolescence, mais c’est ce soir-là, sous les vivats, que je sus que j’étais capable de mener à bien de grands projets. Quelques années plus tard, je puisai dans cette certitude pour transformer cette œuvre éphémère en mon tout premier roman. Ce jour-là, l’aventure frappa à ma porte, et depuis je n’ai jamais cessé d’écrire, pour exister. Cette peur terrible de disparaître seul, ignoré du monde à mon tour, est devenue ma plus fidèle compagne de route. Mes mots sont mes remparts. Mes personnages sont ma famille. Eux, ils ne me soufflent pas que j’écris pour passer le temps… Eux, ils ne se montrent pas condescendants. Couchant ces destins sur le papier, je lutte contre l’oubli et j’offre une éternité à ceux que j’ai aimés, prouvant que les plus grands accomplissements naissent souvent des défis que l’on n’a pas choisis.

Je poursuis cette route par une nécessité vitale, viscérale, engagé corps et âme dans cette création perpétuelle, et tant pis si je devais un jour en crever d’épuisement. Je resterai mon propre capitaine jusqu’au bout.

Publié dans concours

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Concours 1 : "Quand l'aventure frappe à notre porte" Texte 1

Publié le par christine brunet /aloys

Dans trois jours et trois nuits

 

   Impossible de plonger dans les bras de Morphée. Ce que j’ai vécu cet aprèm, était-ce réel ? Une hallucination ? Serai-je devenue schizo ?  Je m’en veux à mort, je n’ai même pas pensé à allumer mon GSM. Pour une photo ou deux de ce truc-là et me rappeler que je n’ai pas rêvé.  

   La journée a commencé comme d’hab, une putain de journée. Ma beldoche, Johanna, avait accroché une liste de tâches sur la porte du frigo, une liste longue comme les rouleaux de la Mer Morte (je sais pas pourquoi cette métaphore car je n’ai jamais vu ces machins-là mais depuis cette « rencontre » je deviens bizarre). La salope. Jamais mon daron n’aurait dû se remarier avec cette chieuse. Pas facile de subir un veuvage mais quand même. Tomber sur cette conasse et en plus lui passer la bague au doigt, fallait l’faire. Il ne l’a pas subie longtemps, il a clampsé quelques mois plus tard. Donc voilà, mon jour de congé, le mardi (il faut bien que ce soit mardi une fois par semaine), je le vis entre torchons et raclettes, et raclettes et torchons. La sorcière pourrait de temps en temps déléguer les corvées à ses deux godiches de filles, mais non, la boniche, c’est moi. Pendant ce temps-là, le duo machiavélique (appelons un chat un chat), Brenda l’aînée et Miranda la cadette, se la joue super cool en ville : SPA de luxe, pédicure, manucure, salon de coiffure, un p’tit tour chez Delvaux, un autre chez Bulgari, etc. Taxi pour l’aller et taxi pour le retour car ces demoiselles ne prennent ni le bus ni le tram, bien trop dégradant pour pareilles pin-ups. Voilà le topo ! Mais ça, c’était avant.

   Donc j’ai astiqué toute la journée en fulminant, car j’en avais ras-le-bol de décrasser les saloperies de ces trois godiches. Ah si un mec beau et riche passait par ici … Pour me défouler, j’écoutais Rammstein à fond la caisse. Tout à coup, silence total dans la baraque, en plein milieu de « Du hast ». Je secoue les appareils. Rien. Tout autour de moi, plus aucun bruit. Les perruches, elles aussi, ont le bec cloué. J’écarte deux lamelles des stores et là, consternation, les voitures à l’arrêt en pleine rue. Sur le trottoir, des commères sont face à face, comme figées. Une espèce d’effet d’Oz ! Dans ma rue ! Puuutain, je me dis, c’est quoi ce bordel ? Je me tâte. J’existe encore, ouf. Et soudain, dring. On sonne à la porte. J’ai le trouillomètre à zéro, c’est la raclette qui me soutient. Dring. Dring. Téméraire, j’avance. J’ouvre la porte. Consternation. Devant moi … une vraie princesse ! Nippée dans une robe bleue qui scintille de partout, des manches bouffantes, un jupon volumineux. D’une voix rassurante et maternelle, elle me dit :

  • Comme je comprends ta tristesse, et ta colère aussi, Mirabelle. J’ai connu pareille situation. Je te promets que tout cela s’arrangera. Patiente encore trois jours et trois nuits. Je reviendrai et te présenterai ton Prince Charmant. Et ce sera plus si … affinités !

