Cinquante-trois pages de poésie en vers libres. Une poésie intense, très condensée, rédigée avec une grande économie de mots, mais dont chaque vers touche au cœur, frappe le lecteur comme un uppercut, l’émeut profondément et ne le laisse pas indemne. L’auteur part de son vécu personnel douloureux pour réinterpréter à sa manière les thèmes éternels de la souffrance, des ténèbres, de la mort et du désir charnel torturé. Un livre qui ne parle pas seulement à l’intellect de celles et ceux qui en parcourent les pages, mais qui questionne profondément leur sensibilité d’êtres humains. Un recueil de poèmes dont la portée s’avère incontestablement universelle.
BIOGRAPHIE
Né en Belgique le 16 novembre 1970, Louis Mathoux est licencié (=master) en Histoire de l’UCL, licencié en Journalisme de l’UCL, et titulaire d’un diplôme post-universitaire de 3ème cycle en Relations internationales de la KUL (Leuven). Il a longtemps travaillé dans l’administration publique (Ministère de la Communauté française), tout en menant de front une carrière active de journaliste professionnel free-lance (=indépendant) pour divers organes de presse belges (La Libre Belgique, L’Avenir,Dimanche, etc.), français (La Croix) et suisse (L’Echo-magazine).
Membre de l’Association des Ecrivains Belges, de l’Association Royale des Ecrivains et Artistes de Wallonie, du Pen-Club International et du Grenier Jane Tony, il a en outre été administrateur des Scriptores christiani, avant d’en devenir le Secrétaire général (2005-2013). Il collabore depuis une trentaine d’années à de nombreuses revues littéraires belges et françaises, et a reçu en 1999 le Prix de la Francophonie de la Nouvelle.
Il a publié 8 recueils poétiques en France et en Belgique depuis 1998, un essai sur les (pseudo-) apparitions de la Vierge Marie (Apparitions mariales, mythe ou réalité ?, Ed. Mols / Ed. Desclée de Brouwer, 2013) ainsi qu’un ouvrage d’entretiens avec Monseigneur Léonard (Monseigneur Léonard – Entretiens avec Louis Mathoux, Ed. Mols, 2006), dont la traduction en néerlandais en 2010 a provoqué une énorme tempête politico-médiatique en raison de certains propos controversés de Monseigneur Léonard.
EXTRAIT
Je palpe la chair nomade du vent
ausculte les spasmes qui en jalonnent l’errance
Mon âme questionne la langueur obsédante des pluies
sans pouvoir en pénétrer l’exact tourment
Les brouillards se décalquent un à un sur ma peau
et la nudité des arbres
me déshabille de mes propres visages
Il est tant de novembres celés en un seul novembre
Habillé de l’opulent ivoire des pins boréals, sous des toitures aux pentes couvertes de bardeaux couleur de mer et d’or, enjolivé de tours hexagonales et d’oriels, surgissant des étages tels des proues de navires, le palais royal dominait la cité de sa splendeur. Ses façades possédaient chacune une volée d’escalier menant à un immense hall gardé par d’impressionnants piliers sculptés. Pour l’heure, une foule bigarrée s’y pressait, emplissant les lieux du bourdonnement de conversations animées.
Sa lyre dans une main et son bourdon camouflé en canne de direction dans l’autre, Merlin entraîna résolument son petit groupe de musiciens improvisés parmi les bardes et baladins.
Contrairement à leur crainte, l’arrivée d’un nouveau groupe éveilla peu d’intérêt. Un évènement bien plus préoccupant captait l’attention de tous : le Grand Chambellan était en retard ! Le spectacle devait pourtant avoir lieu le lendemain soir et il fallait encore régler les derniers détails.
