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" Et si 2012 voyait la fin de l'humanité"... Texte 1

Publié le par christine brunet /aloys

Le jour où ça craquera
Je veux être dans tes bras 
*

 

 

« Quand, à force de n'y pas croire,
Notre monde explosera,
Quand se fera la nuit noire
Je veux être dans tes bras.
Au diable ces lois trop grandes
Qui de nous, disposeront,
Moi, simplement, je demande
Que ça ne soit pas trop long. »

 

Leur sommeil avait été agité, peuplé de rêves étranges que l’aube sale peinait à dissiper. Saisis d’une irrépressible angoisse métaphysique devant la vertigineuse solitude d’un monde vidé de son humanité, ils osaient à peine se regarder.

« Tout bien pesé, je crois que j’aurais préféré y passer tout de suite… » murmura-t-elle en se massant douloureusement l’estomac.

Il opina sans un mot, un bras passé autour des épaules de sa compagne dont le délabrement physique aurait nécessité les soins les plus urgents. Il se demanda combien de temps elle aurait pu espérer survivre. Et lui-même qui, rongé tout comme elle par l’incessant bombardement des particules de haute énergie, s’efforçait sans succès de faire semblant d’être à peu près en forme.

Survivre… Il faillit éclater de rire devant l’absurdité d’une telle idée. Ne vivaient-ils pas les derniers jours du monde ? Et, suivant en ceci leur propre choix, leur tout dernier jour ? Il vérifia la présence, dans sa poche, du précieux tube de pilules. Tout ça n’avait plus aucun sens…

 

Il se remémora des pans entiers de leur insouciante jeunesse. Le temps du bonheur, les jours heureux. Et la fin des jours heureux.

Après la chute du rideau de fer, on avait pourtant bien cru y avoir échappé. Et la dissémination sournoise des armes de destruction massive n’avait pas fait ressurgir l’inquiétude que l’on aurait dû légitimement éprouver. Jusqu’à ce que, de façon inattendue, le spectre de la guerre atomique refît son apparition.

Israël, las des tergiversations du gouvernement des Etats-Unis,  avait pris l’initiative d’une première frappe sur l’Iran. De façon indépendante mais bizarrement concomitante, l’Inde avait attaqué le Pakistan, dévastant Islamabad et pulvérisant les silos de missiles nucléaires.

Les pays arabes avaient réagi en décrétant un embargo total sur le pétrole destiné aux pays occidentaux, provoquant une attaque de grande envergure de l’armée américaine au Moyen-Orient. Russes et chinois avaient lancé un ultimatum resté sans effet.  La situation internationale s’était très vite dégradée.

Puis tout s’était déchaîné…

 

Une ultime folie destructrice s’était emparée des hommes. L’humanité ne venait-elle pas, au fond, d’accomplir son inéluctable destin ? Levant les yeux vers le ciel qui s’assombrissait, il la serra plus fort contre lui. Elle pleurait doucement, à petits hoquets réguliers.

Il essuya de l’index les larmes qui coulaient sur ses joues creuses. Son pauvre visage déformé par la souffrance. Il se pencha pour chantonner contre son oreille un refrain des années soixante. Un succès populaire qu’elle avait bien aimé.

Elle renifla, puis le regarda en souriant faiblement.

« Ce sera bientôt terminé… » chuchota-t-il tendrement. « Réjouissons-nous de tout ce que nous avons eu la chance de connaître. Toutes ces années de bonheur qu’aucun Docteur Folamour ne pourra jamais nous voler ! »

Il vida la moitié du tube dans la paume de sa main et lui tendit le reste. D’un geste machinal, elle en fit autant. Puis, comme s’il s’agissait de quelque chose de tout à fait banal, ils avalèrent le tout presque en même temps.

Sans qu’ils s’en rendissent compte, la résignation avait peu à peu succédé au désespoir. Ils allaient en finir ensemble.

 

« Aujourd'hui, tu dois me croire,
C'est pour toi que je vivais,
En attendant la nuit noire
Ne me quitte plus jamais.
Je ne veux plus penser même
Qu'il y avait un ciel bleu,
Je souhaite à tous ceux qui s'aiment
De mourir comme nous deux. »

 

 

* Chanson d’Anne Sylvestre

Publié dans concours

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La porte... Jean Destree vous propose un extrait de sa pièce de théâtre

Publié le par christine brunet /aloys

IMG 1738

 

 

 

Il ne faut pas laisser la porte ouverte

 

 

 

Germaine! Germaine! Germaine! Non d'un chien, Germaine, qu'est-ce que tu fabriques encore? De quoi être enragé. Pas moyen qu'elle soit à l'heure! Où est-elle donc encore fourrée? Chez sa voisine sans doute, à bavarder comme une vieille radoteuse qu'elle est! Elle sait pourtant bien qu'elle doit être ici une bonne heure avant le spectacle. Combien de fois ne lui ai-je pas répété. Une heure avant, Germaine! Une heure avant! Il ne faut pas faire attendre le public. C'est sacré, le public!

 

Un temps. Gérard fait une nouvelle fois le tour de la pièce.

 

Ah oui! Je sais bien qu'elle marche difficilement avec sa jambe de bois. Elle pourrait quand même faire un petit effort pour être ici quand j'arrive.

 

Il fouille dans les tiroirs en pestant, sort le matériel de maquillage puis se tourne vers le public. Il soupire.

