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Micheline Boland nous propose un nouvel extrait de son nouvel ouvrage "Voyages en perdition

Publié le par christine brunet /aloys

Micheline Boland nous propose un nouvel extrait de son nouvel ouvrage "Voyages en perdition

"Ce dimanche-là, le hasard m'a amenée sur le marché pour acheter quelques fruits et légumes. Devant moi, Rose-Marie au bras d'un homme en costume sombre ! Ils sont à quelques pas de la basilique, ils y entrent.

Adieu maraîchers, tomates, laitues, prunes et cerises ! L'opportunité est trop belle ! Moi qui mets rarement les pieds dans une église, j'entre à pas feutrés… Je prends un livret de chants comme je l'ai vu faire par d'autres fidèles et je m'avance vers l'autel de la Vierge pour y faire brûler un cierge. Au passage, je salue Rose-Marie d'un signe de tête !

À la sortie de l'office, j'attends Rose-Marie et l'aborde : "Je me suis aperçue que nous étions voisines et que nous fréquentions les mêmes endroits. Puis-je vous proposer de venir prendre l'apéritif à la maison ?

- Qu'en penses-tu, Maurice ?"

Sans attendre la réponse, elle accepte… Je voudrais battre des mains ou sauter de joie comme je le faisais dans mon enfance. Nous regagnons mon appartement. En chemin, Maurice retrace l'histoire de la basilique et des œuvres qu'elle abrite. Rose-Marie raconte des anecdotes amusantes sur les remparts qui jadis entouraient la ville. Quant à moi, je les écoute en approuvant et en établissant le parallèle avec d'autres villes que je connais.

Nous arrivons chez moi, Rose-Marie et Maurice prennent place sur le canapé. Je sers le champagne acheté pour une grande occasion et je prépare quelques toasts au foie gras du Sud-Ouest. Que d'agréables, de si agréables moments ! Je n'en ai plus vécu de pareils depuis longtemps.

Maurice est un homme svelte à l'élégante barbiche assortie d'une fine moustache. Un homme charmant qui se montre fort amoureux de Rose-Marie. Il la couve du regard, sourit à toutes ses interventions. "J'habite à la Résidence Beaumarchais, juste à côté de chez Rose-Marie. Ce sont les travaux de peinture extérieurs des deux immeubles qui nous ont fait nous rencontrer. Nous comptons nous marier à la Pentecôte. N'est-ce pas, ma chérie ?"

C'est ainsi que j'entre dans la vie de Rose-Marie.

Désormais, par temps sec, l'après-midi, je vais m'asseoir au parc, à gauche de Rose-Marie tandis que Jocelyne est à sa droite. Parfois, Rose-Marie et moi allons faire des courses dans le quartier. Tout serait pour le mieux s'il n'y avait cette réticence que je sens chez Jocelyne. Rose-Marie m'en a parlé d'ailleurs ouvertement : "Jocelyne me dit de me méfier de toi. Je crois qu'elle ne t'aime pas beaucoup parce que tu ressembles à la maîtresse de son mari. Vous êtes toutes les deux petites et minces. Vous avez toutes les deux le visage rond et les cheveux permanentés. Elle trouve que je te fais trop facilement confiance. Elle est comme ça, Jocelyne, elle juge facilement sur les apparences. Depuis son divorce, elle suspecte souvent les gens de manœuvres pas très droites. Tiens, Maurice par exemple, elle trouve que mon fils n'a pas tort de le juger plus attaché à mon argent qu'à moi. Elle m'a même conseillé de le tester en disant que je ferai une donation à mes enfants avant notre mariage. C'est incroyable de penser ça !"

Les mois passent. Je continue à côtoyer Rose-Marie, Maurice et Jocelyne. Un goûter, une visite de musée ou une conférence sont souvent à l'origine de nos rencontres. Nous évoquons des sujets personnels. Nous abordons même la question du patrimoine que nous léguerons à nos proches. Rose-Marie évoque ses enfants et son intention de leur donner une grosse somme : "C'est quand on est jeune qu'on a besoin d'argent ! Et puis, c'est une belle façon d'éviter les droits de succession", ajoute-t-elle. Pour ma part, j'explique qu'en plus de mon appartement, je possède quatre studios dans un immeuble à la Côte d'Opale. C'est le dernier investissement fait par mon pauvre Camille ! C'est ma fille unique qui héritera de tout. Une confidence que je fais sans arrière-pensée.

Le temps s'écoule et je remarque que Maurice se fait moins présent. Il se montre aussi moins empressé à l'égard de Rose-Marie. C'est évident, il est moins prompt pour l'aider à enfiler son manteau ou pour avancer sa chaise. Il est vrai que, suivant les conseils de son fils et de Jocelyne, Rose-Marie s'est décidée à faire les fameuses donations.

Le vingt-quatre décembre au matin, Maurice me téléphone : "Danielle, je suis si malheureux de vous savoir seule en ce jour de réveillon. Voulez-vous me tenir compagnie ? Je serai seul également. Comme vous le savez, Rose-Marie est partie chez son fils. Je vais à la veillée à la basilique à dix-huit heures trente. En rentrant, je mangerai ce que j'ai commandé chez le traiteur. Quand il y en a pour un, il y en a pour deux ! Demain, je serai dans ma famille. Ce sera vraiment à la bonne franquette. Je viendrai vous chercher vers dix-huit heures, si vous le voulez bien."

J'accepte de bon cœur. Toute l'après-midi, j'essaie mes tenues de soirée avant de fixer mon choix sur une robe légèrement moulante en soie bleue. Je prends un bon bain. Je me fais un brushing. Je me maquille légèrement et je me parfume. Assise sur mon canapé, j'attends Maurice en me levant toutes les minutes pour vérifier dans le miroir du hall que rien ne cloche dans mon apparence. Jamais, je n'aurais imaginé ce réveillon de Noël en compagnie d'un homme !

On sonne. C'est lui ! Toute fébrile, je descends. Malgré le froid piquant, Maurice a laissé son pardessus ouvert. Pour l'occasion, il porte un costume noir, une chemise blanche et un nœud rouge fort élégant, ma foi !"

(Tiré de "Trois femmes sur un banc")

Micheline Boland

Publié dans extraits

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Double identité, une nouvelle de Silvana Minchella

Publié le par christine brunet /aloys

Double identité, une nouvelle de Silvana Minchella

DOUBLE IDENTITE

Après de multiples vies à nous déchirer, dans des enveloppes physiques différentes, un coup elle était ma mère, un coup j’étais son mari, nous avions renoncé à penser qu’une vie paisible était possible ensemble sur cette Planète. Nous étions condamnés à nous réincarner éternellement dans la Roue Karmique.

Un jour, alors que nous nous reposions dans l’immatériel, libérés de nos véhicules de manifestation, après une incarnation particulièrement explosive, nos guides ont décrété :

« Vous allez y retourner et cette fois nous mettrons tout en

œuvre pour que vous soyez obligés de faire la paix. Nous avons imaginé de vous faire naître en même temps, dans le même utérus… Des jumeaux quoi ! Toi tu seras dans un corps d’homme et toi dans un corps de femme».

