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Martine Dillies-Snaet a lu Une belle Epoque de Kate Milie

Publié le par christine brunet /aloys

MARTINEJ’ai lu « Une Belle époque » de Kate Milie


 


           

            Voilà maintenant une petite semaine que ma lecture d’   « Une belle époque » est  achevée. Contrairement à  mes habitudes, j’ai ressenti l’envie de laisser décanter les impressions et les réflexions que la lecture a engendrées. Pour  ma curiosité aussi ! Quelles effluves cueillerais-je encore quelque temps après avoir consciencieusement tourné la dernière page ?

Je vois mon PC clignoter rageusement, mais je  n’ai nulle envie de mettre le mot « effluve » au masculin. Pas avec KATE MILIE, non ! Pas avec elle ! Plus que n’importe qui, elle est femme jusqu’au bout d’elle-même.

 

            Jolie excuse que l’étude de Klimt et d’Ana pour permettre à l’auteur de jouer ses pièces sur l’échiquier du net. KATE MILIE s’amuse avec ses fous, son cavalier, son roi, ses tours. Chaque pièce, membre d’un forum, a un chapitre d’un roman à imaginer ; jeu subtil entre vérité et roman, entre fantasme et quotidien.

De cette « Belle époque », je n’ai guère envie d’en raconter l’histoire – très bien construite d’ailleurs--  car son but est uniquement de servir de verrou  à la porte  de  l’analyse du comportement de chaque personnage face aux dangers ( ?!?) de  l’addiction au net.

J’éprouve d’ailleurs, bien plus qu’avec d’autres romans, l’envie de parler de la9782874594281_1_75.jpg psychologie de l’auteur. Tout en charme et en femme, mais je me réserve cette part de réflexion.

 

            Une phrase m’a frappée et je viens de remarquer  que celle-ci a été retenue sur la quatrième de couverture : « Chaque personnage est dans une mise en abîme de lui-même ». Puissance de l’attirance vers nos différents « moi » intérieurs. Le net permet de les mettre en jeu : jeux innocents ? dangereux ? en tout cas, bien plus que l’absinthe de cette belle époque, comme le dit l’auteur.

Ce que j’ai surtout aimé chez KATE MILIE,  ce sont les quelques pages de dialogue du roman dans le roman. C’est dans ces pages qu’elle montre  le meilleur de ses capacités. Maintenant, je sais que j’aimerais d’elle un roman tout en psychologie.

 

            Et  finalement, que me reste-t-il de ces pages lues ? De l’aérien, du léger, du vaporeux … l’évanescence du temps que même la suite des réflexions profondes que le roman crée n’arrive pas à alourdir.

 

KATE MILIE, je suis bien sur mon nuage.

 

 

Martine Dillies-Snaet

http://users.skynet.be/TheDillies/

 

Publié dans Fiche de lecture

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Tchoupy et les Stiloboutchgo djies, une nouvelle d'Edmée de Xhavée

Publié le par aloys.over-blog.com

Tchoupy et les Stiloboutchgo djies

1er prix ex-aequo Fénélon en Colfontaine 2008

 

         Elle marche, à longues enjambées bien rythmées. Ses jambes sont un  peu trop musclées pour être vraiment jolies, marquées de quelques veines bleues. Vêtue de shorts beiges, d’un t-shirt noir déchiré à l’encolure, sa silhouette dégage une impression d’énergie. Et ses cheveux grisonnants retenus en une tresse épaisse partageant son dos en deux  trahissent une nature sportive sans âge qui tienne, une volonté d’embrasser passionnément la vie. Elle respire en cadence, un léger sourire sur les lèvres, le visage recevant le doux soleil matinal dont elle sent la chaleur sur son front. De son bâton hopi en bois clair décoré de vierges du maïs elle assure son pas le long des ornières ou sur les talus pierreux qui dévalent.

« Tchoupy, pas trop loin ! »

 

         Le chien s’arrête, le poil noir et fauve luisant, les oreilles un peu dressées, puis après un petit va-et-vient de la queue pour la rassurer, il reprend sa course. « Tchoupy-Tchoupy, va ! » murmure-t-elle pour elle-même, amusée. Il n’obéit jamais à cent pour cent, comme ayant décidé qu’il savait très bien ce qu’il fait, qu’elle n’a pas de raison d’intervenir. Et pourtant, en Aveyron l’année dernière, une vipère l’a mordu, après qu’elle ait tenté de le dissuader d’approcher. Il avait fallu qu’elle dévale les sentiers secs et caillouteux en courant, le cœur martelant dans la gorge, pour arriver au village en pleurs. Malgré le garrot qu’elle avait fait avec son serre-tête, la patte avait déjà doublé de volume, et il commençait à entrer en état de choc. Heureusement, tout s’était bien terminé. Elle l’aime tant, ce chien sans race, ce joyeux pitre curieux de tout…

 

Sa voix a dit mon nom, Tchoupy, et puis des choses qui veulent dire que je fais ce que je ne dois pas. Je ne sais pas quoi, il n’y a pas d’êtres sans pieds qui piquent ici, je n’en ai jamais vus. Ah, je sais où je vais, elle ne doit pas s’en faire ! Hop ! J’aime bien ces petits êtres verts qui sautent dans l’herbe et qui font un petit crrr crrr, mais quand j’en attrape, je ne les mange pas, c’est pas bon du tout. Ah, tiens ! C’est quoi, cette odeur ? Mmmh, d’après la taille c’est un être à quatre pieds plus petit que moi qui a fait ça, et la couleur est bizarre… mais l’odeur, mmmmh, c’est intrigant !

 

« Tchoupy ! Dégoûtant ! »

 

         Il s’éloigne après l’avoir regardée en coin. Elle a un peu chaud, et s’arrête un moment sur le sommet de la petite colline. En bas la vieille cheminée d’une ancienne usine, et les toits aux tuiles rouges et délavées des bâtiments de brique se détachent de l’herbe des prairies et des haies plus sombres. Plus loin un ruisseau court dans la lumière en un mouvement moiré, et disparaît sous un petit bois aux teintes tendres. On voit aussi la route d’asphalte, longeant le cours de la rivière, bordée de haies et d’arbres aux branches triomphantes. Elle croque un petit beurre et boit un peu d’eau à sa gourde, une vieille gourde qui lui vient du havresac militaire de son père, recouverte d’une sorte de gros coton rustique d’un kaki décoloré. Elle imagine, plus de 60 ans plus tôt, son père s’y désaltérant aussi. Reprenant sa promenade elle constate que Tchoupy l’a attendue, assis sur une souche d’arbre moussue et entourée d’orties. Il se frotte le nez de la patte, en gémissant.

« Pauvre vieux, tu t’es piqué ! Viens ici ! » dit-elle en ramassant une feuille de plantain qu’elle froisse entre ses doigts.

 

         Il cherche à se dégager, pleurant un peu, mais elle arrive à immobiliser sa tête et à passer les feuilles écrasées sur sa truffe. Quand elle a fini, elle y dépose un baiser en le libérant, et rit en le voyant s’éloigner avec des sauts de cabri, la queue indiquant à nouveau l’insouciance. Le sentier est en descente maintenant, et elle dérape sur les cailloux. Heureusement, elle se sert alors de son bâton hopi, dont la poignée a noirci au contact de la sueur. Elle le prend toujours en randonnée. C’est son père qui le lui a rapporté d’Arizona il y a plusieurs années, quand il faisait encore ses recherches ethnologiques. Comme elle l’enviait, petite, de faire ces voyages lointains !

 

Une année, après la mort de sa mère, elle l’avait accompagné pendant deux semaines. Ils étaient restés à Eufaula en Oklahoma, où il connaissait un artiste Choctaw qui lui faisait rencontrer de vieux Indiens qui avaient le souvenir de leurs enfances et des visages usés de grands-parents ayant connu d’autres temps. Le beau grand lac lui avait offert de la détente, la plage, les repas de poisson-chat, les petits barbecues locaux, et surtout la maison de leur hôte Tim, si américaine qu’elle aurait pu figurer dans un tableau d’Edward Hopper, en bois avec un large seuil couvert où se mouraient de vieux fauteuils en rotin, des escaliers qui craquaient, des fenêtres à guillotine pas trop nettes aux châssis vermoulus. Une grande maison de trois étages où flottaient les arômes de la cuisine indienne et pleine de petites pièces mal conçues. Elle et son père y avaient partagé une chambre qui donnait sur le lac, juste à côté de la pièce où Tim rangeait ses tableaux, ainsi qu’un crâne de vache à longues cornes qu’il avait peint et recouvert de turquoises et coraux.

 

         Il les avait emmenés à Honeycombs Bluffs, lieu légendaire où un indien nommé Chitto Harjo s’était caché au début du siècle. Tim insistait, les livres d’histoire des blancs n’en parlaient pas, mais la tradition orale indienne avait fait passer le nom de Chitto Harjo – serpent fou – de génération en génération dans leurs familles. Il combattait alors le gouvernement qui voulait installer des colons et « acheter les terres » aux Indiens. Tim, excellent conteur, prenait son temps, et sans effets de surprise mais sans raccourcis non plus, leur racontait comment on ne s’était jamais expliqué que Chitto Harjo soit arrivé à échapper au gouvernement aussi longtemps, alors qu’on savait qu’il ne pouvait être que dans les Honeycombs Bluffs, un ensemble de grottes dans les bois, creusées comme des ruches, et communiquant entre elles si on savait où chercher. Sa famille - dont la grand-tante de Tim faisait partie - lui procurait des vivres au nez et à la barbe des soldats. Et, ajoutait Tim, les petits êtres l’avaient aidé aussi, faisant s’égarer les soldats. Petits êtres qu’il appelait Stiloboutchgo djies. Elle était passionnée par ces histoires. Elle avait toujours entendu parler des gnomes, des sautets, mais chez elle ça faisait déjà partie du folklore, des belles légendes d’autrefois, alors que Tim, qui trouvait normal de prendre l’avion pour New York, Ottawa ou même Stuttgart, qui avait deux postes de télévision, en parlait comme d’une réalité quotidienne.