 

Vous connaissez Germaine? Ne me dites pas que vous ne la connaissez pas. Voilà plus de quarante ans qu'elle officie dans ce théâtre. C'est un personnage connu. Au fait, c'est vrai. Suis-je bête. Bien sûr que vous ne la connaissez pas. Personne ne la connaît ici, à part le directeur, le régisseur et quelques techniciens. On la rencontre, on la salue, quand on est poli, mais on ne la connaît pas. Un temps.

 

C'est vrai qu'on ne connaît pas les petits, les tâcherons, les sous-fifres. Et pourtant, elle fait partie du personnel avec les machinistes, les électriciens, les décorateurs, les techniciens de toutes sortes, les employés, les secrétaires, tous ces gens sans lesquels un comédien n'a plus qu'à remettre sa culotte - comme le proclame une chanson révolutionnaire - et s'en aller s'embaucher ailleurs. Professeur d'académie, par exemple. Ou gratte-papiers chez un vieux notaire. Notez, je n'en veux pas aux professeurs d'académies. Aux notaires non plus. Des profs d'académie! Il en faut pour éveiller les enfants à l'art de bien dire. C'est nécessaire par les temps qui courent. L'art doit être à la portée de tous et non de quelques-uns tout pleins de fric qui souvent n'y comprennent rien et qui vont au théâtre ou au concert pour se faire voir et… faire des rencontres qui rapportent!

 

Il se lève, fait les cent pas dans la loge. Il s'arrête un instant, fait mine de demander le silence, met la main à son oreille et écoute attentivement. Puis il reprend sa marche. Il parle tout en se promenant dans la pièce.

 

Germaine, c'est mon habilleuse. Elle me bichonne depuis plus de vingt ans que je sévis dans ce théâtre. Oui, oui! Vous avez bien entendu: vingt ans. Un bail, n'est-ce pas? Ah! Vous l'aviez deviné! Je me doutais bien que mes spectateurs étaient des gens intelligents. Vous êtes très forts. C'est un bon point pour vous. Quelle brave femme, ma Germaine! Une brave jambe de bois avec ses soixante-cinq ans de vie toute simple, une toute petite vie que l'on croit sans problème et sans solutions. Germaine, elle boîte.

Écoutez! Mais écoutez donc!

 

Il tend l'oreille. On entend le toc toc assourdi d'un pilon qui frappe sur le plancher devant la loge.

 

Écoutez! La voilà! Chut! Ne dites rien! Chuuut! Mais taisez-vous donc, vous allez lui faire peur. Elle a horreur du bruit. Écoutez le son de sa jambe sur le parquet du couloir. N'est-ce pas que c'est impressionnant? Non?

 

Il écoute encore, imposant le silence à la salle.

 

Et pourtant, elle ne l'a pas toujours eue, sa jambe de bois. Elle remplace l'autre, la vraie en chair et en os. C'est banal, n'est-ce pas? Comment dites-vous? Oui, oui! Vous avez parfaitement raison. C'est tout à fait ordinaire, au point que cela ne vaut presque pas la peine d'en parler. Comme la balle qui l'a fracassée ce jour de juillet 1950 près de la gare des Guillemins, vous savez, ce qui était la belle gare de Liège, en Wallonie.

 

La porte s'ouvre doucement. Germaine entre presque sans faire de bruit. Elle reste immobile, attendant un signe, puis s'approche de Gérard qui lui tend son front. Germaine y dépose un petit baiser tout maternel.

 

A l'hôpital, les médecins, de bien braves gens, ceux-là, eh bien! ils n'ont pas pu lui sauver sa jambe, parce que l'ambulance était restée bloquée par les gendarmes au Pont d'Avroy. Oui, le Pont d'Avroy, c'est à Liège, en Wallonie. Il y avait des barricades. Et ça pétaradait, et ça pétaradait! Les gendarmes à cheval chargeaient, les autopompes arrosaient les manifestants. Germaine sortait de chez le boucher et voulut traverser la rue. Pan!... plus de jambe! Comme ça! Elle est tombée sur le trottoir mais pas un gendarme ne s'est dérangé pour lui porter secours. Ils étaient bien trop occupés à taper sur les grévistes.

 

Il s'approche d'elle et l'aide à s'asseoir.

 

N'est-ce pas, Germaine, que c'est comme ça que ça s'est passé. Assieds-toi. (Un temps). Tu sais, j'étais furieux que tu sois en retard, surtout un jour comme aujourd'hui. Tu montes si mal les escaliers. Il y en a trop. Ils sont trop raides. Ils sont trop vieux, usés... comme nous. Alors, c'est fini! Ce soir, on ferme. Toi aussi, tu vas partir vers une petite vie tranquille. Soigner tes chats et tes canaris.

 

Germaine sort un mouchoir, s'éponge le front. Elle se lève et se dirige vers la garde-robe pendant que Gérard, qui s'est assis à sa table, commence à se préparer. Elle sort les vêtements un par un et les dispose sur un fauteuil après les avoir époussetés de la main.

 

Tu sais, tu es un peu ma mère. Tu as toujours été une mère, rouspéteuse mais attentive, colérique et bichonnante. Et moi, je me sens comme ton petit garçon. Peut-être ai-je remplacé celui que tu as perdu en 40 sur les routes de France, quand tu fuyais avec tous les autres et qu'une balle perdue... une de plus...

