Succulent, méchant, violent… Voilà les trois adjectifs qui me viennent à l’esprit en terminant ce recueil de nouvelles. Etude de mœurs, histoire de famille, histoires inavouées, cruelles, mesquines…
Les personnages sont magnifiquement campés. On grimace, on sourit, on s’indigne… On participe aux malheurs des uns, aux trahisons des autres, aux bassesses, aux coups bas, aux mauvaises décisions et à leurs conséquences dévastatrices.
Premier texte, une claque. Pas l’habitude de lire ce type d’histoire sous la plume aiguisée d’Edmée de Xhavée. J’arrive au point final, hébétée. Le second texte me cloue sur place !
Je tourne les pages… et j’arrive à mon texte préféré : « Noirhomme-Larivière contre Villeneuve, clap de fin » : truculent ! Jubilatoire !
Je ne vais rien vous révéler de ces courts récits : ce serait tellement dommage de vous gâcher la surprise !
Un méga coup de cœur ! Bravo, Edmée, tu m’as bluffée !
Malgré l’obscurité, je peux nettement voir la pièce dans laquelle je me trouve... c’est ma chambre. Ma chambre de chez Maman.
Hier soir, je ne voulais pas du tout rentrer chez moi. J’étais dévoré par un sentiment, un sentiment qui me colle depuis longtemps, depuis trop longtemps. Me rendre dans ce studio avec ce mal aurait été une très mauvaise idée. J’ai même envie de dire, cela aura été une idéedangereuse. Très dangereuse... Heureusement que Maman est présente. Elle l’a toujours été...
J’attrape mon smartphone sur la table de nuit, il est quatre heures du matin. Je commence à avoir faim, très faim...
Je n’ai pas du tout envie de "chiper" à manger. Maman a parfois un peu de mal... Je pense alors à la boulangerie, celle située pas très loin de la maison et qui ouvre justement à quatre heures, le week-end. Nous sommes dimanche, aujourd’hui... Maman adore les pains au chocolat... Je décide de me lever, le temps de m’habiller, d’aller faire un tour au petit coin et de préparer mon sac à dos...
Je suis prêt. J’avance vers la porte du hall d’entrée... quand je la remarque, la photo. Une photographie de nous quatre, dans un cadre accroché au mur : Maman, mon frère, moi et Eiji, notre chat. Ce dernier est dans les bras de Maman. Je ne peux m’en empêcher, je souris...
Tout à coup, je ressens comme un grand coup de fatigue. En effet, le sommeil commence à me (re)gagner. Je décide alors de rejoindre le salon, je m’écroule dans le canapé.
...
Une nouvelle semaine commence.
Je suis confortablement installéà une table du "Elvis", toujours celle près de la fenêtre. C’est important pour moi de pouvoir avoir vue sur le monde...
- T’as entendu, hier matin ?
Je me retourne, deux hommes discutent au comptoir.
- De quoi parles-tu ?
- Hier matin, quelqu’un s’est fait agressé dans le quartier Est.
- Merde...
- Il y ades fois où je pense vraiment à quitter Anvy. Cette ville craint vraiment !
M5659 et moi on lui a promis au vieux E0101, j’entends encore la voix rassurante de mon pote :
— E0101, ne vous inquiétez pas, on fera de notre mieux, on prendra bien soin de tout ça. Entre nous trois, c’est convenu comme ça depuis notre première rencontre. Souvenez-vous, B1761 et moi, on avait réussi à franchir la ligne. Et c’est ici que … enfin vous connaissez la suite. Cette cachette, là, sous nos pieds, c’est notre secret. Sans vous, E0101, B1761 et moi ne serions que deux pauvres petits idiots, des marionnettes à la merci de ce, de ce foutu… vous savez quoi. De notre passé, nous ne soupçonnerions rien du tout. Et déjà, ce mot, passé, en aurions eu connaissance ? Tellement de mots disparus, tombés dans les oubliettes ! Je dirais même plus, passés à tabac volontairement ! Pour nous empêcher de penser ! Pas vrai, B1761 ?
