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Clarène Meyers... Son interview !

Publié le par christine brunet /aloys

Lorsque je demande aux auteurs qui passent par ce blog depuis quand ils écrivent, généralement, la réponse est "depuis l'adolescence". Clarène a 15 ans et démontre qu'il n'y a finalement pas d'âge pour s'immiscer dans le monde de l'édition et imposer son univers, son imaginaire, son écriture. J'ai voulu savoir comment un auteur aussi jeune aborde l'écriture et les lecteurs.

_MG_0118.jpgDepuis quand écrivez-vous ? Un déclencheur ?

Je pense que j’écris depuis toujours... Depuis mes 6 ans, j’ai vraiment trouvé un moyen d’expression qui me correspond. Mes tiroirs sont d’ailleurs remplis de petites histoires et poèmes que je composais pour m’amuser lorsque j’étais à l’école primaire. Depuis lors, mes écrits ont évolué : je ne parle plus des  mêmes choses et mon style est certainement devenu plus imagé. Mais l’idée reste la même : j’écris pour le plaisir, pour exprimer ce qui est en moi et pour le faire découvrir à d’autres. Si l’écriture n’existait pas (si je vivais par exemple à la préhistoire), je pense qu’il me manquerait vraiment quelque chose.

Qu'écrivez-vous ? Quel genre littéraire ?

Le roman que je vais publier est un roman « Heroic Fantasy ». C’est un style que j’adore ! Dans ce type d’histoire, les personnages sont réalistes, en ce sens qu’ils éprouvent des sentiments très humains (il est donc facile de s’identifer à eux), mais ils évoluent dans un univers fantastique et extravagant. Un univers dans lequel on a vraiment envie de plonger pour découvrir une vie et une faune complètement différentes des nôtres. La plupart des romans que je lis durant mes temps libres sont des romans d’heroic fantasy et ont pour auteur Pierre Bottero, Brussolo, Erin Hunter, Suzanne Collins,… Mais je lis aussi d’autres livres, notamment grâce à l’école. Les auteurs contemporains sont ceux que je préfère. J’aime par exemple Amélie Nothomb, Eric-Emmanuel Schmidt et Philippe Claudel.

Définissez le mot "écriture"

L’écriture pour moi… c’est une manière de mettre des mots sur des sentiments, des émotions ou des rêves qu’on ne sait pas toujours exprimer oralement. Par écrit, on prend le temps de choisir les bons termes. On se relit. On se corrige. On prend le temps d’améliorer sa pensée. On prend aussi du plaisir à être lu par d’autres, à leur partager un univers et à faire vivre des personnages pour eux.

Vous vous présentez svp ?

Comme vous l’avez sûrement compris par mes réponses précédentes, je suis une jeune auteure : j’ai 15 ans et je suis en 4e secondaire en options math-sciences. J’aime lire, écrire, dessiner, composer des paroles de chanson pour mon frère et je joue aussi du piano depuis 6 ans. Je n’ai pas encore beaucoup de « vécu » derrière moi, mais j’aime écrire et je pense que le roman que j’ai écrit plaira aux ados de mon âge. Il peut même déjà convenir aux enfants à partir de 10 ans. Ma petite sœur l’a déjà lu et elle a apprécié.

Définissez votre style.

P5193577b.JPGVu le public auquel s’adresse « La vie en mauve », j’ai essayé de garder une écriture simple, narrative et descriptive, voire cinématographique. Je voulais vraiment que les lecteurs visualisent les villes, les lieux, les animaux que j’ai imaginés. Je voulais qu’ils aient envie de s’y trouver et de rencontrer les personnages, de vivre avec eux. Le côté « cinématographique » se retrouve dans cet aspect visuel, mais aussi dans la construction de mes chapitres que j’ai construits un peu comme les séries télévisées, avec un dernier événement à la fin qui amène chaque fois du suspense et donne l’envie de lire le chapitre suivant.

Parlez-moi de vos héros : comment les créez-vous ?

Les personnages principaux de « La vie en mauve » sont Samy et Lara, deux enfants de respectivement 13 et 8 ans. Même si je ne m’en suis pas tout de suite rendue compte, ils sont assez bien inspirés de mon frère et de ma sœur, au niveau physique mais également au niveau des pensées et du comportement. Ce n’était pas conscient de ma part, mais à la re-lecture, j’ai réalisé que c’était probablement un peu mon frère et ma sœur tels que je les imagine dans un monde idéal…  Le chaton de Samy et Lara est lui aussi inspiré de mon entourage vu qu’il ressemble très fort à Bamboo, mon chat !

Racontez-moi l'histoire de "la vie en mauve"

La vie en mauve raconte l’histoire de deux enfants, Samy, 13 ans, et Lara, 8 ans, qui se retrouvent dans un monde parallèle au nôtre. Ils y ont été appelés pour résoudre un conflit qui dure depuis plusieurs siècles. Ils partagent ainsi la vie d’un peuple, isolé et très évolué (car ils ont inventé une formule de jouvence et trouvent leur énergie dans le sommeil, sans jamais devoir manger ou boire), mais ce peuple des Fils de la Force et de l’Esprit est soumis aux attaques de la nature et des animaux. Samy et Lara vont les aider à lutter contre la nature hostile mais surtout à comprendre les raisons de sa haine. Je ne vais pas vous raconter le dénouement de l’histoire, mais, je peux juste vous dire que, comme souvent dans les conflits, rien n’est simple : il n’y a pas vraiment de méchants et de gentils, mais seulement des mauvais choix qui sont parfois posés et des habitudes auxquelles on s’accroche.

Comment et quand écrivez-vous ?

P6293138b.JPGIl y a deux bonnes années, durant les vacances d’été, j’ai commencé à écrire une histoire, comme j’aime souvent le faire. J’adore inventer de petits textes, simplement à mon bureau, sur un bout de papier. Mais la plupart du temps, ces petites histoires sont, soit fort courtes, soit sans suite. Cette fois, je ne sais pas exactement ce qui m’y a poussé (peut-être la pluie), mais j’ai vraiment pris goût à l’histoire et j’ai continué à avancer dans les chapitres. Et finalement, quand je me suis retrouvée avec une dizaine de chapitres, je les ai fait lire à ma mère, qui m’a encouragée à continuer. J’ai alors fait une halte pour bien réfléchir et savoir où je voulais aller, comment les personnages allaient évoluer et comment l’histoire se terminerait, car je me suis dit que, plutôt que d’écrire juste pour le plaisir, ce serait peut-être bien aussi de faire passer un message dans le livre… Une fois que tout a été clair dans ma tête, j’ai repris l’écriture de manière plus structurée. Cette fois, j’ai tout retapé sur l’ordi et, puis, j’ai continué à essayer de rédiger un chapitre par jour. Les idées principales étaient choisies et fixées, mais beaucoup de petits détails ont aussi afflué au fil du récit. Une fois l’histoire terminée, cela a été une grande joie de tout relire, mais également encore beaucoup de travail pour corriger les derniers points incohérents et les mauvaises tournures de phrase. Je crois que j’ai encore relu le roman au moins cinq fois ! A chaque fois, je trouvais des points à améliorer ou à corriger... Maintenant que le livre est complètement finalisé, c’est vraiment le résultat que j’avais envie d’obtenir.

Vous faites partie de la génération du numérique : que pensez-vous des tablettes/liseuses ?

Même si je consulte beaucoup de sites sur internet, je n’ai encore jamais lu de livres entiers sur une tablette. Je ne suis pas équipée pour… Et puis, par habitude, je préfère le contact avec le papier, surtout, en tant qu’auteur… C’est beaucoup plus agréable de voir son livre publié sur papier, de pouvoir le mettre dans sa bibliothèque et le tenir en mains.

Vous allez être lue... Facile ou compliqué, selon vous, d'affronter le regard des lecteurs ?

J’ai déjà fait lire mon livre à mon entourage familial et à mes amis. C’est vrai que j’ai ressenti une certaine crainte en leur passant le livre, car, même si moi, j’adore l’histoire de Samy et Lara, ce n’est pas pour ça que les autres vont apprécier. Heureusement, ils ont tous aimé le livre. Son point fort, je pense, est que l’écriture est facile et agréable à lire : les chapitres sont courts et finissent chaque fois sur une touche de suspense… Ce sont des éléments qui donnent envie de savoir la suite. Je sais que je ne peux pas plaire à tout le monde, mais j’espère vraiment sastifaire un maximum de lecteurs, principalement ceux qui sont sensibles au style « Heroic Fantasy ». Et puis surtout, il faut prendre le livre comme il est, sans prétention : c’est un livre écrit par une jeune auteure et pour les jeunes lecteurs.  

