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« gcfghksxldfmwsdc » une nouvelle de qui ????

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

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«  gcfghksxldfmwsdc »

 

‘gcfghksxldfmwsdc’ se dit-il in petto ! En fait, c’est impossible à exprimer avec les lettres de l’alphabet puisque ce n’est même pas un son (il n’a pas de bouche), mais une pensée qui perce dans son subconscient sous la forme d’une onomatopée virtuelle.

 

On pourrait traduire par ‘tiens ?’, ‘comme c’est curieux’ ou ‘étrange’ .

 

Ce n’est même pas un bruit, puisqu’il est liquide et coule en silence. Un être humain le  confondrait avec des gouttes de pluie ou une tache de mazout, compte tenu de sa réverbération irisée.

 

Mais alors quoi ? C’est une sorte d’extra-terrestre ?

 

Même pas, puisqu’il vit au même endroit que nous, mais dans un espace-temps distant d’une infime fraction de nanoseconde, un univers parallèle où la vie s’est développée au départ de l’hydrogène et non pas du carbone. Peu importe. Il s’est produit une subtile vibration spatio-temporelle et hop, le voila qui débarque chez nous (une chance sur un milliard) …

 

En principe ça ne dure jamais longtemps, encore que son temps à lui soit atomique. Mais ne compliquons pas les choses…

 

«  gcfghksxldfmwsdc » se dit-il in petto, en tombant nez à nez dans un caniveau avec un vieux thermomètre brisé en deux. 

 

C’est que la goutte de mercure qui y reste collée l’attire d’une façon incroyablement émouvante. 

 

Il n’a jamais vu (barrons le mot, car il n’a pas d’yeux non plus), il n’a jamais connu un ‘autre’ aussi beau et d’une fluidité aussi ferme. Il existe bien sur quelques ‘autres’ très denses dans sa soupe primordiale, mais leur poids est insignifiant comparé à ce qu’il  découvre comme une révélation… celui-ci a une densité qui l’étourdit de sensations, le traverse d’infimes vaguelettes de plaisir et le gonfle de désir.

 

Le voilà qui roule comme une minuscule boule gélatineuse, vibrante de sentiments condensés, vers l’orifice du tube en verre où, comme attiré par un aimant,  il s’infiltre d’un jet amoureux vers le liquide gris d’où n’émane pourtant aucune pensée d’union, rien sinon… une indifférence totale.

 

C’est déjà fini. Ils n’ont même pas eu le temps de se mélanger. Un frémissement de l’espace-temps l’a soudain ramené dans son univers parmi les autres liquides.

 

Mais il ne reluit plus, s’étale comme une vieille flaque et ne révérbera plus jamais les couleurs de l’arc-en-ciel.

 

Notre univers est insondable et dangereux.

 

 

Mais qui a écrit cette nouvelle ? Qui ???????

 

Publié dans auteur mystère

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Chez les Maussades, un texte de Georges Roland

Publié le par christine brunet /aloys

 

rolandtete

 

 

Chez les Maussades

Le nationalisme est une maladie infantile.

 C'est la rougeole de l'humanité.

Albert Einstein

 

Maître Tancrède, depuis la jetée de Telle la Vive, fait de grands signes vers le navire de Gothelon. Le roi s'est posté sur la proue de la barge réale, et scrute l'horizon comme un capitaine au long cours. Il porte une main en visière sur le front, et constate que personne d'autre n'est présent pour l'accueillir, que son conseiller. Les Maussades le battent froid depuis qu'il leur a interdit de contre-attaquer les bandits Salibiens qui razziaient leurs villes. On a frôlé l'incident diplomatique. C'est qu'ils tiennent à leur terre, ces gens ! Il l'ont gagnée à la force du poignet, et maintenant qu'ils y sont installés, ce ne sont pas les frasques d'une bande de bandits barbus qui vont les en déloger. De la barbe, les Maussades s'en font pousser avec assez de verve, pour permettre qu'un autre, hein, ne les rase !

De plus, ils n'aiment pas beaucoup se faire rabrouer par autrui, pas même par Gothelon. Afin d'obtenir l'autorisation d'escale chez eux, il a dû promettre de faire célébrer le nouvel an maussade dans tout son royaume, en vouant chaque vendredi saint un cierge amoché (peu importe lequel).

Ce geste n'a pas suffi. Il a encore fallu leur remettre deux générales et un capitaine d'industrie avéré, pour voir dans leurs yeux un soupçon d'aménité.

Forts de ces nouvelles recrues d'élite pour leur armée, ils ont enfin baissé pavillon, et se sont bornés à quelques pieds de nez de belle facture à l'encontre de leurs ennemis. C'était là le moins à leur autoriser.

Gothelon, toutefois, les sent rancuniers. Non contents de cracher dans la main qui avait nourri leur avènement, il jurerait qu'ils lui en veulent encore.

 Sans doute, en guise de protestation, ont-ils décidé de laisser l'allié sudiain se ravitailler chez eux, mais de ne pas lui témoigner de joie excessive lors de son passage. Ce serait bien dans leurs mœurs. Lors de sa croisade, Gothelon avait remarqué chez eux une neutralité affectée, un peu trop condescendante pour être vraiment sincère. Comme pour lui dire : « Nous, si on y va, ce ne sera pas pour des prunes ! ».

Ces gens sont redoutables d'efficacité. Sur le terrain comme en affaires, d'ailleurs. Parce que, pour parvenir à lui piquer ses deux meilleures générales, et à lui faire allumer un cierge chaque année à date fixe, lui, le roi incontesté, il faut être gonflé à l'hélium ! Et c'est encore Gothelon qui doit dire merci. Un comble, pour un souverain de sa prestance !

Accroché à l'étai de la voile maintenant amenée, le roi regarde le Fleuve au loin.

Il a d'autres préoccupations que les témoignages d'amitié des Maussades. Ce que va lui dire Tancrède est d'une importance bien plus grande. Si ce Benoît de malheur a refusé, qui va-t-il bien pouvoir présenter à Éléonore ? De plus, ce sera la preuve que le contrôle du territoire des Montagnes lui échappe. Ça, ce serait la mauvaise nouvelle ! La flambée des prix qui résulterait d'une rupture des échanges économiques privilégiés signifierait la fin de la félicité des Sudiains, et le fiasco de sa politique. Peu réjouissant, tout ça. Mais ce ne sont que des conjectures calamiteuses.

Il est le premier à emprunter l'échelle de coupée pour rejoindre l'espion sur le quai. Tancrède se précipite à sa rencontre, et se prosterne, mais le roi n'a que faire du protocole :

Et Benoît ? Est-il disposé à épouser ma nièce ?