Alors que l’inquiétude atteignait son comble, les artistes levèrent des yeux impatients sur le splendide escalier central, où venait de surgir un homme paré comme un oiseau des îles du Sommeil. La surprise passée, un tonnerre d’applaudissements salua l’apparition. Grand, mince, ses longs cheveux retenus par un ruban scintillant en une boucle lustrée au sommet de son crâne, il était vêtu de soie et velours enluminés de broderies chatoyantes, qui illuminaient ses traits fins, tandis que des plumes d’un noir profond lui faisaient les épaules irisées.
En un geste plein de panache, l’homme s’inclina devant la foule qui redoubla d’excitation.
‒ Qui est-ce? demanda Hortie tout en applaudissant l’extraordinaire apparition.
‒ Mirliflor! s’exclama Valerian.
‒ Qui?
‒ Mirliflor, le Grand Sorcier du Spectacle! s’enthousiasma Malicia.
‒ Un sorcier? Dans cet accoutrement? ricana Merlin.
‒À votre place je ne le sous-estimerais pas, prévint la jeune sorcière, le regard noir.
‒ Il s’appelle vraiment Mirliflor? demanda Hortie.
‒ Probablement pas, admit Malicia, mais avouez que ça lui va comme un gant.
‒ Et toi, comment sais-tu qui est cet individu? demanda Merlin en lançant un regard étonnéà son apprenti.
‒ C’est lui qui a organisé l’anniversaire de la reine, le cycle dernier. Tout le monde en a parlé. Il organise aussi des concerts de bardes et c’est toujours exceptionnel.
‒ Parce que tu vas aux concerts, toi !
‒ J’aime bien quand ça dépote, avoua le jeune chevalier.
Le vieux mage leva les yeux au ciel.
Mirliflor fut bientôt rejoint par une grande femme au visage sévère à peine adouci par quelques mèches folles échappées de son lourd chignon. Vêtue d’une robe grise dépourvue d’ornements, elle ne portait aucun bijou à part un anneau aussi terne que la chaîne au bout de laquelle il pendait. Elle était un contre-point parfait à la silhouette exubérante du Grand Sorcier du Spectacle.
Je n’arrive pas à dormir. J’ai pourtant bien pris mon cachet, ce soir. Mais rien n’y fait, je n’y arrive pas.
Je décide de me lever. Tant pis, au point où j’en suis, je vais me préparer une tasse de café. Les voisins doivent dormir profondément, je ne vais donc pas les déranger.
La machine commence à s’allumer. Je regarde autour de moi, comme il fait sombre dans ce studio. Ma vie est ainsi. C’est comme ça...
Mon attention se porte sur la fenêtre. Aucune étoile, cette nuit. Quelle tristesse...
Je ferme les yeux. Je les rouvre, deux points rouges brillent derrière la vitre. Je n’ai pas peur. Je m’avance vers eux.
J’ouvre la fenêtre, les deux points rouges me regardent toujours. Ce sont des yeux, des yeux rouges. Je peux parfaitement la ressentir, sa tristesse. Je lui tends la main, elle hésite…
Nous sommes assis sur le lit, face à face. Je commence à la caresser, c’est ainsi qu’on m’a appris. Malgré l’obscurité, je peux voir qu’elle rougit. Je l’embrasse dans le cou, elle ferme les yeux.
C’est ma dernière nuit sur Terre. Je n’aurais pas rêvé meilleur départ. Rien ne vaut la tendresse...
Dès potron-jacquet, le petit groupe avait quitté la manse pour rejoindre, en début d’après-midi et à bonne allure, le Marais des Dragons. À l’horizon, se profilait la Lande aux Cantilènes, émaillée de quelques hameaux dont l’un abritait la seule auberge de ce côté du fleuve.
Valerian avait ralenti l’allure aux abords du marécage qui, coincé entre la courbe indocile du fleuve et la forêt des Songes, marquait l’entrée du domaine de Longvaisseau. Parmi les joncs, roseaux et autres plantes, on apercevait, non loin de leurs nids de butomes tressés, quelques nymphes couper des feuilles rondes, brunies par l’automne, en agitant l’eau qu’un peu de vase colorait de sa rousseur.