 

 

Pourquoi la vie en Mauve ? N'avez-vous pas peur que les lecteurs pensent plutôt à un roman sentimental ?

Pourquoi le titre « La vie en mauve » ? D’abord parce que ça sonnait bien !. Ensuite et surtout, parce que le mauve a une signification particulière dans le roman. Il y est présent dès le début et deviendra en quelque sorte un symbole de connaissance et d’éternité… La couverture du livre est d’ailleurs principalement dans les tons de mauve. Je n’ai donc pas trop peur que les lecteurs s’attendent à un livre sentimental, car l’illustration est assez explicite pour qu’on se rende compte du type de livre dont il s’agit : deux enfants, dans un monde fantsatique, où le mauve a une place prédominante. C’est le côté aventure qui ressortira donc principalement de la couverture…

 

Clarène se positionne dans un univers qu'elle connaît parfaitement, dans un lectorat qui lui ressemble (quoique le thème m'interpelle et me donne envie...). Une couverture qui interpelle, une démarche complètement assumée malgré le jeune âge de l'auteur ! Bravo et beaucoup de succès !

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

Publié dans interview

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Mensonges, un texte de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

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DES MENSONGES ?

 

Monsieur Brunard était mort. Tous les dimanches, il venait déjeuner dans le restaurant tenu par mes parents. Qu'il soit seul, accompagné de sa fille, de son gendre et de son petit-fils ou de son frère et de sa belle-sœur, il occupait toujours la table de quatre, située près du feu ouvert. Il avait la critique facile et sa voix était sèche. Il trouvait toujours bien un détail qui lui déplaisait : un léger pli dans la nappe, des légumes un peu trop cuits, une trace sur un couteau, une mousse trop ou trop peu assaisonnée. Ses deux petits yeux noirs vous jugeaient et vous méprisaient. Moi qui depuis mes seize ans aidais en salle le week-end, j'essayais de lui être le plus agréable possible, souriant et veillant à me montrer vraiment efficace. Je remplissais aussitôt son verre presque vide, apportait un nouveau petit pain dès qu'il en terminait un, n'hésitait pas à mettre des mignardises supplémentaires en accompagnement de son café, l'aidait à s'asseoir et à se lever. Pourtant, jamais il ne m'adressa un merci et jamais il ne répondit à mes sourires.

 

J'avais eu l'occasion d'entendre Monsieur Brunard gronder son petit-fils, contredire son gendre, se plaindre de sa bonne, contester une addition pour un supplément de vin.

 

Le jour de l'enterrement, un samedi, mes parents décidèrent de m'envoyer à l'église pour les représenter. "Aujourd'hui, David, on est vraiment à la bourre. On a un banquet de mariage. Pierre est malade. Ni ta mère ni moi ne pouvons nous absenter ne serait-ce qu'une demi-heure. Tu n'est plus un gamin. Tu assisteras aux funérailles. Un client comme Monsieur Brunard, c'est sacré, vois-tu."

 

Après les lectures tirées de la Bible, j'écoutai les témoignages de la famille et des amis. Ce n'étaient que des éloges. Bien sûr, le vieil homme avait sans doute été le travailleur rigoureux que son frère évoquait mais certains propos m'apparurent mensongers. Le silence bienveillant du vieil homme, sa générosité, son humeur égale, sa gentillesse et sa tolérance me semblèrent autant de qualités usurpées.

 

Ce jour-là, tandis que je rentrais chez moi, je me posai des questions sur la sincérité des témoignages. Le chagrin du départ était-il à lui seul capable de changer notre regard sur les autres ? Voulait-on à n'importe quel prix sauvegarder de la sorte l'image de nos proches ?

 

À présent, j'ai plus de vingt ans et ces questions me trottent encore en tête…

 

Micheline Boland

micheline-ecrit.blogspot.com

boland photo

Publié dans Textes

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Deuxième extrait du roman de François Ucedo, Le Grand Vaisseau qui va à Manissa

Publié le par christine brunet /aloys

 

http://www.bandbsa.be/contes3/vaisseaumarissa.jpg

 

 

Cathy s’appuya sur le bastingage, le regard perdu au-delà des flots. Elle essaya d’analyser la situation.

« Serait-ce un rêve ? pensa-t-elle. Peu probable. Un rêve lucide ? Sûrement pas, car dans ce cas, je saurais que je rêve... Un rêve normal non plus, car il n’y a pas assez d’absurdités. Ce bateau n’est pas assez absurde pour appartenir à un rêve. D’autant plus que rien ne change ni ne se transforme ; je revois les mêmes personnes, les mêmes choses, les mêmes endroits... Or, j’ai déjà rêvé de gens que je connais bien, qui se transforment ou sont déjà physiquement différents quand le rêve commence, mais qui demeurent malgré tout les mêmes personnes. Par exemple, j’ai déjà rêvé de ma cousine, qui dans le rêve se transformait en chienne, mais qui était toujours ma cousine. Mais ici, c’est différent...

« De même pour les lieux et les objets : si je prends le chemin menant au théâtre, je me retrouverai au théâtre. Dans un rêve, si j’allais au théâtre, je pourrais me retrouver devant un distributeur automatique de pizzas, puis je devrais acheter et manger une pizza afin de récupérer le ticket caché à l’intérieur, qui pourrait avoir la forme d’une langoustine, et déboucher ensuite devant une piscine suspendue, de laquelle l’eau ne s’écoulerait pas grâce aux oiseaux qui voltigeraient autour et aux danseurs africains se tenant en dessous, en train de faire des saluts japonais... Et si je demandais pourquoi ils font ça, on me répondrait que c’est à cause des trois lunes dans le ciel de miel de demain ! D’autres viendraient approuver que c’est effectivement à cause du ciel de miel de demain et des trois lunes. Quelqu’un pourrait très bien ajouter qu’il faudrait faire attention à ce que les papillons à dard motorisé ne viennent pas piquer les bulles de la Gloire. Ce serait complètement absurde, ça ne voudrait rien dire du tout, mais pour celui qui rêverait, ça resterait parfaitement logique jusqu’à ce qu’il se réveille...

« Mais ici, ce n’est pas du tout comme ça ! L’absurdité se limite finalement au navire, dont l’intérieur est plus vaste que l’extérieur, et au comportement des gens, qui ne trouvent rien d’étrange à tout cela. Alors pourquoi suis-je la seule à me demander ce que je fabrique ici ? Et Daniel ? Où peut-il bien être, celui-là ? Depuis le brouillard, il ne s’intéresse plus à moi. Il n’a même pas voulu me prendre la main ! Il avait vraiment l’air d’un imbécile heureux... Comme tous les autres, d’ailleurs. »

Un serveur passa, portant un plateau garni de coupes remplies d’une boisson transparente couleur azur.

— Un nectar bleu, mademoiselle ? lui offrit-il poliment.

— Pourquoi pas ? répondit Cathy, avec la bonne volonté d’essayer de s’adapter. C’est quoi ?

— C’est du nectar bleu.

— Je voulais dire : avec quoi c’est fait ?

— Avec... du bleu, je suppose...

— Mais c’est quoi, ce bleu ? Pourquoi ce nectar est-il spécifiquement bleu ?

— Est-ce que je sais, moi ? Pourquoi vos jolis yeux et vos longs cheveux sont-ils spécifiquement bruns ?

Cathy soupira une énième fois avant de porter la coupe à ses lèvres.

— C’est ce qui est écrit sur la bouteille, en tout cas, reprit le serveur. Nectar Bleu. Rien d’autre. Nous en avons aussi du vert, du jaune, du violet... bref, je crois que nous avons toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

Un autre serveur, qui passait justement avec un plateau de coupes remplies de nectar rose, intervint.

— Mais c’est justement ça, ces fameux nectars, ignare ! Ce sont les gouttes colorées de l’arc-en-ciel, récupérées et mises en bouteille.

— Une chose est sûre, déclara Cathy après avoir goûté : coloré ou pas, votre nectar a plutôt un goût d’H2O.

— Ça, j’en sais rien, répondit le deuxième serveur, qui n’avait aucune idée de ce que pouvait bien être une molécule. En tout cas, hache de haut ou hache de bas, les gouttes de l’arc-en-ciel produisent une boisson rare.