Et moi de répondre :
— Bien sûr E0101, on vous doit bien ça. Vous nous avez appris tant de choses de la vie d’avant, la vie de ceux d’avant je veux dire, quand il y avait des familles avec des grands-parents qui jouaient aux cartes avec leurs petits-enfants, des vacances à la mer, à la montagne, des boulevards avec des voitures qui klaxonnaient, des musées de toutes sortes, des théâtres, des écoles, des universités, des bibliothèques où des centaines de livres étaient mis à disposition de tous, et tout ça. De toute façon vous êtes encore ici pour très longtemps, croyez-nous E0101, croyez-nous.
E0101 nous a regardés l’un après l’autre avec une profonde intensité. Jusqu’au fond de ses yeux, on ne lisait que des certitudes, aucun questionnement. Après quelques secondes, il s’est ressaisi et nous a dit :
— Je le sais moi que mon temps ici est presque terminé. La nuit, des ombres indescriptibles circulent tout autour de moi dans une espèce de danse macabre. Elles me narguent. Elles savent que je connais la traduction d’un tel cirque, je connais leur langage sournois et vicieux. Ce ne sont pas que des ombres, soit, ce sont des agglomérats d’une matière bien vivante. Elles représentent des avertissements de la Milice, voilà tout, une espèce d’avant-garde. C’est qu’ils ont tous les plans, ceux-là. Tout est permis dans ce monde de fous. Un vieux type comme moi qui vit seul dans un hangar de misère, en dehors de toutes les lignes, ça doit disparaître, ça fait tache. Je ne comprends même pas comment les harcèlements n’ont pas été plus fréquents, plus violents, vu ma résistance à leur système. Ces salauds font peut-être des expériences sur ma personne à mon propre insu. C’est à n’y rien comprendre.
M5659 et moi, on a rassuré E0101 de notre mieux. Nous ne croyions pas trop à l’espoir de voir encore pendant des lunes notre vieil ami. Peut-être des référents de la Milice nous suivaient jusqu’ici et restaient silencieux. C’était parfois leur stratégie. Attendre, ne pas réagir des fois que la semaine suivante, la pêche serait meilleure. L’un ou l’autre référent décrocherait un statut plus confortable pour avoir dénoncé un fait relatif au monde d’avant, ce hangar par exemple, ce hangar et tout ce qu’il contient. Ce jour-là, E0101 nous a montré quelque chose de plus fabuleux encore.
— Vous avez le temps, les enfants ? J’aime bien de vous appeler « les enfants ». Et vous savez pourquoi, a-t-il ajouté, d’un air résigné.
— Oh que oui, a répondu M5659, nous avons le temps. Nos référents ne rentrent que très tard ce soir. C’est comme ça tous les lundis. Par précaution, on fera un saut jusqu’au pavillon, histoire d’encoder nos empreintes et puis zou, retour ici. Pas vrai, B1761?
D’un large sourire j’ai acquiescé. Je n’ai pas voulu saper l’enthousiasme de M5659, mais lui comme moi nous le savions, nous étions pucés. Cela faisait partie du Programme. Un jour ou l’autre, des référents débarqueraient chez E0101. Ces invasions d’ombres nocturnes dont notre ami était victime n’étaient que les prémices d’un grand saut vers le néant. Cependant, E0101 avait raison, comment son petit manège n’a-t-il pas été démantelé plus tôt ? Ils savent tout sur chaque individu. Nous avons toujours supposé que nous étions le sujet d’un Programme dans le Programme.
Tous les lundis soir, notre pavillon était sans surveillance physique. Une stratégie du Programme. Mais nous, on y croyait, à cette liberté. Alors on s’inventait des parents qui nous réprimanderaient à la moindre incartade, des gâteaux d’anniversaire avec dessus des bougies multicolores, des parcs avec des étangs et des cygnes qui se bécotent, des instits qui nous balanceraient des punitions, et tout ça. Parce que quelque part, on la connaissait la vie d’avant, elle vivait encore en nous. Parfois, nous ressentions des sentiments étranges, des flashs nous aveuglaient et des images défilaient devant nos yeux. Programme ?
Un lundi soir, nous avions tenté d’ouvrir le pavillon des machines 6D, histoire de découvrir des trucs et des machins, on savait pas trop quoi. Une fois les codes mis à jour, nous avions été comme paralysés. Nous en étions certains, cela faisait partie du Programme. Les référents se permettaient tout. Tout.
