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Philippe Desterbecq a lu "Sauvetages" de Nadine Groenecke

Publié le par christine brunet /aloys

 

Phil D

 

 

 

Je vous ai déjà parlé de Nadine Groenecke, un des chevaux de la maison d'édition Chloé des Lys. Un cheval qui figure dans mon tiercé gagnant.

Nadine écrit bien, très bien, son style est enjoué, accrocheur; son vocabulaire est recherché, son imagination débordante.

Si j'ai beaucoup aimé ses nouvelles, je me suis régalé avec son premier roman.

Au départ, un fait divers inspiré par la mort annoncée à tort de Pascal Sevran. L'imagination débridée de Nadine a fait le reste.

Jacques Mervan est un auteur et un critique littéraire. Il vit seul, il déprime, il se noie dans l'alcool; sa vie est insipide malgré les succès littéraires qu'il connait.

Un jour, il regarde une émission à la télévision. L'annonce de sa mort par le présentateur vedette est un électrochoc qui le fera sortir de sa dépression.

Tout d'abord, il file chez sa mère. A-t-elle entendu l'annonce, elle qui ne manquesauvetages.jpg l'émission pour rien au monde? Si oui, l'annonce de son suicide n'a-t-elle pas eu un effet désastreux sur son vieux cœur? Mais sa mère est endormie ou du moins elle parait endormie car il l'ignore encore mais sa propre maman joue là le rôle de sa vie. Et si c'était elle qui tirait les ficelles de son existence?

On ne peut pas jouer avec le destin. Sa chère maman l'apprendra bien vite car rien ne se passe comme elle l'a prévu.

Un livre que j'ai beaucoup aimé. Je salue ici l'écriture de Nadine mais aussi son imagination. Un simple fait divers entendu à la télé l'a emmenée loin, très loin, là où le lecteur ne s'y attend pas.

Bravo Nadine. Sois attentive aux infos. Dès qu'un élément retient ton attention, fonce et offre-nous un deuxième roman à la hauteur de celui-ci.

 

 

Philippe Desterbecq

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Publié dans Fiche de lecture

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A la Une... Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

Rimbaud-2011-015.JPGSamedi 10 septembre, c’était la fête à Charleroi ! Dans le cadre des journées du patrimoine dédiées à la pierre et aux écrits, tout un quartier de la ville basse rendait un hommage à Arthur Rimbaud, qui on le sait, passa quelques jours dans cette ville qui allait devenir un maillon important dans l’histoire industrielle de notre pays.

 

Un hommage à Rimbaud dans les rues de Charleroi ! Une ivresse !

Grâce à la collaboration de l'Union des commerçants de Charleroi, desRimbaud-2011-014.JPG riverains, et de l'asbl Charleroi centre-ville, différentes animations ont semé des étincelles...Des diaporamas relatant la vie de Rimbaud, le Charleroi de cette époque, un remake du cabaret vert... Rien ne manquait et l'ombre de l'homme aux semelles de vent planait sur chaque façade...Devant le café les mille colonnes, des textes de Rimbaud s'élançaient entre deux rayons de soleil, poussés par quelques musiciens et la voix de Luc broché. Merci à Luc Broché, Alice Bosq, Elaine Magnette et Marc Hubert ...

On brûlait le fer, on gravait les parchemins ...

Sur un grand bi, Etienne de la librairie Fafouille, en costume d'époque, pédalait ... 

 

Merci à Anne-Catherine Bioul, coordinatrice de l'évènement....

Mon texte dédié à Rimbaud, Dans les rues de Charleroi vit sa vie, il est affiché sur trois des fenêtres des Mille Colonnes...

Que rêver de mieux ?

 

 

               Dans les rues de Charleroi ...

 

Dans les rues de Charleroi sous le ciel

Gris et bas

Tu avais déchiré tes bottines

Avais-tu faim, avais-tu froid

Les chemins des usines

Paysages industriels

Au cabaret - vert

Tu demandas des tartines

Et une ou deux bières.

 

Je marche souvent

Depuis longtemps déjà

Dans les rues où tes pas

M'ont donné rendez-vous

Je cherche parfois

Ce cabaret - vert

Une tartine de jambon

Et une ou deux bières

Vers cinq heures du soir

L'heure où les gueules noires

Déminaient les secrets

Souterrains et sans sous.

 

Etait-il ici était-il là

Abri des chiens abri des loups

Ce cabaret - vert

Les pieds en sang

Tu t'arrêtas

Te rassasias

Bus quelques bières

As-tu écrit sur la table ?

  Ensuite qu'as-tu fait de ta nuit ?

Sur les quais de la Sambre

Où t'es-tu endormi ?

Dans quel hôtel quelle chambre

As-tu écrit sur la table ?

Souffle-le moi dans le vent

Dans les fumées des usines

Souffle-le moi souffle les mots

Huit consonnes et cinq voyelles

Tes écrits pleuvent dans les ciels

Sur les quais de la Sambre

Les pavés te disent merci

Toi le poète le créateur de mots

Toi l'Africain le surhomme

Les chemins se rappellent

Et te nomment

  Arthur Rimbaud.