 

 

         Une fois aux Honeycomb Bluffs elle avait chuchoté à son père « ça me fait penser à l’intérieur d’un gros poumon plutôt qu’à une ruche, c’est un peu écœurant ! » Mais en même temps, elle ne pouvait nier la beauté des lieux, et le calme respect que Tim y démontrait renforçait la sensation de lieu saint. Ils y avaient fait un petit feu sur lequel ils avaient fait cuire des épis de maïs dans la feuille, et réchauffé une soupe indienne au goût amer. Ils avaient fini par des biscuits aux noix de pacanes, absorbés par le son soyeux des feuilles au-dessus d’eux, et par la délicieuse certitude que Chitto Harjo s’était tenu là aussi. La forêt était parcourue de bruissements, souffles de vent aux accents de voix, et elle avait sursauté lorsque le bec d’un pivert avait mitraillé un tronc au-dessus d’eux, arrachant à Tim un sourire amusé. Alors que son père se roulait une cigarette avec son tabac de la Semois, Tim lui en avait demandé quelques brins qu’il avait dispersés dans les 4 directions en murmurant. Ensuite, il avait pris les deux derniers biscuits du paquet et les avait déposés sur une pierre. Pour les Stiloboutchgo djies, avait-il dit. L’idée l’avait émerveillée, oui pourquoi pas, si on y croit, pourquoi ne pas… ?

« Comme ça ils sont contents, et ne nous joueront pas de tours » avait expliqué Tim.

 

Car ils étaient espiègles, parfois franchement méchants si l’envie les en prenait. Pas plus tard que l’année dernière un touriste allemand s’était égaré dans Honeycomb Bluffs, malgré sa carte il avait tourné en rond et ne devait son salut qu’au fait qu’il avait rencontré la vieille Josephina qui l’avait remis sur la bonne voie en riant. Il ne croyait pas aux Stiloboutchgo djies, et ne leur avait rien offert.

 

Depuis, elle avait toujours déposé des restes sur une pierre de son jardin qu’elle appelait la pierre d’offrandes. Pourquoi pas ? Et son père ne fumait jamais sans faire sa petite offrande lui aussi.

 

Il ne fallait pas qu’elle rentre trop tard, car il devait se coucher tôt ce soir, puisque ses petits-enfants allaient venir demain pour la journée. On allait fêter un des ses non-anniversaires, celui du second trimestre. Elle sourit toute seule à cette idée, c’est bien lui, ça, ne plus vouloir fêter les vrais anniversaires mais les non-anniversaires ! « Je deviens vieux », avait-il expliqué, « et s’il faut attendre un an, c’est trop évident que chaque anniversaire peut être le dernier. Tandis qu’avec un par trimestre, c’est moins assuré ! On s’amuse mieux ! »

 

         Tchoupy est au milieu du sentier, impatient car elle n’avance pas assez vite pour lui. Le petit bruit mouillé de la rivière lui parvient déjà, et elle allonge le pas. Presque midi déjà…

 

Elle n’avance pas, aujourd’hui ! Que c’est beau, que c’est beau, je suis si bien ! On arrive à l’eau qui voyage, et je vais pouvoir boire et jouer avec les petits êtres qui rient tout le temps, j’adore aller là.

 

         Maintenant elle longe la rivière serpentant entre les berges encore boueuses de la pluie d’hier. De légères gouttelettes de transpiration donnent à son visage, assez rouge, l’air d’être saupoudré d’or liquide. Des cheveux libérés de la tresse collent sur sa nuque. Puis c’est le bois, frais et aéré, traversé par de grands rais de lumière. Elle trébuche et glisse un peu, s’aide du bâton pour maintenir son équilibre. « Attends, Tchoupy, on va s’arrêter ici ! Tchoupy ! » Le chien revient, toujours enthousiaste, bondissant par-dessus les fougères qui lui frôlent le ventre couleur fauve. Nourriture ! Manger !

 

         Assis en face d’elle, la tête inclinée d’un côté, les oreilles dressées et l’œil attentif, il la regarde qui déplie un emballage sorti de son sac à dos. Une petite boîte de guacamole pour elle, ainsi qu’un sachet d’amandes. Et pour lui, une cuisse de poulet froid et une boulette de viande de la veille. Il avale la boulette d’un seul coup, et saisit la cuisse de poulet dans sa gueule, s’éloigne un peu, et s’attaque à la tâche délicieuse de n’en rien laisser, tandis qu’elle mange son guacamole avec une cuiller, le regard sur les bondissements de la rivière qu’elle sait plus profonde à cet endroit. D’où elle est assise, sans doute deux mètres plus haut, elle devine des bancs de goujons taquinant les mouches d’eau dans les taches de soleil. Elle appuie son dos à un tronc moussu, mais l’humidité l’en fait s’éloigner aussitôt. Elle aime tant ces promenades, ces moments pour elle. Célibataire, il a semblé tout normal que ses deux frères lui confient leur père, devenu trop âgé pour prendre soin de lui sans que l’on s’inquiète constamment. Et elle a beau adorer le vieil homme, et même l’avoir toujours adoré, ça ne rend pas la chose toujours facile. Elle a obtenu de l’entreprise qui l’emploie de travailler depuis la maison quatre jours par semaine. Le cinquième jour, qui est le jeudi, madame Ronchon vient faire le ménage et tenir compagnie au vieil homme qui s’en plaint avec emphase. Et madame Ronchon ne lui laisse pas oublier, en repartant chez elle le soir, qu’elle a eu une journée que seule une bonne chrétienne comme elle peut envisager de vivre une fois par semaine. Cette pensée la fait rire, au point que Tchoupy, l’os de poulet encore fiché entre ses deux pattes avant, lève un œil curieux, puis s’aligne sur son humeur, agitant la queue.

 

Oui, la femelle à deux pieds avec la face fâchée, c’est à elle qu’elle pense ! Son père dit madame Ronchon, je sais bien ! J’aime bien son père, il me parle beaucoup, même quand je dors, et il me touche. Sa force est vieille, il partira bientôt. Il m’en parle, je ne sais pas les mots, mais je sais qu’il est content que nous soyons amis, qu’il sent sa force qui part très vite. Oh ! Les petits êtres qui rient sont là !

 

         Elle voit Tchoupy qui agite la queue et lève le museau vers quelque chose, une mouchette sans doute. Il est toujours jouette quand ils viennent dans ce bois au bord de la rivière, constate-t-elle. Elle appuie le menton sur son genou qu’elle entoure des deux bras, et ferme les yeux pour un moment qu’elle étire, captivée par le gargouillis de l’onde que, petite, elle croyait être le rire d’êtres minuscules et invisibles, nymphes ou elfes dont elle avait vu des illustrations dans un vieux livre anglais de l’époque victorienne. Ah, que c’était bon de croire à de si charmantes images, à un monde fait de beauté, où l’air vibrait du souffle d’ailes qu’on ne pouvait voir qu’avec le cœur, où l’eau resplendissait de toutes ces jolies robes étincelantes sur des corps d’ondines aux cheveux liquides.

 

         Elle jette quelques amandes émiettées sur le sol, pour les Stiloboutchgo djies locaux, avec un Nooon ferme à l’attention de Tchoupy qui vient de se lever, une oreille dressée, le regard suppliant, la babine frémissante. Mais il sait, et rentre la queue entre les pattes. Le bout en remue et trahit une excuse qui se reproduit à chaque fois, tout comme son expression faussement soumise. Soumission d’un instant, mais il ne revient pas à la charge, distrait à nouveau par ses mouchettes. Son flanc tremble comme sous les caresses.

« On y va, Tchoupy ! » dit-elle en inclinant son corps sur le côté pour s’aider des genoux et des mains pour se relever. Elle n’a plus la souplesse d’autrefois. Et en se levant, son pied glisse sur la boue fraîche, la déséquilibre, et l’entraîne dans une chute lente vers la rivière, deux mètres plus bas.

 

Elle a pu s’arranger pour glisser plutôt que tomber, mais un seuil de pierres cachées sous la surface de l’eau la reçoit, ses genoux se replient brutalement sous le poids de l’impact, elle rebondit sur le côté, s’écroule enfin dans l’eau sans encore avoir émis un son, le coude droit éclatant sur l’angle d’une pierre qui affleure au soleil. Avec un cri de douleur elle tente d’enlacer rocs ou branchages sur son passage tandis que le courant l’emporte lentement. Sa cheville gauche est foulée et douloureuse, ses mouvements lents et sans force. Un monde d’un calme déterminé l’emporte sans fureur ni hâte mais sans pitié non plus vers une destination secrète. Tous les sens de Tchoupy sont restés suspendus, pendant la durée de la chute et le début de sa dérive, dans ce combat qu’en silence elle menait contre cette porte qu’on voulait lui faire franchir et puis dans ce lit au danger liquide dans lequel elle se trouve. Dix secondes sans bruit ni rien, dix secondes d’irréalité. A la onzième, il émerge, redevient le compagnon de meute, et aboie avec force, avançant dans le sens de sa maîtresse qu’il sent s’abandonner.

