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Une fiche de lecture signée Eric Allard pour Spirales Urbaines de Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

spiralesurbaines

 

Liberté de la poésie

 

 

Métissée et généreuse, musicale et colorée (musicolore, écrirait-elle),  la poésie de Carine-Laure Desguin utilise toutes les ressources du langage et du savoir (même si c’est pour s’en moquer) pour parler des humains et des lieux où ils vivent, notamment dans les « tissus des villes » qui renferment un « patchwork de rues et de ruelles », comme Charleroi visité par Rimbaud, à qui elle dédie nommément un poème.  


Elle emprunte aux éléments du cosmos pour décrire les autres, à la course des étoiles pour dessiner leur géométrie intérieure.


Même au sol, sans abri, exilés, oubliés de l’histoire officielle du capitalisme, ses personnages regardent vers le ciel où sont les astres, la lumière. L’aventure est là-haut, se dit l’homme barbu... d’un de ses plus beaux poèmes (Enroulé tout autour). Elle est tournée vers le haut, ce qui élève hommes et femmes, et non ce qui les rabaisse, les maintient à terre, prisonniers de leur condition...


Même si sa poésie décolle, en feux d’artifice d’images nombreuses, elle ne quitte pas le terrain narratif et le champ musical. Comme si les rimes et le récit lui permettaient ses envolées littéraires.


Elle aime à court-circuiter son propos, ne pas s’embarrasser de vocables inutiles, en ponctuant ses poèmes de néologismes, souvent des substantifs transformés en forme verbales conjuguées ou participes présents car la matière est énergie, le nom riche d’action. Exemples à l’envi : kayakaient, carabossait, kiosquant, horlogea, clochetta, wagonner, oreillant...


Ce sont ses jeux à t’aime avec la langue.


Accessoirement elle parle d’elle, jamais directement : il faut deviner les biographèmes  derrière certaines métaphores. Elle « cherche le chemin » (Les vérités se déshabillent), l’or du temps, dirait Breton, (ou du tendre) dans le creuset des images qui agissent comme une baguette magique, ou de sourcier, pour atteindre la source de son être. Elle devient alors, selon la célèbre formule de Nietzsche, ce qu’elle est. Quête, au fond, de tout poète véritable.


Carine-Laure a retenu la phrase de Lautréamont sur la rencontre fortuite (sur une table de dissection) d'une machine à coudre et d'un parapluie. Elle, développe la rencontre de la nacelle et du cerf volant ou celle de la tige et de l’ascenseur, fable dans laquelle on comprend que le béton l’inspire autant que la flore, que les spirales urbaines sont le reflet deshélices végétales.


Plusieurs textes résistent, et c’est salutaire en manière de poésie, aux tentatives d’en percer le mystère. Parce que peut-être ils touchent à ce qui motive son écriture, son existence. Ainsi ceux mettant en scène ce tampon indocile, ce guerrier des aiguilles conduisant, à travers un parcours solaire, aux éclectiques libertés.


Le recueil est fait de six sections d’une dizaine de poèmes chacun : Les oiseaux des villes – Transit – Les éclectiques libertés – Sans jamais se le dire – Les équinoxes flamboyantes – Grand les fenêtres


C’est le livre d’une guerrière du quotidien qui a pris ses quartiers sur les hauteurs d’une ville d’où elle lance ses flèches verbales en direction des assiégeants, des ennemis de tous bords, et distribue aux assiégés ses ballons d’oxygène en forme de respiration poétique. De mots chlorophyllés.

 


Le sujet est libre et ces vers sont là

Ils appellent il résonnent et raisonnent encore

Appellent au secours pour que ces gens-là

Respirent la vie pour chasser la mort

 (Les oubliés, C.-L. Desguin)

 

Éric Allard

http://lesbellesphrases.skynetblogs.be/archive/2013/11/01/spirales-urbaines-de-carine-laure-desguin-7973933.html?c

Publié dans Fiche de lecture

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Les états d’âme de la lune et du soleil : Philippe WOLFENBERG

Publié le par christine brunet /aloys

etatsame


Suite au jeu de l'auteur mystère auquel Philippe Wolfenberg s'est plié avec plaisir, ma curiosité piquée au vif, je lui ai demandé de revenir sur Aloys pour nous parler plus en détail d'un livre curieux au titre qui ne l'est pas moins...