 

Carine-Laure Desguin

Auteure de RUE BARAKA ( Ed Chloé des lys )

 

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la-braise-septembre-2011-006.JPGLa Braise, rue Zénobe Gramme à Charleroi, organise plusieurs fois par an  une exposition  afin de donner une chance à de jeunes artistes. C’est Piet Vandenhende, un peintre-sculpteur qui est à l’origine de ce mouvement qui donne rendez-vous à des créateurs originaux…

 

Ce week-end ( du 09 au 11 septembre 2011 ), dans une salle toute rénovée,la-braise-septembre-2011-005.JPG cinq artistes très motivés ont présenté leurs sculptures et peintures :Jean-Michel Wanli, Olivier Evaldre, Pascale Badot, Marie-Christine Montigny, et Pino Bonelli.

 

Merci aux organisateurs de cette expo qui donnent la parole à tous les créateurs puisque mon texte L’Eclipse reste accroché là, en permanence…Ces mots jetés sur le papier relataient la vie difficile de Piet Vandenhende, un artiste issu des trottoirs urbains …

 

http://carinelauredesguin.over-blog.com/article-piet-69025754.html  

 

 

Carine-Laure Desguin

 

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RUE-BARAKA-en-vitrine-chez-Moliere---001.JPG      La librairie Molière de Charleroi consacre une vitrine aux auteurs de la région et ceci dans le cadre des journées du patrimoine ayant pour thème cette année « des pierres et des lettres »…

« RUE BARAKA » de Carine-Laure Desguin était là, bien visible !


 

 

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Christine Brunet a lu "Pensées noires" de Jean Vigne

Publié le par christine brunet /aloys

Photo Christine Brunet

 

J'ai découvert Jean Vigne lors de ma toute première visite sur le forum Chloé des lys... Un sondage pour la couverture de son nouveau roman. Bon, pour être franche, elle a été longtemps pour moi un frein à la lecture de ses textes. Et puis le manque de fiches de lecture ou de retours pour un auteur qui semblait mêler mes deux genres préférés, policier et fantastique, m'a poussée à passer outre mes réticences.

 

Mais quelle bonne idée j'ai eu en commandant "Pensées noires"!

 

Certes la couverture, toujours cauchemardesque... mais le texte... Waouh ! style simple,http://www.bandbsa.be/contes/penseesnoires.jpg facile, une intrigue qui joue avec le possible, des personnages torturés, ballotés par la vie. L'histoire ? bien ancrée dans la réalité qui dérape. De la violence ? Mais qui a dit que je tue beaucoup dans mes bouquins ???? mes personnages n'arrivent pas à la cheville d'Olivier, l'un des protagonistes. Un roman documenté sans être fastidieux à force de détails, très localisé géographiquement : sans doute ce qui ancre le plausible dans la réalité.

 

Un livre à découvrir ! Moi, je regrette de ne pas l'avoir fait plus tôt. Mais je vais me rattraper et pas plus tard qu'à la rentrée, comptez sur moi !

 

Christine brunet

www.christine-brunet.com

 

www.passion-creatrice.com

www.aloys.me

Publié dans Fiche de lecture

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Changement de cycle, une conte pour la rentrée de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

boland photo

 

CHANGEMENT DE CYCLE

 

1er septembre, jour de rentrée scolaire. Ben a beau avoir huit ans, avoir déjà l’expérience de deux rentrées à la "grande école", le cœur n’y est pas. Difficile de faire le deuil des jours de liberté, de jeux improvisés avec les cousins et les voisins, des pique-niques au jardin. Difficile de se séparer du cocon familial pour se plier aux exigences ce Monsieur Baudouin, un instituteur qui, voici des lustres, a déjà été celui de son père. Une sorte d’ogre exigeant. "Tu sais fiston, les premiers jours, je tremblais tellement face à lui, que mon écriture était devenue quasiment illisible. Heureusement, Oncle Bernard était dans ma classe. Il suffisait que je lui adresse un petit regard, pour reprendre courage…"

 

Qu’est-ce son père lui en a parlé de ce Monsieur Baudouin ! "C’est grâce à lui que l’ordre est devenu ma seconde nature. Le jour de Saint Nicolas, il a offert à chacun une flûte à bec en plastique. C’est lui qui nous a appris à en jouer. Mon goût pour la musique, c’est à lui que je le dois. Quand nous avions les yeux dans le vague, il nous interrogeait. Quand nous répondions bien, il disait que certains élèves ont l’air de rêver alors qu’ils réfléchissent. Il nous prouvait ainsi qu’il ne faut pas se fier aux apparences !"

 

Comment ne pas avoir peur de ce Monsieur Baudouin, sorte de super Papy tout puissant et omniscient que son père évoque avec une telle palette d’émotions dans la voix ?

 

Jusqu’alors, Ben n’a connu que des institutrices, jeunes, maternelles et spontanées. Cette année, cela change.  

 

Heure H…

 

Ben s’assied où Monsieur Baudouin le fait asseoir. Monsieur Baudouin commence par passer en revue les règles de vie en classe. Ce n’est pas gagné d’avance ! C’est en vain que Ben cherche à croiser le regard de ses copains Greg et Mathieu tandis qu’il recopie le règlement à la deuxième page de son journal de classe. Son écriture est tremblée comme devait l’être celle de son père. Tous, ils sont tous comme empruntés et timides face à cet instituteur qui les ouvre à un nouveau cycle.