Je reste baba devant cette dame qui, en plus d’illuminer tout le quartier, connait mon prénom ! Puutain ! Je zieute ses pieds et que vois-je ? Des pantoufles de vair !

  • Ah, j’oubliais … Je m’appelle Cendrillon. Rappelle-toi, dans trois jours et trois nuits, je serai là. Tu sais, Mirabelle, je suis ici grâce à l’effet miroir. C’est ufologique. Je sais que tu comprends tout ça. Continue tes recherches ufologiques ! Continue !

Avec grâce, Cendrillon fait demi-tour et monte dans son véhicule, un carrosse super-éclatant de couleur jaune doré. Qui s’élève direct dans les airs en deux secondes. Sans aucun bruit.  À la place du carrosse, devinez quoi ?  Une citrouille ! Une citrouille !

 

 

Publié dans concours

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Carine-laure Desguin nous propose une nouvelle : "Il n'est jamais trop tard"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Il n’est jamais trop tard

 

  Brandon Glowski n’est pas dupe. S’il parle de ce courrier anonyme à son boss, le commissaire Marc Eggermont, celui-ci lui rira au nez :

  • Alors Glowski, ce courrier n’est pas sérieux, secouez-vous ! Une vioque a clampsé voici dix mois dans un EHPAD de merde, vous recevez un courrier anonyme, la vioque aurait été assassinée par la directrice et vous, Glowski, vous foncez ! Mon pauvre vieux, ça pue une vengeance entre nanas ce truc-là !

  Et malgré tout, l’inspecteur Glowski démarre l’enquête. Trente-cinq ans qu’il épluche des dossiers et qu’il mène des enquêtes. Le flair, il l’a en lui. Ce courrier anonyme, il ressent au plus profond de lui-même que ce n’est pas une embrouille. Glowski approche à grands pas de la pension. Alors les vieux, faut pas les toucher. Ils ont déjà morflé un max lors de cette foutue pandémie, les pauvres. 

  Dès le lendemain matin, il se rend seul dans l’EHPAD concerné, « La route fleurie ». Il a peu d’éléments : le nom de la supposée victime, le nom de la personne incriminée. S’il foire le truc … il n’ose même pas envisager ce scénario.

  À l’accueil de « La route fleurie », la secrétaire demande à Brandon Glowski de patienter quelques instants, la directrice madame Diane Ninzoli arrive dans quelques minutes. Il en profite pour jeter un regard circulaire sur ce hall d’entrée. Une dizaine de fauteuils, une TV grand écran suspendue au mur, des rayonnages de livres, un distributeur de boissons. Soudain, une voix féminine l’interpelle sur un ton déterminé :

  •  Monsieur Glowski ? Mon bureau est juste là, deuxième porte à votre droite.
  •  Merci de m’accorder quelques instants, madame Ninzoli.
  •  C’est pour une inscription ? demande Diane Ninzoli.
  •  Pas vraiment, non. Il s’agit de madame Claire Dutilleux. Vous vous souvenez ?
  •  Claire Dutilleux ? Cette dame est décédée voici …
  •  Dix mois. Je suis inspecteur de police. Nous ouvrons le dossier au sujet du décès supposé suspect de madame Dutilleux. Suite à une plainte anonyme.
  •  Une plainte anonyme ? répète Diane Ninzoli, abasourdie. Madame Dutilleux a été retrouvée morte en fin de soirée, le médecin n’a rien trouvé de suspect. C’était un décès inopiné. Aucun membre du personnel n’avait relevé au cours de la journée un symptôme particulier. Il n’y a eu aucun manquement, continue Diane Ninzoli, tout en essayant de camoufler son émotion.
  •  Dans ce cas tout est parfait. Mon enquête sera vite bouclée. Pourriez-vous me signaler le nom de l’infirmière responsable du service ce soir-là ?
  •  Oui, bien sûr … C’était Delphine Sobry. Peu de temps plus tard elle a opté pour travailler de jour. À présent, elle est secrétaire et s’occupe aussi de l’accueil. Justement elle est de service.
  •  Je pourrais poser quelques questions à madame Sobry, des questions de routine, rassurez-vous.
  •  Je ne vois pas ce que madame Sobry pourrait apporter à votre enquête !
  •  Je l’ignore également. Je désire cependant écouter cette dame, insiste Glowski. En privé, continue-t-il, ironique.