Les états d’âme de la lune et du soleil
  
Courte présentation
 
Philippe Wolfenberg, né à Liège il y a un peu plus de 49 ans, habite à Chaudfontaine : « l’avantage des espaces verts à quelques minutes de la métropole », se plaît-il à dire !
Ce sagittaire célibataire cohabite avec des félins, seule race à supporter, sans doute, son impossible caractère!
L’auteur, qui se dit blasé et cynique, n’en est pas moins passionné par l’écriture et la lecture, bien entendu. L’image aussi l’exalte à travers la photographie, ainsi que la musique mais pas uniquement celle des mots, l’informatique, l’ésotérisme, les minéraux et la nature dont il se sent forcément très proche... Loup y es-tu ?
 
Un livre chez CDL : un titre un peu bizarre, on dirait une nouvelle du 18e avec Rousseau ou Diderot.
Pourquoi ce titre ?
 
La lune représente la Femme (le Yin), le soleil représente l’Homme (le Yang)... Deux astres appelés à ne pas se rencontrer... Pourtant, dans mon roman, l’incroyable se produit...
Leurs différences qui, loin de les éloigner les attirent, sont à la base de ces “fameux” états d’âme qui finiront par les guider vers la passion...
 
Cette longue phrase, voulue évidemment... est-ce qu'elle colle au texte ?
 
Non seulement elle colle au texte mais, plus encore, elle en est le parfait – et fidèle – résumé...
 
 Tu m'expliques le visuel de ta cover ?
 
Le chapitre deux commence par la description d’un château... Celui de la couverture... La “tanière” du narrateur... Un lieu où, entouré de “ses créatures” (puisqu’il est écrivain), il se protège
des désillusions nées d’une vie qu’il trouve bien terne (paradoxal alors qu’il semble avoir tout)... Cet édifice a réellement existé et se trouvait, comme je le fais dire au “héros”, presque à la place
de la maison familiale... C’était une très belle demeure...
 
Est-ce un roman, des nouvelles ? Quel genre ? Suspense, philosophique, autobiographique
 
C’est un roman (assez court)... Je parlerais de chroniques amoureuses... Qui racontent les tenants et aboutissants d’une rencontre obligée de la dernière chance... Il n’y a pas de suspense (reproche que l’on m’a parfois fait) mais
c’est un hymne à la passion amoureuse (qui, à mon avis, est la seule chose qui donne sa valeur à la vie puisqu’elle consiste en une quête de l’âme jumelle, cette partie de nous-même dont on a été amputé)...
En alchimie, c’est l’intégration des parties contraires qui mène à l’harmonie parfaite sous forme de “pierre philosophale”... Tout au long du récit, j’instille un peu de philosophie de vie, quelques questions existentielles...
Le chapitre un est entièrement autobiographique... Le reste mêle fiction et souvenirs...
 
Dans l'extrait que tu nous as proposé pour l'auteur mystère en décembre, l'un de tes personnages s'appelle Phil. Toi ?
 
Je ne conçois aucun de mes textes sans m’y impliquer... Une manière de vivre d’autres vies, d’exister autrement...
 
Tu me parles un peu du sujet du bouquin ?
 
Une “météorite” rencontrée au hasard d’Internet en a brillamment parlé :
 

Phil (écrivain à succès) et Caterina (écrivain en devenir) se rencontrent lors d’une soirée mondaine où la magnificence des décors semble être une invitation à un luxe de sensations à venir.


Mais ils ne savent pas encore la folle passion que fera naître leur premier baiser.


Le temps, la permanence, la lassitude, la banalité… Telles sont les hantises de ces deux « aventuriers ».

Depuis qu’ils se sont avoué qu’ils s’aiment, ils tremblent – au sein même de leur passion et du désir éperdu de l’autre – de se réveiller et de voir leur bonheur d’être ensemble à jamais disparu.


Des héros des temps modernes (où tout vient et disparaît trop vite) marqués du sceau de la fragilité des êtres et des choses. Des héros poursuivis par un anathème : celui du destin, ce traître qui broie sur son passage les espoirs les plus fous. Des héros conscients que l’inconstance humaine déploie ses ailes sur toute chose mais résolus à combattre cette cruelle évidence.


