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Philippe Desterbecq a lu "Escales en absurdie" de Laurence Amaury

Publié le par christine brunet /aloys

 

Phil D

 

 

 

Laurence Amaury est de ma région; je me devais de lire son recueil de nouvelles. C'est chose faite.

L'absurdie selon le dictionnaire est le royaume de l'absurde. Où Laurence emmène-t-elle donc ses lecteurs?

Si je n'ai pas trouvé bizarres les contes bizarres de Bob Boutique, je n'ai rien trouvé d'absurde dans les nouvelles de Laurence Amaury. Bon, je vous l'accorde, une escale en enfer n'a rien de courant mais c'est le sujet de la première nouvelle. Ensuite, nous voguons dans le monde tout ce qu'il y a d'ordinaire des bibliothécaires et des policiers qui sont les héros de plus de la moitié des histoires de ce recueil qui en compte 15.

Chauffage en panne, infiltrations d'eau (dans une bibliothèque, c'esthttp://www.bandbsa.be/contes2/absurdierecto.jpg grave), commodités ou téléphone à se partager entre bibliothécaires et flics, voilà les thèmes des premières nouvelles. Nous assistons ensuite à un débat entre défenseurs d'animaux et zoophobes et nous faisons un petit tour dans un supermarché où les caissières étalent leurs états d'âme. Nous rencontrons également un sommelier poète qui fait chanter les grands vins.

Laurence nous propose également trois intermèdes pour faire escales, sans doute, entre les différents voyages entrepris.

Ce qui frappe dans l'écriture de l'auteure, c'est la syntaxe parfaite et le vocabulaire recherché. Laurence Amaury écrit très bien, c'est le moins qu'on puisse dire. Elle fait également référence à de nombreux auteurs, ce qui prouve ses connaissances littéraires.

Un extrait qui m'a plu tout particulièrement. Laurence nous donne, par l'intermédiaire du sommelier, une définition du poète ou de la poésie.

La poésie ne se définit pas, pas plus qu'elle ne se laisse enfermer dans de savantes règles de versification. .. Elle a horreur des dictionnaires de rimes! Elle ne se laisse pas approcher de trop près : tout au plus peut-on l'entrevoir, par éclairs intuitifs, la ressentir soudain au plus profond de soi, avoir le privilège de la vivre un fugitif instant. Elle naît d'images imprévues qui se faufilent à travers le charme des sonorités et des associations de sons irrationnelles. Irrationnelles quant à la logique et aux conventions, bien entendu, mais qui font vibrer l'oreille, le cœur et l'imagination.

La poésie est liberté pure, elle se love dans les rêves de nuit et de jour, elle descend du subconscient délivré. Elle est voix venue d'ailleurs, c'est-à-dire du caché, du plus secret de nous-même, du vrai moi qui ne livre jamais, de l'au-delà de soi! Elle est voix impérieuse, voire tyrannique, à laquelle la main se doit d'obéir, qu'elle comprenne ou non! Elle éclate malgré soi, aux moments les plus inopportuns et il s'agit de la fondre en mots sur-le-champ ou elle s'échappe et se volatilise, perdue à jamais! Par contre, il ne sert à rien de la traquer.

 

 

Philippe Desterbecq

philippedester.canalblog.com

Publié dans Fiche de lecture

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Sécatives, un poème de Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

desguin

 

Sécatives

 

 

Sécatives

Sont les poussières, dans les sommeils

Des longs feux éteints.

Sécatives

Sont les poussières

Des coquilles, tourments de l’œuf,

Sur les rives

Des longs fleuves magiques.

Sécatives

Sont les éclipses, naufragées

Entre les étoiles

Des mers,

Entre les sables,

Les photos idylliques,

Les horizons allumés

Des sept soleils.

 

 

Carine-Laure Desguin

carinelauredesguin.over-blog.com

Publié dans Poésie

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Olivia Billington : l'écriture fait partie de moi, impossible d'y résister, impossible de me cacher, elle me débusquera toujours !