Devant notre air catastrophé et nos protestations véhémentes, ils ont ajouté sur un ton sans réplique :

« C’est une décision du grand boss. Sans appel. Faites vos

bagages».

L’utérus nous attendait, nous aimantait. On a plongé.

Après quelques mois d’une cohabitation étouffante, Marie (c’est le prénom qui lui était destiné) m’a lancé, excédée :

« Je ne pourrai pas le faire. Désolée. Si déjà maintenant

ta présence m’est insupportable, imagine toute une vie terrestre… Cette fois l’un de nous tuera l’autre ! »

Et sans attendre ma réponse, elle s’est évadée.

Alertés, les accueillants ont fait le nécessaire pour sauver ce qui pouvait l’être, c’est-à-dire moi.

Et me voilà habillé en humain mâle, livré à leurs babillages.

Naïf, je pensais me la couler douce, enfin seul, enfin sans elle ! Naïf étais-je.

Marie n’a pas tardé à se manifester. Elle s’insinuait dans ma personnalité pesant de tout son féminin, perturbant mes pensées, mes hormones, mes désirs. Sadique, elle profitait de son statut d’esprit pour me manipuler à sa guise. Elle la tenait sa vengeance pour tout ce que je lui avais fait subir lors de notre dernière relation.

Je ne savais plus qui j’étais. La folie me guettait.

Sur les documents, il était indiqué : sexe masculin.

Mais j’en étais de moins en moins sûr.

Jamais ELLE n’avait été plus proche de moi. Elle était en moi ! Elle était moi !

Les médecins consultés par la famille d’accueil inquiète et perplexe, étaient partagés sur le diagnostique :

  • Cet enfant présente des tendances homosexuelles.

  • Cet adolescent se cherche.

  • Et si nous nous trouvions face à un cas de transgenre ?

  • Y-a-t-il des cas de troubles de l’identité dans vos familles ?

Bravo les guides ! Vous avez été supers sur ce scénario !

°°°°°°°°°°°°°°°°°°

© Silvana Minchella

Publié dans Nouvelle

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Christine Previ nous propose L’Effet Prince Charmant

Publié le par christine brunet /aloys

Christine Previ nous propose L’Effet Prince Charmant

L’Effet Prince Charmant

J’ai vu un globe en verre

Étrange et insolite,

Il s’avançait vers moi

Et sondait les tréfonds.

J’étais tétanisée,

Immobile et sans voix,

L’œil roulait son regard

Et balayait l’espace,

Les chants d’oiseaux se turent

Et le vent se calma

*

*

L’œil alors me fixa

d’une étrange manière

Mon âme traversée

d’un rayon pénétrant

Frissonnait de clarté,

Vivait la nudité.

Un sursaut de colère

Propice et bienvenu

Établit un rempart,

Rompit le maléfice

*

*

Et l’intrus repartit

Roulant vers l’inconnu

Me laissant là, sans but

La mémoire effacée.

Après cet intermède,

La vie reprit son cours

Des plumes s’envolèrent

Et les feuilles frémirent

Puis le vent m’embrassa

Et je revins à moi.

Christina PREVI

Publié dans Poésie

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Concours "les petits papiers de Chloé" texte n°8

Publié le par christine brunet /aloys

Souvent femme varie…

C'est un vendredi d'hiver qu'a eu lieu l'enterrement de Nelly. Il n'y avait guère grand monde pour consoler François, son fils unique. Seule Simone, sa voisine de toujours, trois collègues et quelques vieilles grenouilles de bénitier avait bravé la pluie glaciale pour assister à l'office. Au cimetière, on avait rapidement descendu le cercueil de Nelly et on l'avait placé sur celui d'Auguste. Le couple était enfin réuni pour toujours…

Fin janvier, François a pris quelques jours de congé. C'est que la brave Nelly est morte inopinément et qu'il y a des choses à faire d'urgence, récupérer les choses comestibles, jeter les produits entamés. François débute la besogne avec courage.

Après la cuisine et la salle de bains, François s'attelle à ce qu'il croit être la partie la plus dure, le salon et son grand buffet. Deux heures, il ne lui faut pas plus de deux heures pour vider le meuble et décider de ce qu'il garde et ce qui sera donné à une bonne œuvre. Il remplit une grande caisse de carton avec quelques pièces d'argenterie qui faisaient la fierté de sa mère et de son père, un beau vase de cristal et des assiettes chinoises qu'on a toujours prétendu valoir une fortune et qu'on ne sortait qu'aux grandes occasions…

Françoise ouvre les tiroirs à la recherche de souvenirs mais aussi des papiers importants. Oh, elle n'était pas bien riche, Nelly, mais vous savez l'administration a de ces lubies ! Il entend encore son père lui dire : "Les choses importantes sont dans l'armoire du bureau. Lorsque nous seront morts, ta mère et moi, tu n'auras pas à chercher bien loin !" Ah, cette fameuse armoire à laquelle il n'avait jamais eu accès… Il trouve tout méthodiquement rangé. Merci Papa et merci Maman !

Le lendemain, il ne reste à trier que la chambre à coucher. C'est dans la table de nuit qu'il découvre une bague inconnue ornée d'un joli diamant. Qui a bien pu offrir cette bague ? Quand et à quelle occasion ? À l'intérieur, une année gravée, juste un an après le décès d'Auguste, son père. À cette époque, François était au pensionnat et sa mère avait probablement fait la connaissance d'un homme riche… Ami, amant ? Qu'importe. À moins de cinquante ans, Nelly avait bien le droit d'encore un peu profiter de sa vie.

François a vite fait d'oublier la bague car le poste de directeur commercial va être vacant dans son entreprise et il espère bien être nommé. Hélas, c'est Pierre, son collègue, celui qui travaillait juste en face de lui qui est désigné. Pierre, un orgueilleux, Pierre un arriviste, qui a bien manœuvré.

François est désespéré et l'arrivée de Valérie en face lui rend peu à peu le moral. Valérie est enthousiaste, extravertie et a le même âge que François. Au fur et à mesure des semaines, Valérie s'intéresse à François et, fait extraordinaire, François s'intéresse à Valérie !

Les pauses-café se multiplient et François parle de la maison familiale, de son désir d'y habiter. Un soir, il propose à Valérie de venir la visiter. Il s'entend lui dire : "Si cela te plaît je te raconterai un conte du pays qui se passe dans un cimetière." Valérie rit de bon cœur à l'idée. Valérie est emballée par la maison. Elle la trouve jolie, bien située, pas vieillotte pour un sou contrairement à la description de François. Il y a un beau grand jardin. Certes, la cuisine est sombre mais Valérie a tôt fait de décréter qu'en agrandissant la fenêtre existante ce serait vraiment top ! En deux temps, trois mouvements, Valérie a tout décidé, elle a tout prévu…

La seule chose qu'elle n'a pas prévu c'est que dix minutes plus tard, ils seraient assis dans le vieux canapé, un verre à la main et qu'après un tendre baiser, François se lèvera et lui demandera de fermer les yeux.