Un roman doux-amer, clair-obscur, hésitant entre l’ombre (la lune ?) et la lumière (le soleil ?). Un roman où les mots peignent le portrait d’une passion née de la solitude, du manque et de l’impuissance à pouvoir contrôler tous les éléments de la vie. Qu’advient-il de Phil et Caterina, à la fin de l’histoire ? Phil, le narrateur, ne se sent pas obligé de tout dévoiler au lecteur… Comme s’il regrettait de s’être trop confié…
Ou alors, il laisse à ce dernier le soin d’imaginer tout ce qu’il ne dit pas.
 
Tu décrirais ton style comment ? Très dialogué ? Très vivant ? PLus un récit ?
 
Très descriptif avec des dialogues qui hésitent entre l’introspection, l’humour et la connivence  (enviable) entre deux êtres qui ne pouvaient pas ne pas se rencontrer...
C’est aussi le récit d’un naufragé qui imagine son sauvetage avant de le vivre et d’y prendre un plaisir incomparable (même s’il doit se pincer souvent pour être sûr qu’il ne rêve plus)...
 
Un projet en cours ?
 

 

Plusieurs mais qui risquent de ne pas voir le jour par un mélange paradoxal d’entêtement et de découragement... Il paraît, en effet, que les écrivains baissent vite les bras...  
Il ne nous reste plus qu'à découvrir ton livre !!

Christine Brunet
www.christine-brunet.com

Publié dans présentations

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Georges Roland en invité d'Aloys avec une fiche de lecture d'Alain Magerotte

Publié le par christine brunet /aloys

LOUIS BLANC-BIQUET
Par Georges Roland

 

Georges Roland m’énerve ! Ce type est à l’aise dans tout : le traminot-polar zwansé, le roman grave, le roman humoristique, la chronique rurale, le roman historique, le roman rural, la chronique historique, la chronique romancée, le roman chroniqué. Y paraît que Môssieu excelle même dans la poésie, dixit Barbara Flamand, une épée dans le genre !

Tiens, je n’ai pas encore lu de Nouvelles de lui, mais, mais, mais… c’est prévu… car Môssieu Georges a aussi, tout récemment, «commis» un recueil de Nouvelles ! 

Bon, soit. J’ai lu «Louis Blanc-Biquet» et j’ai A-D-O-R-É ! Louis Blanc-Biquet, wie is dat ? C’est le grand-père du «génie littéraire». Louis de witten bikker est appelé comme ça à cause de la blancheur de sa chevelure et de la vie trépidante qu’il a menée dans les milieux bourgeois de la ville. Louis Blanc-Biquet ou la trajectoire d’un fils de bourgeois devenu paysan (fin du XIXème siècle).

Cela dit, chapeau ! Il faut une fameuse dose de courage pour quitter l’insouciance de la vie universitaire et retourner au village pour apprendre le dur métier de fermier. Je connais quelqu’un qui m’est très très proche, donc très très cher, qui a beaucoup guindaillé mais qui, après, a opté pour la profession nettement moins rude de fonctionnaire.

Louis rencontre son petit-fils (onze Georges) et raconte la trajectoire de chacun de ses gosses (11 au total !). Mais, attention ! Louis est un conteur né, difficile donc de dissocier la réalité de la fiction. Qualifions dès lors ce récit de réalité romancée.

Cette belle grande famille vit dans le village de Neerijse (Brabant flamand). Et, dans la première moitié du XXème siècle, il n’y a pas la télé, Internet ou les GSM. Un des plaisirs consiste à se rassembler à la veillée, après une dure journée de labeur, pour écouter le pater familias raconter des histoires ou des légendes comme celle du Lodder, ce grand chien noir qui hante notamment la côte du Rood Hoof.

A cette époque, les traditions sont rigoureusement respectées comme celle, par exemple, consistant à sacrifier un enfant à Dieu et un autre au pays. Louis n’y déroge point; l’une de ses filles entre au couvent et un de ses fils s’engage à l’armée. Ce dernier, le pauvre, va même se retrouver caserné au bout du monde… à Neufchâteau !

Et puis, une autre de ces demoiselles, Marie-Joséphine (Merée), monte à Bruxelles pour trouver un emploi de bonne chez un notaire. Quelle expédition, zeg ! La ville avec ses bruits, ses voitures, ses maisons collées les unes aux autres, sans jardin, sans vache, sans poule, sans cochon… Et quand, de temps à autre, elle revient au bercail faire un petit coucou, Madame «joue les fières» et s’habille comme une princesse !... c’est ce que pense sa sœur Justine, un chameau !

