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Beaudour Allala : J’écris les silences que je ne peux taire, quand ils me parlent trop fort.

Publié le par christine brunet /aloys

http://www.bandbsa.be/contes3/beaudourtete.jpgBeaudour Allala, c'est d'abord un nom et un prénom peu communs et une première de couverture qui ne peut laisser indifférent. C'est ensuite un univers et une présentation sur le blog aloys, alléchante.

Je lui ai proposé un interview mais je dois avouer qu'au départ, elle n'était guère partante, son référencement encore éloigné. Et puis... elle a enfin accepté de répondre aux questions qui se bousculaient dans ma tête ! Et je l'en remercie...

Tu veux bien te présenter, stp ?

Je suis une autodidacte qui a toujours étudié, lu et rencontré les autres… Mon prénom est perse et je suis originaire de la Tunisie. Une femme « entre deux », deux cultures, deux pays, dichotomique mais entière…


Depuis quand écris-tu ? Une passion ? Une vocation ? Un hobby ?

D’aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours écris poèmes et histoires…

Ma passion est d’exprimer de manière métaphorique, sens et émotion. Autrement dit, écrire ethttp://www.bandbsa.be/contes3/valseinfi.jpg traduire en image. Je réalise court-métrages et documentaires. Je sculpte également des pièces figuratives et des bustes (enfants et adultes). 


Définis le mot écriture

J’écris les silences que je ne peux taire, quand ils me parlent trop fort.

Magnifique définition ! Définis ton style ?

On dit que mon style est métaphorique et poétique. Voici un court extrait de mon livre :

« La mort n’est pas celle que l’on croit ! Elle est tapie dans la lâcheté, bien plus mordante que celle qui ensevelit les corps, grignotant seulement une partie de nous-mêmes. Il existe des corps éteints, muets dans leur respiration conformiste, des corps qui s’éloignent de vous et dont le deuil est plus difficile à faire parce que ces derniers sont encore bien vivants. »


Parle-moi de ton bouquin ? Quel genre ?

C’est un genre  « roman/nouvelles » avec 12 histoires courtes qui s’articulent, les unes aux autres, grâce à un narrateur omniscient. 12 couples intergénérationnels se frôlent dans une soirée dansante où l’on célèbre les 50 ans de mariage d’un vieux couple… 12 histoires d’amour, impossibles, infidèles, passionnés… 


Comment voit-on ton travail d'écriture autour de toi ?

Addicte, jusqu’à l’overdose…


Tiens, ça me dit quelque chose... Facile ou compliqué d'être lu ? de mettre le point final ?

Je suis une adepte du roman n’excédant pas 200 pages… Il faut savoir donner l’essentiel aux autres… Le pavé a tendance à me faire fuir… Les histoires courtes comme les courts métrages gagneraient à être reconnus… Stephan Zweig, mon maître incontesté, comme Maupassant, étaient des nouvellistes, avant de passer à plus long.

image004.jpgAs-tu déjà publié tes poésies ?


Oui, à compte d’auteur. Le recueil s’intitule « L’éveil de la sensualité » est a reçu un prix modeste en 1995 en Tunisie.


Dans quel genre littéraire te sens-tu le plus à l'aise ?

Je me sens à l’aise tant dans la mélodie que peut revêtir la poésie, que l’intrigue qu’offre la nouvelle ou le scénario jusqu’au roman qui nous permet un plus long voyage… En bref, tout ce qui est mot pour embellir les maux…  


Comment es-tu arrivée chez CDL ? Quand as-tu signé ton contrat ?


C’est la journaliste et critique littéraire Savina de Jamblinne qui m’a conseillé d’envoyer à 10 éditeurs, «La valse des infidèles »… Elle a très bien ciblé, car parmi les  dix à qui j’ai envoyé mon manuscrit, un d’entre eux m’a répondu positivement : « CDL ».

J’ai signé mon contrat en juin 2012 et le référencement  dans le réseau des libraires est prévue pour avril 2013. Ainsi la promotion du livre pourra débuter.


image005.jpgTu écris des nouvelles. Parle-moi de tes personnages ? Ta relation avec eux ? Comment les crées-tu ?


Mes personnages m’habitent,  corps et âmes… Immanquablement, ils ressemblent à ceux qui se cherchent sur notre planète sans jamais parfois se rencontrer, alors par la magie de l’écriture, je rends la chose possible. Je  les crée mes personnages comme je le fais avec la terre glaise pour mes bustes, un peu de terre de mots, de phrases pour en former les contours et faire en sorte qu’ils soient palpables …


Facile d'être lue ? Crois-tu qu'un auteur se livre un peu dans ses textes ?


Il est facile d’être lu lorsqu’on a la chance d’être repéré parmi des  millions de manuscrits qui sont expédiés pour espérer une réponse positive d’un éditeur… J’ai eu cette chance et combien même, ce n’est pas Gallimard qui a répondu mais une maison d’édition modeste comme CDL à laquelle, à jamais, je serai reconnaissante, l’important c’est d’être lu, de croire en soi et aux autres, pour continuer à créer et à donner…

Le livre a ceci d’extraordinaire qu’il permet de se livrer « déguisé »… Je suis un vieil homme, septuagénaire et, à travers sa sagesse, je m’apaise face à la lucidité trop piquante de la vie ou bien,  je suis cet enfant qui dévoile, avec innocence, ses sentiments et, croque la vie par méconnaissance de son goût amer…


sculpture-pied.JPG

Reparlons un peu de ta façon d'écrire : tu dis ne pas vouloir dépasser les 200 pages pour créer un texte resserré. Retravailles-tu beaucoup tes textes ?


