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Bob Boutique nous propose un extrait de "BLUFF", son dernier thriller

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

  • Ah quand même ! Voilà une heure que j’essaie de te joindre… Impossible d’obtenir une connexion. Tu es où ?

Lieve est accoudée en nuisette à la table de la cuisine et observe l’écran de son Mac, tout heureuse de retrouver son homme étendu sur un lit d’une personne, le visage encore chiffonné de sommeil.

  • Dans ma cabine, mon amour. Oh je vois que tu as fait du café, tu peux me servir une tasse s’il te plaît ?

Elle rit

  • Quelle heure est-il (en bâillant) ?

  • Deux heures du matin. Je t’ai réveillé ?

  • Bof, je suis sorti cette nuit sur le deck pour prendre l’air et crois-moi, ça soufflait grave ! De longues bourrasques chargées d’écume et une odeur iodée pas désagréable. J’ai contemplé tout un temps le sillage lumineux qui courrait le long de la coque puis suis retourné au pieu, pas le moment de prendre froid.

  • C’est comment, le Norröna ?

  • Immense, cinq ponts superposés, mille cinq cents passagers et, en bas, un parking de huit cents places. Des mobil homes, des voitures, des motos, des vélos… Une vraie petite ville qui fend l’Océan en sautant sur les vagues.

  • T’as pas le mal de mer ?

  • Connais pas.

  • Tu es où ?

  • On devrait approcher des îles Féroé. On a quitté le Jutland1hier matin, vers huit heures trente, et depuis je glande. Je marche dans les couloirs en me tenant aux parois, car ça tangue pas mal ; quand tu prends un café au bar, tu dois le tenir d’une main pour qu’il ne traverse pas le comptoir… Je lis, l’histoire et la géographie de l’Islande. Je connais tout, les Vikings, les geysers…

Lieve se marre en se mirant dans le reflet de la fenêtre de la cuisine (dehors il fait nuit noire) et harcèle son mec de mille questions.

  • C’est comment ta cabine, montre-moi ! Tu es seul au moins ?

Le Bouledogue dirige la cam de son portable autour de lui.

… Waouh ! Tu as deux hublots qui donnent sur l’eau.

  • Et la télé. J’ai regardé un film avant de dormir, « Valerian et la cité des mille planètes ».

  • Le film de Besson. C’est comment ?

  • Trop, trop d’images de synthèses, trop de boum boum, trop de poursuites de modules supersoniques, trop long… J’ai coupé en cours de route…

 

 

1 Hirtshals, petit port du Jutland, dans le nord du Danemark, d’où part trois fois par semaines un ferry qui rejoint l’est de l’Islande à Seyoisfjordur, en passant par les iles Féroé.

Publié dans Textes

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Le transfert de Carine-Laure Desguin (lu par Edmée De Xhavée)

Publié le par christine brunet /aloys

 

Je l’ai lu, je l’ai lu, presque d’une traite, et je peux vous dire que… ô lecteur qui entre dans ces pages, abandonne toutes tes certitudes, tu es parti pour un voyage dont tu pourrais ne pas revenir autrement que dans une clé USB…

On rit, mais un peu jaune quand même. Il est interdit pourtant de ne pas rire du clown, car ce rire-là est un passeport pour le maintien de l’existence des malades. On ne rit pas ? Oups, inexistence programmée. L’infirmière, drillée comme une femme-robot sortie d’un film de science-fiction, elle connait tout le savoir-vivre de ce nouveau monde, mais le médecin, lui… il patauge encore et emploie, le vilain malappris, des mots censurés par le politically correct en vogue dans un nouvel univers aux codes incontournables. C’est pour le bien de tous.

On assiste à un instant entre deux réalités, le pont étant le transfert.

La programmation. Inexorable, sans pitié, sans états d’âme, c’est la règle hein, qu’y faire ? Car il n’est pire maladie que la non-conformité, et il faut éradiquer, empêcher la contagion, la résistance, les ruses d’un malade qui soudain dit avoir une folle envie de rire… Que nenni, l’infirmière que rien ne détourne de son devoir sacré ne laissera pas le médecin lui parler de ces choses dérisoires, humaines, compatissantes.

