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"Trio"... Une nouvelle de... mais de qui, au fait ? première partie !

Publié le par christine brunet /aloys

point d'interrogation

                                                        TRIO

 

 

 

 

 

Marie regarda une fois de plus par la fenêtre. Non, il ne pleuvait plus, vers quatre heures les trombes d'eau avaient cessé, faisant place à un temps menaçant. Des nuages bleu-noir se gonflaient entre les arbres du boulevard, leurs cimes atteignant le niveau de son appartement du septième et dernier étage. En bas, elle avait vu le toit de sa voiture,  garée contre le trottoir, qui luisait comme le dos d'un gros insecte. La circulation avait repris avec intensité, on était vendredi soir, dans une grande ville.

Puis elle revint au petit tas de courrier, posé sur la table. Les six enveloppes blanches, fermées, timbrées, attiraient le regard dans la pièce qui commençait à s'assombrir. Electricité, téléphone, internet... des factures pas urgentes, certes, mais qu'il faudrait poster. Marie pensa un instant que les lettres lui demandaient avec insistance de les prendre, de les mettre dans son sac et de les emporter. « Occupe-toi de nous ! ». Elle soupira. De plus en plus, depuis quelque temps, les choses semblaient s'animer, dire ou réclamer, une chaise de travers insistait pour qu'on la remît droite, un couteau tombé cherchait à l'apitoyer pour qu'elle le ramasse et le range, le coussin bleu du canapé, le soir, devant la télévision, lui susurrait: « prends-moi contre toi, contre ton ventre, j'ai besoin de chaleur ». Rien d'inquiétant, ce n'était pas réel, elle le savait. Mais l'était-ce beaucoup moins que ce que lui disaient ses collègues de travail, ou la caissière du super-marché... A vivre seule, on a besoin de peupler  l'univers qui vous entoure, il est bon que l'on vous demande et que vous donniez, sans cela la vacuité, le « pour rien » de sa vie devient par trop insoutenable. Alors pourquoi ne pas écouter les choses familières, dont on sait qu'elles ne vous feront aucun mal, parce que vous vivez en bonne harmonie avec elles depuis de nombreuses années.

Marie attrapa son sac, prit le paquet de lettres et les y rangea, enfila l'imperméable accroché dans l'entrée. En sortant de l'appartement, elle vit s'entr'ouvrir la porte d'en face, sur le palier. La vieille madame Kieffer se pencha dans l'entrebâillement.

  - Grisou n'est pas remonté, j'aimerais  bien qu'il rentre, voudriez-vous jeter un coup d'oeil dans la cour, en bas, et le mettre dans l'escalier si vous le voyez ?

Elle ajouta:

   - Vous sortez par ce vilain temps ! Et avec cette pluie, en plus, on est glacé !

   - Des lettre à poster ... Marie tapota son sac.

Au rez-de-chaussée, pas de Grisou. Le chat reviendrait bien, il revenait toujours, sachant d'instinct rester à l'arrière de l'immeuble, à l'écart du boulevard et de ses dangers.

Au premier feu, Marie regretta d'être partie. Il lui faudrait au moins vingt minutes pour atteindre la Poste, le trafic ne s'écoulait pas, la file de voitures restait bloquée malgré l'autorisation de passer, les véhicules de l'autre côté du croisement n'ayant pas bougé.

Quelle idiote ! Elle aurait dû aller à pied, à la boîte pas toute proche, certes, mais quand même, s'engager dans cette pagaille du vendredi soir, très mauvaise idée !  Puis elle pensa qu'elle n'était pas sortie depuis le début de la semaine, en dehors des aller et retour à son travail, qu'elle avait fait du ménage, regardé la télévision, qui la guettait encore ce soir  - des films, des films, à force, elle les mélangeait - que c'était le week-end et que personne parmi ses connaissances ne lui avait fait signe. A vrai dire, elle non plus...

Elle finit par voir apparaître l'imposant immeuble de la Poste, en face du terre-plein central du Boulevard Béranger où les vestiges du marché aux fleurs disparaissaient à grande vitesse, les fleuristes repliant leurs tentes, rangeant les plantes dans de grands pots de fer à l'arrière des camions, abandonnant sur le sol pétales froissés et tiges arrachées.

Il faisait sombre maintenant, les lampadaires n'allaient pas tarder à s'allumer. Pas question de se garer pour faire une petite visite au Printemps, qui brillait de tous ses feux, à cent mètres à peine. On était en plein centre ville, pas une place de parking. Elle se rangerait trois secondes avec ses feux de détresse dans l'espace laissé libre devant les boîtes, y jetterait ses lettres, et il faudrait bien rentrer... Elle mit son clignotant pour changer de file et se rapprocher du bâtiment, n'évitant cependant pas un coup de klaxon prolongé et un appel de phares, qui lui firent battre le coeur un instant.  Les agressions, elle supportait mal.

Comme elle encastrait la voiture dans l'étroit espace devant les boîtes, la pluie se remit soudain à tomber, une averse orageuse si violente que les gouttes se transformaient en lignes brillantes, qui faisaient un bruit d'enfer en frappant la carrosserie. Pourtant, pas question d'attendre, d'autres pouvaient venir poster leur courrier. Elle prit les lettres, les glissa sous son imperméable, inspira profondément et se jeta dehors. D'un bond, elle atteignit la borne jaune et glissa le paquet dans la fente. D'un autre bond elle regagna l'habitacle, les cheveux trempés, les mains ruisselantes. L'averse, les moteurs qui tournaient...il lui sembla que les bruits de la ville étaient multipliés par dix. Ils l'assourdissaient, ils frappaient à ses tempes. Il fallait s'échapper de là, vite.