Ma quête du nombre de pages pas trop importantes, n’est pas tant pour construire un texte resserré que pour permettre une lecture qui ne soit pas de l’ordre de l’effort, mais du plaisir…

Les longues descriptions d’un paysage ou d’un appartement m’ennuient profondément… Mes seuls décors sont mes personnages… c'est-à-dire, les mettre en situation avec les objets de l’appartement ou de la nature environnante, au fur et à mesure des évènements qu’ils vivent.

J’ai eu pour habitude, comme pour mes sculptures de ne jamais retravailler la matière, seulement j’ai compris que c’était une erreur. Oui, pour aboutir à une profondeur de pensée juste, il faut creuser l’âme jusqu’à sa moelle, comme pour mes pièces sculptées, elles méritent d’être retouchées jusqu’à obtenir la courbe maîtrisée.


Facile ou compliqué de mettre le point final ? 

Le point final n’est jamais final, je crois. Il doit laisser toujours libre l’imagination du lecteur … Ainsi, il s’accapare mon personnage pour lui donner une autre vie… Une forme d’écriture participative, en quelque sorte, avec mes lecteurs…


 image002.jpgY a-t-il, selon toi, interaction entre l'écriture et la réalisation d'un court métrage ?... ou même le travail de sculpture que tu fais ? Puis-je avoir quelques photos de tes réalisations ? N'y a-t-il pas contradiction entre la sculpture, figée (une image à un moment donné d'un sujet) et l'écriture qui évolue tout le temps ?

Oui, bien sûr, il y a une véritable interaction entre l’écriture et la réalisation d’un film quel qu’il soit, car l’écriture est avant tout représentée dans le mental des lecteurs sous forme imagée… Nos lecteurs ont une salle de projection personnelle à l’intérieur du crâne et, c’est heureux. A nous, écrivain de leur donner à voir les plus belles ou terribles images pour leur transmettre de l’émotion… Tout livre peut être adapté au cinéma…

La sculpture, par contre, est pour moi une complémentarité pour me permettre après l’imagination qui passe par le visuel et l’auditif, d’accéder au kinesthésique…


 

Crois-tu que l'écriture s'inscrit dans le mouvement ? ou penses-tu comme beaucoup de poètes qu'elle est plus proche de la sculpture dans la dimension cisèlement des mots ?

 

J’ai parfois l’impression que mes neurones sont au bout de mes doigts et que je ne peux écrire qu’en laissant ma main se mouvoir… Oui, pour moi l’écriture est un mouvement imperceptible qui se passe de l’intérieur, sans que rien ne soit visible sur le corps, sauf si la main écrit. 
Bien sûr, ensuite le ciselage des mots, après, est possible avec le raisonnement. Pas trop dans la poésie, mais dans les nouvelles et romans cela est indispensable de raisonner, pour apporter de la structure, comme l’ossature qui maintient la matière d’une sculpture…

 

AUT_3414.JPG

Peux-tu écrire dans n'importe quel environnement , dans n'importe quel étât d'âme? Un/des rituel(s) ? Crois-tu que ton écriture (et p.e aussi ta sculpture) est le reflet d'un état d'esprit ponctuel ?


Oui, j’écris mieux lorsque je suis dans un état « naissant », c’est-à-dire proche de celui où l’on est prêt à tomber amoureux. En fait, je préserve cela en moi, j’essaye de regarder le monde avec un regard neuf qui redécouvre les choses et les êtres…

 

Je crois avoir fait le tour de ce que je voulais te demander. Je vais te laisser le soin de conclure à ta guise l'interview.


Je voudrais conclure par ce « merci » que l’on oublie de dire, à toute chose ou tout être, à tout ce qui nous paraît usuel ou acquis… Alors merci, Christine et à Chloe des Lys qui m’a fait confiance.

 

Merci à toi !

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

Publié dans interview

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Une polissonerie d'Edmée de Xhavée !

Publié le par christine brunet /aloys

 

Edmee-chapeau

 

 

 

Les toilettes étaient au premier étage – Une polissonerie d’Edmée De Xhavée

 

Adèle murmura discrètement, mais sur un ton assuré à sa belle-sœur de ne pas s’inquiéter, qu’elle allait simplement à la toilette où elle entendait, pour faire bonne mesure, se refaire une beauté. Son brushing était pourtant encore impeccable, rendu inaltérable par une entière bombonne d’Elnett Ciment, et son maquillage était parfaitement à sa place : pas de rimmel sur les joues, pas de fard à paupières s’égaillant dans les pattes d’oies, le rouge à joue bien en place ainsi que celui des lèvres qui leur donnait un aspect plastifié et pulpeux.