Tancrède se penche sur l'épaule du roi, et lui murmure :

Je vous en prie, majesté, plus bas. Ne citez pas de nom. Même les planches de ce quai sont truffées de capteurs. Il vaudrait mieux s'éloigner.

Puis, à la cantonade, sur un ton jovial et respectueux :

Puis-je vous inviter à prendre une collation chez mon excellent ami Kopek du Rouge Écu, qui habite à deux pas et sera ravi de vous nourrir ?

Gothelon, un peu déconcerté par cet accueil, regarde pensivement les poutres massives du quai. Des capteurs ? Sous ses pieds ? Avec des espions maussades à l'autre bout du fil (s'il y en a un) ? Chacune de ses paroles enregistrées, manipulées, divulguées, extrapolées, passées en boucle sur Internet ? Il y a des caméras, aussi ? Peut-être passe-t-il en temps réel sur la deuxième chaîne !

Il rentre la tête dans les épaules, et suit d'un pas lourd, le chemin que lui ouvre son espion favori. Au passage, il fait signe à ses chevaliers toujours embarqués, de l'attendre et de se trouver une occupation jusqu'à son retour. D'un bloc, les paladins se retournent, avisent quelques jeunes filles qui étendent leur linge sur une drisse, entre le mât et le bordage, et se ruent à l'assaut avec des cris de veneurs.

La maison de maître Kopek n'a rien d'une masure. Elle doit être cotée en Bourse, tellement elle en impose. Soixante hectares de vignes sur un coteau calcaro-crayeux exposé au sud-ouest, une oliveraie avec première presse à froid incorporée, entourant une demeure de caractère digne d'un château du bord de l'Ais1, c'est la retraite du bon dieu en pays de Cocagne. Château l'Ange et l'Usse, si vous voyez.

Le propriétaire accueille ses hôtes avec onction, se frottant les mains comme un jésuite. Ce geste n'échappe pas à Gothelon, et ne manque pas de l'inquiéter. Qu'est-ce que c'est que ce rastaquouère ? Un espion ? Tancrède est-il en train de me doubler ? J'aurais dû amener au moins un évêque et un mire, histoire de me garantir des témoins.

Le sourire mielleux de maître Kopek ressemble à une tranche de pastèque : juteux, rose perlé de petites dents blanches et jaunes, et ourlé de deux lèvres verdâtres.

Heureux de vous rencontrer, monseigneur, s'incline-t-il. Soyez le bienvenu dans ma modeste demeure.

Modeste, modeste, siffle le roi, c'est vous qui le dites, mon vieux ! Vous m'en mettrez une douzaine de pareilles, pour loger mes concubines. Pas vrai, Tancrède ?

Puis-je vous offrir un rafraîchissement, s'enquiert Kopek, je viens d'acquérir une bonbonne de bourbon bourbé provenant des îles. Un nectar. Vous aussi, Tancrède ?

  Non, non, arrête du geste Gothelon, Tancrède ne boit pas. Il reste sobre.

Tancrède en reste plutôt sombre. Un petit coup de bourbon millésimé ne lui fait pas peur. Tant pis : il se rabat sur un jus d'olives dont il dissipe la viscosité par un trait de moût de raisin.

Je vous retiens à déjeuner, décrète le maître des lieux. J'ai réceptionné ce matin un arrivage de carpes du Fleuve, encore toutes frétillantes. Farcies à la purée d'avocats de Telle la Vive, c'est un régal, tant pour les yeux que pour le palais. Je donne des ordres de ce pas.

Gothelon, un peu dépassé par les évènements, se penche vers Tancrède :

On peut se fier à lui ?

J'en réponds comme de moi-même, assure Tancrède, la langue un peu empâtée de jus d'olives. Il est mon principal informateur ici. Il doit toute sa fortune aux largesses du Comité.

Je me disais aussi ! En somme, je suis chez moi, dans cette propriété.

Exactement, seigneur Gothelon, vous êtes chez vous.

Des micros ? Des capteurs ? Des caméras ? s'inquiète le roi avec un regard circulaire.

– N'ayez aucune crainte. Ici, tout est net. Les caméras sont les nôtres.

 

(extrait de « Le coup du clerc François » éditions Chloé des Lys)

1Petite rivière à truites prisée par les bourges

 

Georges Roland

www.georges-roland.com

Publié dans Textes

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Les éclectiques libertés, 1er prix de poésie Prom-auteur pour Carine-Laure Desguin !

Publié le par christine brunet /aloys

 

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Hello, bonjour tout le monde !

 

Le site pro-auteurs vient de décerner le premier prix de poésie moderne de leur tout premier concours ….

On demandait un texte non-conventionnel, plein de créativité et de paquets de sottises….

 

Vous comprenez …c’était gagné pour moi …

 

Mon texte Les éclectiques libertés s’est accroché au drapeau du premier prix ! Oui ! Oui !

 

Un doux et tendre merci aux capitaines de Prom-auteurs qui, en me fleurant en plein pistil cette jolie étoile effilante, décapsulent toute rigidité de pensées métalliques … Que mes mots déboussolés s’enflèchent dans les herbes des neurones libertaires et s’infiltrent, cramponnés à des nuages de chiffons, dans toutes les petites maisons de papier bleu et rose…

 

                                 

 

 

 

  Les éclectiques libertés.

                   

 

Un matin de printemps bleu,

Quand la lumière décapsule les argiles,

Et que les elfes s’étoilent sur les feux,

Aux vents, un tampon de tissu indocile,

Eclabousse les aurores caillouteuses.

 

Vers quels cieux ondules-tu, tampon indocile ?

Demandent incrédules les points d’interrogation.

Tu transperces les frontières, tu disloques les trognons,

Tu te moques des virgules et des points d’exclamation,

Tu désarçonnes les lambdas, tu dépoussières les chlorophylles,

Tu déranges les oignons et les points de suspension !

 

Le tampon indocile égrène ses rictus…

Il se moque des frontières et les ordres, il les suce !

De rideaux de fleurs, de paroles et de souffles,

De lettres algèbriques, et de pinces à linge,

Sur les champs de libres pensées,

De l’étoile d’azur jusqu’au sourire de la Grande Ourse,

Sur les échelles des firmaments,

Ses couleurs allumées d’amour,

Caracolent entre les vignes des péninsules,

Et glissent,

Solaires,

Vers

Les éclectiques libertés.

 

                                    Carine-Laure Desguin, vendredi 02 septembre 2011.

