Nous connaissons Robert Fontaine pour ses trois précédents romans publiés chez CDL : "La Chaumette", "Après Stéphane" et "La croix mystérieuse".
J'avais beaucoup aimé ce dernier polar, roman lu au moment de sa publication : une enquête bien ficelée avec, comme "point final", un drôle de mystère entourant les meurtres de deux flics retrouvés étendus côte à côte face à la chapelle de St-Fiacre. Les agresseurs auraient eu des masques de Mickey. Qui les a tués, pourquoi... Nous en étions restés là avec le lieutenant Noël Ménéval.
J'avais hâte de savoir...
Nous retrouvons le policier peu après ; écarté de l'enquête, il décide de s'éloigner, d'intégrer une nouvelle équipe mais...
Robert Fontaine signe une suite agréable à lire dans laquelle la psychologie des personnages joue un rôle important dans le déroulement de l'histoire : les héros sont normaux, humains, têtus ou mous, téméraires ou prudents...
Ménéval est parfait dans le rôle du gus qui ne lâche rien, qui n'oublie rien et qui bouscule tout en finesse les protagonistes pour parvenir à ses fins.
Très dialogué, le roman se lit vite. Et vous savez quoi ? Je prends le pari que jamais vous ne trouverez l'identité de l'étonnant coupable ! Allez, je vous laisse chercher !
Les Ardennes, une villa un peu isolée, un grand jardin, une forêt lugubre, des dangers que l’on ne peut imaginer pour une petite famille… Fanny, seule et divorcée, laisse tranquillement jouer ses jumelles de huit ans dans le jardin, Mélanie l’intrépide et Stéphanie la sage. Soudain, le silence; intriguée, Fanny sort vérifier ce qu’elles font mais elles ont disparu! Elle appelle, le silence lui répond. Ont-elle été kidnappées?
Auteur de neuf publications, chroniqueur littéraire et événementiel, membre de l’Association des Ecrivains Belges de langue française, Thierry-Marie Delaunois vous offre ici un mini-suspense psychologique et policier, véritable condensé de questionnement, de troubles et d’incertitudes, sueur et panique garanties! Ses thèmes favoris, qu’il aime développer? La complexité des rapports et de la pensée souvent tortueuse, qui nous conduit parfois au pire… A tort ou à raison?
C’est un peu zonteux quand même que je suis arrivé dans la salle du centre culturel qui était déjà remplie : une trentaine d’hommes et femmes assis en demi cercle l’air penaud autour d’un psy qui me présenta avec gentillesse comme si j’étais un nouvel élève de classe. Faut dire que c’était la première fois et que j’étais dans mes petits souliers.
« Bonjour Bob », répondirent-ils tous en choeur.
Et chacun d’évoquer ensuite le problème pour lequel on nous avait réunis en insistant sur la difficulté d’arrêter, surtout lorsqu’on a commencé très jeune, presque bébé. « Il y aura des rechutes… » expliqua le modérateur, « c’est inévitable, mais avec un peu de volonté… »
Un des patients proposa alors de mettre au point un système d’appels téléphoniques auquel chacun pouvait se contacter lorsqu’il se sentait sur le point de lâcher… un autre plus volontaire nous incita à faire une manifestation devant le ministère de la santé pour réclamer une reconnaissance, un troisième de créer une association pour obtenir des subsides et rejoindre le mouvement international qui était en train de se former et de proposer comme nom provisoire :
L’association belge des individus qui ne peuvent pas s’empêcher de pisser le long de leur jambe lorsqu’ils prennent une douche.
Que celle ou celui qui n’a jamais péché me jette la première pierre !
Ce n'est pas, en général, le genre de livre que j'aime lire : terroir, témoignages biographies... pas ma tasse de thé... mais la plume de Régine Laprade a ce côté magique capable de tout : vous voyez, ce type d'écriture simple qui fait dire tout en chacun "moi aussi, je peux écrire...". Que nenni !
Je vous ai fait découvrir cet auteur avec "Le collier d'ambre", publié en son temps aux Ed. du Pierregord (coup de cœur) puis au fils de ses publications désormais aux Monédières.