Ensuite, E0101 nous a fait un clin d’œil qui signifiait « allez go les gars » et il a commencé à déplacer une armoire de la cuisine, celle plus basse que les autres et la seule à ne posséder aucun tiroir. M5659 et moi, on l’a aidé, ce n’était pas la première fois que nous prêtions mains fortes à notre vieil ami.
— Je me demanderai toujours pourquoi ces déglingués n’ont jamais incendié tout ça, nous a lâché E0101 un peu essoufflé par l’effort, tout en calant l’armoire contre le mur et en actionnant une poignée qui se situait juste à côté d’un des pieds de ce meuble. Sûrement qu’ils savent et qu’ils ont un plan, a-t-il continué en soulevant la trappe qui s’ouvrait et nous laissait voir un escalier aux marches incertaines qui nous mènerait vers la grande cave que M5659 et moi nous connaissions déjà. À chaque fois que nous descendions cet escalier, nous étions envahis d’un sentiment indescriptible, c’était une émotion qui nous prenait à la gorge et qui nous paralysait presque.
— Ouf, les lampes fonctionnent encore, dit M5659, soulagé. C’est fantastique ici ! À chaque fois je suis émerveillé. Pas vrai B1761 ?
— Je n’ai même pas de mot, j’ai répondu, avec des trémolos dans la voix.
Émerveillé, oui, je l’étais. Ces étagères de livres sur chacun des quatre murs de la cave, c’était, à notre époque, hallucinant. Sûr que la Milice connaissait ce trésor. Peut-être quelqu’un couvrait-il ce trésor ?
— Aujourd’hui est un grand jour, annonça E01001, vous ne devinerez jamais ce que je vous ai caché …
M5659 et moi, nous étions stupéfaits. Déjà cette cave et tous ces livres de toutes sortes … des livres pour enfants, des romans policiers, pfff, tellement de livres !
— Que pourriez-vous encore nous dévoiler de plus fabuleux ? demanda M5659 avec une grande curiosité.
C’est alors que notre vieil ami fit glisser les étagères du mur intitulé « littérature française ». C’étaient des livres un peu décatis mais tous d’auteurs très célèbres comme Marguerite Duras, Jean Giono, Annie Ernaux, Albert Camus, Louis Aragon, André Breton, etc. Et derrière cette étagère-là s’ouvrait une autre cave, toute aussi grande.
— Voilà ! a lâché E0101, tout fier, en jetant un regard circulaire sur cet inestimable trésor.
M5659 et moi, nous étions ébahis. Nous n’avions jamais vu de livres si anciens. Entre autres, la collection complète des livres de Jules Verne et des dictionnaires édités sur un papier rarissime à vous couper le souffle ! C’était incroyable ! M5659 a repris ses esprits plus vite que moi et a demandé :
— Oh mais comment donc avez-vous …. ?
La suite de la question, M5659 n’a pas eu le temps de la poser. Car soudain, une explosion nous cloua tous les trois sur place. Et puis ensuite, plus rien.
Ce matin-là, je distribuais les copies. Comme à mon habitude, je n’ai pas manqué d’encourager l’un ou l’autre de mes élèves. Arrivée à la hauteur de Bart, je lui ai souri sans trop m’attarder. J’ai toujours pensé que ce gamin avait quelque chose de spécial, quelque chose que je ne pouvais déterminer. Je n’ai pu m’empêcher de le féliciter :
— Bravo à toi, Bart, quelle imagination ! Serais-tu d’accord de nous écrire une suite pour cette histoire fantastique ?
— Merci, madame. La suite de l’histoire, c’est ici et maintenant, m’a-t-il répondu d’une voix neutre, sans le moindre sentiment d’exaltation. Et au sujet de mon imagination, vous savez, elle est nulle.
— Nulle ? Allons, Bart, tu peux être fier de ton texte, ne joue pas les modestes ! lui ai-je répliqué sans aucune hésitation. Et ce que Bart m’a lâché par la suite m’a renversée. Renversée, je répète, je n’ai pas d’autre mot.
— Madame, je ne joue pas. B1761, c’est moi. Je viens d’une zone lointaine, très lointaine, un espace inter-dimensionnel qui est … votre futur. Je suis un éclaireur et je vous le demande, protégez les livres. Bâtissez des bunkers, mettez-y tous les livres que vous pouvez. Des livres de science, des dictionnaires, des livres pour enfants, des livres de poésie, tous les livres sans exception. Racontez des histoires aux enfants afin qu’eux-mêmes les racontent à leurs enfants. Protégez les livres, s’il vous plaît madame, protégez les livres.