Futuriste ? Heuuuu… c’est au tournant, c’est pour ça qu’on rit, oui, mais de plus en plus jaune…

 

Chloé des lys, 15,70 euros et 74 pages de bonheur aigre-doux, y-comprise une préface d’Eric Allard

 

Edmée de Xhavée

 

Publié dans Fiche de lecture

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Didier Fond nous propose un extrait de son nouvel ouvrage "Les somnambules"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Le regard d’Eralda s’est attaché à celui de Louis et le suit dans ses déplacements autour de la pièce. Elle ressemble à son appartement : elle est très belle mais quelque chose d’indéfinissable altère, pervertit cette beauté. Grande, mince, élancée, elle est vêtue d’un corsage blanc au col de dentelle, d’une longue jupe noire, taillée dans un tissu léger, si léger et si souple qu’on la dirait froissée et chiffonnée alors que cette multitude de plis est justement la touche qui donne au vêtement son originalité, son style, sa personnalité. A son cou brille un collier de perles et elle porte des chaussures à hauts talons, visiblement d’excellente qualité, assez classiques. Ses longs cheveux noirs bouclés tombent en cascade sur ses épaules. Ils sont tellement indisciplinés, il y a tant de mèches rebelles qu’elle semble perpétuellement mal coiffée alors qu’elle m’a avoué passer une demi-heure chaque matin à se peigner devant son miroir. Mais ce qui la rend inoubliable, c’est son regard. Son visage ovale, à la peau blanche, au petit nez court, aux lèvres rouges et charnues, très sensuelles, est illuminé par deux yeux d’une extraordinaire couleur miel. Jaune d’or lorsque la lumière les caresse, ils peuvent s’assombrir jusqu’au marron lorsqu’elle est la proie de sensations ou de sentiments trop violents. Aujourd’hui, ils sont dorés et scintillent de mille feux, comme un lingot sortant du creuset.

 

« Vous avez vu Axel ? demande-t-elle. Il est d’une humeur de chien, hein ? »

 

Elle passe rapidement la main dans ses cheveux, relève avec l’index droit la mèche qui lui tombe sur le front. C’est un geste que je l’ai vue faire si souvent qu’immédiatement, je l’associe à elle.

 

« De chien ? répété-je. Oh non, il a été charmant. »

 

« Alors, c’est qu’il s’est calmé. »Sa main, cette fois, dégage l’épaule, repousse les cheveux en arrière, d’un geste à la fois élégant et machinal. « Il est parti en m’insultant et en claquant la porte. Quel idiot ! Déjà qu’elle est à moitié cassée !… »

 

J’échange avec Louis un regard stupéfait. Axel en colère ? Pas une seconde il ne m’a donné l’impression d’être hors de lui. Je l’ai même trouvé très agréable. A moins que ce frémissement aux coins des lèvres…

 

« Pourquoi était-il en colère ? » demandé-je.

 

« Cela ne te regarde pas, rétorque-t-elle. Oh, et puis après tout, tu finiras bien par le savoir. Il me reproche de trop boire. Il paraît que je donne le mauvais exemple et que je mets… Comment a-t-il dit, déjà ? Ah oui !… Que je mets en péril l’équilibre du groupe. Comme s’ils avaient besoin de moi pour être déséquilibrés ! Quel salaud ! Mais quel salaud ! » s’écrie-t-elle, commençant à arpenter rageusement la pièce. Sa démarche n’est pas des plus assurées et je comprends tout à coup que sa volubilité n’est rien d’autre qu’une réaction à l’alcool dont elle a dû généreusement s’imbiber avant notre arrivée. « Il les oblige quasiment à boire, et c’est moi qui me fais insulter ! Va te faire voir ! » crie-t-elle à la rangée de bouteilles qui accueille cette insulte avec une admirable impassibilité. Elle s’est arrêtée devant le miroir, posé contre un mur, à droite de la porte, et, soudain calmée, se contemple un instant, sourit à son reflet. « Miroir, gentil miroir, dis-moi qui est la plus belle. Si tu es un garçon bien élevé, tu me répondras : « c’est toi, Princesse Eralda… » J’aime me regarder dans les miroirs. J’ai l’impression de me plonger dans une eau glacée, si rafraîchissante… Savez-vous ce qu’il y a derrière ? Le royaume du néant ; c’est par là que ma grande amie vient me rendre visite. J’aimerais lui ressembler, être comme elle, passer à travers les miroirs, pénétrer dans le monde interdit… Je ne peux pas. Ce n’est pas mon rôle. Je dois rester ici, à prononcer des phrases creuses, à faire des grimaces devant la glace, à donner l’apparence de la maîtrise de soi alors que tout en moi n’est que chaos, rêve et confusion… » Elle approche son visage du miroir, relève ses cheveux, se regarde dans les yeux, puis un étrange sourire retrousse ses lèvres, découvrant une rangée de dents impeccablement blanches. « Miroir, miroir, image glacée de ma folie, murmure-t-elle, permets-moi, ne serait-ce qu’une minute, de m’oublier, laisse-moi me retirer en moi-même et ne plus contempler que le vaste paysage désolé de mes désirs… »

