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Une nouvelle chanson d'Hugues Draye...

Publié le par christine brunet /aloys

 

H.draye

 

 

LE  DROIT  A  L’IMAGE

  

L’informatique a ses revers et on a beau être au courant,

Les virus peuvent débarquer et s’amplifier à tout instant

L’aut’ jour, une pimbêche de la rue d’Montigny me tombe dessus

Et me dit : « Monsieur, vous êtes un sans gêne et un malotru !

Sur FAC’BOOK et sur YOUTUBE, vous téléchargez, en toute saison,

Des photos de moi, sans me demander mon autorisation.

Si, dans les vingt-quatre heures, vous n’avez pas nettoyé vot’ PC,

Je poursuis l’affaire en justice et votre compte sera bloqué »

 

AH LE DROIT A L’IMAGE

 

Je réagis : « D’accord, Madame. Hélas, au milieu de tout ça,

Les heures passent toujours trop vite, on croise tant d’monde, si les gens comme moi

Vous suivent à la lettre, ils ne trouv’ront plus l’temps de vivr’ leur passion

Ils pass’ront leurs journées à quémander des autorisations.

Et quand j’vous ai immortalisée avec mon PANASONIC,

C’était en toute impunité, lors d’une fête, dans un lieu public »

Du tac au tac, la dame rétorque : « Le lieu public dont vous parlez,

C’était dans MON jardin, vous avez entravé ma vie privée »

 

AH LE DROIT A L’IMAGE

 

MA chère victime poursuit : « J’imagine à quel point, Mossieur,

Ma pudeur, mes complexes face à l’image, ça n’vous saute pas aux yeux »

Je réponds : « C’est curieux, quand j’vous avais prise en photo, Madame,

Je m’étais laissé porter, j’avais succombé à votre charme.

Votre ch’misier turquoise et la fleur blanche dans vos cheveux

Eveillaient bien des soleils et des étoiles dans le creux de mes yeux »

Interloquée, mon interlocutrice me répond : « Cessez

De m’enjôler, de m’draguer, de m’braver ou de m’manipuler »

 

AH LE DROIT A L’IMAGE

 

Face aux mécontents qui nous barrent la route, devons-nous, amis du flash,

Nous conformer à leurs diktats ou garder simplement notre cap ?

En ce qui me concerne, j’éviterais de leur accorder

Trop de pouvoir ; au nom d’leurs droits, certains pourraient en abuser

Imaginez des gens bien dans leur peau, leur cerveau et leurs photos

Rendre l’âme dans des ghettos sous la tutelle ou l’égo de leurs bourreaux

Oui, je m’insurge contre les censeurs ou les régenteurs d’images

Et j’m’accroche à mon sens de création, d’ouverture et d’partage

 

AH LE DROIT A L’IMAGE

 

 

Hugues Draye


 

www.myspace.com/huguesdraye

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Publié dans Poésie

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Un enfant de la mine, un conte de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

boland photo

 

Un enfant dans la mine

 

Il y a bien longtemps les enfants travaillaient à la mine. En ce temps-là, il n'y a d'ailleurs pas que dans la mine que des enfants travaillaient. Ils aidaient leurs parents artisans et devenaient ensuite boucher, boulanger, maçon, menuisier, fermier ou tailleur comme l'étaient leur père ou leur mère.  Seuls les filles et les garçons des gens riches allaient à l'école.

 

Travailler dans une mine, c'est dur. Il y fait chaud, on y travaille onze ou douze heures par jour. Comme les enfants sont plus petits que les adultes, ils peuvent se faufiler facilement dans les galeries pour extraire le charbon. C'est fatiguant et dangereux. Que de mauvaises chutes, que de blessures !

 

Jeannot a douze ans. Il est l'aîné d'une famille de quatre enfants. Son père est mort, sa mère travaille au charbonnage où elle pousse des wagonnets à la surface. C'est la grand-mère qui s'occupe des enfants.

 

"Tu sais Jeannot, bientôt tu n'iras plus à l'école, j'ai besoin d'argent. Tu viendras travailler à la mine avec moi. Tu es presque un homme, tu travailleras au fond comme ton père."

 

Sa grand-mère est bien triste. Elle aurait voulu que Jeannot reste encore un peu à l'école, pour devenir petit employé ou qu'il aide un commerçant. Elle cherche à adoucir les conditions de vie de Jeannot, à ensoleiller un peu son quotidien. Elle décide d'aller voir Joseph, son voisin, le porion.

