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Perdu, un poème de Françoise Castera

Publié le par aloys

 

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80    PERDU

 

A la barrière du jardin

Un homme avec des yeux d’enfant

Des yeux vivants ? Des yeux éteints ?

Humait le vent..prenait le temps

Etait-il jeune ? Etait-il vieux ?

Il paraissait être un nomade

Mais à l’observer un peu mieux

Peut-être était- il en balade

Ce n’était pas un étranger

Il semblait connaître les lieux

Et c’était ça l’étrangeté

Je le sentais triste et radieux

Il balayait de son regard

Les bruyères et les lavandes

Et ce n’était pas par hasard

Cette main tendue en offrande

Qu’avait-il donc perpétré

Pour afficher cette brisure

On ne peut pas perpétuer

Le chagrin ni les fêlures.

Regarde-moi je suis en pleurs

Car mon amour t’a reconnu

Je ne veux plus que tu aies peur

J’ai moi aussi la main tendue

Entre chez moi rentre chez toi

Il nous faut écarter nos peurs

Tu es mon fils ta place est là

Et retrouvons notre ferveur

 

 

Françoise Castera

 

 

Publié dans Poésie

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L'auteur de cette nouvelle qui a été primée est Philippe Desterbecq !

Publié le par aloys.over-blog.com

Phil D

 

Un thé de Chine

 

 

 

Garçon, un thé chinois avec trois sucres, s’il vous plaît.

Olivier s’arrêta, médusé.  Se pouvait-il qu’il s’agisse du même homme ? Etait-ce lui, l’homme qu’il avait recherché pendant tant d’années, son père ? Celui qui avait envoyé sa mère au tombeau ? Celui qui avait modifié le cours de sa vie ? Celui qui l’avait abandonné 19 ans plus tôt, le laissant seul, à côté de sa mère en sang ?

Il avait cinq ans alors mais les événements sont restés gravés dans sa mémoire à tout jamais.  L’insouciance de son jeune âge ne lui avait pas permis de prendre conscience que son père, l’homme qu’il idolâtrait, battait sa mère à la moindre occasion.  Les ecchymoses et les blessures multiples qu’elle essayait de cacher n’avaient jamais vraiment attiré l’attention d’Olivier.  Quelquefois, il lui demandait : « T’as fait bobo maman ? ».

Les réponses de sa mère lui suffisaient : « Ne t’en fais pas, mon petit, je suis tombée dans l’escalier.  Maman est si maladroite ! »  Et Olivier retournait à ses jeux égoïstes.  Mais ces réponses n’auraient pas dû suffire à Adèle, la voisine ! Elle n’avait pas cinq ans, elle ! Elle était en âge de comprendre que Lucie était battue par son mari ! Elle aurait dû intervenir !

Quand Olivier décida de venger sa mère, morte parce qu’elle avait oublié d’acheter du thé chinois, il était encore très jeune : douze ans, peut-être. Ballotté d’un foyer à une famille d’accueil, d’une famille d’accueil à une autre, Olivier s’était forgé un caractère : dur, irascible, vindicatif, effronté, …

Quand il avait commencé à mettre son plan à exécution, il avait dix-sept ans.  Son seul regret, c’est qu’Adèle n’avait pas souffert.  Il l’avait tuée trop vite.  Sa seule joie, c’est qu’il était sûr qu’elle l’avait reconnu au moment où il l’avait surprise dans son lit.  Son regard, horrifié, lorsqu’il lui avait serré le cou, le poursuivait encore la nuit mais il avait fait ce qu’il fallait.

Son deuxième meurtre fut moins précipité, mieux préparé.  Il n’avait pas eu de difficulté à retrouver le médecin qui, régulièrement, soignait sa mère et constatait ses blessures.  C’était un copain de Marc, son père, et il n’avait rien tenté pour sauver Lucie.  Avait-il quelquefois parlé à Marc de son caractère violent ?  Avait-il essayé de l’empêcher de battre sa femme ? Olivier en doutait.

Quand, à dix-huit ans, il avait quitté le foyer St-Christophe, il était parti directement à la recherche du médecin.  Il avait oublié son nom mais pas son regard indifférent aux souffrances de sa mère.  Il l’avait retrouvé facilement : le cabinet n’était pas éloigné de la maison où Olivier était né.  Il l’avait suivi pendant trois jours, trois jours de filature, comme un vrai détective, sans se faire remarquer.  Un matin, le docteur Erikson partit à la pêche.  Olivier le retrouva au bord de l’eau.  Ils discutèrent un moment, Olivier l’accusant de la mort de sa mère, le vieux médecin se défendant à corps perdu.  Puis, comme, de toute façon, Olivier était bien décidé à lui régler son compte, il mit fin à la conversation en jetant le docteur à l’eau.  Olivier était beaucoup plus fort que le médecin, il lui maintint la tête sous l’eau sans grande difficulté.  Il s’assura qu’Erikson était bien mort puis s’en alla en sifflotant, les mains dans les poches.

Il mit ensuite son troisième plan à exécution.  Il fallait qu’il retrouve son père.  Mais comment ? Où retrouver un homme qui se cache dans un monde aussi vaste ? Il pouvait être n’importe où.  Une intuition lui disait qu’il avait quitté la Belgique (comment s’y serait-il caché ?) pour la France (son père adorait ce pays) et qu’il le retrouverait grâce au thé de Chine.  Un rêve (prémonitoire ?) lui avait montré son père, vieilli, barbu, assis à une table de restaurant et commandant un thé de Chine avec trois sucres.  Il détenait là la solution.  Il en était sûr !

Sa décision fut vite prise, il entra à l’école hôtelière et en devint un des meilleurs éléments.  Il apprit tous les rudiments de la cuisine avec une facilité déconcertante.  Les autres élèves que, taciturne, il ne fréquentait pas, l’enviaient.  Comment pouvait-il préparer des plats aussi réussis ? Certains étaient dignes d’un grand chef !

Parallèlement, il potassa des livres de pharmacologie et, surtout, de toxicologie.  Les livres de médecine encombraient sa chambre.  Les fioles de tout genre, étiquetées à l’aide de phrases codées, côtoyaient les livres sur les rayons de sa bibliothèque.  Bientôt, les poisons et leurs effets n’eurent plus aucun secret pour lui.  Il préparait des potions et observait leurs effets sur des rats, des lapins ou les chiens des voisins.  Un jour, il expérimenta une potion sur un de ses « camarades » de classe.  Il versa quelques gouttes d’un liquide rose dans le thé de son voisin de table.  Celui-ci vomit tripes et boyaux et mit trois jours pour se remettre.  Olivier était sûr qu’en doublant la dose, un homme plus corpulent ne s’en remettrait pas.  Le médecin, appelé la nuit, ne diagnostiqua qu’une indigestion.  La prise de sang ne révéla rien d’anormal.  Olivier avait gagné !

Son diplôme en poche, il s’exila en France.  Mais, curieusement, il se fit engager comme simple serveur.  Ce n’était pas dans la cuisine d’un restaurant qu’il allait retrouver son père !  Celui-ci aimait le soleil, Olivier avait donc choisi le sud de la France comme lieu de résidence et pour commencer ses recherches. 

Pendant trois ans, il avait écumé tous les restaurants de la Provence et de la Côte d’Azur, se faisant engager dans l’un, se sustentant dans un autre. Il savait qu’il cherchait une aiguille dans une botte de foin mais il ne se décourageait pas.  Il le retrouverait devrait-il y passer sa vie entière !

Olivier monta ensuite en Ardèche.  Et c’est dans le troisième restaurant dans lequel il travaillait qu’un homme lui avait demandé un thé de Chine avec trois morceaux de sucre.  Son père ? Il scruta le visage de l’homme.  Les années passées avaient-elles pu le changer à ce point ? Olivier ne pouvait détacher son regard de ces yeux.  Des yeux de meurtrier ? Des bribes de phrases se bousculaient dans son cerveau : « Non ! Je t’en prie…arrête…s’il te plaît ! Non ! Marc…j’ai simplement oublié d’en acheter.  Je vais y aller.  Il est tard mais je dérangerai le gérant.  Marc…s’il te plaît, tu me fais mal ! »  Les souvenirs affluaient, plus précis.  Il vit sa mère, agonisant.  Il se vit, lui, caché sous un fauteuil.  Il entendit le cri de la voisine.  Il revit les policiers, l’ambulancier.  Il entendit ensuite Adèle : « Je ne savais pas » et puis son propre cri : « Menteuse ! ».