— Kafkaïenne, répondit Cathy sur un ton critique en reposant sa coupe à peine entamée sur le plateau.

 

 

François Ucedo

Publié dans Textes

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Christine Brunet a lu : Humeurs grises, nouvelles noires de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

ma photo

 

 

 

 

Le titre donne le ton... pas gai... pas gai du tout !

 

Micheline Boland n'a pas son pareil pour croquer les travers de l'âme humaine et dans ce recueil, le croquis ébranle. Les acteurs sont plus vrais que nature, les situations également, et le lecteur se surprend à se poser des questions : "Dans la même situation, ça pourrait m'arriver... Il faudra être vigilant..."

 

Des nouvelles plus noires les unes que les autres, plus torturées. Les personnages, tirailléshumeursgrisesrecto par la jalousie, la peur, la haine... choisissent tous la solution ultime : la mort pour eux... ou pour les autres en réponse immédiate au désespoir, au rejet ou à un acte prémédité censé les affranchir... de l'autre menaçant. (Il y a toujours ce regard "violent" vers l'autre ou de l'autre).

 

Ne croyez pas ressortir indemne de ce voyage, ce serait peine perdue ! 

 

A ne pas lire si vous êtes dépressif... A savourer en gardant votre esprit ouvert et critique envers la nature torturée de l'être humain. 

 

Bon, vous avez compris, j'ai adoré ! Je l'ai lu d'une seule traite en deux petites heures...

 

 

Christine Brunet

www.christine-Brunet.com

 

E16 (1)

 

 

 

 

 

Publié dans Fiche de lecture

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Lorsqu'un conte de Bob Boutique se rebiffe, ça donne... les dix petites négresses !

Publié le par christine brunet /aloys

 

Bob Boutique... Je me souviens le jour où, juste après la signature de mon premier contrat chez Chloé des lys, il m'a contactée pour son interview... Très intimidée, à l'époque, j'assistais, médusée voire apeurée ou suffoquée (tout dépend des moments) à ses interventions sur le forum, par exemple.

 Et puis, j'ai décidé de créer le blog passion créatrice et ma première idée a été de lui demander de répondre, à son tour, à quelques questions. Mais j'ai mis des semaines avant d'en avoir le courage... et le résultat a été un jeu rapide et mordant que j'ai eu bien du mal à maîtriser... parce que Bob est du genre "immaîtrisable" ! Vous lui posez une question, et il vous renvoie un interview quasi bouclé ! Et cette fois n'a pas fait exception !

Avec certains d'entre vous, (les auteurs concernés se reconnaîtront), j'ai du mal à obtenir les infos que je cherche... Pas simple de décortiquer son écriture, j'en suis consciente... Pour Bob, ça va de soi... Une facilité qu'on retrouve dans ses réponses...

Les années passent... Pas trop, quand même et voilà Bob avec un nouveau bouquin, différent des deux précédents, plus... enfin, faudra le lire pour comprendre !

 http://www.bandbsa.be/contes3/10negresses.jpg 

 

 

 

Bon, je commence, alors... Dis, Bob, c’est curieux...  On s’attendait à te voir publier un « Contes Bizarres III » et voilà que tu nous sors un roman « Les 10 petites négresses » ! 

C’est une erreur !  J’étais effectivement en train d’écrire un troisième recueil de contes bizarres et me lançait dans une cinquième nouvelle, lorsque celle-ci  s’est rebiffée…

 

Rebiffée ?

Tout à fait. Normalement mes contes font, grosso modo, une  trentaine de pages, après quoi j’en arrive tout naturellement au fameux  « et arriva ce qui devait arriver » suivi de la chute. Un processus bien huilé dont je ne suis absolument pas responsable, car tout cela se trame dans ma tête sans que j’aie le moindre mot à dire…  un matin vers sept heures je commence à écrire, sans trop savoir où je vais, je tape sur les touches, je tape, je tape , l’histoire se développe sans que j’en connaisse la fin, pas de plan, pas de notes, rien… et trente A4 plus loin, ben…  c’est fini.


Et pour Les petites négresses ce ne l’était pas ?

Exactement, j’arrivais plus à terminer ! Chaque fois que j’achevais un paragraphe, un autre se profilait… faut dire que c’est un peu particulier.(ça, je confirme !!!!)

Dans ce conte devenu un roman, je mets en place des personnages qui ressemblent quand même très fort à des amies que nous connaissons toi et moi et ça, ça m’ amusait, tu peux pas savoir… ( oh, mais je m'en doute !!!) Je crois que j’ai rigolé du début jusqu’ à la fin…

 

Et comme en plus tu les as dessinés, le doute n’est plus possible ! D'ailleurs l'une de tes négresses me ressemblerait que ça ne m'étonnerait pas... Je me trompe ?

Bah, tu connais l’ expression… toute ressemblance avec des personnages existants etc…

 

… Est difficile à prouver, c’est ce que tu as mis dans ta préface, hein !

Pour le cas où.  Je dois admettre à ma grande honte ( mais aussi à ma grande jubilation) que je ne les ai pas favorisées. Mais bon… je les adore et elles ont toutes beaucoup d’humour. Enfin, je l’espère.

 

Comment as-tu choisi tes têtes de turc, comme ça à pouf ?

Si je me moque de quelqu’un, c’est que j’ai de l’admiration ou même du sentiment pour lui. Il me viendrait jamais à l’idée de ridiculiser une personne qui m’est indifférente (perte de temps) ou que je déteste. Dans ce dernier cas, je vais  la trouver et lui mets un coup de boule. Et, croyez-moi, ce n’est pas une figure de style. Ici, je me suis limité à dix, mais j’aurais pu en ajouter encore l’une ou l’autre.

 

Pas peur des retours de bâton ?

Ben quand on ouvre une porte, faut s’attendre à ce qu’elle se referme… parfois même en coup de vent. Je sais là contre, comme dit à Bruxelles.

 

Toi qui as pas mal baroudé, tu connais l’endroit où l’histoire se passe ? On peut expliciter ?

Oui, je connais. Tout comme toi, je suis incapable de parler d’une région sans y avoir été… Poussin, Juju  et moi avons traîné nos godasses dans le coin. Tout est vrai et vérifié, garanti sur facture.

 

Pourquoi ce titre qui évoque évidemment Agatha Christie ? Tu venais de le relire ?

Non. Mais c’est un policier qui m’a marqué à l’époque. D’ailleurs, je l’explique dans le bouquin… Pour moi « Les 10 petits nègres » est une espèce de modèle du genre. Une histoire qui vous scotche et vous énerve tout autant, car on n’arrive pas à trouver la clé, sauf à la fin lorsque… enfin, je vous laisse lire, je ne vais pas déflorer le sujet, même s’il a été pas mal copié depuis.

En plus, on y trouve les trois grands classiques du théâtre appliqués à  la littérature policière : l’unité de lieu,- ici c’est une espèce de huis-clos -, de temps, - neuf jours-, et d’action : une mécanique qui fonctionne comme une horloge avec les douze coups de minuit.

 

Tu as donc dû faire un plan ?

A postériori. Le premier jet s’est fait en quinze jours… puis j’ai dû relire et relire, pour gommer toutes les invraisemblances et mettre les rouages au bon endroit.

 

Il y avait des couacs ?

Oui, surtout dans la répartition du temps et dans la désignation des personnages… chaque négresse a en effet son nom de carte d’identité et le surnom qu’elles se donnent entre elles. Là, il fallait pas que je m’emmêle les pinceaux. C’est pour ça que je les ai dessinées… afin que le lecteur les visualise et ne les confonde pas lorsqu’elles parlent entre elles ou bougent dans un même espace…

 

Une sorte de Cluedo en fin de compte ?

Tout à fait ! Qui a tué Miss Scarlet ou le professeur Plum ? Est-ce le colonel Moutarde ou le révérend Green ? On distribue les cartes et on tente de percer le mystère.

 

Sauf que dans les « 10 petites négresses »…

On n’en parle pas !!! Par pitié. L’ histoire est ce qu’elle est, mais la solution finale est, je crois, très particulière et je supplie ceux qui auront lu le bouquin de ne surtout rien révéler, je dirais même de ne pas faire de commentaire, car dans ces pages TOUT compte : le moindre mot, le plus petit détail…

 

Là, je confirme !!!! Dis, un truc me chiffonne... Chloe des Lys n’a pas fait d’ennuis pour accepter ce manuscrit ?  Les clés y sont quand même grosses comme des serrures de portail et  les négresses, qui se reconnaîtront, chargées à mort, non ?