Sa  place resta pourtant longuement vide, d’une vacuité qui parlait d’une voix forte … mais que fiche Adèle aussi longtemps à la toilette du premier ? La belle-sœur tendait un peu l’oreille, guettant le bruit d’une chute, d’un gémissement de douleur, de tout signe de malaise, mais rien…  On était passés des hors d’œuvre au potage, puis l’entremet avait suivi, et on en était à la fin du rôti de porcelet malgache aux oranges amères dans son jus de sirop de Liège et pekêt… elle ratait tout… elle serait affamée… L’apéritif devait lui être resté en travers. Une grande nouveauté très à la mode dans ce coin du monde leur avait-on dit : quand certains invités avaient froncé les lèvres en protestant que ça goûtait le goudron et qu’ils pensaient boire un tronçon d’autoroute fondue, les jeunes mariés, du haut de leur condition de jeunes dans le vent, avaient ri et déclaré « ben… c’est ça ou de l’eau, nananère ! ».

C’est alors qu’Adèle fit son retour que l’on pourrait qualifier de triomphal, remarqué avec un étonnement qui, pendant quelques minutes, laissa les fourchette en suspens entre bouches et assiettes. Droite et le regard un peu distant, un sourire de bon ton sur les lèvres, elle s’arrêta un court instant à la porte d’entrée, parcourant du regard – le sourcil levé avec un peu de hauteur – les mangeurs et ripailleurs autour de la table, semblant les rassurer de son attitude souveraine « continuez votre repas, braves gens, je suis là ! ».

Son visage était barbouillé de rouge baiser et de blush, lui donnant le teint de la mère Denis en pleine crise de rubéole. Ses yeux avaient désormais l’aspect de ceux d’un raton-laveur, envahis de rimmel et khôl. La coiffure d’Einstein – cheveux séchés au pétard – était désormais la sienne et Elnett Ciment s’y était plié. Son cou, rougi par endroit, était tacheté de suçons aussi nets que les coups sur une banane trop mûre. Alors qu’elle regagnait la table d’un pas raide et solennel en chantonnant l’ââââmour est un bouquet de violêêêêttes sotto voce, tout le monde put voir que l’arrière de sa robe était enfoncé dans le haut de son collant, remis par ailleurs d’une façon si hâtive qu’il tire-bouchonnait aux chevilles. Elle considéra que le silence assourdissant qui l’accueillait était une forme de soulagement et respect à sa position de mère de la mariée, et s’assit avec un petit sourire satisfait, jeta un regard sur les assiettes de ses voisins de table et s’exclama avec entrain « Mmmmmh ! J’ai de l’appétit tout d’un coup ! Ne vous privez pas de terminer votre assiette pour moi ! »

Alors qu’elle parcourait la table des yeux elle s’étonna de croiser le regard chargé de haine d’une femme qu’elle jugea d’ailleurs vulgaire à l’autre bout – cette robe rouge était d’un commun ! et des faux-cils à son âge, c’était d’un ridicule ! – et vit que la place en face d’elle était vide. « Normal… les gens la fuient » pensa-t-elle, le sang courant encore gaiement dans ses veines réchauffées, et elle se mit à découper sa tranche de porcelet malgache.

C’est au deuxième entremet qu’  « il » réapparut lui aussi. La calvitie qu’il cherchait habituellement à couvrir d’une mèche laquée était aussi luisante que désolante, quant à la mèche laquée elle pendait sur son épaule gauche comme un scalp. Sa bouche – entr’ouverte, lui donnant l’expression hagarde – était traversée d’un trait imprécis de rouge. La chemise déboutonnée et dont les pans recouvraient le pantalon révélait un torse si griffé qu’on aurait pu penser qu’il venait de combattre un grizzly. Du sang traversait le tissu – « une pauvre imitation de soie made in Kurdistan » se rappela Adèle, continuant de dévorer avec l’appétit de la vie. Sa braguette béait et chaque pas hésitant laissait voir un éclair de caleçon au motif léopard. Il avait oublié ses chaussures au premier et un orteil sortait avec insolence de la chaussette rouge en nylon. Il se dirigea en tanguant sur le parquet jusqu’à la place vide en face de la femme au regard de Méduse et s’assit sans un mot. « Ah, j’y suis ! » pensa Adèle… « les chaussettes rouges sont assorties à la robe de madame qui, je parie, a un soutien-gorge à taches de léopard… » et elle eut un petit rire entre elle et elle parfaitement méprisant.

Méduse sembla se gonfler. Des étincelles sortirent de ses yeux avec un crépitement de court-circuit. Les veines de son cou se tortillèrent comme un nid de serpents et de fait, ils sifflèrent tous en chœur dès qu’elle ouvrit la bouche – bouh ! dentier mutuelle ! diagnostiqua immédiatement Adèle – et lança à son mari encore vacillant : « Et d’où viens-tu comme ça, mon chériiiiiiii ? » Ses ongles écarlates, qui trouaient presque la nappe de leurs petits coups secs, avaient bien l’air de grandir à vue d’œil. Et alors lui se leva, prit le contrôle de la houle qui secouait encore ses sens, l’air impérial et courroucé. Il se pencha en avant et, visant avec précision, asséna un coup de poing sur le nez de Méduse en scandant : « Je t’ai bien dit de ne pas te mêler de mes affaires ! ». Puis, avec un sourire content de soi à l’assemblée, il se rassit et se mit à manger.

L’incident était clos. La fête pouvait reprendre son cours. 