 

Ben regarde un moment par la fenêtre. Même pas un oiseau dans le platane, même pas un ballon dans la cour. Soudain, il aperçoit Chipie. Oui, c’est bien sa chienne qui se trouve là au pied de l’arbre. Quelque chose de la douceur de la maison, ici, à l’école, en ce début septembre.

 

Chipie, aux aguets comme lui-même devrait l’être. Il n’est plus seul avec ses craintes. Pour affronter les aléas de la vie, il connaît des filles comme sa sœur aînée qui gardent la photo d’un ami ou d’un parent dans un coin du cartable ou du plumier. D’autres, comme sa mère, portent un médaillon que leur a offert un être cher. Lui, c’est un être vivant, sa fidèle compagne de jeux qui l’a accompagné jusqu’à l’école en ce jour particulier. Déjà, il se sent plus confiant.

 

Juste un regard de temps en temps vers le pied du platane, pour reprendre  pouvoir sur lui-même. Son écriture devient plus ferme, ses acquis lui apparaissent de nouveau maîtrisés. Quand Monsieur Baudouin lui demande de lire ce qui est écrit sur le tableau, Ben le fait d’un ton assuré.

 

Lorsque la sonnerie retentit pour annoncer la récré, il semble à Ben qu’il s’est déjà acclimaté au nouveau cycle.   

 

Dès qu’il est dehors, Ben cherche Chipie. Elle n’est plus là. Les caresses de remerciement, ce sera pour la fin de l’après-midi, juste avant de recouvrir les cahiers avec ce papier bleu qu’il a pris tant de plaisir à choisir…

 

Micheline Boland

homeusers.brutele.be/bolandecrits

Publié dans Nouvelle

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Philippe Desterbecq a lu "Trop plein" de Nadine Groenecke

Publié le par christine brunet /aloys

 

Phil D

 

Nouvelle découverte pour moi : Nadine Groenecke.

photo couverture nad

Dès les premiers mots, Nadine a réussi à m'embarquer dans ses histoires qui forment le recueil intitulé - Dieu sait pourquoi - "Trop plein". Sur la couverture, la coupe déborde, voilà peut-être la raison du titre donné à cet assemblage de dix nouvelles à lire absolument.

Mais interrogeons l'auteure à ce sujet. Nadine, pourquoi ce titre?

Trop-plein sous-entend un trop-plein d'émotions. Le cocktail de la couverture du livre les symbolise : un mélange qui déborde. Il existe six émotions de base (peur, tristesse, joie, dégoût, surprise, colère) et je pense les avoir toutes relatées à travers mes nouvelles.

Le crabe.

"Faire le vide dans ma tête. Ne plus penser. Me laisser bercer par la musique ambiante..." Les premiers mots de cette première nouvelle annonce la couleur : L'héroïne n'est pas bien, pas bien dans sa tête qu'un crabe dévore lentement, pas bien dans son corps.
"Ca y est, j'ai lâché prise, je suis ailleurs, si loin ... je suis à nouveau une petite fille." Les souvenirs affluent et sont reliés au présent par un lien que le lecteur ne découvrira qu'à la fin.

Double métamorphose.

Imaginez que vous êtes une jeune femme sans grand intérêt, au physique ingrat et que vous rencontriez Apollon en personne. Que seriez-vous prête à réaliser pour un seul regard de lui? Accepteriez-vous une totale métamorphose de votre personne? Elodie a tout fait pour plaire à l'homme dont elle est secrètement amoureuse mais ... n'a-t-elle pas subi toutes ces transformations pour rien? Le dénouement n'est pas celui que le lecteur attend.

La retrouver.

 Carole n'a plus vu son amie Bérénice depuis 10 ans et voilà que celle-ci se rappelle à son bon souvenir. Carole est tout excitée à l'idée de la retrouver mais c'est sans compter sur le destin qui se charge de changer le cours des choses.

Retour de mission.

 Cécile n'en peut plus; elle est seule pour élever ses deux enfants et s'occuper de tout. Son mari est militaire et se trouve dans le golfe du Mexique; il lui promet son retour pour samedi ...

Goute.

 Le lycée. L'adolescence. L'héroïne est secrètement amoureuse d'un garçon un peu différent des autres. Le destin les réunira-t-il?

Sept roses rouges.

Cyrielle attend son mari. C'est aujourd'hui le septième anniversaire de leur mariage et elle est sûre que Vincent va lui faire une surprise. Mais la surprise n'est pas celle qu'elle attendait...

A n'ouvrir qu'une fois dans l'avion.

 Sabine part seule en Crête. Là-bas elle rencontre un homme charmant avec qui elle passe des moments merveilleux. Au moment de se quitter, il lui donne un petit paquet à n'ouvrir qu'une fois dans l'avion...

Le nouvel atelier.

Mathilde se rend pour la première fois dans un atelier de peinture. Là-bas personne ne l'attend...

