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Texte 5 Concours 3

Publié le par christine brunet /aloys

Saint Léon

 

J’ai vu sa main, gantée et rapide, lancer à belle force des nic-nacs et caramels dans la chambre à jeux par la porte entrebâillée. Nous étions avec Mademoiselle, dite Zézelle, et bizarrement elle était toute guillerette, jouant avec nous, l’oreille rouge sous l’effort de se décoller pour déceler un bruit s’approchant. C’est que Zézelle guettait non seulement la surprise qui serait faite à ses chers monstrets – mon frère et moi – mais le pas du grand Saint montant l’escalier.

Car le grand Saint était en fait Saint Léon,le jardinier, son amoureux. Nous, tout à notre jeu et certainement chamailleries, nous ne remarquions pas qu’elle retouchait sa coiffure, veillait à ne pas froisser son tablier, et avait une oreille virant au cramoisi.

Quand la porte s’entrouvrit prestement ce jour-là, nous - les monstrets – ne vîmes que le gant blanc sur une grosse main plus habituée à la bêche qu’aux bonbons, grosse main qui par deux fois nous canarda de douceurs interdites en temps de paix, c à d quand Saint Nicolas étrillait l’âne, lui polissait et vernissait les sabots, faisait cuire ses biscuits et massepains dans les nuages rouges, donnait ses habits à brosser à sa gouvernante, cirait ses pantoufles (il était toujours en pantoufles dans les grands-magasins, car ses chevilles enflaient) et soit préparait sa venue ou s’en reposait – après tout, porter des bonbons et des cadeaux à des milliards d’enfants avec un seul âne, ça use même un grand Saint.

Zézelle, elle, elle vit la main aimée, la bonne grosse main aimée et calleuse dont les gants blancs cachaient les ongles fissurés et un peu terreux. Elle en fut presque plus extasiée que nous qui, après un moment de stupeur, nous sommes dressés avec un ressort de lapin de garenne pour le rattraper – on entendait son auguste cavalcade sur le tapis d’escalier, boum boum boum, et nous devions faire vite ! – mais Zézelle a poussé un cri d’indignation : on ne devait jamais regarder Saint Léon – heuh… Nicolas ! – quand il venait par surprise, sinon il ne revenait plus jamais. Mais on pouvait lui crier merci.

On a hurlé à pleins poumons Merci Saint Nicolaaaaaas ! et une fois l’oreille de Mademoiselle rafraichie et pâlie ainsi que nos joues, nous avons pu descendre calmement au salon de notre mère qui fut stupéfaite de la nouvelle extraordinaire. Non, elle ne l’avait pas vu passer mais la porte du salon était fermée et elle écoutait Tino Rossi et son petit papa Noël à la radio, on le voyait bien… Ceci dit, il lui avait bien semblé entendre les sabots d’un âne s’éloignant sur le trottoir. Il faudrait penser à lui mettre une belle carotte près de la cheminée ce soir. Oui, on pouvait manger un caramel, un.

Je me souviens qu’à mon école une petite fille m’a demandé ce que « le petit Jésus » m’avait apporté pour Noël, je l’ai regardée avec étonnement : comment pouvait-elle croire que le petit Jésus, un bébé ou un petit enfant, pouvait même porter autant de cadeaux. Pour moi, il y avait Saint Nicolas, et puis le bedonnant père Noël, sans doute son cousin, mais le petite Jésus…  enfin ! Il ne sait pas conduire un traineau ni guider un âne, passer par les cheminées, se souvenir des adresses de tout le monde. Ce n’est pas le petit Jésus, enfin ! C’est le père Noël !