Merée sera bientôt rejointe à Bruxelles par son frère Miel (Emile, le futur père d’onze Georges).

Un livre divertissant à souhait avec ses passages cocasses (le vélo de Gust, l’incendie de Bram, la soupe trop chaude ou encore la mésaventure du curé sur la planche des toilettes) mais également un témoignage poignant sur la première guerre mondiale (la rencontre de Louis avec les Uhlans, l’invasion de Neerijse en 1914, la vie sous l’occupation… et puis ces soldats flamands obligés d’obéir aux ordres émis en français par leurs Supérieurs…).

De la première à la dernière page, ce fut un savoureux moment de lecture. Ce «Louis Blanc-Biquet», je le recommande prestement.

Merci Georges de m’énerver autant !


 

Alain Magerotte. 

http://www.bandbsa.be/contes3/bizarreries.jpg

Publié dans l'invité d'Aloys

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Rolande Michel a lu "Les enfants du Grand Jardin" de Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

 

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J'ai rencontré Les Enfants du Grand Jardin de Carine-Laure Desguin.

 
 
Sous la plume de Carine-Laure, des images étonnantes naissent, les mots coulent, se font traits de couleurs et éclaboussures qui contribuent à créer peu à peu un tableau surréaliste.

 
Au lecteur averti d'oublier qui il est, ce qu'il sait, de faire le vide et de plonger, tous sens en éveil, dans le Grand Jardin qu'est la Terre !

 
Les enfants qui y évoluent, Carine-Laure les a baptisés " têtes à trous". Comparaison bizarre ? Le jureriez-vous???
A votre place, je m'abstiendrais de faire semblable commentaire et je suivrais Verone.


Comme les autres "têtes à trous": Dallas, Paris, Washington, Capri...., il porte un nom de ville.
Tous ces garçons et ces filles sont de quelque part, mais cela importe-t-il vraiment ?


Nés un peu par hasard dans un univers parfois glauque, sur fond d'alcool et de drogue, ils rencontrent Nicole et Marianne, deux femmes au cœur plein de tendresse. Elles les aident à grandir, colmatent peu à peu les "trous", remplissent les cerveaux de mots, de chiffres, de tout ce savoir indispensable pour limiter les risques, le jour de leur envol.


Elles leur inculquent aussi sur des valeurs qui permettront à tous ces enfants venus de partout et de nulle part d'évoluer positivement dans un monde semé d'embûches.


Grâce à elles, ils apprennent à regarder, questionner, se poser des questions, remercier les étoiles.
Elles leur enseignent aussi une langue universelle, pleine d'espoir, une langue "qui n'est pas de bois".
Elles insistent sur des valeurs essentielles : le savoir et le travail garants de leur liberté, mais avant tout, l'obéissance, le respect, l'amour universel, clés du véritable bonheur, celui de vivre ensemble.


Le style de Carine-laure est nerveux, enthousiaste, imagé. Les comparaisons, si elles déroutent parfois en début de lecture, n'en sont pas moins très justes si le lecteur se donne la peine de réfléchir un peu.
Je vais en donner quelques exemples. Au lieu de l'hôtel de ville, Verone parle de "la grande maison de papiers", un enfant est "né d'un homme de la ville et d'une femme du même sachet que lui". 
Il nous parle de "têtes allumées", de "rivières qui noient", de "sables jaunes qui caressent les pieds", de "lunes"....


C'est un style poétique d'où surgissent et scintillent des milliers de petites étoiles qui chantent l'espoir.  

 

Rolande Michel

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Publié dans Fiche de lecture

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Seconde chance, une nouvelle de Philippe Wolfenberg

Publié le par christine brunet /aloys

 

http://www.bandbsa.be/contes3/etatsame.jpg

 

 

Seconde chance

 

 

Octobre est un mois de transition. Du moins, je le ressens comme tel. Et plus encore cette année, où des jours humides et frais succèdent à un été magnifique.

Après la pluie, les nuages se sont désolidarisés et des taches azurées parsèment le gris du ciel. L’horizon, quant à lui, sous l’effet du soleil couchant, s’est paré de vieux rose pour, à travers la vitre, devenir le centre de mon attention.