Peut-être la nouvelle que j'ai préférée par l'ambiance que Nadine a réussi à créer.

Le jardin d'Eden.

Un couple emménage dans une nouvelle maison. Le jardin leur faisant face est un véritable paradis. L'héroïne de cette nouvelle n'aura de cesse que de construire son propre paradis...

Tout peut arriver.

 Madame Robinet est enseignante dans un lycée, elle a quelques classes très difficiles à gérer. Un jour, elle se casse le col de fémur. Sa remplaçante saura-t-elle faire face?

Ces dix nouvelles sont très bien écrites, les mots bien choisis, le style fluide et clair. Voilà quelques textes à lire sur la plage ou ailleurs cet été. Un très bon recueil qui a reçu le prix Victor Hugo.

A lire aussi, de Nadine Groenecke : Sauvetages, roman.

 

 

 

Philippe Desterbecq

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Poème pour un mécanicien, des vers de Georges Roland

Publié le par christine brunet /aloys

 

rolandtete

 

POEME POUR MECANICIEN

 

 

Extrait du grand florilège : Pour faire pleurer Margot,

Voici l’histoire - la triste histoire - histoire réservée

Aux mécaniciens d’automobile, voici donc l’histoire

Navrante, mais authentique, du Piston et de la Bielle.

La valse, bien sûr, sera à quatre temps.

 

Un piston était amoureux d’une bielle

Rencontrée au grand bal de la chaîne de montage

Le piston mit sa chemise la plus belle

S’étant plus tout de suite ils conclurent mariage

Il s’unit pour toujours à sa tendre amie

On alluma des bougies pour la fête

On fit venir des culbuteurs de la famille

On défila devant eux arbre à cames en tête

Mais voici qu’un beau jour la perfide bielle

S’amouracha d’un vilebrequin odieux

Qui habitait le même palier qu’elle

Dont le port élégant lui avait ravi les yeux

Et le piston pleurait de tous ses segments

Ses larmes inondaient la petite bielle

Mais sans vergogne la perfide et cruelle

Continuait de danser au bras de son amant

 

Alors le piston brisa leur alliance inutile

Le segment de feu arracha sa chemise

Quelque chose clocha dans l’automobile

La bielle repentante coula et ce fut la crise

 

(extrait de « Chansons de Roland »  éditions bernardiennes)

 

Georges Roland

www.georges-roland.com

Publié dans Poésie

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Christine Brunet a lu "A fleur de peau" de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

Photo Christine Brunet NB

 

Méfiez-vous des coups de chaleur ! Fuyez la retraite ! Ce recueil est celui des "bleus à l'âme, du vague à l'âme". Il est celui des mesquineries, des coups de sang, des travers peu reluisants de l'âme humaine. Le ressort se brise, un dixième de seconde et tout bascule... Folie d'un instant, capital.

A côté de cela, comme des pauses musicales, des nouvelles douces-amères, tristes, qui nous préparent à la suite.

Des textes courts, des personnages taillés au scalpel dans la pâte à modelerNouvelles-peau-1.jpg de la vie... réfléchissez... Et si cette femme exaspérée, c'était vous ? Oui, vous ! Vous qui avez sans doute déjà ressenti ce qu'elle ressent... Il ne manque plus que l'instant fatal... Cet instant furtif qui ne vous a pas encore échappé...


Site auteur : homeusers.brutele.be/bolandecrits

Blog : micheline-ecrit.blogspot.com

 

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

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Reine Bale : "Je n'ai pas besoin d'admirateurs, mais de lecteurs"

Publié le par christine brunet /aloys

Reine Bale... Avant tout un nom pas courant, une intervention remarquée sur le forum Chloé des lys et une première de couverture... Quoi ? Vous ne l'avez jamais vu ? Pas possible ! Et bien sachez qu'elle est sans doute à l'origine de cet interview... Pourquoi ?http://www.bandbsa.be/contes2/agederaison.jpg Parce qu'elle est tout sauf banale, tiens !

 
Reine Bale, une petite présentation ?
Reine Bale : nom d'auteur. Mon vrai nom ? Je le garde pour moi. La raison : je suis aussi prof de lettres et ne souhaite pas que mes élèves sautent sur les scènes croustillantes de mes romans pour me tailler une réputation. La création est une liberté qui n'admet pas l'auto-censure. Quant à me présenter intimement, je pense que mes livres le feront mieux que moi. Ou d'autres personnes. Mais pas moi..

Je suppose que ce nom de plume a une histoire... Tu nous la racontes ?
Ce nom de plume est mi-fabrication, mi-héritage : Reine, mon second prénom est le prénomhttp://www.bandbsa.be/contes2/balereine.jpg legs de ma grand-mère. Après tout, chez un écrivain plane l'esprit des ancêtres et il se trouve que ma grand-mère était une femme que j'adorais. Endosser son nom, c'est un hommage mais aussi un défi, une invitation à "accroître sa puissance d'agir" pour paraphraser Spinoza. Et puis il y a "Bale", une combinaison de syllabes de mon nom marital et de mon nom de jeune fille. Ce nom croise ainsi toutes les identités, passées et présentes qui se sont fixées en moi. Ah ! j'oubliais...J'aime bien le côté désuet de ce pseudonyme.