 

Elle ferme les yeux, rejette la tête en arrière. Silencieux, Louis la regarde et je vois défiler sur son visage les mêmes sentiments qui m’agitent : étonnement, admiration, crainte. Elle est effrayante, cette femme à moitié folle qui s’adresse au miroir comme à un être humain. Elle se retourne tout à coup, son sourire disparaît. Elle nous regarde, l’air un peu étonné, embarrassé, comme elle s’éveillait d’un songe et reprenait pied dans la réalité.

 

Publié dans extraits

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Magali Kaczmarczyk nous présente son ouvrage "Apprentis Sages"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Extrait du livre

« Nous vivons comme nous pouvons et l’esprit du marché de l’emploi ne s’accorde pas avec l’idée de travailler pour rendre meilleures les conditions de vie de tous les êtres ainsi que de la planète. Mais nous ne sommes pas dans l’obligation de perpétuer ce système. Pour nos enfants, nous pouvons le modifier.

L’objectif de l’apprentissage est plus vaste que celui proposé actuellement à l’école, il permet à l’individu de se (re)découvrir pour être « heureux » et d’utiliser ses compréhensions pour exhausser la société. »

Biographie

Kaczmarczyk Magali enseigne la mathématique aux jeunes adolescents depuis une dizaine d’années. Également titulaire d’un Master en Sciences de l’éducation et diplômée en Mindfulness, les sujets attenants à l’apprentissage ainsi qu’aux modes d’enseignements suscitent inlassablement son attention et son émerveillement pour les fonctionnements humains dans divers domaines.

Résumé

Sous forme de poèmes, l’auteur témoigne de ses ressentis en tant qu’enseignante face au  système éducatif actuel. Elle propose une base de réflexion visant à faire entrer l’harmonie dans l’enseignement. « Apprentis Sages » souhaite apporter un vent nouveau dans les écoles, l’œuvre met en avant des idées de changements, personnels et collectifs, qui pourraient  réveiller la joie d’apprendre en simplicité. Partant du fait que les élèves d’aujourd’hui constituent la société de demain, l’auteur pense qu’un apprenant heureux modifiera de façon positive le monde à venir.

« Chaque instant peut devenir un moment d’observation et d’apprentissage ».

Ce livre partage une vision du monde et tente d’insuffler un mieux-être à la société. « L’équilibre est à portée de main si l’esprit et le cœur s’ouvrent en chœur, encore et encore ».

Publié dans présentations

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Cathie Louvet nous propose un extrait de son dernier ouvrage !

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

 

Extrait du chapitre 4 "De Glace et de Feu : l'empire disloqué " :

 

 L'intendant du roi avait soigneusement préparé le voyage, planifiant les étapes, le ravitaillement des chevaux et les escales. Il avait estimé préférable de rejoindre le Rhin à Cologne par la route plutôt qu'en empruntant le Wurm, petite rivière jugée trop étroite et peu profonde. Bien sûr, cela supposait de parcourir les dix-huit lieues à travers la vaste forêt qui entourait la cité impériale sur des chemins pas toujours très bien entretenus, mais il espérait qu'en cette saison chaude, ils seraient suffisamment praticables pour le lourd convoi.

   Une brise légère secouait doucement les ramures des chênes centenaires et des châtaigniers qui ombrageaient la porte principale du palais et la route menant à Cologne. Tout était prêt. L'empereur et ses proches prirent place dans les chariots. Le signal du départ fut enfin donné. La longue caravane s'ébranla, les sabots des chevaux soulevant un nuage de poussière grise. Judith et ses femmes, allongées sur de soyeuses fourrures, se laissaient bercer par le léger tangage, tandis que le petit Charles, curieux de tout, regardait le paysage par un interstice ménagé dans la tenture qui les protégeait à la fois de la poussière et du soleil.