 

C’est trop haut, je ne saurais pas la remonter ! Elle va entrer dans la lumière qui fait dormir. Je dois l’aider. Ah ! Ils sont revenus ! Les petits êtres qui restent en l’air et ceux qui ressemblent à des gouttes qu’on boit ! Partout, il y en a. Plus que tout à l’heure, quand ils riaient et chantaient avec moi. Ils se parlent tous, ils bougent vite. Ils me disent leurs mots, que je ne comprends pas, mais que je vois. Vite. Plus loin il y a un mâle sur deux pieds, il prend des êtres de l’eau avec un fil, il m’aidera. Le bâton qui vient de loin, je dois le prendre. Le mâle sur deux pieds verra que je suis dans la meute des êtres comme lui, qu’il ne doit pas avoir peur. Il sera curieux. Il est fort. Je dois suivre le petit fffrrrr de leurs ailes. Les autres, ceux qui ressemblent à des gouttes, ils sont autour d’elle, l’eau bouge comme quand elle tombe du ciel en colère, ils vont l’aider.

 

Il est loin, ce mâle sur deux pieds, elle est derrière nous maintenant. Ah, j’entends ce qu’elle appelle de la musique, ça met les êtres sur deux pieds de bonne humeur… Il est là ! Nous arrivons tous autour de lui. Peur, sent-il. Puis son sang se calme. Il me parle, tend la main vers moi, vers le bâton.

 

         L’homme s’approche encore, intrigué par les motifs du bâton que le chien semble lui offrir pour reculer dès qu’il va s’en emparer. Il veut jouer, pense-t-il. Et pourtant. Deux minutes avant l’arrivée du chien, l’eau s’était mise à frémir. Trop subtilement pour être une truite. Et le feuillage des arbres avait bruissé avec une urgence étrange. « On a marché sur ma tombe » avait-il pensé, décidant de rentrer, marchant vers la rive. Il avait eu quatre belles truites déjà, et toute la paix du monde. Pas besoin de demander plus. Et puis le chien était apparu, entouré d’un tintamarre sylvestre invisible mais bien là malgré sa petite radio. Une aura de détermination indestructible semblait flotter autour de l’animal, de taille moyenne, et pendant un court instant il avait eu une sensation de peur, d’inquiétude. Puis ce beau bâton travaillé lui a parlé de compagnie humaine, et voilà qu’il tente de le caresser, de mieux voir le bâton. Mais le chien agite la queue, et recule, inclinant la tête d’un air joueur. « Dommage d’abîmer un si beau travail »  pense l’homme, agacé par l’idée même qu’il ait fini dans la gueule de l’animal, dont il s’approche encore. Le chien recule, remue encore la queue, puis dépose l’objet, et émet un jappement inquiet, insistant, dont l’accent plaintif interpelle l’homme. Il s’avance et ne s’étonne plus de le voir reprendre le bâton avec un petit grognement taquin, puis de lui tourner le dos en s’éloignant plus rapidement, tout en gardant la tête suffisamment tournée pour s’assurer qu’il est suivi. Ils avancent tous deux au même rythme maintenant, l’homme s’essoufflant un peu, pris par une agitation grandissante. Branches et pierres accrochent le bâton, sans que le chien ne l’abandonne. Puis il accélère sans plus se retourner, et exprime sa détresse et impatience par un gémissement qui agite le cœur de l’homme. Et c’est quand la bête s’approche de la rivière après un coude et dépose son fardeau pour s’arrêter sur la berge surplombante qu’il comprend.

 

         En bas, une femme se débat dans la course lente mais accidentée de l’eau. Ses bras, ses jambes et son visage sont couverts d’ecchymoses, le bras droit inerte. De la main gauche elle cherche à s’écarter des obstacles, mais son corps se meurtrit cruellement. Parfois elle tente de se redresser, car elle touche le fond sablonneux, mais sa cheville la trahit et elle retombe, entourée de minuscules vaguelettes lumineuses bondissant comme un banc de poissons gourmands.

 

         Le jappement joyeux de Tchoupy lui fait lever les yeux. Il se tient en haut, heureux, la regardant et réagissant aussi à ses sempiternelles mouchettes invisibles. Près de lui, un homme, les jambes chaussées de hautes bottes de caoutchouc, entame une descente prudente en se tenant à des racines.  Puis, lentement, il s’avance vers elle, forçant l’onde à s’ouvrir autour de son corps robuste. Il lui semble enfin quitter un berceau liquide et vivant pour se redresser, maladroitement, sous sa poignée de main vigoureuse. Un frémissement d’air s’attarde sur sa joue, comme le produit de milliers d’ailes minuscules, l’apaisant comme une caresse maternelle. Appuyée sur l’épaule de l’homme silencieux qui l’enlace pour assurer son pas, elle clopine sur une jambe vers un endroit où la berge s’incline vers eux, chauffée par le soleil haut dans le ciel. Alors seulement le regarde-t-elle avec un sourire un peu timide, honteuse et reconnaissante. Il voit une femme de son âge aux yeux purs de jeune fille sans passé, et après l’avoir aidée à s’asseoir sur une grosse pierre moussue pour qu’elle reprenne son souffle, il s’y installe aussi, lui serre la main, et simplement dit : « On va aller à l’hôpital pour cette cheville et ce coude… Fameux chien, votre petit copain ! » Sa  voix est encore altérée des battements de son cœur dont il sent la sourde pulsion dans la gorge, et de quelque chose que les Stiloboutchgo djies lui ont chuchoté mais qu’il ne sait pas avoir entendu. Tchoupy les a oubliés et s’acharne sur un terrier inhabité dont il fait voler la terre en une gerbe ocre et noire qui lui souille le pelage.

 

Ils se cachent dedans, je les entends rire ! C’est amusant ! Ils sont contents, parce que le mâle sur deux pieds va rester dans toutes mes journées. On ira dans les bois avec lui aussi ! Quelle bonne journée ! Ah ! Les revoilà, ils volent sur mon dos…

 

 

Edmée de Xhavée

edmee.de.xhavee.over-blog.com

   

Publié dans Nouvelle

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L'histoire d'un rendez-flou... une nouvelle de Bob Boutique !

Publié le par christine brunet /aloys

 

bobclin

 

L’histoire d’un rendez-flou

 

 

C’est l’histoire d’un mec qui s’envoie une lettre  à lui-même, vu qu’il n’en reçoit jamais. Faut dire, quand on a vu le gars… y’a pas de quoi arracher son soutien-gorge.

 

Soit. Il s’envoie une lettre.

 

Jusqu’ici rien de bien saignant ! Il s’enverrait en l’air…  Là oui. On peut discuter. Mais une missive ? Pourquoi pas un mail test tant qu’on y est.

 

Mais cette fois, c’est quand même spécial. Car le con en plus de s’écrire une page de mamours, se donne rendez-vous ! Ca aussi, ça ne lui est jamais arrivé !

 

18h00 dans un pub, style Danish Tavern,  avec des boiseries cirées, des bancs matelassés , des bouteilles d’alcool rangées cul en l’air derrière le bar et ‘Strangers in the night’ en bruit de fond.

 

Je résume. Le pli arrive le lendemain.  Il fait l’ étonné, se prépare pendant une heure dans la salle de bain ( psshit sous les aisselles, gomina dans les cheveux, slip propre… la totale, quoi ) et fonce  vers son appointment ( en flamand : een afspraak  ) où il débarque une demie-heure avant l’heure, comme un novice de chez novice.

 

Et là, étonnement. Il s’aperçoit en prenant place dans son box qu’il est là aussi, dans le miroir d’en face. C’est fou ça !

 

Bref, ils se présentent, un peu gênés ( normal pour une première fois ) puis commencent à tourner autour du pot… quel film aimez-vous ? Ah oui, moi aussi… vous connaissez machin chose ? J’aime bien ce qu’il fait.  Et patati et patata.. .

 

Strangers in the night exchanging glances….

 

Le garçon apparaît alors avec sa veste d’amiral et ses éclairs au chocolat sur les épaules pour prendre la commande…

 

deux cafés  répond celui qui est en face…

 

Enfin, je veux dire : ils sont tous les deux en face, mais y’en a un côté miroir qui est gaucher et l’autre en face qui est droitier. C’est d’ailleurs comme ça qu’on les reconnaît.

 

-    Deux cafés, vous êtes bien certain insiste le larbin d’un air pincé ? Ca va

refroidir…

 

Ben oui, deux cafés, quelle question répond l’autre en face, donc le gaucher.

 

Va pour deux café conclut le pingouin en levant les yeux au ciel.

 

Et le plus curieux, c’est qu’il revient aussi vite et dépose quatre plateaux devant les deux rendevouteurs tout en ne réclamant que le prix de deux !

 

Bon, c’est pas le plus important de l’histoire, mais c’est quand même à ce genre de détail qu’on se rend compte qu’il  y a des gens  qui feraient mieux de se faire soigner.