"Une surprise pour toi, dit-il en lui passant la jolie bague au doigt… À présent, tu peux regarder…

- Elle est superbe, mais…

- Il n'y a pas de mais ! Considère ceci comme une demande en mariage !"

Valérie, pour la première fois, reste muette. Mais quelques jours plus tard, elle fait expertiser le bijou. Heureuse surprise. Il vaut très cher, très cher...

La vie bien rangée du couple se déroule sans anicroche. Personne ne soupçonne rien parmi leurs collègues. En quelques semaines, la maison a repris vie. Nouveau mobilier, travaux divers, coups de peintures un peu partout. Valérie a orchestré jusqu'aux moindres détails et François s'est découvert des talents de menuisier, de plombier et de décorateur. Le jardin d'Auguste a retrouvé un peu de sa splendeur d'antan et les nouvelles plantations laissent présager un lieu calme, arboré et fleuri.

Au bureau, c'est Valérie qui prendra en charge l'organisation du traditionnel week-end de détente de la société. Il y a deux ans, tout le monde avait loué son idée d'aller au Mont-Saint-Michel. Cette année, ce seront les châteaux de la Loire qui accueilleront le groupe.

Voyage en car, logement à Blois, nombreuses visites, repas typiques, quelques bonnes bouteilles et son et lumière à Chenonceau, le dimanche soir. Retour prévu le lundi midi, un cadeau du patron, une demi-journée de congé pour le personnel ! Valérie est diablement efficace !

Samedi midi, après un voyage agréable, le groupe arrive. La magnificence de Chambord, le calme d'Azay-le-Rideau, l'architecture d'Amboise, l'histoire avec un grand 'H' dans chaque couloir de Blois. Le groupe suit les guides avec enthousiasme et bonne humeur.

"Demain, à Chenonceau, nous regarderons les étoiles avant la représentation" a déclaré Valérie. Il est 20h30 et le groupe est bien installé sur des chaises alignées dans le jardin. Il fait un peu frisquet et les visiteurs ont pris soin de s'habiller chaudement. Dans le noir, François et Valérie se tiennent par la main.

À la fin, la musique se fait de plus en plus légère, l'éclairage se rallume autour d'eux et on constate l'absence de Pierre. On le cherche, en vain. On informe le responsable de l'accueil, on lance un appel, rien.

Après plus d'une heure, le chauffeur du car propose de rentrer. Pierre se serait-il senti mal et aurait-il rejoint l'hôtel ? Il n'y est pas. On décide donc de prévenir la police. Comme il est près de minuit, les recherches commenceront le lendemain à l'aube.

Le lundi matin, Valérie et François propose de rester sur place en attendant les résultats des recherches.

Vers midi, on leur annonce que l'on a retrouvé le corps de Pierre dans le Cher, juste sous le pont du château. Il a probablement glissé et, engoncé dans son gros manteau, n'aura pas pu rejoindre la rive. Pierre, qui savait à peine nager, s'est noyé dans moins d'un mètre d'eau. Ses appels ont été couverts par la musique du son et lumière. C'est un accident stupide. Les journaux en parleront à peine à la rubrique des faits divers.

Valérie et François ont prévenu le bureau et sont rentrés en train.

François assure l'intérim de Pierre dont le personnel ne semble guère regretter le décès. François se sent parfaitement bien dans ses nouvelles fonctions. Quelques semaines plus tard, il est convoqué chez le directeur général qui lui annonce la bonne nouvelle : le provisoire devient définitif !

Valérie organise évidemment une petite fête pour l'entrée en service de François. C'est à cette occasion qu'ils annoncent leurs fiançailles. On applaudit et on boit à leur santé.

De retour chez eux, à peine dégrisé, François entend Valérie lui avouer que Pierre n'est pas tombé seul. Qu'elle l'a poussé tant elle sentait François malheureux et stressé.

"C'est notre bonheur que je voulais ! Tu comprends ? Je l'ai fait pour toi ! Je l'ai fait pour nous !"

Ainsi Valérie, la douce et gentille Valérie, a tué par amour…

Les mois passent et François garde difficilement le secret. Valérie est souriante, active et prépare les noces. Elle s'occupe de tout, liste des invités, menu du repas, costume de François, robe blanche pour elle. Elle rayonne de bonheur. Il devient de plus en plus ombrageux. Dès qu'ils se retrouvent seuls, il lui reproche son geste.

"Tu te rends compte que j'ai ça sur la conscience. C'est vrai que Pierre était un tyran, c'est vrai que sans ton geste fou, nous serions toujours ses esclaves… Mais il y a des jours où je me demande si…"

Valérie feint d'ignorer les paroles de François. Comme toujours, elle s'affaire, elle n'arrête pas.

"Et si on allait raconter que tu l'as vu glisser et que tu as eu peur ? Et si, et si…"

Valérie se tait…

La veille du mariage, Valérie et François ont décidé de se faire un simple repas en amoureux avant de se coucher pas trop tard.

"Tiens, mon chéri, j'ai préparé deux pastis légers. Il faudra tenir le coup demain."

Ils trinquent à leur futur bonheur. François est calme tandis que Valérie s'affaire dans la cuisine.

Le lendemain, il est 10 heures et le docteur Gardier prend sa garde aux urgences.

"Quoi de neuf, Isabelle ?"

"Deux personnes arrivées ce matin, empoisonnement à l'arsenic. Tu te rends compte, ils devaient se marier aujourd'hui, paraît-il !"

"Et alors ?"

"Un sur deux ! L'autre va s'en tirer…"

Sur son lit, comme dans un rêve et dans le ronronnement des appareils, un sourire apparaît sur ses lèvres. Il lui revient en mémoire la phrase de François 1er auquel le guide a fait allusion à Chambord : 'Souvent femme varie et bien fol est qui s'y fie'.

Publié dans concours

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Concours "Les petits papiers de Chloé" texte n°7

Publié le par christine brunet /aloys

Oh misère! Là retenez-moi! Sinon je décolle

car mon imagination ne peut que me rendre folle!

Si, si, croyez-moi: si je devais gagner le pactole,

il vous faudra sans doute me passer la camisole!

Pourquoi? Mais je me mettrais à danser la farandole,

espérant que l’on ne me prenne pas pour une frivole

mais prête à détaler pour aller pêcher des soles

surtout si devait brutalement surgir Anatole!

*

Allons donc, que ferais-je avec la somme gagnée?

Je foncerais d’abord chez ma coiffeuse, exaltée;

Puis du supermarché je reviendrais les mains chargées;

Ensuite, sans Anatole, ce serait la virée

avec mes copines Christine, Martine et Edmée;

Enfin nous rentrerions chez nous complètement givrées,

mais contentes, ravies, heureuses, surexcitées

d’avoir pu nous défouler autant! La folle échappée!