Je pus entrer juste avant que les portes ne se referment. Ouf ! Je repris mon souffle. « Je suis trop vieux pour ces conneries », comme disait l’autre. Même si je n’ai que 34 ans.
J’entrai dans la voiture et m’installai sur un siège près de la fenêtre. Bien entendu, le siège devait être dans le sens de la conduite. Tous ces éléments me sont essentiels, j’aime prendre le train.
A travers la vitre, je regardais les paysages campagnards. Et comme d’habitude, cela me procurait un bien fou...
J’entendis alors des bruits derrière moi. Des bruits de pas. Je me retournai… et n’en crus pas mes yeux. Un homme s’installa devant moi. Un homme… avec un casque de moto sur la tête ! Je pris le « Métro » posé sur la petite table et fis mine de le lire. Je dois avouer que j’étais loin d’être à l’aise…
- Monsieur...
Une voix féminine. Pas de réaction. Ni de moi. Ni de l’homme au casque.
- Monsieur !
Je me retournai, une dame âgée. A côté d’elle était assis un petit garçon (d’environ 3/4 ans).
- Oui, madame ? répondit l’homme au casque.
- Vous faites peur à mon petit fils.
- Eh bien, si cela vous dérange, madame, changez de voiture. Je ne bougerai pas.
La vieille dame ne put cacher son indignation. Elle prit l’enfant dans ses bras, se leva et quitta la voiture.
- J’ai horreur des gens qui veulent s’imposer…
Je hochai timidement la tête.
- J’espère ne pas vous ennuyer…
- Non, rassurez-vous. Disons que, sans vouloir vous offenser, ce n’est pas tous les jours que je rencontre un homme casqué dans un train.
- C’est pas faux. Non, en fait, c’est vrai. Vous prenez souvent le train ?
- Souvent. J’aime voyager à travers le pays. Et aussi…
- Aussi… ?
- Pour l’inspiration.
- Oh… Voilà qui est très intéressant…
- Dans la vie, j’écris. Principalement des histoires courtes.
- Des nouvelles, donc.
- Oui, je viens de là.
- Et quel genre d’histoires écrivez-vous ? Monsieur... ?
- Van Kasteel. Erik Van Kasteel.
- Enchanté, monsieur Van Kasteel.
- Merci. Pourrais-je également savoir votre nom ?
- Désolé, mais je préfère garder l’anonymat.
- Aucun souci, je respecte.
- Merci de votre compréhension. Et donc, quel genre d’histoires écrivez-vous ?
- Des histoires sentimentales. Mon premier recueil devrait sortir en cette fin d’année.
- Intéressant. Très intéressant… Sans vouloir être indiscret, pourquoi écrivez-vous des histoires d’amour ?
- Eh bien…
« Nous arrivons bientôt à Liège. » annonça le conducteur.
- Je suis vraiment désolé, mais je dois y aller.
- Allez-y, monsieur Van Kasteel. Volez ! Volez de vos grandes et belles ailes !
Je souris et me leva.
- Vous reverrais-je un jour dans ce train ? Ou bien dans un autre ?
- Je ne pense pas, monsieur Van Kasteel. Mais très sincèrement, je suis heureux de vous avoir rencontré. Même si c’était bref.
- Moi de même. Portez-vous bien.
- Merci. Portez-vous bien, également.
J’appuyai sur le bouton, la porte s’ouvrit.
- Monsieur Van Kasteel ?
Je me retournai.
- Ne perdez pas espoir…
Je ne pus trahir mon étonnement. Je hochai quand même une nouvelle fois la tête. Et je quittai la voiture.
---
La nouvelle année venait de débuter. Et déjà, je reçus quelques bons retours de mon recueil. J’avais vraiment le sentiment d’avoir accompli quelque chose. Mais quelque chose d’autre s’était réalisé. Quelque chose que quelqu’un m’avait prédit.
J’écrivais dans mon bureau. On pouvait très bien entendre les touches du clavier. Apparemment, j’étais très inspiré...
Je sentis un baiser sur ma joue. Une main se posa sur mon cœur.
- Tu viens...