  Diane Ninzoli, l’air dépité, sort de son bureau et, arrivée à l’accueil signale à Delphine Sobry que l’inspecteur désire lui poser quelques questions.

  • Et n’oubliez pas que ce n’est pas moi qui vais rester à l’accueil à votre place, ne faites pas traîner l’histoire. Madame Dutilleux ne ressuscitera pas ! Prenez le deck avec vous, vous pouvez et répondre aux questions de ce fouille-merde et répondre au téléphone en même temps, ce n’est pas interdit !
  •  Bien madame Ninzoli.

  Delphine Sobry se rend dans le bureau de la directrice, là où l’attend Brandon Glowski déjà installé devant l’ordinateur.

  • Madame Sobry bonjour, je vous en prie, dit Glowski en invitant Delphine Sobry à prendre place devant lui. Voilà, je vous explique. L’an dernier, vous étiez infirmière et un soir où vous étiez de service vous avez constaté le décès de madame Claire Dutilleux. Il se fait que j’ai reçu une lettre anonyme stipulant que ce décès était en fait un meurtre. Tout simplement, si j’ose dire. Je suis ici pour essayer de comprendre et, si possible, isoler une piste sérieuse. Cette lettre anonyme, j’y crois. À présent, je vous écoute.

Delphine Sobry reste silencieuse quelques secondes. Et soudain, elle lâche :

  •  La lettre anonyme, c’est moi. Je n’en pouvais plus de garder pour moi tout cela, c’était trop lourd.
  • C’est clash, merci ! Mais je dois avoir des preuves, vous comprenez, tout cela est très grave, on parle ici d’un meurtre. Si vous voulez, notre premier entretien pourrait se dérouler en dehors de ces murs ?
  •  Merci, je préfère rester ici. C’est ici que je peux vous aider à trouver les premières preuves.
  •  Déterminée !
  •  J’aimais beaucoup madame Dutilleux. Cette dame ne méritait pas ça, vraiment pas.
  •  Eh bien dans ce cas, je vous écoute.

Delphine Sobry rassemble ses esprits, regarde en direction de l’ordinateur et puis débite sans aucune hésitation :

  • La chambre de Madame Dutilleux se situait dans l’unité « les uns les autres ». C’est une unité fermée destinée aux résidents fugueurs, ou bien des résidents qui présentent de graves troubles cognitifs. Il n’y a que 12 résidents dans cette unité qui est je vous le répète strictement fermée. À partir de 20 heures, plus aucune visite n'est permise. C’était le vendredi 17 mai et j’étais de garde toute cette semaine-là. Madame Dutilleux était comme d’habitude, presqu’endormie lors de mon premier passage vers 20 heures 45. Mes collègues du soir n’avaient relevé aucune observation particulière. Et, vers minuit, lors de mon second passage, j’ai constaté le décès.
  •  C’est quand même habituel un décès inopiné dans une résidence pour personnes âgées, malades le plus souvent …
  •  Oui, mais j’ai de suite remarqué que la couverture était repliée et que le pantalon du pyjama était baissé et …
  •  Lors de son décès madame Dutilleux a peut-être ressenti des douleurs et elle aurait bougé …
  •  Lors de la toilette mortuaire j’ai constaté un peu de sang séché au niveau de l’abdomen et aussi un hématome. Cela m’a de suite paru suspect. Alors je me suis souvenue que la directrice était passée par ce service peu après 20 heures.
  •  C’était son habitude ?
  •  Non, justement. J’étais occupée dans une chambre voisine de celle de madame Dutilleux. Et je suis persuadée que la directrice sortait de sa chambre. Il m’a semblé entendre du bruit, comme un gémissement. Je vous le répète, c’est un service fermé. Pour ouvrir la porte, il faut badger et donc via l’ordinateur qui se trouve entre nous, on peut vérifier qui a badgé et quand …
  •  Dites, vous enquêtez à ma place …
  •  Oh mais promis c’est la dernière fois !
  •  Continuez …
  •  Donc, la directrice aurait injecté une dose létale d’un médicament par voie sous-cutanée, là où j’ai vu les gouttes de sang et l’hématome. Par exemple plusieurs ampoules de morphine …
  •  Ok mais les ampoules de morphine sont comptabilisées. Non ?
  •  Justement. À cette période il y a eu un stuut au sujet d’ampoules de morphine. Vous pouvez vérifier. La directrice aurait très bien pu subtiliser une ou deux boîtes de morphine car lors d’un décès, les boîtes non utilisées sont restituées à la pharmacie et le bac qui contient les médicaments se trouve dans le bureau de la directrice par sécurité …
  •  Magnifique !
  •  Madame Dutilleux n’avait aucune famille et après son décès, la directrice a dépensé des tunes et des tunes, elle faisait valser son pognon et s’en vantait à tout le monde. Vous avez vu la Porsche garée là devant ?
  •  Oui mais si madame Dutilleux n’avait pas de famille et était incapable de gérer, elle était sous administration provisoire et …
  •  J’ai tout vérifié dans le dossier. Son administrateur était un avocat du nom de Sébastien Ninzoli, le frère de notre chère directrice ! 
  •  Parfait ! L’ordinateur prouvera que madame Ninzoli a badgé deux fois ce soir-là, pour rentrer et sortir du service « les uns les autres ». Votre déposition sera enregistrée. Je vous dis merci et à très bientôt.