                                    Auteure de RUE BARAKA ( éd. Chloé des lys)

 

http://carinelauredesguin.over-blog.com/

Publié dans Poésie

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L'invité d'Aloys est Philippe Couillaud

Publié le par christine brunet /aloys

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Philippe m'a proposé cette nouvelle lors du concours pour "les petits papiers de Chloé". trop longue, il a dû revoir sa copie... Vous vous souvenez ? Je vous la propose aujourd'hui...             

 

 

 

 Je vous croyais mort, enfin, ce sera pour une autre fois. Mais n’y revenez pas. J’ai horreur des ratés. Vous êtes ici pour réussir brillamment votre passage à l’état réel de mortel. Reprenez-vous, que diable ! Lors du dernier changement de gouvernement, suite à la victoire du F.N.M.L. (le front national de la mort libre) il a été institué une semaine de formation à l’acte de libération suprême.

              Vous n’ignorez pas que notre université depuis une décennie occupe le premier rang de la cause mortifère. J’en veux pour preuve l’inauguration de la plus grande nécropole jamais réalisée jusqu’à présent. Nous avons atteint le seuil du milliard d’inscrits. Le tout obtenu grâce à l’extraordinaire méthode du C.A. (compactage absolu) qui réduit un corps humain à la taille d’une cellule, elle-même confinée avec ses semblables dans des éprouvettes congelées. Nous avons ainsi obtenu la mort éternelle. Vous rendez-vous compte ?

              Pensez au gaspillage lorsque les guerres étaient l’unique moyen d’abattage. Je n’évoquerai pas l’époque du « ARBEIT MACHT FREI » devise infamante et mensongère pour tout être humain conscient du devenir de la chose mortifère.

              Un nouveau faux pas nous obligerait, en fonction des textes déposés dans le tabernacle des trois religions monothéistes habilitées à nous gouverner à procéder au prélèvement de vos deux enfants. Dieu vous regarde, mon cher et vous ne pouvez vous soustraire à son divin désir.

 

Philippe Couillaud


 

Une petit biographie...


Philippe Couillaud vit à Bordeaux où il exerce la profession de travailleur social. Des carnets de bord plus ou moins égarés sont le domicile de son écriture, mode d'expression le plus libre possible. Il lui arrive d'émigrer vers des ateliers d'écriture. Soucieux du monde qui l'entoure et l'interroge, Philippe Couillaud cherche, par l'écriture, à transcrire ses émotions et ses idées. 

 

Son roman, "Une pluie fine et grise", est paru aux éditions du Pierregord en 2011.

Publié dans l'invité d'Aloys

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Femme de rêve... un texte de Karl Chaboum

Publié le par christine brunet /aloys

 

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Femme de rêve : Non merci !

 

Pourquoi toujours chanter :

« Oh! la femme de mes rêves » ?

 

Regardez par exemple ce couple de trisomiques qui se grimacent face à face. Non, ils s’échangent de doux regards, se trouvent beaux.

Cet autre, joueur de soccer, qui tient une naine par la main. Il a tout à coup envie de l’embrasser. Il la monte dans ses bras et y va à la hauteur de ses envies tandis qu’elle trépigne de ses petites jambes.

Et ce veuf âgé qui lorgne la bonne jeunette affairée à son ménage. Lui de se languir sans appât alors que la vieille d’en face soupire après lui depuis que sa femme est morte.

Cette femme, beauté rare, grande vedette, à l’humeur  exécrable, vaniteuse à l’excès, eut un jour un accident d’auto qui la défigura en un instant. Quelques mois plus tard, à se regarder dans le miroir, beauté fatale disparue, mais entendant ses amis la complimenter : « Oh ce que tu es douce ma chérie, tu nous charmes rien qu’à nous écouter. »

 

Cessons de vivre dans des rêves, la loterie du désespoir. La rêvalité est en face de nous, dans nos mains. Si malgré tout, le rêve nous hante, allons dans un parc, étendons-nous sur un banc en dévisageant le ciel : elle apparaîtra et nous caressera… pour finalement, nous bercer dans la balançoire du réel et de l’irréel.

 

À l’attention d’une mentor(2) très déçu(2) d’avoir raté l’occasion de saisir l’étalon ci-dessus pour l’incorporer à son écurie.

 

 

Karl Chaboum

www.motzart.ca


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Pour un ami défunt, un poème de Claude Colson

Publié le par christine brunet /aloys

Pour un ami défunt

 

 

 

Vingt ans durant je l'ai croisé ;
Il est revenu en rêve cette nuit
Où au Cantal des Volcans je suis.
Alors, à lui j'ai repensé.
 
Le colosse au coeur tendre
Qui dès le début m'a aidé
Quand un furieux m'a harcelé,
 
Le bougon, le bourru,
Désagréable parfois, pour cacher l'émotion,
Le fragile, le discret, l'Homme, au fond,
Le bâtisseur aux mains nues.
 
Ce quelque chose en lui de pantagruélique !
Ce géant au regard d'enfant
Lorsqu'un propos, souvent, venait le sidérer :
Oeil pétillant, sourire content, ingénu, attendant que j'explique.
 
Le dévoreur de vie,
L'attentif aux petits,
Avec - bien sûr - ses défauts aussi.
 
Toi, de six ans mon aîné,
Toi qu'on devait aimer
Dès lors qu'on savait te regarder.
 
L'ami, comme je t'ai vu
J'essaie de te dire ici,
Comme dans mon rêve je t'ai perçu aussi.
Toi qui avec d'autres m'a fait moi ;
 
Je crois même que l'interlocuteur cette nuit revu,
Parlant avec moi de lui, eh bien, c'était toi.
 
Il me dit dans mon songe, alors que l'émotion m'étreint :
 
" Son volcan s'est éteint".

 

 

Claude Colson

claude-colson.monsite-orange.fr

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Ma femme est possédée, une nouvelle d'Alain Magerotte

Publié le par christine brunet /aloys

Alain

 

MA  FEMME  EST  POSSÉDÉE…

 

C’était le 4 juin. Il faisait chaud, très chaud même. Aussi, nous avions décidé, ma femme et moi, de déjeuner sur le balcon. Un parasol nous protégeait des rayons brûlants du soleil. Après le repas, nous nous étions laissé gagner par une douce torpeur favorisée par la digestion et les bonnes senteurs en provenance des jardins avoisinants.

Il devait être près de quinze heures. J’étais affalé sur une chaise pliante, la chemise bâillant sur mon torse blafard. Ma femme, adepte de la bronzette, se prélassait sur un transat. Soudain, de son GSM, retentit le célèbre riff de Satisfaction.  

Confuse, ma femme se leva, me lança un regard furtif avant de se précipiter dans le salon pour prendre la communication.