 

Pendant ce temps-là, moi, comme un pauvre demeuré innocent, je croyais sauver la patrie. Ah! Ce qu'on peut être naïf quand on a vingt ans et qu'on est plein d'ardeur et d'illusions. C'est chouette de croire qu'on va sauver le monde. Tu parles! Sauver la patrie! Ha!ha!ha! Sauver la patrie! Ho!ho!ho! Quand j'y repense! Ce n'est pas croyable! La patrie! Il chante. Allons z'enfants de la patrie!

 

(Un temps.)

 

Mais comment est-ce possible, enfin! Il chante. Le jour de gloire est arrivé! Ah! Oui! Il est arrivé, le jour de gloire! Avec les officiers qui se barraient plus vite que des lapins, dans leurs grosses voitures en nous laissant en plan devant les panzers. Sauver la patrie! Avec un grand chef qui n'attendait que ça pour se vendre aux envahisseurs en prétendant rester avec ses soldats. Oui, avec sa poule surtout. Pendant qu'on se cachait, qu'on se couchait pour éviter les obus ou les rafales de mitrailleuse, Monsieur notre grand chef, faisait l'amour avec sa nénette. Celle qu'il épousera d'ailleurs, tandis que les milliers de prisonniers wallons croupissaient dans les stalags et les oflags. Oui, c'est beau la guerre quand on est à l'abri derrière son titre de chef suprême. Ha! Ha! Sauver la patrie! Holà! La garde! Sauvons la patrie! Il chante. En avant contre la tyrannie! Sauver la patrie! Ah oui! Mais laquelle? La mienne? Un temps.

 

Mais personne ne s'en occupait, de ma patrie à moi. Et surtout pas ceux dont c'était le devoir. Sauver ma patrie, celle de mes parents, de mes grands-parents, ce petit village du Namurois qui se dépeuple parce qu'on y a supprimé le train et le tram parce que ça ne rapportait plus. Comme presque partout dans ma Wallonie où l'on a fermé les usines pour en faire naître à Hongkong, Séoul, Santiago, Libreville.

 

Il se tourne vers le public et fait mine d'interpeller un spectateur.

 

Mais qu'est-ce que je vous raconte-là? Je m'égare. Allons, Gérard, du calme! Pas de panique et surtout pas de propos indécents un soir de dernière. Si tu continues, la maréchaussée va venir te chercher à la fin de la pièce. Elle va te demander pourquoi tu commets un crime de lèse-majesté. Comme si les "majestés" n'avaient pas le droit d'être critiquées quand elles font des conneries.

 

Jean Destree

Publié dans Textes

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Isa Lise est l'invitée d'Aloys !

Publié le par christine brunet /aloys

 

IsaLISE.jpg

Biographie :

 

A l'âge de 4 ans, fascinée par les mots, Isa LISE s'exclama : « Quand je serai grande, je seraijournal-interdit.jpg écrivine ! » Rapidement, elle dévora livre après livre et s'essaya aux jeux de l'écriture, écrivant plusieurs romans qui s'endormirent au fond de ses tiroirs.

Adulte, elle obtint une licence de Lettres Modernes, suivit plusieurs formations et occupa différents emplois.

Depuis quelques années, elle s'implique également dans des activités associatives.

Cependant, l'écriture chevillée à l'âme, elle comprit que celle-ci demeurait encore et toujours sa passion. Alors, elle décida de vivre son rêve en se donnant les moyens de devenir romancière.
C'est ainsi que "Margaux, zéro défaut... ou presque", une fiction dont l'héroïne est une femme contemporaine, vit le jour en avril 2011.
En janvier 2012, elle accoucha de romans-jumeaux : un roman fantastique intitulé "Le Journal Interdit" et "Un doigt pointait vers le ciel", un roman policier.

 

Isa Lise nous propose de courts aperçus de ses textes et de son univers ...

 

Extraits

Margaux, zéro défaut… ou presque

"Ce matin-là, métamorphosée en tortue portant son cartable sur le dos, j'ai péniblement traversé la cour goudronnée de mon nouveau lieu de détention. La fraîcheur et la tristesseun-doigt.jpg matinale de ce matin brumeux et gris d'automne m'ont tout de suite avertie que j'allais devoir renoncer ici à certains de mes petits voyages irréels. Les visages tristes étaient chiffonnés de sommeil. Les yeux inquiets des autres nouveaux surfaient d'un enfant à l'autre. Et tout à coup, une envie de rire a grimpé au fond de ma gorge."

 

Un doigt pointait vers le ciel

« Sofiane la dévisagea, refusant de comprendre. Sybille la chassa d’un geste las et tendre. Alors, l’enfant accepta. Lorsque la fillette regarda à nouveau dans leur direction, elle vit sa sœur couchée sur leur mère, son chemisier blanc devenu rougeâtre,  des perles de chagrin au coin des yeux… Elle serra très fort les dents et fit ce qu’on attendait d’elle : ellemargaux0.jpg alla siroter un lait indigeste avec le petit garçon et la femme, sans identifier clairement le chocolat tant l’odeur âcre de l’essence s’était invitée dans son nez, tant celle-ci et tout ce qui s’y rattachait étaient gravés dans son âme… Jamais plus elle ne pourrait boire un chocolat sans penser au véhicule qui avait détruit son enfance, songea-t-elle. »

 

Le Journal Interdit

« Les traits de cet homme sont impénétrables. Ses yeux semblent maussades. Son front est grand et marqué, son visage carré, pourtant son nez retroussé offre un parfum d’enfance… Sa bouche… Cette bouche sourit-elle ? Elle me semble séduisante et malgré tout, elle m’effraie. Est-elle avenante ou carnassière ?  Tout autour de ce visage, j’ai griffonné une chevelure fournie retenue par un fragile élastique. Je le devine grand et rebelle. Mystérieux… Ténébreux ?