   Les éclaireurs de la garde royale caracolaient en tête afin de s'assurer qu'aucune embuscade n'avait été dressée sur leur route par une des bandes de brigands qui infestaient les bois depuis une quinzaine d'années, à vrai dire depuis la mort de Charlemagne. Louis, son fils et successeur, était loin de posséder son charisme et son autorité. Peu à peu, les comtes, plus occupés à accroître leurs domaines et possessions, avaient relâché leur vigilance, ce dont avait su profiter tous les coupe-jarrets et les traîne-misère de la région, rendant les routes très peu sûres. Un groupe d'une vingtaine de soldats solidement armés fermait la marche. Chacun devisait avec son voisin dans une ambiance faussement détendue, l’œil aux aguets.

   Une semaine plus tard, le 19 juillet, le convoi impérial faisait son entrée dans Cologne pavoisée aux couleurs des Carolingiens. Le long de la rue menant à la résidence de l'archevêque où Louis et sa suite étaient attendus, les gens agitaient les mains, lançaient des pétales de fleurs et des pignons de pin en signe de bienvenue. Le couple impérial, ravi de cet accueil chaleureux, répondait en jetant des poignées de menus sous. Une halte d'une semaine avait été prévue dans la cité épiscopale afin de permettre à l'empereur et sa cour de se reposer,  mais surtout le temps de réunir les barques à fond plat sur lesquelles ils allaient voyager jusqu'à Mayence, puis Worms.

Publié dans l'invité d'Aloys

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Balade, un texte signé Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

BALADE


 


 

Notes jaunes, rouges, roses, bleues, violettes. Les oiseaux chantent, se répondent. Les notes rebondissent en moi. Une feuille morte posée comme un papillon dans un buisson. Un bouquet de marguerite poussant dans des pierrailles. Vie, je t'aime, un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout.

 

Je suis tour à tour cerf-volant, pendule, coquelicot, café serré, boîte à secrets.


 

Temps de chien sur mon existence. Le vent chasse les meringues du ciel et je retrouve le soleil avant que la neige recouvre le sol. Déjà, je fais mes valises, elles sont chargées d'insomnies, d'illusions, de doutes, de gris-gris, de chagrins, de colères, de malentendus, d'amour, de regrets, de projets avortés, de ressassements. Comment s'avouer qu'une pierre et ses irrégularités, qu'un bout de bois et ses nœuds peuvent émouvoir aux larmes ?


 

Notes jaunes, rouges, roses, bleues, violettes. Bourdonnements d'abeilles, sifflements de merles. La musique ricoche en moi. Un insecte danse, une fourmi va et vient. L'instant suivant, ils sont partis sans laisser d'adresse. Vie, je t'aime, un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout. C'est selon l'écoulement du fleuve, la voix qui m'appelle, l'habileté des nuages qui se défont. J'ai tant rêvé du flamboiement que la grisaille m'enchante.


 

La fragilité de l'instant est tout ce que je parviens à saisir.


 


 

Micheline Boland

Site Internet : http://homeusers.brutele.be/bolandecrits

Blog : http://micheline-ecrit.blogspot.com

 

Publié dans Textes

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Le poème de Salvatore Gucciardo, "Apocalypse - Apocalisse", vient de paraître dans la revue italienne PARTHENOPE - POESIA n°1

Publié le par christine brunet /aloys

Le poème de Salvatore Gucciardo, "Apocalypse - Apocalisse", vient de paraître dans la revue italienne PARTHENOPE - POESIA n°1
Le poème de Salvatore Gucciardo, "Apocalypse - Apocalisse", vient de paraître dans la revue italienne PARTHENOPE - POESIA n°1
Le poème de Salvatore Gucciardo, "Apocalypse - Apocalisse", vient de paraître dans la revue italienne PARTHENOPE - POESIA n°1

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Comme promis, Christian Eychloma nous propose un extrait de son nouveau roman "Ta mémoire, pareille aux fables incertaines"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Anaïs, toujours aussi amusée de se sentir si légère, sauta souplement sur la murette bordant l’extérieur de la véranda. Fermant à demi les yeux pour se protéger de l’éclat du soleil mauve, elle n’eut qu’à tendre la main pour cueillir un de ces fruits charnus dont, à peine goûté pour la première fois, elle avait immédiatement raffolé.

