J’ai sauté dans ses bras, comme si le monde n’existait plus. Nous deux sur ce banc… dans ce parc… Rien n’avait changé depuis mon enfance. Les arbres majestueux, le lac et ses canards sauvages et les montagnes au loin, comme des gardiennes infatigables de cet écrin si précieux.
Il me prit la main et nous parcourûmes les quelques sentiers et chemin de pierres pour arriver chez lui. Une table, deux chaises dont l’une restait maintenant vide… Je m’y assis, consciente du cadeau qu’il me faisait… La théière fumante nous enveloppa de son arôme et fut la seule témoin de nos tendres regards et de nos sourires.
Les quelques jours qui suivirent, c’est sur sa terrasse ombragée qu’il me montra ses carnets. Il en avait confectionné 52, autant d’années passées auprès d’elle… Il avait beaucoup écrit mais aussi dessiné, peint, collé des articles ou des photos… telles des traces qui la rendaient éternelle…
Je la découvris sous une facette que je ne connaissais pas, plus intime, sans filtre. Il me conta ses moments de doutes puis leurs années partagées ici, loin du tumulte de son métier. Elle avait une passion pour les roses… Il les soignait encore tels des petits trésors et leurs parfums en ce début d’été embaumaient tout le jardin. Le dernier jour, il me donna une enveloppe et me fit promettre de ne la lire qu’à mon retour en France. Je le lui promis.
Nos adieux furent touchants mais aucune larme ne coula. Dans le rétroviseur du taxi qui m’emportait vers l’aéroport, je le vis sourire des yeux… Ma grand-mère avait décidément eu bien de la chance…
Il est un peu plus de vingt et une heure lorsque le commissaire-divisionnaire Abel Van Dockx pose son doigt sur la sonnette.
En dépit de la lumière qui filtre par les stores, il espère de tout cœur que la propriétaire est absente, qu’elle a juste oublié d’éteindre en sortant. Il sait qu’elle vit seule dans cette grande maison rue Albert Lancaster, non loin du Quartier dit du « Vivier d’Oie », mais peut-être l’aide-ménagère fait-elle des heures supplémentaires... Il n’y croit pas trop. Avant de se faire escorter ici, il a d’abord téléphoné au cabinet et un gratte-papier peu avare en heures supplémentaires lui a appris que la boss avait regagné ses pénates de bonne heure.
Dans son dos, les deux jeunes agents qui l’ont amené ici sautillent nerveusement. Peut-être sont-ils embarrassés comme lui d’être là, mais sans doute ont-ils également un peu froid. La température est descendue subitement la nuit dernière et Abel a ajouté à son équipement réglementaire de commissaire-divisionnaire une écharpe. Noire, bien entendu.
En attendant qu’on lui ouvre, il se rappelle du coup de fil qu’il l’a amené dans cette avenue, aux antipodes de la rue dans laquelle il vit depuis plus de soixante ans.
Il a poussé un juron quand il a entendu le nom de la dernière victime de l’attentat. Pourtant, Abel Van Dockx n’aime pas jurer, il ne le fait qu’en de rares occasions et encore plus rarement en public. D’ailleurs, il peine à se rappeler la dernière fois qu’il l’a fait. Sans doute quand il a appris qu’Anuna Van Mechelen devenait son ministre de tutelle. Comme quoi, cette femme doit déclencher quelque chose chez lui.
Presque deux jours après l’attentat qui a coûté la vie à plusieurs malheureux, la DVIT a presque identifié tous les corps (un record de rapidité !), sauf celui du kamikaze ainsi que celui d’une jeune femme, une rouquine, qui s’est pris une balle dans la tête avant d’être pulvérisée par la bombe. Ils ont baptisé le sniper « l’homme à la chapka » puisqu’il est visible de nombreuses fois ainsi chapeauté sur les vidéos de surveillance du marché de Noël. Quant à la petite rousse, elle semble apparaître une minute avant que l’enfer se déchaîne, on ne la voit que de dos en compagnie de plusieurs autres jeunes, lesquels ne pourront pas aider la police à l’identifier car ils ont été rayés de la carte du monde au même moment.