Cette fois, elle nous propose un voyage dans le temps : elle nous transporte au Maroc au moment de la seconde guerre mondiale jusqu'à la fin des années cinquante. Elle nous fait vivre cette période agitée de l'intérieur grâce au témoignage de trois personnages : M'Bark (un Goumier marocain dans le régiment Rhin/Danube), Pierre (un Français de France comme on disait à l'époque) engagé dans les Spahis marocains et Ennemond, un Zouave limousin qui participa à la libération de la Corse. Il y a aussi les souvenirs d'enfances au Maroc, l'ambiance de cette époque trouble, les histoires racontées par son père, un Français dans un régiment marocain.
Régine Laprade nous interpelle sur la place des "indigènes" dans la guerre et dans notre armée, leur héroïsme, leur engagement, leurs motivations. Mais elle va plus loin et relie ces destins à ceux de ces jeunes de banlieues, désœuvrés, sans racine, sans reconnaissance mais en quête d'une identité.
Ces quatre histoires se mêlent pour nous dépeindre une réalité trop souvent galvaudée, gommée voire oubliée parce qu'elle ne plaide pas en faveur de notre pays.
Avec finesse, enthousiasme, émotion, nous écoutons ces quatre histoires de vie passionnantes... d'autant plus fascinantes que mon père (comme tant d'autres de sa génération) a fait partie intégrante du tableau durant son service militaire au début des années 50 : sergent chef d'un bataillon de tirailleurs sénégalais basé à Casablanca, il me racontait le courage incroyable de ces hommes qui, souvent, marchaient le ventre vide dans les caillasses de l'Atlas sans chaussures, s'y déchiraient les pieds et se les recousaient à vif avant de repartir, sans jamais se plaindre. Il me parlait des vols de bestiaux pour se nourrir, des clans tribaux au sein du bataillon...
"Identités" est un livre à découvrir et je suis prête à parier que la postface en fera réfléchir plus d'un !
L'auteur poursuit sa démarche avec un nouvel ouvrage "Le métis de Cao Bang"... L'Indochine...
La nouvelle publication de Bob Boutique pointe son nez... BLUFF.
Avant de vous en proposer un retour de lecture, j'ai décidé de lui poser quelques questions, histoire de comprendre ce qui l'a motivé à nous proposer ce troisième thriller. Policier, SF, aventure ? Il va sûrement nous le dire !
Bob, tu nous proposes un nouveau thriller... Le dernier d'une trilogie
Au fait, pourquoi une trilogie ?
Pour être sincère, en écrivant "2401" (je rappelle au passage que ce n' est pas une date mais 7 à la quatrième puissance) je ne pensais pas du tout à une suite. Puis je me suis attaché aux personnages, Johan et Lieve, deux flics hollandais un peu décalés... Or comme à la fin du thriller Johan s'en va sans répondre aux avances de sa collègue (le mec est coincé pas possible) je me suis dit qu' on ne pouvait pas laisser ça comme ça... alors j' ai écrit une deuxième histoire dans la même lignée "Chaos" (avec toutefois un scénario totalement différent) . Et là, idem. Comme je m' attachais de plus en plus à cet escogriffe un peu bourru qu' on s' est mis à appeler le Bouledogue et comme ça marchait de mieux en mieux et que mes lecteurs(trices) en redemandaient j' ai décidé de continuer avec un troisième, "Bluff" (toujours complètement différent), pour en faire une trilogie. Donc ce n' était pas programmé. Je me suis quelque part coincé moi même, mais avec le plus grand plaisir.
Donc un thriller ? Pour toi, c'est quoi, un thriller ?
Je préciserai, un thriller d' aventure. Une histoire d' abord, avec des rebondissements qui vont crescendo jusqu'à une finale à laquelle on ne s'attend pas. En fait un film style américain qu' on va voir pour se marrer avec de chips et du coca. Mais tu connais la réponse à ta question puisque tu es ma modèle en la matière, la spécialiste du thriller français. En plus sérieux et surtout plus noir, beaucoup plus noir.