Poussé par une curiosité inhabituelle, je me penchais par-dessus le parapet. En bas, tout était tranquille et paraissait somnoler. Le temps prenait du bon temps. J’allais déserter de mon poste d’observation quand le manège d’un type attira mon attention. Il faisait les cent pas, un GSM greffé à l’oreille, dans le square situé en face de notre immeuble. Tantôt l’inconnu disparaissait derrière une haie, tantôt il s’en éloignait et regardait de façon ostentatoire dans ma direction.

De mon perchoir, je pouvais juger qu’il était grand, brun et, assez baraqué… il m’était cependant difficile de distinguer ses traits avec précision. Mais était-ce vraiment important ? Non, car je savais l’essentiel en établissant le lien entre cet homme et ma femme.

Je n’avais ni la gorge nouée, ni les jambes tremblotantes, et ne présentais aucun autre symptôme que pareille découverte provoque d’ordinaire. J’éprouvais même un sentiment de… satisfaction !

D’une allure détachée, je pénétrais à mon tour dans le salon. Ma femme terminait sa conversation. A ma vue, elle agita la main en guise d’éventail tout en se plaignant de la chaleur à haute voix. Ensuite, dans un flot de paroles dissimulant mal son embarras, ma femme prétendit que c’était sa mère qui venait d’appeler; elle me remettait son bonjour. Sa mère ? Et quoi encore ?...

Nous retournâmes sur le balcon afin de débarrasser la table. Ma femme secoua la nappe par-dessus le parapet. Quatre coups secs… que j’interprétais déjà comme un code échangé avec le grand brun baraqué qui devait toujours être en faction dans le square.

Le soir, à l’heure du dîner, ma femme toucha à peine à son assiette. Elle avait perdu son bon appétit. Un signe qui ne trompait pas. Je fis mine de m’en inquiéter.

« Je vais me dégourdir les jambes, j’ai besoin d’air, soliloqua-t-elle, je ne serai pas longue à revenir. »

Me dégourdir les jambes… mais oui… une fois à l’extérieur, j’imaginais ma femme courant, à en perdre haleine, se jeter dans les bras du grand brun baraqué qui l’avait bel et bien envoûtée.

Ma femme m’entraînait dans la ronde des fallacieux prétextes pour retrouver son amant. Tant qu’elle donnerait le change, je serais coincé et ne pourrais donc me débarrasser d’elle. Comment faire ? Je manquais d’idées et m’armais, dès lors, de patience.

Peut-être qu’un programme à la télé m’inspirerait. Je l’allumai et tombai sur une émission présentée par un type aux allures de gendre idéal. Il y avait un public et des invités mis à l’avant-plan.

Le sujet traité apparaissait sur un bandeau dans le bas de l’écran : Peut-on aimer deux êtres à la fois ?

Pour moi, la réponse était «non» et je n’avais aucune envie d’écouter le vibrant plaidoyer d’une jolie rousse capable, prétendait-elle, de supporter pareille charge émotionnelle. Je zappai et découvris un documentaire animalier où deux cerfs majestueux croisaient les bois pour les beaux yeux d’une biche. Je ne me sentais pas davantage concerné. Mon combat était, bien sûr, ailleurs…

J’entendis que l’on donnait un tour de clé à la porte. J’éteignis aussitôt la télé. Ma femme était de retour. Elle s’assit dans le canapé du salon. Je la sentais tendue et lui proposai de boire quelque chose. Son entrevue avec le grand brun baraqué se serait-elle mal passée ?

« Un café bien serré » répondit-elle.

Ma femme buvait par petites gorgées. Elle avait le regard fuyant. Quand elle déposa sa tasse, elle dit se sentir fatiguée. Elle gagna ensuite la salle de bains. Je demeurai, pensif, dans le salon.

Devais-je encore partager la couche avec ma femme ? Vu le contexte, n’était-ce pas devenu incongru ? Le contexte… le contexte… je n’étais pas censé savoir. Si je décidais brusquement de faire chambre à part, je déclencherais aussitôt une tension. J’ai toujours appréhendé les tensions. Elles sont les prémices de grandes tempêtes qui occasionnent d’inévitables dégâts collatéraux. Or, je voulais en sortir indemne coûte que coûte !

Ma femme sortit de la salle de bains, j’y entrai à mon tour.

Après m’être rafraîchi, je gagnai la chambre. Ma femme était couchée sur son côté droit. Elle me tournait le dos. Elle dormait déjà, du moins le faisait-elle croire, fuyant ainsi les confidences sur l’oreiller. Une occasion manquée.

Le lendemain, le soleil était à nouveau de la partie. Nous prîmes, ma femme et moi, le petit-déjeuner sur le balcon. Je m’étais levé de bonne heure pour aller chercher des croissants. Le square se trouvait sur le chemin de la boulangerie, je l’avais traversé d’un pas alerte. Au retour, je croisais la bigote du dessus qui promenait son chien. Elle m’apprit qu’elle avait surpris ma femme, la veille au soir, en compagnie d’un grand brun baraqué. La sollicitude d’autrui m’épatera toujours.

Elle me parla d’une altercation entre eux. Plutôt contrariant ! Une altercation qui éclata à un endroit qu’elle m’indiqua avec une précision de géomètre. Je pris l’air sous-entendu de celui qui était au courant puis m’excusai de ne pas pouvoir m’attarder, car j’avais beaucoup de choses à faire aujourd’hui.

Tout en trempant mon croissant dans ma tasse de café, les paroles de la bigote du dessus me revinrent en mémoire. Une altercation ! N’était-ce pas exagéré ? Le grand brun baraqué, à n’en point douter, était du genre nerveux, excessif, volubile… ses va-et-vient incessants dans le square en attestaient. Quant à ma femme, étant sous son emprise, elle se mettait au diapason.

Et si la voisine disait vrai ? Je me souvenais que ma femme était rentrée perturbée de son rendez-vous. Je regrettais de ne pas avoir poussé la curiosité plus loin au sujet de l’altercation… à bien y réfléchir, j’étais peut-être la cause de celle-ci... parce que ma femme ne pouvait se résoudre à rayer d’un trait vingt ans de vie commune… pire, parce que ma femme était prête à mener une double vie et tentait d’en imposer l’idée au grand brun baraqué ! Cette idée m’effrayait, me terrorisait même. Je ne pouvais décidemment pas lui faire confiance…    

Je fus tiré de mes réflexions par la sonnerie du GSM de ma femme qui déserta à nouveau le balcon. Les appels se multipliaient; l’insistance grandissait donc et moi, je tournais en rond.