Je levai les yeux vers les tiens. Qu’est-ce que t’es belle…
- Oui, j’arrive. Juste le temps de regarder mes e-mails.
- D’accord...
Tu me redéposas un baiser sur la joue et quitta la pièce.
Je regardais donc ma boîte électronique. J’avais reçu un nouveau message, un seul. Je l’ouvris.
« J’aime beaucoup ce que vous apporte votre inspiration. Continuez à voler, monsieur Van Kasteel… ».
Le tome 4 "Contes et Légendes" des Chroniques de Baltus explore les secrets du Royaume du Nord, d'Equaam et de Garamon.
"Je retrouve l'ambiance des contes et légendes (lorrains ou alsaciens) publiés par mon grand-père en leur temps. Nostalgie..."
La biographie d’auteur
L’auteur, membre de l’Association Royale des Ecrivains Wallons et de l'Association des écrivains belges de langue française, a déjà publié plusieurs romans, recueils de nouvelles, ainsi que recueils de poésie. Il collabore en outre à diverses revues et forums littéraires et a obtenu plusieurs prix littéraires. Plusieurs revues littéraires internationales ont en outre publié plusieurs de ses textes...
Extrait
Les cinq
"Les cinq" sont la dénomination la plus courante des Dieux. Curieusement, les croyances sont les mêmes dans les différentes Terres, même si ces dernières vénèrent chacune l'un des cinq en particulier.
Il y a d'abord le Père, qui est l'Autorité, celui qui juge au moment où l'âme du défunt quitte la cité d'Equaam et qui décidera si ce dernier est digne de venir à ses côtés. Il est souvent représenté entouré d'un halo de lumière.
Il y a ensuite la Mère, qui représente la vie, dans sa diversité. Elle protège chacun. On la voit nimbée de flammes, à la fois douces et chaleureuses.
Enfin, les 3 autres Dieux sont ceux de la Terre, du Vent et de l'Eau.
Celui de la Terre englobe à la fois les champs, les forêts, les montagnes mais également les récoltes, les fêtes, la chasse, l'élevage, bref tout ce qui touche au sol. Il n'est représenté que par un disque de couleur verte.
Celui du Vent englobe à la fois les vents chauds que froids, la pluie, le soleil ou la neige. C'est le Dieu du changement, celui qui a la possibilité de changer le destin de toute créature, par sa seule volonté. Il est représenté par une boussole.
Celui de l'Eau englobe à la fois les rivières, les mers, les lacs mais également les sources. C'est lui qu'on vient prier en cas de maladie. C'est également le Dieu du temps, celui qui permet que ce dernier s'écoule en permanence. Comme il est également le Dieu de l'argent, il est représenté par une pièce de monnaie.
Extrait : C’est alors un spectacle théâtral qui éclate : Maître Laurent agite les bras comme un condor des Andes, reproduit sans le savoir le faciès de Mussolini aux pires heures, se plaint de la kabbale montée contre ses clients victimes d’une mauvaise foi flagrante. On envoie un mail à tout le monde et pas à lui ! Ils se sont déplacés pour rien, puisque la Banque à Zurich n’a pas donné réponse. Le notaire lui montre confirmation de l’envoi des mails, eh bien non, lui il n’a rien reçu, c’est on ne peut plus étrange, n’est-ce pas ? Ça n’a pas grande importance à ce stade-ci, rétorque Maître Choquier, nous avons d’autres points à débattre.
Biographie : Née en 1948 en Belgique dans une cité lainière agonisante, Edmée De Xhavée a rapidement intégré l’idée que rien n’est éternel ou immuable. L’idée première de l’écriture, d’ailleurs, est venue avec le souhait de ne pas perdre ou oublier des images, des sensations qui avaient eu tant d’importance. Une vie sur deux continents et différents pays ont complété le tiroir aux choses à raconter. Ceci est son 14ème ouvrage.
Résumé : Huit nouvelles plutôt grinçantes. Loïs trouvera-t-elle un peu de paix dans la maison héritée de sa grand-mère, après des années tumultueuses ? Un vieux tilleul s’effondre et raconte son secret, un bien douloureux secret. Un enterrement qui remplit de joie tout un village, y-compris la défunte qui ne regrettera personne. Un litige autour d’une succession expose la ridicule avidité d’un couple qui lutte à coups de mensonges et indignations théâtrales. La vieille dame dans sa maison de repos rattrapée par sa jalousie désespérée. Une infidélité devenue remords lancinant : ce fut tellement inutile et cependant, tellement cruel. Ce gentil jeune homme avait les dents longues et acérées, il aimait l’argent plus que l’amour. Josiane s’ennuie à ce repas interminable qui se représente trop souvent à son goût, aussi elle a créé sa méthode infaillible : les trois casse-pieds deviennent les protagonistes d’aventures dignes de Tex Avery.