Non, je crois que CDL a la chance d’avoir un comité de lecture d’une qualité et d’une intelligence hors du commun. Et je ne dis pas ça pour les flatter… d’ailleurs ils m’ont refusé le premier manuscrit !

 

Ah bon ?

Oui, pas pour le sujet qui je crois leur a plu, mais pour mes innombrables fautes d’orthographe ! Plus d’une par page et il y en a cent cinquante ! Je pourrais te montrer leur avis circonstancié : c’est oui, à la condition expresse que je leur propose un nouveau manuscrit corrigé ! Heureusement que j’ai trouvé une bonne poire bien blête, prête à tomber de l’arbre, pour revisiter mes textes et apporter les corrections… j’imagine d’ici les profonds soupirs qu’elle a du exhaler tout au long de son calvaire. Une sainte… c’est la même qui a fait cette splendide couverture qui donne le tournis. Vous la reconnaîtrez.

 

Passons. Donc pas de résumé de l’histoire ?

Surtout pas.

 

Et les autres contes déjà écrits avant que ce cinquième ne dérape ?

Ils seront repris dans un « Contes Bizarres III » que j’espère publier début 2014, si le comité de lecture l’accepte.

 

Toute dernière question, si tu veux bien... Tu as un style très particulier : à certains moments (pas si rares d'ailleurs), ton texte est poétique, très imagé. A d'autres, il est très parlé. Est-ce que cette ambivalence est un reflet de ta personnalité ( et est donc inné), ou est-ce que cette multiplicité de styles est là pour réveiller le lecteur, ou booster le texte ?

 

En tous les cas, il n'y a  rien de préparé ni de volontaire, je suppose donc que c'est inné. En fait,  je n'écris pas mais "raconte" des histoires et je le fais comme si nous étions toi et moi dans un resto ou à la maison à bavarder tranquillement. Je t'explique, je fais de grands gestes, je suppose que je dois tirer des mimiques pas possible, j'imite les voix de mes personnages et parfois même je crie ! C'est une sorte de one man show et je suppose qu'inconsciemment j'en ajoute un peu pour créer l'ambiance et maintenir le suspense.

Après y'a plus qu'à retranscrire...

Dans chaque village de France et de Navarre, tu trouveras un conteur capable de captiver son public de cette façon, sans l'avoir appris. C'est comme ça !

 

Peut-être, oui... Il est vrai que "Les dix petites négresses" tiennent autant du thriller, je dirais, que du conte. En tout cas, les personnages qui s'y cotoient sont plus vrais que nature ! 

Je n'en dirai pas plus, même sous la torture, juré Bob! Mais j'ai hâte que le livre sorte pour le tenir entre les mains et vous livrer une fiche de lecture pas piquée des hannetons !!!! Ma vengeance à moi...

 

Vous le savez tous, mais je vous rappelle que tout l'univers de Bob se retrouve dans ses deux précédents opus (Contes bizarres 1 et 2) et, bien évidemment, sur son site, www.bandbsa.be/contes.htm.

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

 

 

 

 

 

 

Publié dans interview

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Adam Gray nous propose un extrait d'Euphoriques et Désespérées

Publié le par christine brunet /aloys

 

euphoriques

 

Extraits choisis du prologue de …Euphoriques & Désespérées

 

« Qui crois-tu être ? Qui crois-tu être pour oser prétendre offrir au monde un recueil de… poésie ? Qui crois-tu être, hein ? Poe, Baudelaire, Rimbaud, Verlaine ? Sois maudit, sinistre inconnu ! Et brûlez donc, toi et tes mots !… »

 

Je ne suis pas un poète, non. Mais suis-je seulement quelqu’un ?

Le recueil que vous tenez entre les mains n’est composé que de cela : des chansons écrites sur une période de vingt-deux années.

Je ne suis personne mais, pourtant, j’ai moi aussi mon histoire, comme vous la vôtre, et c’est l’un des chapitres de cette histoire, qui est aujourd’hui clos – gardez bien cela à l’esprit –, que je voudrais partager avec vous. Sera-t-il digne d’intérêt ? Ne le sera-t-il pas ? Il vous appartiendra d’en juger. Mais, pour comprendre le « pourquoi du comment », l’abc, et ainsi mieux appréhender la plupart des textes composant ce recueil, il est nécessaire que je vous ouvre mon cœur aussi sincèrement que je le puis, que je vous laisse pénétrer dans mon âme aussi profond que possible, sans fausse pudeur, sans concession aucune, même si l’introspection peut être des plus douloureuses, et que je vous entraîne sur les chemins tortueux d’une adolescence meurtrie.

 

 

Tous les dimanches, mémé Nana, qui se levait toujours aux aurores, organisait des repas gargantuesques pour toute la famille. Et, bien souvent, nos voisines étaient de la partie, elles aussi ! Je m’étonne encore qu’autant de monde ait pu tenir dans une si petite habitation, d’ailleurs…

À la fin de l’année 1994, elle se hâta de vendre l’appartement pour une bouchée de pain. Elle savait une chose que ma mère et moi ignorions encore : qu’elle n’en avait plus pour très longtemps à vivre (on l’avait déjà sauvée d’un cancer, en 1987). Par-dessus tout, elle redoutait que le frère de ma mère ne nous jetât à la rue, et s’était confiée à l’une de mes cousines quant à ses craintes.

Je ne puis dire si elle avait raison… Je ne puis dire si elle avait tort… Le doute subsistera toujours. Elle voulut nous protéger.

Nous quittâmes donc notre « chez nous » dans le silence et la résignation, dans l’incompréhension et la torpeur ; dans une colère muette, pour ma part. L’argent récolté grâce à la vente, partagé en parts égales, suffit à peine pour acheter ces espèces de meubles fragiles qu’on monte soi-même, afin de remplacer ceux que nous avions depuis des lustres et qui avaient, il est vrai, fait leur temps.

Quelques semaines plus tard, pris au piège d’un appartement que je haïssais et qui était, au sens propre, glacial, nous découvrîmes l’horrible vérité : avec des cotons, des mouchoirs, mémé Nana, des mois durant, avait dissimulé…

Comment appeler ÇA, Seigneur ?

Elle avait un trou, un véritable trou, à la place du sein. Une gangrène… Elle était tellement terrorisée de devoir retourner à l’hôpital qu’elle avait tu une souffrance que je ne peux deviner qu’épouvantable. Elle avait réussi, même, à tromper la vigilance de ma mère, qui, pourtant, la surveillait de très près depuis son premier cancer.

Sa dernière phrase fut la suivante : « Pardon pour la vie que je vous ai fait mener. »

En un mois, ce fut terminé.

Il est évident que la nuit, parfois, quand le sommeil ne vient pas et que nous avons tout le temps de repenser, retenir ses larmes est impossible, et l’on se demande :

« Pourquoi ? »

Avec des si, je serais peut-être toujours chez moi, heureux.

Qui sait ?

Oh ! Bien sûr, je ne souffre plus comme autrefois d’imaginer que quelqu’un d’autre puisse évoluer dans les pièces où j’ai ri, où j’ai joué, où j’ai pleuré, sans doute. Mais un relent de colère demeure…

Point de haine, non ; la haine est le credo des imbéciles.

Parfois, naïvement, je me surprends à rêver de reconquérir ma maison de poupées un jour même si, au final, il me semble que ça ne m’apporterait rien de positif, sinon la souffrance de ne plus rien reconnaître du tout. Et ceux que j’aime ne seraient plus là…

Pourquoi se torturer, alors ? Inutilement, qui plus est.

Ce que je sais, ce qui est sûr, c’est qu’une partie de mon âme est morte le jour où mon sanctuaire m’a été arraché.

Qu’importe la raison. Qu’importe à cause de qui.

 

 

J’eus la chance – ou la malchance ( ?) – d’être chaleureusement encouragé par des professeurs qui eurent mes textes en main, et qui les trouvèrent fan-tas-ti-ques. Quand Monsieur Delfino me dit que mes poèmes seraient formidables sur de la musique, il ne m’en fallut pas plus pour entrevoir, dans mon avenir, le bonheur.

J’ai essayé, oui. Timidement. J’ai d’ailleurs enregistré l’un de mes nombreux textes, Promis à l’Exil, en studio, en septembre 1999. Égocentrique, Pécheur et Que Dieu me pardonne auraient dû suivre, mais développer cela et évoquer les échecs ne m’intéresse pas.