O.K., ma femme était possédée et il n’était pas question d’avoir recours à un exorcisme… suis-je bête, mais si, au contraire ! Comment n’y avais-je pas songé plus tôt ? En parlant d’envoûtement, d’emprise, je tournais lamentablement autour du pot et maintenant voilà que, subitement, je la tenais enfin cette satanée idée, y avait plus qu’à la développer…

Je décidais sur le champ de rencontrer l’un de ces sauveurs d’âmes tourmentées. Bien entendu, je ne croyais pas une seconde aux «vertus» d’une telle démarche.

Je fus reçu dans le bureau d’un homme de foi. L’endroit était spacieux. Un énorme crucifix trônait au centre du mur principal qui me faisait face. De longues tentures rouges encadraient une porte-fenêtre devant laquelle pendaient des rideaux immaculés.

L’homme de foi commença par s’inquiéter de savoir si j’étais croyant. Je lui dis que oui, évidemment. Une croyance activée, précisais-je, par ce qui m’arrivait. Je n’aurais pas dû relever ce détail. Une surenchère enfantine.

L’homme de foi ne sourcilla pas et demeurait de marbre. Il me demanda de raconter mon histoire.

Pendant la relation du récit, l’homme de foi était plongé dans une profonde méditation. Le front soucieux, les yeux plissés et les mains jointes, il m’écouta jusqu’au bout sans m’interrompre.

Quand j’eus terminé, il demeura prostré durant un moment. Cela ne me dérangeait pas car je n’attendais rien de lui. Il me servirait juste de témoin. Je mis à profit son silence pour affiner le plan qui mûrissait dans mon esprit. Un plan qui me permettrait de recouvrer bientôt une liberté totale…

L’homme de foi sortit de son mutisme en me disant que l’adultère n’était pas encore considéré comme un cas de possession mais, vu le retour en force des croyances et le nombre croissant d’hommes et de femmes trompés, la question était plus qu’à l’ordre du jour dans les hautes sphères religieuses. En attendant, il m’incita à prier très fort et beaucoup. C’était, paraît-il, d’un grand secours moral.         

Je lui demandai de me guider dans le choix des prières et manifestai aussi mon intention de me procurer un livre qui en contiendrait un maximum au cas où je devrais forcer la dose.

Satisfait de ma détermination, l’homme de foi insista encore sur le fait qu’il n’existait pas meilleur remède à mon tourment; que la prière valait tous les antidépresseurs et autres absurdités qu’on faisait gober aux gens. Il ouvrit enfin un tiroir duquel je le vis extraire un épais recueil. Dans celui-ci, ajouta-t-il, je ne trouverais pas mon bonheur, mais retrouverais le bonheur ! La nuance était de taille.

Je remerciais vivement l’homme de foi qui jugea bon de préciser qu’il ne me faisait pas don du recueil mais qu’il me le consentait en prêt… sans intérêt, fit-il, pince-sans-rire.

Je pris congé de l’homme de foi. Sur le chemin du retour, j’effectuai un crochet par la ville. Je connaissais de vue un magasin spécialisé en articles religieux. Il était situé dans une rue piétonnière très fréquentée.    

Je sortis de la boutique flanqué d’un gigantesque crucifix. Profane en la matière, je pensais qu’il y avait une corrélation étroite entre la taille de la croix et la ferveur religieuse de celui qui la possédait.

En entamant les premières marches de la cage d’escalier de l’immeuble, je souhaitais ardemment croiser la bigote du dessus. Je savais qu’elle ne prenait jamais l’ascenseur parce que le toutou souffrait de claustrophobie. J’étais certain que mon chemin de croix lui ferait réviser son jugement à mon sujet; elle qui me considérait comme le dernier des mécréants. Mon vœu fut exaucé et la lueur de compassion saisie dans le regard de la bigote me conforta dans l’idée que je venais de me faire une alliée.

Comme je le supposais, ma femme était absente. Cela m’arrangeait pour mettre mon dispositif en place.

Je commençais par occulter la pièce en fermant les tentures. Ensuite, j’allumais des bougies, toujours utiles en cas de panne d’électricité, que je plaçais autour du fauteuil dans lequel je m’assis; le recueil posé sur l’accoudoir, à portée de la main gauche, et le crucifix maintenu debout, serré entre mes genoux. J’attendis le retour de ma femme, prêt à déclencher une violente crise de mysticisme. Au mieux, prise de peur panique, elle me quitterait sur le champ sans espoir de retour, au pire, je lui assénerais un solide coup de croix sur le crâne. L’homme de foi et la bigote du dessus imploreraient la clémence pour un pauvre pécheur qui, désespéré, quémanda une intervention radicale de Jésus-Christ, notre Seigneur, pour sauver des griffes du démon la femme «qu’il aimait par-dessus tout». Je ferais un bref séjour dans un asile avant de recouvrer la liberté… la vraie, la totale !  

Je fus réveillé en sursaut par les cris de ma femme. En effet, fatigué de l’attendre, je m’étais assoupi, relâchant ma prise sur le crucifix qui chuta, renversant au passage les bougies qui boutèrent le feu au tapis du salon.

 

L’infirmière entra dans la chambre, ma femme sur les talons. La première m’informa qu’elle repasserait après les visites pour prendre ma température puis s’éclipsa. La seconde me baisa le front et, tout en caressant mon bras, me demanda comment je me sentais. Bien, lui répondis-je avant de lui demander ce que je fabriquais dans cette chambre d’hôpital.   

Ma femme m’expliqua alors que j’avais été victime d’une «méchante» insolation suite à une exposition intempestive au soleil. Penché au-dessus du parapet du balcon, je m’étais écroulé d’une pièce. Par chance, je chutai du bon côté. J’aurais pu basculer dans le vide…

Je fus transporté à l’hôpital dans un état proche du coma. Heureusement, j’avais été très bien soigné. Le toubib n’allait d’ailleurs pas tarder à venir faire un topo de la situation. Elle avait à peine terminé sa phrase que le grand brun baraqué fit irruption dans la chambre et se présenta en tant que médecin-chef de l’hôpital !

A cet instant, le GSM de ma femme retentit. Elle s’excusa et sortit pour prendre la communication. Lorsqu’elle réapparut, elle me dit que c’était sa mère qui, pour la énième fois, venait aux nouvelles. Sa mère ?... Et quoi encore ?...

En attendant, j’étais mal et ne savais plus à quel Saint me vouer pour me débarrasser de ma femme !

 

Alain Magerotte

Publié dans Nouvelle

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C'est un soleil, un poème de Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

desguin

 

 

C’est un soleil …

 

C’est un soleil, c’est une fleur,

C’est le facteur,

Un matin de printemps,

Annonciateur,

Des pétales de joie,

Des corolles, couronnes

En sucre d’orge,

Des pistils, saveurs

De pain d’épice.