Publié le par christine brunet /aloys

http://storage.canalblog.com/49/77/684498/58842624.jpgPour moi, Olivia Billington, c'est une couverture de livre, celle d'"Elle, une autre", une vidéo... dont nous reparlerons, forcément, et un blog, "Désir d'histoires". Etes-vous déjà allés y jeter un oeil ? Non ? desirdhistoires.canalblog.com...

 

Olivia, tu nous en parles en guise d'introduction ?

Mon blog, Désir d'histoires, est avant tout axé sur l'écriture : des petits textes que je rédige au jour le jour, car je participe à des ateliers d'écriture sur la toile; et un carnet de bord via lequel j'informe mes lecteurs à propos d'Elle, une autre et des romans à venir. J'y confie parfois mes coups de cœur livresques, musicaux, de peinture et de cinéma.

Des mots, une histoire est parti d'un jeu auquel je me livrais lorsque j'étais petite : je piochais des mots dans le dictionnaire et je rédigeais un texte à partir de ces vocables. A présent, chaque mardi, j'invite les lecteurs de mon blog à me laisser en commentaire un mot, un seul. Je clôture la récolte le mercredi à minuit et le vendredi le texte comprenant ces mots est publié. D'autres blogueurs se sont joints à moi et participent à ce défi. C'est très sympa de voir ce que nous inspirent les mêmes mots.

 

Sans doute, oui... et les résultats sont parfois étonnants. Tiens justement, et si nous 50commencions l'interview à proprement parler ?


Olivia, depuis quand écris-tu ?
Depuis que j'ai 8 ans. Oui, c'est précis. J'ai gardé les quatre petits textes rédigés à l'époque. Mon premier recueil de nouvelles a vu le jour lorsque j'avais 12 ans. Un premier roman est né de ma plume à 14 ans. "Elle, une autre" fut rédigé lorsque j'avais 15 ans, je l'ai bien évidemment remanié avant publication. Depuis, j'ai écrit deux recueils de nouvelles, quelques romans et plus récemment, des acrostiches en rimes.

Un auteur précoce. Pourquoi écris-tu ? et comment (ordi, stylo, le soir, la journée...)
Par besoin, par envie. Parce que j'aime écrire, tout simplement. J'écris un premier jet à l'ordinateur. Impression, relecture, corrections au stylo : j'aime le contact du papier, la pointe du stylo qui gratte sur la feuille, les mots barrés, les petits dessins griffonnés dans les marges, je peux ainsi voir que le récit avance, se construit petit à petit. Et je recommence le processus. Avant, corriger était ardu pour moi, j'avais tendance à esquiver. Maintenant, j'aime ce travail, j'apprécie de travailler sur la musicalité du texte, je relis des passages à haute voix. Je fais également des recherches, pour Elle, une autre, j'ai été en contact avec un Inspecteur Principal de Police. J'écris dès que j'ai un moment de libre.

Il s'agit donc d'un besoin ?
Oui, l'écriture fait partie de moi, impossible d'y résister, impossible de me cacher, elle me débusquera toujours !

Un déclencheur ?
Tout et n'importe quoi. J'écris quand je dors, j'écris quand je pense, j'écris quand je mange, j'écris par réflexe.

Quel est ton univers littéraire ?
Du noir, du noir, du noir, avec une touche de rose en ce qui concerne mes lectures. Et je me plonge volontiers dans d'autres genres.
Pour l'écriture, je reste très proche de mon univers de lecture.

Pourrais-tu définir ton style... Pourquoi avoir écrit un policier ? Que t'apporte la poésie et ne peut pas t'apporter la prose (et vice-versa)?
Pour reprendre le commentaire d'une lectrice, "un style qui allie recherche et simplicité". Je désire que mes phrases coulent de source, sans être banales pour autant. Pourquoi un policier ? Pour exorciser mes doutes, mes peurs, peut-être. Tant poésie que prose m'apportent du bonheur, du réconfort. Je dirais que ma prose est plus cynique, mes poèmes sont plus légers. 