Tu proposes les mêmes personnages : sont-ils le fil conducteur ce cette trilogie? Qui sont-ils ? Pourquoi les abandonner à leur sort ? Oui, mes personnages sont essentiels, je les connais aussi bien que s' ils
étaient vivants ! je ne pourrais pas raconter ces histoires sans eux, comme un réalisateur qui décide de faire un film pour des acteurs bien précis. Encore une fois tu connais la réponse puisque tu fais la même chose depuis dix ans... avec Axelle de Montfermy et maintenant cette incroyable Gwen Saint-Cyrq.
Un titre choc... mais inhabituel : BLUFF
Oui, ce sera peut-être un choc car j' ai une vision du réchauffement climatique (le thème du livre) fort différente de ce qui est devenu comme une religion (En Europe, ailleurs ils s' en fichent) pour 36 bonnes et mauvaises raisons ? Je sais que tu ne partages mon point de vue mais c' est pas une raison suffisante pour qu' on se tire la gueule... en fait, je ressens toujours le besoin de glisser un grand thème universel dans mes livres, derrière l' histoire pour ne pas em... ennuyer le lecteur. Dans "2401" c' était la tératologie (la science des monstres et enfants nés difformes), dans "Chaos" les religions et dans "Bluff", le climat.
Comment s'est imposé ce titre ?
Simple, je pense à tort ou à raison, qu' on se fiche de nous à ce propos, bref qu' il y a un énorme bluff politique à propos du climat. Faut lire. Je ne prétends pas avoir raison, mais si ce bouquin réussit à semer le doute et surtout à entraîner les gens à se faire "leur" opinion, avec du bon sens, sans se prosterner devant les ukases des médias européens, j' aurai fait une petite chose utile. Peu importe la façon dont les lecteurs verront et analyseront le problème. Du moment qu' ils réfléchissent et se fassent un avis sur base de "leur" propre réflexion.
L'avais-tu au début de l'écriture ?
Non, j' ai trouvé le titre en cours de route. Au départ je n 'avais rien en tête sinon l' envie de poursuivre l' évolution de Johan et Lieve dans un scénario qui comprenait le climat en lame de fond. J' ai choisi "Bluff" car j' aime bien les titres courts et chocs qui se retiennent facilement !
Le thème dans l'air du temps mais comme d'hab. un sujet "touchy" qui va en faire bondir plus d'un... dont moi. Tu as traité avec Chaos du djihadisme et de l'intégrisme musulman. Là, c'est le climat.
Précisons: je parle dans "chaos" DES intégrismes... musulmans et chrétiens ! On oublie les chrétiens car ils ne représentent plus grand chose aujourd'hui en Europe, mais on oublie qu' ils étaient aussi intégristes que les djihadistes il y a quelques centaines d' années. Perso, je trouve dommage d' avoir mis plus de mille ans pour se libérer des curés, pour les remplacer aujourd'hui par des imams ! (là, je viens de perdre deux cents lecteurs potentiels). Oui, le climat, c' est touchy et encore une fois je pense que je ne vais pas me faire que des amis... mais je demande simplement aux gens de ne pas croire les yeux fermés tout ce que leur racontent (en Europe du sud principalement, moi je suis un flamand du nord) les médias très orientés dans leur ensemble vers une idéologie politique dominante. Tout à fait dépassée à mon avis mais bon... on est en démocratie et chacun a le droit de se faire une opinion, pourvu que ce soit la sienne et pas le copier/coller de la presse et de la télé.
Comment ce sujet s'est-il imposé ?
Très naturellement, je pense et réfléchis comme tout le monde et ai l' impression désagréable qu' on nous bluffe, c' est tout.
As-tu voulu faire réagir ? faire passer TES idées ? Un peu à l' évidence, mais en précisant quand même que l'Europe est en train de changer et que "mes idées" (c' est un grand mot mais j' ai le droit de penser autrement) deviennent d' année en année celles d' un plus grand nombre. Ca ne plaira pas à tous, je le comprends fort bien. Mais la démocratie c' est ça aussi. Les majorités mettent beaucoup de temps à se modifier, mais on sent très clairement un trend, une tendance vers une autre façon de voir les choses.