 

 

Edmée de Xhavée

edmee.de.xhavee.over-blog.com

9782874595196 1 75

Publié dans Nouvelle

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Un extrait du nouveau roman de Claude Danze, "Ailleurs... autrement..."

Publié le par christine brunet /aloys

 

http://www.bandbsa.be/contes2/danze3.jpg

 

« Ailleurs… autrement… »

Le nouveau roman de Claude Danze : l’extrait

Le chevreuil venait de s’avancer imprudemment sur la route enneigée. Fasciné par les phares qui venaient à sa rencontre à travers les flocons, l’animal stoppa net sa course, huma le vent, s’enfuit sans se retourner. La Ford bordeaux venait de quitter la route pour l’esquiver : le verglas sous l’épaisse couche de neige encore inviolée ne pardonnait aucune incartade au volant, surtout avec une « propulsion ».

La Taunus, cabossée de toutes parts après son embardée entre les arbres, avait fini sa course au fond du ravin dans un large ruisseau glacé. Les deux portières, bloquées entre deux troncs, ne portaient pas à l’optimisme quant aux chances de s’extirper de l’épave.

Le conducteur n’était pas gravement blessé, seulement bien secoué. Jean-Paul avait les pieds et les mollets déjà trempés par l’eau qui montait dans l’habitacle en glougloutant tranquillement. Sa jambe gauche lui faisait mal et il avait une sacrée bosse sur le front. Bientôt, le froid l’envahirait. Il allait peut-être finir gelé dans ce cercueil d’acier, de verre et de similicuir…

Entre le dossier, le volant brisé, le levier de vitesse et le frein à main, il finit par rejoindre la banquette. Il s’arc-bouta des deux pieds contre la vitre arrière, mais craignit de finir étouffé sous l’épaisse couche de neige, de branches et de terre que la voiture avait entraînée et qui envahirait l’habitacle dès que le carreau sauterait. Il reporta dès lors son attention sur les vitres latérales arrières, qui étaient fixes.

La neige tombait, à ne jamais s’arrêter, sur la forêt qui, désormais en sépia, ne tarderait pas à virer au noir et blanc.

***

Au coin de l’âtre, dans le petit salon, Isabella, travaillait depuis plus d’une heure le Prélude n°1 de Villa-Lobos à la guitare. Pause. L’élégant instrument étendu sur le canapé, elle attrapa un gros anorak rouge et sortit voir tomber la neige depuis la terrasse. Au même moment, la Taunus se fracassait entre les arbres, à moins de cent mètres de là. Le klaxon insista une bonne minute avant de s’estomper dans un halo sonore intriguant.

Au mépris des consignes des services secrets et de la Gendarmerie, chargés de sa protection, Isabella enfila ses bottes fourrées et se précipita à travers bois vers la voiture, facile à repérer, malgré les débris amoncelés dans son sillage fou, grâce à ses feux arrière restés allumés. Elle s’arrêta à vingt mètres de la voiture, une berline deux portes méconnaissable, et put enfin identifier les coups sourds qui scandaient sa progression, malgré l’étouffement sonore du sous-bois enneigé : le conducteur frappait des pieds contre l’une des vitres latérales, sans parvenir ni à briser le verre Sekurit ni à la faire sauter entière vers l’extérieur.

Avant de se manifester, elle scruta les alentours entre les troncs à travers les myriades de flocons. Isabella devait rester prudente : des tortionnaires de la camorra, mafia napolitaine qui ne le cédait en rien à sa grande sœur de Sicile en matière de violence et de mépris de la vie, étaient à sa recherche, sur les ordres mêmes de son père, qui n’aurait de cesse d’avoir éliminé la « donneuse », fût-elle sa propre fille. 

 

 

Claude Danze

claude-danze.over-blog.fr

http://www.bandbsa.be/contes3/ailleursautrement.jpg


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Marie-Claire George en invité d'Aloys... un interview particulier...

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

http://www.babelio.com/users/AVT_Marie-Claire-George_6214.jpeg                                                                             http://fdata.over-blog.net/2/68/57/21/avatar-blog-1085559688-tmpphpQzYnHP.jpeg

 

Albert, le personnage principal des deux premiers romans d’Alain Bustin nous parle du premier ROMAN de Marie-Claire George : L’ombre d’Auriel.

 

- Alors Albert, toujours occupé à courir tes montagnes ?

- Oui, l’âge avance mais j’ai encore cette chance.

- Et ton second roman, La course de lumière ?

- Gros, gros carton…

- Et l’écriture ?

- Un super projet est en cours avec une surprise à la clé.

- Tu peux nous en dire un peu plus ?

- Une collaboration avec un photographe parisien de renom…

- Pas beaucoup le temps de lire, alors ?

- Bien au contraire, je lis pas mal pour le moment. Un peu trop même aux dires de la charmante dame qui s’occupe de mon ménage. À chaque fois, elle doit déplacer les six piles de romans qui m’attendent sous la table du salon…

- Récemment, un roman que tu as particulièrement aimé ?

- Oui, une fois de plus, gros coup de cœur pour celui de mon amie Marie-Claire George : L’ombre d’Auriel. C’est son premier roman après son bien sympathique recueil de nouvelles, L’ange gardien.

-  La raison de ce coup de cœur ?

- Une fois de plus, comme dans L’ange gardien, Marie-Claire m’a bluffé !