Depuis quand écris-tu? Pourquoi ? Un déclencheur ?

Il n'y a pas eu un déclencheur du type catastrophe ou événement révélateur ; la littérature, j'ai grandi avec et je ne peux pas dire comment ni pourquoi il s'est avéré indispensable d'écrire à mon tour. C'est une histoire d'émancipation intellectuelle par rapport à des modèles littéraires particulièrement révérés. C'est venu à l'adolescence, à l'âge de la révolte et des métamorphoses physiques.
 
Lesquels ? Ceux que tu cites plus bas ? Pourquoi ceux-là ?
Ceux cités plus bas (Philip Roth, Saul Bellow, Tolstoï...) sont effectivement ceux avec lesquels je dialogue quand j'écris. Ils me rappellent à chaque fois ce qu'un roman contemporain peut être : une prise de liberté dans le ton et la narration (comme les Face-FS86-Ngen3-Yael2.jpgdigressions de P. Roth dans Portnoy, ou bien les réflexions qui, écrites en italiques dans Herzog de Saul Bellow, imitent le désordre et la spontanéité de la pensée au coeur de l'événement), une fine observation des milieux à un instant de l'Histoire (guerres napoléoniennes dans Guerre et Paix, voir le dialogue qui ouvre le roman) et ce que ces modifications historiques (sociales, économiques, techniques) génèrent chez les individus (dans leur façon d'appréhender le monde de façon très intime).

Donne-moi une définition de l'écriture :
L'écriture est, à mon sens, ce qui fait le lien entre le corps et l'esprit. Les mots forment un univers physique de sons, et de sensations tout en convoquant ce qu'il y a de plus immatériel chez l'homme : sa pensée, son imaginaire.
 
Définis ton style :
Le style que j'ai adopté est celui qui tente sans cesse de mettre la fiction au service de la réflexion ; ce n'est pas une écriture directe, (faite simplement du premier degré de l'écriture, à savoir dire pour déverser sentiments ou émotions). Non, je souhaite parvenir, en général au terme d'un travail important de correction et de re-écriture à dessiner -au-delà de la phénoménologie- une fiche d'identité des grandes problématiques de la société contemporaine. Une fois que l'idée est claire, je laisse à la spontanéité le soin d'offrir une carnation à mon propos.
 
Je n'ai pas encore lu ton livre mais... Tu sembles parler d'engagement au travers de l'écriture ou plutôt de reflet de notre société... Pourquoi choisir cette approche et pas une approche plus détachée, moins sociologique ?
D'engagement, non. Je n'imagine pas détenir une vérité qu'il faudrait absolument que je transmette ! Je laisse aux fous le soin d'évangéliser leur monde de leurs paroles insensées100_2704.JPG ! J'essaie simplement d'atteindre une forme de justesse "typologique" si l'on veut. Un roman met en place des personnages qui doivent être, pour n'importe quel lecteur, reconnaissables : à mon sens, il est important de respecter le critère de vraisemblance qui permet l'identification. Pour dresser des portraits fins et surtout justes, échapper à la caricature ou au contraire traduire la caricature quand c'est "vrai", il faut bien un peu observer, s'intéresser, s'informer ! Il y a ce que l'on connaît (certes, c'est une base), ce que l'on sent et ce qu'il manque à notre connaissance pour éviter les lieux communs. Par exemple, en ce moment, j'achève un roman dont le personnage est une très vieille dame qui finit sa vie en maison de retraite ; il m'a tout de même paru indispensable de me déplacer dans des maisons de retraite pour tenter de répondre à la question importante dans nos sociétés contemporaines : qu'est-ce que finir sa vie quand on l'achève dans une maison de retraite ? Vue d'ici, la réponse aurait pu être "c'est horrible, quelle horreur..."; bien sûr, on découvre cet aspect des choses. Mais quand on va voir de plus près, on s'oblige à nuancer. On rencontre des personnes aux parcours variés et qui n'ont pas toutes la même vision de ce qu'elles vivent. A partir de ces données contrastées, je fais une synthèse et c'est comme ça qu'un personnage de roman prend forme.
 

Du coup, j'aimerais savoir comment tu construis tes personnages, s'ils sont le reflet de ton environnement et, au-delà, de notre société. T'attaches-tu à tes personnages ? As-tu du mal à les quitter après le point final ? Peut-être ne sont-ils que des moyens de reproduire ton environnement ?
Un personnage n'est jamais qu'une synthèse fictive ; je n'en suis plus au stade où je crois que l'on brûle avec sa création ! (adolescente, j'imaginais l'artiste en proie à d'horribles tourments...Bon, on grandit, on travaille et on quitte la version romantique de l'écrivain en fusion avec son sujet.) Empathie, oui ; schizophrénie, non ! Un personnage est lié à l'auteur puisqu'il en émane ; il nous révèle inconsciemment. Mon effort est celui de dépasser le "je" pour atteindre un "on" ; que les traces de la société soient visibles sur le personnage. 
 