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Texte 4 concours 3

Publié le par christine brunet /aloys

Père Noël et sa vigilance de protecteur

 

C’était une fin d’après-midi plutôt douce de la mi-décembre. Ma voisine Anne-Marie, m’avait emmenée avec elle jusqu’au centre-ville pour que je puisse faire des achats chez un parfumeur et un confiseur afin de gâter un peu des membres de ma famille et des relations à l’occasion des fêtes de fin d’année. J’avais près de quatre-vingts ans et Anne-Marie environ quinze ans de moins que moi. J’avais simplifié les choses en effectuant plusieurs fois les mêmes achats et avais choisi des présents peu encombrants tels que des petits savons,  des petits flacons d’eau de Cologne, des sujets en massepain,…

Anne-Marie était entrée chez un bijoutier pour acheter des breloques de fantaisie. En l’attendant, je faisais quant à moi lentement les cent pas dans le piétonnier et remarquai que Père Noël faisait de même. J’avais salué fort poliment ce gentil monsieur, je lui avais adressé ce que j’espérais être mon plus large sourire et il m’avait répondu d’un aimable « Bonne journée à vous, Madame !».

Après quelques minutes, je fis le choix de m’asseoir sur un banc. Je déposai mon sac de courses à mes côtés et suspendis mon sac à main au dossier du banc. Je prenais plaisir à observer les allées et venues.  Soudain, j’entendis un grand cri  assorti de paroles : « Va-t’en ! Comment tu oses ! ».  Père Noël se fâchait bel et bien et faisait tout un tintamarre comme s’il s’en était pris à un molosse.

Puis il vint se figer face à moi et me dit : « Madame, vous êtes imprudente. Cet individu qui s’encourt cherchait à prendre votre sac ! Rien n’est simple de nos jours. Il ne faut pas faire confiance aux inconnus. » Je remerciai le brave Père Noël. Il me fit un discours sur l’évolution de la société, sur les arnaques, sur le manque des respect envers les personnes les plus fragiles. Il me décrivit aussi l’espèce de désespoir qui au fil des années l’habitait de plus en plus : « On ne croit plus en moi, on ose me critiquer. Dans quelques années, je me retrouverai sans doute au chômage ! » Pour le consoler, je laissai agir mon empathie et  je lui offris un flacon de deux cents cinquante millilitres d’eau de toilette. Pour me remercier, il se pencha vers moi, me fit la bise et la voix un peu tremblante me dit : « Ce n’est plus de Père Noël que notre monde a besoin, c’est de mamies comme vous ! ». Il m’offrit ensuite une boule de Noël qu’il avait sortie rapidement de sa poche. Sur cette boule,  je reconnus son visage. Je remarquai alors qu’il avait le même regard bleu que notre ancien concierge ! 

Bientôt, Anne-Marie me rejoignit et conclut : « Eh bien Ginette, on en apprend chaque jour ! J’ai vu la petite scène. Je ne savais pas que tu étais l’amie du Père Noël ! »    

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Texte n°3 concours 3

Publié le par christine brunet /aloys

La déception

Mon neveu Tom et moi marchions dans le centre commercial de la ville. Comme il y avait du monde ! En même temps, quelle drôle didée de vouloir faire des courses dans un centre commercial, un samedi de décembre.

- Tonton, on peut aller à la librairie ?

- Désolé, bonhomme. Il est grand temps de rentrer. On reviendra une prochaine fois,  cest promis.

Nous nous dirigions vers la sortie... quand je le vis. Tom le remarqua, également.

- Oh ! Cest Saint-Nicolas ! Tonton, sil te plaît, on peut aller le voir ? Jaimerais lui commander mes cadeaux.

- Désolé, nous devons rentrer.

- Mais...

- ON FOUT LE CAMP !

Tout le monde nous regardait. Je commençai à trembler.

- Allez, on sen va...

---

Cela faisait déjà cinq minutes que je roulais. Il régnait un lourd silence dans la voiture. Je jettai un regard à ma droite, Tom était plus que déçu.

- Je suis vraiment désolé, bonhomme. Il... Il ne ma jamais apporté ce que je désirais le plus au monde.