Elle allait obliquer pour tenter de s'insérer dans la file de véhicules, prévoyant des difficultés car les conducteurs devaient être exaspérés, quand un coup assez fort fut frappé à la vitre du passager. Stupéfaite, elle arrêta sa manoeuvre, se pencha et tenta de voir qui l'avait donné. Impossible, la fenêtre était emperlée, le temps trop sombre. Sans doute quelqu'un qu'elle connaissait, ce n'était pas le quartier des mendiants ou des SDF. Elle actionna un bouton et la vitre s'abaissa. Elle vit un visage de femme, des yeux effrayés, un sourire hésitant, des cheveux noirs plaqués par la pluie sur le front plissé. L'inconnue cria presque, afin de se faire entendre dans le tumulte environnant:

   - Pardonnez-moi, s'il vous plaît, je sais que ça ne se fait pas, mais j'ai un grand service à vous demander. Vous comprenez, les bus sont en grève, je n'ai pas de voiture, et il me faut absolument aller quelque part. Si vous pouviez m'emmener, si cela ne vous dérangeait pas... Je n'ai pas l'habitude d'interpeller les gens, croyez-moi, mais cette fois, oui, cette fois, c'est une urgence. Je suis confuse...

Marie n'hésita pas. Elle se pencha un peu plus et ouvrit la portière. Une seconde plus tard, la femme était assise à côté d'elle. D'abord, elle ne vit d'elle qu'une silhouette qui s'agitait, un  manteau sombre trempé, un parapluie qu'elle tentait de coucher au sol.

   - Je vais vous mettre de l'eau partout. Ah! vraiment, je suis désolée ! Je suis venue   à l'arrêt de bus, ici.

Elle tendit un bras en direction de la Poste et Marie distingua le panneau jaune, l'abri de plexiglas, désert. Personne pour attendre, juste les allées et venues rapides de passants pressés.

     - Mais vous voyez, pas un bus ! quelqu'un m'a dit qu'un conducteur avait été attaqué, hier soir, et aujourd'hui, eh bien, ils sont tous en grève. Je suis allée à la  gare, à la station de taxis, j'ai attendu une demi-heure, pas un seul de libre. Alors, je suis revenue ici, je sais que les gens peuvent stationner une minute pour poster leur courrier, et j'ai pensé...

Marie ne l'entendait plus. Un conducteur compatissant venait de lui laisser l'espace suffisant pour qu'elle prenne place dans la file, qui avançait au pas.

      - Excusez-moi, dit-elle, je ne vous ai pas bien écoutée, c'est si difficile de circuler. Je me dégage d'ici, je trouve un endroit tranquille, et vous me direz où vous voulez aller.

Comme la femme ne répondait pas, Marie tourna la tête vers elle, intriguée. Elle vit son visage de profil, contracté, regardant fixement devant soi. Elle comprit que l'autre était au bord des larmes. Le soulagement ? Cette « urgence », une situation difficile ? Bah, elle ne risquait rien, la femme n'avait pas l'air perturbée, ses explications étaient plausibles. Et puis, elle avait du temps, tellement de temps, par cette soirée vide...

La pluie violente avait cessé. Subsistait une bruine froide, qui faisait luire les capots des voitures et entourait d'un halo les enseignes lumineuses maintenant allumées.

Marie tourna à droite, dans une rue tranquille et se gara sans difficulté. Elle se tourna vers sa passagère.

            - Ouf ! fit-elle, nous voici au calme, c'était vraiment la folie tout à l'heure.

L'habitacle recevait la lueur blanche d'un lampadaire, mais la femme se trouvait à contre-jour et Marie distinguait mal ses traits, seulement une masse de cheveux sombres et bouclés, une silhouette assez fine engoncée dans un manteau noir. Une odeur de laine humide, insistante mais pas désagréable, s'en dégageait.

- Alors, si vous me disiez en quoi je puis vous être utile, j'ai du temps ce soir, je vous emmènerai où vous voulez.

            - Je m'appelle Sarah.

     Marie, à nouveau, fut surprise de l'angoisse que trahissait le ton étranglé. L'émotion de la femme était intense et ne se justifiait pas par le simple service rendu, si insolite fût-il. La passagère fit une pause puis reprit avec plus de calme, en parlant lentement et en détachant nettement les mots, dans l'évidente intention de se maîtriser.

  - Vous n'imaginez pas à quel point ce que vous faites est important pour moi. Voyez-vous, je suis une femme seule...

Là-dessus Marie retint un sourire amer. «  Bienvenue au club », pensa-t-telle, formule qu'elle regretta immédiatement. Elle n'était pas ici pour s'apitoyer sur elle-même par personne interposée.

Sarah poursuivit:

             - Vous savez, quand j'ai vu qu'il n'y avait pas de bus, pas de taxi, j'ai téléphoné pour qu'on vienne me chercher et m'emmener. Mais ils sont tous sur répondeur. C'est le week-end, ils veulent être tranquilles, ils ont déjà fait leurs plans pour la soirée.

 Marie les connaissait bien, ces « ils », les copains, les relations, les collègues, parmi eux personne d'absolument fiable, fidèle, sur qui l'on pût s'appuyer, quelle que soit la situation.

               - Alors, j'ai cru que je ne trouverais personne, personne, et alors, ça aurait été une catastrophe, vraiment.


Le timbre de la voix s'engagea dans l'aigu, en même temps qu'il faiblissait. 

 

 

A suivre demain....

Publié dans auteur mystère

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Qui est Anne Renault ?

Publié le par christine brunet /aloys

renaultanne.jpg

 

Qui est Anne Renault ? Nous l'avons vu sur le site de Bob lors d'une manifestation du livre... Un petit rappel s'impose donc !

 

Je suis née il y un peu trop de temps au coeur de la Charente, pays des vignes et de la lenteur, dans la lumière dorée du Sud-Ouest. C'est l'amour de ce lieu d'enfance et le désir de le faire renaître avec mes mots qui est à l'origine de mon écriture.