- Ah bon, pourquoi ?

- Au départ,  je me suis dit : Encore un roman dont l’histoire se déroule pendant la grande guerre… Je n’étais pas très chaud pour le lire car j’ai pas mal lu et vu à ce sujet, et des choses magnifiques comme Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline, La chambre des officiers de François Dupeyron, Les sentiers de la gloire de Stanley Kubrick, etc.  Mais Marie-Claire, c’est une amie. Alors, j’ai lu et j’ai…adoré.

- Tu peux préciser ?

- Ce n’est pas du tout un roman de guerre, bien au contraire, c’est une belle et grande histoire d’amour au sens large du terme. Dès le début du roman, il y a cette lettre d’amour… Si belle, bouleversante. Me voilà captivé.  A tel point que je suis rentré à fond dans le roman et qu’ensuite, je ne l’ai plus lâché.

- Et alors ?

- Une bien belle histoire, bien ficelée, évidemment très bien écrite et parfaitement documentée. Mais l’intérêt, c’est que tu remontes avec curiosité dans le temps pour te retrouver dans la peau de cette femme de l’époque, cette Félicie. C’est là que se trouve toute la richesse du roman de Marie-Claire !

-  Explique…

- Dans notre vie à tous, il y a le bien, le mal, les jours de joie et de tristesse, l’aspiration au bonheur vrai, celui qui passe par le partage et le pardon. Félicie, le personnage principal, c’est une cure de jouvence, une leçon de vie, un rappel des vraies valeurs, de celles qui font la lumière d’un parcours.  Cette lecture est d’une telle fraîcheur qu’elle ne peut que te rappeler le sens des vraies valeurs. Félicie, page après page, elle te donne une sacrée leçon. Sans se plaindre, sans gémir, elle est juste dans le don, dans l’amour. Tiens, je suis certain qu’elle devait avoir le sourire de Marie-Claire…

- Une conclusion Albert ?

 - J’espère qu’après la lecture du roman, les lecteurs verront  un peu plus le verre d’eau de leur vie à moitié plein et non pas comme souvent à moitié vide !

- Bien mystérieux, Albert ?

- Non, pas du tout. Le bonheur se trouve là, juste à tes pieds, il suffit de regarder. Pour le dire encore beaucoup mieux, voici une citation de Koan Zen : Ce qui te manque, cherche-le dans ce que tu as !

Merci Félicie, merci Marie-Claire 


Alain Bustin

alainbustin.over-blog.com

 

Marie-Claire George

lesjardinsdulivre.over-blog.com

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Marie Ladron de Guevara se présente !

Publié le par christine brunet /aloys

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Bio :

 

Marie LADRON de GUEVARA / CHELLE 38 ANS

 

Née le 10/09/1974 à Poissy (à côté de Paris), Marie évolue dans le milieu du cinéma en tant qu'habilleuse, toujours attirée par l'écriture, à la naissance de son fils, à 31 ans, elle signe son premier ouvrage : « Bébé, mes seins et moi » poussée par l'envie de partager son expérience avec d'autres femmes. En effet à travers ses écrits Marie tente d'aider les mamans à faire le bon choix pour elle : allaiter ou pas.

Aujourd'hui à 38 ans, elle continue son métier de costumière et suit une formation de scénariste  dans l'idée d'écrire son premier long métrage.

 

Résumé :

 

Ce petit guide d'allaitement décomplexé répondra à toutes vos questions.

Motivant et rassurant il vous accompagnera pour allaiter le plus « zenement » possible.

 

Un extrait ?

chelle.jpg

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Camille Delnoy se présente et présente son livre, Esquisses de ratures

Publié le par christine brunet /aloys

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«  Une immense tendresse pour l’humanité, tendresse désenchantée et inquiète, exprimée comme telle ou par la dénonciation ravageuse de ce qui la blesse et la détruit ; le doute ontologique, les grandes interrogations philosophiques et métaphysiques.

    Ceci, écrit avec une palette qui va du jeu de mots à la concision d’une maxime taôiste (qui serait admirablement traduite !), du sourire attendri au gros humour noir, gros comme l’horreur qui l’inspire, toujours dans une superbe maîtrise du langage, sonore, imagé et qui fait mouche.

    Chaque court poème est écrit sur une grande page blanche comme on présente sur une grande assiette blanche de petites bouchées raffinées aux couleurs savamment étudiées, à la saveur surprenante.

    Parmi ces cris (le mot cri d’ailleurs revient souvent) qui voudraient éveiller un écho, une seule note intime, sans doute un message destiné à la femme aimée ; pointe d’humour tendre qui allège et fait du bien. »

 

                                                                       Bernadette Lejeune

 

 

Qui est-il ? 

L’auteur, né à Bruxelles en 1955, issu d’un milieu pluriculturel et cultuel. N’a pas trop aimé l’école formateuse à la bien pensance. A beaucoup voyagé dans sa jeunesse, se consacre à l’écriture depuis 1991. Date de sortie de son premier recueil. Son écriture est à la fois un regard sur le monde et l’être dans ses dérives et ses incohérences.

Son livre chez Chloé des lys ? Esquisses de ratures, une prose poétique.

 

Allez, je suis certaine que vous êtes curieux... Vous voulez lire quelques  lignes de Camille Delnoy? Qu'à cela ne tienne... 