Pourquoi me hante-t-il ? Qui est-il ?

Je préfère jouer les midinettes et me persuader qu’il s’agit peut-être de l’homme de ma vie… Mais si tel est le cas, n’est-il  pas effrayant de l’avoir deviné ? » 

Publié dans l'invité d'Aloys

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Comme une caméra, une chanson en vidéo d'Hugues Draye

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Hugues Draye

www.myspace.com/huguesdraye

Publié dans vidéo

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Il était une fois, un texte de Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

delvilletete

 

IL ÉTAIT UNE FOIS…

 


 

Il était une fois… C'est en général ainsi que commencent les contes de fée et pourtant cette histoire n'a rien de féerique, elle est magique seulement…

 

Dans les années 1880, Trophime, mon arrière-grand-oncle qui travaillait à Anvers a inventé un nouveau type de téléphone. C'était surtout sur la partie écouteur et micro que ses activités le menaient.

 

Il avait conçu cela surtout pour le confort des clients qui commençaient doucement à s'intéresser au téléphone. À l'époque, on se focalisait plus sur l'esthétique de l'appareil que sur ses performances. Les postes étaient parfois en bois précieux pour les clients riches.

 

Le principe était simple. On tournait une manivelle située sur le côté et cela faisait tinter une sonnette qui "réveillait" une préposée dans le bureau local à qui on demandait de vous mettre en communication avec votre correspondant. La charmante personne vous branchait vers la centrale de la personne appelée qui sonnait chez lui et réalisait enfin la liaison.

 

Tout un programme !

 

Les années venant, cela s'est modernisé. Les braves dames ont été remplacées par des machines mécaniques qui réalisaient le même travail, plus rapidement. De nos jours, ces machines fort bruyantes ont fait place à l'électronique.

 

Dans les années 1980, j'ai moi aussi été dans le "téléphone" et contrairement à Trophime, je n'ai rien inventé, maintenant on travaille en équipe ! Je me suis occupé de choses dont mon ancêtre n'avait même pas idée que cela existerait un jour, comme les téléphones portables…

 

Il paraît qu'à son époque, les standardistes étaient choisies pour leur belle voix alors qu'aujourd'hui on choisit les collaborateurs en contact avec le public pour leurs jolis yeux bleus…

 

Jadis, les "belles voix" étaient parfois un peu moches. Aujourd'hui, les "jolis yeux bleus" n'y connaissent parfois pas grand-chose !

 

Il était une fois un téléphone sans fil mais aussi sans âme !

 

Louis Delville

louis-quenpensez-vous.blogspot.com 

Couverture Louis dernière version copie

Publié dans Nouvelle

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Christine Brunet a lu "En quête de sens" de Christel Marchal

Publié le par christine brunet /aloys

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ISBN 978-2-87459-583-7

Editeur : Chloé des lys

 

Que voilà un sujet pas vraiment gai... L'autisme et le désespoir d'une mère face à la souffrance de sa fille. 

Souffrance ? Pas si sûr en fin de compte. On assiste à une sorte de chasse au trésor ou de jeu de piste à travers Bruxelles, une découverte originale au fil des statues et des oeuvres d'art de la capitale.

Un petit livre pétillant, plein de vie, de couleurs, d'espoirs qui nous entraîne malgré nous au fil des pages et des bulles roses du chewing gum de Léo.

Qui est l'autiste ? Agathe ou sa mère qui s'enfonce peu à peu ? Léo et ses tocs, qui sait ?http://www.bandbsa.be/contes3/enquetedesensrecto.jpg Mais Agathe ? Non... Agathe est une artiste, d'une intelligence supérieure, pas une autiste... D'ailleurs, remarquez... une seule lettre sépare les deux mots !

Un style atypique chargé d'odeurs, d'impressions, de flashes colorés qui tournent en rond, nous plongent dans l'univers d'Agathe et éclatent pour notre plus grand bonheur en brisant la spirale infernale des mots. Des mots qui tournent en rond comme les gestes d'Agathe ou les tics de Léo. En rond... peut-être pas le bon mot non plus... Sous la plume de Christel marchal, les mots s'envolent en un tourbillon d'impressions qui nous laisse entrevoir une petite ouverture éblouissante, une fenêtre sur l'amour.

En quête de sens est un livre qui ouvre l'esprit à la différence et sonne le glas des idées préconçues, un livre qui ne peut pas laisser indifférent, un livre poétique à trois dimensions qui fait appel à tous les sens du lecteur. Un livre à découvrir, absolument.

Christine Brunet
www.christine-brunet.com
www.passion-creatrice.com
www.aloys.me

Publié dans Fiche de lecture

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Deux cloche art... textes de Carl Chaboum, alias Carol Trottier

Publié le par christine brunet /aloys

chaboum

 

 

 

http://www.bandbsa.be/contes2/solenversrecto.jpg

Publié dans Textes

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Christine Brunet a lu "La vieille" de Walter Macchi

Publié le par christine brunet /aloys

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ISBN 978-2-87459-592-9

Editions Chloé des lys

 

Voilà un autre livre que j'attendais... Après A un détail près dévoré en un clin d'oeil, Walter Macchi propose à ses lecteurs impatients La Vieille toujours édité aux Editions Chloé des lys.