Tycho, adossé contre le tronc écaillé de l’arbre dont les longues branches ployaient sous la charge, pointa un doigt accusateur vers sa sœur.

« Tu sais que tu risques d’être malade si tu en manges trop… » lui rappela-t-il sévèrement. « Et maman ne sera pas contente !

- Parce que tu lui dirais ? » répondit Anaïs en lui lançant par jeu la grosse poire grumeleuse qui éclata sur le sol en faisant gicler un jus vermillon.

Tycho, évitant de justesse les éclaboussures, se leva d’un bond.

« Si tu m’avais taché mon short, tu peux être sûre que je t’aurais dénoncée !

- Eh bien, moi, j’aurais dit que tu t’amuses à attraper les chardons volants malgré l’interdiction !

- Quelle interdiction ? Et qu’est-ce que ça peut faire si je fais attention ?

- Alors, tu ferais bien de devenir plus adroit. Tu t’es déjà fait griffer trois fois et…

- Et on m’a dit que je devrais soigner moi-même mes éruptions allergiques si je recommençais… Ce qui n’est pas vraiment une interdiction ! 

- Bon… De toute façon, ce n’est pas toi qui auras la colique ! » répondit-elle en tirant d’un coup sec sur un autre fruit qui se détacha facilement.

Elle fit semblant de viser son frère qui recula instinctivement. Éclatant de rire, elle ouvrit en deux la fausse calebasse et la pressa contre sa bouche, mordant goulûment dans la chair molle.

Tycho, décidant de se désintéresser des provocations de sa sœur, se dirigea vers la desserte conduisant en pente douce jusqu’à la Paresseuse. Un ruban mordoré dont il pouvait apercevoir les reflets brillants sous l’étagement des modules d’habitation à moitié dissimulés par les larges feuilles des parasols chevelus.

Un filet rouge vif au coin des lèvres, Anaïs, voyant son frère s’éloigner, laissa tomber la peau évidée au pied de l’arbre dont la cime culminait très haut au-dessus de sa tête.

« Où vas-tu ? » lui cria-t-elle.

« Me rafraîchir !

- Tu sais que ça aussi, c’est interdit ! »

Avec un geste d’indifférence, il poursuivit son chemin sans se retourner. Les poissons-rasoirs, ainsi nommés en raison de leurs nageoires extrêmement coupantes, ne remonteraient le courant que vers la nuit tombée et il savait la baignade jusque là sans danger.

« Je viens avec toi ! » décida Anaïs en sautant de son perchoir.

Il leva la main et agita l’index en signe de désaccord.

Sans en tenir compte, elle le rattrapa en quelques enjambées. Cette merveilleuse sensation de galoper sans effort, sans jamais s’essouffler, de bondir quasiment sans élan…

« Pour les chardons, bien sûr, je ne dirai rien ! » crut-elle bon de préciser en se rapprochant de lui.

« C’est comme tu voudras… » répondit-il en la repoussant légèrement afin de ne pas lui donner l’impression de céder trop vite.

Ces étranges bestioles, très peu dangereuses si l’on savait s’y prendre pour les étudier, faisaient partie de ce qui fascinait le plus Tycho depuis son arrivée sur Ouranos. Mi-végétaux, mi-animaux, se développant d’abord comme une plante avant de casser leur tige pour s’envoler comme un oiseau.

Faute de mieux, on les avait appelées les « chardons », par analogie avec ces espèces aux feuilles piquantes qui pullulaient sur Atlantis, mot lui-même dérivé, à ce qu’on lui avait dit, du nom d’une plante commune de leur lointaine planète mère.

Plusieurs fois par an, au moment de leur bizarre métamorphose, elles se mettaient à voltiger un peu partout, envahissant parcs et jardins avant de se regrouper en mouvants nuages sombres qui obscurcissaient le ciel rose d’Ouranos.

« Tu devrais t’essuyer la bouche… » lui conseilla-t-il en tirant par jeu sur une de ses longues tresses.

Elle s’exécuta machinalement du dos de la main, un peu déçue d’avoir dû interrompre plus tôt que prévu son petit festin.

Des mangues… C’était le nom que l’on donnait à ces fruits savoureux, bien qu’elle sût de façon certaine qu’ils n’avaient pas grand-chose à voir avec les « mangues » dont elle s’était souvent régalée avant le grand voyage.