Parlons à présent écriture : Pour toi, c'est quoi, écrire ?
Raconter. Point. Je ne m' intéresse pas trop à l'écriture, j' essaie d' être naturel et de raconter. Pour le style, l' orthographe, la cohérence et tout ça... j' ai une coach qui me redresse les bretelles quand je dérape. C' est extrêmement confortable. D' ailleurs, je crois que tu la connais...
Des projets ? Toujours dans le policier ? Une bande annonce prévue ?
Oui, je ferai une bande annonce pour "Bluff"... j' ai déjà le thème de mon prochain thriller (j' ai même piqué l 'idée à une amie qui se reconnaîtra avec son accord of course) mais j' attends la sortie de "Bluff" pour me mettre au travail.
Un résumé de l'histoire ??? Si non pourquoi ? Peur de la réaction des lecteurs a priori ?
Jamais peur ! Le prochain thriller sera très original (je ne pense pas avoir déjà trouvé ce thème où que ce soit, merci mon amie) en revanche il ne heurtera personne car il ne remet rien de "convenu" en question. Le seul scoop que je peux dévoiler à Aloys (qui le mérite cent fois) c' est qu 'on y retrouvera le Bouledogue et la Petite. J 'arrive pas à m' en séparer. Une quadrilogie en quelque sorte.
La poétesse et critique d'art Pascale Eyben a consacré un article à L'auteur et peintre Salvatore Gucciardo dans le magazine "Rivages" Sens & Spiritualités n°11 2018.
A savoir que l'auteur nous proposera, bientôt, un nouvel ouvrage. Son titre "Le voyageur intemporel"
La lecture de ce roman est le fruit d’une rencontre avec son auteure, Edmée de Xhavée, il y a quelques semaines de cela maintenant.
La vie est surprenante : à peine eus-je franchi le seuil de son appartement, que nous devisions comme si nous nous étions reconnues. Les esprits se rejoignaient instinctivement vers un humour commun ou, au détour d’un mot, rebondissaient vers des sujets profonds, voire graves. Lors de mon arrivée, ce qui avait tout d’abord attiré mon attention, était cette lumière envahissant les lieux. Une lumière douce et bienveillante. Une lumière accueillante. Et cette clarté environnait Edmée vaquant de pièce en pièce tel le soleil s’appliquant à réchauffer d’un bout à l’autre la terre. L’auteure irradie par son sourire - fenêtre d’une âme délicate et sensible -, qui est l’aboutissement d’une vie vécue avec authenticité et résilience.
« Villa Philadelphie » se déroule au départ des années vingt pour s’étendre vers les années soixante. Nous découvrons la famille Schwarzendorpf habitant une coquette villa dans une propriété située à Dolheux-Casteau. Aimée et Richard s’aiment tendrement et profondément et de leur union naissent deux filles : Rosalie et Eveline. L’auteure ne se perd pas en descriptions et nous présente rapidement une situation complexe et douloureuse ; alors même que les parents Aimée et Richard vivent un amour heureux, il est évident que bien malgré eux ils créent une injustice implacable entre leurs enfants. Certaines injustices ne relèvent pas du visible, elles avancent de façon souterraine, injectant de plus en plus loin vers les abysses des cœurs l’infection de la jalousie. C’est bien de cela qu’il s’agit : la jalousie entre les sœurs.
Edmée de Xhavée réussit ce pari subtil d’évoquer la souffrance régnant dans une fratrie, sans jamais juger ou enfermer l’un de ses personnages dans des stéréotypes ou des pensées binaires. Au fil des pages, ces derniers s’étoffent, et le lecteur voit se développer la jalousie, dans ce presque huit clos familial, chez des enfants qui ne font que vivre les conséquences des manquements de la vie de leurs parents qui ont également vécu de leurs parents les conséquences d’une vie complexe et qui eux également … et ainsi le transgénérationnel opère tant en bien qu’en mal, transmettant sa part de lumière et d’ombre, qui depuis l’origine du monde, du plus loin que l’on remonte, oblige le vivant d’exercer constamment une recherche vers la joie de vivre, en acceptant qu’une vie ne suffira probablement pas pour que l’inconscient se laisse éclairer totalement.