 

Et nos deux consonna… conmonsa… consotan… enfin, les deux qui consomment, de reprendre le fil de leur conversation. C’est une image bien sûr… y’ pas un fil de téléphone qui les relie. Ce serait idiot puisqu’ils sont distants d’à peine 50 cm… plus exactement,  la moitié si on décompte la partie dans le miroir…

 

Vous avez une adresse mail ? Vous êtes sur facebook etc…

 

What were the chances we’d be sharing looooooooove….

 

Bref, ça se passe plutôt bien, mais on sent petit à petit comme une certaine gêne… des doigts qui tambourinent, des yeux qui fuient… et c’est pas un des deux qui hésite. Non, non, tous les deux…

 

Jusqu’au moment ou le gars de gauche s’arrête soudain, provoquant l’arrêt étonné de l’autre et lui dit,  les yeux dans les yeux….

 

- Je ne sais pas comment vous le dire, mais je crois qu’on va en rester là ! On a

   beaucoup de choses en commun, c’est certain, mais voilà… je suis hétéro !

 

-  Ca tombe bien dit le droitier, moi aussi

 

Et c’est ainsi que finit un grand non-amour, quelques secondes avant de commencer.

 

Quelqu’un a-t-il vu mes cachets ?

 


 

Bob Boutique

www.bandbsa.be/contes.htm

Publié dans Nouvelle

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Gauthier Hiernaux a lu "l'éternité pour toi" de Jean Vigne

Publié le par christine brunet /aloys

gauthierhiernaux

 

L’éternité pour moi

 

‘L’éternité pour moi’, de Jean Vigne, m’avait été conseillé par Laurent ‘The Boss’ Dumortier, lors de la Foire du Livre de Mons en 2009. Il m’avait peint en quelques coups de pinceau un tableau des plus attrayants, n’hésitant pas à comparer l’auteur à Stephen King. Il faut dire que le préambule du second roman de l’auteur avait de quoi séduire le chaland. Pensez donc : une équipe de spéléologues découvrant dans une grotte inexplorée de Grenoble un corps pris dans la glace depuis plusieurs siècles avec, au poignet, une montre moderne !

 

Après un coup au cœur (Pensées noires tome 2 – Bon dieu ! faut-il avoir lu le 1 pour comprendre quelque chose ?!?), j’ai commencé ce roman qui débutait sous les meilleurs augures.

 

Le livre s’articule en deux parties, de longueur plus ou moins égales mais de qualité, pour moi, assez inégales. Je dois avouer que, si la première moitié du livre reste plaisante à lire avec son entrée en matière qui fait penser à ‘La Nuit des Temps’ de Barjavel, l’intrigue qui suit m’a fait l’effet d’un très long prologue, comme si l’auteur voulait démarrer au plus vite la véritable histoire, sans toutefois y parvenir.

Mais quand a débuté la seconde moitié, j’ai été pris au jeu. Le lecteur ne peut qu’être littéralement avalé par l’histoire. Tourner la page et découvrir la suite des aventures deshttp://www.bandbsa.be/contes/eternite.jpg héros devient un réel plaisir. En ultra résumé : une jeune et belle lieutenant de police et un vieil inventeur allemand projetés par erreur en pleine époque gauloise. Il y a de quoi rire.

Et bien non…

Manifestement bien renseigné sur les us et coutumes de l’époque, Jean Vigne nous présente les peuples de la Gaule (les plus braves, on ne se lassera jamais de le dire) sous un angle sensiblement différent. Nous nous amusions à suivre les pérégrinations, pas toujours heureuses, de ces deux purs produits du monde moderne.

Autre surprise de taille : la théorie de Vigne sur la célèbre Dame de Vix.

Vous ne connaissez pas ? Alors, lisez ‘L’éternité pour moi’.

 

 

 

Gauthier Hiernaux

grandeuretdecadence.wordpress.com

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"Bien mal acquis profite parfois", une nouvelle de Christine Brunet

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Photo Christine Brunet

 

BIEN MAL ACQUIS PROFITE PARFOIS

 

 

Il n’y avait pas dans toute la Bretagne de lieu plus redouté que le marais du Yeun Elez. Immense étendue verdâtre d’où s’élevaient une puanteur atroce et des miasmes de mort. Ici, disaient les Anciens en se signant, était la Bouche de l’Enfer.

 

Pourtant ce matin-là, une silhouette s’y aventure, portant sur son dos un étrange fardeau, mi animal mi humain.

 

L’aube tente une percée entre les vapeurs opaques qu’expire la tourbe. Le passeur lève les yeux et fronce les sourcils alors que sa montre émet un bip répétitif comme à chaque quart d’heure : même s’il a peu de chance d’être dérangé, il doit se presser. Belle montre, quand même, que celle de l’Autre…

 

L’homme scrute les plaques jaunâtres gorgées d’eau à ses pieds, les touffes d’ar flanchet d’aleg mors, les choisit soigneusement l’une après l’autre pour s’enfoncer toujours plus avant dans cet environnement inhospitalier. Il connaît tous les sentiers cachés, les passes ancestrales : il a été à bonne école. Son père avant lui et tous ces aïeux les connaissaient aussi.

 

Le sac qu’il trimbale gigote de temps à autre. L’Autre s’éveille… Plus tôt que prévu… Tant pis pour lui.

 

*

 

Lui, l’Autre, est dans une poche qui se déforme mais qu’il ne peut crever. Il veut crier mais sa langue reste figée. Un cauchemar…

 

Un bruit récurrent, feint, parfois gluant, parvient à ses oreilles. Un mouvement, la respiration profonde, un peu trop forte d’un être qui produit un gros effort. Une odeur acre de sueur mêlée à quelque chose de plus acide qu’il ne parvient pas encore à identifier.

 

Des images angoissantes s’imposent à présent : un garage… une toute petite cage dans laquelle il est coincé. A côté, son équipière allongée sur un lit de camp, gémissante, droguée. Il l’appelle, sans succès. Il se souvient du bras traînant sur le sol, la chair constellée de traces de piqûres.

 

Un choc. L’eau pénètre sa bulle, ses vêtements. Le froid l’éveille un peu plus.

 

*

 

Le pied pourtant habitué du Breton butte, s’enfonce trop dans le matelas de végétaux décomposés et la silhouette chute lourdement dans l’eau stagnante. Un grognement et l’homme récupère le sac qui se déforme sous les assauts désespérés de sa victime. Victime, c’est un bien grand mot… Il y a les initiés et puis il y a les autres, ceux promis aux Ténèbres … Celui-là est mal tombé, voilà tout… Il n’aurait pas dû se mettre en travers de son chemin. Tant pis… Pas son problème… Et puis, sa journée n’est pas terminée… Il y a la femme qu’il a choisi et dont il a hâte de se repaître. Il ne faudrait pas qu’elle se réveille trop tôt, celle-là aussi !

 

Encore quoi ? Une petite demi-heure… Il y a le ru à traverser, la cuvette de bourbe mouvante à contourner : dommage que le Youdig n’ait pas été plus profond… Il aurait pu avantageusement y abandonner son sac. Enfin, il y a le puits, un trou creusé au-delà de la tourbe… On le dit sans fond … Il n’a pas vérifié… Pour quoi faire ? Aucun n’en est jamais revenu…

 

Son dos fatigue, son épaule le torture, les coups de l’Autre dans son dos sont autant de coups de buttoir mais il marche. Il aurait dû augmenter la dose… La prochaine fois…

 

*

 

Enfermé dans son sac, l’Autre retrouve ses esprits. Les souvenirs affluent. Une énième disparition de touriste à Ti ar Yeun, une sorte de petite île gagnée sur un paysage désolé de tourbières. Un charmant village aux maisons agréablement fleuries. Sa hiérarchie les avait délégués, lui et sa collègue, pour démêler l’histoire. Que s’était-il donc passé ? Ils s’étaient rendus directement au gîte pour s’assurer du couchage. Leur hôte leur avait offert à boire et puis… le néant. Les policiers étaient devenus des agneaux pour l’abattoir.

 

*

 

Le mince filet d’eau noire, enfin… très encaissé, creusé dans les couches meubles des végétaux morts… Un doux frottement sur le lit de cailloux blancs épars. Il ne peut le sauter avec sa charge… Ni même sans, d’ailleurs : le Breton n’a rien d’un athlète et l’obstacle fait bien deux mètres de large.  Il pose son chargement et, d’un coup de pied vigoureux, le fait rouler vers le bas. La petite chute se termine dans un clapotis bref. Il peut alors descendre avec plus de prudence. Il traîne son fardeau de l’autre côté, soupire, hésite, le hisse en soufflant comme un bœuf sur le versant opposé. Sa main gauche agrippe une racine affleurant, ses pieds patinent, son corps compense.

 

Il est en haut. Le retour sera moins compliqué.

 

Il s’essuie le visage d’un revers de manche et contemple la pâle lueur laiteuse qui baigne désormais le marais. Il fait froid mais il a l’habitude. Ses pieds, bottés, continuent à s’enfoncer dans la substance spongieuse en jetant de petits bruits de sucions assourdissant dans le silence pesant.

 

Tant pis, personne pour l’entendre à part l’Autre.

 

Il avance très concentré, les yeux rivés sur les passes secrètes. Il y est presque… Encore une petite centaine de mètres… cinquante… Le puits, enfin. Il sourit : cette fois encore il aura mené à bien sa tâche. Inutile de s’attarder.