Les deux enfants avaient été passablement désorientés au début en découvrant que plantes et animaux endémiques de cette planète portaient en général les noms d’espèces vaguement ressemblantes qu’ils avaient bien connues sur Atlantis. Parfois très vaguement ressemblantes, au point qu’ils avaient préféré commencer à développer leur propre vocabulaire pour les désigner. Puis, le temps passant, leur nouvel environnement éclipsant peu à peu le souvenir de l’ancien, ils y avaient renoncé pour adopter le langage commun.

Le coude de la rivière formait une petite crique où ils avaient pris l’habitude de se baigner, un endroit bien protégé du courant, avec une minuscule plage de galets où ils aimaient se reposer après avoir longuement pataugé dans l’eau fraîche. Dans les premières heures de l’après-midi, leur moment préféré de la journée où ils savaient pouvoir jouir d’une liberté totale, ce coin tranquille était comme transfiguré par la lumière légèrement violette de l’astre à son zénith.

En amont de là où ils se trouvaient, un amoncellement de rochers couleur d’améthyste partageait le cours d’eau en plusieurs courtes cascades sous lesquelles croissaient à l’envie les jacinthes arborescentes. En aval, l’eau s’écoulait plus calmement entre les berges étroites pour aller se perdre dans le bleu soutenu de la végétation.

« Tu te souviens ? » demanda-t-elle en désignant l’étendue de la forêt dont la dense canopée ne laissait rien deviner de ce qui se trouvait en dessous.

Il opina en souriant. Il avait ce jour-là eu la peur de sa vie, même s’il pouvait à bon droit, vu son jeune âge, considérer être très loin d’avoir tout expérimenté.

« C’était peut-être la seule chose contre laquelle on ne nous avait pas prévenus ! 

- Pardi… » répondit-elle en s’accompagnant d’un geste destiné à souligner l’évidence de la chose.

Sa frayeur passée lorsqu’il s’était extrait sans dommage, mais non sans peine de l’énorme feuille collante qui l’avait tout entier enveloppé, il ne s’était pas senti très fier. Un peu honteux d’avoir été, malgré sa vigilance, victime d’une des nombreuses farces que les vieux colons réservaient aux nouveaux arrivants.

Il leur en avait longtemps voulu bien qu’il dût admettre que tout ce qui présentait le moindre danger réel leur avait été très clairement expliqué. Comme ces saloperies de vrilles venimeuses ou les redoutables poissons-rasoirs.

Et les roseaux constrictors, bien entendu… Il réprima difficilement un frisson.

« Le premier à l’eau ! » lança-t-il en ôtant soudainement son short et son maillot de corps.

« Perdu ! » s’esclaffa-t-elle en se jetant tout habillée dans le lit de la rivière.

Secouant la tête pour la forme car habitué aux excentricités de sa cadette, il l’observa en train de traverser d’une brasse vigoureuse la vingtaine de mètres qui les séparaient de la rive opposée.

Les vêtements trempés, elle se hissa sans effort sur le talus herbeux. Debout au milieu des hautes pousses tarabiscotées de ce qu’il était convenu d’appeler des torsades palmées, elle lui fit signe de la rejoindre.

Il traversa à son tour, plus tranquillement, écartant doucement au passage quelques grosses brosses arc-en-ciel. Il se redressa en sentant qu’il avait à nouveau pied et, immergé jusqu’à la taille, frappa violemment l’eau du plat de la main.

Les inoffensives créatures aquatiques s’égayèrent en irisant la surface dans toutes les directions, pendant que des billes liquides aux reflets d’agate s’élevaient très haut pour retomber lentement en une pluie de fines gouttelettes chatoyantes. Un peu plus vite toutefois, pensa-t-il, que ce qu’il se rappelait avoir observé sur ces vidéos holographiques prises par beau temps sur Atlantis et repassées au ralenti sur sa tablette de virtualisation.

Satisfait du résultat d’une expérience cent fois renouvelée, il grimpa en se jouant la faible pente pour suivre Anaïs qui, fidèle à ses habitudes, venait de s’engager le long du lit de la rivière pour une petite promenade en aval, à l’ombre des gigantesques bambous siffleurs. Une promenade qui les mènerait jusqu’à un ravin peu profond où s’étalait un marécage envahi de roseaux constrictors, ces sinistres végétaux aux surprenantes et mortelles propriétés.