Au fil des ans, j’ai écrit l’équivalent d’une quinzaine d’albums. Peut-être davantage si je devais compter tous les textes que j’ai jetés à la poubelle, parce que trop maladroits ou trop agressifs.

Mes chansons, intimes, bien souvent, reflètent d’anciennes blessures et des joies éphémères. Elles sont empreintes d’amour et de mélancolie, d’effronterie, également, de puérilité et de gravité, de provocation, accessoirement, d’espoirs déçus et d’espoirs tout court. Il me tenait à cœur que nous partagions cela, vous et moi. Une petite voix me dit que c’était ça, finalement, ma voie : l’écriture.

J’espère qu’elle s’ouvrira vers des lendemains plus beaux…

 

 

Nous sommes le jeudi 15 janvier de l’année 2009. Il est 19 heures 47 et je viens de mettre un point final (?) à mon recueil, …Euphoriques & Désespérées. Ça fait très bizarre de se dire que c’est terminé.

Vingt-deux années d’écriture. Un rêve fou avorté…

La page qui se tourne laissera-t-elle place à de nouvelles pages, un peu plus colorées ?

Je ressens une certaine angoisse, je l’avoue.

 

 

Adam Gray

adam-gray.skyrock.com

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LE BLOGUE D’AURÉLIE COLHOMB, une nouvelle de Georges ROLAND

Publié le par christine brunet /aloys

 

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LE BLOGUE D’AURÉLIE COLHOMB

Bonjour, bienvenue sur le blogue d’Aurélie Colhomb, artiste peintre.

 

Dimanche, 13 octobre

 

Beaucoup de gens prétendent que mes peintures ne valent rien, et que ce que je fais n’a aucune valeur. J’en suis vraiment triste, parce que je suis sûre qu’ils mentent. Ils sont seulement jaloux de mon succès. Aubin m’a dit de ne pas m’en faire pour ces critiques : l’important, c’est de vendre ses toiles.

Le jour de mes dix-huit ans, j’ai remis à mon grand-père une série de dessins que j’avais faits pour lui à l’occasion de son anniversaire. Il y avait des motocyclettes rouges avec des roues vertes et jaunes, puis des chiens qui pissent contre des réverbères, mais là j’avais un peu dépassé avec les couleurs, et puis des paysages de derrière la maison de campagne de mes parents, avec des vaches dans le pré et des moutons bruns.

Mon grand-père a regardé les dessins, puis il s’est exclamé à l’adresse de son fils, c’est-à-dire mon père :

« Crénom, Eudes-Frédéric, cette petite a une patte. Il y a là-dedans de quoi se faire du blé. »

Mon père a étudié mes dessins avec l’application que la nation entière lui connaît, les a déposés bien droits sur le manteau de cheminée pour prendre du recul, a encore tendu le cou en arrière, puis a déclaré pensivement :

« C’est vrai que j’en parlerais à Aubin Richel, et avec une petite mise de fonds préalable, il y a matière. J’ai le sentiment qu’on se prépare un bel avenir avec Aurélie. »

Eudes-Frédéric Colhomb, mon père, donc, est une figure politique importante dans la région, et a déjà maintes fois été appelé au secours de la nation. De plus, vaillant capitaine d’industrie, il a su développer confortablement l’affaire créée par mon grand-père, Cyrille-Eudes Colhomb.

C’est ainsi que je me suis retrouvée dans le bureau de monsieur Aubin Richel, promoteur d’art et propriétaire d’une galerie de grande renommée.

 

Lundi, 14 octobre

 

Comme vous savez tout sur ma biographie, j’ai plutôt envie de vous parler de mes créations. Aubin (on s’appelle par nos prénoms, bien sûr) m’a dit que c’est dans la quantité qu’on trouve la qualité. Il vaut mieux rater dix dessins, pour n’en garder qu’un seul. Un jour, il m’a pris par l’épaule :

« Tu vois, petite, parmi dix navets, je me fais fort d’en trouver un à leur fourguer au prix maximum, crois-moi. »

Alors, comme une bonne élève, je me suis mise au travail. Un dessin par jour, un dessin retenu par mois. C’était, selon Aubin, une bonne moyenne ; mais le volume de nos poubelles augmentait sensiblement.

Il avait raison. Mes dessins se vendaient bien. Il faut dire que je soupçonnais un peu grand-père d’avoir arrosé copieusement à la ronde. Il arguait du fait qu’il ne faut pas négliger le budget communication, primordial pour toute entreprise.

Au bout de deux années, j’étais devenue la coqueluche des amateurs d’art, et plus particulièrement des investisseurs. Je passai donc naturellement du dessin à la peinture, puisque cela se vend plus cher. Le désagrément principal fut irrémédiablement l’augmentation du volume des sacs alignés tous les deux jours devant la maison. Les éboueurs commençaient à nous regarder de travers.

C’est là qu’Aubin a eu une idée de génie.

« On va te créer un personnage, faire de toi une icône de l’art pictural.

― J’aime bien les gothiques, lançai-je bravement. Mais je suppose que ça ne cadre pas…

― Au contraire ! s’exclama Aubin. C’est génial ! Un maquillage outrancier, un chapeau de sorcière, on va faire de toi un épouvantail d’Halloween. Gothique à souhait. Avec cette image-choc, nous allons monopoliser l’attention de tous les médias. Nous allons t’identifier à tous ces jeunes en rupture de bienséance, te donner un look. Ce n’est pas tout. Tu vas me faire une trentaine de dessins de toiles d’araignée, j’en retiendrai une pour ta prochaine affiche. Je ferai préparer quelques phrases-types que tu glisseras dans la conversation des vernissages. »

Je fréquentai depuis ce jour des échoppes de fringues de seconde main, passai au barbouillage de kohl et rimmel, pris l’habitude de marcher pieds nus et de boire des sodas énergétiques.

Inutile de préciser que grand-père n’a pas aimé ma nouvelle présentation.

 

Mardi, 15 octobre

 

Je sais, je vais plus vite que les dates de mon blogue, mais il faut tout de même que je vous explique. Et puis les dates se génèrent automatiquement et je ne sais pas comment les changer.

Ce matin, Aubin m’a annoncé que vu l’essor de mes ventes, j’étais devenue le poulain le plus vendu de son écurie, et que, par conséquent, il m’offrait la résidence au sein de son organisation. Un bureau pour moi seule, jouxtant un atelier de deux cents mètres carrés, où je pouvais travailler en toute quiétude. J’étais devenue sociétaire des galeries Aubin Richel, une sorte de reine incontestée, adulée, dont les admirateurs épient les moindres balbutiements.

Je courais les expositions, hantais les vernissages, jetais des autographes sur toutes sortes de supports, embrassais des petits enfants comme une souveraine en Joyeuse Entrée, on cherchait à me toucher le chapeau, à me prendre en photo, on s’arrachait mes toiles…

Comme l’avait prévu grand-père, les Colhomb se faisaient du blé. En douce, ils avaient fondé une société à but extrêmement lucratif, regroupant le père et le fils, ainsi qu’Aubin Richel, subitement incorporé dans la famille.

Et je peignais, je dessinais. Une toile par jour, trente par mois. Un dessin mensuel retenu, promu, vendu. Le reste, à la poubelle.

Je me lançai alors dans les traces, nouvelle technique picturale particulièrement intéressante. Mon père réussit à se procurer chez un des plus grands fabricants de peinture, quelques décalitres de fond blanc crème, que j’élus immédiatement. Le blanc crème allait devenir ma signature.

Le premier jour du mois, j’enduisais les fonds de trente toiles de ma peinture fétiche, puis laissais sécher. À partir du trois, je commençais les traces : projection de confiture de fraises au moyen d’un lèche-plats en caoutchouc, passage subtil de la joue couverte de poudre de riz, collage d’une dizaine de miettes d’un pain aux sept céréales, ajustage d’une carte de téléphone portable usagée, et d’autres encore.