C’est un soleil, c’est un papier

D’amour que des mots

Doux, printaniers,

Tout le long de l’année,

S’avancent entre les feux,

Capricieux, ténébreux,

Et chancellent,

Légers souffles,

Devant les lumières

Roses et belles,

De la bonne nouvelle.

 

 

Carine-Laure Desguin 

carinelauredesguin.over-blog.com

Publié dans Poésie

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Béatrice Bertieaux : La poésie. Un jardin. Pas si grand. Un mouchoir de poche

Publié le par christine brunet /aloys

 

Béatrice Bertieaux était d'accord pour un interview... Je lui ai posé mes questions... J'étais loin de m'attendre à sa réponse...

 

Je vous livre son texte sans rien y ajouter... que le plaisir de le relire encore...

 

 

 

 

http://www.bandbsa.be/contes2/bertieaux2.jpg

 

 

 

 

 

Depuis quand écrivez-vous?

 

Ce pourrait tout aussi bien être hier comme pas encore.  Lorsque j'écris, je suis cette autre.

La Poésie. Un Jardin. Pas si grand. Tout juste. Un mouchoir de poche. Rattrapé au P'tit Bonheur d'un recueil. Au hasard d'allées et venues de paroles. De départs et de retours. De lits de fleurs. De baisers. Du lilas de la glycine. De chardons et d'orties.

 

De peines à en mourir.

 

Ce pourrait tout aussi bien être un cagibi. L'on est la page. Un froncement de sourcils. Des embruns sur la couverture d'un livre.

 

Un songe. Celui d'un autre.

 

Ce pourrait tout aussi bien être. Mon atelier. Des dizaines de carnets éparpillés sous une armoire. Dans quelques tiroirs. Collés au plafond. Derrière un masque. Sur le front de ma poupée. Une boîte de feutres colorés. Des monticules de brouillons surchargés.

 

Des fourmis travailleuses. Des cahiers qui se feront oublier.

 

 

 

Pourquoi?

 

La Poésie s'enlove par le vent rassurant d'hiver. Ces soirs si froids. Quand la rêverie est si pleine. Quand  l'on est décidément cette autre.

 

 

Ce pourrait tout aussi bien être ces p'tits papiers de comptoir. Le rinforzando des silences. Des lettres rouges écrites sur un poignet. Des p'tits bonshommes maigres dessinés à même la paume pour se souvenir. Se souvenir des petits cœurs. Tous ceux-là s'éclairent à la lueur des bougies, au feu dans l'âtre. Dans ma maison tout là-bas du bord du lac.

 

 

Tu la connais, dis? Cette intimité? C'est ici que je te reçois lorsque tu me lis.

 

 

 

Un déclencheur?

J'écris de long en large. Multitudes insectes de tracés. D'arabesques. De ratures pour ne garder que l'essentiel. Le silence intuitif. Une pensée. Qui déjà n'est plus tout à fait la même. Ni tout à fait une autre.

 

 

 

Des poèmes? Des romans? Des nouvelles?

Ce pourrait tout aussi bien être un souffle. La rive d'une larme. Le bord d'une ligne. Une illusion. Comme un enfant qui sait mais qui fait semblant. Et même qu'à force de faire semblant …


 

Que vous apporte l'écriture?

Une poignée de sourires. Une étreinte de cœurs. Un lien entre étranges étrangers. Ces toujours inconnus. Une ivresse. L'abandon dans sa nudité ardente.

 

 

 

Décrivez-moi votre univers littéraire …

CHRISTIAN BOBIN en grand, en majuscules !!!: "Il n'y a rien dans l'attente, que la vie seule, nue et pauvre. (…) Elle nous apprend que l'amour est impossible et que, devant l'impossible, on ne peut réussir ni échouer, seulement maintenir un désir assez pur pour n'être défait par rien.

 

(…) Et cependant l'on écrit: c'est bien qu'il y a encore quelque chose à donner, mais on ignore ce que c'est. On le donne pour savoir ce que c'est. "(Lettres d'Or)

 

René Char: "J’ai cherché dans mon encre ce qui ne pouvait être quêté: la tache pure au-delà de l’encre souillée."

"N’ayant rien à contempler (cela m’ennuie), je me tends et me détends dans l’encoignure des braises."

"Nous nous unirons sans avoir à nous aborder, à nous prévoir, comme deux pavots font en amour une anémone géante."

 

"Les enfants et les génies savent qu’il n’existe pas de pont. Seulement l’eau qui se laisse traverser."


Cioran: Le Livre des Leurres : "(…) On ne revient pas de la poésie, de la musique et de la mystique à la philosophie. Un poète, un compositeur ou un mystique philosophent seulement dans des moments de fatigue, qui les forcent à revenir à une condition inférieure. (…) "

 

Baudelaire: Les Fleurs du Mal:

"(…) J'entends le crâne à chaque bulle

Prier et gémir:

- Ce jeu féroce et ridicule,

Quand doit-il finir?"

 

Arthur Rimbaud et ses Illuminations

"Veillées – C'est le repos éclairé, ni fièvre, ni langueur, sur le lit ou sur le pré. C'est l'ami ni ardent ni faible. L'ami. C'est l'aimée ni tourmentante ni tourmentée. L'aimée. L'air et le monde point cherchés. La vie.

Etait-ce donc ceci?

Et le rêve fraichit."

 

"Angoisse – (…) Rouler aux blessures, par l'air lassant et la mer; aux supplices, par le silence des eaux et de l'air meurtriers; aux tortures qui rient, dans leur silence atrocement houleux."

 

 

 

Et puis, tant et tant que je ne puis tous les citer … Le Livre du Saphir de Gilbert Sinoué, le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry, …  Styron, Whitman, Fante,  …

 

 

 

A ce jour, rien ne nous permet de dire que l'univers soit, soit fini, soit infini ….

 

 


 

Béatrice BERTIEAUX

 

http://beillaboheme.blogspot.com/

 

 

Publié dans interview

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Terreurs nocturnes, une nouvelle d'Adam Gray - partie 3

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

PHOTO pour 4me de COUVERTURE (ADAM GRAY)

 

 

Terreurs Nocturnes…

 

« Plains ceux qui ont peur car ils créent leurs propres terreurs. »

 

(Stephen King)

 

Part III

 

Élizabeth n’avait su descendre du lit. Réagir… Protéger Luke. Qu’eût-elle pu faire, de toute manière ? Qu’eût-elle pu faire ?… Choquée, en pleurs, elle se sentit deux fois plus coupable de penser : « Comment me protéger, MOI, maintenant ? »

Le tisonnier…

Elle s’élança, mais une gifle magistrale la fit retomber sur le matelas. Elle frotta sa joue endolorie.