Un peu plus loin, apparaissaient d’autres nids dont la forme attestait la présence de dragons des marais.
‒ Brrrr! fit Merlin en voyant les cueilleuses. Comment peuvent-elles rester dans l’eau par un froid pareil avec seulement trois brins d’herbe sur le dos ?
‒ Ce sont des nymphes, Maître Merlin, elles ne ressentent pas le froid comme nous, répliqua tranquillement Malicia, qui partageait sa carriole avec le vieux mage.
‒ Il n’empêche que le temps s’est drôlement refroidi, insista celui-ci. Elle va geler là-haut, c’est sûr, ajouta-t-il en sortant le nez de son manteau pour observer Azimuth tournoyer au-dessus d’eux, Hortie coincée entre ses crêtes de cou.
Quand Valerian avait expliqué, au grand dam du dragon qui souhaitait accompagner son chevalier préféré, qu’il n’était pas prévu que l’Escorte se fasse ailleurs qu’au sol, la fée avait affirmé que son capricant semblait ballonné et que Sa Seigneurie serait des plus aimable si elle acceptait de l’emmener.
Ce dernier avait bien un peu ronchonné, mais cela n’avait pas duré, tout à la joie qu’il était de cette nouvelle aventure.
L’après-midi était bien avancé lorsqu’ils abordèrent la lande.
Celle-ci s’étendait à perte de vue, ses couleurs automnales créant une atmosphère qui ferait la joie de n’importe quel peintre… pour autant qu’il puisse supporter le reste !
‒ Je comprends mieux pourquoi on l’appelle la Lande aux Cantilènes, fit remarquer Valerian à ses compagnons en élevant la voix pour couvrir celle du vent et son chant mélancolique.
Au même instant, Azimuth vint se poser non loin d’eux et Hortie se magiporta aussitôt au sol.
‒ Quelque chose ne va pas? s’inquiéta le jeune chevalier en descendant de son cheval tonnerre pour aller à la rencontre de la fée.
‒ Je suis désolée mais je vais devoir récupérer mon capricant, s’excusa celle-ci, dont le teint verdâtre valait toutes les explications.
‒ C’est le vent, il y a des trous d’air, précisa néanmoins le dragon.
‒ Nous serons rendus dans quelques lieues à peine, rassura le jeune chevalier.
‒ Tu peux toujours venir avec moi et laisser ton invoquéà la dame, essaya Azimuth.
Valerian lui lança un regard où se mêlaient envie et reproche.
‒ Si tu changes d’avis…
Le dragon décolla aussitôt. Avec un soupir, le jeune chevalier remonta en selle et regarda Hortie récupérer sa monture attachée à l’arrière de la carriole.
‒ Vous auriez mieux fait de rester à l’académie, lança Merlin.
‒ Pour que vous soyez le seul à vous amuser? certainement pas! répondit la fée, qui en oublia sa nausée.
Elle monta en selle et rejoignit Valerian qui lança son cheval au grand galop.
Elle aimerait effacer les traces de son passé... c’est pourtant vers lui qu’elle se dirige. Les arbres chétifs, penchés des deux côtés de la route, alourdissent son moral, tandis que les rayons obliques du soleil d’automne jouent à cache-cache avec la ramure ; jeux d’ombre et de lumière, soulignant l’alternance de ses périodes de confusion.
2.Biographie
Née en janvier 1951, à présent retraitée.
Mère de trois enfants, et grand-mère de quatre petits-enfants.
J’ai travaillé dans le secteur social.
J’aime la lecture et l’écriture, notamment la poésie.
Mon blog de poésie : https://ma-poecriture.over-blog.com/
Autrice de contes et de nouvelles chez ”Chloé des Lys”
Sous le pseudo ‘Christina Previ’
J’ai repris mon nom complet pour l’édition de ce dernier volume.