Grâce aux bons offices d’Aubin et de son organisation, ce fut le délire. On ne parla plus que de moi dans la presse. les gens s’arrachaient mes œuvres et ma notoriété dépassa les frontières. C’était grandiose. Je me demandais à quel moment j’entrerais à l’Académie. Première femme peintre élue à l’unanimité, avec un discours de bienvenue prononcé par Roger Maschin, dans la plus pure tradition : « Bon appétit, madame l’académi-cienne. »

 

Mercredi, 16 octobre

 

Grâce aux traces, j’arrive à réaliser trois toiles par jour. Aubin est vraiment satisfait. Il a imaginé un marché parallèle, de figurines diverses à mon effigie, vente de chapeau de sorcière et ligne de fards et cosmétiques divers, reproductions de mes originaux, réunions et causeries auxquelles j’assiste ou que j’anime. Il appelle ça le « merchandising ». Grand-père est aux anges, et papa m’encourage en me promettant pour très bientôt une distinction bien méritée. Enfin Immortelle ? Son influence dans les diverses académies n’y sera pas étrangère. Je suis sûre en tous cas, que la pérennité de notre nom est assurée. À ce propos je ne comprends pas les artistes qui usent de pseudonymes pour célébrer leur dons.

 

Jeudi, 17 octobre

 

Un admirateur m’a demandé aujourd’hui laquelle de mes toiles je préférais. Je ne savais que lui répondre ; moi, je fais des traces, des blancs crèmes, des dessins, sans plus. S’il faut encore choisir parmi tout ça ! J’aime tout, voilà. Même ce qu’Aubin m’ordonne de jeter à la poubelle. Je serais bien incapable de préférer l’une ou l’autre. Qu’importe, d’ailleurs, puisqu’on les achète.

 

Vendredi, 18 octobre

 

Mauvaise journée. J’ai lu plusieurs articles dans des journaux médisants, où il est dit que ma peinture ne vaut rien. Que tout est creux. Que mon blanc crème, ce n’est rien de plus que ma vision du néant. Que mes traces ne valent pas celles de Rachel Houlenberg, qui expose chez Perron. Que je suis une baudruche remplie d’air vicié. J’en ai marre. Ce n’est pas juste. Cette pimbêche d’Houlenberg n’a aucun talent, je le sais bien. C’est Aubin qui me l’a dit. Pendant un mois, je ne signerai plus d’autographes et je n’irai plus aux vernissages. Je dirai que Rachel s’appuie sur les autres. Je dirai qu’elle se contente de copier-coller les idées d’artistes méconnus qui viennent lui présenter leurs œuvres.

Aubin m’a dit que ce n’est pas une bonne idée.

 

Lundi, 21 octobre

 

Passé une fin de semaine épouvantable. Papa fâché, grand-père qui fait la gueule, et Aubin qui ne cache pas sa déception. Houlenberg a raflé le prix de l’académie, et mes ventes descendent en flèche.

Pourtant j’ai vu ses toiles, à cette Rachel de malheur. Je ne leur trouve rien de mieux qu’aux miennes. Je me demande même si les critiques n’ont pas raison. Elle doit copier les œuvres de ses admirateurs. Ou alors elle se contente d’en découper des morceaux pour les coller sur ses propres toiles. Sans doute a-t-elle aussi un meilleur promoteur. Je m’interroge sur l’opportunité de prendre contact avec Perron, peut-être la société Aubin Richel est-elle au bout de ses possibilités. J’en parlerai sérieusement avec papa.

 

Mardi, 22 octobre

 

Grand gala d’ouverture de la nouvelle galerie Aubin Richel. J’en suis l’invitée d’honneur, et ce coup de pouce doit redémarrer ma carrière. J’arbore mes plus beaux atours : chapeau énigmatique, maquillage de scène, haillons scrupuleusement sélectionnés et, bien sûr, les pieds nus et la canette de PitBull. Je dispense des sourires, en attendant de distribuer des autographes. Grand-père n’a pas lésiné sur les moyens, et cette fois, Aubin a consenti a exposer la totalité de ma production du mois dernier. Soixante-trois toiles sont ainsi livrées au public.

« Qu’ils aiment ou qu’ils n’aiment pas, ils seront bien obligés de les voir, a pronostiqué mon père. Je défie la Houlenberg d’en produire autant.

― Je vous l’ai dit, confirma Aubin, c’est dans la quantité qu’on trouve la qualité. Regardez Victor Hugo, on y trouve toujours quelque chose de bien. »

Me comparer à Victor Hugo, c’était tout de même osé : moi, je n’ai pas de barbe.

 

Mercredi, 23 octobre

 

Je suis arrivée au bout de mes fonds blanc crème, et plus de peinture disponible chez le grossiste. Mon père a téléphoné à son ami pour faire hâter la production. Je vais manquer de matière première pendant quelques jours. Comme des vacances. J’en profite pour faire les magasins et tout le monde se retourne sur moi :

« Regardez, c’est Aurélie Colhomb, vous savez, celle qui peint. Il y a trois mois, j’ai acheté une de ses toiles parce qu’on en parle tellement, mais je n’ai pas encore eu le temps de déballer le colis. J’essayerai d’y penser la semaine prochaine.

― Vous avez vu comme elle est attifée ? C’est-il pas malheureux de voir la jeunesse se déguiser ainsi ?

― Jeunesse ? Mais elle a quarante-sept ans, madame. C’est pire.

― Vous avez raison. À la voir de près, on se rend compte des rides autour des yeux. Vous croyez qu’elle se maquille si fort pour cacher son âge ? »

Je suis rentrée en larmes. Et pas même une toile préparée pour y jeter mon désarroi. Pourquoi les gens sont-ils si méchants ? Est-ce que je leur en veux, moi, d’acheter les toiles de Rachel plutôt que les miennes ? Comment leur dire, leur montrer que je les aime, qu’ils sont mes amis, que je mourrai si eux ne m’aiment pas ? Je crois que comme Vincent, je vais me couper une oreille pour communiquer au monde ma grande tristesse.

 

Jeudi, 24 octobre

 

En attendant de la retrouver dans les encyclopédies, Aubin a intégré ma biographie dans Wikipedia. C’est une belle promotion, et je suis certaine que Papa a pris contact avec les Encyclopédistes afin de réparer une lacune incompatible avec leur universalité. Colhomb est un patronyme digne de figurer aux meilleurs dictionnaires et annuaires. Notoire, déjà, grâce à Christophe, un illustre ancêtre, sans doute, même s’il lui manque le « h » indispensable à notre gloire.

J’ai fait ce matin un autoportrait particulièrement réussi, où l’on reconnaît principalement mon grand chapeau et mon maquillage ; en fait, mes signes distinctifs, comme dit Aubin. Il y a du Toulouse-Lautrec en moi, c’est sûr. Cette passion intense que l’on retrouve derrière une esquisse, la manière divine dont je croque de trois traits de fusain une personnalité hors du commun.

Dès que possible, on en fera tirer des milliers d’exemplaires en icônes, afin de les distribuer au maximum. Aubin prétend que comme pour les grandes marques, on est obligés de faire une publicité incessante pour se maintenir en vue du public. De plus, il serait utile de créer l’évènement médiatique de façon très régulière. Il appelle ça un « buzz ». L’idéal étant un mariage pompeux suivi de près par un divorce retentissant, avec extensions d’adultère et de pension alimentaire faramineuse. Mais je n’ai pas envie de me marier, je n’aime pas les hommes.

« Qu’à cela ne tienne ! a répliqué Aubin, on te pacse avec ta copine, avec le même scénario, ça porte encore mieux qu’un mari volage. »

Personnellement, j’ai l’impression que tout ce battage médiatique ne sert à rien. Pourquoi les gens n’achèteraient-ils pas mes œuvres pour ce qu’elles sont ? Il suffirait de présenter les toiles dans les galeries et les académies, comme Vincent, enfin, je crois. Au bout de quelque temps, elles vaudraient des millions … Cela ferait plaisir à papa.

Rachel Houlenberg fait un malheur à Tokyo avec des croquis mal torchés et des croûtes, tout cela grâce à son prix de l’académie. Pourquoi n’en ferais-je pas autant ? Mon père n’a qu’à initier un prix somptueux dont je serais la grande bénéficiaire, et voilà. Pas plus compliqué. Une semaine de bombardement intense des médias : « Aurélie remporte le Lascar haut la main !!! » Des millions de petites icônes autoportrait s’étalant sur le monde comme les aigrettes de la semeuse du dictionnaire.

Aurélie Colhomb, adulée par les foules, poursuivie par sa gloire, idole incontestée de la peinture moderne ! Aurélie, Aurélie, Aurélie !