 

Serait-ce un autre roman policier ? Clairement non.

 

Euh... Un roman historique, alors ? Non plus. Une histoire d'amour ? Et bien oui, d'amour ethttp://www.bandbsa.be/contes3/vieille.jpg de haine, de bêtise, de mesquinerie et d'avidité, une étude de l'âme humaine sur une étude de cas... une histoire d'héritage, une histoire de famille, une histoire d'émancipation, et de découverte de la vie aussi.

 

Walter Macchi nous propose un journal intime, une tranche de vie et, quelque part, un parcours initiatique, celui de l'héroïne que le décès brutal de sa grand-mère précipite dans sa vie d'adulte.

 

Une écriture fluide, cinématographique, très naturelle qui colle aux personnages superbement croqués. Une histoire passionnante et très vivante qui fait sourire ou grincer des dents et jubiler à la fin ! Un livre et un talent à découvrir. 

 

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

www.aloys.me

www.passion-creatrice.com

Publié dans Fiche de lecture

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L'auteur mystère n'est autre que Carine-Laure Desguin, l'auteur de Rue Baraka.

Publié le par christine brunet /aloys

 

desguin

 

 

Reviendras-tu ?

 

 

Au bout de la rue, cette lumière jaune des lampes tempête, cette joie, ces appels, ces chants, ces rires, c’est en effet le fleuve. Le Mékong. C’est un village de jonques. C’est le commencement du delta. De la fin du fleuve.

 

Je suis ici depuis mon premier jour, piétinant le bois humide d’un sampan, au milieu des fruits et des légumes du marché flottant. En attente. En attente de quelqu’un. De toi, je crois. De qui d’autre ?

Je te regarde.

 

Autour de moi, j’ai vu des sourires, et une alternance de vitesses et de lenteurs. J’ai grandi comme ça. Sans connaître le reste du monde. J’ignorais jusqu’où, vers quelles villes, vers quels pays, les eaux subtiles du Mékong conduisaient les poissons géants…Je savais qu’il existait des terres et des hommes dessus, quelque part, loin, plus loin. Tu viens de là-bas. On le dit. Je les crois, tous ces gens qui parlent de toi et de tes amis. Vous n’êtes pas les premiers. Sous cette chaleur humide.

Je te regarde.

 

Autour de moi, les hommes, les femmes, les enfants sont sur des planches qui flottent, des petits morceaux de bois qui se laissent vivre et mourir au gré des enfilades de gouttes de pluie. La pluie doit venir, tu comprends. Cette phrase, je l’entends mille fois par jour, la pluie doit venir. Le sort de milliers de familles est suspendu à ces gouttes de pluie. Qui viennent gonfler les eaux du grand fleuve aux couleurs de terres argileuses. Et quand elles rient trop et trop souvent, les eaux du fleuve se gonflent et dévastent toutes ces choses qui nous restent.

Je te regarde.

 

Les miens savent ce que tu cherches. Eux aussi ont cherché. Tu t’agites. Depuis des lunes. Combien au juste ? Dix lunes, vingt lunes, je l’ignore. Tu me parles parfois. Est-ce bien à moi que tu t’adresses ? Est-ce possible ? Je ne te comprends pas. Et toi, comprends-tu le sourire que je te glisse, entre deux murmures du vent ?

Tes gestes, je les connais par cœur, comme une chanson qui ne cesse de tourner dans la tête. Tu arrives tôt, le matin. Tu déposes sur la berge un grand sac de toile noire. Tu l’ouvres, tu plonges la main et tu en ressors une espèce de bouteille de plastique. Tu bois quelques gorgées. Tu observes le ciel, le soleil. Tu souffles des mots à tes amis. Eux aussi ont chacun un grand sac de toile qu’ils déposent tout à côté du tien. Ils traînent derrière eux, outre leur sac, un épais bagage monté sur roulettes, avec dedans des outils métalliques. Il n’y a que toi qui m’intéresses. Je ne sais pas pourquoi. Je me laisse tanguer. Par le fleuve. Par la vie. Personne ne s’occupe de moi, personne ne me voit, je suis transparente. A part toi, qui relèves la tête de temps en temps.  De la berge, tu me vois, assise sur le plancher humide de ce sampan. Et tu me souris. Que vois-tu ? Quel reflet de moi te donnent tes yeux ?

Je te regarde.

 

Je sens soudain des doutes qui m’envahissent, des craintes qui se tortillent, dégoupillant mes poussières d’espoir. Et si le sampan filait ? C’est régulier, un sampan qui s’éloigne, plus loin. Ces marchés n’ont rien de statique. Une semaine par ici, une autre un peu plus loin. De ne plus te voir, de ne plus mesurer tes mouvements, je souffrirais. D’y penser, mon cœur cogne plus vite, je frissonne. Ton visage, c’est mon paysage, mon horizon.

 

 

La nuit, sous ma couverture de laine rouge, les paupières closes, je te cherche. Ton visage est loin, très loin. Je cherche tes traits, tes rides d’hommes, tes manies. Alors, j’aspire être demain. Pour te voir et enfin respirer. Et espérer, aussi.