 

Il soulève le couvercle de bois moisi, dépose son fardeau juste au bord, appuie son pied à plat sur la forme mouvante et pousse. Le sac disparaît dans l’abîme en arrachant au passage quelques mottes d’une bruyère rachitique. Il tend l’oreille, cherche à déceler le bruit de l’impact. Rien. Insondable, vraiment. L’Autre ne reviendra pas lui chatouiller la conscience… D’ailleurs, il n’en a aucune, fort heureusement.

 

Un rictus ironique et satisfait se dessine sur ses lèvres un peu trop fines. Il recouvre ce qu’on appelle ici « la Bouche des Enfers», se frotte les mains de contentement puis rebrousse chemin. La suite sera bien plus amusante.

 

*

 

Une chute et un accueil moelleux qui surprend le policier.  Plus un bruit, pas même la respiration caverneuse de son ravisseur. Il attend, juste au cas où. Il est encore en vie, une chance dont il compte tirer profit et vite. Pourtant, il ronge son frein. Quelques secondes qui lui semblent une éternité puis il teste les parois épaisses, le lien qui ficèle le tissu au dessus de sa tête : il doit sortir…

 

Il pince la toile, la place entre les dents, tire, perce l’enveloppe. Un petit trou qui ne demande qu’à s’agrandir. Il force le passage avec son index. La brèche s’accentue et lui livre la liberté.

 

A l’instant une odeur fétide l’enveloppe comme une bulle de mort. Sa main entre en contact avec une substance gluante. Il se débat et roule dans le dépôt invisible et puant. L’estomac au bord des lèvres, il s’en extirpe, et chute un peu plus bas sur un sol dur et mouillé.

 

Où est-il ? Il n’en a pas la moindre idée. Il lève la tête à la recherche d’une lueur salvatrice, sans la trouver. L’obscurité totale, pesante. Pour toute compagne, l’odeur insoutenable qu’il exhale à présent. Est-il mort ? Il se palpe rassuré : non… il vit. Pour combien de temps, il ne sait pas mais il va tout faire pour sortir de ce pétrin. Son esprit combattif reprend du poil de la bête. Il se relève, rencontre trop vite le plafond bas de l’endroit et laisse échapper un juron de douleur. Une seconde de flottement et, mains en avant, yeux écarquillés, il butte presqu’immédiatement contre la paroi. Genoux fléchis, dos courbé, il suit la roche qui se désagrège par endroit comme un fruit pourri. L’eau omniprésente, sans doute.

 

L’heure tourne. Il doit faire vite : son équipière compte sur lui. Il cherche sa montre au poignet, et soupire : on l’a complètement dépouillé ! Plus rien dans les poches… Son Manhurin a disparu également… Il serre les dents. Cette pourriture ne perd rien pour attendre !

 

Une ouverture, enfin ! La chance lui sourit… L’Autre est foutu, il le sent. Une main pour se guider à la paroi, l’autre en avant pour éviter toute mauvaise surprise, il avance, l’oreille aux aguets, tous ses muscles noués. Il est prêt à toute éventualité.

 

Le sol, en pente douce, s’enfonce toujours plus dans le sol et devient glissant. Sous ses doigts, il pressent une couche de glaise luisante d’humidité.

 

Un frôlement derrière lui. Il se retourne brusquement, sans doute trop car ses pieds dérapent sur la surface glissante. Il chute lourdement sur le dos et entame une glissade incontrôlée alors que la déclivité s’accentue brutalement.

 

Plus de sol, plus rien qu’une chute dans le vide puis un plongeon dans une eau glacée, trop peu profonde pour amortir la réception.

 

L’obscurité tenace, presque palpable. Totalement trempé, il se passe de l’eau sur le visage pour reprendre ses esprits. Son crâne lui fait un mal de chien. A tâtons, les mâchoires serrées de hargne, il cherche à définir les limites de l’endroit et les découvre juste au dessus de sa tête. Devant et derrière, rien. Dans ce qui doit être un ruisseau souterrain, des gros cailloux lessivés par un courant puissant. Coincé entre deux rochers, l’eau le bouscule sans le déloger.

 

Ses choix sont restreints… Soit il se laisse porter en aval, soit il tente de remonter le cours. D’un côté comme de l’autre, difficile de savoir sur quoi il va tomber : des tunnels inextricables, des siphons, des culs de sac dans lesquels il peut rester piégé. Toute la région a mauvaise réputation… Des ragots de bonnes femmes pour touristes en mal d’émotions fortes, évidemment… Mais toujours impressionnant. Alors, pile ou face ?

 

Un trou en surface doit récolter les eaux de pluie. Il choisit de grimper quitte, ensuite, à tenter une descente aux enfers.

 

Il s’extirpe de son refuge, et s’accroche aux aspérités dans le lit du torrent. Un mètre après l’autre, passant avec difficulté les creux plus profonds dans lesquels ses pieds patinent sur la roche glissante, ignorant son corps perclus de douleurs, il se retrouve très vite bloqué face à un boyau goulot qui augmente la puissance hydraulique.

 

Les doigts de la main gauche anesthésiés par le froid, crispés dans un trou de la paroi, il tente de déterminer le diamètre du tube de la main droite en luttant contre les remous. Le cul de sac qu’il redoutait est là, juste devant. Impossible de passer l’obstacle.

 

Tant pis. Il se lâche et se laisse emporter sur le ventre. Dans la nuit totale, l’écoulement de l’eau fait un bruit assourdissant. Ses oreilles ne sont remplies que du froissement dangereux, des bruits des cailloux qu’il percute et fait rouler. Son cœur bat la chamade, conscient que sa vie ne tient plus qu’à un fil. Un tourbillon le porte violemment contre une roche acérée qui lui lacère le torse. Mais le froid annule immédiatement la douleur et la glissade continue pour s’arrêter au bord d’un précipice : il sent le vide après le rebord.

 

Ne pas tomber plus bas… Agrippé au sursaut granitique, il hurle de rage et de désespoir, d’épuisement et d’impuissance aussi.

 

La chute semble haute à entendre le vacarme. Il prend alors conscience d’un fait nouveau : ses yeux se sont habitués à la lumière. Il discerne les crêtes blanches à la surface de l’eau et quelques formes de roches dans le lit. Il lève les yeux et sursaute : l’obscurité est dissipée par un trou un peu en amont qui doit rejoindre la surface. De là, un filet d’eau suinte pour venir grossir le torrent. Dehors, il fait plein jour…

 

S’il parvient à passer par là… Il remonte le lit sur une trentaine de mètres en luttant contre le courant et contemple la cheminée : tout en haut, une toute petite portion de ciel blanc. Contre la paroi, des mousses épaisses, dégoulinantes. Le diamètre, 70 cm à peine… Il teste la paroi, parvient à enfoncer ses ongles… peut-être assez meuble pour tenter le coup…

 

L’accès au boyau est à une soixantaine de centimètres du sol. Il s’accroche au bord de la cheminée, se met debout tant bien que mal et cherche à tâtons sa première prise. Deux arêtes tranchantes font l’affaire et il se hisse à la force des bras. Les genoux sous le pantalon en triste état se déchirent sur les aspérités alors qu’il ramène les jambes. Peu importe… En haut, c’est la liberté et tout ce qui va avec …

 

Impossible de penser à autre chose qu’à l’effort surhumain que fournit le corps engoncé dans l’étroit boyau, à la douleur des muscles traumatisés par les gestes restreints et répétitifs, à la chair cruellement griffée. Le visage de son équipière danse devant ses yeux fatigués et lui fournit le courage qui lui manque…

 

Le tuyau se rétrécit encore. Il décroche le plus de mousses possible, se contorsionne, force le passage et respire plus librement alors que l’entonnoir s’évase enfin.

 

Le crachin. Le voile froid brumise son visage fiévreux en lui donnant un coup de fouet. Encore quelques mètres et il est libre… Les parois sont à présent recouvertes de bruyères, d’herbes traîtresses qui se détachent en projetant sur son visage des gravillons et des plaques de terre. Mais aucune difficulté ne peut entamer son désormais optimisme.

 

La surface, enfin ! Il tend l’oreille pour s’assurer de l’absence de danger puis se hisse et s’agenouille sur le tapis végétal élastique imbibée d’eau noire acide. L’endroit baigne dans un brouillard dense, odorant, d’un blanc éblouissant. A présent, par où aller ? Il tend l’oreille, se concentre.

 

Un bip répétitif qu’il connaît bien. Sa montre…

 

Ses lèvres s’étirent lentement en un sourire froid. Il se concentre, cible la direction… Un peu sur la gauche… Là… Il se lève et, les yeux rivés au sol, il passe d’une plante à l’autre en grimaçant lorsque le pied disparaît tout entier puis le mollet dans cette bourbe traître. Le tueur est du pays, l’un de ces paysans pillaouer  que lui vantait son équipière née à quelques pas de là. Il connaît ce marais comme sa poche… un avantage certain sur le Parisien. Mais la hargne fait le reste.

 

Le policier s’accroche. Il entend à présent le bruit de sucions des pas lourds de l’autre. Il se règle à son rythme, s’arrête le cœur battant un dixième de seconde trop tard lorsque l’instinct du Breton le met enfin en garde.

 

Le brouillard voile leur présence respective. Le silence également… Bip, bip…

 

Le policier sourit à nouveau… Cette fois, ils sont tout proches. Les oreilles sont tendues à en être douloureuses, les veines saturées d’adrénaline, les muscles durcis par l’imprévisible. Le temps suspend son vol. Un frottement : instinctivement le policier se jette à terre alors qu’un coup de feu éclate à quelques pas, étouffé par le voile humide.