*

Anatole, mon mari, est un homme fort surprenant:

très bon, aimable, gentil, attentionné mais détonnant!

Si nous touchions le pactole: “à la banque, tout l’argent

car nul ne peut prédire notre avenir à cent pour cent!”,

tandis que moi, j’aimerais pouvoir profiter du présent,

de l’instant, du monde qui m’entoure, un monde étonnant

mais Anatole s’y opposerait vigoureusement!

Réfléchissons: quels pourraient alors être mes arguments?

*

“Ecoute-moi, laisse voyager ton imagination!

S’il te plaît, chéri, ne résistons pas à la tentation!

Cette villa en bord de mer serait la consécration:

les volets et portes bleues attireraient l’attention;

le toit rouge et les murs blancs ne seraient pas en option

mais le signe, même le reflet de notre ambition:

vivre en harmonie, en complète intégration

avec la terre, le ciel, la mer et la population.”

*

Mais je suis en cet instant complètement étourdie,

imaginant le montant de notre économie

si Anatole devait l’emporter sur mes envies!

Pourquoi n’y a-t-il plus entre nous cette alchimie?

D’accord, l’argent ne fait pas le bonheur mais infinie

serait notre joie car cette côte d’Italie,

mon mari, lui aussi, l’aime d’une douce folie

mais, quant à l’avouer, ce ne serait là qu’utopie!

*

Si je devais gagner le pactole, je le ramasse

comme s’il s’agissait de feuilles d’automne qui s’amassent,

qu’il me faudrait évacuer; ensuite je me casse

pour sans doute laisser Anatole dans la mélasse!

Peut-être s’aviserait-il de me prendre en chasse?

Ce serait un témoignage d’amour, grand bien nous fasse

à moins qu’il veuille me faire la peau avec sa masse?

Le pactole? Pour les oeuvres du père Boniface!

Ah l’argent! Ah l’amour! Ah les hommes!

Publié dans concours

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Concours "les petits papiers" Texte n°6​

Publié le par christine brunet /aloys

JE TE FAIS CONFIANCE, MA FILLE

Le jour de ses quatre-vingts ans, Maman m'a dit : "Ce petit AVC m'a laissé des séquelles, peu visibles pour les gens, mais bien réelles pour moi. Je ne me sens plus aussi fringante qu'avant. Parfois, j'ai des problèmes pour m'exprimer. Tu l'as sans doute remarqué ? Il m'arrive d'employer un mot pour un autre… Je passe la main, Christelle. Tu t'occuperas de toutes mes affaires. La gestion de mon patrimoine, ça exige trop d'attention. Je risque de commettre une bêtise. Je vais te faire une procuration, c'est plus sage." J'avais du pain sur la planche

C'est ainsi qu'à quarante et un ans, j'ai tenu les comptes de Maman. Enfant unique comme mes parents, j'hériterai d'une petite fortune au décès de ma mère.

Au début, j'ai géré ses affaires comme j'aurais géré les miennes. Il ne me serait pas venu à l'idée de spolier ma mère. Mais le temps a passé, Maman a eu quatre-vingt-dix ans alors que j'en avais cinquante et un. Maman restait plutôt alerte. Elle conduisait encore sa petite voiture dans le quartier, elle fréquentait toujours son club de bridge et faisait régulièrement sa gymnastique matinale.

C'est en voyant une publicité dans un magazine que j'ai eu envie de ce cabriolet dernier cri. J'ai pensé : "L'argent qui me reviendra au décès de Maman, j'en ai besoin maintenant. Plus tard, il sera trop tard." Presque aussitôt j'ai entendu la voix de Papa : "Je ne veux rien devoir à personne, je ne suis pas un mendiant. J'assume ce qui m'arrive". C'est ce qu'il avait dit après avoir refusé que ses parents lui offrent l'argent destiné à réparer le toit de notre maison. Papa était si fier ! Il avait été furieux quand, rentrant de Paris, ma grand-mère m'avait rapporté un joli ensemble en soie sauvage. "Mamy pourrait t'acheter dix robes de plus, elles ne seront jamais aussi belles que celle que tu achèteras avec ton premier salaire. Tu verras…"

L'idée est donc passée. Elle semblait m'avoir abandonnée. Puis Maman l'a ravivée : "Pauvre Christelle ! Tu devras attendre que je disparaisse pour avoir ton héritage". J'ai eu le sentiment que si elle pensait cela, elle aurait pu dans l'immédiat me faire une donation, mais c'était un acte juridique dont elle ignorait probablement l'existence. J'ai pourtant répondu : "Maman, je ne manque de rien, crois-moi". Il y avait tout à la fois la crainte de la blesser, le sens des convenances et la fidélité à Papa.

Un reportage télévisé sur un centenaire m'a amenée à revoir mon point de vue. Mon anniversaire approchait. Après quelques hésitations, j'ai osé : "Tu ne m'offrirais pas une petite croisière en Norvège, Maman ?" Elle a accepté et quelques semaines plus tard, je partais à la découverte des fjords. Huit jours c'était peu, mais même si Maman avait une voisine prévenante et attentive, elle avait horreur que je m'éloigne trop longtemps. Pour Noël, puis pour Pâques, je lui ai demandé si elle ne m'offrirait pas un petit sac d'un grand maroquinier ou un collier aperçu à la vitrine d'une joaillerie. Ce fut oui !

Encouragée par son assentiment, j'ai soustrait quelques milliers d'euros sur son compte pour acheter la voiture de mes rêves. Puis, je me suis offert un séjour dans un palace vénitien, j'ai fréquenté des restaurants étoilés avec Bernard, mon éternel amoureux ou avec Maman, évidemment. Un foulard par-ci, un bracelet par-là. Ni vu ni connu. Après tout, je ne faisais qu'anticiper ce que je ferais quand Maman aurait rejoint les étoiles.

J'aurais pu continuer si je n'avais eu quelques scrupules… Sous une forme ou une autre, il me fallait une autorisation maternelle. Un bel après-midi, j'ai lancé : "Tu sais, Maman avec une partie des intérêts que tu as touchés dernièrement, je viens de m'acheter un pull en cachemire. Ça ne te dirais pas que je t'en achète un ?" J'ai épié ses réactions du coin de l'œil. Un instant elle a froncé les sourcils et s'est détendue : "Tu as bien fait, Christelle. Tu es encore jeune, tu vois du monde, tu travailles, tu sors avec tes amis par tous les temps. En ce qui me concerne, ma garde-robe est remplie. En tout cas, j'apprécie ta franchise même si tu as agi sans me demander la permission." Son ton n'avait rien eu de réprobateur ! J'ai bredouillé un timide merci. Elle a repris : "Tant que tu ne touches pas au capital, fais ce qui te plaît…"

J'ai profité de l'opportunité pour lancer : "Et si avec les bénéfices de tes actions, nous allions passer quelques jours dans un palace au bord du Léman ? Souviens-toi, quand Papa a pris sa retraite, vous y étiez allés et ça t'avait plu." Elle n'a pas réagi immédiatement, elle a toussoté comme si elle se donnait le temps de la réflexion. Il y a eu une lueur dans son regard quand elle a répondu : "Pourquoi pas, si ça ne t'ennuie pas de te balader avec une vieille femme !"