Eh bien ! Qu’attendez-vous ? Quelque chose ne va pas ?  Ne me dites pas que vous n’avez pas de thé de Chine ?

Olivier redescendit sur terre.

Tout va bien, ne vous en faites pas.  Excusez-moi ! Ce sera donc…un thé de Chine avec trois sucres.  Et pour madame ?

Olivier examina le visage de la compagne de l’homme assis à ses côtés et il sut qu’il ne s’était pas trompé : une cicatrice barrait le front de la dame, une légère trace jaunâtre sur la joue droite s’effaçait et des yeux de chien battu ou de biche apeurée, des yeux craintifs le regardaient.

Un café, s’il vous plaît.

Olivier rentra dans la cuisine et s’adossa à la porte.  Enfin ! Après toutes ces années d’attente, de vaines recherches, d’espoir déçu, il était là, il le tenait !

Qu’est-ce que je prépare ? lui demanda Julien, son copain.

Un thé de Chine…sans sucre et un café.

Olivier ôta une petite clef de la chaîne en argent accrochée à son cou.  Il ouvrit une petite armoire et en retira trois morceaux de sucre légèrement rosés.  Il n’eut aucun moment d’hésitation.  Il plaça les deux tasses sur un plateau et fit glisser le sucre dans le thé fumant.  Il déposa deux cuillères et deux gâteaux à la châtaigne sur le plateau et le porta à la table 26.

S’il vous plaît…en souvenir de Lucie, murmura-t-il.

Pardon ?

Olivier ne répondit rien.  Il se retourna et disparut.  Le couple s’interrogea du regard mais ne fit guère attention à la remarque du garçon.

 

Trois jours plus tard, installé dans son lit, Olivier put lire, dans les faits divers : « Le célèbre architecte ardéchois, Carl Lalille, a été retrouvé mort dans son lit par son épouse Gabrielle ce mardi 17 octobre.  D’après son épouse, M. Lalille se plaignait de douleur au ventre depuis quelques jours.  Nos sincères condoléances à sa famille.  L’Ardèche perd un grand artiste ! »

Architecte, son père ? Il avait donc bien changé ! Et ce nom, où était-il allé le chercher ?

Le 19 octobre, Olivier put lire dans le journal : « Les médecins ignorent la cause de la mort de l’architecte Lalille, décédé à son domicile ce 17 octobre.  Ils ont découvert, dans son corps, une dose infime d’arsenic, dose insuffisante pour avoir causé la mort du quinquagénaire.  Le corps médical reste perplexe.  L’inhumation aura lieu… ».

Olivier sourit vraiment pour la première fois depuis dix-neuf ans.

Il postula ensuite pour le poste de chef-cuistot dans ce même restaurant où son père avait rencontré la mort.  Sa vie à lui était là, désormais, dans cette Ardèche ensoleillée où il avait pu accomplir sa vengeance.

 

2 ans plus tard.

Dans la cuisine du restaurant, le nouveau serveur s’adressa à Olivier :

Un thé de Chine avec trois sucres et une glace à la vanille pour la table 23 s’il te plaît.

Olivier regarda le garçon qui le commandait, médusé.  Il se précipita dans la salle et se dirigea vers la table 23.  Les yeux du client et du chef se rencontrèrent.  Ils se reconnurent immédiatement : « Bonjour Olivier, content de te revoir ! »  Marc Morry n’avait absolument pas changé !

 

FIN

 

 

Philippe Desterbecq

 


philippedester.canalblog.com

philibertphotos.over-blog.com

 

 

Publié dans auteur mystère

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Qui est l'auteur de cette nouvelle ?

Publié le par christine brunet /aloys

 

point d'interrogation

 

 

 

-          Garçon, un thé chinois avec trois sucres, s’il vous plaît.

Olivier s’arrêta, médusé.  Se pouvait-il qu’il s’agisse du même homme ? Etait-ce lui, l’homme qu’il avait recherché pendant tant d’années, son père ? Celui qui avait envoyé sa mère au tombeau ? Celui qui avait modifié le cours de sa vie ? Celui qui l’avait abandonné 19 ans plus tôt, le laissant seul, à côté de sa mère en sang ?

Il avait cinq ans alors mais les événements sont restés gravés dans sa mémoire à tout jamais.  L’insouciance de son jeune âge ne lui avait pas permis de prendre conscience que son père, l’homme qu’il idolâtrait, battait sa mère à la moindre occasion.  Les ecchymoses et les blessures multiples qu’elle essayait de cacher n’avaient jamais vraiment attiré l’attention d’Olivier.  Quelquefois, il lui demandait : « T’as fait bobo maman ? ».

Les réponses de sa mère lui suffisaient : « Ne t’en fais pas, mon petit, je suis tombée dans l’escalier.  Maman est si maladroite ! »  Et Olivier retournait à ses jeux égoïstes.  Mais ces réponses n’auraient pas dû suffire à Adèle, la voisine ! Elle n’avait pas cinq ans, elle ! Elle était en âge de comprendre que Lucie était battue par son mari ! Elle aurait dû intervenir !

Quand Olivier décida de venger sa mère, morte parce qu’elle avait oublié d’acheter du thé chinois, il était encore très jeune : douze ans, peut-être. Ballotté d’un foyer à une famille d’accueil, d’une famille d’accueil à une autre, Olivier s’était forgé un caractère : dur, irascible, vindicatif, effronté, …

Quand il avait commencé à mettre son plan à exécution, il avait dix-sept ans.  Son seul regret, c’est qu’Adèle n’avait pas souffert.  Il l’avait tuée trop vite.  Sa seule joie, c’est qu’il était sûr qu’elle l’avait reconnu au moment où il l’avait surprise dans son lit.  Son regard, horrifié, lorsqu’il lui avait serré le cou, le poursuivait encore la nuit mais il avait fait ce qu’il fallait.

Son deuxième meurtre fut moins précipité, mieux préparé.  Il n’avait pas eu de difficulté à retrouver le médecin qui, régulièrement, soignait sa mère et constatait ses blessures.  C’était un copain de Marc, son père, et il n’avait rien tenté pour sauver Lucie.  Avait-il quelquefois parlé à Marc de son caractère violent ?  Avait-il essayé de l’empêcher de battre sa femme ? Olivier en doutait.

Quand, à dix-huit ans, il avait quitté le foyer St-Christophe, il était parti directement à la recherche du médecin.  Il avait oublié son nom mais pas son regard indifférent aux souffrances de sa mère.  Il l’avait retrouvé facilement : le cabinet n’était pas éloigné de la maison où Olivier était né.  Il l’avait suivi pendant trois jours, trois jours de filature, comme un vrai détective, sans se faire remarquer.  Un matin, le docteur Erikson partit à la pêche.  Olivier le retrouva au bord de l’eau.  Ils discutèrent un moment, Olivier l’accusant de la mort de sa mère, le vieux médecin se défendant à corps perdu.  Puis, comme, de toute façon, Olivier était bien décidé à lui régler son compte, il mit fin à la conversation en jetant le docteur à l’eau.  Olivier était beaucoup plus fort que le médecin, il lui maintint la tête sous l’eau sans grande difficulté.  Il s’assura qu’Erikson était bien mort puis s’en alla en sifflotant, les mains dans les poches.

Il mit ensuite son troisième plan à exécution.  Il fallait qu’il retrouve son père.  Mais comment ? Où retrouver un homme qui se cache dans un monde aussi vaste ? Il pouvait être n’importe où.  Une intuition lui disait qu’il avait quitté la Belgique (comment s’y serait-il caché ?) pour la France (son père adorait ce pays) et qu’il le retrouverait grâce au thé de Chine.  Un rêve (prémonitoire ?) lui avait montré son père, vieilli, barbu, assis à une table de restaurant et commandant un thé de Chine avec trois sucres.  Il détenait là la solution.  Il en était sûr !

Sa décision fut vite prise, il entra à l’école hôtelière et en devint un des meilleurs éléments.  Il apprit tous les rudiments de la cuisine avec une facilité déconcertante.  Les autres élèves que, taciturne, il ne fréquentait pas, l’enviaient.  Comment pouvait-il préparer des plats aussi réussis ? Certains étaient dignes d’un grand chef !