3.Résumé
Marcelle a été une gamine, puis adolescente mal dans sa peau. En révolte contre son père, elle renie son passé dont elle veut s’extraire, en commençant par changer de prénom. Devenue Marielle, elle s’enferme dans un carriérisme et une solitude qui l’isole des autres et d’elle même. Mais un drame survient et, suite aux aléas de la vie et aux rencontres qui en découlent, elle finira par s’ouvrir à l’optimisme et à la confiance en elle et aux autres.
Je regardai à travers le trou de la serrure. Ma future petite victime était assise sur son lit. Je jubilai et me frottai les mains. Je sentais que j’allais bien m’amuser, comme chaque soir. Je me mis à compter jusqu’à trois...
Une fois arrivé à « trois », j’ouvris la porte brutalement, levai les bras et poussai un hurlement. J’étais sûr qu’elle allait hurler à son tour. Peut-être même qu’elle allait se faire dessus. Mais à ma grande surprise, elle ne réagit pas.
La petite me regarda dans les yeux. Je n’avais jamais pareille tristesse. Je me suis surpris à me demander ce qui lui était arrivée. Elle baissa la tête, je pouvais la sentir anéantie. C’était la toute première fois qu’un tel cas m’arrivait, j’étais vraiment sur le cul.
- Je ne veux pas que Papa s’en aille…
La petite se mit alors à pleurer. Merde ! Que… Que devais-je faire, au juste ? Encore une fois, je n’étais pas du tout habitué à ce genre de situation.
La petite continuait de chialer. Je paniquais, mais curieusement, je ne voulais pas m’en aller, je ne voulais pas la laisser toute seule. Je m’assis alors à côté d’elle… La petite m’attrapa et pleura plus fort. Je dois vous avouer que j’étais à la fois embarrassé et perdu, qu’étais-je en train de commettre ? Si les autres l’apprenaient… Je ne sais pas alors ce qu’il me prit, mais je déposai délicatement mes pattes sur ses épaules.
- Je suis là…
Oui, je vous le jure, c’est bien ce que j’ai dit. Je la sentis aller un peu mieux.
---
La petite s’était endormie. Ce fut long, mais elle y est arrivée. Je la regardais, Petite femme… Je tirai la couverture, elle avait déjà assez froid comme ça…
Je refermai la porte du placard avec la plus grande des prudences et je repartis. C’était tout pour cette nuit.
N’empêche, c’est quand même affreux quand les personnes que vous aimez le plus se bastonnent.
Ani Sedent est née dans la très ardente cité de Liège où elle a fait des études d’illustration.
Si le dessin a été son premier amour, c’est aussi lui qui a entrainé son envie d’écrire de petites histoires à illustrer… L’une d’elle est devenue un roman.
L’Arcane est le quatrième tome des Chroniques de l’Invisible publié aux Éditions Chloé Des Lys.
RÉSUMÉ :
Valerian ne peut pas rester apprenti toute sa vie ! C’est donc avec enthousiasme qu’il entame sa première mission, celle qui doit lui ouvrir la voie vers l’adoubement. Mais escorter Lunabell Fruimur, sa nounou et leur cocher vers Longvaisseau et sa grande cité portuaire va rapidement s’avérer un tantinet plus compliqué que prévu. Les pieds dans la gadoue, le futur chevalier voit les soucis s’enchaîner rapidement. Et si les nuages finissent enfin par laisser place à un ciel plus serein, les problèmes, eux, ne se laissent pas chasser aussi facilement. Bien vite, cette première mission devient pour Valerian, comme pour Merlin et Hortie, une source de rencontres surprenantes et d’aventures inédites parsemées de mystères étranges qui pourraient les entraîner bien plus loin que prévu !
EXTRAIT :
[…]
Intimant à sa monture de s’arrêter, le jeune chevalier se tourna vers le petit groupe hétéroclite qu’il était censé guider. Il laissa son regard errer sur les silhouettes emmitouflées et leurs animaux, invoqués et carrioles qui, dès le départ, lui avaient donné l’impression d’être à la tête d’une troupe de saltimbanques en route pour une représentation.