Ravis par la chanson flûtée du vent dans les tiges creuses, les deux adolescents cheminèrent, pieds nus, écrasant sous leurs pas les frêles herbacées dont les minuscules capsules laissaient échapper de délicieuses exhalaisons.

Au bout de quelques centaines de mètres, Tycho s’arrêta soudain, renifla longuement, puis se pinça les narines.

« Cette odeur… » fit-il en se tournant vers sa sœur. « C’est nouveau, ça. Qu’est-ce que cette odeur ?

- C’est vrai, ça pue ! » confirma-t-elle en imitant le geste de son frère.

Rendus méfiants par cette sensation inattendue, ils avancèrent avec précaution, respirant le moins possible, l’odeur devenant de plus en plus insupportable au fur et à mesure qu’ils approchaient du ravin.

Arrivés au bord, ils s’immobilisèrent, à la fois apeurés et incrédules.

L’homme, à demi immergé dans la vase orangée, le visage gonflé, les yeux exorbités, était mort les mains crispées sur la solide corde ligneuse qui lui enserrait la gorge. Le reste de son corps, autour duquel se devinait la couleur plus pâle de sa combinaison de forçat, se trouvait comme ligoté par d’innombrables racines qui paraissaient vouloir l’ensevelir sous la tourbe du marais.

Publié dans Textes

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Christian Eychloma nous présente son nouveau roman "Ta mémoire, pareille aux fables incertaines"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Biographie :

A l’issue d’une carrière d'ingénieur dans l'industrie aéronautique et immédiatement après avoir pris sa retraite, Christian Eychloma décide de se consacrer à l'écriture, et plus spécifiquement à la science-fiction. Une science-fiction plus « humaniste », sans l’hémoglobine habituelle, la techno délirante ou les extra-terrestres plus ou moins anthropomorphiques...

D’un naturel extrêmement curieux, l’auteur s’est toujours beaucoup intéressé aux sciences et aux techniques, à la genèse des découvertes et à leur avenir, consacrant l’essentiel de son temps libre à approfondir ses connaissances dans tous les domaines, dévorant des ouvrages de vulgarisation et… de science-fiction !


Aiguillonné par ses interrogations sur la nature de la réalité, son intérêt n’a notamment jamais faibli pour les développements théoriques et philosophiques concernant la Relativité et la physique quantique, et ceci en raison de l’obligation que nous font ces percées conceptuelles de remettre en cause nos paradigmes habituels.

Résumé

Anticipation / fantastique, roman en partie inspiré (en partie seulement…) d’une vieille histoire de famille et de souvenirs d’enfance de l’auteur…

Deux destins étrangement semblables séparés par un insondable gouffre spatiotemporel…

Anaïs, passagère du gros transport interstellaire à destination d’Ouranos, lointaine colonie pénitentiaire aux confins de l’espace contrôlé par la Fédération, est-elle la même personne que Camille qui, sept siècles plus tôt, a vécu la grande aventure à bord du paquebot des Messageries Maritimes cinglant vers la Nouvelle Calédonie ?

Lucien, docile cobaye entre les mains de deux chercheurs à l’avant-garde d’une science révolutionnaire, réussira-t-il sans dommage pour sa santé mentale à s’introduire par effraction dans ce mystérieux « quelque part » où passé, présent et avenir sont inscrits de façon indélébile ? En poussant un peu plus loin encore leurs étranges expériences, ces aventuriers en blouse blanche peuvent-ils espérer en sortir indemnes ?

Un roman offrant un récit d’une grande intensité dramatique, certes une fiction mais qui, basée sur une conception de la réalité partagée par bon nombre de scientifiques, pourrait remettre en cause bien des certitudes.

 

Un extrait ??? Demain !

Publié dans présentations

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Jean-François Foulon nous présente son nouveau roman "Sur les traces d'un amour inoubliable"

Publié le par christine brunet /aloys

 

COURTE BIOGRAPHIE :

 

Jean-François Foulon est né en 1960 au cœur de l’Ardenne, d’un père belge et d’une mère française. Licencié en philologie romane (université de Liège), il travaille à Bruxelles dans le secteur public mais vit en Wallonie (Hainaut). Passionné de lecture et d’écriture, il a collaboré à différentes revues littéraires comme Le Journal de la Culture, La Presse Littéraire et Le Magazine des Livres. Il  a déjà publié trois livres chez Chloé des Lys : un roman, « Obscurité » (2015), un recueil de poésie, « Le temps de l’errance » (2016), et un recueil de nouvelles, « Ici et ailleurs » (2017).