Des doigts se frayèrent un chemin dans sa chevelure.

Elle poussa un cri, faisant volte-face.

Un index, un majeur et un annulaire glissèrent sur ses lèvres.

Elle bondit, cherchant les yeux jaunes tout autour d’elle, et s’empara du tisonnier. Elle fendit l’air avec.

L’arme lui fut arrachée des mains… Elle la regarda se plier avant d’être jetée au sol, et poussée sous le lit.

– Notre Père, qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite sur la Terre comme au Ciel, ânonna-t-elle. Délivrez-nous du…

TOC ! TOC ! TOC ! encore une fois… Et bien plus fort.

– Délivrez-nous du !…

Le tambourinage contre les murs reprit… Bien plus fort. Et bien plus vite.

– Délivrez-nous du MAL !!! hurla-t-elle.

Elle sentit alors deux mains glacées se poser sur ses hanches et le corps d’un homme, assurément… se coller contre son bassin. Une langue lécha son visage. À son oreille, on lui susurra de nouveau : « Tu vas crever, connasse… »

La jeune veuve se rua sur la porte, l’ouvrit vivement et se mit à courir aussi vite que possible. Au bout d’une dizaine de minutes, elle s’arrêta un instant et s’adossa à un arbre pour reprendre son souffle. Elle se retourna… tout doucement.

 

Les yeux jaunes étaient là…

TOUJOURS !

Élizabeth se remit à courir, mais elle était épuisée…

Son corps heurta violemment une masse jaillie de nulle part. Elle s’écroula.

 

Dans son rêve, elle se revit petite fille. Elle était en colonies de vacances dans les Alpes du Sud. C’était, d’ailleurs, ses toutes premières vacances sans ses parents. Bien sûr, elle avait été très malheureuse, le jour du départ… mais il y avait ce garçon, dont elle était follement amoureuse. Quel était son nom, déjà ? Ah ! Oui ! James… Ses parents étaient anglais.

Un soir, James la mit au défi de passer la nuit dehors, toute seule, et que, si elle le faisait, plus tard, ils se marieraient. La petite Élizabeth, croyant encore aux contes de fées, prit son courage à deux mains et obéit au jeune garçon infatué.

Elle eut la peur de sa vie quand, par mégarde, elle dérangea un Grand-duc aux aguets. Le rapace lui fit savoir son mécontentement en secouant ses grandes ailes ! Et jamais, jamais !… elle n’oublia ces yeux orangés.

Ces yeux jaunes…

 

Quant à James, des années plus tard, elle le retrouva sur un réseau social, racontant, sur sa page, son alcoolisme et son désespoir d’avoir été plaqué… par son mec. « Bien fait, connard ! » s’était-elle écriée, refusant, par ailleurs, sa demande d’ajout à ses amis.

 

Tout tourbillonnait. Il y avait des bruits indistincts. Peut-être métalliques. De très fortes odeurs d’épices, dans l’air, pénétraient ses narines. Ses yeux refusaient de s’ouvrir mais quand, enfin, elle se réveilla, tout son corps était endolori et son crâne comme dans un étau.

Peu à peu, sa vision s’éclaircit. Il lui sembla reconnaître la silhouette d’un homme… affairé à cuisiner, apparemment. Et marmonnant. Elle était assise sur un rocking-chair, une couverture posée sur les genoux, dans un intérieur plutôt similaire à celui qu’elle avait réussi à fuir.

L’homme portait une vieille salopette et un tee-shirt maculés.

– Où est-c’que je suis ? demanda-t-elle timidement.

L’homme se retourna ; il tenait un hachoir à la main. Élizabeth eut un sursaut – un double sursaut, en fait… en découvrant le visage atrocement défiguré de son hôte.

Il pivota vers le coin cuisine pour planter le hachoir dans ce qui semblait être une planche à découper la viande puis, d’un geste bourru, il invita la jeune femme à venir s’asseoir à sa table. Elle hésita, dissimulant sa terreur. Mais, pensant avoir affaire à un dangereux psychopathe – et qu’elle devait, à tout prix, gagner du temps –, elle obéit.

L’homme vint déposer une assiette et des couverts devant Élizabeth, puis lui servit une mixture fort peu appétissante, qui ressemblait à un ragoût.

– Vous, manger ça, fit l’homme en poussant l’assiette.

– Je n’ai pas très faim, en vérité, mentit-elle. Mais si vous avez un peu d’eau…

L’homme au triste faciès haussa les épaules, alla chercher un broc, un verre, et le remplit presque à ras bord. Après quoi, il s’assit et se mit à manger.

Tout en buvant avec empressement, Élizabeth tourna la tête et aperçut des restes d’animaux entassés dans des bassines. Cette viande devait être pourrie depuis des jours et des jours. Elle en eut un haut-le-cœur ! Et reposa son verre vide.

– Encore ? demanda-t-il.

Mais elle déclina sa proposition très poliment.

 

Observant l’homme mastiquer depuis quelques minutes, elle remarqua un chapelet autour de son cou.

– Vous êtes croyant ? demanda-t-elle avec précaution. Votre chapelet… Je me demandais…

Il s’arrêta de manger, la considéra comme si elle se moquait de lui.

– Bois, mauvais ! s’écria-t-il. Esprits, pas bons. Ça ! Protection.

– C’est très joli, dit-elle, s’efforçant de paraître cordiale, commençant à se demander si elle n’avait pas plutôt affaire à un simple d’esprit qu’à un dégénéré consanguin.

– Vous, gentille, dit-il en se remettant à savourer son plat.

– Je peux le voir ? osa-t-elle.

– Voir ça ? s’enquit-il en touchant son chapelet.

– S’il vous plaît, oui. Il est vraiment magnifique.

L’homme hésita, une expression de peur lui creusant le visage.

– Non ? Vous ne voulez pas ? insista-t-elle. Je ne vais pas le casser…

– Mais une seconde, alors, hein ? Gri-gri, mien. Moi, besoin !

Il ôta alors son amulette et la poussa jusqu’à Élizabeth, qui passa l’objet autour de son cou.

– Vous très jolie avec gri-gri mien, déclara-t-il très naïvement. Moi, avoir autre, quelque part dans maison. Vous, vouloir, autre ?

– Vraiment ? Vous êtes sûr ? s’étonna-t-elle.

– Falloir protection à vous, contre dé…

 

S’il avait pu finir sa phrase, l’homme aurait prononcé le mot « démon ».

 

TOC ! TOC ! TOC ! entendit-on à la place.

 

Élizabeth se raidit, les yeux exorbités. Son hôte se mit à hurler de terreur et alla se cacher derrière un rideau pour placard tout déchiré.