 

Carine-Laure Desguin

http://carineldesguin.canalblog.com

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Le roman "Les libérateurs" d'Elisabeth Chancel chroniqué dans Bruxelles News

Publié le par christine brunet /aloys

Le roman "Les libérateurs" d'Elisabeth Chancel chroniqué dans Bruxelles News
Le roman "Les libérateurs" d'Elisabeth Chancel chroniqué dans Bruxelles News

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Dans Bruxelles news, "les histoires de Mr Qivy" de Rayan Zowsky

Publié le par christine brunet /aloys

Dans Bruxelles news, "les histoires de Mr Qivy" de Rayan Zowsky
Dans Bruxelles news, "les histoires de Mr Qivy" de Rayan Zowsky

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Emmanuel Araguas nous propose quelques pistes de réflexion par son ouvrage "L'archipel des hommes debout"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Quel est le prix que nous acceptons de payer pour nous sentir déliés ?

De quelle monnaie le payons-nous : monnaie-loyauté, monnaie-temps, monnaie-souffrance ?

 

1 – Récit de Voyage

Il s’agit d’un récit, mais surtout d’une « relation » de voyage, de voyage intérieur en même temps que de voyage de l’autre côté de la « ligne ». Commandé par des travaux d’enseignement (en English Contract Law) le voyage est l’occasion d’alimenter une recherche doctorale en droit comparé dédiée au « rapport d’obligation ». Cette « relation » est donc double : étudier ce « lien de droit » et éprouver les « liens du cœur » fait de ce récit la relation d’une relation.

 

2 – « Il faut rester debout ! »

Mais un drame a frappé, bouleversant tout alors que voici l’obligation au départ ! Or, il faut bien vivre, même dans l’effondrement, même dans la déchirure de la natte intime tressée de tous ces liens. Se redresse-t-on toujours ? Peut-on toujours rester debout comme m’y exhorta le Pr. Buisson ? Que signifie « Long God yumi stanap ! », cette devise nationale du Vanuatu, sinon un mystérieux appel intérieur à se redresser ?

 

3 – Un système mixte insulaire ?

Au fil du parcours, des découvertes et des rencontres, le récit décrit plusieurs coutumes modernes dont la relation n’aurait pas sa place dans une thèse mais qui ne méritent pas de ne pas être recensées pour autant car elles ont des choses à montrer à ceux qui veulent rester debout ou se redresser. il y a la « Kastom » bien sûr, mais il y a aussi l’apprentissage de ce qu’est le don, de ce qu’est le contre-don répondant au don et de ce qu’est le par-don, par-dessus le don. Or, ceci, notre « coutume de monnaie » nous le masque, nous qui, pour nous soumettre à nos obligations, nous dicte de « travailler comme des esclaves » pour vivre sans plus vivre de par-don mais seulement de monnaie-souffrance.