Parallèlement, il potassa des livres de pharmacologie et, surtout, de toxicologie.  Les livres de médecine encombraient sa chambre.  Les fioles de tout genre, étiquetées à l’aide de phrases codées, côtoyaient les livres sur les rayons de sa bibliothèque.  Bientôt, les poisons et leurs effets n’eurent plus aucun secret pour lui.  Il préparait des potions et observait leurs effets sur des rats, des lapins ou les chiens des voisins.  Un jour, il expérimenta une potion sur un de ses « camarades » de classe.  Il versa quelques gouttes d’un liquide rose dans le thé de son voisin de table.  Celui-ci vomit tripes et boyaux et mit trois jours pour se remettre.  Olivier était sûr qu’en doublant la dose, un homme plus corpulent ne s’en remettrait pas.  Le médecin, appelé la nuit, ne diagnostiqua qu’une indigestion.  La prise de sang ne révéla rien d’anormal.  Olivier avait gagné !

Son diplôme en poche, il s’exila en France.  Mais, curieusement, il se fit engager comme simple serveur.  Ce n’était pas dans la cuisine d’un restaurant qu’il allait retrouver son père !  Celui-ci aimait le soleil, Olivier avait donc choisi le sud de la France comme lieu de résidence et pour commencer ses recherches. 

Pendant trois ans, il avait écumé tous les restaurants de la Provence et de la Côte d’Azur, se faisant engager dans l’un, se sustentant dans un autre. Il savait qu’il cherchait une aiguille dans une botte de foin mais il ne se décourageait pas.  Il le retrouverait devrait-il y passer sa vie entière !

Olivier monta ensuite en Ardèche.  Et c’est dans le troisième restaurant dans lequel il travaillait qu’un homme lui avait demandé un thé de Chine avec trois morceaux de sucre.  Son père ? Il scruta le visage de l’homme.  Les années passées avaient-elles pu le changer à ce point ? Olivier ne pouvait détacher son regard de ces yeux.  Des yeux de meurtrier ? Des bribes de phrases se bousculaient dans son cerveau : « Non ! Je t’en prie…arrête…s’il te plaît ! Non ! Marc…j’ai simplement oublié d’en acheter.  Je vais y aller.  Il est tard mais je dérangerai le gérant.  Marc…s’il te plaît, tu me fais mal ! »  Les souvenirs affluaient, plus précis.  Il vit sa mère, agonisant.  Il se vit, lui, caché sous un fauteuil.  Il entendit le cri de la voisine.  Il revit les policiers, l’ambulancier.  Il entendit ensuite Adèle : « Je ne savais pas » et puis son propre cri : « Menteuse ! ».

Eh bien ! Qu’attendez-vous ? Quelque chose ne va pas ?  Ne me dites pas que vous n’avez pas de thé de Chine ?

Olivier redescendit sur terre.

Tout va bien, ne vous en faites pas.  Excusez-moi ! Ce sera donc…un thé de Chine avec trois sucres.  Et pour madame ?

Olivier examina le visage de la compagne de l’homme assis à ses côtés et il sut qu’il ne s’était pas trompé : une cicatrice barrait le front de la dame, une légère trace jaunâtre sur la joue droite s’effaçait et des yeux de chien battu ou de biche apeurée, des yeux craintifs le regardaient.

Un café, s’il vous plaît.

Olivier rentra dans la cuisine et s’adossa à la porte.  Enfin ! Après toutes ces années d’attente, de vaines recherches, d’espoir déçu, il était là, il le tenait !

Qu’est-ce que je prépare ? lui demanda Julien, son copain.

Un thé de Chine…sans sucre et un café.

Olivier ôta une petite clef de la chaîne en argent accrochée à son cou.  Il ouvrit une petite armoire et en retira trois morceaux de sucre légèrement rosés.  Il n’eut aucun moment d’hésitation.  Il plaça les deux tasses sur un plateau et fit glisser le sucre dans le thé fumant.  Il déposa deux cuillères et deux gâteaux à la châtaigne sur le plateau et le porta à la table 26.

S’il vous plaît…en souvenir de Lucie, murmura-t-il.

Pardon ?

Olivier ne répondit rien.  Il se retourna et disparut.  Le couple s’interrogea du regard mais ne fit guère attention à la remarque du garçon.

 

Trois jours plus tard, installé dans son lit, Olivier put lire, dans les faits divers : « Le célèbre architecte ardéchois, Carl Lalille, a été retrouvé mort dans son lit par son épouse Gabrielle ce mardi 17 octobre.  D’après son épouse, M. Lalille se plaignait de douleur au ventre depuis quelques jours.  Nos sincères condoléances à sa famille.  L’Ardèche perd un grand artiste ! »

Architecte, son père ? Il avait donc bien changé ! Et ce nom, où était-il allé le chercher ?

Le 19 octobre, Olivier put lire dans le journal : « Les médecins ignorent la cause de la mort de l’architecte Lalille, décédé à son domicile ce 17 octobre.  Ils ont découvert, dans son corps, une dose infime d’arsenic, dose insuffisante pour avoir causé la mort du quinquagénaire.  Le corps médical reste perplexe.  L’inhumation aura lieu… ».

Olivier sourit vraiment pour la première fois depuis dix-neuf ans.

Il postula ensuite pour le poste de chef-cuistot dans ce même restaurant où son père avait rencontré la mort.  Sa vie à lui était là, désormais, dans cette Ardèche ensoleillée où il avait pu accomplir sa vengeance.

 

2 ans plus tard.

Dans la cuisine du restaurant, le nouveau serveur s’adressa à Olivier :

Un thé de Chine avec trois sucres et une glace à la vanille pour la table 23 s’il te plaît.

Olivier regarda le garçon qui le commandait, médusé.  Il se précipita dans la salle et se dirigea vers la table 23.  Les yeux du client et du chef se rencontrèrent.  Ils se reconnurent immédiatement : « Bonjour Olivier, content de te revoir ! »  Marc Morry n’avait absolument pas changé !

 

FIN

 

 

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Je m'emmerde ! une nouvelle d'Alain Magerotte

Publié le par aloys.over-blog.com

 

Alain

 

JE  M’EMMERDE !


 

Si j’avais dû attendre que des tuiles me tombent sur la tête pour faire le toit de ma maison, je vivrais, aujourd’hui, à ciel ouvert. Il n’existe pas de vie plus chanceuse que la mienne. J’ai été vacciné, à ma naissance, contre la moindre contrariété. Nourri au biberon du bonheur, je vogue sur une mer de félicité. C’est tellement criant que cela suscite une légitime jalousie. De peu scrupuleux individus prétendent que je suis responsable de l’expression «imbécile heureux». Eh bien… je la revendique, Votre Honneur, et je suis prêt à vous en apporter la preuve dans une vibrante plaidoirie…

Quoi qu’il en soit, en me conformant au train-train singulier de mon existence, je m’emmerde ! Je m’emmerde si fort que j’exige, sur le champ, la réhabilitation, dans leur dignité, des empêcheurs de tourner en rond. Ce sont des bienfaiteurs de l’humanité. Parce que, croyez-moi, il n’y a rien de plus déprimant que de tourner en rond. Et cela risque de durer encore longtemps car, j’ai beau sonder au plus profond de mon être, rien ne m’enthousiasme vraiment.

Pris de pitié devant l’étalage d’un si grand désarroi, d’aucuns me suggèrent de m’investir dans une discipline quelconque, de m’adonner à une passion, un hobby. Eventuellement… en fait, je m’intéresse un peu à tout sans accrocher à rien. Je n’y puis pas grand chose, c’est dans ma nature, gravé dans mes gènes. Me consacrer à un sport ? Les efforts cent fois répétés me ramèneraient vite à la monotonie. Collectionner ? Le champ est vaste mais, quel que soit le sujet choisi, une forme d'asservissement s’installerait. Une servitude proche de l’uniformité me rejetant ainsi à la case départ. Non, franchement, je ne vois pas comment je pourrais épicer une vie terne se déroulant comme un film dépourvu de la moindre trame. Bref, je n’ai pas fini de m’emmerder…

Le téléphone sonne, me détournant de mes considérations pessimistes sur un présent trop lisse et un avenir à l’horizon duquel nulle aspérité ne se dessine. Au bout du fil, c’est le patron; il me demande de rappliquer d’urgence avec le dossier Marboeuf. A l’énoncé du nom, ma collègue, Chantal, fait signe qu’il est introuvable. Après que j’aie raccroché le combiné, elle précise qu’elle s’est lancée à sa recherche tôt ce matin, sans succès. Guidé par cette baraka indécente qui me colle à la peau, j’ai vite fait de mettre la main dessus au grand étonnement de Chantal dont l’attitude en pareille circonstance me surprendra toujours. Depuis le temps qu’on travaille ensemble, la malheureuse ne s’est-elle pas rendu compte qu’elle côtoie, journellement, le chanceux du siècle ?