 

Aujourd’hui, mercredi (le logiciel n’a pas indiqué la date)

 

Chaos total. Je ne sais plus où j’en suis. Hier soir, dans l’ascenseur de l’immeuble, un garçon m’a embrassée. C’était tellement spontané que je ne me suis même pas révoltée. Dès la fermeture de la porte de la cabine, nous étions seuls, il s’est jeté sur moi, a posé ses lèvres sur les miennes, a forcé mes dents de sa langue. Je me suis sentie submergée par une onde inattendue. Elle irradiait dans la poitrine, inondait les poumons, le cœur, puis s’engouffrait dans mon ventre, me retournait les entrailles. Enfin, elle convergea sur mon sexe, mes ovaires. J’étais comme fertilisée.

Ce matin, je suis sûre d’être enceinte. Ce baiser a imprégné mon corps, et je n’ai plus envie de peindre ou de dessiner. Je vais me vouer entièrement à cet enfant qui va naître, à cette nouvelle vie à venir. Il sera le fruit d’Aurélie, sa plus belle œuvre. Il me faudra, évidemment, des mois de préparation, des années de construction et de parachèvement. Je suis prête à lui consacrer vingt ans de ma vie. Rien que lui et moi. Au diable les déguisements, les soirées mondaines, oubliées les vertus de l’art contemporain. Je veux entrer délibérément dans ma vie de mère. J’espère qu’Aubin ne m’en voudra pas. Mon père, lui, me découvrira bien une nouvelle voie d’enrichissement.

 

 

Fin du blogue d’Aurélie, nouvelle maman. 

 

Georges ROLAND

www.georges-roland.com

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Hymne à la vie... Le regard troublant de Frédérique Noël sur son combat

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

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Frédérique née  dans un très beau  pays est expatriée avec ses parents et son grand frère en France dans les premières années de sa vie. Elle découvre le racisme de la part de ses camarades de classe, alors qu’elle est française ! C’est une élève studieuse qui apprend facilement. Pour répondre au désir de son père, éleveur de chevaux, elle fait des études d’agriculture et travaille à la ferme avec lui.

A 20 ans, après une altercation avec son père et sur un « coup de tête », elle donne naissance à une belle petite fille. Elle quitte la maison familiale pour travailler et devenir indépendante. Sa mère garde et élève sa petite fille qui passera son enfance au milieu des chevaux.

Eprise d’une grande culpabilité, elle rentre dans une communauté religieuse. Son amour pour son père va se déplacer vers un autre père : celui qui est appelé Dieu. Après une dizaine d’années elle s’aperçoit de plus en plus qu’il y a un « gouffre - des incohérences » entre ce qui est dit, enseigné et  ce qui se vit au sein de cette communauté.  Un grand doute s’installe alors dans sa foi et dans sa vie. Elle quitte la communauté et récupère sa fille.

Elle reprend ses études, tout en travaillant comme secrétaire. Elle réussit sa licence d’anglais et enseigne dans un lycée qui appartient à la communauté qu’elle a quittée !  Elle rencontre son mari, six mois après elle se marie. Après quatre ans  elle donne le jour à un garçon. Leur amour grandit dans une vie calme, tranquille quand un jour l’annonce du diagnostic tombe « vous avez un cancer du sein ». La maladie remet tout en cause dans la tête de Frédérique : son corps qu’elle a toujours voulu ignorer, sa foi qui n’est plus dans un idéal,  son mental avec son caractère fort qui ne veut pas voir la réalité.  Tout ce qu’elle a volontairement  nié jusqu’à ce jour ressurgit comme une violente  et forte « vague » qui vous met à terre.

Elle construit  une reconversion professionnelle et obtient  un master en évaluation. Bien que soutenue par son mari, le couple traverse une forte tempête douloureuse pour toute la famille. Elle accepte de faire une thérapie avec son mari et là surgit une nouvelle vague : une « renaissance » qui lui permet de garder la tête hors de l’eau, de se battre, de profiter le plus possible des joies de la vie quotidienne et enfin d’établir enfin une « vraie relation » avec sa fille alors âgée de 35 ans.

Jusqu’à la fin de sa vie, elle est dans le doute, recherche « la Vérité »  celui auquel elle a donné 10 ans de sa vie, celui qu’elle a aimé, celui en qui elle a cru. Elle dit souvent que ce n’est pas facile de vivre sa maladie en n’ayant plus la foi, et pourtant….quelle exigence dans sa  recherche de la Vérité !

Malgré sa maladie, elle croit à la Vie, se bagarre pour son fils encore  jeune, pour vivre mieux qu’avant,  pour voyager entre deux chimio, pour  profiter de chaque instant comme un « hymne à la Vie » pour donner tout son amour à ses enfants, à son mari, pour organiser son départ.

Elle quitte cette vie en avril 2012,  (le même jour où 20 ans avant elle avait dit « oui » à son futur mari)  avec le sourire sur le visage lorsque son mari qui l’accompagne en cette fin de vie  lui rappelle  leur amour et ce tout qu’elle a donné à ses enfants.

Dans ce livre, elle raconte sa traversée du cancer, avec sa légèreté, son humour, ses  intransigeances, ses inconsciences, ses questions. Elle aime égratigner les médecins et les administrations en passant, mais elle aime aussi révéler les contradictions du malade, de la femme, de sa recherche, de ses tâtonnements, des ses aveuglements. C’est un hymne à la vie, avec ses ambigüités et ses incertitudes.

 


 

 

ARTICLE

 

DSC00909.jpgSur le cancer, il y a toute une littérature : témoignages, conseils, recettes, sans parler des livres médicaux, scientifiques, et j’en passe.

Ce petit livre là me parait très différent. 

Sur un ton léger, quotidien, qui fait que le lecteur a l’impression de converser avec le narrateur, ou plutôt la narratrice, celle-ci raconte à la première personne sa "traversée du cancer", avec humour souvent. 

Le lecteur voit défiler les maladresses, voire les "bavures" médicales, administratives, les maladresses aussi de l’entourage, qui change de regard et de comportement, tout cela sur fond de bouleversement d’une vie quotidienne et de ressenti intense. 

La personne s’affronte non seulement à ces changements radicaux dans sa vie, mais aussi à la souffrance physique et morale, et surtout à l’idée de la mort qui devient omniprésente.

Cependant, rien, dans ce livre, n’est morbide. 

Il s’achève dans une sorte de délire sur l’après, l’après la vie, en fait, plein d’humour et de fantaisie, et qui est en même temps un hymne à la vie.

D’ailleurs, la couverture du livre est un tableau dont le titre est "hymne à la vie", et c’est d’ailleurs ce qui m’a  attiré au départ vers ce livre : inutile d’imaginer, regardez la couverture, avec ce personnage, cet oiseau, cette vague en rouleau, dont on ne sait si elle va engloutir la femme, ou si elle la rafraichit. Regardez le visage de cette femme, dont on ne sait pas si elle est en train de se cramponner à la vie pour ne pas être engloutie, ou si elle se baigne languissamment dans cette eau remuante. Regardez l’oiseau dont on ne sait pas s’il est blanc ou noir, et enfin lisez ce titre : "Plus con tumeur !" en forme de jeu de mots macabre. 

Voilà, le ton est donné. 

J’ai aimé découvrir ce qu’il y a dans la tête de quelqu’un qui est obligé de penser à sa mort. J’ai aimé me dire, en lisant ce livre, qu’il n’y a pas que la vie quotidienne qui est bouleversé, qu’il y a tout l’univers de la personne qui chavire, et j’ai été rassuré de constater qu’on peut en parler dans une sorte de sourire de dérision, tout en montrant que la vie se récupère toujours dans l’intensité volontaire du vécu de tous les jours. 

C’est chez Chloé des Lys.

 

 

EXTRAIT

 

C’est fini les chimio, les rayons, tout ce qui était lourd, quoi. J’ose à peine y croire. Mes cheveux repoussent……Je ne vois plus les choses comme avant. Je me dis que la vie est un champ à explorer avant de mourir, qu’il faut arrêter de s’enfermer dans des contraintes idiotes qui nous font mourir idiots sans avoir vu le Kilimandjaro et les baleines à bosses, sans avoir gouté à  la liberté des enfants des hommes, que tous les matins sont le premier et le dernier matin du monde………..

Mon toubib habituel est en vacances. Sa remplaçante veut une consultation. C’est une jeune fille qui sort manifestement de ses études. Elle commence à me poser des tas de questions. Je m’y prête gentiment. Je lui explique tous les désagréments que j’ai en ce moment : douleurs d’estomac, crises de foie, cycle perturbé. - Oui dit-elle, tout se déglingue. – faites attention à se que vous dites, répliquais-je, vous n’avez pas idée de ce que c’est que de vivre cette maladie  et de se battre et de constater, effectivement, que rien ne va plus, avec l’angoisse que cela génère quand on a un garçon de huit ans. Après une phrase comme la vôtre, je n’ai plus qu’à me flinguer. Elle pâlit. Elle bredouille. Elle patauge : « je voulais dire que la chimio perturbe tout »…………….