Parle-moi de ta relation avec tes personnages : as-tu du mal à les lâcher ? du mal à mettre le point final ? Comment les construis-tu ? à partir de personnes réelles ? ont-ils un peu de toi ?
Mes personnages vous diront que je les hais, puisque je leur fais subir d'ignobles choses, mais ce n'est pas vrai : j'éprouve de la tendresse pour eux. Je n'ai pas de mal à les lâcher, car mes personnages, une fois inventés, ont leur vie propre. Je n'ai aucun mal à DSC00222.JPGmettre le point final. Je ne prends pas de modèle, du moins pas consciemment. Je n'ai jamais vraiment réfléchi à la manière dont je les construis, ils me viennent, tout simplement, c'est une rencontre entre eux et moi. Par contre, pour la suite d'Elle, une autre, j'ai dressé des petits tableaux des personnages, car j'ai envie que ce roman soit plus peuplé et le passé des personnages encore plus fouillé. Je suppose qu'ils ont un peu de moi, mes proches pourraient répondre à cette question...

As-tu d'autres passions ?
La lecture, bien évidemment.

 

Revenons à ton livre... Pourquoi avoir choisi d'écrire un polar ?

Parce que je lis énormément de polars, de romans noirs, même si je me promène avec bonheur dans d'autres styles. J'ai l'air calme, réservée, douce... Je n'ai pas envie que le côté sombre empiète sur ma vie personnelle, alors je le couche sur papier. C'est un peu une délivrance. Je peux alors rédiger des textes plus joyeux, pour revenir à des récits plus ténébreux par la suite.

N'y a-t-il pas opposition entre le petit jeu sur ton blog et l'écriture de plus longue haleine d'un roman ? 

Pas du tout. J'écris des nouvelles - courtes ou longues, des romans, des acrostiches, des chansons,... Ecrire me suffit, peu importe le résultat. J'aime mener plusieurs projets de front, pour ne pas me lasser de l'un ou l'autre récit. Le petit jeu sur mon blog me donne une satisfaction immédiate, le texte est écrit en quelques minutes et je m'amuse beaucoup. Oui, bien sûr, un roman est un travail de plus longue haleine, on développe une intrigue, des personnages mais après tout, un roman naît à partir d'une simple idée, je pense que je pourrais développer des petits textes pour en faire des récits bien plus longs. Il n'y a pas de réelle opposition. Cela dit, je ne me sens pas capable d'écrire un roman fleuve.

Nous avons parler de ton bouquin, de ton blog, de l'écriture et toi... Tu me raconterais la façon dont ta vidéo est née, comment tu l'as construite ? qu'est-ce qui t'a poussée à faire pour ton roman une promo visuelle ?

 

C'est un autre auteur de Chloé des Lys, Florian Houdart, qui a initié le mouvement. Puisque ma meilleure amie est camerawoman, je n'ai pas hésité une seule seconde. J'avais une idée bien précise de ce que je voulais voir dans ce clip de présentation. Outre les plans du roman proprement dit, je devais parler devant la caméra. Et là... ne s'improvise pas présentateur qui veut : je n'ai pas calculé le nombre de prises ratées, pour cause de rires,http://external.ak.fbcdn.net/safe_image.php?d=4574afe31af51977118e1e8b6366e12d&w=90&h=90&url=http%3A%2F%2Fstorage.canalblog.com%2F28%2F34%2F684498%2F59281096_p.png de "j'ai oublié mon texte", de mots avalés, de "mince, je me suis plantée", de roulages d'yeux, de blancs lorsqu'il n'en fallait pas... De quoi se taper le crâne avec un rouleau à pâtisserie ! Heureusement, je me suis améliorée (si si !) et les dernières séquences étaient bonnes. De longues heures de travail et au final, une heure de rush.
Nous avons passé une autre soirée au montage. Près de cinq heures de travail pour monter trois petites minutes ! Oui, tant que cela ! Pourquoi ? Parce que la camerawoman est une pro, tout simplement, et perfectionniste, avec ça !
Mettons en scène :
- Là, ton regard a légèrement dévié, il faut supprimer ceci.
Moi, interloquée :
- Où ça ?!
Ah tiens, oui, pendant une nano seconde, mes prunelles n'ont plus regardé la caméra. Mais l'oeil de la pro l'a repéré !
- Flûte, la caméra a bougé.
Moi, comme précédemment, étonnée :
- Euh, où ça ?
Ah tiens oui, petit mouvement d'un millimètre vers le haut, bon, on coupe et on vire.
Sans compter les "bon, là, cette séquence va mieux avec celle-ci, oh, mais attends, celle-là ne serait pas mal, on essaye", pour passer par "on remet la première pour comparer" et "on refait avec l'autre" pour finir par "en fait, c'était mieux la première". N'oublions pas les "ici, tu vois, la voix de la chanteuse s'arrête trop tôt par rapport à l'image, il faudrait une image qui finisse en même temps, voyons voir..." et les "un fondu-enchaîné ou une autre transition, alors on essaye les deux, on verra, et pourquoi pas celle-ci, tiens ?". C'est du chipotage ! Faire et défaire... J'avais un peu l'impression d'être un hamster en train de cavaler dans une roue. J'avoue qu'après cinq heures à regarder et écouter mon double audio-visuel, j'avais envie de me flanquer des baffes !