Lorsque je fais irruption dans le bureau de Monsieur Duval, le boss, il est sollicité par un appel téléphonique. Je veux m’éclipser mais il me fait signe de m’asseoir et, occultant le cornet du téléphone de sa grosse paluche, dit qu’il en aura vite terminé avec sa communication.

Prenant mon mal en patience, je promène mon regard, tantôt sur la vitre derrière laquelle apparaît un ciel divinement bleu qu’aucun nuage n’a le front de souiller, tantôt sur la moumoute aux poils si parfaits du directeur. A sa place, je me serais gardé d’user d’un tel artifice, témoin criard d’une absence ressentie cruellement. Cela entame son crédit charme qui, malgré tout, j’en suis certain, doit opérer avec succès auprès des dames, en dépit de ce grotesque camouflage.

Monsieur Duval s’est montré trop optimiste, son interlocuteur ne semble guère pressé de mettre fin à leur entretien. Mon attention est attirée par une série de chiffres inscrits sur un bout de papier. Le numéro d’appel d’un GSM. Je n’en possède pas mais, pour passer le temps, je le mémorise.

La conversation téléphonique de Monsieur le Directeur se termine enfin.  

« Excusez-moi, Martin, mais c’était ce casse-pieds de Grondin qui m’appelait. Et avec lui, vous savez comment ça va, il n’a jamais d’heure pour rien. C’est ce qu’on appelle un bouffeur de temps. Mais à part ça, comment allez-vous ? Au boulot, à la maison, tout va bien ?

- Tout va bien, Monsieur le Directeur… » Comme s’il n’était pas au courant de ma veine de cocu.  

Une fois l’examen du dossier terminé, il me donne les composantes de la marche à suivre et, je prends congé de lui.

De retour dans mon univers carcéral, comme il me plaît d’appeler mon bureau, je remarque l’absence de Chantal. Elle m’a laissé un mot : «Suis à la photocopieuse. En ai pour un moment»… Ouais, sûrement à cancaner aussi à droite, à gauche, et patati et patata… il est quand même capital de savoir si, conséquence de l’émission de la veille, Jean-Claude sera viré du loft…   

Ma collègue est constamment occupée. Elle n’est contente que lorsqu’elle est survoltée, même si elle exécute un boulot récurrent… SURTOUT si elle exécute un boulot récurrent ! Ça la rassure, lui donne des repères et remplit bien ses journées. Nous avons déjà eu maintes discussions à ce sujet.

«Mais enfin, Monsieur Martin, vous dites que vous vous ennuyez… n’avez-vous donc pas suffisamment de travail à abattre ? Quand je vois la paperasserie qui encombre votre bureau…»

Pauvre pomme, quel travail ? Les sempiternelles lettres types à rédiger, les immuables dossiers à compulser, les invariables fiches à tenir à jour, les interminables documents à classer… sans compter une multitude d’autres réjouissances du même tonneau qui ont vite fait de me lasser. Mon job m’intéresse… mais pas assez pour faire du zèle, oh que nenni !

Le numéro de GSM me revient en mémoire. Et si j’appelais, juste pour voir ? Je culpabilise à l’idée de m’abaisser à une telle pratique mais ce sentiment s’estompe lorsque m’apparaît en filigrane, la morosité qui règle mon quotidien. Qui sait si l’aventure n’est pas, pour moi, au bout de la ligne, comme elle est, pour d’autres, au coin de la rue ? Pourquoi pas une histoire d’amour qui donnerait du piment à mon existence ?  

Je forme le numéro sur mon fixe. Quelques secondes s’écoulent, puis une voix fait «allô», une voix que je reconnaîtrais entre mille… la voix d’Emilie, mon épouse ! Je raccroche immédiatement. Un véritable séisme m’ébranle. Il faut que je reprenne mes esprits. Allons, du calme, quand je fais allusion à ma veine de cocu, ce n’est qu’une façon de parler. Pas si sûr, faut dire qu’Emilie et moi, nous ne nous livrons plus que très épisodiquement à des ébats qu’il serait excessif de qualifier de torrides. Je ne surprendrais personne en disant que même dans ce domaine, je m’emmerde ! Apparemment, ma compagne aussi et, elle s’emmerde tant qu’elle a franchi le pas en allant voir ailleurs… et avec Monsieur Duval, mon patron ! Excusez du peu !

Ils ne se sont pourtant pas souvent rencontrés. Voyons, mon petit Martin, ne joue pas les innocents, il suffit d’une fois, le coup de foudre, ça s’appelle. Tu sais ce que c’est… non ? Tant pis. Ne te faisais-tu pas la réflexion, tout à l’heure, que le boss ne manquait pas d’atouts pour plaire ?

Quand donc cette rencontre s’est-elle produite ? J’ai beau réfléchir, je ne m’en souviens pas. Tiens, si cela se trouve, je suis occupé à me faire un cinoche d’enfer. N’empêche que je me demande ce que Duval fait avec le numéro de GSM de mon épouse…

Bon, mon cher Martin, faut aussi savoir ce que tu veux. Tu te plains de mener une existence insipide à cause du bol insensé qui te poursuit et voilà que quelque chose d’imprévu se présente et tu bascules. Tu n’as pas l’habitude, O.K. ! Maintenant, ressaisis-toi, analyse froidement la situation et prends la décision qui s’impose. Au fait, laquelle ? Tu vois, tu t’énerves. Ben, celle, avant toutes choses, de rester calme et, si possible, maître du jeu, en contrôlant les événements. Alors, je t’en prie, sois positif et dis-toi que… tu l’as, ton histoire d’amour qui va pimenter ton existence…

Je n’ai pas le temps de gamberger davantage, Chantal, soufflant pour la frime, reparaît, portant une pile de feuilles de papier. Elle se met à composer des petits tas sur son bureau tout en proférant des banalités pour engager la conversation. Je réponds évasivement, le nez plongé, sans courage, dans le dossier Marboeuf. Elle n’insiste pas mais je la devine ravie de me voir travailler.

Durant tout l’après-midi, j’ai du mal à me concentrer sur mon sujet. L’intrigue Emilie/Duval m’émoustille. A dix-sept heures tapant, je quitte la boîte. L’air frais et le trajet du retour fouettent mon imagination. J’échafaude diverses attitudes à adopter face à Emilie pour, au bout du compte, accoucher d’une non-décision. Ah, ça, quand à la base, on n’est pas un homme d’action…

Le repas se passe dans le silence rituel. J’observe mon épouse du coin de l’œil, son visage est serein, ses gestes sont posés. Aucune nervosité apparente ne la trahit. A y regarder de plus près cependant, il me semble déceler une touche délicate de mascara le long de ses grands yeux clairs, ce qui met en évidence l’éclat bleuté de son regard. Signe indéniable, chez une femme, du désir de charmer. Dans notre couple, gangrené par la routine, il y a longtemps que cette démarche n’est plus à l’ordre du jour. Alors, si ce soir, Emilie porte sur elle les marques de la séduction, j’en déduis qu’elle a dû voir Duval dans la journée… Tout est clair, avec le bout de papier en point d’orgue.      