L’obscurité s’invite peu à peu et, avec elle, l’éclairage public qui se reflète sur la voirie détrempée formant les perles d’ambre d’un immense collier.

Je savoure chaque gorgée d’un vieux rhum brun aux reflets rougeâtres et aux arômes de vanille, de clou de girofle et de cannelle tout en me remémorant des souvenirs heureux mais lointains.

La taverne ressemble à s’y méprendre à un pub qui se serait trompé de pays. On peut goûter, ici comme là-bas, à la même atmosphère surannée qui donne l’impression d’avoir voyagé dans le temps. La pierre, la brique, le bois et le laiton confèrent à cet endroit un sentiment de quiétude qui, mystérieux paradoxe, sied parfaitement à la mélancolie qui me tient lieu de compagne.

Perdu depuis un moment dans le dédale pourtant familier de ma mémoire, j’en trouve la sortie – sans doute averti par un soupçon de préscience – et remarque, à la table voisine, la présence d’une jeune femme. Elle ne doit pas avoir plus de trente-cinq ans. Elle est absorbée par la lecture d’un livre de poche : « Les fleurs du mal » et ne s’en détourne que pour plonger ses lèvres – adorablement pulpeuses – dans une tasse de thé embaumant les agrumes. Elle lève la tête vers moi. Son teint métissé, ses yeux marron clair et ses boucles de cheveux ébène qui tombent sur ses épaules font de son visage un régal pour le regard. Le chandail qu’elle porte avec élégance ne m’empêche pourtant pas de deviner des courbes qui doivent faire le bonheur de celui qui partage, du moins je le suppose, sa vie. Elle me sourit, découvrant des dents parfaites à la blancheur opaline.

Le plus naturellement du monde, elle me demande si elle peut venir s’installer en face de moi. Et, pendant plus de deux heures, nous nous confions l’un à l’autre. Elle me raconte son enfance, quand elle était rebelle et qu’elle rêvait de liberté et d’anarchie, ses études littéraires, ses nombreuses aventures sentimentales, sa solitude et ses illusions qui s’amenuisent un peu plus chaque jour. Je lui dis que je suis comme elle… Que le temps ne m’a pas rendu raisonnable mais qu’il a lentement tué l’enfant que j’aurais voulu rester. Elle se rit de notre différence d’âge quand je lui apprends que je serai bientôt quinquagénaire.

Nous sommes les derniers clients. Avec tact, le serveur nous informe que la fermeture approche. A regret, nous nous levons et sortons ensemble. Elle dépose un baiser sur ma joue et me remercie pour les instants exquis que nous venons de partager. Avant de disparaître au coin de la rue, elle se retourne et me fait un signe de la main. Je regagne ma voiture. A la seconde où je réalise que je ne connais ni son nom ni son numéro de téléphone, j’entends, à la radio, les paroles d’une chanson de Madness : « I never knew your name nor your telephone number… »

 

l

 

Le lendemain, je me hâte vers la brasserie avec l’espoir d’y retrouver ma belle inconnue. Hélas ! comme je le pressentais, elle n’est pas là. Au bout d’une assez longue attente, déçu, je décide de rentrer. Non loin de l’endroit où j’ai garé mon cabriolet, un attroupement puis, dominant les bruits du trafic, une sirène stridente : une ambulance passe devant moi à toute allure.

 

l

 

Les mois ont passé. Presque un an, déjà ! Il fait agréablement doux, en cette fin août. Je traverse le vieux pont qui enjambe le fleuve, dans une ville qui n’est pas la mienne mais

où j’ai vécu, jadis, des heures merveilleuses. Je suis distrait et nostalgique, comme à mon habitude. Je bouscule une passante, bredouille un mot d’excuse avant de réaliser que c’est elle. Tout aussi surprise que moi, elle prend ma main et m’entraîne vers la terrasse d’un café. Là, elle m’explique l’incroyable désinvolture dont fait preuve, parfois, le destin. Le jour suivant notre rencontre, elle a voulu, elle aussi, me revoir. Une minute de distraction, un conducteur pressé… Elle est restée immobilisée pendant plusieurs semaines. Dès qu’elle a pu se déplacer, elle est revenue… Pour s’apercevoir que l’établissement était définitivement fermé pour cause d’expropriation.