 

"Joseph, j'aimerais que de temps en temps tu déposes un petit morceau de pierre bleue près de Jeannot."

 

Quelques jours avant qu'il ne descende pour la première fois, sa grand-mère appelle Jeannot : "Tu sais, mon grand, au fond de la mine, on peut trouver de jolies pierres colorées. Elles sont toutes petites. Cela arrive rarement mais cela arrive. Sache que ces pierres ont beaucoup de valeur."

 

C'est un mensonge mais elle espère apporter ainsi un peu de rêve à Jeannot.

 

Le jour J, grand-mère prépare deux tartines de saindoux et juste avant son départ, elle lui rappelle : "N'oublie pas, Jeannot, les jolies pierres. Fais attention à toi et regarde bien."

 

Elle lui donne un baiser et Jeannot part avec sa mère. Il est bientôt au fond. Après avoir poussé quelques wagonnets, il a déjà des ampoules aux mains et il est sale, vraiment sale. Il fait très chaud et très sombre. Il a mal partout. Pourtant, pour se donner du cœur à l'ouvrage, Jeannot ne cesse de chercher une petite pierre colorée.

 

À la pause, Jeannot mange ses tartines. Jamais, il n'a apprécié ainsi le pain et le saindoux. Quand il  reprend le boulot, il se raccroche à l'idée des pierres de couleur pour trouver un peu d'énergie.

 

Les jours passent et par un après-midi aussi sombre et chaud que les précédents, il trouve une toute petite pierre bleue dans une galerie.  Il la fourre vite en poche. C'est certain,  avec cette petite pierre, il va être riche.

 

Ce qu'il voudrait par-dessus tout, c'est trouver six pierres : une pour sa mère, une pour sa grand-mère, une pour lui et une pour chacun de ses trois frères.

 

Au bout de l'année, Jeannot a trouvé trois petits cailloux bleus qu'il garde soigneusement dans une boîte d'allumettes.

 

Lors de la fête de sainte Barbe, il a l'audace de s'approcher du directeur de la mine pour lui offrir son trésor.

 

"C'est pour vous, Monsieur. J'ai trouvé ça dans le fond… Il paraît que ça a beaucoup de valeur."

 

L'homme sourit à peine. Il le toise et dit juste : "Garde les…" Il sait que ces pierres ne valent rien !

 

Pourtant, Julie, la fille du directeur n'a pas perdu une miette de la scène, elle admire l'audace de Jeannot.

 

"Dis-moi, sais-tu lire et calculer au moins ?"

 

"Oui, un peu Mademoiselle".

 

"Alors, je t'engage.

 

C'est ainsi que Jeannot est devenu le petit secrétaire de la jeune fille, historienne mais aussi poète à ses heures. Elle l'a gardé très longtemps à son service. Au début, il a reçu le même salaire que celui qu'il touchait au charbonnage mais peu à peu, son salaire a été augmenté.

 

Toute sa vie durant, Jeannot a conservé la boîte d'allumettes contenant les trois minuscules pierres bleues. La grand-mère de Jeannot avait réussi au-delà de son espérance.

 

Micheline Boland

micheline-ecrit.blogspot.com

 

M Boland Le magasin de contes

Publié dans Nouvelle

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CARINE-LAURE DESGUIN : "le petit cireur de chaussures"

Publié le par christine brunet /aloys

 

desguin

 

Le petit cireur de chaussures

 

Assis par terre

Du matin jusqu’au soir

Sur le même trottoir

Au ras de la misère

 

Un sourire se dessine

Deux gros souliers à l’horizon

Ce sera un sou juste trois tartines

Un verre de grenadine

Une pomme et aussi le trognon

 

Au ras de la misère

Dans les chaleurs tropicales

Le gamin né d’hier

Doute mais chaque jour espère

Connaître une belle étoile

 

Toute la journée et plus tard encore

Assis par terre comme ça

Il cire les chaussures sans le moindre faux pas

Des touristes cousus d’or

Et d’autres apparats

 

Gamin cireur de chaussures

Petit Gavroche sous les soleils

Sur les cailloux des terres du Sud

Tes journées sont des éternelles

Offenses à l’enfance désarmée

Entre lacets sans stylo et semelles

Sans cahier

D’écriture.