 

RESUME DU LIVRE

Une femme a connu un grand amour avec un homme qui est aujourd’hui décédé et elle décide de revenir sur les lieux qu’ils ont fréquentés ensemble. Mais petit à petit, au-delà de la nostalgie qui l’envahit, elle découvre des aspects qu’elle ne connaissait pas chez cet être qui était pourtant si proche d’elle. Altermondialiste actif, se pourrait-il que sa mort n’ait pas été naturelle ? Troublée par ces révélations, elle va parcourir l’Ardenne, la région natale de celui qui fut l’homme de sa vie, pour tenter de comprendre qui il était vraiment.      

 

EXTRAIT :

 

Elle avait garé la voiture à la sortie du petit bois, et avait attendu là patiemment. Devant elle, la route descendait en pente raide vers le village, longeait le cimetière, puis se perdait près des premières maisons.  L’esprit vide, elle ne pensait à rien. Elle attendait, c’était tout. Qu’attendait-elle au juste ? Cela avait-il un sens d’être là ? Oui, bien sûr ! C’est ne pas y être qui aurait été incompréhensible. Dans son esprit, les idées se mélangeaient. Elle regarda les grands bois qui couvraient l’horizon, de l’autre côté du village. Voilà donc la région qu’il aimait tant et dont il lui avait si souvent parlé. Elle n’y était jamais venue. Ni seule ni avec lui. Forcément. On le connaissait ici et même s’il n’y vivait plus depuis longtemps, cela restait son village natal. Qu’est-ce que cela aurait été bon, pourtant, de se promener à deux dans ces forêts sauvages. Quand elle aurait eu peur d’un bruit étrange, il lui aurait pris la main et ne l’aurait plus lâchée. Elle n’aurait rien dit, mais qu’est-ce qu’elle aurait été heureuse, comme cela ! Le soir, ils seraient rentrés à l’hôtel et il aurait expliqué que ce bâtiment était en fait la vieille ferme de son grand-père, laquelle avait été vendue et transformée pour les touristes. La charrue que l’on voyait au milieu de la pelouse avait été tirée par un cheval qu’il avait encore connu, lorsqu’il était enfant. Il aurait parlé pendant des heures de son passé et elle l’aurait écouté, heureuse de découvrir ce qui avait fait ce qu’il était devenu, cet homme à la fois renfermé et généreux, persévérant et pourtant si fragile à ses heures. Puis ils seraient allés dormir dans une chambre aux murs de schistes gris et avant de sombrer dans le sommeil, ils se seraient aimés comme jamais. Au milieu de la nuit, elle se serait réveillée en entendant le hululement d’un hibou, si près qu’on aurait dit que l’oiseau était à l’intérieur de la chambre. Elle aurait souri de sa naïveté et se serait blottie contre lui pour le reste de la nuit. Alors, heureuse, elle aurait rêvé de l’océan et de son enfance à elle.

 

Elle en était là de ses pensées quand elle les vit arriver. Ils venaient à pied, suivant la voiture noire. Il n’y avait pas beaucoup de monde, une vingtaine de personnes au maximum. Ils marchaient lentement à cause de la pente qui était raide et quand ils furent devant le cimetière, elle vit bien qu’ils étaient tous contents d’être à destination. Alors, on sortit le cercueil du corbillard et ils franchirent lentement la petite grille. Ensuite, ils restèrent immobiles devant le trou qui venait d’être creusé. Elle les voyait bien, d’où elle était. Celle qui se tenait à peine debout, c’était sa femme, manifestement. Ses deux filles la soutenaient, toutes fières au fond d’elles-mêmes d’être pour une fois les adultes que leur mère les avait toujours empêchées d’être. Une voiture arriva à vive allure et se gara sur le parking. C’était le curé. Un curé, il ne manquait plus que cela ! Qu’est-ce qu’il aurait dit s’il avait su cela ! Une fois de plus il devrait faire semblant et subir ce qu’on lui imposait. Elle en eut mal pour lui. Il n’y avait pas à dire, ces gens n’avaient vraiment rien compris à ce qu’il était. Un curé !

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