Quand nous avons fini les rafraîchissements que nous avions commandés, elle m’emmène parcourir les remparts d’une citadelle qui domine la cité.

Elle se blottit dans mes bras, m’observe en silence tandis que l’index de sa main droite trace le contour de ma bouche puis, d’une voix douce et sensuelle, me dit : « Je m’appelle Martha… Et toi ? »

 

 

Philippe Wolfenberg

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Publié dans Nouvelle

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Beaudour Allala nous parle de Vertiges et de Bruines, de Laurent Dumortier

Publié le par christine brunet /aloys

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« Vertiges » laissent transparaître dans les mots qui cherchent leur équilibre dans son propre déséquilibre « il est des chemins de traverses qu’il vaut mieux oublier » dans les carrefours improbables... Des routes obliques qui donnent une vision inédite du monde que l'auteur nous fait partager... « des forteresses de regrets qui s’échouent au bas d’un falaise ... » Tout paraît fort au demeurant de l’extérieur et l’âme elle s’effrite de ce matériau évanescent qui reflète une âme incontestable de poète né.

 

 

 

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Pour Bruines, j’y vois le poète contrarié de tenter la structure avec des multitudes de fleurs aux couleurs et aux parfums disparates... Bruines se voudraient devenir averses pour « dire » davantage en effet, comme le souligne, l'avant-propos au départ du livre... on voudrait que l'auteur se mouille davantage mais le poète incontestable renferme indéniablement un romancier qui a peur de sortir du travestissement de la poésie pour se mettre à nu...

 

Beaudour Allala

www.beaudour.com

http://www.bandbsa.be/contes3/valseinfi.jpg

Publié dans Fiche de lecture

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Un poème extrait de Vertiges, le nouveau recueil de Laurent Dumortier

Publié le par christine brunet /aloys

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L’air du verso

 

C’est lorsque le
temps hémophile

Réduit l’esprit à une
poignée de néant

Que les souvenirs deviennent une oasis

Dans le désert des
sentiments

 

Sous les
constellations,

Le souffle vacille

Par le feu des
bacilles du passé

Et l’évocation des
cieux partagés

 

Mais la meilleure
alliée du doute

Sait que les
autoroutes

Sont faites pour se
joindre

Et s’étreindre…

 Laurent Dumortier

gsl.skynetblogs.be/

Publié dans Poésie

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Steve Rodgers : l'écriture, c'est " "le" moyen de communication le plus important dans la vie, comme dit l'adage : "les paroles s'envolent mais les écrits restent"

Publié le par christine brunet /aloys

steve-1.JPGSteve Rodgers, pour ceux qui le connaissent, c'est d'abord une voix et un rythme. Mais quelle surprise d'apprendre que le rockeur s'était transformé en écrivain et allait publier son premier roman aux Editions Chloé des lys. Du coup, j'ai voulu en savoir plus... Une interview sur un rythme rock-en-roll !

 

Steve Rodgers... Seriez-vous américain ? Anglais ? En fait, qui êtes-vous ?

Je suis belge, Steve Rodgers est un pseudonyme officialisé par la SABAM.


 Pour nos lecteurs français, c'est quoi, la SABAM ?

 La SABAM est l'équivalent de la SACEM en france.

 

 Beaucoup vous ont déjà entendu via, notamment en France, des vidéos sur actu TV: vous êtes un chanteur. Vous vous définissez comment ? auteur, compositeur, interprète ? Poète, chanteur, "rockeur" ?

Je suis auteur, compositeur et également interprète, plutôt dans le style rock, hard rock & blues, je peux également "jouer" au crooner comme par exemple reprendre des titres de Frank Sinatra, ceci pour m'amuser.

 

 Vous avez déjà enregistré des disques ? Si oui, combien et lesquels ? De l'autoproduction?

 J'ai enregistré en tout et pour tout une 20aine d'albums dans ma vie, soit en tant que chanteur au sein d'un groupe ( FN GUNS ) soit comme musicien de studio.  

 

Voir: www.steverodgers.be ou www.purpleyears.com  

 

 

Ouah ! Vous allez publier chez Chloé des lys un roman... J'ai cru comprendre qu'il s'agissait d'un roman policier ! Quel style ? et pourquoi ce choix ?