Une silhouette vague, plus grise, se détache. Il le tient !

 

Soudain, comme monté sur ressort, le policier bondit, mains en avant. Il culbute l’Autre, écarte l’arme qu’il soupçonne au bout du bras tendu, le renverse dans la bourbe, agrippe son cou et serre, serre comme un fou. Il écrase la chose malfaisante sans remord.

 

Un autre coup de feu : tout son corps se raidit. La surprise puis la douleur. Il ne comprend pas et s’effondre lentement sur sa victime, ses doigts comme soudés à la chair fragile du cou.

 

Un dernier souffle pour comprendre… Une seconde pour contempler sous lui le visage de son équipière aux yeux écarquillés d’horreur… Une éternité pour reconnaître le rire gras de l’assassin.

 

Ar flanch : molinie bleue, herbe ressemblant à l'alfa

Aleg mors : piment royal à l'odeur très pénétrante

Youdig : petite bouillie, marais au cœur des tourbières.  

 

 

Christine brunet

 

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Jean-Jacques Manicourt : " La poésie relève de la trouvaille, du mot d'enfant." "

Publié le par christine brunet /aloys

 9782874593253_1_75.jpgPourquoi devient-on écrivain et pas peintre ou musicien ? Le talent, me direz-vous... Un talent différent... Vraiment ? 
 L'un aime le mot, s'en sert comme le sculpteur se sert d'un ciseau ou le peintre d'un pinceau... L'amour de la matière première... Voilà le catalyseur de tout acte créatif... Mais il y a ce petit plus invisible, insaisissable mais que l'on ressent en filigrane... 
 
 Jean-Jacques Manicourt est l'auteur chez Chloé des lys de "(Amour) Haine" et "Lettre à Renée"... Il accepte de répondre à mes interrogations... 
 
 Depuis quand écris-tu ? 
 
 J'écris depuis mon premier chagrin d'amour, ce qui laisse à penser que l'écriture, pour le coup, était une sorte de travail de deuil. Ou, pour le dire autrement, parce que les femmes m'y conduisent. Il y a là un réel indicible, un roc incontournable. Etre conduit en écriture par le désir, la beauté, la chair et le sang, c'est, je crois, ce qu'il y a de plus vivant dans l'existence. En somme, écrire c'est continuer à vivre, à désirer. Voilà un premier élément de réponse ; mais je pourrais très bien prétendre demain que les femmes n'y sont pour rien ! 
 
 Ta réponse est plus que concise ! Voyons... Parle-moi de ton univers littéraire. Comment définirais-tu ton style ? 
 Ah, la concision ! J'aime faire court ; au moins quand il s'agit d'écrire l'os de ce que je veux dire. 
 
 Espérant qu'il ne va pas s'arrêter en si bon chemin, je lui repose ma question... Alors, ton univers littéraire ? 

Tu me demandes l'impossible. Je m'explique : mon univers littéraire est presque aussi vaste que l'univers des particules: j'aime lire, et ce depuis fort longtemps. Si on ajoute à cela que j'ai connu la TV noir et blanc....

Mais, tu as raison. Précisons.

Alors je cite en vrac (mais dans le sens noble du terme, comme si je me rendais dans une épicerie fine et non dans une hyper surface):

Michel Tournier - Vendredi ou les limbes du Pacifique
Gustave Flaubert - Madame Bovary
Italo Calvino
Italo Svevo
Daniel Pennac
Donatien Marquis de Sade
Jacques Lacan
Monpassant
Verlaine
Rimbaud
Appolinaire
Molière
Skakespeare
Christian Bobin

Il me faut arrêter là ; la liste est longue et son énumération peut ennuyer. L'univers littéraire, on baigne dedans, comme dans les signifiants avant de se mettre à parler.manicourt-lettre-a-renee-1.jpg
C'est probablement parce que j'ai pris de bons bains de romans, de poésie, de mots singuliers, de phrases à pleurer, à se tordre de rire, à mourir, qu'un jour, je me suis surpris à écrire comme on se surprend à parler après avoir babillé. Paf, en un éclair !!!

Ce que j'aimerais écrire, et qui constituerais mon univers littéraire, si tant est que j'en possède un, c'est un roman dont l'érotisme en filigrane serait insupportable pour qui le lirait. Pour le moment, je babille...

Par ailleurs, tu as vu juste. J'aime ce qui est concis. Le mot avec toute sa chair, saignant. Le mot du désir, pas moins. Ce mot relève de la trouvaille. La vie exige un effort de poésie ; je m'y emploie. En fait, je préfère ma poésie à ma prose.


Tu ne m'as pas parlé de ton rapport avec tes héros... Comment tu les construis, conçois... Y es-tu attaché ou pas du tout. Facile de mettre le point final ou pas ?


Mes personnages se construisent petit à petit, au fil de l'écriture. Selon mon humeur aussi, je suppose. Ils prennent corps dans le rapport qu'ils entretiennent avec le lien social. Si, à un moment donné de l'écriture, je ne les aime plus ou ne les considère plus, c'est une indication pour cesser d'écrire (raison pour laquelle, il y a quelques débuts de roman dans mes tiroirs). En outre, le roman exige du souffle ; il faut que les personnages tiennent la distance. Parfois, je les aime au point de ne plus les quitter, même après le point final. Parfois, je les quitte sans remords sans que je sache pourquoi. 

Qu'est-ce que permet la poésie et ne permet pas le roman et vice versa... Pourquoi préfères-tu la poésie ?

La poésie est plus proche d'une production de l'inconscient. Justement, je m'intéresse aux mots d'esprits, aux rêves, aux lapsus, à tout ce qui achoppe.  J'ai écrit, il y a de cela quelques années, un petit poème qui témoigne de cela

Mon désir courtise tes chairs
Fugace, y loge l'objet précaire
Dans un trou, vaille que coûte
Peu chère, ton image m'envoûte

Mais l'Autre du désir nous aliene
Et la petite bébête, du preste con
 Jusqu'au cerveau lent nous enchaîne
Insuffle à nos corps, les démons.

Je crains déjà de trop expliquer. Au fond, je ne peux pas dire que je préfère la poésie à la prose. 

Je n'ai jamais encore rencontré quelqu'un qui me réponde aussi rapidement ! Du coup, je liste les questions de peur d'en oublier et de tarir sa "confession".

1/ Pourrais-tu me donner une définition... TA définition de l'écriture. Tu as déjà abordé, parlé du sujet, mais j'aurais besoin de quelque chose de plus... concis et de plus précis.

2/ Pourquoi t'intéresser à l'inconscient au travers de la poésie, justement. Dans ton extrait, (prose) tu traites de l'évolution psychologique de ton personnage dans une sorte de monologue. est-ce que la poésie traite de ton état psychologique ?

3/ D'où viennent tes personnages ? Du quotidien, de ton entourage ? Purs produits de ton imagination ?

lettre-a-rene.jpgJe n'ai jamais encore rencontré quelqu'un qui me pousse à en dire plus. Enfin si, une collègue de travail !!!  Elle a raison....le plus souvent.

Définition de l'écriture : effort singulier d'un sujet pour poétiser la vie. 

Je ne peux faire plus concis, et plus con aussi.

 Ce n'est pas que je m'intéresse à l'inconscient à travers la poésie, c'est que la poésie est la manifestation de l'inconscient. 

Alors oui, ma poésie a pour objet l'objet de mon désir.

D'où viennent mes personnages ? De là où je les ai rencontrés. Pour cela, je fais le tour du monde imaginaire, réel et symbolique.
Ainsi Sarkozy dans l'homme qui tua Sarkozy, je ne le connais que par le biais de ses discours (préservez-moi), de ses prestations à la télé (supprimons-la).
Ainsi Renée dans "Lettres à Renée", je l'ai vraiment rencontrée, aimée et haïe; mais ce qu'elle est devenue au fil de l'écriture ne ressemble en rien à ce qu'elle fut réellement.
C'est ce que permet l'écriture: une grande liberté qui confine à celle dont est dotée l'enfance.

Je ne pouvais pas répondre plus vite.

"Ce n'est pas que je m'intéresse à l'inconscient à travers la poésie, c'est que la poésie est la manifestation de l'inconscient. 
Alors oui, ma poésie a pour objet l'objet de mon désir."

Est-ce que tu peux développer, s'il te plaît ? Pourquoi la poésie et pas la prose ?

La poésie relève de la trouvaille, du mot d'enfant. Picasso disait : "Je ne cherche pas, je trouve."   Je crois que la poésie a pour objet cette trouvaille qui se saisit entre un temps d'ouverture un peu miraculeux et un temps de fermeture, d'évanescence. On ne la chercheportrait.jpg pas cette trouvaille, on la trouve avant qu'elle nous échappe. Peut-être qu'être poète, c'est être disponible à ces trois temps.
La prose relève davantage de la construction, même si, à l'occasion, elle peut revêtir les habits de la poésie. Bon, j'ai le sentiment de théoriser quelque chose qui ne doit pas l'être.

C'est un élément de réponse, mais je dois bien t'avouer que, pour n'y avoir jamais songé sous cet angle-là, je suis en peine d'en dire davantage. Pour le moment.....

Travail de l'auteur, des textes, des mots... Travail ou instinct ? L'auteur sent-il lorsque la poésie doit prendre le pas sur la prose et vice versa ? 
Jean-Jacques, ton avis en guise de conclusion ?

