poesie
"Des cendres en décembre", une poésie de Laurent Dumortier extraite de son dernier recueil "D'hivers et d'ivresse"

Des cendres en décembre
Celles dans tes yeux d’ambre
Lorsque si bas tu me vois descendre
Sombre décembre qui sombre
Des souvenirs dans l’ombre
De tes yeux que l’onde inonde
Des cendres en décembre
Il faut le temps suspendre
Pour éviter que dans la Dendre
Prédiction de Cassandre
Je rejoigne les sandres
A défaut de me pendre
Laurent Dumortier
Elle va de lèvres en lèvres, une poésie de Paul Maakad

Elle va de lèvres en lèvres,
De caresses en caresses,
De frissons en frissons.
Tourne, tourne, petite poussière,
Donne-toi l’illusion de vivre,
Joins-toi au ballet aérien de tes semblables.
Demain, n’étant plus portée par le vent,
Tu t’immobiliseras par terre, froide et nue,
Et tu feras face à ce que tu as toujours été :
Seule.
PAUL MAAKAD
Mars 2009
Salvatore Gucciardo nous propose une poésie "Corps en mouvement"

Le vent
Dans sa nudité
Caresse
Les lèvres
Des vagues
S’endormant
Dans la géographie
De mon âme
Volutes de brume
Sur un pays
Sans nom
Où la mer
Déploie
Ses ailes figées
Devant l’éternité
Le silence
Dans l’amas
De nuages
Domine
Le paysage insolite
Situé au bas
D’une falaise
Cathédrale étrange
Peuplée
D’êtres
Imbibés d’eaux
Et d’éther
Les corps en mouvement
Ce dissolvent
Dans le labyrinthe
De l’essence humaine
"EVA", un poème de Salvatore Gucciardo

Eva
J’ai vu ton visage radieux
Sculpté par l’amour
Et l’argile du temps
Tu es sortie de l’embryon
Du désir
Pour éblouir tes parents
Ton sourire ravageur
Aux jets incandescents
Est un rayon magnétique
Ta peau d’ébène
Aux nuances roses et chaudes
Sont un flamboiement d’arpèges
Une symphonie de bonheur
Tes yeux d’ange
Sont deux astres étincelants
Et tes cheveux touffus
Sont d’un brun doré
Ta frimousse ronde
Et joviale
Enlumine le regard
De tes grand –parents
Perle d’eau
Oisillon bariolé
Tu es sortie
De la sphère amniotique
Pour émerveiller
Toute ta famille
Salvatore Gucciardo

Récurrences, un poème de François Iulini

C’est la fin du marché, et l’indigente
Marche vers sa faim, - Ite missa est -
Elle extirpe un trognon de cette ordure
Vite fourré dans son cabas et preste,
Elle glane, par-ci, par-là sa méchante
Provende ; invisible, abjecte et pure…
Les gones singent hilares la croulante,
Se lassent enfin ; midi ! Le bide peste !
Resté seul, je songe à cette pâture
Immonde ; gênée elle part, je reste
Chagrin ; les balayeurs sifflotent et chantent ;
Rigole la soupe sur l’onde pure…
Novembre est là et chinoise nos tombes,
Pétales lassent et choient, sang ambre et brun
Mes souvenirs chahutés par les embruns
De larmes d’or les chrysanthèmes inondent
Un poème extrait de "L'ombre du reflet" de François Iulini

Je lui dis les bonheurs du soleil qui inonde
Le jardin harcelé par les diablesses bleues
La chienne exubérance qui se jette dans l'onde
Je lui chuchote encore la grâce d'être deux
Plantés main dans la main dans le lagon turquoise
Qui teint le voile noir des instants malheureux
Enroulé dans mes mots, ô tristesse sournoise
Tu reposes légère, terrifiante égérie
Toi que mes rimes apaisent mais jamais n'apprivoisent
Endors-toi ma tristesse, veille ma poésie…
Salvatore Gucciardo nous propose un poème "Frissons"

L’ombre caresse
Une gerbe scintillante
Sur la paume de l’âme
Et fait renaître
Le souffle de l’espoir
Hiéroglyphes éparses
Sur la pierre colorée
Sentiments d’éternité
Sur les statues figées
L’éclat de tes yeux
Sur le miroir
De l’onde
Écho musical
La vague emporte
Les algues endormies
Volume sphérique
Amas de plumes
L’oiseau solitaire
Parsemé d’or
Et d’argent
Corps frissonnant
Volute de brume
Sur le sommet
Des montagnes
Exaltation océane
Eté meurtrier, une poésie de François Iulini

Enfant souvent morose elle grandit sans vertu
La rêveuse trop fière pour accepter le monde
Ne vit rien de la vie sauf son destin perdu
Une splendeur de jardin que le soleil inonde
Quelques milliers d’amis pour conjurer la peur
Une vie sans surprise ni pensées vagabondes
Goguenard fut mai, doux et bonimenteur
Vêtues de robes blanches d’éphémère jeunesse
Nous rosissions nos âmes et se gorgeaient nos cœurs
Cynique, la railleuse grinçait sur nos faiblesses
De ne savoir que vivre dans l’attente des vers
De bouffir chaque jour enchaîné à nos laisses
La longueur du Nil, une poésie extraite de "L'ombre du reflet" de François Iulini

(Pour mémoire, 6 500 km)
Mécaniques matins ; vos tartines croisant
Sous l’effluve robuste et l’huileuse spirale
Ont dilué mon rêve dans l’œil nécromant…
Mon livre j’abandonne à la touffeur australe ;
Sous la feuille d’ombú, le mascaret poisseux,
L’orange Nautilus, mène à la communale…
Sur l’abscisse en béton qu’ordonne la banlieue,
Soliloque une ligne sur le bonheur placide
Et condamne à mûrir les songes aventureux…
Sous ce ciel de craie ma jeunesse se ride
Sur la longueur d’un Nil qu’elle ne descendra pas,
Ce trait sur une carte est un néant sans vide…
Un fleuve de papier arpenté sans bardas,
Sans felouques glissant sur les traces d’Henry ;
Votre cours sans écaille n’est qu’un ru sans son Râ…
O combien est cruelle la triste maladie,
De croire toujours un peu, de n'être qu'un peu triste,
D'aimer l’œuvre anémiée de nos pages sans cris...
Toutes ces choses apprises ces heures où rien n’existe
Seul, le ciel bleu s’amuse au-dessus de nos brumes ;
- Croire que la vie se gagne en étant réaliste ! -
Rafraichis-moi soleil, la glace me consume,
Rassasie-toi ma faim aux becs des cormorans,
Ibis écarlates couronnez-moi d’écume…
Surviendra le déclin des matins sans talent
Salut radieuse aurore, adieu rêves dociles
Sur ma blanche torpeur j’écrirai mon néant…
Noire sera ma page, insondable mon Nil…


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