Il n'avait rien de précis en tête, mais il voulait surtout éviter d'être de nouveau enveloppé par ces perspectives angoissantes qui s'étaient imposées à lui durant son rêve de la dernière nuit. Il ne voulait plus que l'actualité lui pourrisse à ce point l'existence, entache ses petits bonheurs jusque dans ses rêves. Il ne voulait plus être cet homme qui durant le rêve infernal courrait de magasin en magasin pour faire des provisions sensées devenir bien utiles si le conflit venait à s'étendre comme le prévoyaient les journaux dans son étrange cauchemar. Il avait depuis toujours les guerres et leurs conséquences en horreur. Jamais, il n'avait joué avec des soldats de plomb comme ses cousins. Pourtant, il se demandait si cette guerre qui durait depuis trois ans et dont on parlait tant, avait touché son subconscient davantage qu'il n'avait pu l'imaginer.
Depuis deux semaines, il était seul. Ses parents étaient partis pour de longues, si longues vacances. Cette absence avait-elle pu avoir un tel effet sur sa vie, se questionna-t-il. Il regarda le jardin. Il respira calmement. II s'étira. Puis il se répéta : " Prends les choses du bon côté. Mange ce que tu aimes. Parfume-toi. Souris. Souris pour attirer les personnes tristounettes, les petits vieux, tes élèves, les passants. Habille-toi de bleu, ajoute des touches rouges et blanches. Bannis le gris et le noir. Sois bienveillant, sois généreux. Cueille des jonquilles, offre-les à la préfète, à la secrétaire. Cela leur fera un bien fou. Mets l'accent sur les progrès de tes élèves plutôt que sur leurs erreurs. Souris. Oui, souris !"
Il n'avait rien de précis en tête, mais il aurait voulu être celui qui aplanissait les choses dans son petit univers de professeur. Il se prépara un grand café et un sandwich garni de gruyère et de roquette. Rien que des saveurs qu'il appréciait beaucoup. Il prit ensuite sa douche puis revêtit son costume bleu marine et une chemise bleue. Il vaporisa sur ses vêtements de l'eau de toilette aux effluves de lavande. Il ne cueillit pas de jonquille, mais glissa une boîte de bouchées au chocolat dans son cartable. Il les offrirait lors d'une pause dans la salle des profs. Il se mettait ainsi en condition favorable pour faire face à sa journée.
Il roula prudemment, il se gara sur le parking de la supérette à quelques centaines de mètres du lycée. Il marcha vers l'établissement, souriant et décontracté. "Monsieur Gérard est amoureux !", entendit-il, quand il passa dans le couloir principal. Il ne sut pas qui avait tenu ces propos, mais continua de sourire. Ainsi, mes pensées ont un réel impact sur mon apparence, conclut-il pour se rassurer.
Il termina chaque heure de cours en demandant aux élèves de noter sur une feuille vierge une phrase positive inspirée par un grand auteur et il les invita à compléter cette feuille au fil de la semaine. Ce n'était pas un devoir. C'était juste un conseil qu'il leur donnait pour appréhender plus positivement leur quotidien.
Hélas, les mauvais rêves étaient revenus ! Ils n'étaient pas toujours liés aux conséquences éventuelles d'une guerre à l'autre bout de l'Europe ou sur un autre continent, ils étaient parfois en rapport avec la violence urbaine, des trafics de drogues, des effets du dérèglement climatique. Chaque matin, il employait le même antidote et se répétait : " Prends les choses du bon côté. Mange ce que tu aimes. Parfume-toi. Profite des rayons du soleil aussi bien que des brises légères. Souris. Oui, souris. Habille-toi de couleurs vives. Bannis les couleurs ternes. Sois bienveillant, sois généreux. Contemple le beau plutôt que le laid. Vis à fond la magie de l'instant présent. »
Il décida d'éviter de regarder les journaux télévisés, de lire des articles de presse concernant des événements fâcheux. Il écoutait du Mozart et du Vivaldi. Il faisait un jogging en rentrant du lycée avant même de corriger les travaux de ses élèves et de préparer le matériel nécessaire pour le lendemain. Il jardinait un peu, faisait un peu le ménage, fréquentait à l'occasion le supermarché. Bien entendu, ses parents étaient toujours en vacances. Ils profitaient de leur récente retraite pour vivre de nombreuses semaines d'affilée au Maroc, là où ils avaient acheté une belle propriété avec des membres de la famille, les deux frères aînés de sa mère et leurs épouses. Ses parents lui adressaient de rares courriels et de rares coups de fil. Quant à lui, il évitait de les importuner.