 

Carine-Laure Desguin

http://carinelauredesguin.over-blog.com

 image-1

Publié dans Poésie

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Karl Chaboum : Amour aveugle

Publié le par christine brunet /aloys

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Publié dans Poésie

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Jean-Michel Bernos a lu "A croc" de Céline Marseaut-Hernould

Publié le par christine brunet /aloys

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Lecture « À Croc » de Céline Marseaut-Hernould

 

J’ai commandé chez Chloé des Lys quelques livres que je reçois ce matin. J’ai envie de découvrir quelques auteurs dont j’ai déjà lu des critiques ou dont la présentation me semble intéressante, histoire de me familiariser avec cette communauté qui m’a si gentiment accueilli.

 

En refermant le portail, j’ouvre la boîte aux lettres et en sort une enveloppe venant de Belgique. Un livre me surprend, couverture sombre… un filet de sang coule de la lèvre du bas d’un visage d’homme. Le titre ne laisse aucun doute sur le sujet : À croc !

 

Des Nouvelles, chouette j’aime les Nouvelles. Fantastique ? Tant mieux, un peu de frisson, ça rend la lecture, disons moins banale !

 

Céline est membre de l’équipe CDL et travaille sur le site où elle gère la http://img185.imageshack.us/img185/1649/acrocnouvellesfantastiqvz1.jpgprésentation des livres des auteurs. Elle intervient souvent sur le forum et donne des bons tuyaux, des avis, parfois rue dans les brancards (avec raison), ce qui devrait être un bon point pour la vivacité de ses écrits : Céline est aussi Auteur !

 

Je m’installe à mon bureau, éteint l’ordinateur, histoire de ne pas être dérangé par le petit jingle qui annonce l’arrivée d’un nouvel email et me plonge dans le livre. Il contient six histoires. J’aime ce genre de plongeon qui permet d’aller en peu de temps au bout du monde d’un auteur. Des histoires fantastiques, certes, mais le sujet en est bien défini : l’univers des vampires !

 

J’ai écrit un passage dans un de mes précédents livres qui montre ces grandes canines rayant le parquet, Découvrons son approche !

 

J’aime bien la première histoire (Un matin comme les autres), le style est simple et direct, Céline ne s’épanche pas trop sur des détails inutiles, mais plante le décor d’une histoire-de-tous-les-jours. Tout peut arriver : « Il sortit de la cuisine et entreprit la montée de l’escalier en se cramponnant à la rampe afin de ne pas dégringoler ». La couverture du livre prend tout son sens avec les derniers dix mots de l’histoire. Si le travail de Céline n’est pas une « prose littéraire », elle a le sens du suspens et pour mes propres histoires où j’aime dénouer l’intrigue à la toute fin, je n’ai jamais réussi à faire si percutant.

 

Les autres histoires (La virée, Le chasseur) sont intéressantes et explorent le sujet avec originalité, mais rassasié par la fin de la première, je m’attends toujours au dénouement et me prends à l’imaginer avant d’arriver au point final. En revanche, la quatrième histoire me scotche sur mon fauteuil (Sur la plage). Céline a exhumé là sa science : l’histoire est purement géniale, bien écrite, entraînante et construite avec brio. Le scotch a fondu, je ne parviens pas à laisser là son ouvrage, je reste planté dans mon fauteuil ! J’adore la fin : « Ils s’étaient mariés pour le meilleur et surtout pour le pire ».

 

La nuit, l’histoire suivante est un condensé de l’univers de Céline où elle semble apprécier les années soixante. Elle décrit avec simplicité et justesse, la simplicité de la vie courante, ce qui dénote un grand sens de l’observation et sans doute une certaine sensibilité.

 

La dernière histoire (Celle d’en dessous) renoue avec Sur la plage et présente une synthèse de son talent de narratrice. Encore une fois, le filet de sang sur la commissure des lèvres justifie cette superbe couverture, inquiétante, sombre et qui nous laisse « à croc ! ».