Ton univers littéraire :
mon univers littéraire est fait d'auteurs américains (P.Roth, S
aul Bellow), d'auteurs russes (Tolstoï surtout).
Tiens... Tolstoï est, sans doute, l'auteur russe de cette époque le moins engagé et le plus formel... j'aurais cru que ton approche de l'écriture t'aurait plutôt rapprochée de Dostoïevski... : pour Tolstoï, il y a méprise, je pense. C'est un des rares auteurs qui a tenté de mettre en pratique ses idées (et on sait à quel prix ! au prix de presque deshériter ses propres enfants, d'éloigner sa femme au nom du renoncement à ses richesses...) Et quand on lit Anna Karénine, il y a certes le portrait d'un adultère maiscouvreine-bale.jpg aussi avec le couple Kitty/Lévine (qui reproduit les idées de Tolstoï) la mise en place d'une émancipation de la condition paysanne maintenue jusqu'alors dans le servage. Justement, Tolstoï me plaît parce qu'il avait des idées ! Quant à Dostoiëvski, il y a un côté "mystique religieux christique" qui me dérange par moments. 

Et il y a également les auteurs français qui ont érigé le roman en oeuvre d'art aboutie (Flaubert, Proust, Balzac) et puis de tous ceux qui n'ont pas relégué le roman à la tentation du divertissement ou à la plus abrupte théorie.
Donc, pour toi, le roman, c'est quoi, exactement? et surtout, que doit-il être ?
Soyons clair : je ne veus pas m'ériger en théoricienne du roman. Néanmoins, beaucoup de gens écrivent des romans. Beaucoup, beaucoup...Certains confondent "roman" et "déversoir"; "roman" et "fabulette", "roman" et "objet de distraction" (remplaçant avantageusement une émission de télé sur la plage). A ce train-là, c'est gentil un roman, ça se lit comme on se fait un bon resto...Bon, d'accord, c'est une possibilité. On peut aussi envisager les choses autrement : l'art est exigeant ; il réclame du travail, des connaissances, et le plaisir de l'effort. Il réclame, pour ne pas être confondu avec le reste des productions écrites, une signification et au minimum, de la part du créateur de s'être interrogé un peu : qu'est-ce que je veux dire ? pourquoi écrire ? quelle réflexion j'amène ...?
 
Ton rapport avec tes lecteurs : difficile d'être lue? Pas du tout ? Ecris-tu pour toi, pour les autres? Explique...
ll n'est pas difficile de me lire parce que je déteste ennuyer. Je tente (et j'espère y parvenir) donner à chaque passage de mes romans une matière à sentir, à penser, à rire, à se révolter. C'est pourquoi, je corrige beaucoup. L'action (psychologique ou évènementielle) doit être savamment dosée pour permettre à la lecture de ne pas s'enliser. Ensuite, il y a l'écriture elle-même : j'aspire à atteindre une sorte de sobriété formelle où les mots, assemblés avec fluidité, retentiraient comme des évidences. Est-ce que cette intention est ressentie par les lecteurs ? Cette question, je ne peux y répondre : on m'accuserait de forfanterie ou de fausse modestie. Mais j'attends beaucoup de la publication de mon roman : il me permettra, je l'espère d'élargir, la base de mes lecteurs et donc d'obtenir (peut-être) des retours contrastés. Ce serait intéressant. J'aime que le livre soit l'occasion d'un échange : l'écriture est quand même un acte de communication au sens le plus noble du terme.
 
L'écriture n'est-elle pas, avant tout un moyen très personnel de s'exprimer, de se dévoiler ? (le pourquoi de ton nom de plume, par exemple). Quant à l'acte de communication, il faut qu'il y ait retour du lecteur, sinon il ne reste que dans un seul sens... ce retour est loin d'être systématique, parfois même pauvre... Non ? L'écriture sera-t-elle alors aussi satisfaisante ?
Dans le fond, en tant que lectrice passionnée, je n'ai pas besoin que Tolstoï soit à mes côtés pour lui parler...Le livre établit une communication si profonde qu'elle peut se faire en l'absence de la personne physique. Quand je parle de communication, je parle...allez, osons le mot, de lien spirituel. Je n'ai pas besoin d'admirateurs, mais de lecteurs. J'espère simplement en avoir quelques uns car on écrit pour être lu. Pas forcément un grand nombre. Ni de très bavards. Quelques uns au-delà de mon cercle à moi.
Vous désirez en lire un peu plus au sujet de Reine Bale ? http://reinebale.canalblog.com/link

Christine Brunet
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Publié dans interview

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L'étranger du square, un texte de Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

delvilletete

 

L'ÉTRANGER DU SQUARE

Il ou elle est assis(e) sur un banc. Pas d'ici. Mais d'où ? Il ou elle paraît un peu perdu(e).

Vous l'observez du coin de l'œil. Et alors ?

 

Le vieil homme s'est assis là, il semble somnoler et pourtant à chaque bruit, à chaque passage, il a observé, il a écouté.

 

Un chien est venu près de lui. Un de ces chiens sans race qui traîne ses puces dans les jardins publics à la recherche d'un peu de nourriture ou d'une hypothétique caresse.

 

L'homme a probablement tendu la main, le chien s'est approché prudemment puis est venu se frotter contre la jambe du vieil homme. Déjà, ils semblaient amis, la main s'était attardée sur la tête de l'animal.