Il continua de sourire de plus belle durant les conseils de classe, durant la plupart des cours, durant les récréations et les heures de fourche, en rue, en jardinant, en s'entretenant avec des voisins ou des commerçants, en prenant un café ou un repas avec des connaissances. Sourire était son remède pour se rendre plus heureux et tenter d'éloigner les mauvais rêves. Quand il souriait, il n'était plus seul, il attirait des regards. On semblait apprécier le contentement perçu dans ses yeux, sur ses joues et sur sa bouche. On entamait volontiers une conversation avec lui. Son charme de jeune trentenaire opérait. Il plaisait.
Un jour, il n'y eut plus de mauvais rêves. Ce jour-là était le lendemain du jour où il la rencontra. Elle était près de l'entrée du square proche du lycée, elle faisait en quelque sorte la manche, mais ne demandait pas d'argent, elle demandait juste qu'on offre du temps pour mettre sur pied une école de devoirs dans le quartier. Elle, c'était Marie-Thérèse une de ses anciennes institutrices. Ils allèrent boire un café ensemble et il choisit d'offrir au minimum une heure trente par semaine de travail bénévole, le mardi. C'est ainsi qu'il revit Sophie, ancienne élève de Marie-Thérèse, ancienne camarade de classe. C'est ainsi qu'il trouva l'amour, mais ceci c'est une autre histoire.
D’emblée, le lecteur se demande, Que fait donc cette antilope en première de couverture ? Cet animal grâcieux est un impala, une antilope africaine, réputée pour sa vitesse et son agilité à bondir. Et cet oiseau, là, qui se repose sur l’impala ? Ça, c’est un pique-bœuf. Et ? L’auteure nous l’explique sur la quatrième de couverture, le pique-bœuf se pose sur l’impala pour le débarrasser des tiques et des parasites incrustés dans son pelage. Et ? Ces 35 poèmes auraient pour rôle d’alléger le lecteur des parasites de son existence, la solitude, la monotonie d’une vie sans relief, le désintérêt de l’humain pour l’humain, etc. Ce recueil serait donc une thérapie face à la noirceur de tout ce qui nous l’entoure. Il l’est.
Je termine la lecture de cet ouvrage et je ne peux m’empêcher de poursuivre les réflexions engagées par l’auteure. Tout d’ailleurs dans ce livre invite à la réflexion, y compris les quelques mots de remerciement : à plus Haut que moi, Et qui se reconnaîtra. Il y a aussi l’avertissement : Toute ressemblance avec une Personne de ce monde est fortuite.
Impala serait pour Marie-Thérèse Carlier une première publication et les poèmes seraient écrits sans aucune correction ou presque, en toute spontanéité. Cependant, à chaque texte, on perçoit la maîtrise et la maturité de l’écriture. Mystère.
L’impala est un animal toujours sur le qui-vive. Sans doute l’auteure nous invite-t-elle, dans nombre de ses textes dans lesquels elle pointe la souffrance de l’Humain (mais sans pathos) et en particulier celle des plus démunis, à éveiller en nous, quelque chose qui nous dépasse, à ne pas rester indifférent face à la souffrance.
Page 3, Ces petits :
Tous ces petits … trop tôt anéantis … qu’ont-ils fait, honnis En leur courte vie ?
Souvent, au sein du texte, il y a le contraste entre l’ombre et la lumière, mais c’est toujours l’espoir qui jaillit, au final.
Page 7, Côte à côte :
…. Au jour du grand pardon
Ils renaîtront …
Grâce aux mots magiques de l’auteure, une certaine libération naît de chaque texte, un peu comme une clé qui ouvrirait les portes vers un chemin lumineux.