Nous sommes parties en Suisse. Ce fut une belle connivence : partage de plats raffinés, magnifiques paysages, rires de gamine, yeux brillants devant le spectacle majestueux du site. Le plus souvent, elle se contentait de petites promenades solitaires dans le parc tandis que je faisais du shopping ou des balades. Elle ne m'a fait aucun reproche à propos de nos dépenses : "Ces vacances m'ont fait un bien fou. Nous recommencerons, mais plus près de chez nous. Le voyage m'a paru un peu long…"

Nous avons choisi les bords de Meuse et plus tard, nous sommes allées sur la Côte d'Opale. C'est ainsi qu'un jour pluvieux, je suis entrée au casino du Touquet et que j'ai été fascinée par l'imprévisible roulette. J'ai joué quelques euros et très vite, je suis devenue accro à ce jeu. Ma quête n'est pas de gagner, mais de vivre intensément, de sentir mon cœur battre, de trembler face aux caprices du destin. J'ai découvert ce qu'était le vrai suspense, l'ombre et la lumière.

En rentrant, j'ai continué : le casino de la ville était à deux pas. J'ai joué, peu, mais souvent. J'ai joué, j'ai perdu. Les comptes de Maman se sont dangereusement dégarnis…

Heureusement, il y a l'immobilier et les placements auxquels il m'est impossible de toucher, sans quoi je crois que Maman aurait pu être ruinée sans avoir pris conscience de la situation.

À présent, j'ai près de soixante ans. Maman vit toujours dans sa maison, elle est bien entourée par une infirmière et une aide-ménagère. Elle sort encore parfois avec moi. Pour ses cent ans, elle souhaite que j'organise une belle fête.

Elle m'a recommandé de ne pas regarder à la dépense…

Publié dans concours

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Concours "les petits papiers" texte n°5

Publié le par christine brunet /aloys

Cela fait plus de vingt ans que je joue au Lotto, vingt ans que je regarde les boules tomber, une à une, espérant toujours voir les numéros que j’ai tirés au sort au moment où j’ai décidé de tenter ma chance aux jeux de hasard. Mais on dirait qu’elles le font exprès, ces maudites boules de malchance ! Les miennes, celles que j’espère voir tomber, restent coincées dans la machine ! Maudite machine !

Le pactole ! Je voulais de l’oseille, beaucoup d’oseille afin de pouvoir fuir la mégère que j’ai épousée il y a vingt-cinq ans. Tiens, j’y repense, ça fait tout juste vingt-cinq ans qu’on s’est dit « oui » pour le meilleur et pour le pire. Le pire, je l’ai connu, là, y a pas de problèmes, mais le meilleur, c’est comme les boules de Lotto, ça reste coincé quelque part dans la machine, la machine de la vie, du temps qui passe. Allez Germaine, bon anniversaire !

Pourtant, Germaine – enfin son vrai nom c’est Caroline, mais je trouve que Germaine lui va mieux à la vieille – elle a pas toujours été comme ça sinon je l’aurais pas épousée. J’suis pas con quand même ! Elle était plutôt jolie, Caroline, quand je l’ai rencontrée, blonde, grande, avec des yeux en amande et des seins, j’vous dis pas des seins, hum, j’en bave encore ! Dix de plus que moi qu’elle avait quand on s’est vus pour la première fois, vieille déjà, trop vieille pour enfanter sans doute, car des bambins, elle ne m’en a pas fait un seul ! Et c’est pas faute d’avoir essayé ! Les fausses couches, l’attente désespérée, le sang qui revient chaque mois, ce fut ça notre vie, les premières années. Et ça l’a aigrie, Germaine. Elle a changé du tout au tout. Plus un sourire, plus un mot gentil, plus un dessert préparé avec amour, rien, nada, bouffe ta main et laisse l’autre pour demain !

Au bout de cinq ans, j’en pouvais plus de la Germaine ! Je me suis mis à avoir des maitresses, une blonde, une brune, une rousse, … Si c’était maintenant, j’pourrais même vous dire une rouge, une bleue,… tant la mode a changé ! Que voulez-vous ? Tout change ! Même Caroline qui est devenue Germaine ! La tromper m’a fait du bien, j’dois dire ! Un an, deux ans, puis elles ont commencé à me fatiguer, les gonzesses ! Il leur faut tout, les gonzes : le beurre, l’argent du beurre, et pourquoi pas, le sourire de la crémière ! Moi, j’en pouvais plus, je les ai toutes plaquées, les unes après les autres, et je suis resté seul … avec ma Germaine !

C’est alors que je me suis mis à jouer au Lotto. J’ai misé un peu d’argent, pas beaucoup, du moins au début. Ensuite comme le hasard ne m’était pas bénéfique, j’ai misé un peu plus. De l’oseille, elle en a, Germaine, enfin c’est plutôt sa mère qui a la bourse, mais elle est pas prête à en délier les cordons, celle-là ! J’ai jamais pu la piffer, la belle-doche ! Pingre comme pas deux, elle donnerait même pas l’eau qu’elle lave ses pieds !

« T’auras le trésor quand j’aurai passé l’arme à gauche ! » Voilà ce qu’elle a toujours répété à sa fille ! Faut croire que son arme est bien accrochée à droite parce qu’elle est toujours là, la belle-maman, avec son pognon bien à l’abri à la banque. Elle a même pas voulu payer lorsque sa fille a voulu avoir un bébé autrement que de manière naturelle ! Elle a rien voulu entendre, la vieille !

« Faites un bébé comme tout le monde ! qu’elle a répondu à sa fille lorsqu’elle lui a demandé un peu de tune pour l’opération. Qu’est-ce que j’en peux si tu as épousé un homme stérile ? Je t’avais dit de bien choisir ton futur époux ! Résultat : t’as choisi un bon à rien ! Il ne sait rien faire de ses dix doigts, et apparemment, il n’y a pas que ses doigts qui ne servent à rien ! » Et toc ! dans les mâchoires ! J’ai reçu ça en pleine poire ! J’en suis resté, comment on dit ? abasourdi ! J’ai rien pu répondre ! Et pourtant, on peut dire que j’ai de la répartie ! Mais là, rien, elle m’a coupé la chique, la vieille rosse ! Et d’abord qu’est-ce qu’elle connaissait de notre vie privée, hein, la belle-doche ? Et d’abord c’est pas moi qui n’a pas pu ! Le médecin me l’a bien dit : « Vous n’y êtes pour rien, monsieur, c’est votre femme qui… ».