Je lui propose donc mon premier jet et voilà sa réponse et voilà sa conclusion qui sera donc la mienne également...

Déjà le premier jet me convient ; c'est en même temps assez proche de ce que je pense et en même temps un peu étranger. Je pourrais  presque dire en guise de conclusion qu'il y a un écart entre l'énoncé et l'énonciation :  de là où j'énonce, c'est précisément là où je suis (un peu) écrivain. Cela ressemble à un aphorisme, et je sens que tu pourrais me demander de développer...


Sûrement, il y a tant à dire... Mais c'est dit, je m'arrête là... pour cette fois...
Vous pouvez retrouver Jean-Jacques Manicourt sur facebook .... http://www.facebook.com/profile.php?id=100000630643817&v=wall


Christine Brunet
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Paris-Nantes-Vie, un poème de Claude Colson

Publié le par aloys.over-blog.com

 

claude colson-copie-2

 

PARIS-NANTES-VIE

En léger contrebas, les lignes jaunes du colza
En balles traçantes s'éloignent de moi, vite.
Les rafales vertes des blés en herbe
Succèdent, comme après  impérieuse invite.
Seules l'ocre des terres labourées, en attente de gerbes,
Leur offre encore maigre alternance, là-bas.

Le Pullman du T.G.V. m'offre confort ;
De faibles tressauts accompagnent le spectacle.
Une ligne d'éoliennes pointe se pales-sémaphores.
Elles  tournent en désaccord à l'oeil qui renâcle.

Pour les passagers, dans leurs sièges affalés,
C'est l'heure de l'assoupissement
Suite au frugal repas, tout juste dévoré,
Avec aux oreilles la berceuse du sourd grondement.

Assis à contresens tu songes à la vie
Qui progresse - aussi fuit - toujours devant
Et si des années écoulées le plateau bien fort penche,
Redresse le fléau, regarde l'enfant qui rit,
Prends le meilleur des mois,
Vis tes jours en dimanche !

N'aie aujourd'hui souci ni crainte ni peur ;
Surtout oublie, oublie bien qu'un jour viendra ton heure.

 

 

Claude Colson

claude-colson.monsite-orange.fr

Publié dans Poésie

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A la Une...

Publié le par christine brunet /aloys

Des lauriers pour des CDL !

 

marie-claire george

Pour Marie-Claire George,

* à Servon-sur-Vilaine (Bretagne)le 15 mai 2011 : médaille d'argent dans la catégorie "Nouvelles" pour mes nouvelles Libération, Les bigoudis et Celle qui me hantait. Josy Malet-Praud et Sophie Vuillemin ont aussi été récompensées à ce concours.


* à Cavalaire-sur-Mer (Var) : diplôme de finaliste dans la catégorie Francophones pour mon poème Boléro. 

 

desguin

Pour carine-Laure Desguin: diplôme de finaliste dans la catégorie Francophones à Cavalaire-sur-Mer !

 

Préface du sol à l'envers, roman de Carl Trottier

 

preface-trottier.jpg

 


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Un extrait de "l'étoile magique" de Philippe Desterbecq

Publié le par christine brunet /aloys

 

Phil D

 

 

 

Lulu, qui se levait toujours dès la première sonnerie, accourut dans la chambre de son frère.

Lève-toi, il est l’heure pour …

Mais il s’interrompit aussitôt et fit demi-tour.

Où es-tu ? cria-t-il.  Maman ? Tu n’as pas vu Pierrot ?

Je suis ici idiot ! répondit l’aîné.

Lulu ouvrit à nouveau la porte de la chambre.  Son œil scruta les quatre coins de la pièce mais il ne vit rien.

Où te caches-tu ? lança le petit.

Mais je suis ici, juste devant toi ! Tu es aveugle ou quoi ?

Pierrot comprit alors immédiatement la situation.  Il courut vers son miroir mais son image ne s’y refléta pas.

Lulu ?

Maman, j’ai peur ! hurla le petit.

Que se passe-t-il encore ? cria maman de la cuisine.  Dépêchez-vous ou vous serez à nouveau en retard.

Ne bouge pas, dit Pierrot à son frère et surtout, ne dis rien.  Je suis là.  Avance ta main et touche-moi.  Tu me sens ?

Lulu hocha la tête sans ouvrir la bouche.

Je suis invisible, continua l’aîné.  Tu ne peux pas me voir mais je suis bien là et tu peux m’entendre.  C’est l’étoile, tu comprends ? Je lui ai demandé … Allons, ne pleure pas ! J’ai besoin de ton aide.  Tu vas dire à maman que nous n’avons pas faim, qu’il est tard et que nous partons tout de suite.  Dis-lui que je suis déjà sur le chemin et que je t’attends.  Ne lui dis surtout rien d’autre. O.K. ?

Lulu hocha à nouveau la tête sans mot dire.  Il n’était toujours pas rassuré.

Pierrot ne prit même pas la peine d’ôter son pyjama et descendit l’escalier en prenant bien garde de ne pas faire grincer les marches.  Il attendit son frère sur le chemin.

 

Pierrot et son frère arrivèrent à l’école dix minutes après huit heures.

Eh, les copains, vous êtes là ? cria Pierrot.

Ah ! Enfin ! répondit la voix de Jojo.  Nous sommes tous là sauf Luc.  Il a dû lui arriver quelque chose.

Je suis là, répondit celui-ci mais il faut absolument qu’on redevienne visibles.

Tu es fou, intervint le petit Michel.  On n’a pas encore commencé à s’amuser !

Moi si, dit Charles le gros.  Je me suis réveillé très tôt ce matin, il faisait encore noir.  Je me suis levé pour aller aux toilettes et, stupeur, je n’avais plus de corps ! Enfin, je n’avais plus de reflet dans la glace.  Je me suis alors recouvert d’un drap blanc et j’ai réveillé mes frères et sœurs.  C’était la première fois qu’ils voyaient un fantôme.  Ils ont eu la trouille de leur vie ! Ce que je me suis marré ! Je vous jure que je me suis bien vengé de toutes ces années où ils se sont moqués de moi et de mon embonpoint !

Moi, c’est pas si drôle, l’interrompit Luc.  Ma mère, ne me voyant pas dans mon lit ce matin, a averti la police.  Ils ont lancé un avis de recherche.

Mes parents croient à une fugue, dit Fred.  Ils ont dit qu’ils avertiraient la police si je n’étais pas rentré ce soir.

Les miens se disputaient tellement fort qu’ils n’ont rien remarqué, dit Charles le mince.

Ecoutez les gars, on sonne, coupa Jojo.  Il paraît qu’on a un nouveau prof.  Allons lui faire sa fête !

 

Les enfants s’installèrent à leur place. 

Mes enfants, je m’appelle Monsieur Cournebuche, dit l’instituteur étirant légèrement les lèvres du côté droit ; je suis le remplaçant de Monsieur Ansiau.

Monsieur Tournebouche ? lança Marco qui se trouvait à l’extrême droite de la classe.

Des rires commencèrent à fuser.

Silence ! tonna le nouvel enseignant.  Je vous prie de lever le doigt pour demander la parole.  Et je rectifie, je m’appelle Monsieur Cour-ne-buche, articula-t-il.  Qui a parlé ?

Tous les regards se tournèrent vers le côté droit du local mais personne n’était assis de ce côté-là.

Monsieur Tournebouche ? lança Fred assis à l’extrême gauche de la classe.

Les regards se tournèrent de ce côté.  Mais là encore, ils ne rencontrèrent que le vide.

Qui a parlé ? demanda l’instituteur rouge de colère.

Aïe ! cria Géraldine, la fille assise au premier banc.

Que se passe-t-il mademoiselle ?

On m’a pincée, monsieur !

Petite sotte ! Comment pouvez-vous donc dire une chose pareille ? Il n’y a personne à côté de vous.  Si c’est pour distraire vos camarades, je vous préviens que …

Il ne put terminer sa phrase.  Une craie venait d’atterrir sur son bureau.

Qui a lancé ce projectile ? demanda-t-il.

Cette craie a bougé toute seule, monsieur, dit Géraldine.  Je l’ai vue se déplacer.  Elle était dans la rainure du tableau.  Tout à coup, elle s’est soulevée et … Regardez !

Géraldine montrait du doigt le frotteur qui se soulevait lentement.

Monsieur Cournebuche se retourna et vit le frotteur tomber sur le sol.

Ce frotteur était mal placé, c’est tout ! dit l’enseignant intrigué.

Mais je vous assure qu’il s’est soulevé ! répondit Géraldine.

Je l’ai vu aussi, dit Julien, le frère jumeau de Géraldine.  Nous sommes dans une école hantée.  Vous ne le saviez pas ?

Taisez-vous, je ne crois pas aux …

A ce moment, toutes les lampes s’allumèrent et s’éteignirent d’un coup.

C’est un faux contact, assura Monsieur Counebuche.  N’ayez aucune crainte !

Il fut interrompu par un cri.  C’était Lucie, la première de classe, la plus sage et la plus attentive, qui se débattait avec un agresseur invisible.  Celui-ci lui défaisait son chignon si bien placé sur sa tête.

Mais que faites-vous mademoiselle ? demanda l’instituteur.

Mais je vous assure, monsieur, que …

Et elle tomba dans les pommes.  Monsieur Cournebuche se précipita pour la relever mais, au moment où il fit le premier pas, un pied invisible le fit trébucher et il s’étala de tout son long.  Les rires retentirent dans toute la classe.