Page 17, Futur :
…. Nous sommes arbitres de paix …
Ces textes sont une recherche, des mains tendues vers un futur meilleur, une quête vers la recette d’une chimie salvatrice.
Page 27, Je pars :
Comment transcender le mal en substance divine ?
Page 28, Je veux vivre :
L’amour de l’amour
C’est encore trop court
Dans Mal-être, page 34, il y a problème et solution :
Je serai ramasseuse de larmes
Pour ceux qui souffrent en leur trame humaine
La mort est omniprésente et là aussi il y a un chemin de lumière.
Page 37, Mort subite :
Ton cœur dort, au cœur des bienfaits d’un autre monde
Où mes mots sont inutiles, où l’amour attend
Les petits oubliés de la vie
L’argent n’est rien au final car page 39, dans Or, argent :
Ils réaliseront, aux abords de la mort,
Qu’ils auraient pu s’inscrire dans un autre monde.
Page 43, dans Prendre des mots, la mise en évidence de l’écriture comme support thérapeutique :
Les mots sont toujours beaux
Quand des humains ils apaisent les maux.
Un autre monde, un ailleurs, peuplé d’êtres différents, reste présent.
Page 68, Un beau métier :
Quel beau métier, que d’être un ange !!!
(par les 3 points d’exclamation, on comprend que l’auteure insiste)
Page 76, Renaissance :
Mais toi, où trouves-tu gîte ?
Sur un nuage haut-perché,
Ma bien-aimée égérie, tu habites ?
Et parfois, deux mondes se croisent, page 85, Sur terre :
Mais vos chemins vont se rencontrer, au croisement de
Deux univers ,
Néonatal pour les uns et fatal pour vous.
Donc vous l’avez compris, de ce recueil émane une spiritualité tout en finesse et en grâce, à l’instar des mouvements de l’impala. Il n’est pas question de religion (encore qu’étymologiquement religion = religare (du latin) = relier, attacher), quoique l’on puisse penser que la Poésie nous relie justement à la quête d’une force, une élévation personnelle vers quelque chose d’ordre immatériel qui nous allègerait de notre quotidien tel l’oiseau bique-bœuf évoluant en symbiose avec l’impala.
Déjà, la couverture interpelle, une photo représentant des briquaillons superposés derrière des feuillages d’un vert intense. Une opposition flagrante entre l’ombre et la lumière, entre la vie et la mort.
L’auteur de ce recueil de 22 poèmes, on ne le présente plus. Laurent Dumortier a publié des romans, des nouvelles et de la poésie, mais il est aussi le boss des Éditions Chloé des Lys.
Onirique, un recueil de 22 poèmes. Des vers libres, parfois quelques rimes. Se glissent dans certains textes des mots d’une langue imaginaire. Pour qui ne connaît pas le latin, on pourrait penser que … mais non, ces quelques phrases sont issues d’une langue inconnue. On repèrera également par-ci par-là, des « néologismes ».
Dès la lecture des premiers textes, on se rend compte que l’on rentre dans un monde insolite quoique les textes constituent une unité, une histoire. Et en effet, dans ce recueil il est question d’Equaam, la cité des âmes, qui est au cœur des « Chroniques de Baltus », une trilogie d’héroïc fantasy signée bien sûr par Laurent Dumortier.
Ces textes, hermétiques en apparence, font entrer le lecteur dans un univers particulier. L’auteur nous entraîne dans un autre monde, un monde de « l’entre-deux » ?
« Quitter la cité des âmes
Rejoindre les illogismes
Et prendre la place de mon reflet… »
« Le souffle-vie se perd
Dans les méandres de la lumière noire
Où peu à peu je m’égare … »
« … Vers un rêve d’asile
Qui se substitue peu à peu
A l’ancrage quantique
De la réalité … »
Un monde où l’alchimie a toute sa place :
« Des parcelles de temps imaginaire
Sont à l’état résiduel en chacun d’entre nous
Et notre imagination crée le monde … »
Tout un univers qui peut-être sommeille en nous depuis toujours et que nous atteindrons. Ou pas.
Mais dans l’attente de ce lointain voyage, il nous reste l’option lumineuse de tourner les pages de ce recueil mystérieux autant que magique, Onirique.