« Ouf ! je me suis dit, je suis bien l’étalon que je croyais ! » Et pour le prouver, j’ai fait un enfant à Annick. Bon, Annick, elle l’a pas gardé, le gosse, elle avait seize ans, faut la comprendre. J’pouvais pas quitter Germaine pour épouser une gamine de seize ans, quand même ! Et qui c’est qui aurait fait bouillir la marmite ? A la maison, c’est Germaine qui ramène l’oseille, moi j’ai pas d’travail. C’est pas que je sois fainéant, mais j’suis vite fatigué, j’ai pas d’santé, comme disait ma mère !

Et c’est donc avec l’argent de ma grosse que je joue au Lotto. Depuis plus de vingt ans, je vous l’ai dit, et rien, quelques euros seulement. Avec les années, je me suis mis à jouer des plus grosses sommes. Après les boules de la malchance, j’ai essayé les chevaux, puis les billets à gratter, mais quand on est né sous une mauvaise étoile, y a rien à faire, la veine, c’est pas pour soi !

Et puis, un jour, vous m’croirez pas : j’ai décroché la timbale ! A moi, les millions ! Riche comme Crésus ! L’argent était là, devant moi, dans un sac, et vous m’croirez encore moins, j’savais pas quoi en faire, de tout ce pognon !

Partir, c’est ce que j’avais toujours voulu ! Me la couler douce au soleil, le chapeau sur la tête, les doigts de pied en éventail, à siroter un cocktail coloré sur une plage de sable blanc ! J’en rêvais depuis des années. Eh bien là, alors que je pouvais enfin réaliser mon rêve, je suis resté comme bloqué. Partir sans Germaine, j’pouvais pas ! Depuis plus de vingt ans, elle dirigeait ma vie, me disait ce que je devais faire, ou dire, ou penser ! J’avais perdu ma personnalité ! Je me rendais compte que je ne pouvais rien faire sans elle ! Même prendre un billet d’avion, j’pouvais pas, c’était trop dur pour moi !

Et pourtant, j’aurais dû ! J’aurais dû embarquer mes maigres affaires et disparaitre. Je ne serais pas dans cette situation maintenant ! Je ne serais pas seul, à lire le journal, sans Germaine à mes côtés pour commenter l’actualité.

Le journal que je tiens en main date de quelques jours. Il parle du cambriolage qui a eu lieu chez la concierge de mon immeuble. La vieille – qui l’aurait cru ? – cachait son magot dans son matelas. Une fortune évaluée à plusieurs millions d’euros ! Je ne l’ai pas crue quand elle m’a dit qu’elle était aussi riche que la reine d’Angleterre ! Comment aurait-elle pu gagner autant de fric en nettoyant les escaliers et le hall de l’immeuble ? Elle déconnait, la vieille ! Et puis, pourquoi elle m’en parlait, à moi qui essayais de faire fortune dans les jeux de hasard ? D’après le journal, elle était atteinte de démence sénile. Ça doit être sa maladie qui l’a poussée à parler. Toujours d’après le journal, elle n’était pas encore morte, quand le facteur l’a trouvée le matin. C’est à l’hôpital, qu’elle a clampsé ! Elle a eu le temps de parler au médecin avant de fermer les yeux…

Allez, je referme le journal, j’entends du bruit dans le couloir, ça doit être l’heure de la promenade. J’vais encore devoir tourner en rond dans cette cour carrée surmontée de fils barbelés, sans Germaine !

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Concours "Les petits papiers" texte n°4

Publié le par christine brunet /aloys

Quand la vie pivote…

Putain ! Je l’ai hurlé à mort ce mot de six lettres ! Putain ! J’étais libre ! Enfin libre ! Le pactole venait de me tomber dessus, comme ça. Dans une espèce de loterie. Oh, une bien drôle de loterie, un concours de circonstance, comme on dit. Peut-être même une magouille, d’après certains échos. Qu’importe, le pognon était au rendez-vous et je me rendis compte qu’enfin, je pourrais combler toutes les heures de mon existence en m’activant à ce que j’aimais vraiment. Ce que j’aimais ? Me balader, la tête dans les étoiles. Lire, lire tout ce qui me tombait sous les pognes : de Pierre Louÿs à Martin Page en passant par Benoîte Groult et Patrick Modiano. Et Marguerite Duras. Point. Non, j’oubliais des auteurs incontournables. Christine Brunet, Christian Van Moer, Laurent Dumortier, Martine Dillies-Snaet et Bob Boutique (Faut jamais renier ni rien ni personne).Vous voyez, y’avait d’la marge. Et ce que j’aimais, c’était surtout, surtout : écrire. Oui, j’écrivais déjà depuis des lustres. Des histoires gentillettes. Ou des trucs plus sérieux, avec une philo de dieu le père en filigranes, juste pour les lecteurs qui savaient lire entre les lignes. Mais à partir de ce jour lumineux de novembre dernier, quand j’ai compris qu’un paquet de tunes me tomberaient bientôt dessus… Putain !

Le premier truc qui m’est venu à l’esprit, c’est Louky. Louky, Le Condé et ses banquettes en moleskine, cette jeunesse perdue du côté de l’Odéon. Ne me demandez pas pourquoi cette Louky m’a traversé l’esprit, c’était comme ça. L’envie de décrocher l’inaccessible. Avec tout ce pognon sur la trogne, je devenais fou.

D’ailleurs, pour vous expliquer tout ça, je ne sais par quel chapitre commencer. Après l’annonce de ce mégamachinchose, sans hésiter, je lâche mon appart rue Rachel, j’en ai marre de mes voisins mortifères et je file à grands pas (je dis bien je file, je ne regarde rien, pas une seule gonzesse, pas un regard vers un bar quelconque, rien) de l’autre côté de la Seine, rue Saint-Benoît. Mythique aussi, la rue Saint-Benoît. Vous pigez le pourquoi ? Devant le N°5, mon cœur se serre, je ralentis et je fredonne Chanson, toi qui ne veut rien dire, toi qui ne parles pas… Je dépose mon sac (oui, un seul sac, je décide d’élaguer, de fuir un trop-plein de consommation) dans le hall de l’hôtel Bel ami, envie de m’enraciner dans cette rue. Parce que le Mékong, c’est trop loin. Trop luxueux cet hôtel, je me dis, y’a trop d’gens qui s’la pètent. Et ces affiches sur les murs avec en grandes lettres des mots de Duras, c’est vraiment trop con. Le type à l’accueil, nippé comme un pingouin, reconnaît ma tronche et me propose une suite grandiose et patati et patata…Je ne lui donne pas l’occase d’achever sa phrase et je reprends mon sac. J’ai envie d’un hôtel miteux, avec un petit bureau de rien du tout, une douche sans eau chaude, un wc qui pue l’urine. J’ai des tunes mais je veux des morpions qui me dégoulinent de partout. A n’y rien comprendre. Esprit de contrariété, sans doute. Je me pointe à deux pas de là, du côté de Saint-Germain. Le Flore, les Deux Magots, je zappe. C’est absurde ! Je deviens absurde ! Tout ce pognon me brouille les neurones ! Comme si d’un seul coup j’effaçais Sartre et toute sa clique. Alors qu’en fait, je voudrais une machine à remonter le temps et me frotter à la Gréco, l’arracher des pattes de ce Davis et lui trompetter mon jazz à moi, dans l’obscurité d’une cave ou l’autre. Putain, tout ce pognon, à quoi ça sert alors ? Louky me revient dans la gueule, comme un boomerang. Louky, le Condé, avec ses banquettes en moleskine. Et puis toute cette pluie glaciale qui me fouette la gueule. Et ce froid. Nous sommes en décembre, quand même. Ça commence à clignoter de partout et les touristes se précipitent sur les Champs-Elysées. Car faut pas rater ça, les fêtes. Perso, je m’en tape. Je déambule dans ces rues de Paris et, trente minutes plus tard, place Saint-Sulpice, je m’engouffre dans le café de la Mairie. Tout de suite, je respire, je revis. Je me tape tout au fond, tout près de la porte des cuisines, dans le coin, là. Je les aime bien, les coins, dans les zincs. Je sors un crayon, un carnet, une gomme. L’Odéon n’est pas loin, mais c’est ici que j’ai envie de m’incruster.