Rosalie, « était ce qu’on appelait un enfant de l’amour, conçue dans les rires et les frôlements interrompus de longs baisers et caresses qui leur coupaient le souffle, leur coloraient les joues et allumaient leurs yeux » (p14), elle est le trésor de sa mère, son enfant chérie, celle qui possède le cœur maternel. Arrive Eveline, deux ans plus tard, dans des conditions plus difficiles : « son corps avait réagi avec hostilité à cette petite vie qui l’envahissait jour après jour, lui donnant boutons et rougeurs, altérant son humeur et sa patience » (p16).
Nous comprenons que la mère, toute accaparée par Rosalie jolie, délaisse Eveline, dans ce genre d’aveuglement maternel ayant pour conséquence de profonds dégâts chez les enfants.
Le fil rouge du roman est dessiné et Edmée de Xhavée, avançant avec précaution tel un funambule, augmente la tension entre les sœurs de page en page.
L’aînée des sœurs, soucieuse de garder sa place de privilégiée fera en sorte, sans que cela ne puisse se percevoir, trop attentive à sauver son image, de déstabiliser sa plus jeune sœur, de l’humilier constamment et tel est le but final, de la détruire afin de l’évincer définitivement de sa vie.
Habitée par ses tous ses personnages, l’auteure fera renaître de ses cendres cette Eveline si injustement traitée, si mal aimée, si mal née. Non pas une Cendrillon mais un être qui aura dû apprendre à accepter son abîme pour décider, avec sa force la plus intime, de vivre.
La jalousie est un sentiment qui détruit celui qui en est habité, insidieusement ce cœur devenu sanglant et haineux se mue en une ombre mortelle contaminant la personne atteinte, tant par une âme se noircissant que par un corps se déformant par toutes ces années de grincements de dents.
Le roman se poursuit dans les tréfonds des êtres et lentement mais sûrement, nous voyons une Eveline s’épanouir en grâce, en joie de vivre, victorieuse d’une vie abordée par le regard de l’amour.
« Villa Philadelphie » est un roman qui, à l’instar du « Huit clos » de Sartre, tisse son histoire avec patience et justesse, décrivant avec minutie les effets dévastateurs de ce miroir, reflet du regard de l’autre.
« Villa Philadelphie », Edmée de Xhavée Ed. Chloé des Lys, 2016
Vendredi 5 août 2016… Nous avons rendez-vous sur la place du village, avec le propriétaire de la cabane que nous avions louée à Saint-Charles-Garnier, pour deux nuits. Nous le suivons, avec notre voiture de location, au travers de chemins perdus au milieu de nulle part, direction le Camp « L’Evasion ». Situé en pleine forêt, dans le bas Saint-Laurent, il avait particulièrement attiré notre attention, pour son côté ancien, rudimentaire et authentique. Ici règne le « pas de » : pas de voisins, pas de wifi, pas d’eau chaude, pas d’électricité ; c’est un voyage dans le temps, loin du stress quotidien de nos villes… Régis nous fait visiter la cabane en bois, à l’image parfaite de la chanson de Line Renaud.
Il nous explique comment chauffer l’eau, allumer les lampes à gaz, nous montre les bougies, les érables, sa cabane où il fabrique lui-même son sirop, nous emmène faire un tour dans la forêt, où vivent buses, chouettes rayées, coyotes, orignaux, lynx et ours noirs. Il cite les divers animaux sur les photos qu’il a prises, en été comme en hiver, nous laissant sous le charme de l’endroit et des saisons. Après cet accueil plus que chaleureux, il nous laisse savourer ce lieu magique, tout droit sorti d’une autre époque, qui déjà nous appartient.