 

Dans un livre toujours

Subsiste

Des ombres

Des images en esquisses

De ratures.

 

Ce dernier ne sera

Qu’inachevé

Autour

D’une interrogation

Voire

Un chuchotement.

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Voilà une présentation très... originale de son nouveau livre que nous propose Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

 

http://www.bandbsa.be/contes3/enfantsjardinr.jpg

 

— Carine-Laure, devant moi ton second livre « Les enfants du Grand Jardin ». Je regarde la couverture, toutes ces têtes vides, ça m’intrigue…Je me souviens, cette histoire a une histoire, n’est-ce pas ?

— Oh oui ! Et la première surprise, ce fut moi lorsque tous ces mots ont commencé à s’imposer.

— S’imposer, tu veux rire ?

— J’ai l’air de plaisanter ?

— …

— Je raconte….C’était en mai 2009 et je venais d’aménager dans mon nouvel appartement. Un dimanche, le soleil se pointe. C’était un des premiers beaux jours, tu vois, on croit que tout est permis, que la vie commence, que tu vas t’éclater un maximum. Depuis quelque temps, j’avais envie de m’acheter un solex. Ne me demande pas pourquoi, une idée comme ça. Une mécanique à la mode ce solex, tu sais ?

— Si tu le dis, Carine-Laure…

— Tu plaisantes, Christine Brunet ?

— J’ai l’air de plaisanter, Carine-Laure Desguin ?

— Hou la la, c’est pas triste, sous ton toit !

— Continue, Bob Boutique attend de mes nouvelles pour le prochain actutvgoogle et crois-moi, j’ai un tas d’idées à lui suggérer, continue Carine-Laure ! Et ne triture pas ton verre comme ça, tu m’agaces !

— Je continue mais arrête de me bousculer…Bon, je disais que le solex, ça m’inspirait et que justement, je vois sur le net un rassemblement de solex prévu pour ce dimanche après-midi. Je file jusque là…

— Là ?

— Ben oui, là ! A Momignies, un village à quelques kilomètres de Chimay. Un endroit que je ne connaissais pas, je n’aime pas trop me perdre dans les campagnes et là, je te jure que c’est un grand carré d’herbes bien vertes. Après avoir demandé trois fois mon chemin, je vois des dizaines de voitures garées le long d’un chemin. Je me dis, c’est là. En effet. Une fermette et tout autour, de l’espace, avec des prairies…Une ambiance de village, des hommes et des femmes qui tripotent des barbecues…On vend des sandwichs, des saucisses, des frites. On boit du vin, de la bière. Des petits stands où des artisans proposent des produits locaux, des confitures, des flamiches, des coussins au patchwork, des aquarelles. On rigole, on boit. Beaucoup de gens se connaissent, ce sont des voisins, des cousins à la trente- sixième boutonnière…Je m’enfile un sandwich avec deux saucisses et plein de moutarde et je demande si c’est bien d’ici que part le groupe de solexistes. Alors, oh surprise…Non, ce n’était pas ici, non, on ne comprenait pas ce que je voulais dire…Zut et tant pis, je tourne autour des stands tout l’après-midi, j’achète des bricoles, je bois quelques bières. Au soleil, je me sentais bien. Je ne connaissais personne mais je disais bonjour, je souriais et les gens me répondaient. Sympathiques. Le soir, je rentre chez moi. Je râle un peu car les solex, j’aurais bien voulu les caresser, les essayer…

Le lendemain…

— Un lundi alors ?

— Bien, Christine ! Le lendemain, boum, ça commence à se bousculer dans ma tête…Je repense à ce lopin d’herbes vertes et une histoire se pointe…Ça ne m’arrangeait pas vraiment car j’avais commencé l’écriture d’un roman « Mademoiselle Lucas ». Dans ce roman, une jeune fille raconte son histoire et relit des pages de son journal intime, journal écrit d’une façon assez surréaliste. Et alors, impossible de me contenir, je lâche l’écriture de « Mademoiselle Lucas » et je commence l’histoire de ce roman que tu tritures entre tes mains, Christine Brunet.

— J’anticipe…Et cette écriture surréaliste employée pour le journal intime devient l’écriture de ta nouvelle histoire, c’est bien ça Carine-Laure ?

— Tu comprends tout, et vite ! Oui c’est ça…Dans ce grand jardin de je ne sais plus quelle rue de Momignies, j’ai imaginé des enfants venus de toutes sortes de foyers, des enfants abandonnés, des laissés-pour-compte. Deux monitrices —des fées— comme je les surnomme, initient ces enfants à la vie et au bonheur…

— Carine-Laure, excuse-moi mais tu sais que je n’y vais pas par quatre chemins…Ton écriture est bourrée de métaphores, on dirait que tu as inventé un langage…Pour un peu, je me suis sentie au beau milieu d’un livre très spécial…  « Les champs magnétiques » d’André Breton…

— N’exagère pas…C’est vrai qu’il faut respirer après chaque page, c’est un conte surréaliste écrit d’une façon surréaliste et…

— Tu as retravaillé ton texte ?

— Presque pas, justement, c’est du brut de brut ! L’histoire s’est écrite en quelques semaines mais j’ai hésité longtemps avant de la présenter à notre éditeur !