 

Jean-Michel Bernos

 

   1e Couverture MML

Publié dans Fiche de lecture

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Jean-Claude Texier et L'élitiste.. Fiche auteur

Publié le par christine brunet /aloys

REFERENCEMENT FICHE texier

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Carine-Laure Desguin : "La grande cité"

Publié le par christine brunet /aloys

 

desguin

 

Dans la grande cité

 

Dans la grande cité

Forêt de gens aux sourires de feuilles

Les ciments des bétons azurés

Sous l’ombre des ciels

Chavirent et s’égrènent

Entre les fleurs bleues et les cœurs

Tendres chapelets mailles et chaînes

D’amour nu vagabond ensorceleur

 

Dans la grande cité

Champs de gens démasqués

Les poussières des carnavals aux encens

De confettis et de bonbons multicolores

S’enchaînent aux cous des passants

Rats des villes ou rats des champs

Souffleurs de verre ou jeteurs de sorts

 

Dans la grande cité

Aux toits de mousse et d’herbes

Apprivoisées

Les carrés les triangles et les cercles

Chantent dansent et swinguent encore

Du dedans jusqu’au dehors

Des maisons de paille d’or

Aux fenêtres entr’ouvertes…

 

 

 

 

 

Carine-Laure Desguin

http://carinelauredesguin.over-blog.com

 

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Publié dans Poésie

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Philippe Desterbecq a lu "Des éclats d'univers" de Josy Malet-Praud

Publié le par christine brunet /aloys

http://www.bandbsa.be/contes2/desterbecqtete.jpg

 

Voici un recueil de nouvelles que je recommande à tous les amateurs du genre; ils ne pourront qu'apprécier ces onze textes écrits avec brio.

Si je juge la qualité d'une nouvelle par sa chute, mon jugement fut très différent à la lecture de la première "L'héritier des Lazennec" (qui reste ma préférée) car, si l'histoire se termine de manière inattendue, c'est à une multitude de rebondissements que Josy nous invite.


De page en page, Josy surprend son lecteur qui croyait avoir tout compris dès le début mais qui, en fait, était loin d'imaginer les causes de la fuite de l'héroïne.

Cette nouvelle est bien trop courte et pourrait faire l'objet d'un roman.

Vient ensuite une série de textes de longueurs différentes (les textes courts me touchent toujours moins, je n'ai pas eu vraiment le temps d'entrer dans l'histoire qu'elle est déjà finie), sans lien apparent (Josy, tu me diras si je me trompe) mais tous écrits de main de maître!

J'aime le style de Josy, j'aime les mots qu'elle choisit, la poésie qui se dégage de ceux-ci, j'aime l'ambiance qu'elle arrive à mettre dans ses histoires, bref, je suis conquis par ces nouvelles.

Si j'avais déjà apprécié le premier recueil de l'auteure, parisienne d'origine mais qui vit à Nantes "Un, deux,des éclats d'univers trois, soleil", je trouve ce nouveau recueil encore supérieur.

Je ne vais pas vous résumer chaque texte mais vous offrir quelques extraits qui vous permettront de découvrir le style de Josy Malet-Praud si vous ne connaissez pas encore son talent.

La Scavia sait que son mari a été dénoncé et qu'il sera arrêté s'il ne fuit pas : "Je savais qu'ils venaient pour lui. Giovanni, l'opposant au régime fasciste du Duce, l'empêcheur de couler au fond du bouillon sulfureux de la dictature annoncée, le second nom sur la liste des condamnés à mort en ce mois de décembre 1922 à Torino, capitale industrielle du Piémont. "

Au pays des Ràmon, Roxana et Léo pourront-ils défier le destin et s'aimer malgré la malédiction qui pèse sur les filles Ràmon? : Dans la baraque abandonnée, à l'extrême limite de l'effondrement depuis la mort d'Inès l'Envoûteuse, sous les poutres infestées d'une kyrielle d'insectes, dans cette icône de la désolation, les âmes sulfureuses de cinq générations de sorcières attentives s'agitent. Des ombres fébriles s'impatientent..."

Voyez l'ambiance particulière qu'a su créer Josy dans "La brume des acacias" : Le couloir s'étirait sous l'oeil inquisiteur d'une grosse veilleuse. L'iris blafard tachait la nuit au-dessus de la porte coupe-feu du couloir 24. Une lueur mi-chienne mi-louve de mauvais augure. Une clarté trouble, oppressante comme celle diffractée par les abysses artificiels d'un aquarium géant. Reflets d'un farfadet sans relief, les contours nébuleux de l'intruse glissaient sur les murs coquille d'oeuf de la galerie déserte. La dernière porte, tout au bout, bâillait sur les ténèbres, seulement trahie par le faisceau d'une lampe de bureau. Le contact des semelles sur le sol plastifié altérait un silence de cimetière, dispersant dans l'espace confiné une théorie de suçotements malsains et de baisers suspects."

