Bonnes vacances et joyeuses fêtes de fin d'année !
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Extrait de La note verte
Anse du domaine de Montmarin
En l’an de grâce 1760, Aaron Magon fit construire cette folie en bord de Rance, sur l’actuel territoire de la commune de Pleurtuit. Cet élégant château se distingue des malouinières par sa situation sur la rive gauche quand celles-ci, à l’austère architecture, furent édifiées sur la berge opposée, plus à portée de la ville close de Saint-Malo.
La famille Magon céda la propriété à Benjamin Dubois, armateur. Cet homme sut tirer profit de l’important marnage observé à cet endroit du cours fluvial. Il imagina un chantier naval. Nombre de vaisseaux furent construits ici, dont ceux de Bougainville, l’explorateur féru de botanique. Grâce à ces activités maritimes, les jardins de Montmarin s'enrichirent de collections de plantes exotiques.
Les propriétaires successifs n’eurent de cesse d’embellir les lieux. Aujourd’hui, l’ensemble du domaine est classé dans les prestigieux répertoires des monuments et jardins historiques.
Te souviens-tu de ce beau jour des agapanthes ?
L’été consumait sa douceur bleue sur la rive,
Que l’on gagnait en foulant des terrasses déclives
Au vu de lions songeurs, dans l’odeur de la menthe,
Le parfum de fleurs naïves et le chant d’une grive.
Un château au bois dormant dans l’ombre poudroyante
Bruissait d’échos de courses sous la soie scintillante
D’un ciel d’abîme creusant les mers à la dérive.
Dehors, des allées tranquilles semblaient nous attendre,
Traçant sans le savoir une rêveuse carte du tendre.
Le pâle azur des ombelles contre les amarantes,
Loin du musc de l’ive, du parme des bougainvillées,
A un océan près, bénit nos âmes liées.
Et par la voix du vent, tu étais mon amante.
(Pleurtuit)

LE PONTON
Au bout du ponton, la liberté, au bout du ponton, la fin des souffrances, au bout du ponton, les retrouvailles…
Depuis plusieurs années, je suis seul au monde. Mes parents décédés, j'ai décidé de déménager au bord du lac.
J'en ai fait des parties de pêche avec des "amis". En général, ils venaient chez moi uniquement pour cela. Je ne les intéressais que par ce ponton situé au bout du jardin. Certains venaient en voiture, d'autres accostaient sans prévenir et quel que soit le temps, je devais faire bonne figure, abandonner tout pour la pêche.
Un jour, une belle tempête a détruit le ponton et comble de malheur, la municipalité a décidé de le reconstruire aux frais de la communauté… Il faut dire que le seul médecin des environs se rendait volontiers chez ses clients en utilisant un petit bateau et que c'était devenu un lieu d'accès facile pour lui.
Fichu médecin ! Il ne l'a jamais beaucoup utilisé ce ponton ! Par contre, les autres, les pique assiette, les pêcheurs du dimanche, sans parler des gosses qui durant tout l'été s'en donnaient à cœur joie, le lieu était plus fréquenté que l'église paroissiale !
Tout cela a duré des mois et des mois jusqu'au jour où j'ai rencontré Aude, une gentille fille de la ville. Très vite, elle s'est installée à la maison et les visites d'amis se sont espacées et leur nombre a fondu comme neige au soleil. La paix, j'avais la paix, une gentille compagne que j'aimais et la vie nous souriait ! Quelques mois après, Aude m'a annoncé qu'elle attendait un enfant. Le bonheur continuait à inonder la maison.
Aujourd'hui, Aude est tombée dans le lac. Elle m'attendait sur le ponton et a glissé sur les planches humides… J'ai retrouvé son corps près de ce ponton maudit…
Alors, j'ai sauté dans l'eau glaciale, je me suis agrippé à son corps déjà froid et j'ai attendu…
Louis Delville