Tom ne dit rien. Je me reconcentrais sur la route.

- On lui écrira. me dit mon neveu.

Un grand sourire se dessina sur mon visage.

- Ça marche !

Tom sourit à son tour. Nous étions de nouveau ensemble.

Publié dans concours

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Texte n°2 concours 3

Publié le par christine brunet /aloys

 

Le Père Noël, mon héros

 

 

J'y croyais autant que peut croire le cœur naïf et spontané d'une enfant de six ans. Le Père Noël existait et aucune démonstration scientifique ne m'avait départie de cette croyance pleine et entière. Contrairement à nombre de mes amis, ce n'était pas les cadeaux qui me plaisaient le plus chez ce vieux bonhomme à la barbe blanche et au sourire bienveillant. Non, la seule chose qui me ravissait et enchantait mon âme, c'était de l'imaginer sur son traîneau, tout de rouge vêtu, guidant joyeusement ses rennes fidèles, traçant sa route au milieu d'un océan d'étoiles. Tous les soirs précédant la belle fête de Noël, je contemplais le ciel, insensible au froid, le regard perdu dans la pénombre nuageuse.

L'année de mes sept ans, nous fêtions le réveillon de Noël avec cousins et cousines, tous plus âgés que moi. Mes tantes et oncles apportèrent une ambiance gaie et entraînante. Mes parents ponctuaient leurs phrases en riant aux éclats et, nous, les enfants, échangions nos hypothèses endiablées quant à nos futurs présents. Au moment du dessert, il était déjà plus de vingt-trois heures et, la fatigue aidant, je ne remarquais même pas que mon oncle Fred avait disparu. Le front appuyé contre la fenêtre, les yeux tournés obstinément vers l'horizon céleste, je résistais de mon mieux à la fatigue qui m'envahissait. Finalement, je glissai jusqu'au tapis en velours et je m'endormis au pied du sapin illuminé.

J'ignore combien de temps s'était écoulé lorsque je rouvris les yeux, soudainement réveillée par des « Ho, ho ! » graves et chaleureux. Le salon n'était plus éclairé que par deux lampes de chevet. Toute ma famille semblait endormie, les uns sur les deux canapés, les autres, les plus jeunes, sur le tapis à mes côtés. A cet instant, transperçant l'obscurité comme une apparition, apparut au salon la silhouette si reconnaissable du Père Noël. Mille questions me venaient aux lèvres mais je n'osais pas bouger. Mes cousins s'éveillèrent à leur tour et demeuraient bouche-bée devant le nouveau-venu, paradoxalement autant attendu qu'inattendu. L'une de mes cousines, âgée de dix ans, s'écria soudain : « Papa !  Maman ! Le Père Noël est là ! ».

Aussitôt, le salon fut plongé dans la lumière, et, le Père Noël resta immobile, debout, surpris en flagrant délit, les bras chargés de paquets colorés. On aurait dit qu'il ne savait pas comment réagir : nous aurions dû être tous endormis ! Il nous dévisageait étrangement. C'est à ce moment-là que j'ai compris que quelque chose n'allait pas. Sous son épaisse barbe, il se mordait les lèvres comme s'il essayait de ne pas éclater de rire. Son visage se déformait en une grimace des plus cocasses. Soudain, il se mit à rire de toutes ses forces, bientôt rejoints par les autres adultes et les aînés des cousins. Figée, je mis un peu de temps à reconnaître oncle Fred sous ce déguisement trop grand pour lui... Soudain, la vérité m'apparut comme une évidence et tous les raisonnements des rageurs me revinrent en mémoire jusqu'à me conduire à cette terrible révélation : le Père Noël n'existait pas ! Mes parents m'avaient menti durant toutes ces années ! Combien de complices avaient-ils ? Difficile de les dénombrer entre les grands-parents, les maîtresses, les cousins, les grands frères... Ils m'avaient tous pris pour une idiote et je me rendais compte à quel point je m'étais montrée crédule.