— Tu craignais ? Et je ne dis pas ça en rigolant, crois-moi !

— Oui, je craignais ! Qu’on ne me comprenne pas…Cette histoire se lit comme on lit une longue poésie, en laissant aller son imagination, alors…

— Carine-Laure, pourquoi as-tu laissé les versos tout à fait vierges ? Tu n’aimes pas les arbres ?

— Je m’attendais à cette question ! J’ai voulu que le texte soit aéré et

— Ça c’est réussi ! Au fait, pourquoi les prénoms des enfants sont-ils des noms de…

— Je t’interromps pour ne pas que tu dévoiles tout ! Les prénoms des enfants ? Je voulais qu’aucun enfant du monde ne soit oublié…

— Carine-Laure, merci à toi ! Voici un livre qui ne laissera pas indifférent les amoureux des beaux contes à l’écriture plus que surréaliste…Je relis ta quatrième de couverture : une écriture étonnante et chantante, ça pourrait être de la peinture abstraite, mais avec une belle densité d’images et de couleurs. Un certain temps pour se remettre les idées en place et les mots à l’endroit dans la tête. Heuuuu, je confirme !

« Les enfants du Grand Jardin »

http://carinelauredesguin.over-blog.com

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Publié dans présentations

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La Zone, un texte de Claude Colson

Publié le par christine brunet /aloys

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LA ZONE

 

Elle se tenait là, devant cette vision insolite : deux bagnoles cramées dans un quartier sordide, une rue vide aux façades tagguées,
peinturlurées. Ca dégageait une atmosphère presque irréelle.

La laideur, elle pensait.

Oui , la laideur des hommes. Cet aspect particulier mais incontournable de leur être.

Ici, c'était comme si la laideur était objectivée car les "sujets" n'étaient pas là. La rue était déserte.

Elle avait oublié le quartier de banlieue qu'elle venait de traverser, le contexte de ces vies confinées, condamnées au ghetto, l'incapacité
des hommes à mieux se partager les richesses de la terre.

Non, elle ne voyait plus que le produit de ce système, là devant elle : la noirceur du mur et les bagnoles rouillées.

Et elle, ne voyait plus que les hommes tels qu'ils sont et resteront de toute éternité : moches.

Elle n'oublierait plus ces voitures qu'elle apercevait du trottoir opposé dans le cercle déglingué, rouge vif, d'un débris de cabine téléphonique au premier plan de son champ de vision : celle-ci était à jamais dans sa mémoire.

 

Les tigres n'avaient plus qu'à sauter dans le cercle de feu.....

avant la tuerie.

http://claude-colson.monsite-orange.fr

 

Lena C. Colson

Publié dans Textes

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Carine-Laure Desguin a lu " Bientôt les jonquilles" de Marcelle Pâques

Publié le par christine brunet /aloys

desguin

 

 

« Bientôt les jonquilles » de Marcelle Pâques

Editions Chloé des lys, 2012

ISBN 978-2-87459-650-6

 

« Bientôt les jonquilles », c’est un éventail de ressentis. Danshttp://www.bandbsa.be/contes3/bientotjonquilles.jpg le jardin de son imaginaire, l’auteur décline à chaque page un sentiment d’une couleur différente et chacun de nous se retrouvera dans l’un ou l’autre de ces textes.

Des mots qui chantent, parfois…  « Qu’ils aillent se faire lonlaire.. »

Poésies féminines : « Elise tourne la page

                                      Et libère ses passions »

Poésies de la pluie et du beau temps : « Les cigales applaudissaient… »

Poésies qui bousculent : « Oser les chemins de traverse»

Poésies pleines d’humour : « La pie étourdie s’offre un dernier ver »

 

Si l’hiver se traîne et n’en finit pas, je vous conseille d’ouvrir ce recueil de poésies. Ces pages vous offriront une bonne rasade d’un renouveau, une décharge d’oxygène et vous vous sentirez pousser des ailes. Les libertés sont là, du côté de la page 21…

Et ne vous inquiétez pas, « bientôt les jonquilles » !

 

Carine-Laure Desguin

http://carinelauredesguin.over-blog.com

              

 enfantsjardinr

Publié dans Fiche de lecture

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Est-ce que ce monde est sérieux ? de Philippe Leclercq... un extrait...

Publié le par christine brunet /aloys

couverture3

 

Extrait du livre 


Assain frappe, comme un malade, dans le sac. Il décoche des coups de butoir dans cette saucisse obèse qui encaisse mollement. Il la fait tellement balancer, qu’elle gémit par l’anneau métallique qui la fixe au plafond.

Ça décuple son ardeur.

Il s’imagine qu’il cogne Sauveur, qu’il lui éclate sa petite gueule lisse et bien élevée. Les grincements du sac qui oscille deviennent des cris de supplication sous ses poings déchaînés.

Là, il vient de se taper trente minutes de corde 2x360 grammes, quinze minutes de  rameur à 150 watts, vingt minutes de musculation et trente secondes de Waow…

Me demande pas ce que c’est, je sais pas.

J’ai pêché ça sur le net.

Coco, l’entraîneur des boxeurs, le regarde à la dérobade depuis quelque temps. Qu’a-t-il donc à se démener ainsi ?