Mes cellules grises en sur-régime m’amènent à conclure que ces deux-là ne se déparent pas. Ils ont, en outre, tendance à choyer leur dénominateur commun, MOI ! Mais comment ne m’en suis-je pas rendu compte plus tôt ? Tant de sollicitude pour ma personne. Tiens, pas plus tard qu’aujourd’hui, avec le dossier Marboeuf, Duval m’a mâché la besogne. Quant à Emilie, pour la seconde fois en une semaine, elle a mitonné des côtes de porc aux herbes. Mon plat préféré. Des preuves accablantes de leur culpabilité…   

Les jours suivants, je m’emploie à surveiller les allées et venues de Monsieur Duval et à consulter, discrètement, les rendez-vous inscrits dans son agenda. La tâche de Directeur m’apparaît alors dans toute sa complexité. De réunions sérieuses en déjeuners importants, le malheureux a un emploi du temps surchargé, il est surbooké pour employer un jargon moderne.

Une date précise retient mon attention, le jeudi 25, à midi. La secrétaire a noté : déjeuner au restaurant Le Cygne noir. Je connais l’endroit : c’est le resto préféré d’Emilie ! On y déguste la meilleure moambe de la ville. Le poulet est cuit suffisamment longtemps dans l’huile de noix de palme qui donne un goût délicieux, malgré une couleur rébarbative de diarrhée de bébé. Hé oui, mes petits agneaux, ça ne sent pas bon tout ça…

Je fais le malin mais, pour surprenante qu’elle soit, l’infidélité de mon épouse la grandit à mes yeux, forçant même l’admiration. Je l’envie davantage pour sa hardiesse que pour l’acte en lui-même. Emilie a osé donner une pulsion nouvelle à sa vie en passant outre des discours moralisateurs, frappés du sceau de l’hypocrisie, clouant l’adultère au pilori. Liens du mariage, liens du travail… nous sommes des enchaînés, des enchaînés du ronron quotidien.

Sans vouloir en rajouter une couche, force est de constater cependant qu’Emilie réussit en plus, par sa félonie, à réveiller en moi une sexualité que je pensais endormie à jamais. Je lui dois des moments d’excitation solitaires, soit, mais oh combien intenses par le biais de scénarii imaginaires que mon éducation interdit de rapporter. Des phantasmes audacieux que la lassitude du couple avait remisés au placard. Et, comme je ne suis pas encore arrivé au bout de ceux-ci et ne désire pas me ré-intoxiquer à la drogue de l’ennui, je m’abstiendrai de mettre un terme à leur love story en me pointant au Cygne noir, jeudi midi…

Je sais cependant que le jour viendra où, blasé de mon statut de cocu par cette tromperie devenue une habitude à son tour, je déciderai de confondre les amants. Je me suis offert, pour la circonstance, un Glock, un revolver automatique autrichien de calibre neuf millimètres. Attention, juste pour l’esbroufe. D’ailleurs, il faut encore que je détermine la place et l’utilité de cette arme lors de la confrontation finale que je veux grandiose, voire théâtrale…

Acteur de théâtre ! Voilà, peut-être, une vocation ratée. Le public, les lumières, le dépassement de soi, les bravos, les rappels, l’ivresse du succès d’une pièce que l’on joue… cent cinquante soirs d’affilée… au secours !

Par contre, je m’imaginerais volontiers dans un One man show pétri de bons mots, point trop compliqués mais fort prisés du public et nourrissant l’orgueil qui m’exalterait puisque personne d’autre n’atteindrait le sommet où je me serais hissé.       

« Martin… oh, Martin !

- Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? Qui m’appelle ?

- C’est moi, Chantal, réveillez-vous !

- Me réveiller ? Comment, je m’étais assoupi ? Depuis combien de temps ?

- Rassurez-vous, guère plus d’une minute. Ce n’est pas étonnant, vous avez l’air tellement fatigué ces derniers jours. Voulez-vous que je vous serve une tasse de café ? Il y en a encore dans la Thermos…

- Non, merci, Chantal, vous êtes bien gentille… »

De quoi je me mêle. Oui, je manque de sommeil parce que je vis sur les nerfs depuis que je sais, mais c’est une agitation positive. Ma collègue ne va pas se mettre à me dorloter. Qu’est-ce qu’ils ont tous à se tracasser, à vouloir m’aider ? Suis-je victime d’une cabale ? Qu’on me fiche la paix ! Je me sens bien, je ne me suis jamais senti aussi bien…   

Le destin est curieux, imprévisible. C’est ce qui fait son sel. Il choisit parfois des lieux insolites pour accomplir le dénouement d’une histoire. Les toilettes, puisque c’est d’elles qu’il s’agit, peuvent servir d’épilogue, si désolant soit-il, à une intrigue…

Quand j’y pénètre, Monsieur Duval est occupé à se laver les mains. M’apercevant à travers la glace qui surmonte le lavabo, il engage la conversation :

« Bonjour, Martin, dites-moi, demain nous sommes jeudi et j’ai un déjeuner de la plus haute importance… »

L’imbécile, comme si je ne le savais pas. Je note que Monsieur le Directeur aime jouer au funambule.

«… Avec Smith…  

- Smith ?

- Oui, Smith, des Editions Smith.

- Mais, je… » Te laisse surtout pas décontenancer, c’est un mensonge, il ne va pas t’annoncer qu’il a un rencard avec ta femme !

« J’aimerais que vous soyez des nôtres… »

Patatras, c’est comme si le sol se dérobait sous mes pas. Le teint blême, le regard vide, les lèvres agitées d’un tremblement convulsif, je bredouille quelque chose d’inintelligible.

« J’étais loin d’imaginer que cela vous procurerait un tel plaisir au point d’en… »

Affligé par une proposition dont plus d’un s’enorgueillirait, je suis dans la peau d’un joueur jouant très gros avec la dernière carte qui lui reste à abattre.

« Je pense que Monsieur le Directeur se trompe de jour…

- Pas du tout, je viens de consulter mon agenda et…

- Voyons, il est impossible que ce soit jeudi, demain, ce doit être jeudi prochain…

- Vous me paraissez fort agité, Martin…

- Demain, vous avez retenu une table au Cygne noir

- Je constate que vous êtes au courant…

-… Je suis au courant de tout, Monsieur Duval… et pour commencer que vous couchez avec Emilie, ma femme…

- Vous êtes complètement fou, mon ami !

- D’abord, je ne suis pas votre ami. Ensuite, que faites-vous avec son numéro de GSM ? »

Il se met à rire si fort que l’écho en résonne encore. Puis, entre deux éclats, il me dit qu’Emilie lui avait communiqué son numéro privé de façon à ce qu’il puisse la prévenir du moindre incident qui pourrait me survenir. Mon accablement l’inquiétait à un point tel, qu’elle craignait que je fasse une bêtise.

Je suis déboussolé, blessé, meurtri au plus profond de mon être. Ainsi se termine, sans jamais avoir commencé, la remarquable histoire d’amour que j’avais élaborée entre eux. Ils me la volent honteusement, me la gâchent scandaleusement sous l’horripilant prétexte d’un protectionnisme que je ne peux plus supporter. Les ordures !

Il est donc écrit que RIEN, strictement RIEN ne peut m’arriver ! C’en est trop, il faut que je change le cours de ce destin insipide.

A défaut de crime passionnel, banal en somme, j’opte, en une fraction de seconde, pour le meurtre gratuit, indéfendable aux yeux du commun des mortels.

Je sors mon revolver et vise la tête de Duval qui me regarde les yeux révulsés par la terreur. J’appuie sur la gâchette mais, l’arme s’enraye !

 

Après un bref séjour entre les quatre murs d’une cellule capitonnée, me voilà, aujourd’hui, installé, bien au chaud, dans une chambre aux couleurs pastels. C’est doux, reposant. Je ne reste pas inactif, je confectionne des sandales.

Hier, Chantal m’a apporté des oranges et semblait aux anges de me voir occupé. Elle a toujours eu si peur que je m’ennuie…

De temps à autre, en compagnie d’Edouard, un co-locataire sympa, nous faisons une partie de monopoly. Comme mon existence ressemble à ce jeu. Je rafle tout, me retrouve en prison, retourne à la case départ, regagne à tous les coups et finit par… m’emmerder!

 

 

 

Alain Magerotte

Extrait du recueil "Le démon de la solitude", Ed. Chloé des lys

Publié dans Nouvelle

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Christine Brunet interroge JOSY MALET-PRAUD, l'auteur de "Un, Deux, Trois, Soleil"

Publié le par christine brunet

 

Portrait-crayon.jpgJe vais commencer, une fois n'est pas coutume, par une digression... inspirée par ce croquis crayon de Josy Malet-Praud... Quel talent, non? L'artiste y a fait passer tant de choses...