J'ai exercé le métier de professeur de français, après avoir obtenu un CAPES de Lettres Modernes et  une maîtrise de Littérature Comparée sur Kafka, Borges et Buzatti à la faculté des Lettres de Poitiers. Je vis en Touraine et écris des nouvelles depuis une dizaine d'années. Mon premier recueil « Suicide dans l'après-midi » est en cours d'édition chez  Chloé des Lys.

Ma deuxième source d'inspiration, je l'ai trouvée dans le Nord, particulièrement à Ostende, ville avec laquelle j'ai un rapport que l'on ne peut qualifier que d'amoureux. Ici, le ciel est plus grand qu'ailleurs, une promenade sous la colonnade qui longe la plage est un parcours magique, et la mer du Nord me murmure les histoires de personnages bizarres, douloureux et presque fous, que n'accompagne que leur solitude.

En exergue de mon recueil de nouvelles se trouve une citation de Kafka: « Le sens de la vie, c'est qu'elle a une fin... ». Et en effet, la mort, redoutée, subie ou souhaitée, la mort donnée à l'autre aussi, est le ressort de mes récits. Mais c'est une mort comme enchassée dans la douceur et la beauté sensuelle du monde, de ses paysages, de ses atmosphères, qui s'imposent à mes personnages d'une façon parfois presque insoutenable.

Un deuxième recueil de nouvelles est en phase d'achèvement. Il y sera toujours question d'Ostende, mais dans une tonalité plus apaisée, même si mes histoires expriment toujours, comme le dit Camus dans « L'étranger », « l'amour » mais aussi « le désespoir » de vivre.   

 

 

Anne Renault

Publié dans présentations

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Terreurs nocturnes, une nouvelle d'Adam Gray - partie 2

Publié le par christine brunet /aloys

 

PHOTO pour 4me de COUVERTURE (ADAM GRAY)

 

 

 

Terreurs Nocturnes…

 

« Si l’œil pouvait voir les démons qui peuplent l’univers, l’existence serait impossible. »

 

(Le Talmud)

 

Part II

 

Deux yeux les guettaient, cruels, à une vingtaine de mètres à peine, entre deux trembles.

Deux yeux d’un jaune anormalement éclatant…

Ils étaient là, perçants, quand Élizabeth et Luke avaient franchi la porte de la cabane pour fuir l’enfer où ils étaient tombés.

 

La jeune femme, dont les cris eussent pu briser du verre, tira violemment son homme en arrière. Ce dernier referma si fort la porte qu’elle se fendît en son centre. Haletant, il resta accroché à la poignée. Son cœur eût pu jaillir de sa cage thoracique… comme arraché par la main de ce grand prêtre fanatique dans Indiana Jones et le Temple Maudit.

 

« Kalima !… Kalimaaa !… Kalimaaa…… Choptidééé !!!!!! »

 

Élizabeth se mit à sangloter.

Luke lâcha finalement le bouton de porte pour regarder par la fenêtre. Son épouse agrippée à un bras, il poussa, de l’autre, le vieux rideau en dentelle.

Les yeux, collés à la vitre, se fixèrent aussitôt sur lui…

– Nom de Dieu ! s’écria-t-il, se glaçant jusqu’aux os.

– Tire le rideau ! hurla Élizabeth à s’en faire exploser les cordes vocales. Tire le rideau !!!

– Mais qu’est-c’que tu es ?… marmotta Luke, le front perlant de sueur.

Et, d’une manière on ne peut plus brusque, il repoussa sa femme, dont les ongles étaient toujours plantés dans son muscle brachial.

Il sortit alors comme un fou…

– Tu veux quoi, espèce d’enculé !?! TU VEUX QUOI !!!???!!!

Les portières de leur Impala, précédemment disparues dans les cieux, ou ailleurs… fendirent la nuit et retombèrent à quelques centimètres de ses pieds, avec la force d’une météorite. Il eut juste le temps de se jeter sur le côté pour embrasser le sol. Il se retourna, non sans difficulté, et réussit à se mettre sur son séant.

Un brouillard dense surgit des arbres et vint lécher le bout de ses baskets, l’obligeant à reculer sur le cul et se barricader de nouveau.

Fébrile, Élizabeth regarda son mari se faire saigner à force de donner, furieux… frustré… de violents coups de poing sur les poutres horizontales.

 

– On va pas crever ici, Beth, affirma-t-il. Beth ? Tu m’écoutes ? Beth !!!

Il la gifla pour obtenir une réaction.

– On va s’en sortir, O.K. ? On va s’en sortir et…

– Non, le coupa-t-elle. C’est un démon… C’est le diable. Le DIABLE !!!

Et elle se remit à hurler…

– Élizabeth, tu vas la fermer, ta gueule, maintenant !?! Tu me gaves, là !

 

Il fronça les sourcils… Mit une main sur la bouche de sa femme.

– Qu’est-ce que c’est ?…

Ils se précipitèrent à la fenêtre, juste à temps pour voir leur Chevrolet disparaître dans les entrailles de la terre…

– Élizabeth, assieds-toi, supplia-t-il, et essaie de reprendre tes esprits. Sans quoi on va finir par péter un câble…

Élizabeth s’exécuta, mais la chaise, glissant sur le sol, fut projetée contre un mur, se brisant en mille morceaux. Luke se précipita. Élizabeth riait… Il commença à baliser sérieusement.

– Beth, me fais pas ça, Beth. On va sortir d’ici. Vivants ! ajouta-t-il.

– Mais non, bébé ! On va mourir ! rétorqua-t-elle, prise d’une crise de rire incongrue. Boo ! Une chaise qui fonce sur un mur… Boo ! Qu’est-c’que ça fait peur !

– Mais qu’est-ce qui te prend !?! déplora le mari, affligé. Ne baisse pas les bras, Beth. Pour l’amour de Dieu…

Elle se mit à tourner sur elle-même, telle une petite fille, les bras écartés et la tête penchée en arrière, complètement… hilare.