La fille a été défigurée par un sniper avant d’être annihilée par un kamikaze, ça ressemble à une macabre plaisanterie, du style Joker, la Némésis de l’homme chauve-souris. Il songe au héros inventé par Bob Kane lorsqu’on lui ouvre.
AnunaVan Mechelen, portant une robe de chambre à fleurs (des nénuphars en réalité), laisse couler sur son subalterne un regard courroucé. Le mal de crâne du flic revient avec force, il aurait dû prendre un cachet quand il en avait l’occasion, à présent, il est beaucoup trop tard.
Abel a une boule dans la gorge qu’il n’arrive pas à faire disparaître, il aurait aimé pouvoir déléguer cette douloureuse tâche à un subalterne.
Madame, commence-t-il avant de se rendre compte qu’elle ne porte peut-être rien sous son peignoir.
Il ne l’a jamais vue habillée autrement qu’en tailleur de cuir et en chemisier de soie, cheveux blonds, mi-longs, plaqués en arrière. L’imaginer nue le bloque, il n’éprouve aucune attirance pour elle, mais Van Dockx a toujours été mal à l’aise en sa présence.
La ministre semble se rendre compte qu’elle est la cible non seulement du regard du comdiv, mais également de la bleusaille qui l’accompagne. En outre, un courant d’air froid lui rappelle qu’elle est légèrement vêtue sur le pas de sa porte et qu’elle ferait bien de rentrer si elle ne veut pas assister au prochain conseil des ministres avec une laryngite.
Alors, Van Dockx ? Vous n’avez pas le téléphone ?
Il grimace, la douleur a posé ses mains polaires sur son cerveau et le presse de toutes ses forces. Que lui arrive-t-il ? Est-ce le cancer ou ses libations de la veille qui le rappellent à son bon souvenir ? Qu’importe, le coursier funeste doit délivrer son message.
« Eh bien ? Vous voulez me refiler la crève ? En tous cas, vous n’avez pas l’air bien, vous… »
Sara… lâche-t-il comme un soupir.
Le visage sévère de la ministre change imperceptiblement, son expression revêche s’est un peu altérée. Peut-être que, pour la première fois depuis qu’il l’a rencontrée, les sourcils redessinés de la Ministre Van Mechelen ne forment plus le V de la vengeance. Soudain, Abel oublie tous ses griefs envers cette femme de pouvoir qui a détruit bien des carrières en poussant la sienne.
Sara ? répète-t-elle alors que les commissures de ses lèvres tombent, lestées par une inquiétude naissante. Ma fille ?
Le vieil homme habillé de noir et de blanc hoche la tête.
Il ne l’a jamais rencontrée, cette jeune Sara, mais il connait son histoire. Bien avant de devenir ministre, sa mère, avocate au barreau de Gand, a défrayé la chronique en mettant cet enfant au monde sans que personne n’eut soupçonné qu’elle était enceinte. Quant au père, de nombreux noms avaient circulé, mais la future édile n’avait rien lâché. On lui avait prêté une liaison avec beaucoup d’hommes, y compris le Premier Ministre de l’époque, la jeune mère était cependant restée mystérieuse. Le déferlement médiatique avait finalement cessé et, quand Anuna Van Mechelen avait reçu son premier portefeuille quatre ans plus tard, plus personne ne se souvenait de la polémique.
En ce moment, tout cela n’a aucune importance pour le commissaire-divisionnaire. Il lit dans ses yeux bleus froids qu’elle a compris la raison de sa présence tardive à son domicile. La main de la femme agrippe le montant de la porte et y pose une épaule.
Il n’a pas besoin d’expliquer qui est la dernière victime non-identifiée jusqu’alors de l’homme à la chapka, une mère sent ce genre de choses.
Elle se laisse glisser le long du chambranle, au ralenti. Quand ses genoux touchent le sol, le peignoir s’ouvre et laisse entrevoir des cuisses laiteuses, mais musclées. Abel, qui n’a pas pu s’empêcher de suivre le naufrage de sa cheffe, se sent honteux de lui infliger ce supplice, il s’en veut d’autant plus qu’il se rend compte qu’il a ramené un public. Les deux jeunes policiers qui ne savent plus où se mettre, qui préfèreraient assurer le service d’ordre d’un concert de bikers plutôt qu’être là.