 

Un croquis de toi, Josy ?

Non, il n'est pas de moi (pas assez douée pour ça...). Il est lié à une rencontre. L'année dernière (comme tous les ans quand c'est possible), j'ai séjourné quelques semaines sur l'île de Saint Martin, aux Antilles. Un soir, à la sortie d'un concert de Gospel donné dans l'église de Grand Case qui est le point de ralliement des artistes de l'île, j'ai été abordée par une jeune femme équipée de ses crayons, fusains, pastels, etc... Elle m'a demandée si elle pouvait faire mon portrait. J'ai dit oui... elle avait moins de vingt ans, elle me semblait un peu paumée et "sur la brèche"... J'ai proposé un dîner dans un "lolo" (ce sont les équivalents des paillottes corses, implantés sur les plages) et tout en mangeant et en discutant... elle a fait ce portrait. Que j'ai gardé, bien sûr. Une rencontre étonnante, émouvante, des échanges humains authentiques. J'espère que cette jeune femme réussira.

 

Ce que j'aimerais interviewer cette jeune artiste... parce que je crois qu'elle a su retranscrire à la fois son propre ressenti et l'âme de son modèle... et on ne parvient pas à un tel résultat sans s'ouvrir aux autres... 

 

Je crois que c'est là toute la difficulté de l'artiste, quel qu'il soit. Poètes ou romanciers sur la même longueur d'onde que peintres ou musiciens ? Sans aucun doute... Il suffit de lire les textes de Josy pour en être convaincu...(link

 

Alors, dis-moi, depuis quand écris-tu ? lui ai-je demandé dès qu'elle a accepté de répondre à mes éternelles questions.
Depuis un certain nombre d’années. Je n’ai plus vingt ans, ni même trente, ni même quarante… J’ai eu le temps de m’y mettre ! Premiers écrits « matérialisés » et reliés : à l’âge de quatorze ans, j’ai écrit mes mémoires. Il faut dire que j’ai parfois des idées saugrenues : j’étais alors convaincue de ne pas passer le cap des dix-sept ans. Une bonne centaine de pages quand même ! J’avais des choses à dire ? En tout cas, j’avais déjà un passé. Dense. Passé la date fatidique, j’ai continué…
 
Surprise... amusée aussi, j'ai continué sur ma lancée et vous livre à présent, sans plus intervenir, ses réponses à mes questions...


Pourquoi écris-tu ? Un déclencheur ?
Curieuse incurable, j’écris comme on pousse la porte d’un magasin, pour aller voir ce qu’il y a derrière la vitrine, comme on perce la surface d’un lac gelé pour découvrir ce qu’il y a sous la surface. Ni contemplative ni voyeuse, je suis plutôt poussée par la volonté de comprendre. Mieux connaître les autres, ceux qui me ressemblent et surtout ceux qui ne me ressemblent pas, comprendre comment ils fonctionnent, pourquoi ceci est comme cela, ce que sont les différences quand elles existent. J’écris d’abord pour moi, c’est ma façon de prendre le monde à bras le corps, de lui faire face, de l’aimer ou pas, de ne pas me contenter de regarder passer les trains et mes semblables, de toucher du doigt d’autres univers, fussent-ils imaginaires. J’écris aussi pour le plaisir et le besoin de la création…Les mots, c’est comme les pièces d’un jeu de Lego. J’ai le goût de la construction, des univers à bâtir.

 
Que
 t'apporte l'écriture ?Visuel Auteur - PDNA
C’est un espace où j’ai des ailes, l’occasion d’une aventure toujours mystérieuse, un périple qui s’avère parfois dangereux. Ecrire, c’est se découvrir soi-même, c’est se dévoiler aux autres, s’exposer, prendre le risque d’être vu. C’est un bonheur qui paradoxalement peut faire mal aussi. L’écriture me rend heureuse et me fait parfois souffrir. Mais jamais au point de m’en écarter…
 

Comment écris-tu? d'un jet, en relisant fréquemment ?...
J’écris sur une impulsion, à partir d’une sensation, de bribes de souvenirs qui se rattachent à un événement, une situation parfois très banale et c’est autour de cela que se construit le récit (quand il y en a un). Parfois, quand j’ai besoin de –vider mon sac- d’un trop plein présent ou lié au passé, il n’y a pas d’histoire ou bien seulement une histoire-prétexte…J’utilise alors les mots comme des symboles, des codes pour mes émotions, mes sentiments. Les phrases sont ici des lignes à haute tension où chaque mot transporte une charge. Positive, quand c’est possible. Oui, positive car je suis une femme positive.


Que
 ressens-tu quand tu écris? Du stress, une urgence, un plaisir ?
C’est toujours l’urgence qui ouvre le bal. Celle de fixer sur le papier l’idée, l’événement avant qu’ils ne s’évaporent. L’inspiration, c’est comme un feu follet, éphémère et capricieux. Ou comme une expression sur un visage : il faut l’attraper sur l’instant, avant qu’elle ne disparaisse. Du coup, j’ai toujours dans mon sac, mes poches et sur mon bureau des théories de petits bouts de papier couverts de mots-clés….


verso-ISBN-9782874594731.jpgEnsuite, ce sont les heures du stress, oui… Quand après l’ébauche qui n’est qu’une armature incomplète, il faut creuser, déterrer, combler, cimenter, ériger, équilibrer les choses. Du stress et de l’angoisse à mi-parcours : toujours cette idée négative que je ne parviendrai pas au bout, que ce sera mauvais, que ce ne sera pas le juste reflet de ce que j’ai imaginé, rêvé, pensé, senti… Le reflet de ce qui a été d’abord écrit dans ma tête. J’écris plutôt bien….dans ma tête. J’y suis toujours beaucoup plus à l’aise…Les phrases et les séquences s’enchainent facilement. C’est lorsque qu’il faut les saisir au grand jour que les mots se rebiffent ou se défilent !


Le plaisir, enfin, intervient quand je n’ai plus qu’à nettoyer l’ensemble du superflu, de l’inutile, à rechercher un mot plus fidèle, plus juste, à remanier l’ordonnancement, à embellir l’écriture. Et le bonheur suprême : c’est lorsque c’est terminé et qu’il m’arrive d’être à peu près satisfaite. Je dis à peu près, car je ne le suis jamais vraiment tout à fait. Et dans tous les cas, jamais longtemps… Je suis un auteur qui doute, avant, pendant, après. Une idéaliste consciente des limites et des illusions attachées à ses idéaux. Je n’ai jamais de certitude, en rien. CQFD : je ne suis jamais en situation de contentement absolu. Ecrire, c’est accepter et supporter de vivre les hauts et les bas des montagnes russes, non ?


Que
l rapport as-tu avec l'écriture, tes personnages, ton récit ? As-tu du mal à mettre le point final à une histoire ?
J’entretiens un rapport plutôt passionnel avec l’écriture, un peu obsessionnel aussi, ça va de paire. De toute façon, c’est ma nature… Au fil du temps, écrire est devenu une forme d’addiction. Ce sont surtout les personnages qui m’intéressent : leurs comportements, leurs différences, leurs univers, leur courage, leur lâcheté, leur exemplarité et leur banalité. Ce sont –mes piliers- dans l’écriture. Je m’y attache très fort, à tel point que je les sens vivre…si ce n’est pas le cas, c’est loupé, je jette. Le récit est important bien sûr, mais il ne prend forme qu’après. Ce sont les personnages qui m’inspirent une histoire. Et l’histoire qui imposera un décor propre à la mise en scène des personnages. J’aime aussi particulièrement creuser les ambiances, dessiner des images, mettre des couleurs et des sons. Un peu comme dans la vie. Et si possible, avec simplicité, ce qui est finalement le plus difficile. Je n’aime pas trop les textes compliqués, les écritures alambiquées, pédantes, ronflantes. Gonflantes. Derrière ces vitrines surchargées de guirlandes et de dorures, il y a trop souvent un désert. Je préfère de loin une phrase un peu bancale au sens académique mais qui –a des tripes-, à un modèle académique sans substance. Je suppose qu’un écrivain digne de ce nom réunit les deux : les tripes et l’académie…123soleil.jpg


Comme tu l’auras compris, je n’écris jamais d’un seul jet ou bien seulement quelques fragments qui viendront s’incorporer ensuite dans un ensemble. Exigeante, je suis. Un récit abouti est le résultat de trois, quatre versions précédentes, parfois plus. Je n’ai pas trop de difficulté à placer le mot fin, mais seulement quand j’ai coupé les rameaux morts…En gros, c’est au feeling : je sens quand c’est prêt… un peu comme en cuisine.