 

4 – (P)rendre la parole

La parole se donne plutôt, avec « respect et humilité », sur la natte, cet espace de palabre en coutume mélanésienne. Sur mon propre « chemin coutumier », invité à deux mariages coutumiers, ma natte intérieure fut rapiécée. Je compris que les liens précèdent la norme en ce « pays des hommes debout » que sont le Vanuatu et la Kanaky. Ma « relation » de voyages (voyage premier – professoral –, voyage second – doctoral – et tiers voyage – viscéral) m’a délié. Livrée au monde, l’écriture de ce carnet « aux antipodes de la thèse » offre à tous de mesurer si, mesurant le prix coutumier à payer pour non pas prendre mais rendre la parole, je suis devenu un « homme debout ».

 

Emmanuel ARAGUAS

Publié dans Présentations

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Carine-Laure Desguin nous propose son texte pour la revue AURA 128 dont le thème était LE SILENCE, Madame Sigmund Woody s'inquiète

Publié le par christine brunet /aloys

 

Madame Sigmund Woody s’inquiète

 

  •  Madame Belle ! Encore une embrouille ? Le sort s’acharne sur vous ! 
  •  Inspecteur Sidonin, je suis à bout, vraiment.
  •  Madame Belle, c’est votre époux qui est médecin, pas moi. De plus, il est psychiatre, le nec plus ultra de la médecine. C’est qu’il guérit les âmes, cet illustre Sigmund Woody !
  •  Eh bien c’est de Sigmund dont je voudrais vous parler. Mon époux m’inquiète.
  •  Je ne compte plus le nombre de fois que vous êtes venue vous asseoir là, devant moi, et que vous m’avez confié que votre époux vous inquiétait. Que de tourments pour un seul homme ! Et si vous …
  •  Oh Inspecteur, je n’y pense même pas. Et puis, Sigmund et moi vivons dans un château, un si beau château. J’y tiens tellement à ce château !
  •  Je comprends … Eh bien je vous écoute, madame Belle. Un cadavre dans les caves de votre château ? Des lettres de menace ? Une odeur nauséabonde qui remonterait des oubliettes ?
  •  Pire que tout cela, Inspecteur. Le comportement de Sigmund est de plus en plus étrange.
  •  Il est psychiatre …
  •  Il manigance quelque chose, Inspecteur. J’observe son manège depuis deux semaines au moins.
  •  Continuez madame Belle, je vous écoute.
  •  Il me pose des questions bizarres. Par exemple, il m’a demandé si dans la salle d’attente, les patients se parlaient. Comme si j’avais le temps d’écouter tout ça !
  •  Mais encore …
  •  Sigmund a installé dans une des chambres, celle au- dessus de la salle d’attente, une espèce de laboratoire.
  •  Des alambics remplis de drogues ? Et ça bouillonne de temps en temps ?
  •  Non ! Justement ! L’autre jour, par curiosité, je suis entrée dans son labo et ce que j’ai découvert m’a consternée.
  •  Oui ?
  •  Des ordinateurs reliés les uns aux autres, des entrelacs de fils électriques, des cassettes d’un autre âge mélangées avec des clés USB de toutes les grandeurs, des casques munis d’écouteurs, des imprimantes 3D, et j’en passe !
  •  La caverne d’Ali baba mais sans Ali Baba …
  •  Vous semblez vous moquer de la situation, Inspecteur. Pas moi. Moi, je tremble. Sigmund prépare quelque chose de pas net. Je suis morte de peur.
  •  Pas une seule petite fiole contenant de la bave de crapaud ? Ou celle d’un dragon, pourquoi pas ? Nous sommes à Mons et la fête du Doudou s’annonce, c’est pour bientôt.
  •  Inspecteur !
  •  Et à part cette chambre remplie de tout ce brol, rien d’autre ? Madame Belle ? Un changement de comportement ?
  •  Pas vraiment. Sigmund me pose des questions insolites, je vous l’ai déjà dit.
  •  Ah oui, des questions du genre … rappelez-moi ça …
  •  Sigmund m’a demandé si dans la salle d’attente, les patients se parlaient. Ah oui, il m’a dit aussi, Il vaudrait mieux que les patients se taisent … et si on mettait une affiche avec en lettres capitales le mot « silence ».
  •  Ah oui, c’est étrange quand même. Mais depuis toutes ces années à écouter ses patients, il en a peut-être ras-le-bol ? Ou alors il préfère le silence total dans la salle d’attente afin que les patients ne s’expriment que devant lui ?
  •  Oh non, Inspecteur, non. Ras-le-bol de ses patients ? Sigmund aime trop l’argent !
  •  Ouais … Donc si je résume, les patients doivent la boucler dans la salle d’attente et dans une des chambres du château s’amoncellent des ordinateurs à gogo et tout le matos d’un informaticien de génie qui chercherait une formule magique pour … là, mystère !
  •  Oui, c’est bien ça. Ah oui, j’oubliais. Sigmund a transpercé le mur entre la salle d’attente et cette chambre qui contient tout ce matériel de fou. La chambre en question se trouve juste au-dessus de la salle d’attente.
  •  Donc il prémédite quelque chose.
  •  Mais je me tuuuue à vous expliquer cette supposition, Inspecteur !
  •  Oui, madame Belle, oui. Et rien d’autre ne vous vient à l’esprit ? Des lectures inhabituelles ? D’autres questions que celles citées ? Réfléchissez bien, le moindre indice pourrait m’aider.
  •  Sigmund parle souvent d’argent. Parfois il ressemble comme deux gouttes d’eau à Louis de Funès devant son or dans le film dont j’ai oublié le nom …
  •  La folie des grandeurs.
  •  Oui, c’est bien ça, merci Inspecteur. Ah cet amour de l’argent … Inspecteur, quelque chose me revient !
  •  Oui, madame Belle ?
  •  Sigmund m’a dit l’autre matin, Le silence est d’or, ma belle, le silence est d’or !
  •  Le silence est d’or, un très vieil adage.
  •  Inspecteur, Sigmund est un psychiatre renommé, un génie.
  •  Oui …
  •  Pensez-vous qu’il serait occupé à expérimenter …
  •  Oui, madame Belle ?
  •  Sigmund pourrait-il selon vous, Inspecteur, enregistrer le silence et, abracadabra, via les ordinateurs et une imprimante 3D transformer le silence en or ? Inspecteur ? Inspecteur ?