                                                                                                                  

 

Voilà, nous sommes demain. Nous sommes aujourd’hui. Les rayons du soleil sont en effervescence. Moi aussi. Dans quelques minutes, je le devine, tu seras là.

Tu vois, je ne me trompe pas. Te voilà, au milieu de ce groupe d’hommes. Je ne vois que toi. Pourrais-tu me dire le pourquoi, la raison pour laquelle c’est toi qui a attiré mon regard ?

Ton sourire. C’est ça, ton sourire. Tu as un sourire comme on en voit sur les dessins, dans les livres d’école. Un sourire bon. Et puis cette chemise. Chaque matin, une chemise propre. Vieille, chiffonnée, mais propre. Et puis ton pantalon, une espèce de jeans tout usé, rapiécé avec de multiples morceaux qui ressemblent à des poches. Peut-être que ce sont des poches, après tout. D’ici, on ne voit pas trop bien, tous ces rapiècements. Tu portes une large ceinture, je la devine en cuir. Tu ressembles à ces cow-boys, ceux qui s’acharnaient sur les bandits, pour recevoir les rançons. J’ai souvent vu ces scènes, dans les films américains. Toi aussi, d’une certaine façon, tu cours après les rançons.

Du moins, je l’imagine.

De te voir là, comme un dieu, entre le ciel et le long fleuve,  je ressens quelque chose d’agréable qui me traverse. Avant toi, j’ignorais ces picotements dans ma poitrine, ces rougeurs que je sens monter en moi comme des feux. Mes doigts effleurent mes joues et je les devine colorées, déjà. J’ai conscience de vivre des journées dont je me souviendrai plus tard, quand tu seras reparti, quand je serai restée ici, au milieu de ces bruits, de ces gens, de ces jours difficiles.

Et toi, pendant tout ce temps que les pensées se chamaillent en moi et que mes interrogations s’engloutissent dans les eaux, trouves-tu ce que tu cherches ?

 

Des fleurs de lotus et quelques épices, voilà l’offrande que j’offre chaque matin. Pour toi. Je dépose ces espoirs sur une boîte en carton, tout près de ma couverture rouge. Mon désir, c’est d’allumer quelques bâtonnets d’encens. Mais je ne peux pas. Tu es mon secret. Tu dois le rester.

 

Les gens du village n’ont pas grande amitié envers toi et tes hommes. Juste ce qu’il faut de politesse, sans plus. Les eaux du fleuve appartiennent à tout le monde, pourtant. Et donc ce qu’on y trouve aussi. Je le croyais.

 

Il paraît que le soir, toi et tes hommes, vous descendez dans les bars, vous buvez des alcools, vous prenez des filles de chez madame Liu et vous les emmenez dans vos chambres. Est-ce vrai ? Et toi aussi, serais-tu comme un autre, comme tous les autres ? Je te sais différent. Tes yeux, je le devine, me disent que tu n’es pas comme ça, que tu es doux, toi.

J’entends ta voix, tu viens de crier quelques mots. Tes amis t’entourent. Ils crient aussi. Tous, vous vous mettez à genoux. Je ne te  distingue plus. Tu es un parmi les autres. Un de tes amis lève son bras en agitant quelque chose de souple. Ah, oui, je vois, il vient d’enlever sa chemise et il fait de grands gestes. Il me semble que tous, vous vous réjouissez. Il se passe donc quelque chose d’important, sur les rives du Mékong. Ce matin. L’air est plus léger que d’habitude, il me semble. Ou bien est-ce cette joie que je perçois de vous, qui s’exalterait jusque sur mon visage. Les vents ondulent plus vite dans la bonne humeur, quand on croit aux sourires des étoiles.

 

Vos grands gestes et tous vos cris ameutent les gens des sampans. Ce n’est pas tous les jours qu’on entend des bruits de réjouissance, ici.

 

 

 

 

Tout à coup, je sens que j’étouffe. Je suffoque. Je ferme les yeux en grimaçant. La peur m’envahit. Mes prières auraient-elles été entendues ? Alors, pourquoi des frissons d’effroi assombrissent-ils mes pensées ?

 

J’ouvre les yeux et devant moi, là où toi et tes amis étaient tout heureux voici quelques secondes, je ne vois plus personne, plus rien, un creux dans le matin. Que les terres humides et vidées de leur trésor, je suppose.

Que ce fleuve me paraît mort, tout maintenant.

 

Le lendemain et le lendemain du lendemain, toi et tes amis n’êtes pas revenus. La journée entière, je regardais, j’attendais, j’espérais. J’avais faim et soif de toi. Je sentais mes membres qui se ramollissaient. Je ne voyais plus les fleurs de lotus, ni les couleurs du ciel, au-dessus du Mékong. Sans toi, je me sentais malade. La fièvre m’envahissait. Je ne regardais presque plus de ce côté-là du fleuve. C’est si vide sans ton visage et tes grands gestes, tous ces mouvements saccadés qui faisaient que tu étais toi. Et que je t’aimais, toi.

 

Et puis hier soir, tu étais là. Seul. Tu n’as pas dit grand-chose, tes yeux parlaient pour toi. A ma famille, tu as donné un petit sac rempli de pépites d’or. Ils ont pris ce troc, en silence.