Ça s’agite de partout, à cette heure. Un garçon s’approche de moi et me demande sur un ton qui désire une réponse illico :

— Vous avez choisi ?

— Une chambre, une petite chambre, sans luxe, je lui dis. De l’eau froide sous la douche et un wc crado qui pue l’urine ! Ah oui et surtout pas de chauffage ! Je veux que mes doigts s’engourdissent, je veux avoir froid. Comme le Docteur Jivago lorsqu’il grattait ses poèmes. Dans le film éponyme, vous voyez ?

— Vous rigolez, Monsieur !

— Non, j’ai l’air de rire ? Je peux payer savez-vous !

— Ici, ce n’est pas un hôtel, c’est une brasserie…On peut vous servir une omelette, une salade…Vous voyez ? Mais une chambre, ah non, ça, ce n’est pas possible ici !

— Un hôtel miteux, vous pourriez me renseigner un hôtel miteux ? je demande, tout déconfit.

Le garçon se retourne vers un de ses collègues et lance en n’oubliant pas, sur un ton moqueur, d’en remettre une couche :

— Bernard ! Monsieur demande le nom d’un hôtel miteux ! Avec un wc qui pue l’urine, des araignées sur les bords des fenêtres, etc etc etc…Tu connais ça, toi?

Le Bernard se retourne, retient les verres de rouge qui se bousculent sur son plateau, fronce les sourcils et lâche tout en rigolant :

— C’est une blague ?

— Vous voyez Monsieur, c’est la misère ici ! Personne ne peut vous renseigner !

— Ok, je prendrai le plat du jour et un rouge…

Je me cale alors contre le mur, je sors un cahier et un crayon. Je me dis que la belle vie commence. Sur toutes ces pages, bientôt des mots, des labyrinthes de phrases. Enfin ! C’est dingue ce qu’on peut cracher avec seulement vingt-six lettres ! Je lève la tête et je me dis, putain ! Quelle aubaine ! Les chiottes sont juste à un mètre de mon cahier. Les gens défilent, se trompent, cherchent, font un pas vers les cuisines…Le bonheur, quoi ! Et avec un coup de bol, encore un, une certaine Louky passerait bien par ce café, et se languirait là, dans l’autre coin…

Oh, des histoires comme ça, j’en ai plein la tête. Ça ne demande qu’à se griffonner sur ces pages. Tout à coup un type insignifiant s’approche de moi, cigarette au bec, des yeux à moitié fermés et de la déprime plein la gueule. Entre deux postillons, il bégaie ces mots :

— Je peux te donner une carte. Pas le territoire. Condoléances ! Je t’ai reconnu tout de suite, pauv’gars ! T’as accepté cette merde aussi, toi ! Tu te souviens de Julien ? Julien Gracq ? Vers les années 51 ou 52, je sais plus trop, 51 je crois. Il l’avait refusé, lui, ce Goncourt ! Quel cran ! Son rivage des Syrtes, il l’a barbelé, lui ! Avec du recul, je me dis que j’aurais du cracher dans toutes ces assiettes, au Drouant ! On a le pognon, d’accord. Et après ? Après, on se creuse, rien n’est plus comme avant. L’inspiration se gangrène, y’a des chancres sur chaque mot. Une vraie merde, je te dis, ce Goncourt. Ah oui, je crèche dans un hôtel qui pue l’urine et ça bave tellement de foutre sur les tapis que ça te colle aux godasses, tout ça. Je pieute dans un lit à deux places. Si ça t’dit…

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Concours "Les petits papiers" n°3

Publié le par christine brunet /aloys

Si je gagnais le pactole ?

N’imaginez pas que ça changerait une autre vie que la mienne, en tout cas pour ce qui est de changer en bien.

Pour commencer, je ne devrais pas marchander sur le tarif du tueur à gage qui enfin me débarrasserait proprement de Fulbert, mon beau-frère. Proprement, j’entends par là sans traces de pas, gluantes et rouges, conduisant au manoir, car pour le reste… ça peut-être une boucherie pire que le massacre des dauphins aux îles Féroé. Et plus sonore qu’une rave party. Au moins sa voix ne dira pas comme d’habitude Mais je n’ai fait que vous l’annoncer, Oswald, que votre femme vous tromperait. Je vous avais prévenu dès que vous l’avez amenée à la maison… je vous ai dit qu’il y avait quelque chose de louche dans cette femme-glaçon, un peu comme une Grace Kelly distante qui devient une bayadère aux sens enflammés dès qu’on enlève ses lunettes et déboutonne son tailleur… souvenez-vous Oswald… Vous n’avez que ce que vous méritez, pauvre sot. Je vous avais averti ! Ce qui m’horripile le plus c’est ce pauvre sot dont il couronne régulièrement mon nom. Oswald, pauvre sot. Pauvre sot.