– Pour l’amour de Dieu ? Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! L’amour de Dieu !…

Luke fit un pas vers sa femme pour la secouer, l’extraire de cette folie ubuesque…

Il fut projeté dos au mur.

Une force le souleva vigoureusement et le stoppa net. Beth se figea, incapable – redevenue lucide –, de faire autre chose que crier : « Laissez-le ! Mais laissez-le !!! »

La force la souleva à son tour et la fit tournoyer comme une vulgaire toupie.

– Fils de pute ! vociféra Luke. T’as pas de couilles !

Ils retombèrent très lourdement sur le plancher, comme si la chose qui s’amusait avec eux s’était brusquement évaporée.

 

TOC ! TOC ! TOC !

 

TOC ! TOC ! TOC ! de nouveau.

On frappait maintenant à la porte…

 

– Foutez-nous la paiiiiiiiiiiiix !!! aboya Élizabeth, toute contusionnée.

Des lames de rasoir, comme des griffes, traversèrent le bois, et une voix caverneuse articula : « Tu vas crever, connasse… »

– Ce n’est pas possible ? demanda Élizabeth à son mari. Il n’exis… te pas ?…

Mais Luke, terrorisé, ne put répondre.

« IL », c’était Freddy Krueger, le tueur d’enfants brûlé vif appartenant à la saga horrifique initiée par le cinéaste Wes Craven, d’après, selon ses dires, ses propres cauchemars…

– Freddy ne tue que dans les rêves, murmura-t-il.

– Quoi ? fit l’épouse.

– Freddy ne tue que dans les rêves ! Or nous ne sommes pas endormis, Beth !

Les griffes se retirèrent aussitôt et Beth, excédée, s’élança à l’extérieur pour… rentrer aussitôt… C’était moins une : un Grand-duc fondit sur elle, manquant lui arracher un œil.

– On ne s’en sortira pas, dit-elle.

– Non, répondit Luke.

 

Le soleil revint.

De toute la journée, ils n’osèrent pas mettre le nez dehors.

Et la nuit revint… accompagnée d’une inquiétante lune rouge.

Rapidement, les TOC ! TOC ! TOC ! reprirent.

– Je n’en peux plus, Luke. Je n’en peux vraiment plus…

– Tiens bon, amour… Je suis là.

Le bruit, infernal, éprouvant rudement leurs nerfs, dura une bonne quinzaine de minutes, s’arrêta puis recommença. Ne cessa, finalement, qu’au bout d’une heure.

Découragé, Luke se mit à pleurer, sans tressaillement, aussi discrètement que possible. Sa femme, d’ailleurs, ne se rendit compte de rien.

– Les yeux… Ils sont là ? hésita-t-elle.

Luke alla jusqu’à la fenêtre, balayant ses larmes d’un revers de la main.

– Que Dieu Tout-Puissant nous vienne en aide, dit-il à mi-voix.

– Mais quoi !?! s’enquit Élizabeth.

– Des… Des…

– Des quoi !?! Mais dis-le !!!

– Des… cadavres !… Des cadavres de tous les côtés, Beth ! Des cadavres qui !… Qui marchent…

Élizabeth s’évanouit. Sa tête heurta très violemment le sol.

Luke s’efforça de bloquer la porte avec ce qu’il pouvait avant de déposer son épouse sur le lit, puis il retourna à la fenêtre. Il n’en croyait pas ses yeux. Et pourtant…

Les corps dégingandés marchaient sans but, très lentement, bras tendus. Par moments, même, ils s’entrechoquaient.

Un mort, peut-être pas tout à fait décérébré, fit pivoter son horrible tête, dépourvue de mâchoire inférieure, vers la cabane. Il renifla la vie…

Tous les cadavres, alors, tournèrent leur tête.

Quelques secondes plus tard, ils étaient tous à tambouriner sur les murs de la cabane.

– Cassez-vous !!! Mais, putain, cassez-vous, bande d’enculés !!! s’égosilla Luke, se remémorant ses terreurs nocturnes d’antan, quand le clip de Michael Jackson, Thriller, le traumatisait…

Élizabeth, peu à peu, revint à elle. Dodelinant de la tête, elle remarqua un tisonnier accroché à la cheminée.

Elle se leva, s’en saisit, et, l’arme à la main, se rua sur la porte.

Luke eut toutes les peines du monde pour l’empêcher de sortir se faire dévorer vivante.

Toute la nuit, émettant des grognements primitifs, les morts cognèrent contre les murs.

Quand un nouveau jour se leva, ils avaient disparu…

 

Le couple, somnolent, était lessivé. Si personne ne venait à leur secours, ils allaient sombrer dans la folie, s’ils n’étaient pas morts de peur avant.

Ou de faim.

Ou ne s’étaient entretués, l’un poursuivant l’autre au milieu des arbres…

 

Luke s’étira, tout ankylosé après cette nuit quasi blanche. Il se leva et, faisant le signe de croix, alla écarter le rideau en dentelle.

– Fais attention… murmura Élizabeth, prenant appui sur ses mains pour aller le rejoindre.

Ni zombies ni yeux jaunes. Rien de tout ça ; il faisait beau.

Alors, prudents, ils sortirent de la cabane. Explorèrent, accrochés l’un à l’autre, les environs.

Que des arbres… Des chemins de terre… Des arbres… Des chemins de terre… Un vrai dédale… Et des arbres.

Ils entendirent klaxonner. Se dévisagèrent, perplexes. Presque soulagés. Puis se précipitèrent dans la direction d’où venait  le bruit.

 

Mais les voilà finalement de retour à leur point de départ. À la cabane…

Des heures durant, ils avaient tourné en rond.

Sans fil d’Ariane, comment retrouver son chemin au milieu d’arbres et de chemins analogues ?

Leur Chevrolet les attendait… jouant des phares dans la nuit tombante. Une nuit de plus. Le klaxon, c’était « elle »…

Luke et sa femme, résignés, ignorèrent totalement le véhicule, veiné de racines et débordant de terre et de vers.