Son poulain, un déménageur de vingt-neuf ans, trois fois champion de la province, deux fois finaliste du tournoi des Jeunesses Nationalistes et cinq fois gant d’or à la kermesse aux Taureaux, enjambe les cordes et monte à l’instant sur le ring.

Il est beau comme un tracteur propre. Fier comme Artaban. Il semble très content d’être une brute, une plante ou une machine. Il fait rouler ses pectoraux en les contractant tour à tour.

Coco lui glisse deux mots pour le faire patienter. Il se dirige vers Assain, toujours en grande explication avec la vessie en cuir. En arrivant à sa hauteur, il risque de se prendre une droite enroulée destinée au sac.

Oh ! Marc ! Qu’est-ce qui te prend ? T’as trop de jus ce soir ?

L’inspecteur dégoulinant de sueur s’arrête, surpris d’être surpris. Il fait oui du nez, en se mouchant dans son gant.

Ok, j’aime ça. Eh bien, viens sur le ring, Manu a besoin de s’échauffer les poings…

Chouette ! Il en a marre de ce cadavre en couenne, incapable de riposter.

Cinq secondes plus tard, voilà les deux déréglés de la castagne face à face sur le ring. Ils ont enfilé le casque, tout de même.

Totalement inconscient, le flic se met en garde.

Je vais pisser un coup, lance Coco.

Puis, à son poulain.

Ne me l’échine pas trop, hein ?!

Et il disparaît en direction des waters.

Le gars, le Manu, il ne se méfie pas du tout. Pourquoi devrait-il, d’ailleurs ? Le poulet, n’est même pas boxeur.

A sa place, je me méfierais. Ce soir, le poulet est piqué aux hormones, élevé à la haine, aromatisé à la bave de venin de crotale.

Manu commence prudemment. Il lance quelques petits pif paf pas bien méchants. Assain fait un pas de retrait et lui gicle un jab sur la joue. Sans attendre, il plie les genoux, se casse en deux et lui décoche un droit fusé aux côtes flottantes.

Tu vas en baver, Sauveur ! lance-t-il.

Sauveur ? Mais qu’est-ce qu’il raconte, il s’appelle Manu, le gars.

Comme il se redresse pour préciser ce détail, futile, certes, mais identitaire, il se prend un slash du gauche, suivi d’un crochet du droit, ponctué d’un direct swingué à la mâchoire.

Ça va pas, non !

Attention, le champion prend la mouche ! Ça va chier pour le chieur ! Il entre dans le combat, fait la feuille face au prétentieux.

Mais Assain est intouchable, aujourd’hui. Un extraterrestre ! Le flic se figure, dans sa hargne héritée d’une journée de merde, qu’il est face au Médiateur Fédéral. Il va enfin pouvoir se libérer des multiples frustrations engrangées à son contact. Il n’a qu’une idée en tête : trouver une entrée dans la garde de son adversaire, lui bousiller les narines, tout en se réservant une sortie en cas de réplique.

Il se met à gesticuler du buste, comme Mike Tison, en avançant finement. D’un coup fulgurant, il lui décoche un uppercut du gauche qui lui décolle la sueur des cheveux, puis finit du droit avec un swing nucléaire au nez, qui explose sous le gant.

Bordel, Manu, qu’est-ce que tu fous ?

C’est Coco, de retour des chiottes.

Il n’en revient pas de voir son poulain à genoux, pisser le sang par les narines. Il est fou, ce type, il lui a esquinté son champion !

Assain est debout, en garde, fier d’avoir terrassé le champion de pacotille.

Il entend à peine les récriminations de l’entraîneur. Rien à foutre ! Il se glisse sous les cordes, sort du ring.

Ah ! Ça fait du bien !

Sans écouter les jérémiades de l’un et les imprécations de l’autre, il se dirige vers les douches.

« Ouf ! Ça va mieux, maintenant ! »

 

Il est déjà lavé, habillé et prêt à partir, que Coco est toujours en train de soigner le pauvre Manu, avec moult coton-tiges, pommade et glaçons…

Il est bien.

Soulagé.

Faut pas l’emmerder, Rhésus ! Quand il perd les deux, trois neurones qui lui donnent figure humaine, il devient une bête, une machine à démolir.

Vivement qu’il rentre chez lui !

Sa petite femme l’attend, toujours prête à lui éplucher la carotte, à l’accueillir généreusement entre ses jambes galbées. Il accélère…

Rien de tel qu’une bonne femme à la maison, à demeure. Toujours sous la main. Dès qu’il pointe le capot de la Mégane dans la rue, elle reconnaît le moteur et commence à se préparer. Rhésus adore la trouver à la cuisine, occupée à préparer le repas. Invariablement, elle a les fesses à l’air sous son tablier. Il doit à peine en écarter les pans pour glisser son boa brûlant entre les deux globes chauds.

Quel pied !

Ce qui l’excite le plus, c’est qu’elle continue de travailler, comme s’il n’était pas là. Il en fait ce qu’il veut, elle est à son service, comme une employée de maison, depuis des années.

Depuis des années…

Il la voit encore, la première fois qu’il l’a amenée chez lui. Il a dû tout lui apprendre. Elle ne parlait presque pas. Maintenant non plus, d’ailleurs.

Depuis, elle ne l’a jamais quitté.

Elle n’a pas intérêt.

 

Philippe Leclercq

Photo couverture leclerc

 

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