Onze nouvelles qui vous séduiront sans aucun doute dans ce recueil à lire et à relire. A bon entendeur...

 

Philippe Desterbecq

philippedester.canalblog.com



 

Publié dans Fiche de lecture

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Gauthier Hiernaux en invité de notre blog avec... Mallaurig

Publié le par christine brunet /aloys

 

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Mallaurig

 

Gauthier Hiernaux signe avec Mallaurig son septième roman, un thriller moite et terrifiant avec des références à des faits divers qui ont marqué l’actualité belge à la fin des années 90 (l’affaire András Pándy et celle du Dépeceur de Mons).

 

Mallaurig, c’est une ville située quelque part aux Etats-Unis, une métropole  étrange puisqu’elle est coupée en deux et dirigée par deux maires qui se détestent. L’ambiance y est lourde, pesante.

Éli Meyer est un journaliste obstiné qui couvre essentiellement l’actualité locale et la frénésie avec laquelle un meurtrier s’amuse à dépecer des femmes dans des lieux sciemment choisis l’interpelle.

Bien sûr, la police a arrêté un suspect, un pauvre original totalement asocial. Sauf que Meyer ne croit pas beaucoup en sa culpabilité, bien trop évidente pour être honnête.

Et plus l’histoire avance, plus il fait chaud, plus les insectes envahissent l’espace, plus les relations entre les individus se tendent, plus le mystère s’épaissit !

Peut-il y avoir une explication rationnelle à tout cela ?

Pas sûr !

 

 

 

Mallaurig, par Gauthier Hiernaux, Cactus Inébranlable éditions, Collection Cactus Noir #2, 16 €, 260 pages, ISBN : 978-2-930659-03-9.

 

Plus d’infos sur le site de l’auteur : www.grandeuretdecadence@wordpress.com

 

 

 

 

Extrait :

 

 

 

Quelque chose m’a tiré d’un profond sommeil.

Un bruit, une voix, un bourdonnement, une lueur trop forte.

Qu’importe.

Je me réveille d’un coup, en sursaut, comme si on avait pressé un interrupteur.

Mon cœur bat la chamade, j’en ressens les effets jusqu’à mes tempes qui pulsent douloureusement. J’ai l’impression que ma tête va imploser et envoyer des éclats de crâne et cervelle un peu partout.

J’essaie de me calmer. J’aspire autant d’air que possible. Je tousse, je crache. Une odeur lourde et métallique m’agresse.  

Au plafond, une ampoule nue oscille de droite à gauche, projetant des flashs de lumière sur les murs. 

Je cligne des yeux. Mes paupières brûlent.

Je lève une main pour essuyer la sueur qui coule et qui m’empêche de me concentrer. Au moment où mes muscles se tendent, je comprends que quelque chose ne va pas.

Ma main est trop pesante. Elle tient un objet lourd et encombrant. Lentement, je ramène à mes yeux ce que je serre dans mon poing.

L’objet est en métal, en forme de « D » et pourvu de petites dents pointues sur son côté le moins arrondi. Une scie. Elle est poisseuse. Sur quoi étais-je en train de travailler ?

Mes yeux se détachent lentement de la mâchoire de l’outil et se fixent sur le paysage immédiat.

L’ampoule se stabilise doucement et éclaire davantage le centre de la pièce. Une table sur laquelle repose l’objet de mon travail.

C’est une femme.

Sa poitrine pointe encore fièrement, malgré les outrages qu’elle a subis.

Elle me lance un regard étonné, comme si elle voyait pour la première fois ses formes généreuses de si près.

Je recule d’un pas, lâche la scie qui rebondit sur le sol dans un fracas épouvantable.

Je me prends les pieds dans les sacs en plastique qui jonchent le sol. Il s’en faut de peu pour que je me fracasse la tête sur le sol.

Je panique.

Je suis à deux doigts de hurler. 

Mais à ce moment-là, mon esprit bascule. 

Je pars avec cette pensée : il est revenu et il a recommencé à tuer.