L’instituteur se releva et se planta devant le tableau.  Tout rentra dans l’ordre.  Monsieur Cournebuche commença sa leçon.  Il prit une craie, écrivit au tableau mais, au fur et à mesure qu’il copiait, ses écrits s’effaçaient.  Il n’avait pas le temps d’écrire une ligne complète que celle-ci disparaissait mystérieusement.

Le pauvre homme ne se laissa pas démonter.  Il était décidé à percer le mystère.

Prenez votre cahier de dictées et copiez : « L’automne.  L’automne est ma saison préférée, … ».

A ce moment, la porte extérieure s’ouvrit toute grande ; un vent froid s’engouffra dans la classe, amenant avec lui une grande quantité de feuilles mortes qui recouvrirent quelques bancs.

C’est l’automne qui entre, cria une voix venant de la cour.

L’instituteur se précipita dehors mais il ne vit pas une âme.  La porte claqua dans un grand fracas et des forces invisibles la maintenaient fermée.  Il avait beau pousser de toutes ses forces, elle ne cédait pas.  Tout à coup, il entendit une voix qui disait : « Lâchez tout ! ». La porte s’ouvrit d’un coup et Monsieur Cournebuche se retrouva le visage contre terre…

 

 

 

Philippe Desterbecq

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Journal de bord... Hugues Draye...

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H.draye

 

 journal de bord, mardi 19 avril 2011
 
Namur.
 
J'ai passé la nuit à l'hôtel. Oui oui oui.
 
L'émission, sur Vivacité, avec Jany Paquay (l'animatrice) et David Delrée (qui l'accompagnait), où j'avais été invité, s'est bien déroulée. Bonne humeur. Verres de vin. Alex à la technique. Et du beau monde, parmi les artistes convoqués, sur le plateau : Daniel "Brusselle" Degimbe, Albert Roulive, Véronique Laurent, Sonia Letecheur, Pascal Hermans et un responsable du festival du rire de Bierges (j'ai oublié son nom).
 
Préalablement ...
 
Soleil aidant ...
 
En cherchant, autour de 19 heures, le chemin menant à la maison de la radio (j'avais cru entendre que c'était pas loin de la gare), j'étais tombé, juste en sortant d'une gal'rie, nez à nez avec la charmante ... Véronique Laurent, gentille flûtiste hors pair, talentueuse auteur de chansons. Elle prenait un pot à une terrasse et discutait avec un autre gars. Vous l'aurez deviné : elle se rendait au même endroit que moi. Nous avions encore quarante minutes (de répit, de batt'ment) devant nous. Le gars, à la terrasse, était lui-même un musicien et ... disc-jockey.
 
Juste avant l'émission, le ton, la couleur étaient donnés.
 
La rue de Fer et la rue Golenveaux auront vu deux compères musicaux (Véronique et Hugues) marcher à toutes jambes vers les bâtiments de la radio. La copine, ayant faim (on la comprend), s'était ach'tée (on la comprend), en dernière minute, un p'tit plat chaud bien adapté.
 
Hi hi hi.
 
Tout un plateau à la radio, disais-je ...
 
L'un qui raconte un sketch sur les toilettes, l'autre qui évoque les divers patois bruxellois, un troisième qui évoque le futur festival du rire de Bierges (en l'honneur de Jempy, humoriste connu dans le milieu), un autre qui chante une chanson qui rappelle musical'ment Brassens, la pote Véronique qui joue de la flûte (au casque, elle entend le reste du morceau et l'ensemble passe sur radio) ...
 
Quand ce fut mon intervention, en chanson ...
 
D'abord, le wallon fut à l'honneur. Jany Paquay m'a demandé de lui rechanter "LA MARIE", ma seule trouvaille en patois ... belge (oui, les influences du pays de Charleroi, par certains mots, les influences des Ardennes, par d'autres mots, ainsi que d'autres locutions "wallonisantes" de mon crû que j'ai délibérément du ajouter). J'avais déjà eu l'occasion, en 1992, d'interpréter, pour une télé locale, dans la cour du Palais des Expositions, à Charleroi, cette chanson (Jany était déjà à la base de cette initiative).
 
D'un invité à l'autre, le temps d'une intervention, on changeait de place.
 
Dans la bonne humeur, la chaise musicale avait son mot à dire.
 
Quand ce fut ma deuxième intervention, en chanson ...
 
On a du couper à la moitié du morceau. Fallait tenir compte du minutage. Faut rester pro, en radio. Faut dire, aussi : mon amie Véronique, qui se faisait un plaisir de m'accompagner à la flûte, était, quand c'était mon tour de démarrer ma chanson, dans la pièce à côté (en train de répéter), et j'ai passé, au micro, trente secondes (de joie) à l'app'ler (comme si c'était prévu dans la chanson).
 
Vivent les imprévus charmants, croustillants, inoubliables et ... pleins de tendresse !
 
Trois quarts d'heure plus tard ... quand ce fut ma troisième intervention, en chanson ...
 
J'en ai profité pour reprendre les deux derniers couplets de la chanson ... déjà entamée, précédemment. Avec, toujours, Véronique à la flûte. Que du bonheur !
 
L'émission terminée ...
 
David (le co-présentateur) nous a ram'nés, Véronique et moi, en voiture, à la gare.
La pote repartait sur Liège.
Quant à moi, le train repartait vers ... 22 heures 50. J'avais pris soin de vérifier, la veille, les horaires sur Internet.
 
Tout roulait, donc.
 
Et voilà que ... je consulte les panneaux. Je m'aperçois que ... le dernier train pour Bruxelles est parti, y a dix minutes. Internet m'a-t-il donné de fausses infos ? Ai-je mal regardé, la veille ?
 
Véronique s'en f'sait pour moi. J'en étais ... touché.
 
Très curieus'ment, je ne m'en f'sais pas. Les effluves du vin, dégusté à la radio, m'emm'nait vers les hauteurs de l'Himalaya (ou du Mont Tout Blanc).
Le gars, à Etterbeek, qui, quelques heures avant, avait failli me balancer une trempe parce que, selon lui, je voulais ... coucher avec sa femme, c'était loin loin loin loin ...
La frangine qui, paraît-il, me considère comme un hypocrite parce qu'un jour elle m'aurait dit que "son père est un salaud" et que je lui aurais répondu "c'est ton point de vue" et que (selon elle) je ne sais pas "voir les choses en face", c'était loin loin loin loin ...
Oui,  dans notre vaste monde, y a des êtres "attachants" (ou ... à qui notre coeur ne peut s'empêcher de s'attacher) qui, dans le dédale du quotidien, nous essoufflent, nous esquintent, nous flanquent la corde au cou, nous culpabilisent, nous mettent le grappin d'ssus, nous bousillent, nous tuent à p'tits feux ...
Mais ...
La contrepartie "positive", la compensation, en sens contraire, brille tout autant.
Après une superbe émission, je me suis dit : Jany Paquay est attachante, David Delrée est attachant, SOnia Letecheur et Albert Roulive sont attachants, Daniel "Brusselle" Degimbe est attachant, Pascal Hermans (et sa copine) sont attachants, Alex le technicien est attachant, Véronique Laurent est attachante, le gars du festival de Bierges est attachant et celui que ma distraction oubliera p'têt est attachant, lui aussi. Et ... tous ceux que je cite sont loin de répondre, à ce qu'il me semble, aux abonnés absents.
 
J'ai donc raccompagné Véronique jusqu'à son train.
 
Quant à moi, dans l'histoire ...
 
Au pire, je marcherais dans les rues de Namur jusque 4 heures 11 (heure du premier train pour Bruxelles). Sous un ciel étoilé. Les bistrots ne manqu'raient pas. Les rencontres charmantes, non plus. Quand on se sent protégé, que peut-il nous arriver ?
 
En quittant la gare ...
 
Je tombe nez à nez avec ... l'Hôtel de Flandre, où je me suis déjà attardé dans des périodes de ma vie ... difficiles. Hugues, le temps fait son temps, la vie te sourit. Je n'hésite pas. Je fonce. Je pousse la porte (de l'hôtel). Je prends la chambre ... 408. 85 euros la nuit, petit déjeuner compris. OK, c'est pas donné. "T'as rien d'autre à faire que de jeter l'argent par la fenêtre ?", me dira-t-on. Je vous boxe, je vous emmerde, voies fantômatiques. Au prix où je fais attention, chaque jour à l'argent que je gagne, au prix où, franc par franc, sou par sou, je mets chaque jour un peu d'côté, sans trop me mettre en péril (je suis même ... comptable), j'ai quand même le droit de me réjouir, quand les nécessités de dernière minutent m'offrent des facilités.
 
Ce matin, en me réveillant, vers six heures et d'mie (déjà) ...
 
La gare de Namur, de l'autre côté de la fenêtre, éclairée sous un ciel encore bleu foncé, était très très belle.
 
Neuf heures.
 
Le train, dans lequel j'écris, a dépassé Ottignies.
 
Quand je rentre à la maison ...
 
Je prends un bain. Je file au "Colruyt" ach'ter, au moins, des assiettes et des verres en carton.
 
Vers seize heures, ma quarante-neuvième année entame son tour d'horizon.
 
Vers quatorze heures, si ça tombe, les premiers invités lanc'ront, au rez-de-chaussée de l'immeuble où j'habite, les premiers coups de sonnette attendus.

 

Hugues Draye

www.myspace.com/huguesdraye

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