Le bouton de porte tourna tout doucement… Élizabeth se réfugia sous la table… La porte s’ouvrit. La jeune femme sentit quelque chose de froid la frôler, tourner autour d’elle et… hésiter, très longuement.

 

L’entité se désintéressa finalement de Beth et se saisit du pauvre homme, bien mal inspiré de s’être ainsi séparé de son gri-gri…

Entraîné à l’extérieur, hurlant dans les ténèbres, il disparut. Exactement comme Luke.

 

Élizabeth resta là un moment. Sans bouger.

Serrant très fort le chapelet contre sa poitrine, elle se décida à quitter la cabane et marcha loin… Très loin. Aussi loin que ses pieds le supportèrent.

Au petit matin, elle s’évanouit sur le bord d’une route.

Mais, par chance, un automobiliste aperçut le corps.

 

Après l’avoir correctement installée à son bord et ceinturée, il prit la direction de l’hôpital le plus proche.

 

Élizabeth regardait la route sinuer devant elle, mais sans la voir vraiment… Elle n’éprouvait plus rien. Penser à Luke ne la faisait même plus souffrir. Elle avait la vie entière pour le pleurer. Elle était vivante.

Vivante.

– Je vous remercie, dit-elle enfin à l’automobiliste qui l’avait ramassée, lui évitant, ainsi, de se faire écraser comme un vulgaire hérisson.

Elle tourna la tête sur la gauche et le répéta : « Merci. »

L’homme au volant se mit à grogner et baver. Il s’abattit sur la jeune femme et mordit dans la chair tendre de son cou.

C’était Luke. Le malheureux était devenu un zombie.

 

– NOOONNNNNN !!!!!! hurla-t-elle en se réveillant, frappant l’air avec ses poings et tapant des pieds sur le tapis.

– Holà ! Tout doux ma petite dame, dit l’automobiliste. Vous avez dû faire un cauchemar… Ça va ? Ça va aller ?

– Si ça va aller ? Si ça va aller !?! s’impatienta-t-elle.

– Calmez-vous, O.K. ? Je ne vous veux aucun mal, moi. Je vous ai trouvée sur le bord de la route, pas très loin du Château de la Baume ; vous connaissez ? Là, je vous conduis à l’hôpital. Vous vous êtes bagarrée avec votre homme, pas vrai ? Vous murmuriez : « Luke » quand je vous ai assise dans mon véhicule.

– L’hôpital ? Non ! Pas l’hôpital. Conduisez-moi au poste de police le plus proche. S’il vous plaît…

– La police, hein ? Bon. O.K. Va pour la police…

Il se tut, se demandant s’il n’avait pas ramassé une Catherine Tramell.

 

Un an plus tard…

 

Élizabeth rentra chez elle. Sa nouvelle séance chez le psy l’avait épuisée. S’immerger, encore une fois, comme bien des années auparavant, dans ses mauvais souvenirs de vacances dans les Alpes du Sud… Répéter, encore. Toujours la même chose…

À force d’hypnose – mais en réalité, elle s’en persuadait elle-même –, le Docteur Turner finit par convaincre Élizabeth qu’il n’y avait pas d’yeux jaunes, dans les ténèbres… Sinon ceux d’un hibou. Que ce fut elle, en fait, mais sans penser à mal, bien évidemment, qui contamina Luke, lui-même ancienne victime de terreurs nocturnes, avec cette histoire dans les Alpes.

Il n’y avait donc ni spectres ni morts-vivants…

Ni croquemitaine.

Son défunt mari, car la PTS l’avait finalement retrouvé quelques jours après le signalement de sa disparition par son épouse, avait été, et « rien que cela », au mauvais endroit au mauvais moment… Un serial killer se dissimulait à l’endroit précis où ils avaient décidé, l’an dernier, de passer leur week-end. Tout le reste n’était qu’affabulations. Un tour de passe-passe du cerveau pour ne pas affronter la réalité…

 

Élizabeth alluma son ordinateur afin de consulter ses courriels. Il y en avait un de son amie Susan – anciennement adepte, entre autres, de la fameuse planche de Ouija.

 

Liz, toujours O.K. pour ce soir ? Tu n’as pas répondu à mes messages, garce ! Bon, dis-moi, je suis allée acheter le dernier Twilight… On va passer la soirée à fantasmer, devine… sur le beau EDWARRRD !!!!!! À poil, de préférence ! Ouais, j’suis folle, je sais, mais il est trop beau ! ARGH !!!!!! Je serai chez toi vers vingt heures. Prépare le popcorn ! Salé ! Et, Liz, et là je suis sérieuse… suis un peu mes conseils et écoute ta psy, d’accord ? À force de crier au loup, les conneries, ça arrive… Tu le sais ce qui s’est passé la dernière fois que j’ai voulu faire ma belle avec mon Ouija, hein ?… C’est comme les maladies… À force d’y penser, ben tu peux finir par te les déclencher ! Capito ? Allez, @ toute ! Sue

 

P.S. : Bella est une salope !!!!!!

 

Élizabeth, un demi-sourire aux lèvres, abandonna son ordinateur et se rendit dans la salle de bains. Elle ôta ses chaussures, sa robe, ses sous-vêtements, puis se fit couler un bain, n’oubliant pas d’y ajouter quelques perles parfum « Thé Vert Citron » de chez SEPHORA.

Sue ne serait pas là avant une heure trente ; elle avait tout le temps de se relaxer… Et préparer le pop-corn. Salé !

Elle se laissa glisser dans la baignoire. Quel délice…

 

Le téléphone sonna. Le répondeur se mit en route. Élizabeth tendit l’oreille ; c’était Susan : « Liz, c’est moi. T’es où ? Je suis en route. Dis-moi, t’as fait tomber ton chapelet dans ma voiture, hier soir, en cherchant tes clés dans ton sac. Je viens de m’en rendre compte. Liz ? T’es où ? Dans ton bain ? J’espère que le pop-corn est prêt ! »

 

Élizabeth écoutait, blanche comme un linge…

Jamais, depuis, elle ne s’était séparée de son chapelet. Qu’elle le portât autour de son cou ou qu’il restât dans son sac, elle ne s’en séparait… jamais.

 

– Notre Père, qui êtes aux cieux, que votre no… commença-t-elle.

 

Très prestement, quelque chose happa la jeune femme, qui disparut sous l’eau… dans sa propre baignoire.

Dans la glace de la pharmacie entrouverte, les deux yeux jaunes, satisfaits, regardaient les bulles remonter à la surface…

 

FIN

 

 

Adam Gray

 

 

 

 

Attention ! Adam va nous proposer dans un prochain post une fin alternative... A déguster !!!!

Publié dans Nouvelle

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