 

Pendant de longs moments, ils sont restés ainsi, liés par cette caresse. Le chien s'est assis et a posé la tête sur les genoux de l'homme avant d'oser y mettre une patte puis deux.

 

Le contact s'est fait plus intime. Maintenant, le chien est couché sur le vieil homme. Ils semblent ne plus former qu'un seul et même personnage étrange à tête d'homme et à pattes de chien : Le symbole même de l'amitié et de la connivence...

 

Tout le monde n'a d'yeux que pour eux. Pourtant personne n'ose s'avancer plus près. Il y a bien deux ou trois touristes qui osent une photo mais en faisant attention à ne pas troubler leur doux repos.

 

Le guide s'éloigne à pas feutrés, le groupe suit.

 

"Et maintenant, Mesdames et Messieurs, après "le dresseur de chien" de Rodin, nous passons à la statue suivante, "Hercules et Apollon"…

 

Le lendemain, en repassant par ce jardin public rempli de statues, j'ai revu Héraclès, Apollon et bien d'autres. À la place du banc et de l'étrange couple de bronze représentant un guerrier grec et son compagnon à quatre pattes, il n'y avait qu'une pancarte : "Les chiens doivent être tenus en laisse".

 

Louis Delville

louis-quenpensez-vous.blogspot.com

 

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Trio... Une nouvelle d'Anne Renault... Deuxième partie !

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

renaultanne

      TRIO, suite...

 

 


 

Marie envisagea avec une sensation de grand malaise l'éventualité d'une crise de larmes. Mais Sarah reprit, plus calmement:

              - Pardon, dit-elle, voilà, je vous explique. J'ai une amie, Carine, ma meilleure amie en fait, on peut dire que nous sommes très proches. Elle est malade depuis quelque temps déjà, et hospitalisée. C'est moi qui m'occupe d'elle. Une autre femme seule, eh oui... Je vais la voir tous les soirs en sortant du travail, je prends soin de sa maison, je lui relève son courrier, je tâche de la réconforter aussi. Ce n'est pas toujours facile... On m'a appelée ce matin, de l'hôpital, il est impératif que je lui apporte des vêtements aujourd'hui. C'est pour cela que je dois me rendre chez elle, et après à l'hôpital. Alors, vous pensez, quand j'ai vu que je n'y arriverais pas, j'ai paniqué, vous êtes ma dernière chance.

         Marie pensa que tout cela était un peu exagéré, Sarah semblait exaltée. Mais enfin, elle pouvait comprendre, l'amie malade, gravement peut-être, la fatigue de la semaine, et puis se heurter à cette impossibilité de transport, le froid, la pluie, les déplacements inutiles dans la ville, on pouvait imaginer de l'angoisse, comme si le monde s'était ligué contre elle pour l'empêcher de rejoindre Carine, de l'aider.

D'un ton apaisant, elle dit:

           - Ne vous inquiétez pas, Sarah. Moi, je m'appelle Marie, et quel hasard, n'est-ce pas, je suis seule aussi et tout à fait libre de mon temps, ce soir. Dites-moi où vous voulez aller et, après, je vous conduirai à l'hôpital.

          Et à énoncer ces simples mots, à se trouver ainsi près d'une inconnue, à qui elle était en mesure de rendre un service apparemment important, Marie sentit une chape de douceur, légère et chaude, l'envelopper tout entière. Comme un apaisement, la mise en place d'énergies vacantes et, elle s'en rendait compte maintenant, plutôt lourdes à porter. Des paroles montèrent à ses lèvres, qu'elle retint de justesse: « Savez-vous que c'est moi qui vous suis redevable ? Cela me fait du bien, vraiment, de pouvoir vous aider ». Mais dire cela, c'était trop... personnel. Eh puis, elles n'étaient pas là pour se faire part de leurs états d'âme.

                  - Indiquez-moi le chemin et allons chez Carine, dit-elle.

La voiture repartit, roula quelque temps dans des rues calmes, loin du trafic du centre.

                  - C'est ici, dit Sarah.

Un immeuble jaune, banal. Marie se gara en face de l'entrée, sur le parking d'une petite supérette, qui flamboyait dans la nuit. Des gens entraient et sortaient, chargés de paquets, de sacs garnis de provision pour le week-end. Chacun allait vers son refuge, sa cage, son nid. Presque tous se retrouveraient en famille, tourneraient le dos à la froide nuit de Novembre, feraient les préparatifs d'un repas plus détendu, sans la perspective d'un lever trop matinal, le lendemain.

 Marie éprouva vivement le caractère improbable de sa situation, être là, assise dans sa voiture, à attendre une inconnue, qui devait rejoindre une autre inconnue, et qui plus est, dans un hôpital. Lui échappaient aussi la cause de l'agitation de Sarah, ainsi que du caractère urgent de sa mission. N'importe, elle se sentait bien, on avait besoin d'elle, pour un temps elle échappait à la redoutable solitude, et, qui sait, cette rencontre pourrait avoir des suites, une amitié, au moins une relation, peut-être... Elle se morigéna immédiatement. Ne rien attendre, prendre ce qui est bon, et surtout ne rien attendre, ne rien imaginer. Mais c'était difficile...