 

A moi non plus, tu n’as pas dit grand-chose…C’est comme si entre nous s’étaient glissées des réponses, des certitudes, et que durant tous ces jours passés à nous regarder, nous avions fait connaissance. Toi et moi.

 

Ma couverture rouge, je l’ai emportée. J’ai laissé les fleurs de lotus et les épices, sur le tout petit autel devant lequel je déposais toutes mes espérances.

 

Tu m’as souri. Le fleuve a remué plus fort que d’habitude. Un signe, sans doute. Et puis tous les deux, on est partis. Tu avais de l’or, tu m’avais aussi, moi. J’ai levé la tête. Juste pour regarder le ciel.

 

Carine-Laure Desguin

http://carinelauredesguin.over-blog.com/

 

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( Texte écrit pour un concours ; les premières lignes d’un roman de Marguerite Duras étaient données ; il s’agissait d’imaginer une suite )

 

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Qui a écrit cette nouvelle selon vous ???

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

 

 

point d'interrogation

 

 

Reviendras-tu ?

 

 

Au bout de la rue, cette lumière jaune des lampes tempête, cette joie, ces appels, ces chants, ces rires, c’est en effet le fleuve. Le Mékong. C’est un village de jonques. C’est le commencement du delta. De la fin du fleuve.

 

Je suis ici depuis mon premier jour, piétinant le bois humide d’un sampan, au milieu des fruits et des légumes du marché flottant. En attente. En attente de quelqu’un. De toi, je crois. De qui d’autre ?

Je te regarde.

 

Autour de moi, j’ai vu des sourires, et une alternance de vitesses et de lenteurs. J’ai grandi comme ça. Sans connaître le reste du monde. J’ignorais jusqu’où, vers quelles villes, vers quels pays, les eaux subtiles du Mékong conduisaient les poissons géants…Je savais qu’il existait des terres et des hommes dessus, quelque part, loin, plus loin. Tu viens de là-bas. On le dit. Je les crois, tous ces gens qui parlent de toi et de tes amis. Vous n’êtes pas les premiers. Sous cette chaleur humide.

Je te regarde.

 

Autour de moi, les hommes, les femmes, les enfants sont sur des planches qui flottent, des petits morceaux de bois qui se laissent vivre et mourir au gré des enfilades de gouttes de pluie. La pluie doit venir, tu comprends. Cette phrase, je l’entends mille fois par jour, la pluie doit venir. Le sort de milliers de familles est suspendu à ces gouttes de pluie. Qui viennent gonfler les eaux du grand fleuve aux couleurs de terres argileuses. Et quand elles rient trop et trop souvent, les eaux du fleuve se gonflent et dévastent toutes ces choses qui nous restent.

Je te regarde.

 

Les miens savent ce que tu cherches. Eux aussi ont cherché. Tu t’agites. Depuis des lunes. Combien au juste ? Dix lunes, vingt lunes, je l’ignore. Tu me parles parfois. Est-ce bien à moi que tu t’adresses ? Est-ce possible ? Je ne te comprends pas. Et toi, comprends-tu le sourire que je te glisse, entre deux murmures du vent ?

Tes gestes, je les connais par cœur, comme une chanson qui ne cesse de tourner dans la tête. Tu arrives tôt, le matin. Tu déposes sur la berge un grand sac de toile noire. Tu l’ouvres, tu plonges la main et tu en ressors une espèce de bouteille de plastique. Tu bois quelques gorgées. Tu observes le ciel, le soleil. Tu souffles des mots à tes amis. Eux aussi ont chacun un grand sac de toile qu’ils déposent tout à côté du tien. Ils traînent derrière eux, outre leur sac, un épais bagage monté sur roulettes, avec dedans des outils métalliques. Il n’y a que toi qui m’intéresses. Je ne sais pas pourquoi. Je me laisse tanguer. Par le fleuve. Par la vie. Personne ne s’occupe de moi, personne ne me voit, je suis transparente. A part toi, qui relèves la tête de temps en temps.  De la berge, tu me vois, assise sur le plancher humide de ce sampan. Et tu me souris. Que vois-tu ? Quel reflet de moi te donnent tes yeux ?

Je te regarde.

 

Je sens soudain des doutes qui m’envahissent, des craintes qui se tortillent, dégoupillant mes poussières d’espoir. Et si le sampan filait ? C’est régulier, un sampan qui s’éloigne, plus loin. Ces marchés n’ont rien de statique. Une semaine par ici, une autre un peu plus loin. De ne plus te voir, de ne plus mesurer tes mouvements, je souffrirais. D’y penser, mon cœur cogne plus vite, je frissonne. Ton visage, c’est mon paysage, mon horizon.

 

 

La nuit, sous ma couverture de laine rouge, les paupières closes, je te cherche. Ton visage est loin, très loin. Je cherche tes traits, tes rides d’hommes, tes manies. Alors, j’aspire être demain. Pour te voir et enfin respirer. Et espérer, aussi.

                                                                                                                  

 

Voilà, nous sommes demain. Nous sommes aujourd’hui. Les rayons du soleil sont en effervescence. Moi aussi. Dans quelques minutes, je le devine, tu seras là.

Tu vois, je ne me trompe pas. Te voilà, au milieu de ce groupe d’hommes. Je ne vois que toi. Pourrais-tu me dire le pourquoi, la raison pour laquelle c’est toi qui a attiré mon regard ?