Ils retournèrent à l’intérieur de leur geôle, puis s’allongèrent sur le lit, se remémorant quelques plaisants souvenirs aussi longtemps que leur résistance au sommeil le leur permît.

 

Minuit…

Ils dormaient profondément.

La jambe droite de Luke se déplaça tout doucement vers l’extérieur du lit… Il porta une main à son visage pour repousser la main qui lui caressait la joue…

– Hum, se plaint-il. Laisse-moi dormir, Beth.

La main insista. Descendit, tout doucement. Sur son torse. Son ventre. Son entrejambe…

– Mais qu’est-c’que tu fais ? demanda-t-il à Élizabeth en baillant aux corneilles.

Il obligea sa tête, affreusement lourde, à se redresser. Ouvrit péniblement les yeux, pensant voir sa femme et non…

 

– Les yeux jaunes… chuchota-t-il.

 

L’homme se raidit. Quelque chose d’invisible le caressait… Et les yeux jaunes le fixaient, sournoisement.

Il se mit à transpirer… Son cœur… à battre la chamade !… S’il réveillait Beth, il risquait de la mettre en danger de mort.

– Pourriture, marmotta-t-il, les lèvres retroussées.

 

Deux mains incroyablement puissantes enserrèrent alors son cou. Il tenta bien de se contorsionner mais… impossible de se libérer de ce serpent qui se contractait davantage à chaque tentative, veine, de respirer.

– Beth… Beth… suffoqua-t-il.

Il sentit alors ses chevilles attrapées par d’autres mains, qui le tirèrent hors du pieu.

Élizabeth se réveilla en sursaut et murmura le prénom de son mari, qui était maintenu au sol.

Le feu dans la cheminée s’embrasa tout d’un coup. Élizabeth se remit à trembler, contenant un cri de terreur – un autre –, et se pencha au-dessus du lit.

Sur le plancher, elle découvrir Luke qui luttait contre la mort.

Son visage était écarlate.

Il tendit une main désespérée vers sa femme.

 

Ça se passa très vite.

 

Luke fut trainé sur quelques mètres, tel un sac de patates, les jambes soulevées.

Tout près de la fenêtre, elles se soulevèrent un peu plus, puis les fesses, le dos… et le corps tout entier de Luke fut comme… aspiré de l’extérieur de la cabane à travers la vitre.

Éclats de verre…

Élizabeth hurla.

Luke s’agrippa de toutes ses forces à l’encadrement de la fenêtre malgré les à-coups d’une violence inouïe. Il y laissa un annulaire, tranché par le verre.

 

Quand il disparut, avalé par les ténèbres, il ne resta plus que trois ongles sanguinolents restés plantés dans ledit encadrement.

 

À suivre…

 

 

Adam Gray

Publié dans Nouvelle

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Christine Brunet a lu "De Noé à Louis-Léopold-Victor" de Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

ma photo

 

Louis Delville a un don pour conter... raconter les histoires. Demandez à mon fils qui l'a écouté toutes oreilles aux vents !

Les histoires de ce recueil sont courtes, un peu dans la veine de certainsCouverture-Louis-derniere-version-copie.jpg contes des frères Grimm qui s'inspiraient de leur environnement social; mais rois, reines, princesses sont remplacés ici par un contexte contemporain mais tout aussi merveilleux.

Enfin, contemporain... pas vraiment puisque tout débute avec Noé... qui a quand même un frigo, faut pas mégoter sur le confort... D'ailleurs, tiens... Savez-vous pourquoi nos mouches sont noires ? Connaissez-vous la recette pour faire pleuvoir ou pour empêcher un moulin de faire du bruit ? Non ? Hummm, je m'en doutais....

On lit tous ces contes comme on les écoute... Incroyable mais j'ai eu l'impression d'entendre la voix de Louis Delville me murmurer les phrases et les mots que mes yeux découvraient avec le sourire.

C'est sûr, aujourd'hui, j'irai l'écouter encore... et je le lirai encore avec grand plaisir !

 

Site auteur : louis-quenpensez-vous.blogspot.com

 

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

Publié dans Fiche de lecture

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Reflexions tout à trac, "De l'amour" un texte de Claude Colson

Publié le par christine brunet /aloys

 

claude colson-copie-2

De l'amour


         
           Les êtres passent sur cette terre et accomplissent tous, selon les moyens qu'ils en ont, ce qu'ils croient avoir à faire ou ce qu'il leur est assigné de faire par on ne sait quelle entité.

 
Ils passent et d'autres prennent la relève, marchant dans leurs pas.

 
            Mais ce qui aura le plus illuminé leur parcours, c'est l'amour.


L'amour comme besoin de sortir de soi, besoin éternel de transcendance ; partant, aussi besoin d'échange : je veux rendre heureux celle ou celui qui me rend heureux.


            C'est une étrange force qui traverse ainsi les générations, renaît en d'autres mais peut aussi renaître en soi sitôt qu'elle a disparu.


finalement elle ne fait que montrer notre incomplétude, celle-là même dont elle procède. Le désir d'être ou d'avoir ce qu'on n'est ou n'a pas engendrerait donc l'amour. Une pulsion d'abord egocentrée mais susceptible d'ouverture à l'autre.


Avec le temps on la maîtrise d'autant mieux qu'on la connaît davantage, mais toujours en partie seulement, tant sa puissance est indomptable.


Il faut imaginer le mourant amoureux

 

Claude Colson

claude-colson.monsite-orange.fr

Publié dans Textes

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Enfants, chantez vos libertés, un poème de Carine-laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

 

desguin

 

Enfants, chantez vos libertés

 

 

 

Enfants, chantez vos libertés,

Dans les rues de la ville ;

Vos aventures, réveillez-les,

Soyez gais, grands, et indociles.

 

 

Enfants, chantez vos libertés,

Donnez-vous les mains,

Courrez sur les chemins,

Et déployez vos papiers.