Il est tout à fait paralysé, il sait qu’il devrait s’agenouiller, la prendre dans ses bras, lui glisser des mots réconfortants. Toutes ces actions font partie des choses naturelles qu’Abel ne sait pas faire. Pour arriver à ce poste, il a dû mettre beaucoup de côté, à commencer par sa vie.
Anuna Van Mechelen tremble, mais ne pleure pas. Voilà une réaction que le comdiv trouvera étrange, plus tard, quand il se repassera l’histoire dans son lit.
En revanche, et ce malgré son embarras, il note immédiatement une présence, cachée dans la pénombre, à cinq mètres de la ministre. Il ne distingue pas ses traits, la silhouette fait de son mieux pour rester dans l’anonymat.
Van Dockx se dit que c’est la vie privée de sa supérieure et que ce n’est pas le moment de s’y attarder.
Mais, dans un coin de son cerveau quelque peu anesthésié par la situation, il prend une note au vol.
Gêné, il prend congé et rejoint la voiture de patrouille en reculant. La ministre ne bouge pas, mais lorsque la voiture a fait quelques mètres, le comdiv se retourne. La porte est refermée.
Les premiers textes de ce recueil sont nés pendant les confinements du COVID : ils explorent des chemins inattendus. Moments suspendus, peurs diffuses, naïveté de joies éparpillées : retour au temps zéro ?
Les poèmes suivants questionnent la relation amoureuse : entre les rêves, les souvenirs, les fantasmes, y a-t-il une part de vérité, pour ceux que le passé a figé, parce que le présent leur échappe, et que le futur n’est jamais là ?
Puis, lorsque l’on croit que la vraie vie – teintée d’amour, ou pas – revient, c’est la guerre qui nous paralyse, nous immobilise, alors qu’on la croyait confinée, encadrée, encastrée dans nos livres d’histoire. La guerre en Ukraine touche l’auteur à plusieurs titres : il a vécu sept années en Russie, pour essayer de percer le mystère de ce pays. Alors qu’il pensait avoir des bribes de compréhension, tout s’est écroulé en quelques heures, même si les choses étaient en partie prévisibles.
Viennent ensuite quelques poèmes qui titillent la notion du temps, ami-ennemi, qui parfois vole la mémoire de nos proches…
Enfin, le recueil se referme sur un texte écrit pour un spectacle ballet, joué à Bruxelles.
BIOGRAPHIE
Né à Rennes, je suis diplômé de la Sorbonne (Master 2 de Lettres Modernes) – j’ai travaillé sur les œuvres de Rimbaud, de Lautréamont et de Jaccottet-, mais je suis aussi licencié en russe et détenteur d’un Master en Français Langue Etrangère.
J’ai vécu 12 ans entre Prague, Saint-Pétersbourg et Séville, avant de m’installer à Bruxelles en 2008.
J’ai appris une dizaine de langues et ai publié un premier recueil de poésie chez L’Harmattan en 2013 (Eclats de mémoire). J’écris aussi des nouvelles et des romans.
J’ai travaillé dans l’enseignement des langues et la culture. J’ai été par exemple directeur de l’Institut français de Saint-Pétersbourg, ou encore directeur du service Culture à la Ville de Bruxelles.
Le 1er juin 2024, je me suis lancé comme indépendant pour offrir mes services de coaching, de formation, d’ateliers d’écriture et de teambuilding (cf mon site internet : L’Esprit du large).
Mélomane, j’ai appris le violon et la guitare ; je pratique aujourd’hui le piano.
C’était dans les années 2000, à l’époque où j’étais gosse.
Dans le quartier du palais de justice de Tournai, il y a une rue qui descend jusqu’à l’avenue des États-Unis. Il s’agit de la rue Albert Asou. Mais pour moi, c’était « La rue du dragon ». Si je la surnommais ainsi, c’est parce qu’elle me semblait longue. Dans le manga « Dragon Ball », Son Goku doit traverser la route du dragon afin de pouvoir rencontrer maître Kaïo. Je me suis donc grandement inspiré de cette route.