Le psy m’a suggéré une explication pour le mystérieux soulagement ressenti après l’opération. D’après lui, j’avais des fantasmes incestueux vis-à-vis de mon père, j’ai pris la place de ma mère, et il en est découlé une nécessité de voir mourir mes parents pour pouvoir exister et prendre ma vraie place, d’où culpabilité, d’où désir d’autopunition, d’où soulagement quand enfin j’ai souffert l’ablation du sein : l’autopunition était faite, je pouvais vivre………….. 

Je m’éveillais. Il y avait autour de moi une lumière rose pâle, un peu orangée, nuancée. Très douce…….J’étais, moi, bien moi. J’avais ma mémoire, mon être, tout mon être, mais pas là où se situait la conscience de ma position allongée, sur un lit ? Peut être………….J’ai souvent fait des rêves bizarres. Celui là était rude, certes : mon fils, mon mari, ma fille, autour d’un lit…… «  Tu vois, ce n’était pas si terrible. Ce fameux « grand passage » dont vous avez si peur, tous. Ce n’est qu’un doux sommeil. Pas de quoi en faire tant d’histoires, non ? »……………Parfois je m’endors en pensant à l’instant de ma mort, et……j’aimerais qu’il y ait quelqu’un, qui ressemble à un homme, dans les 40 ans, beau, fort, et qui sait ce que c’est que la souffrance. Il s’approcherait de moi, et, sans un mot, il me prendrait dans ses bras pour me consoler de tout. Je n’aurais rien à lui expliquer, il saurait, il comprendrait. Alors, je pleurerais comme il y a longtemps que je ne l’ai fait, ou peut être comme je  ne l’ai jamais fait : soulagement et joie….Et je pourrais me reposer, enfin.

P.-S.

 

Publié dans présentations

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Aloys fait peau neuve...

Publié le par christine brunet /aloys

 

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Je suis ravie de vous retrouver après deux longs mois d'absence. Vous m'avez manqué, il faut bien le dire ! Mais il y a du nouveau... Quoi ?

 

Le blog aloys a été conçu par erreur, il y a deux ans, déjà, pour fédérer une communauté de blogs sur overblog. Très vite, il est devenu autonome et s'est installé comme un outil de promotion pour les auteurs publiés aux Editions Chloé des lys... et plus si affinités. Il invite de temps à autre des auteurs venant d'autres univers, s'ouvre également à la musique lorsque l'écrivain se transforme en chanteur. 

 

Notre blog fait peau neuve.

Il absorbe le blog passion créatrice - www.passion-creatrice.com -  (plus généraliste) et lui emprunte son logo. Il sera désormais régi par de nouvelles règles établies pour donner plus de visibilité aux auteurs qui choisiront d'y poster un extrait de roman, un poème, une nouvelle...

 

Quelles sont ces nouvelles règles ?

Tout auteur CDL (ou pas) souhaitant poster sur Aloys devra :

  • S'abonner au blog
  • Adhérer à la communauté des auteurs de Chloé des lys ou à la communauté Aloys si leur blog fait partie de la plateforme overblog.
  • Mettre le blog aloys en lien sur son propre blog ou sur son site (réciproque vraie).
  • Partager les articles le concernant (au moins) sur facebook si l'auteur a un profil, sur twitter ou tout autre réseau social en cliquant en bas de page sur les boutons installés à cette fin.

 

En retour, un lien sera mis sur aloys vers les blogs participants. Les visuels des livres des auteurs adhérents seront insérés dans un diaporama visible sur le blog. Les fiches auteur, les infos libraires seront automatiquement reportées sur le blog pour publicité. Tous les articles dans les journaux, etc. qu'on me fera parvenir feront l'objet d'un article, les dates de dédicaces seront annoncées une fois par mois dans une rubrique particulière. 

Les posts seront programmés dès réception et la date sera annoncée à leurs auteurs ainsi qu'en début de mois en même temps que les dates de dédicaces. Si les auteurs ne sont pas dans la liste annoncée, ils devront me rappeler leur post (parfois, je ne reçois pas les articles qu'on m'envoie).

Il s'agit de faire prendre conscience que la promo, c'est aussi une affaire de solidarité. 

Pour adhérer à ce blog, pour ceux qui n'aurait pas ou plus mon mail, vous pouvez passer par le formulaire contact. 

 

Christine Brunet

 

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      En septembre...

 


2- Hymne à la vie... Le regard troublant de Frédérique Noël sur son combat

3- LE BLOGUE D’AURÉLIE COLHOMB, une nouvelle de Georges ROLAND

4- Adam Gray nous propose un extrait d'Euphoriques et Désespérées

5- Lorsqu'un conte de Bob Boutique se rebiffe, ça donne... les dix petites négresses !

6- Christine Brunet a lu : Humeurs grises, nouvelles noires de Micheline Boland

7- Deuxième extrait du roman de François Ucedo, Le Grand Vaisseau qui va à Manissa

8- Mensonges, un texte de Micheline Boland

9- Clarène Meyers... Son interview !

10- Un extrait de L'Annonciade, de Didier Fond

11- Edmée de Xhavée a lu 'Lucioles' de Gauthier Hiernaux

12- Rolande Michel a lu CONTES BIZARRES de Bob BOUTIQUE

13- Mon amour à Pompéï, Christian Eychloma, l'avis du blog http://limaginaria.wordpress.com/

14- Bob Boutique a lu "Lovebirds" d'Edmée de Xhavée

15- Un texte de Carine-Laure Desguin dans ABSINTHEMAG

16- Louis Delville nous propose un texte...

17- Un juif nommé Samuel Braunberger de Maurice Stencel – lecture Edmée De Xhavée

18- Jean-Claude Slyper : Je crois que mes personnages sont ordinaires, banals, triviaux comme peut l’être le quotidien, ils sont aussi absurdes et grotesques, mais émouvants

19- Bob Boutique a lu "Par la fenêtre" d'Alain Delestienne

20- Le corbeau blanc, un poème de Philippe Wolfenberg

21- Marcel Baraffe... Son nouveau roman "Par toutes ces nuits sans lune"

22- Christine Brunet a lu : Jeanne, de Rolande Michel

23- Pour Justine Caizergues, l'écriture c'est : "laisser les mots venir à nous..."

24- Galinda, la forêt des ombres, de Laurent Femenias, avis de blog... http://autrecotedumiroir.net/

25- Régine Laprade est l'invitée d'Aloys

26- La Géhenne, un conte bizarre lu par Bob Boutique...

27- Un nouveau prix pour Carine-Laure Desguin... avec "The end"

28- Mais qui est l'auteur de cette nouvelle ?

29- Brigitte Piret, auteur de "Papillons" chez Chloé des lys nous présente une autre passion, la chanson !

30- Gauthier Hiernaux en invité sur aloys avec une fiche de lecture signée Alain Magerotte !

 

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Dates de dédicaces de nos auteurs pour le mois de septembre

A NOTER !!!! Anne Renault présenterai mon livre édité chez CDL, "Suicide dans l'après-midi", à l'Association Royale des Ecrivains Wallons le mercredi 4 septembre à 17H, Maison Camille Lemonnier, 150 chaussée de Wavre, 1050, Bruxelles. Elle sera interviewée par Michel Ducobu...

 

  • Le 08/09/2013 Chloé des lys participera à la fête du livre à Roussillon-en-Provence (84) avec Christine Brunet, Jean-Michel Bernos, Danièle Deyde, Beaudour Allala, Hayate Naïla
  • Les 20 et 21/09/2013 Christine Brunet dédicacera ses romans à Auchan, Osny (95)
  • Le 28/09/2013   - Christine Brunet dédicacera ses romans à Auchan Martigues, (13)
  •    - Claude Colson dédicacera ses romans au salon de Jouarre (77)
  • Le 29/09/2013   - Philippe Wolfenberg présentera son roman à l'Athénée Royal de Chênée, Belgique 
  •                             - Claude Colson dédicacera ses romans au salon de Merlieux (02) stand ALEA


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Bonnes vacances !!! Au 1er septembre !

Publié le par christine brunet /aloys

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