 

 

Enfants, chantez vos libertés,

Vos couleurs sont de cristal,

Vos paroles n’ont pas d’égal,

Et vos rires grisent nos fiertés.

 

 

Enfants, chantez vos libertés,

Vos saisons sont des soleils,

Et vos jardins, cahiers décollés,

Cervolantent dans nos ciels.

 

 

 

 

Carine-Laure Desguin

carinelauredesguin.over-blog.com

 

Publié dans Poésie

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L'invitée d'Aloys est, aujourd'hui, Laure Bolatre avec son texte "Quiproquo"

Publié le par christine brunet /aloys

                                                 

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Quiproquo

 

L’homme entre dans le petit café, se dirige tout droit vers la serveuse :

- mademoiselle, s’il vous plait ?


Celle-ci se retourne et se trouve face à lui. Tout de suite sa pâleur, les cernes sous ses yeux lui font penser à quelqu’un qui n’a pas fermé l’œil depuis des nuits.

- bonjour. Je peux vous aider ?


L’homme sort de son portefeuille une photo.

- avez-vous vu cette jeune femme ?

- bien sûr. Je l’ai vu pas plus tard que mardi.

- seule ?

- non. Elle était avec une autre femme. Pourquoi ?


 Il sort une photo d’un groupe :

- reconnaissez-vous quelqu’un ?

- oui. Elle.

- vous a-t-elle dit quelque chose de spéciale ?

- non. Juste : deux chocolats chauds, s’il vous plait !


L’homme n’a pas l’air d’apprécier son humour.

- bon en quoi puis je vous aider ?

- auriez-vous entendu leur conversation ?

- dites donc en quoi cela vous regarde ?

- cette femme est ma fiancée et… je dois savoir…

- je vois.

- ne vous méprenez pas. C’est juste…

- oh ! j’ai l’habitude. Bien. Vous avez de la chance : mardi c’était mort, personne. J’en ai profité pour réviser. Je fais ça pour arrondir mes… enfin je suppose que cela vous est égal.


L’homme hausse les épaules.

- ouais. Je m’en doutais. Bon, voilà. Une des femmes…

- laquelle ?

- l’autre.

- disons la numéro 2.

- pourquoi 2 ?

- celle-ci, il lui montre la photo, est ma fiancé c’est donc la numéro 1.

- logique. Je disais donc, la numéro 2 a demandé :

« Tu es sûre de vouloir faire ça ?

- tu vois une autre solution, toi ?

- tu crois vraiment que personne ne se doutera de rien ? décidément tu ne fais jamais rien comme tout le monde !

- je sais ce que je fais ! même lui n’y verra que du feu, et quand il aura compris, ce sera trop tard ! »

- elle a vraiment dit ça ? vous en êtes certaine ?

- hum.

- continuez…

- vous en  êtes certain ? vous êtes encore plus pâle que tout à l’heure ?

- s’il vous plait…

- ok.

« - est ce que tu as tout ce qu’il faut ?

- pas compliqué de ce fournir. Il suffit de taper à la bonne porte !

- tu as tout prévu à ce que je vois.

- exact. Dés qu’il ferme les yeux. Bang ! »

- mon dieu…


Une larme glisse le long de sa joue.

La serveuse, un peu gênée, l’encourage.

- allons, se ne doit pas être si terrible, pourquoi vous mettre dans un état pareil.


Elle se met à rire.

- de toutes façon, si vous ne vous appelez pas Jean, si vous n’êtes pas riche comme crésus, et que vous n’êtes pas né de la dernière pluie vous n’avez rien à craindre !


L’homme relève la tête, la fixe. Puis sans un mot range les photos, se dirige vers la sortie. La main sur la poignée de la porte il se retourne, et le regard baigné de larmes lui dit :

- je m’appelle Jean, je suis multimilliardaire et apparemment je suis l’homme le plus stupide de la terre.


Le soir venu, allongé près de sa fiancée il attend.

Doucement il ferme les yeux…

La peur et le désespoir lui broient le cœur qui risque de cesser de battre à tout moment : bang !


La place à côté de lui est vide : il a dû s’endormir.

« Quel idiot, je suis ! »

 

Il décide de descendre quitte à en finir autant que ce soit en la regardant dans les yeux.

Derrière la porte de la salle à manger : des chuchotements.

Son cœur s’accélère…

Il prend une respiration et…bang…


Soudain il est aveuglé par une lumière vive.

« Est ce que c’est ça le paradis ? »

- alors tu me réponds ou est ce qu’il faut que tu réfléchisses ?


Devant lui, sa fiancée, agenouillée, qui lui demande pour la deuxième fois :

- dis donc je sais que cela n’est pas très dans les règles mais, Jean, veux tu m’épouser ?


Il bredouille, encore sous le choc :

- t’épouser ! oui bien sûr…

A ce moment, un bang suivi d’autres le font sursauter : dehors un magnifique feu d’artifice éclaire le ciel.


N’est pas cela que l’on nomme :

Un quiproquo.

 

Laure Bolatre

 

Une petite biographie...

 

Laure Bolatre

Laure Bolatre est née à Bourges comme Berthe Morisot et Vladimir Jankélévitch. D’une nature réservée et secrète elle préfère les longues balades au tumulte de la ville. Ces flâneries sont propices à l’inspiration de l’auteur qui s’installe alors dans sa bibliothèque pour écrire et mettre en forme ses libres pensées.
Dans ce monde très intime et personnel, l’auteur écrit avec aisance ce qu’elle ne peut dire et révèle l’attention qu’elle porte aux autres, à leurs rêves, à leur nature. Ainsi naissent ses personnages. Son premier roman « Mon miroir, mon âme » a pour thème la passion de deux êtres que leur funeste destin sépare.
Un prochain roman est à paraître avant l’été.