Dans cette rue aussi, habitait une fille que je fréquentais au catéchisme. Nous étions également dans la même école, mais pas dans la même classe. Elle s’appelait Line. J’avoue, elle me plaisait. Je pense même que c’était même encore bien plus fort que ça. Mais je ne lui ai jamais dit. Je suis sûr que maintenant, elle doit avoir fait sa vie ailleurs...
Souvent, je rêve de ravoir 12 ans et de voler au dessus de cette rue avec Line, la main dans la main. Mais cela reste un rêve. Et la rue me paraît toujours aussi longue.
C’est avec intérêt que je me suis immergée dans « La terre de nos ancêtres » de Maryline Parmiggiani. Sa promesse de nous entraîner vers « une plongée dans des secrets de famille où se côtoient l’Histoire de la Belgique et les légendes de l’Irlande » ne pouvait que m’intriguer. D’autant plus que l’auteure elle-même possède des origines belges, un mari italien et deux belles-filles suisses alémaniques qui l’ont, comme ses ancêtres, nous assure-t-elle, également inspirée pour créer ce roman.
L’histoire se passe en 1975. Quelques années plus tôt, Pierre, un petit Wallon de sept ans, a pour la première fois fait la rencontre d’Albert, son grand-père flamand. Une rencontre éblouissante qui va faire de lui le cousin Piet « le petit wallon devenu le plus flamand de toute la côte », pour la plus grande fierté de son Opa. Mais, parmi les oyats des dunes de la mer du nord, alors qu’il atteint ses quinze ans, les secrets de famille commencent à émerger et c’est en compagnie de sa cousine Alida qu’il entame des recherches propres à ouvrir la boîte de Pandore familiale.
Entre Belgique et Irlande, l’auteure vogue sur les vagues de l’Histoire, avec un grand H, pour nous conter l’autre, la petite, celle d’une famille dont les secrets, les non-dits, les jalousies et les promesses extorquées sont au cœur de profonds malaises. Un roman de 219 pages qui se lit aussi facilement que le sable s’écoule de nos doigts et qui m’a permis de découvrir, ou redécouvrir, certains faits liés à l’histoire d’Irlande et de Belgique, en passant par les deux guerres mondiales. Et si, sur le fond, le récit de Maryline Parmiggiani résonne d’émotions dramatiques, le ton reste, la plupart du temps, souvent léger, avec un accent belge certain et un délicieux petit goût de bière… qu’elle soit blonde ou brune !
Alors, bonne lecture… et n'oubliez pas que le savoir faire se déguste avec sagesse !
Si dans « Le Bic et les pierres », l’humaniste Pascale Gillet-B nous contait une histoire née de son imagination, cette fois, l’auteure prête sa plume à Issa Abdoullah, un jeune garçon, bien réel, devenu migrant par la force des choses.
C’est au Tchad, sous un soleil écrasant, entre savane, désert du Sahara et Sahel, qu’Issa Abdoullah vit la vie simple d’un ado de treize ans. Sa famille, comme les autres villageois, vit de son maigre bétail et ses quelques cultures. Il est pourtant un enfant heureux qui participe de son mieux aux tâches quotidiennes et aux différentes fêtes qui émaillent la vie de sa communauté.
C’est toutefois l’une d’entre elle qui va celer le destin du garçon.
En effet, la fête de l’Aïd se profilant, son père envoie Issa faire quelques courses à une vingtaine de kilomètres de son village, à la ville d’Abéché. Le jeune garçon, tout comme son ami Bachar avec qui il fait route, n’atteindra jamais sa destination.
Esclavagisme, humiliations, brutalité, mort de ses compagnons d’infortune, rien ne sera épargné à cet adolescent ! Même lorsque sa seule échappatoire est de s’embarquer sur un de ces misérables rafiots de fortune prêts à défier la Méditerranée et ses pirates. Du Tchad à la Belgique en passant par la Lybie, l’Italie, la France, l’Allemagne, le Danemark et la Suède, Pascale Gillet-B nous livre le voyage qu’Issa n’a jamais demandé à faire. Comble de l’ironie, un retour au Tchad serait pour lui une nouvelle épreuve, un nouveau danger, celui d’être enrôlé de force dans l’armée !