Nous nous installons. Je sais d’emblée que je vais m’y plaire. Je m’y sens tout de suite chez moi. Voilà un endroit rêvé pour une retraite, un temps de méditation, un atelier d’écriture, un rendez-vous avec la nature, avec l’être aimé, un retour en arrière dans le temps, qui semble ici et nulle part ailleurs s’être arrêté, et c’est bien ce qui me plait.
Sur la table, une bougie, une boussole, un livre ouvert, un titre en calligraphie « Un Billet de Femme ». Je reconnais tout de suite l’auteur : Marceline Desbordes-Valmore, un de mes préférés en poésie. Le recueil « Pauvres fleurs » date de 1839. Décidément, cet endroit est fait pour me plaire…
Je m’attarde sur les dernières strophes de ce poème, que voici :
« De ces tableaux dont la raison soupire,
Otons nos yeux,
Comme l’enfant qui s’oublie et respire,
La vue aux cieux !
Si c’est ainsi qu’une seconde vie
Peut se rouvrir,
Pour s’écouler sous une autre asservie,
Sans trop souffrir,
Par ce billet, parole de mon âme,
Qui va vers toi,
Ce soir, où veille et te rêve une femme,
Viens et prends-moi ! »
Une étrange sensation me traverse au moment où je lis ces vers, comme si elle avait laissé, en écrivant, un message que je déchiffrais aussitôt : j’étais là pour profiter de l’ici et maintenant, de la beauté qui m’entourait, de l’amour qui s’offrait à moi, et rien d’autre. Voilà ce qui me permettrait de revivre.
La boussole m’intrigue, elle aussi, car elle a quelque chose de particulier, les signes du zodiaque… Est-ce là aussi un signe, un guide pour m’aider à avancer sur le sentier de mon existence…? Que cela pourrait-il signifier ? Voyons… L’astrologie m’aide à définir la carte, la carte de mon ciel de naissance (« la vue aux cieux »), donc mon thème astral… Le signe astrologique est la boussole du navire de mon existence.
Lion : Né entre le 23 juillet et le 23 août, la chaleur de l'été est perceptible chez le Lion. Les personnes nées sous le signe du Lion sont volontaires, passionnées et dynamiques. Pour agir et avancer dans leurs vies, les Lions auront besoin de se donner des objectifs très rigoureux. Éternels pressés, leur rythme de vie est intense et il leur sera difficile de ne pas se faire remarquer ! De nature curieuse, ils possèdent une grande soif d’apprendre.
C’est décidément le plus beau voyage que je n’aie jamais fait. Quatrième jour de notre circuit en Gaspésie : les paysages défilent sous mes yeux, tandis que d’autres espaces s’ouvrent à moi, dans mon ciel intérieur… C’est un voyage à double sens, un voyage spatio-temporel, où tout s’éclaircit aux lueurs de la bougie. Ici, on savoure l’instant, alors je savoure : je me délecte de chaque seconde, comme un enfant qui découvre la vie. « Comme l’enfant qui s’oublie et respire », je pars explorer la forêt, à l’aube, à l’affût des moindres bruits, découvertes, sensations, tous mes sens en éveil ; seule avec la nature, les oiseaux, j’écoute leur chant, qui résonne et fait écho dans l’immensité du ciel. Je m’en imprègne. Je ne sais même plus pourquoi je suis venue, mais qu’importe si je ne trouve pas l’orignal que je cherche, je suis là, toute petite, infime, parmi ces arbres gigantesques, parmi cette immensité. Quelle beauté… Une ombre s’agite, un écureuil me laisse à peine le temps de l’apercevoir qu’il s’est déjà éclipsé. Je rentre, après une heure, préparer les toasts à l’ancienne, car ici, le grille-pain n’existe pas encore, je prépare les framboises que j’ai cueillies, chauffe l’eau sur le gaz pour le thé.
…
Quelques mois plus tard, quelle ne fut pas ma surprise en découvrant le nouvel album de Pascal Obispo « Billet de femme », au Zénith à Lille, album reprenant des poèmes de Marceline Desbordes-Valmore…