Laure Bolatre a reçu en 2010 et cette année, un prix « mention d’excellence » aux Poésiades. La remise des prix aura lieu à Bayonne le 12 mars prochain.

 


 

 

Publié dans l'invité d'Aloys

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Anniversaire 2011, un poème de J'anhou

Publié le par christine brunet /aloys

 

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ANNIVERSAIRE 2011 :

 

 

Je viens vers vous en ce jour ordinaire

Je viens à vos côtés, c’est mon anniversaire !

Pardonnez-moi si quelques fois j’ai l’esprit « noir »

J’ai le regard sur l’horizon « en entonnoir ».

 

Lorsque je viens vers vous ma plume s’époumone

Et j’ai le vers parfois qui pour vous fanfaronne.

Mais le labeur d’ici torture sans raison

Je suis mis à genoux, c’est ma « morte saison ».

 

Recevez de mon cœur mon simple humain message

Qui vous témoigne ici de mon humble passage.

Partageons cet instant d’un an de plus, merci ;

Partageons ce moment toujours trop court, ainsi.

 

Si je reviens chaque an comme au pèlerinage

C’est que votre présence est un fringant présage.

Je vous dois le bonheur de croire au lendemain ;

Ce partage avec vous pour moi tend une main.

06/2011

Publié dans Poésie

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Le stylo, une nouvelle de Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

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LE STYLO

L'objet que vous avez trouvé dans cette enveloppe appartenait à quelqu'un.

C'est l'objet auquel il tenait le plus au monde.

Vous allez raconter pourquoi.

Dans l'enveloppe j'ai trouvé la photo d'un superbe stylo qui m'a inspiré ceci...

 

Pierre de Bargues, vous connaissez ?

 

Grand Prix du Roman de l'Académie 1956, presque Prix Goncourt 1959, Pierre de Bargues est né en 1920. Après une jeunesse sans histoire, la guerre le surprend et l'empêche de poursuivre l'école. En 1945, il se retrouve orphelin et reprend des études qui le conduiront à une Licence en Lettres Classiques puis au Doctorat.

 

Dès 1950, il est professeur de français au Lycée Charles de Gaulle. C'est à cette époque qu'il a commencé à écrire et c'est aussi à cette époque qu'il a emménagé dans la maison voisine de la nôtre.

 

Toujours prêt à aider les jeunes du quartier, ses conseils en latin et en grec m'étaient d'un grand secours, moi qui n'avais guère d'intérêt pour les langues mortes. C'est sûrement grâce à lui que je suis sorti de mes humanités Latin-Grec !

 

Mes parents étaient fiers de moi et savaient à quel point il m'avait aidé à obtenir mon beau diplôme. Le samedi 27 juin 1964, on organisait une petite fête à cette occasion. Pierre y était bien sûr invité et après la traditionnelle coupe de champagne, Maman lui a offert un petit présent en remerciement. Pierre a soigneusement ouvert l'emballage et a montré le contenu de la petite boîte bleue : un magnifique stylo noir à la plume dorée, un cadeau de prix à n'en pas douter !

 

"C'est avec ce stylo que désormais j'écrirai mes livres", a-t-il déclaré.

 

Et il a tenu parole. Jusqu'à la fin de ses jours, on a pu le voir dans son bureau ou sur la terrasse ombragée occupé à écrire sur de grandes feuilles de papier blanc, son fidèle stylo à la main.

 

Pierre a quitté cette terre il y a peu et en vidant la maison, ses héritiers ont retrouvé la petite boîte bleue avec à l'intérieur le fameux stylo et un petit mot écrit de sa main : " Pour Louis, ce passage de témoin..."

 

 

Louis Delville

louis-quenpensez-vous.blogspot.com

 

Publié dans Nouvelle

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Une recette exceptionnelle, une nouvelle de Micheline Boland, Partie 2

Publié le par christine brunet /aloys

boland photo

 

Une recette exceptionnelle, 2e partie

 

 

Je me lançai dans la préparation d'un feuilleté de poissons accompagné d'un ragoût d'asperges et d'un petit flan aux herbes. Trois heures après, j'étais récompensé de mes efforts.

 

"Ma-gi-que." Elle répétait ce mot pareil à une incantation. Elle fixait l'assiette où elle venait de prendre un morceau du ragoût et un soupçon du flan, comme d'autres vénèrent le Saint Sacrement. J'en éprouvai un sentiment d'euphorie. Pour la première fois de ma vie, en communiant avec elle, je communiais avec l'univers tout entier.

 

"Donnez la boisson forte à celui qui défaille,

Et le vin à celui qui a l'amertume au cœur :

Qu'il boive et il oubliera sa misère,

Il ne se souviendra plus de ses chagrins."

(Proverbes septième partie 31-6 et 7)

 

J'avais accepté un banquet réservé par un client pour ce samedi midi de juin. Ainsi nous ne serions pas seuls. Il y aurait d'autres consommateurs qu'elle. Il y aurait mon second de cuisine, un serveur et mon maître d'hôtel. J'avais pris un risque mais il était calculé. Je lui préparai une table dehors, sous un parasol, près de la pièce d'eau et de la pelouse. Ainsi, elle ne serait pas importunée par les bruits du banquet qui se déroulerait à l'intérieur.

 

Ce matin-là, j'éminçai ma nervosité. Je préparai des petits pains au lard, à la sauge, à l'anis. Je confectionnai des cakes aux olives noires, un velouté glacé aux asperges, une effilochée de merlan au vin rouge, une estouffade d'agneau aux tomates, un mille-feuille au Munster fermier puis un soufflé aux cerises et des crèmes brûlées à la prunelle.

 

Pour la satisfaire, je misai sur un Saumur, un vin jeune et léger.

                                  

Je mettais ma réputation en jeu pour gagner quelques centaines d'euros. À treize heures, j'avais chaud. Mes muscles étaient tendus, mon ventre me faisait souffrir. Pourtant, au fil des heures, je retrouvai mon calme. Je pris mes dispositions pour aller régulièrement la servir et lui dire quelques mots.