Ton sourire. C’est ça, ton sourire. Tu as un sourire comme on en voit sur les dessins, dans les livres d’école. Un sourire bon. Et puis cette chemise. Chaque matin, une chemise propre. Vieille, chiffonnée, mais propre. Et puis ton pantalon, une espèce de jeans tout usé, rapiécé avec de multiples morceaux qui ressemblent à des poches. Peut-être que ce sont des poches, après tout. D’ici, on ne voit pas trop bien, tous ces rapiècements. Tu portes une large ceinture, je la devine en cuir. Tu ressembles à ces cow-boys, ceux qui s’acharnaient sur les bandits, pour recevoir les rançons. J’ai souvent vu ces scènes, dans les films américains. Toi aussi, d’une certaine façon, tu cours après les rançons.

Du moins, je l’imagine.

De te voir là, comme un dieu, entre le ciel et le long fleuve,  je ressens quelque chose d’agréable qui me traverse. Avant toi, j’ignorais ces picotements dans ma poitrine, ces rougeurs que je sens monter en moi comme des feux. Mes doigts effleurent mes joues et je les devine colorées, déjà. J’ai conscience de vivre des journées dont je me souviendrai plus tard, quand tu seras reparti, quand je serai restée ici, au milieu de ces bruits, de ces gens, de ces jours difficiles.

Et toi, pendant tout ce temps que les pensées se chamaillent en moi et que mes interrogations s’engloutissent dans les eaux, trouves-tu ce que tu cherches ?

 

Des fleurs de lotus et quelques épices, voilà l’offrande que j’offre chaque matin. Pour toi. Je dépose ces espoirs sur une boîte en carton, tout près de ma couverture rouge. Mon désir, c’est d’allumer quelques bâtonnets d’encens. Mais je ne peux pas. Tu es mon secret. Tu dois le rester.

 

Les gens du village n’ont pas grande amitié envers toi et tes hommes. Juste ce qu’il faut de politesse, sans plus. Les eaux du fleuve appartiennent à tout le monde, pourtant. Et donc ce qu’on y trouve aussi. Je le croyais.

 

Il paraît que le soir, toi et tes hommes, vous descendez dans les bars, vous buvez des alcools, vous prenez des filles de chez madame Liu et vous les emmenez dans vos chambres. Est-ce vrai ? Et toi aussi, serais-tu comme un autre, comme tous les autres ? Je te sais différent. Tes yeux, je le devine, me disent que tu n’es pas comme ça, que tu es doux, toi.

J’entends ta voix, tu viens de crier quelques mots. Tes amis t’entourent. Ils crient aussi. Tous, vous vous mettez à genoux. Je ne te  distingue plus. Tu es un parmi les autres. Un de tes amis lève son bras en agitant quelque chose de souple. Ah, oui, je vois, il vient d’enlever sa chemise et il fait de grands gestes. Il me semble que tous, vous vous réjouissez. Il se passe donc quelque chose d’important, sur les rives du Mékong. Ce matin. L’air est plus léger que d’habitude, il me semble. Ou bien est-ce cette joie que je perçois de vous, qui s’exalterait jusque sur mon visage. Les vents ondulent plus vite dans la bonne humeur, quand on croit aux sourires des étoiles.

 

Vos grands gestes et tous vos cris ameutent les gens des sampans. Ce n’est pas tous les jours qu’on entend des bruits de réjouissance, ici.

 

 

 

 

Tout à coup, je sens que j’étouffe. Je suffoque. Je ferme les yeux en grimaçant. La peur m’envahit. Mes prières auraient-elles été entendues ? Alors, pourquoi des frissons d’effroi assombrissent-ils mes pensées ?

 

J’ouvre les yeux et devant moi, là où toi et tes amis étaient tout heureux voici quelques secondes, je ne vois plus personne, plus rien, un creux dans le matin. Que les terres humides et vidées de leur trésor, je suppose.

Que ce fleuve me paraît mort, tout maintenant.

 

Le lendemain et le lendemain du lendemain, toi et tes amis n’êtes pas revenus. La journée entière, je regardais, j’attendais, j’espérais. J’avais faim et soif de toi. Je sentais mes membres qui se ramollissaient. Je ne voyais plus les fleurs de lotus, ni les couleurs du ciel, au-dessus du Mékong. Sans toi, je me sentais malade. La fièvre m’envahissait. Je ne regardais presque plus de ce côté-là du fleuve. C’est si vide sans ton visage et tes grands gestes, tous ces mouvements saccadés qui faisaient que tu étais toi. Et que je t’aimais, toi.

 

Et puis hier soir, tu étais là. Seul. Tu n’as pas dit grand-chose, tes yeux parlaient pour toi. A ma famille, tu as donné un petit sac rempli de pépites d’or. Ils ont pris ce troc, en silence.

 

A moi non plus, tu n’as pas dit grand-chose…C’est comme si entre nous s’étaient glissées des réponses, des certitudes, et que durant tous ces jours passés à nous regarder, nous avions fait connaissance. Toi et moi.

 

Ma couverture rouge, je l’ai emportée. J’ai laissé les fleurs de lotus et les épices, sur le tout petit autel devant lequel je déposais toutes mes espérances.

 

Tu m’as souri. Le fleuve a remué plus fort que d’habitude. Un signe, sans doute. Et puis tous les deux, on est partis. Tu avais de l’or, tu m’avais aussi, moi. J’ai levé la tête. Juste pour regarder le ciel.

 

 

 

 

 


 

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