Pourtant, il s’était réjoui quand Jehan Demonic, le courtaud maître d’armes de l’académie de Grandmanoir, avait enfin distribué les missions auxquelles rêvait chaque aspirant chevalier en âge de prétendre à l’adoubement. Tous avaient attendu cela avec impatience : découvrir la destination qui les lancerait sur la voie de l’accomplissement. Et si, des trois missions y menant, la dernière : la quête, était la plus compliquée et la seconde : l’échange, la plus formatrice, la première : l’escorte, était supposée être la plus simple et la plus agréable.
Bon, d’accord ! il aurait dû écouter son exceptionnel instinct sonner le tocsin, au lieu de laisser l’enthousiasme l’étouffer quand, le jour précédant le départ, la Rageavait changé sa mission pour une autre, qui devait le mener jusqu’en Longvaisseau !
Il aurait dû se méfier lorsque le premier souci était apparu, un peu plus tard, ce même jour, accompagné de sa nounou…
Né Thadé Piasecki en 1947 à Montceau les Mines, France.
Apprend le Français à l’école.
Au début des années 70, il est comédien dans la troupe du Théâtre du Pavé
à Toulouse.
Puis devient auteur-compositeur-interprète de chansons.
Tournées dans les Centres Culturels, MJC, festivals…
Dans les années 80, écrit et réalise des courts métrages de cinéma :
« Y’a des jours mauvais, y’a des jours meilleurs » 20 minutes.
Co réalisation Yves Billy. Sélection AFCAE au Festival de Cannes,
diffusé dans toute la francophonie par le Ministère des Affaires Étrangères français et à la télévision par France 2.
« Pan, pan, t’es mort ! ». 20 minutes.
Co-réalisé avec Ariel Piasecki. Sélectionné au Festival du Court Métrage de Clermond-Ferrand et dans de nombreux festivals. Diffusé par France 2.
En 1984, co-réalise avec Ariel Piasecki la série documentaire de création
« Tranin, reporter » Diffusion France 2, SSR,RTBF.
Réalise ensuite de nombreux sujets pour la télévision :
documentaires (dont « Mexique, 52 minutes » TF1, « La Vie CGT » 52 minutes, France 3), fictions jeunesse (série « Les 6 compagnons » France 3)
Dans les années 90, écrit et réalise :
« Un amour de village ». Téléfilm de 90 minutes. Diffusion France 3.
avec Christiane Millet dans le rôle principal.
« Un été indien ». Téléfilm de 90 minutes. Co production avec le Québec.
Diffusion France 3.
Avec Michel Duchaussoy, Jacques Denis, et le jeune acteur amérindien Marco Bacon.
À l’aube des années 2000, il « divorce » d’avec la télévision, se reconvertit dans l’agriculture biologique, puis la rénovation et la construction de maisons en bois et se passionne pour le Grand Nord norvégien où il effectue de nombreux voyages.
Fin 2023 est paru aux Éditions Chloé des Lys :
« NE PAS PERDRE LA TÊTE ». Nouvelles.
Résumé
Après avoir été subitement quittée par Sven, son compagnon depuis dix ans, cuisinier à bord de l’Express Côtier, Hedda Bergström revient dans le village de son enfance pour se ressourcer. À Oslo, elle était une des meilleures enquêtrices de la police norvégienne. À Lillefjord, avec le lieutenant Olaf Brekke, marié à une femme de la communauté Samie, et le jeune agent Nils Mathissen, tout juste sorti de l’École de Police d’Oslo et auto proclamé cyber enquêteur, elle va, dès son arrivée, être confrontée à une série de meurtres dont certains vont concerner des personnes très proches d’elle.