Publié dans l'invité d'Aloys

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Jean Destree nous propose un nouvel extrait de "Le tilleul du parc"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

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L'odeur du café frais vint surprendre Jean-Michel qui s'éveilla. Encore dans le vague du sommeil, il ne s'inquiéta pas de l'heure. Son travail ne commençant qu'en fin de matinée, il avait donc tout le temps pour se préparer. Soudain, il pensa au café. Que se passait-il en bas? Prenant à peine le temps d'enfiler un peignoir, il descendit la volée de marches en trois enjambées, ouvrit brusquement la porte de la cuisine. Lui tournant le dos, l'inconnue était assise à la table à boire du café. Le bruit la fit se retourner. Elle sourit.

 

- Bonjour. Vous avez bien dormi?

 

Jean-Michel, figé, fit un signe de la tête mais ne bougea pas. La femme se leva, prit une tasse dans le buffet et servit le café.

 

- Du lait et du sucre?

- Oui, les deux, s'il vous plaît.

 

Il était comme tétanisé, ne sachant plus très bien s'il était chez lui ou ailleurs. Il réfléchit un instant puis reprit.

 

- Mais qu'est-ce que vous faites ici?

- Je vous ai fait le café. Vous n'êtes pas content? Ça doit faire un bon bout de temps que ce ne vous est pas arrivé. Je me trompe?

- Merci. Au moins cinq ans. Je ne me souviens plus.

- Je vous ai entendu rentrer cette nuit. Il était près d'une heure. Je ne dormais pas. Je n'ai pu trouver le sommeil que lorsque j'ai été certaine que vous étiez bien rentré. C'est drôle?

 

Il était perplexe, presque ennuyé. Cette intrusion dans sa vie le troublait plus qu'il ne l'aurait pensé. Et puis, cette manière gentiment désinvolte de s'imposer à lui l'empêchait de réagir comme il l'aurait souhaité. Il s'assit à table, silencieux, et but son café à petites gorgées. Enfin, il osa regarder la femme installée à sa table en face de lui comme si elle y eût trouvé sa place.

 

- Vous ne dites rien. Il n'est pas bon, mon café?

 

Elle sourit en regardant Jean-Michel droit dans les yeux. Le regard clair le troubla. Il esquissa un sourire mais se reprit bien vite.

 

- Je m'appelle Fabienne. Vous, c'est Jean-Michel. J'ai vu votre nom sur une enveloppe: Jean-Michel Vallier. Ce n'est pas un nom de par ici, ça? Mais c'est un beau nom qui sonne bien. Il me plaît beaucoup.

- Non, ce n'est pas de par ici. Mon arrière-grand-père est venu de Suisse il y a plus d'un siècle, mais je n'ai jamais su pourquoi il avait atterri en Belgique. Tout ce que je sais, c'est qu'il possédait une petite forge dans le fond de la province où l'on exploitait encore le fer vers 1850. Mon père était cheminot, il conduisait une locomotive à vapeur; il est mort de silicose, comme les mineurs d'ici.

 

Il s'arrêta, surpris des confidences qu'il venait de faire. Pourquoi s'était-il allé à dire à cette femme des choses qu'il n'avait jamais racontées qu'à Robert. Il fut presque gêné de s'être laissé prendre au jeu subtil de cette femme sortie il ne savait d'où et qui était parvenue à lui faire dire des choses qu'il tenait secrètes.

 

Fabienne se leva, ramassa les tasses et les déposa sur la tablette de l'évier. Il la regardait s'affairer tandis qu'elle préparait la table pour le déjeuner. Il ne pouvait se faire à l'idée qu'il y avait ce matin-là une femme dans sa maison et surtout qu'elle avait l'air de s'y trouver comme chez elle.

 

- Je vais faire ma toilette, dit-il comme pour s'excuser.

 

- Vous prenez de la confiture? demanda-t-elle. J'en ai trouvé sur l'étagère à l'entrée de la cave.

 

Il ne répondit pas et disparut dans l'escalier. Il ne parvenait pas à cacher son émoi. Une femme. Une belle inconnue qui s'imposait tout naturellement, qui était en train de l'apprivoiser et qui cherchait à mieux le connaître. Pourtant, elle ne lui avait posé aucune question. C'était lui qui s'était laissé aller et cela le gênait. Il faillit se couper en se rasant. Il pesta contre la lame qui coupait mal, contre le savon qui ne moussait pas assez, contre l'eau qu'il trouvait trop chaude puis trop froide. Il acheva sa toilette en redescendit. Sans doute l'avait-elle entendu car il la trouva versant le café bouillant dans des bols à fleurs dont il ne se servait plus depuis longtemps.