Je ne saurais dire si j'étais davantage vexée que malheureuse. Les larmes aux yeux, je me réfugiai dans ma chambre en me promettant de ne plus jamais croire aux histoires racontées par les adultes.

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Concours n°3 : "Souvenirs avec St Nicolas ou le Père Noël" - Texte 1

Publié le par christine brunet /aloys

                                                          

Ma dernière mission

 

   Ce fut ma dernière mission. Jamais je ne l’oublierai. J'avais le choix. Soit une intrusion dans le monde des auteurs des éditions Chloé des Lys. Soit une enquête au sein même d’une galerie commerciale, les aficionados de ces lieux seraient atypiques. Ou alors accompagner saint Nicolas de Myre dans son boulot, vers la mi-novembre. J'ai cliqué sur la barbe du Grand Saint et aussi sur un lieu, Bruxelles. Mon boss m'avait briefé. Bruxelles, c'était la capitale du petit royaume de Belgique mais aussi la capitale de l'Europe. Dans le dossier il était stipulé que cette giga ville était une plaque tournante. Plaque tournante ? j’avais demandé. Le boss était resté silencieux et puis avait lancé, Vous savez, les traductions … et puis la Belgique possède un vocabulaire assez spécial. J’ai donc débarqué dans les souterrains bruxellois, sous l’église Saint-Jacques-Sur-Coudenberg, à deux pas du palais royal. Qui dit royaume dit palais, dit roi. Philibert de Belgique. Je vous passe les détails. Saint Nicolas eut l’air surpris. Non pas à cause de mon apparence physique, ça non, il était habitué avait-il précisé à côtoyer des trolls, là-haut. Mais bien parce qu'il n'avait aucune visite dans ces sous-sols humides, de nébuleux labyrinthes. Il a quand même spéculé ma combinaison en polyuréthane et a rigolé en disant, Bien pratique ce truc, plus facile que cette espèce de nappe dont je suis affublé. Je comprends, ai-je répondu. Saint Nicolas triait son courrier et sa mitre balançait dans tous les sens tellement la sueur perlait de sa tête et dégoulinait même tout le long de son lourd manteau rouge. Il a dialogué avec moi tout en triant le courrier. Compliqué de lui révéler la raison de ma visite. J’ai inventé :

— Je suis venu vous aider, cher saint Nicolas.

— Vous tombez à pic. Comment vous appelez-vous ?

— Aucune importance, je suis là pour vous aider. 

— Je suis débordé. Comme chaque année, je décortique le courrier comme un dératé et je note, je note, je note. Nom et prénom de l'enfant. Son adresse. Ses souhaits. D’année en année, ça se complique, ils sont exigeants, ces marmots.

— J’imagine.

— Là-bas se trouve la machine 18D. Elle fabrique toutes les demandes des enfants, toutes. Le gosse qui demande pour son père une meuf avec cheveux roux qui cuisine comme une déesse le lapin aux pruneaux, eh bien, hop hop hop, voilà la gonzesse qui se pointe côté ouest de la machine.

— Je comprends. 

— Vous comprenez tout, vous. Étonnant. Car là-haut, je veux dire en ville, ceux qui vivent-là, c’est pas des lumières. Faut tout expliquer cent fois. À propos vous d'où venez-vous ? D'un bal masqué ? Car votre accoutrement … et par où êtes-vous passé ? Personne ne connaît la cachette du Grand Saint! Tout le monde me croit au ciel ! À part Philibert de Belgique qui m’a fait l’honneur de sa visite mais il s’est paumé et s’est retrouvé dans les serres de Laeken !

— Bizarre tout ça. Comment puis-je vous aider ? Peut-être en décortiquant les courriels ?

— Oui ! Les ordinateurs sont deux labyrinthes plus loin.  

— Et pour la distribution ?