 

As-tu des difficultés à lâcher tes personnages ?

  Non. Je m'explique : soit ce sont des acteurs qui n'ont aucune liaison avec moi (passée ou présente), auquel cas, je ne les oublie pas, mais nos routes se séparent. Soit, ils sont liés d'une façon ou d'une autre à ma vie, à mes expériences, ils sont donc -importants-. Cependant, dans ce cas, je n'ai pas non plus de peine à les "lâcher" à la fin de l'histoire, car ils ressurgiront à coup sûr sous une autre identité et dans un autre récit... Nous nous retrouverons. Ils ne font que s'absenter un moment.

 

Le livre terminé, la page était-elle irrémédiablement tournée ? 

Là encore, je dois faire la distinction entre ce qui est écrit dans le cadre d'une fiction totale, très -à distance de ce que je suis- et ce qui résulte d'une expérience familière. Dans le premier cas : la page est tournée. Dans le second : l'histoire, en tout ou partie, certaines situations sont ou ont été suffisamment marquantes pour qu'inévitablement, j'y revienne un jour, sous une autre forme, dans un autre cadre...Mais j'y reviens, c'est certain. Parce que l'événement à l'origine de la "semi-fiction" est de ceux qui m'ont structurée ou déstructurée parfois. Je suis ce que je suis grâce ou à cause d'eux : je ne peux pas faire l'impasse, consciemment ou pas.
 

Où puises-tu tes idées? Dans la vie courante ?. 
C’est une question qu’on m’a déjà posée plusieurs fois ces derniers temps. Les personnes qui ont eu la gentillesse de lire mes petites histoires ont parlé d’une « grande diversité », et je l’ai pris comme un compliment. A tord, peut-être (sourire) ?
Je ne « puise » nulle part. Je ne me dis jamais : -tiens, qu’est-ce que je pourrais bien écrire aujourd’hui- ? Je me mets au clavier (ou je saisis mon Waterman fétiche) lorsque quelque chose remue en moi…s’agite. Un souvenir qui refait surface, une conversation qui fait tilt, une situation qui me touche, un visage qui m’accroche, un fantôme qui flotte à l’horizon…. C’est n’importe quand, et n’importe où. Dans la rue, au ciné, en lisant, en dormant, en veillant, sous la douche … Je ne cherche pas. Tant mieux : j’aime les surprises. L-Equipage-017.jpgL’aspect désagréable de la chose, pour les autres, c’est qu’il m’arrive fréquemment de me mettre à planer au beau milieu d’une conversation : je ne suis plus là ; ça déroute un peu, mais mes proches s’y font…ou pas (clin d’œil !).

 

Dernière question, si tu veux bien... Comment réagit ton entourage face à ta passion de l'écriture ? 

J'ai le sentiment d'être vraiment soutenue, encouragée, mais comme pour tout ce qui m'est "exclusivement personnel", qui ne concerne pas directement -ma tribu-, les réactions varient selon que cette passion, mise en pratique, dérange ou ne dérange pas le petit monde qui est le nôtre, celui de -la famille-. Bref, -les miens- m'encouragent, c'est vrai, semblent aimer ce que je fais... mais il arrive néanmoins qu'il y ait quelques petits grincements de dents (à peine audibles, mais j'ai l'ouïe fine...) quand -la mère- et/ou -l'épouse- que je suis impose sa passion au détriment du confort de chacun. Raison pour laquelle...je travaille surtout le soir, et très souvent, tard dans la nuit, voire jusqu'au petit matin. Quand ma tribu dort et n'a plus "besoin" de moi. Ce n'est ni très original ni vraiment nouveau : toutes les femmes, qu'elles écrivent ou pas, ont quelque chose de la femme-orchestre et doivent déployer des trésors d'ingéniosité et de patience pour parvenir à conjuguer le -Nous- et le -Moi-... Question d'habitude ...et d'endurance ! (sourire) 

 

Que tu as donc raison ! Que de fois ai-je entendu "A quoi tu penses?" ou "Qu'est-ce que tu fais avec ce stylo à la main ?" alors que l'un ou l'autre de "mes hommes" (petit et grand) cherchait à me tirer vers autre chose... C'est alors de grand matin que je noircis le papier... Un instant à moi que je n'échangerais pour rien au monde...

 

Justement, c'est cet univers un peu en retrait, ce jardin plus tout à fait secret puisqu'il sera partagé qui construit son auteur.

Il s'agit là d'un juste échange de bons procédés... L'un bâtit, façonne le temps de quelques pages ou d'un dessin, l'autre abreuve son créateur d'un plaisir rare... Il lui insuffle la passion... 

 

Venez partager l'univers de Josy Malet-Praud sur son site http://www.lascavia.com/  !!!!

 

 

 

 

 

Photo Christine Brunet  Christine Brunet

 

http://recreaction.over-blog.org

http://aloys.over-blog.com

 

Publié dans interview

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Gauthier Hiernaux a lu Une belle époque de Kate Milie

Publié le par aloys.over-blog.com

gauthier hiernaux2 J'ai lu Une belle époque de Kate Milie


Je referme « La Belle époque » avec un sentiment indéfinissable qui n'a aucun rapport avec la qualité littéraire du roman paru début 2010 chez Chloé des Lys.

 

Au-delà de l'histoire qu'elle nous livre, Kate Milie nous entraîne dans une réflexion sur les moyens de communication dont on use aujourd'hui à l'envi et la déshumanisation progressive de nos rapports sous le couvert de nos masques : nos 'pseudos'.

 

« Valmont », le gémeau du 'Salon des Mots' se présente comme un libertin mais n'est-il pas un pervers narcissique qui s'invente une autre identité pour se jouer d'«Icône»?

 

« Jack » ne cabotine-t-il pas pour cacher au monde sa souffrance, physique et morale?

 

« Chevalier Noir » est le seul personnage dont l'auteur nous fera entr'apercevoir le visage démasqué ? Cette découverte, réalisée par «Icône» sera décevante comme la réalité l'est souvent?

 

Au-delà de leur désir de communiquer et de leur passion commune, aucun de ces internautes ne souhaite dévoiler sa réelle identité. Le lecteur n'apprendra rien de leur passé, de leur motivation ni de leur vie. Et sans doute est-ce mieux ainsi.

 

J'ai vraiment pris du bon temps en lisant « La Belle époque » de Kate Milie. Son écriture extrêmement fluide, son sens du rythme et l'alternance entre les tons des chapitres m'ont profondément séduit.

 

J'attends avec impatience son prochain ouvrage.

 

 

Gauthier Hiernaux

grandeuretdecadence.wordpress.com

  

 
 
 

 

Publié dans Fiche de lecture

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Derrière les forêts de n'importe quel monde... Un poème de Bertrand Saint-Songe

Publié le par aloys.over-blog.com

photo bertrand Saint Songe
DERRIERE LES FORETS DE N'IMPORTE QUEL MONDE
 
 
Lieux d' Art et de Silence
Retables et Sablières
Mosaïques : - Discours les yeux fermés.
 
Dialogue de l'homme avec L ' éternité !
 
Passage à vide, ou parcs d'arpèges et de miroirs,
mémoire en voyages lunatiques (métamorphose du Vivant)
il est des voyages indiscrets au centre des étoiles
qui sont conscience aigue de l'inaccessible demeure ....
 
Les fleuves, la forêt,
Pages laiteuses où neige l'interdit.
 
Est-ce la fin ou l'aube
qui dissymètrise nos itinéraires ?
 
Passe le temps
Coule l'ombre
Rien n'est sombre
dans les chants....