Sarah ressortit de l'immeuble, un grand sac à la main et s'engouffra rapidement dans la voiture dont Marie lui avait ouvert la portière.

  - Merci, dit-elle, j'ai essayé d'aller vite pour ne pas vous faire attendre. Et puis - elle se tourna vers Marie - vous êtes vraiment tout à fait sûre que cela ne vous dérange pas de m'emmener à si loinl ? Vous pouvez peut-être me laisser simplement à la gare, il est bien possible qu'il y ait des taxis, maintenant.

Il était vrai que l'hôpital était très excentré, il faudrait bien une vingtaine de minutes pour l'atteindre.

            - Je vous ai dit que j'avais tout mon temps, et c'est beaucoup plus commode que je vous emmène. Votre taxi, ce soir, ce sera moi.

Marie avait voulu mettre un peu de légèreté, voire de gaîté dans sa réponse, mais Sarah n'y fit pas écho.

        - Encore merci, se borna-t-elle à dire, vous me rendez vraiment un très grand service.

            Puis elle se tut.

           Marie glissa un regard vers elle. Certes, elle ne distinguait presque rien de la femme assise à côté d'elle, mais elle aperçut son profil et, à la tension des mâchoires, à une immobilité qui confinait à la raideur, ainsi qu'à la courbure du dos, le cou rentré dans les épaules dans une position défensive, elle devina une tension écrasante.

Elles roulaient maintenant sur le grand boulevard qui traversait toute la ville, du Nord au Sud et elles avaient retrouvé une circulation dense. Les  feux mal coordonnés les ralentissaient. Encore beaucoup de monde sur les trottoirs. La pluie avait tout à fait cessé, mais les arbres noirs éparpillaient des gouttes, agités par un petit vent acide, désagréable.

Bientôt, elles distinguèrent l'énorme masse carrée et trapue de l'hôpital, avec, sur sa terrasse, des feux clignotants pour l'atterrissage des hélicoptères. La route s'élargissait, elles furent doublées en trombe par une voiture du SAMU, qui se précipita vers l'entrée des urgences, gyrophare flamboyant.

Sarah demeurait silencieuse, Marie eut l'impression que l'angoisse de l'autre femme avait encore augmenté. Elle la sentait fortement présente, à des signes infimes, le corps près d'elle qui semblait s'être replié, les mains qui s'étaient resserrées sur les brides du sac.  Elle-même commençait à en éprouver les effets, le bien-être de tout à l'heure, le plaisir du service rendu avaient disparu. Pourtant elles touchaient au but, Sarah allait pouvoir rejoindre son amie, lui apporter ce dont elle avait besoin.

« Peut-être est-elle très malade », se dit Marie, s'apercevant à cet instant qu'elle n'avait posé aucune question à ce sujet, ne voulant pas assombrir l'atmosphère de cette rencontre inespérée. De plus, un problème se posait : allait-elle demander à Sarah si elle souhaitait  qu'elle l'attende? Et si celle-ci refusait, comment ferait-elle pour rentrer en ville ? De toute évidence, Marie se devait de la ramener. Mais c'était engager un peu plus avant leur relation, et, depuis qu'elles étaient reparties, Sarah, par son silence,  n'avait rien fait pour aller dans ce sens. Marie préféra attendre qu'elles se séparent  pour voir comment les choses allaient tourner.

               - Si je vous dépose  à l'entrée principale des visiteurs, cela vous convient-il ? demanda-t-elle, je pense que c'est le plus court chemin pour atteindre n'importe quel service.

              - Tout à fait. C'est donc là que nous allons nous séparer. Je vous remercie  encore infiniment de ce que vous avez fait pour moi ce soir.

Marie attendit la suite. La voiture était maintenant à quelques mètres du grand porche de l'hôpital. La lumière blanche qui en émanait ruisselait sur le terre-plein qui y menait, comme une coulée de lait. A l'intérieur, on devinait des allées et venues incessantes. Des infirmières, des soignants sortaient, par petits groupes, riant, discutant.

Marie avait laissé le moteur allumé, afin de ne pas paraître attendre de Sarah des remerciements supplémentaires, et pour ne pas la retarder.  Aussi fut-elle surprise de la voir, au lieu de quitter la voiture, se tourner vers elle.

Un temps de silence, suspendu. Sarah baissa la tête, puis la releva après une profonde inspiration,  regardant maintenant Marie bien en face.

 - Je ne vous ai pas dit de quoi il s'agit vraiment, murmura-t-elle d'une voix sourde. Voilà, dans ce sac, il y a des vêtements, mais aussi des sous-vêtements, et des chaussures, un collier aussi. Ce n'est pas pour une sortie, non... C'est sa tenue pour la mise en bière. Carine est morte ce matin, à cinq heures.

          Elle pivota rapidement et quitta la voiture, laissant Marie sans voix. Sur le siège du passager, un rectangle blanc se détachait dans l'obscurité. Une des lettres, oubliée...

 

 

Anne Renault

annerenault.over-blog.com

Publié dans auteur mystère

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