Car ma femme Drusilla… mais bien sûr qu’elle me trompe. Et finalement ça m’arrange plutôt. Qui m’avait prévenu qu’elle avait des seins plus velus que ceux d’une femelle orang-outang ? Regarder mais pas toucher, m’avait-on bien recommandé. C’est une jeune fille de très bonne famille, de ce genre de famille où on ne touche rien du tout avant le mariage. Un baiser sur la joue, éventuellement l’œil peut se poser plus longuement sur le genou, mais patience, après l’autel l’hôtel et les délices nocturnes. Sauf que là… j’ai compris qu’on ne pouvait m’avoir menti en me garantissant sa virginité. On pouvait faire des nattes sous ses aisselles, et un peigne à carder la laine aurait perdu ses dents dans les bouloches de son ventre. La rusée demoiselle avait attiré l’intérêt de ma mère par ses tenues modestes, ses chemisiers fermés à la base du cou, ses jupes au-dessus du mollet, ne révélant la pointe du genou qu’en position assise. En-dessous, je ne le compris que trop tard, le rasoir n’avait dénudé la chair que jusqu’à mi-cuisses. Ça coûte un pont en mousse à raser, m’expliqua-t-elle alors en souriant, et demandant si désormais on pourrait partager la mienne. Elle crût bon d’ajouter que cette pilosité hirsute et indomptable était un héritage génétique ayant traversé les âges qui ne touchait que les femmes, et qui leur avait mérité le surnom de peaux de velours. J’aurais trouvé Tapis-brosse mieux adapté…

Et donc si j’avais le pactole, eh bien le tueur à gage pourrait aussi me débarrasser de Drusilla. Je suppose qu’il me ferait un prix de gros. Car je pourrais très bien lui faciliter la tâche en organisant un rendez-vous clandestin entre mon beau-frère et Drusilla. Il ignore tout de l’effroyable secret pileux et comme les autres… se demande ce que cachent tailleurs, chemisiers boutonnés, bas opaques et le refus paisible d’aller à la plage en famille. Et comme les amants sont tétanisés après une seule rencontre et ne se représentent pas, la légende de la dévoreuse insatiable tient bon. Et oui… j’ai encore des cauchemars au sujet de ma nuit de noces, dont je suis sorti vierge, oui, mais pas indemne psychologiquement. Moi qui aimais tant les films d’horreur, je ne savais si je venais d’épouser la femme araignée, Queen Kong, ou un alien de la planète Pantène. Je me suis évanoui, tout comme mon érection, dieu merci, et elle a bien dû me libérer. Souriante. Je suis votre femme, Oswald. Pour la vie.

Il me resterait des sous… beaucoup de sous puisqu’il s’agirait d’un pactole. Je pourrais ensuite faire une croisière, peut-être. On y rencontre des femmes seules qui veulent se marier. Je serais veuf, on voudrait me consoler, je me ferais consoler le plus ardemment possible et puis le lendemain je dirais que non… je ne peux oublier ma Drusilla de velours. Et ce serait le tour d’une autre. Et d’une autre encore. Je pourrais d’ailleurs en faire deux ou trois, de ces croisières, puisque je ne devrais plus aller travailler. J’aurais quitté mon bureau avec superbe, marchant comme d’Artagnan vers la porte, sans épée bien entendu mais j’aurais sans doute pu faire tournoyer mon béret alpin dans un geste très élégant, pour marquer un petit temps d’arrêt plein de panache devant la porte. « Et maintenant, Monsieur Ducon, vous taillerez vos crayons vous-même, et vous alignerez les photos de votre hideuse femme et de vos enfants qui ressemblent à des gorets malades vous-même. Je me tire. Je suis riche. Adieu, Ducon ! ». Oh, je souris rien que d’y penser…

Maintenant, la première chose est de trouver un tueur à gages. Pas un de ces pauvres hères qui tuent pour 1000 € seulement par tête de pipe – et 500 € en période de soldes - mais qui ensuite vont les boire au premier café venu, se mettent à pleurer, à implorer le pardon de toute leur clique de saints et dieux, de leur mère surtout, qu’ils viennent de déshonorer, et pensent reblanchir la réputation maternelle en se ruant au poste de police. Je pourrai m’offrir la crème de la crème des tueurs, genre Robert Duvall ou Leonardo Di Caprio, en costard, discret, fignoleur… Je lui proposerais bien de violer Drusilla au passage mais là… je crains fort qu’il ne retourne son arme contre moi, ou ne soit pris de convulsions hallucinatoires.

Mais la première des premières choses à faire serait d’acheter un billet de loterie… si je veux mon pactole. Voyons…

Tiens, revoici l’abruti avec son béret alpin et son air ébahi. Je ne comprendrai jamais comment il a fait pour épouser cette sorte de Jessica Rabbit en tenue de pensionnaire… même si on dit qu’au château elle consomme tous les domestiques l’un après l’autre, qu’ils sont sur les rotules et rendent leur tablier en proie à des malaises étranges. Celui-ci n’est pas bien fringant mais bon… s’il la contente encore au bout de 5 ans… il doit avoir des ressources insoupçonnées. Sa sœur lui ressemble – moustache comprise - et on l’appelle Javotte dans le village. Comment ils ont réussi à la faire épouser par Fulbert… il faut bien qu’ils aient eu des arguments. Sonnants et trébuchants. Car oui, l’abruti ne sait même pas qu’ils sont riches à millions – d’Euros – et travaille comme range-bureau chez Ducon et Compagnie pour quelques sous. Javotte ignore tout elle aussi… les vieux parents ont toujours dit que l’argent polluait les âmes simples et ne faisait pas le bonheur…

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Concours "Les petits papiers" texte n°2

Publié le par christine brunet /aloys

Et si vous gagniez le pactole ?

Le pactole ...

C’est quoi le pactole ?

Surement pas un gage de bonheur.

Je n’aime pas les frimeurs, les grosses bagnoles, les bijoux clinquants, les demeures luxueuses.

Etaler ses richesses quand d’autres s’épuisent pour un salaire de misère, je trouve cela indécent.

Ce qui fait mon bonheur est gratuit. L’amour, le partage, le soirées entre amis (es).

La nature, les livres, la musique.

Mais je le prendrai quand même ce pactole ! Pour l’employer à bon escient.

Surement pas cacher le billet gagnant dans une armoire, comme l’héroïne du livre “ La liste de mes envies”.

Si il peut servir à répandre du bonheur autour de moi ... Pourquoi pas ?

Et le regard des gens ...

Il parait que d’un coup, on attrape plein d’amis. Riche, on vous admire, on vous respecte !

On est toujours le même pourtant. L’intelligence, le courage, le talent, ce n’est pas une affaire d’argent.

Il y a pourtant des aspects positifs :

- La sécurité, une certaine insouciance, face aux aléas de la vie, il y a au moins cette béquille.

- Voyager, prendre une année sabbatique.

- Adopter tous les chiens d’un refuge.

- Engager un poète et un violoniste pour les soirs d’hiver. L’un jouerait et l’autre réciterait du Prévert.

- Diriger un journal “ Les ailes du monde”. – Il ne publierait que des articles positifs, relatant des actes généreux, valorisant le courage,

la générosité, l’altruisme, la solidarité.

Avec des photos des plus beaux paysages.

Un envol d’oiseaux, des collines bleues, des rivières miroitantes, les montagnes enneigées, et les vertes vallées.

Des pages entières consacrées à toutes les disciplines artistiques, elles transcendent la vie !

- Pouvoir engager un tueur à gages pour éliminer son pire ennemi ... Je rigole !

Et si le pactole, c’était toi mon amour ?

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