Cela fait des années que l'envie d'écrire m'est venue, mais je n'avais pas le sujet, et un beau jour, le personnage m'est venu comme par enchantement, et je me suis mis à écrire trois romans en presque deux mois. J'avais l'impression que ce n'était pas moi qui écrivais, mais une "entité" venue guider mes doigts.

 

 Parlez-nous en un peu... Un roman policier humoristique, historique, un thriller, un polar? 

Je me suis plus tourné vers le polar, des histoires inventées de toutes pièces, mais avec des lieux réels, comme par exemple la ville où il habite existe vraiment, les rues sont réelles aussi. Excepté la section S.S.I.I qui est une invention.

 

 Et ça veut dire ?

 S.S.I.I = Service Spécial d'Investigation International

 

Comment sont nés vos personnages ?

J'ai lu énormément de San Antonio, ce qui m'a beaucoup inspiré, j'ai voulu que mes romansSteve-5.JPG soient moins humoristiques, et mon personnage n'utilise pas de langage en argot.

 

 Parlez-moi un peu plus de lui. Il s'agit donc d'un homme... Comment sont arrivés les personnages, on va dire, secondaires ? 

 Les personnages secondaires sont : 1) Son chef de service et un collègue de son bureau.  2) Un inspecteur de la PJ française ayant eu des aventures auparavant avec mon personnage.

 

Où les trouvez-vous ? Dans votre entourage ? 

Pure invention ! Aucun des personnages est existant. Par contre, dans mon 3ème roman, il s’agit d’une aventure vécue par un taximan à Bruxelles. Ayant exercé ce métier, toutes les rues sont réelles et toutes les interventions via un dispaching sont réelles aussi. Seule l’histoire est de pure invention. Et toujours avec le même personnage principal.

 

Définissez le mot "écriture"

Je pense que l'écriture est "le" moyen de communication le plus important dans la vie,http://ecx.images-amazon.com/images/I/41xi%2BVdyIDL._.jpg comme dit l'adage : "les paroles s'envolent mais les écrits restent".

 

 Définissez votre style, svp... 

Mon style ? Je ne saurais pas vous le dire, j'écris à l'instinct, je ne cherche pas et cela me vient tout seul. Je ne crois pas être un romancier né, je peux ne rien écrire faute d'inspiration pendant des semaines et puis, subitement écrire pendant des jours entiers sans m'arrêter. Quand j'écris, c'est comme si quelqu'un me dictait ce que je dois écrire. Cela peut vous paraître étrange, mais c'est comme ça. C'est pareil pour la musique.

 

Steve-6.jpgDes projets littéraires ?

Pensez-vous être plus un auteur/compositeur/interprète ou plus un écrivain ? Que vous donne l'écriture que ne vous donne pas la musique ?

La musique m’a apporté beaucoup de plaisir et encore aujourd’hui. J’ai eu la chance d’être édité chez Paul Beuscher à Paris avec un ouvrage concernant 5.500 accords de guitare ainsi que ma propre méthode pour apprendre cet instrument. Ouvrage intitulé « 5.500 accords pour guitare ».

Je suis avant tout musicien, mais je prends un énorme plaisir quand je me mets à écrire. Je ne pense pas être un écrivain, cela peut venir avec le temps.

Si par bonheur je peux faire éditer plusieurs romans, ( j’en suis au 5ème actuellement ) et que je peux encore en écrire plusieurs, alors là oui, je pourrais peut-être dire que je suis écrivain. Mais pour l’instant, disons que … On m’ouvre une porte vers un destin, et je verrai où cela me mènera.

 

Se donner une étiquette de « romancier » ou « écrivain » serait fort prétentieux de ma part.

 

Avoir plusieurs cordes à son arc, jouer avec les genres, surfer sur la passion... 

Voilà, à l'évidence, l'univers de Steve Rodgers !

 

Dans l'attente de votre premier polar, alors !

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

Publié dans interview

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Un article pour Les états de la lune et du soleil,de Philippe Wolfenberg

Publié le par christine brunet /aloys

VAC-WOLFENBERG

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Claude Colson en invité d'Aloys avec son dernier roman "La fin, les moyens"

Publié le par christine brunet /aloys

 

couv-fin-moyens.jpg

 

La fin, les moyens  -   Claude Colson

 

 

 

Cette fiction traite d'un avatar du féminisme naissant.

 

 

La quatrième de couverture :

Fin des années 70 :

Vous êtes un homme, en France : la société vous suggère un rôle, une place.