 
Bertrand Saint-Songe  
bertrandelporte-yahoo.fr.over-blog.com
  
 

Publié dans Poésie

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Alain Magerotte a lu Albert ou la quête d'un marathonien d'Alain BUSTIN

Publié le par christine brunet /aloys

AlainALBERT OU LA QUÊTE D’UN MARATHONIEN

                                           par Alain Bustin

 

Alain Bustin… voilà un jeune homme de soixante ans qui ne fait vraiment pas son âge. Je lui trouve physiquement un petit côté Gérard Holtz (journaliste sportif sur France Télévision du type «exhibitionniste dentaire») mais… avec un cerveau en plus !... Je n’ai pas dit «… avec, en plus, un cerveau !»… La nuance est de taille…  


Alain Bustin c’est Albert… ou le contraire, si vous préférez. Ce livre n’est pas simplement un prétexte pour narrer des courses menées tambours battants sous différents cieux. Un peu comme si Gaston Roelants ou Vincent Rousseau écrivaient leurs mémoires.


Il n’y a donc pas que la transpiration naturelle due à l’effort physique intense qui éclabousse les pages, il y a également ces nombreux cris d’amour pour la course, pour la bienveillance, pour la gentillesse et, pour ce père alcoolique et violent, parti trop tôt. Chaque objectif atteint (terminer la course), chaque victoire, rapproche un peu plus notre Forrest Gump wallon de ce père décédé tragiquement en mer. Quête d’absolu par le dépassement de soi… surmonter ses doutes, ses craintes… une sérénité tantôt perdue, tantôt retrouvée (temporairement)… Albert/Alain, pauv’ petiot en mal d’amour et de reconnaissance depuis sa naissance court toujours et encore...


Je ne peux résister à l’envie de vous livrer des extraits pour étayer mon propos :

… Les quelques randonneurs déjà présents à l’aube de cette magnifique journée nous cédaient, souvent à contrecoeur, le passage ! Même la majesté de l’endroit ne parvenait pas à révéler chez eux ces vertus humaines que j’estimais tant ! La courtoisie, la patience et la solidarité n’étaient alors que de simples mots, condamnés à flotter dans l’air, sans espérer pouvoir, ne fut-ce que pour cet instant, les habiter…

…Quand comprendrons-nous enfin que la clef du bonheur, ce sont les autres et la liberté, et non pas cette frénésie de vouloir toujours et encore plus vite tout contrôler, tout posséder, tout imposer…

… Comme une seule fois jadis, pose ta main sur mon épaule. Je m’en souviens si bien ! Ce jour-là, trop tard peut-être, tu m’avais promis de m’apprendre tant de choses et puis sournoisement le chaos de ta mort survint. Aujourd’hui, de la vie, je sais toujours peu. Mais en ce jour nouveau, sois sûr que je t’aime et que dans ma rédemption, tu seras toujours à mes côtés…


C’est un réel plaisir de découvrir, au fil des pages, ces appels à l’amour, àhttp://www.bandbsa.be/contes2/albertmarathon.jpg l’amitié, à la fraternité… nobles sentiments qui devraient en fait guider la vie de chaque individu sur cette planète.


Aux oubliettes la sinistrose déversée chaque jour par le JT, l’incommensurable vulgarité de la téléréalité et autres émissions débiles tenant le haut du pavé et nuisant ainsi gravement à notre santé mentale. Me revient alors à l’esprit la réflexion d’un prof. lorsque j’étais à l’univ. :

En parlant de la mort de Georges Pompidou, il disait : Un homme est mort. Je lui rétorquais : C’est parce qu’il était Président qu’on en parle. Tous les jours il y a des hommes qui meurent et on n’en fait pas tout un plat ! – Non, Monsieur, répondit-il, des hominiens, il y en a beaucoup, des hommes très peu.


Dans «Albert ou la quête d’un marathonien», nous croisons plus d’un homme. Rien qu’à ce titre, ce livre est réconfortant. 


Côté panorama, l’auteur nous livre des descriptions précises des lieux, des endroits. De vraies cartes postales en somme. A tel point qu’Alain/Albert m’a transmis le vertige des cimes comme Bashung m’avait transmis celui de l’amour. Ah, ces «Alain» tout de même… quels mecs… non ?


Bon, je m’arrête ici, il est temps de me ravitailler si je ne veux pas connaître la terrible défaillance… et vous, n’oubliez pas de vous approvisionner en lectures saines et passionnantes, comme celle-ci par exemple.


Alain Magerotte.             

http://www.facebook.com/group.php?gid=15339708991

Publié dans Fiche de lecture

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Gérard Loiseau se présente !

Publié le par aloys.over-blog.com

http://www.bandbsa.be/contes/gerard.jpgJ’ai 61 ans, je suis à la retraite du Ministère de l’Intérieur depuis 2007 où j’ai travaillé pendant 40 ans, et je suis très content d’y être. Quand j’étais jeune, j’ai toujours voulu écrire un livre, un seul, mais j’en suis à trois.  Pour moi c’est un peu une thérapie. J’aime bien écrire, dans un livre on peut écrire ce que l’on veut, des choses charmantes, des événements tragiques, on peut faire mourir le héros, ou pas, favoriser quelqu’un, ou le détruire, je trouve cela assez génial.

 

Je me suis marié la première fois en 1971, et la seconde en 1983,  de ses deux mariages j’ai eu 3 enfants, deux filles 34 ans et 17 ans, et un garçon de bientôt 25.

 

J’aime par-dessus tout ne rien faire, dormir, écrire, et faire la cuisine que j’adore.

Je vis à la campagne, dans une grande maison et j’adore cela. L’été, je me baigne dans ma piscine, et je m’occupe de mon jardin, je fais des brioches, et du pain pour ma femme et mes enfants, j’écoute la radio et je me tiens au courant grâce à internet des nouvelles du monde, je suis seul toute la journée, j’aime la pluie, les tempêtes il y en a souvent par chez moi, en 1999 en décembre (Karl et martin) grosse tempête et récemment (Zynthia), j’aime cela.

 

De temps en temps je vais à la pêche aux coquillages, et aux crabes, cela suffit à mon plaisir.

 

J’ai écrit mon premier livre dans les années 2000, j’ai mis longtemps à l’écrire, mais j’ai tout vendu.

 

Le second j’ai mis moins longtemps, j’ai inventé un héros pour ce livre l’inspecteur, Tyler Fox et son collègue Gino Ianocelli. Ces deux personnages sont les policiers de mon troisième livre qui se passe dans l’ile de Ré prés de chez moi. Ils enquêtent sur un meurtrier en séries. J’ai une fascination pour les tueurs en séries. Je lis et regarde à la TV toutes les séries américaines où il y a souvent des tueurs de ce type.

 

 Je ne pensais pas devenir un écrivain, après avoir passé 40 ans avec des flics, et des gendarmes pendant ma carrière de fonctionnaire. Quand j’étais en classe en cm² j’étais mauvais en français, et en fin de compte je n’ai eu que mon certificat d’études. Cela m’a gêné un peu pour écrire, mais je suis plein de ressource, j’ai acheté un correcteur canadien, qui me permet d’écrire correctement quand je bloque sur un mot, ou une phrase. Pour écrire, je pense qu’il ne faut pas être très cultivé, mais seulement le vouloir. J’ai une imagination débordante et le soir dans mon lit avant de m’endormir je prépare les prochains chapitres, ou une nouvelle histoire à écrire. Je mets souvent pas mal de temps à élaborer un nouveau livre, trouver les personnages, les coller avec un thème, et les faire avancer, les faire mourir ou tomber amoureux, etc….

 

Ici, ce matin il pleut, je suis content .

 

 

Gérard Loiseau

Publié dans présentations

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En filigrane, un poème d'Elisabeth Mercatoris

Publié le par aloys.over-blog.com

 

http://www.bandbsa.be/contes2/mercatoris.jpg

 

 

En filigrane

 

Comment puis-je habiller mon ami aux pensées inachevées ?

Epatant par ses fulgurances,

audaces fauves qui zèbrent sa pensée.

Sa langue est rêche, son flux incontrôlable.

Sa mémoire se détache en ressacs,

vibre aux urgences.

Il veut sauver ou étonner le monde !

Mais l’ami aux pensées inachevées a le souffle épais…

qui roule.

Il n’en veut plus aux morts !

Il s’abandonne au rire,

surpris par l’écho intérieur.

Mais à y ouvrir son âme,

je crois qu’il est cerné par des matins infirmes !

 

 

Elisabeth Mercatoris

fr-fr.facebook.com/people/Elisabeth-Mercatoris/1363895991

Publié dans Poésie

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