 

Carine-Laure Desguin

http://carineldesguin.canalblog.com

Publié dans Textes

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Rayan Zowski nous propose un texte "Un sourire"

Publié le par christine brunet /aloys

Un sourire

 

Hier en fin après-midi, nous rentrions des cours. On parlait de notre journée, du prochain week-end, de nos projets, de nos rêves…

Hier en fin d’après-midi, nous nous sommes arrêtés devant chez toi. Tu m’as dit : « à demain. Et prends soin de toi ». Je t’ai répondu par un sourire. Un sourire qui cache quelque chose.

Hier en fin d’après-midi, je suis rentré à la maison. Je suis directement monté dans ma chambre.

Hier en fin d’après-midi, je me suis allongé sur mon lit. J’avais beau regarder le plafond, mais c’est un visage que je voyais… ton visage.

Hier soir, je me suis posé une question, celle qui me revient chaque soirée, comment suis-je arrivé à tomber amoureux de toi ? Je croyais pourtant que je n’aimais que les filles à forte poitrine, aux longs cheveux blonds et aux yeux bleus. Ta poitrine est petite, tes cheveux sont courts et roux. Et tes yeux sont verts. Mais j’ai l’impression qu’ils brillent. Ils brillent comme l’émeraude…

La nuit dernière, j’ai tout le temps pensé à toi. Émotionnellement. Et physiquement. Une petite voix m’a alors murmuré : « Faudrait peut-être lui dire. Ou alors faudrait peut-être lui faire comprendre... ». J’ai réfléchis, réfléchis et réfléchis. J’ai peur de te perdre, tu es ma seule amie. Mais je dois me l’avouer, je ne désire qu’une seule et unique chose… c’est d’être avec toi.

Ce matin, je me suis dépêché. J’ai à peine mangé. Mais j’ai tellement hâte de te revoir… Il n’y a plus aucun doute, de toi je suis…

Ce matin, le soleil se lève. Tu sors de chez toi. Tu viens vers moi. Tu me dit : « Bonjour. Comment vas-tu ? »

Je te réponds par un sourire. Un sourire… qui cache quelque chose.

 

Rayan Zowski

 

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