— Ah, ne m’en parlez pas ! J’avais un pote, le Père Fouettard. Il m’accompagnait partout, ça m’aidait du tonnerre. À présent, pour d’étranges raisons, il est devenu personna non grata.

— Et votre âne ?

— Polémique aussi avec mon âne. Le pauvre. Ses braiements intempestifs dérangeaient. Et certains lui préparaient des carottes ogémifiées. Ah non alors !

— Tout fout l’camps, saint Nicolas.

— Ah ça oui. Mais dites-moi, d’où venez-vous ? 

 

   Je vous fais grâce de la suite du dialogue. La mite a glissé et la barbe blanche s’est allongée jusqu’à ses bottillons. J’en ai profité pour réaliser les prélèvements, le but de ma mission.

   Et moi ? Après cette belle œuvre, je suis rentré chez moi, sur ma planète, Carambatétracube. Par téléportation quadragiga. Mon boss m’a félicité. Saint Nicolas fut cloné des milliers de fois. Chaque année, ses clones s’affairent désormais sur la planète Terre de maison en maison.

   Et depuis ce jour, tous les mimômes de Carambatétracube reçoivent eux aussi la visite du Grand Saint Nicolas et des jouets par milliers sont distribués.

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Elisabeth Chancel nous propose une poésie "Ville de cœur"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Ville de cœur

 

 

Mon esprit vogue dans ses rues,

Sans arrêt, il s'y prélasse ;

Amoureux de ses vertigineuses vues,

Incapable de céder cette place.

 

Submergée par l'habituelle routine,

Je tente de dompter mes pensées.

La nuit, à nouveau, elles me serinent

Que j'appartiens à cette ville enchantée.

 

L'existence m'a contrainte à la quitter,

Et me voilà loin d'elle, triste exilée,

Enfouissant en moi cette cruelle carence.

 

Hélas ! J'ai tant hâte de la revoir,

De savourer les saveurs de son terroir,

Seules capables d'étancher mon avidité...

 

 

 

Élisabeth Chancel

 

Publié dans Textes

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Cambouis, un texte de Carine-Laure Desguin pour Grabuge 3

Publié le par christine brunet /aloys

CAMBOUIS, c’était le thème pour GRABUGE 3.

 

Merci à Gabriel Grossi pour cette troisième anthologie poétique numérique et, comme l’an dernier, de nombreux participants.

Le blog de Gabriel Grossi, Littératures Portes Ouvertes :

https://litteratureportesouvertes.wordpress.com/

https://littpo.fr/2025/08/12/grabuge-n3-le-cambouis/

… huile dark dark dark, huile crachée, vomie, déféquée par les émonctoires des ingénieries et des rétro-ingénieries, huile dark dark dark, qui pleut lorsque luit le soleil et s'écoule hors des saisons, hors du temps, hors du tout, ordure, huile nocturne, huile des trois pauses, huile dark dark dark, huile de la feu sidérante sidérurgie du Pays Noir dark dark dark, et c'est de là, de ce dark renversé, ce crade donc, que la chenille devient papillon, huile dark dark dark, cambouis magistral, matos du poète, terre glaireuse, souterraine et adamique, que ce magicien malaxe, façonne, découpe, qu'il tranche, charcute et enfin épice de métaux précieux, car ce sont des mots, tous ces petits morceaux englués, c'est de ce dark humus, cet hymen dense et éternel que le poète les a extirpés jour après jour, nuit après nuit, au milieu de cette forêt vertigineuse d'argonautes démasqués, ces mots tatoués de cambouis d’imprimerie …

 

Carine-Laure Desguin

https://carineldesguin.canalblog.com

 

Publié dans Nouvelle

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Concours IV pour "Les petits papiers de Chloé" : une invitation à y participer signée Ani Sedent

Publié le par christine brunet /aloys

Publié dans ANNONCES

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Moïse Coussement dans l'Avenir...