Au fil de ses enquêtes dans cette région du Cap Nord, isolée toute une partie de l’année pour cause de routes obstruées par la neige et la glace, elle va peu à peu se laisser submerger par la petite musique obsessionnelle des souvenirs, rythmée par le son sourd de la sirène de l’Express Côtier qui lui rappelle son ex. Elle finira même par se sentir responsable de la vague d’assassinats qui s’écoule dans les rues de son village natal, bordées de petites maisons de bois colorées d’apparence si tranquille.
Décapitation d’un policier français, implication des Services Secrets russes dans la mort de sa rivale du temps de ses amours de jeunesse, trafic de cerveaux de baleines, meurtre de son ancienne adjointe et de Butterfly, la chanteuse du groupe Butterfly and the Belugas qui venait de se marier avec Inge Lindberg, la jeune et jolie légiste qu’Hedda apprécie beaucoup. Son village natal l’accueille avec des claques alors qu’elle espérait retrouver dans l’image rassurante d’un passé magnifié par les souvenirs un chemin serein dans le présent.
Elle était venue se ressourcer, elle n’aura réussi qu’à marcher au milieu de traces de sang dans la neige, à lutter contre des fantômes et à voir la Mort aligner les cadavres.
Extrait
Par la fenêtre de son bureau, la capitaine de police norvégienne Hedda Bergström regarde les bateaux des pêcheurs amarrés aux quais du port, figés dans l’épaisse couche de neige déposée par la tempête de la nuit passée.
Derrière l’usine Polar Sea Fish, dans la lumière blafarde du jour arctique, elle peut voir les petites maisons de bois peintes en couleurs vives qui tentent de résister à l’hiver.
Au-dessus d’elles, la montagne presque à pic. Mur blanc. Menaçant. Lacéré de blessures rocheuses grises. Coiffé de bancs de brouillard.
À l’Est, après la silhouette délabrée de l’ancien hangar à morues, la montagne devient falaise et tombe brutalement dans une mer agitée couleur plomb fondu, ourlée d’écume blanche.
De l’autre côté de la rade, deux rochers verticaux déchiquetés marquent la limite ouest du port. Tours noires sorties tout droit du Seigneur des Anneaux, elles montent la garde face à l’océan, dans la direction de l’Archipel du Svalbard.
Depuis qu’Hedda est revenue à Lillefjord, à part les touristes, rien n’a changé depuis son enfance.
C’est ce qu’elle voulait retrouver.
Couché contre son bureau, le chien Tomik grommelle dans son sommeil, à la poursuite des rennes qu’elle lui interdit de courser dans la toundra.
Le bureau près de la porte d’entrée est celui du lieutenant Olaf Brekke. Massif, roux, barbu. Sa femme est une Same. Ça aide, dans certaines circonstances. Comme lorsque l’éleveur de rennes Matti Makura, Same et grand amateur de bière, a décidé de venir montrer ses fesses aux touristes qui viennent au magasin de souvenirs de l’entrepreneuse touristique (comme elle se nomme elle-même) Mari Keikonnen, Same également. Matti a dit que quand les touristes photographient ses rennes, ça stresse les femelles et elles donnent moins de lait à leurs petits !
Mari a répliqué qu’il n’avait qu’à pas installer son enclos près de son magasin ! Matti a répondu qu’il était là avant elle, et qu’elle n’est qu’une sale marchande de pseudo artisanat Sami, une honte pour sa communauté !
En face du bureau d’Hedda, plongé dans l’écran de son ordinateur, la dernière recrue du Poste de Police, l’agent Nils Mathissen. Un grand jeune homme blond à l’allure adolescente, à peine sorti de l’école de police d’Oslo. Lillefjord est sa première affectation.
Si elle ne s’était pas renseignée auprès de son camarade de promotion devenu depuis directeur de l’École de Police, Hedda se serait demandé quelle grosse maladresse il avait bien pu commettre pour se retrouver direct dans cette bourgade perdue sur une presqu’île de rochers, de landes pelées et d’arbres nains, coupée du reste du monde pendant plusieurs mois d’hiver pour cause de routes obstruées par la neige et couvertes de glace, à quelques kilomètres du Cap Nord.