Cette dernière est tout autre si vous êtes une femme : discriminée.

Certaines d'entre elles, déterminées, ne s'en accommodent pas et passent à l'action,

Quelle qu'elle soit !

Un combat à l'issue incertaine...

 

Présentation :

 Un roman court, coup de poing, pour retracer, dans l'action, une dérive ponctuelle et de pure fiction du  combat mené par les féministes au début de leur mouvement, ici en 1978, époque trouble en Europe de l'Ouest. 

Un roman historico-moralo-politico-social sur le thème :  jusqu'où peut-on aller pour défendre une cause ?

110 pages grand format 17 X 25, ISBN 978-2-35866-518-6 , éditions du Banc d'Arguin, 16 euros 

 

Résumé : un juge à la retraite veut libérer sa conscience et revient sur une affaire ancienne qu'il a eue à traiter.

Trois copines ont  vaguement côtoyé à la fac. expérimentale de Vincennes des groupuscules terroristes ; elles s'intéressent, elles, davantage aux débuts du mouvement féministe qui vient de s'intensifier, en France, après l'adoption de la loi Veil sur l'interruption volontaire de grossesse en 1975.

Un incident à l'Assemblée Nationale va mettre le feu aux poudres et elles décident de réagir afin de bousculer une société qu'elles estiment sclérosée. Coup de sang, relative impréparation de l'action, enchaînement fatal et la machine  est en marche qui ne les laissera pas indemnes.

 

Au lecteur de conclure et de porter le jugement qu'il souhaite, mais le juge donne une piste, sa propre vision des choses.

 

Extrait :

( plutôt au début du roman)

 

…   En 1971 le mouvement pour la libération de l’avortement s'est créé et les trois femmes ont participé activement aux groupes de soutien qui, çà et là, essayaient de s’organiser, en particulier à Paris.

   Improvisées au dernier moment dans des cafés, les assemblées voyaient les « grandes gueules » s'imposer. Parfois quelques hommes, en particulier des étudiants progressistes, s’y aventuraient et s’y faisaient acclamer, pour peu que leurs propos aillent dans le bon sens, c'est à dire contre la société sclérosée de l’après-gaullisme !

   Ce soir-là, Annie se heurte à un étudiant de Vincennes.

La discussion roule sur les inégalités homme-femme. Pierre déclare :

 

  Ok, on sait bien qu'il ya beaucoup à changer, mais on ne peut pas tout vouloir bouleverser en même temps !

 

  Dis, donc, ça t'arrange, toi, ou quoi ? Nous on veut tout, y'a pas de raison que pour le même boulot on gagne moins que vous, et pas qu'un peu, hein les filles ?

 

Une clameur d'approbation monte, se détachant du brouhaha général. Pierre tente encore :

 

  Si on se concentrait plutôt sur sur la liberté de la contraception et de l'avortement, on obtiendrait sûrement...

 

Il ne peut finir sa phrase tant le chahut devient général ; il doit abandonner le terrain sous les huées des femmes : "macho, bourge à la solde...".

Il regagne son coin et tâche de se faire tout petit, de disparaître dans la masse. Nadia reprend la parole :

 

  Ne nous arrêtons pas  en chemin, il faut aussi que les prostituées soient reconnues, Après tout elles méritent ; elles devraient être subventionnées par la Sécu au lieu d'être traquées par les flics, car elles remédient aux souffrances des pauvres mâles malheureux en ménage. Elles guérissent les névrosés, z'êtes d'accord ?

 

Un tonnerre d'applaudissements ponctue son intervention.

Une autre fille tente d'imposer le silence pour s'exprimer, tandis que les trois amies décident que quitter momentanément les lieux pour aller s'en jeter un dans un endroit où au moins elles pourront entendre ce qu'elles ont à se dire.

 

   C'est à cela que ressemblaient alors pas mal de leurs soirées.

Dans l'agitation intellectuelle post-soixante-huitarde, les trois amies accueillent favorablement l’arrivée de Valéry Giscard d’Estaing, un homme jeune, à la Présidence de la République en 1974. Le programme commun de la gauche les effraie , d'autant que la droite agite l'épouvantail communiste en ces temps de fin de guerre froide.../


http://claude-colson.monsite-orange.fr

Publié dans l'invité d'Aloys

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