Publié le par christine brunet /aloys

Moïse Coussement dans l'Avenir...

Publié dans Article presse

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Elisabeth Chancel nous propose une scène d'une pièce de théâtre

Publié le par christine brunet /aloys

 

  UNE RENCONTRE LESSIVEUSE

 

 

Situation : Alicia Vernet est une jeune femme de 28 ans, célibataire, assistante d’une directrice de marketing à Paris. Elle vit au sein d’un quartier simple mais paisible, en retrait de la capitale. Une seule chose vient troubler sa sérénité : son voisin, son voisin qui lui ôte tout instant de silence et de paix, jour et nuit, en produisant des bruits insupportables et effrayants. Qui est ce Marc Lagarde qu’elle entend heure après heure, sans jamais le croiser, ni même l’apercevoir ? La semaine dernière, un cri de femme a déchiré la nuit, une autre fois des grincements incessants l'ont réveillée en sursaut… Décidément, à quoi s’occupe donc son voisin ?

 

 

1.EXT. SOIR PERRON DE MARC Dévorée par la curiosité et le désir de surprendre son voisin en pleine activité illégale, Alicia décide d’aller jeter un coup d’œil discret aux fenêtres de son voisin. Alors qu’elle vient de sauter la barrière qui couronne le petit jardin et qu’elle s’approche doucement de la façade, la porte de la maison s’ouvre soudainement. Apparaît Marc, la quarantaine, l’air menaçant.

 

MARC (debout devant sa porte) Qu’est-ce que vous faites chez moi? Ca ne va pas non ?

ALICIA (essayant de prendre une voix détendue) Vous n’auriez pas de la lessive ? (très vite) Euh oui, je n’ai plus de lessive depuis hier soir et j’ai oublié d’en acheter ! Mais, vous voyez, moi je ne peux pas me coucher sans avoir fait ma lessive quotidienne. En plus, j’ai besoin de laver une jupe pour demain car j’ai un rendez-vous avec ma patronne. Je vais perdre mon travail si je ne suis pas irréprochable et…

MARC (les sourcils froncés, dissimulant un sourire) C’est bon, arrêtez votre baratin ! Si vous croyez que je ne vous vois pas m’espionner depuis deux semaines. Vous brûliez seulement d’envie de voir à quoi ressemble l’étrange animal qui vous sert de voisin ! Vous vous demandez même sûrement quel âge ont les victimes que j’égorge chaque nuit !?

ALICIA (en reculant, non sans frémir) Pas du tout...

MARC Mon Dieu comme vous avez l'air drôle ! On croirait que je m’apprête à vous manger. Dites donc : quel âge avez-vous pour croire encore aux ogres et aux monstres qui dévorent les petits enfants ?

ALICIA (très vexée, rouge) Si vous croyez que vous me faites peur ! J’ai seulement été surprise. Mais ce n’est pas grave si vous ne voulez pas me prêter de la lessive, je me débrouillerai. Après tout, il est vrai que rien ne vous oblige à être aimable et généreux. Au revoir Monsieur !

MARC (la rattrapant) Mais attendez ne partez pas comme cela. Bon d’accord, excusez ma maladresse. Vous vouliez de la lessive ? Eh bien venez, je vais vous en passer.

 

Alicia recule encore.

 

MARC (se moquant d’elle) Entrez voyons ! Ne me dites pas que vous croyez sincèrement que je suis un grand méchant loup !

ALICIA (s’avançant et prenant son courage à deux mains, elle fixe Marc) Le grand méchant loup n’existe pas mais les assassins si !

MARC (comprenant qu’Alicia est réellement inquiète) Arrêtez de délirer ! Vous m’avez l’air d’être une gentille fille et…

ALICIA (hors d’elle, l’interrompant brusquement) Qu’est-ce que vous savez de moi ?