Mathissen n’avait rien fait de mal. Il s’était porté volontaire pour le poste, personne ne l’avait forcé. Ses supérieurs lui ont quand même demandé s’il était originaire de la région, s’il y avait de la famille, des connaissances. Non, rien ! Mathissen a dit qu’il voulait s’imprégner des réalités profondes de son pays !!!
Et depuis ce matin, il est servi ! Un des ouvriers de Polar Sea Fish, une usine sur le quai, a aperçu, accrochée sur le séchoir à morues au milieu des têtes de poissons, une tête d’homme !
Le corps du pauvre type, on l’a retrouvé à cheval sur une motoneige. Les mains sur le guidon, à côté du tipi que Mari Keikonnen a fait dresser dans un bout de toundra près de son petit magasin de souvenirs.
‒ Rhaa! s’impatienta le vieux mage en agitant la main. Je parle de ce brouillard, nous allons nous perdre dans cette purée de pois.
‒ Je crains que ce ne soit déjà fait, déplora Barok. Contre la magie, l’ingénierie ne peut rien.
‒Ça me fait penser à un article paru dans Sorcellerie, avança Ronan. Hysteria y parlait d’un tout nouveau sortilège inspiré par les chauves-souris.
‒ Je vois que notre professeure en métamorphoses n’a rien perdu de son intérêt pour ses modèles, s’esclaffa Merlin.
‒ Hysteria a toujours été très pointue dans ses recherches, la défendit Hortie.
‒ Autant que son chapeau!
‒ Vous trouvez ça drôle?
‒ J’ai lu cet article, intervint Mirliflor. Un peu technique, mais très intéressant.
‒ Et si nous en revenions à nos moutons, s’impatienta Barok.
‒ Ne serait-ce pas plutôt à nos chauves-souris? railla Merlin.
‒ Vous avez mangé un bouffon vous, ce matin.
‒ Allez Ronan, parle-nous de ce sortilège, l’encouragea Hortie, en se tournant vers le mage qui attendait patiemment de pouvoir continuer.
‒ La raccusette, comme le nomme Hysteria…
‒ Quel nom curieux ! s’étonna la fée.
‒ C’est du sotaî, l’informa Merlin. Ça veut dire: rapporteur, ou mouchard si vous préférez. Je ne savais pas qu’Hysteria s’intéressait aux langues gnomiques, ce n’est pas trop son domaine.
‒ C’est sûrement parce que, ce cycle, il y a un sotaî dans sa classe, l’informa Hortie.
‒ Un gnome? Sorcier?
‒ La sorcellerie est un Art subtil qui demande de la finesse et de l’habileté, affirma Mirliflor en ignorant Merlin qui levait les yeux au ciel. Un gnome, comme n’importe qui d’autre pourvu qu’il soit suffisamment raffiné, peut en apprendre les délicates complexités.
‒ Un petit très doué, d’après ce que j’ai entendu dire, approuva Hortie.
‒ Bref! reprit Ronan dont la patience était mise à rude épreuve, ce sortilège permet d’envoyer un son qui, s’il rencontre un obstacle solide, est renvoyé vers sa source. Il pourrait nous mener vers L’Élégante ou nous permettre de trouver Nulle-Part.
‒ Et vous le connaissez, vous, ce sortilège? demanda Merlin.
‒ En parlerais-je, sinon?
‒ Hum!
‒ Si vous permettez, je le connais parfaitement, intervint Mirliflor et il va nous être très utile.
‒ Je me demande s’il serait possible d’imiter ce sort par des moyens mécaniques? s’interrogea Barok pendant que le sorcier allait se poster à la proue du Dragon des mers.
Mirliflor lança le sortilège d’Hysteria. Un son bref, un peu métallique, s’éloigna dans le brouillard… et s’y perdit.