 

- Vous avez fait vite, dit-elle. J'ai eu à peine le temps de dresser la table. Venez, tout est prêt. Bon appétit. J'ai faim.

 

Ils se faisaient face et Jean-Michel n'osait pas la regarder. Elle se leva pour servir un autre bol de café, mais il fit non de la tête. Elle parut soudain ennuyée devant le silence obstiné. Son regard s'assombrit et Jean-Michel remarqua qu'elle avait envie de pleurer. Il s'en voulut d'être si bourru et peu courtois et il sourit franchement.

 

- Pardonnez-moi, dit-il, j'ai si peu l'habitude d'être servi. Vous savez, un célibataire n'est pas toujours un personnage fréquentable. Les gens comme moi ont des manies de vieux grigous; ils sont terriblement jaloux de leur indépendance et, lorsqu'ils sont surpris, ils ont besoin d'un certain temps pour reprendre leurs esprits. Ne m'en veuillez pas, si j'ai manqué de tact à votre égard, Fabienne... mais...

 

Il venait inconsciemment de prononcer son prénom. Était-ce vraiment involontaire? Il s'arrêta, confus et se sentit rougir de son audace.

 

- Excusez-moi, Madame. Ne faites pas attention, je n'ai pas voulu vous choquer. Je suis parfois bien distrait.

- Ne vous en faites pas. Ce n'est rien, fit-elle avec un petit sourire. Moi, je vais vous appeler Jean-Michel. C'est beaucoup mieux que "monsieur". Au moins c'est plus simple. D'accord?

 

Il ne répondit pas. Il se leva et, réflexe d'homme habitué à la solitude, il se mit à desservir la table, faisant signe à Fabienne de le laisser faire.

 

- Vieille habitude, dit-il, comme pour se faire pardonner. Il faut bien partager le travail. Vous avez fait le principal, laissez-moi donc l'accessoire. A propos, vous n'avez pas eu trop froid cette nuit? Avec cette humidité, les vieilles maisons sont de véritables nids à bronchites.

- Mais non, ne soyez pas inquiet, je suis habituée. Et puis, c'est un bon lit, même froid, à côté d'une banquette de gare. Si vous me le permettez, je vais faire ma toilette et je m'en irai, car j'ai besoin de savoir.

 

Elle se leva et pour la première fois, Jean-Michel osa la regarder franchement. Elle avait enfilé un de ses pyjamas et le peignoir était un peu grand pour elle. Ses cheveux sombres, défaits lui tombaient sur les épaules. Jean-Michel fut troublé. Elle était réelle-ment belle malgré sa tenue négligée. Décidément, la vie était bizarre. Ce qui lui arrivait était si inattendu qu'il en perdait ses moyens.

 

"Toi, se dit-il, si tu n'y prends pas garde, tu vas te laisser embobiner par cette intruse. Et après? Une fois suffit".

 

Fabienne était sortie. Il l'entendait monter lentement les marches et s'enfermer dans la salle de bain. Il s'installa à son bureau et commença à préparer ses cours. Il ne savait pas par quel bout commencer et, malgré ses efforts, il ne parvenait pas à se concentrer sur son travail. Il se releva et revint dans la cuisine pour se servir une tasse de café. Il était trop énervé pour continuer et puis, tant pis pour les leçons! Ce qu'il était en train de vivre depuis la veille devenait important. Il en était de plus en plus convaincu.

 

Il buvait lentement, fixant les pommiers du jardins. Il entendait le pas de Fabienne là-haut et se l'imaginait mettant de l'ordre dans les chambres. Et si... Mais non. Il ne pouvait pas. Il ne voulait pas. Pour lui, Fabienne, cette femme encore inconnue hier soir, n'était pas une femme comme les autres, comme l'autre, celle qui l'avait quitté parce qu'ils étaient trop différents. Fabienne, c'était comme un rêve qui le troublait en le dérangeant dans ses habitudes.

 

 

Jean Destree

http://www.bandbsa.be/contes3/conversation.jpg

Publié dans Textes

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