MARC (de plus en plus ironique) Que vous êtes fan de lessive, que vous avez pour lubie de vous promener la nuit dans le jardin de vos voisins, que vous croyez aux ogres et…

ALICIA (ne pouvant réprimer un sourire) Bon ok taisez-vous, je vous suis !

MARC (ironique) Excellent choix ! Pour vous récompenser, je vais vous expliquer en quoi consistent mes activités nocturnes. (l’air contrit) A ce propos, je tiens à 4 m’excuser pour le dérangement, je ne me suis pas rendu compte que je gênais. Je sais que vous m’en voulez, je veux me faire pardonner ! ALICIA (se détendant devant le regard franc et rieur, presque enfantin, de son voisin) D’abord, je veux savoir l’origine de tous ces bruits si glaçants.

 

INT. SOIR.SALON DE MARC Marc conduit Alicia au milieu d’appareils tous aussi étranges les uns que les autres, de tables où sont couchés des poignards et des menottes, de mannequins à tête de femmes blondes, de cerceaux et de nombreux ustensiles qui ne firent qu’augmenter la curiosité de la jeune femme.

MARC (fier) Voici mon antre secrète…ou plutôt voici ma salle d’entraînement !

ALICIA (étonnée, encore sur ses gardes) D’entraînement ?

MARC (riant) Vous avez devant vous, ma chère, un artiste renommé!

ALICIA Vous voulez dire que…

MARC (reprenant son sérieux) ...que je suis un faiseur de tours oui ! J’appartiens, par passion, à une troupe de cirque et, l’année dernière, le directeur de la troupe m’informa du triste état de nos finances. J’eus alors l’idée de monter un numéro de prestigitateur mêlant les rires et la magie, le comique et le surnaturel. J’ai même mis au point ces appareils, près de vous, qui servent à créer quelques effets spéciaux qui donnent plus de poids à mon numéro. J’y ai passé des nuits entières…mais cela, vous le savez déjà. (Il sourit) Tous ces ustensiles qui vous paraissent si effrayants ne sont que des outils de travail ! Par exemple, ces mannequins campent des femmes qui m’accompagnent sur scène et prennent part au numéro. De même, je suis capable d’avaler des poignards, de me couper en deux…

ALICIA (complètement détendue) Mais alors, d’où venaient ces cris de femme que j’ai entendus certaines nuits ?

MARC Un jour, un jeune spectateur m’a dit qu’il regrettait que ces mannequins ne puissent me répondre et je vous avoue que je ne suis pas très doué pour imiter la voix féminine. J’ai donc décidé d’apprendre à être ventriloque et les cris que vous avez entendus ne sont autres que des échantillons de mon entraînement !

ALICIA (très intéressée) Votre métier me semble vraiment passionnant. Le mystère qui règne dans votre métier a bien déteint sur vous mais… cela vous donne un certain charme après tout.

MARC (surpris) Cela veut donc dire que vous ne m’en voulez plus ?

ALICIA (le taquinant) Disons que j’oublierai de porter plainte pour tapage nocturne si vous m’en dites un peu plus sur votre métier.

MARC (souriant) Je vais faire mieux que ça. Je vous invite à assister à mon prochain numéro et je me débrouillerai pour que vous ayez le droit de m’accompagner dans les coulisses !

ALICIA (retenant une exclamation enjouée) Je ne suis pas sûre de mériter une telle faveur. Et pourtant, si vous saviez comme j’adore la prestigitation et tous ses mystères !

MARC Alors acceptez cela me fera plaisir. Et puis, je vous dois bien cela. Je vous prive de repos et de quiétude depuis près d’un mois. Vous devez me détester !

ALICIA (plus bas, le regard rêveur, se retournant alors qu’elle allait sortir) Vous n’êtes pas vraiment le genre de personne que l’on peut détester…

MARC (avec un ton rieur, un peu moqueur) Et votre lessive ?

 

 

Scène écrite par Elisabeth CHANCEL

 

Publié dans théâtre

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