J’avoue, je suis restée sans voix devant ce long périple d’un jeune adolescent enlevé brutalement à sa famille, qui, de charybde en scylla, se retrouve finalement à Liège. J’ai beau, comme tout le monde, être consciente des risques encourus par les migrants lors de leur translation, les conditions de leur regroupement avant le départ et leur traversée de la Méditerranée, décris ici, dépassent tous ce que j’avais imaginé ! Le traitement inhumain ‒ et c’est un euphémisme ‒ auquel les « passeurs » soumettent ces gens est vraiment terrifiant.
Mille heures de conversation avec le résilient Issa sont condensées dans ce récit de Pascale Gillet-B. Si vous désirez découvrir le périple de deux ans de ce jeune adolescent, mineur non accompagné, je vous engage vraiment à soulever la couverture de cette brève biographie romancée… brève, mais dense !
Voilà un livre qui bouscule, secoue, et puis berce et réconforte en final. C’est le premier de l’auteur que je lis, mais il est certain qu’il y en aura d’autre, tant la découverte m’a intéressée.
Plusieurs chapitres commencent par Je ne veux pas l’hiver de ma vie. Défilent alors toutes les feuilles mortes pourrissantes, les courants d’air, les journées sombres, le ralenti impitoyable de la vie qui arrive dans son hiver. Mais que c’est bien énoncé, pensé, exprimé… L’auteur n’a de pitié pour aucun de ces ennemis hivernaux : les mots ou fins de phrases qu’on ne trouve plus, les rides qu’en revanche on trouve trop bien, l’inquiétude à l’idée qu’on a déjà dit ça et qu’on lasse, le suspens lors des contrôles chez le médecin, la conscience que oui, c’est la dernière ligne droite – et combien sera-t-elle droite, d’ailleurs ?, le refus de l’assistance, la crainte des « on a bien dormi ? On a bien mangé ses petites tartines ? Maintenant on va bien prendre son sirop. On a bien bonne mine aujourd’hui ». En regard de cette longue liste pourtant, les souvenirs tendres déferlent. Des vacances, des personnages, des membres de la famille, des anecdotes, conversations, les expressions désuètes et si charmantes.
Suivent les chapitres commençant par Il approche, l’hiver de ma vie. Il faut mettre de l’ordre, regarder les photos, choisir ce qui pourrait plaire ici ou là, ne pas laisser d’incertitudes si possible. Voir le fruit de ses entrailles faire son chemin. Écouter les musiques aimées, fêter des anniversaires. Comparer les points positifs des photos d’autrefois que l’on mettait dans des albums et regardait assis dans le divan, ou celles d’aujourd’hui, immédiates, retouchables et améliorables sur le champs, partagées d’un clic.
Quelques réflexions aussi suivent la phrase Je n’aime pas davantage l’hiver de l’Autre. L’Autre de toute une vie, qui n’entre pas dans son hiver du même pas, et a vécu ses saisons précédentes à sa manière aussi.
Pour arriver à l’apaisante constatation : J’aime l’hiver de ma vie. L’auteur la remercie, cette vie, avec toute la passion et fraicheur qu’elle mérite, et entre de plain-pied dans cet hiver et ses joies, une à la fois.
Un livre profond et très vivant malgré son propos. Un livre qui se lit en semant des émotions variées : nostalgie, amusement, déjà vu, compassion, partage. Un livre courageux aussi, sans aucun doute.
Au milieu du petit parc se trouvait la statue d’Apollon. Une statue en bronze devant laquelle les femmes, les jeunes filles et quelques hommes, l’air admiratif, se plaisaient à faire de longues pauses.
C’est qu’il était bel homme l’Apollon. Les lèvres charnues, les traits réguliers, le front lisse, les cheveux bouclés, la musculature parfaite, les mains fines. Ceux qui s’arrêtaient face à lui détachaient difficilement leur regard de sa beauté.
Un jour de printemps, une svelte demoiselle grimpa sur le socle et s’approcha tant et si bien qu’elle posa ses lèvres sur les lèvres du dieu. Après un long, tellement long baiser, Appolon quitta son socle et on le vit s’éloigner au bras de la belle. Jamais, on ne les revit. A présent, le socle est devenu le refuge de prédilection des pigeons de la ville.