 

Vers seize heures, elle me fit appeler. Elle me pria de m'asseoir près d'elle et me confia des sanglots dans la voix : "Vous êtes un véritable virtuose !" Elle prit ma main dans la sienne et nous demeurâmes un moment à écouter le gazouillis de moineaux. Son parfum de lavande embaumait délicieusement l'air.

 

"Il fit pleuvoir sur eux la nourriture de la manne

Et leur donna le blé du ciel."

(Psaume 77 versets 24 et 25)

 

Que faire braiser, étuver, frire pour lui plaire ? Quel vin lui proposer ? Face à elle, j'étais à présent pris de court. Je décidai alors qu'à sa prochaine visite, j'improviserais en sa présence.

 

Ce samedi-là, à son arrivée, elle m'offrit un ouvrage de Curnonsky à couverture jaune et un carnet où étaient répertoriées quantité de recettes. Elle posa un baiser sur ma joue, puis elle me demanda de lui préparer une mousse de gambas.

 

C'était sa première requête. J'y répondis avec plaisir. Comme dessert, elle désira une crème glacée à la cannelle. Je fus dans l'impossibilité de la satisfaire. Je me souvenais à peine avoir déjà réalisé pareille préparation. C'est ainsi que je découvris qu'elle connaissait mon répertoire de recettes  mieux que moi-même et que je conçus une certaine méfiance à son égard. Elle avait été un moteur. Elle devenait ma mémoire. Ses désirs m'enserraient.

 

"Ils se rassasient de l'abondance de votre maison,

Et vous les abreuvez au torrent de vos délices."

(Psaume 35 verset 9)

 

Début septembre, elle m'annonça qu'à partir de novembre, elle viendrait chez moi trois fois par semaine car elle avait décidé de prendre sa retraite anticipée et avait acheté une villa dans le quartier. Elle ajouta qu'elle serait heureuse de déjeuner de temps à autre dans la cuisine.

 

Mon sang se glaça. J'étais venu m'installer loin de chez mes parents pour échapper au contrôle qu'ils exerçaient sur ma vie. J'étais tombé dans un autre piège. Néanmoins, je ne dis pas que le restaurant était habituellement fermé les samedis et lundis midis. Je ne fis pas observer que la cuisine ne permettrait pas d'accueillir un hôte de marque. J'ébauchai un sourire.

 

"... Il a fait sucer le miel du roc

Et l'huile même de la pierre,

La crème de la vache, le lait des brebis

Avec la graisse des agneaux,..."

(Deutéronome 32 versets 13 et 14)

 

Un samedi de la mi-octobre, je la surpris qui esquissait dans un carnet un croquis de l'assiette que je lui avais présentée. Sous le dessin, j'aperçus des notes. De nouveau, j'avais été espionné. Quels secrets allait-elle dévoiler ? Ne travaillait-elle pas pour un concurrent ?

 

Les doigts et les pieds me fourmillaient. Son parfum de lavande m'écœurait. Cette femme m'irritait plus que jamais.

 

Elle se contenta pourtant de lancer de sa voix si claire : "Des idées pour votre futur livre de recettes."

 

"J'ai poussé comme la vigne des fruits à l'odeur suave,

Et mes fleurs sont des fruits de gloire et d'abondance."

(Ecclésiastique 24 verset 23)

 

Mon second s'était laissé convaincre. Il avait accepté de prendre le relais durant quatre semaines et j'étais parti au Maroc pour des vacances gastronomiques. Je demeurais à l'affût d'idées culinaires originales. J'étais loin mais mentalement je n'avais pas quitté mes casseroles. J'abondais de projets comme ce couscous aux écrevisses ou cette pastilla de caille. Malgré tout, je devais m'avouer que je pensais encore à elle. Les jours passant, je me culpabilisais de l'avoir abandonnée.

 

"La langue du nouveau-né s'attache à son palais, tant il a soif;

Les enfants demandent du pain,

Et personne ne leur en donne."

(Lamentations Quatrième Elégie verset 4)

 

Le mercredi après-midi, à mon retour, je la surpris dans ma cuisine. Elle pelait des poires tandis que mon commis faisait mousser du beurre dans un poêlon. Lorsqu'elle me vit, elle se précipita pour m'embrasser.

 

"Reprenez vite les rênes", fit-elle.

 

En quelques mots, mon employé m'informa de la situation. Elle jouait les petites mains et testait la plupart des préparations. En fin de journée, la sentence était souvent la même : "Qu'il revienne apporter sa touche !"

 

Ce n'est que le lendemain, que je fus mis au courant de son initiative. Elle avait convié des journalistes pour un repas au cours duquel je pourrais laisser s'exprimer mes talents. Bien entendu, cela serait à ses frais…

 

"On t'a établi roi du festin ?

Ne t'en élève pas.

Sois au milieu des autres comme l'un d'entre eux."

(Ecclésiastique 32 verset 1)

 

Mon escapade n'avait pas inversé le cours des choses. Elle s'incrustait comme la rouille, la mousse ou le lierre. La guerre était déclarée mais elle n'en sut rien ! Son odeur de lavande m'était devenue insupportable.

 

Le mois de mars m'inspira une recette alliant raie, citron, câpres, mort aux rats et purée de pommes de terre à l'huile d'olive. Elle dégusta et jugea cela "divin, admirable, juste un tantinet trop aigrelet". Les derniers clients partis, le personnel termina son travail et nous laissa en tête-à-tête…

 

A présent, je suis réputé pour mon pâté de viandes fines à la lavande. Quiconque en déguste est conquis ! Mais je vois déjà se tarir ma source d'approvisionnement !

 

"Qui garde sa bouche garde sa vie.

Qui ouvre trop ses lèvres se perd." (proverbes 13 verset 3)

 

 

Micheline Boland

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Publié dans Nouvelle

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