Une nouvelle soirée a été consacrée à refaire les voix-off car nous n'avions finalement pas utilisé les plans face caméra et à changer quelques petites choses. Je trouvais l'un des passages fort long, j'ai pensé à lire quelques petits extraits de Elle, une autre, en chuchotant. La camerawoman a eu l'idée d'en superposer deux, l'effet est vraiment sympa!
J'ai choisi, comme bande-son, une chanson d'un duo musical, The Good Darlings, dans laquelle la voix de la chanteuse est 'double'. Ceux qui ont déjà lu Elle, une autre comprendront. Le duo a d'ailleurs trouvé que j'avais fait le bon choix.

Voilà comment est né mon clip de présentation !

 

Une aventure en soi, cette vidéo par ailleurs prenante qui donne envie de découvrir le livre et l'univers d'Olivia... 
Je vais laisser le mot de la fin à Olivia... La connaissant, je pense qu'elle me réservera une surprise... Voilà sa fin à elle... je vous laisse déguster...

Ecrire, noircir les pages
Créer un monde, des personnages
Rédiger une nouvelle, un roman
Inventer des paroles, des serments
Taper sur le clavier à toute vitesse
Unir violence et tendresse
Raconter les larmes, le rire, le sang
Ecrire pour vivre, tout simplement

Olivia BILLINGTON

desirdhistoires.canalblog.com



Christine Brunet

www.christine-brunet.com
www.passion-creatrice.com
www.aloys.me

Publié dans interview

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Christine Brunet a lu "Suicide dans l'après-midi" d'Anne Renault

Publié le par christine brunet /aloys

 

ma photo

 

J'ai lu "Suicide dans l'après-midi" d'Anne Renault, Ed. CHloé des lys, ISBN: 978-2-87459-607-0

 

 



Un titre pas vraiment gai, une couverture ouverte sur la mer, fenêtre sur des tas de possibilités... possibilité de vivre ou de terminer là sa vie... ou celle des autres. Des héros qui évoluent toujours sur le fil du rasoir...
Des ? Souvent le "je" l'emporte, donnant plus d'intimité au récit... sous forme d'une sorte de journal de bord: rien du cheminement psychologique nous échappe.

 
Le narrateur (ou la narratrice) va-t-il basculer ? Va-t-il tuer par dépit ? Curieusement, à chaque fois, on csuicide-anne.jpgomprend, on compatit... Aurait-on réagi de la même façon ? Peut-être ou peut-être pas... Difficile à dire. 

S'il s'agit de meurtres, pourquoi "suicide dans l'après-midi"? Parce que tous vivent une passion dévorante qui les pousse à tuer ou à se tuer... petit suicide de l'esprit... Un flash, un grain de sable , et tout peut basculer.

Anne Renault nous tient. On s'enfonce... on plonge... on reste en apnée... Chaque mot, habilement choisi, pèse étrangement et nous entraîne inexorablement vers où ? Les tréfonds de l'âme humaine...

J'ai été emballée, emmenée... dans un univers pas même noir... (c'est d'ailleurs le plus curieux), un univers dans lequel les circonstances mettent la vie et la mort au même niveau. Reste le choix...

Un livre à découvrir !

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

Publié dans Fiche de lecture

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"Avoir un pied dans la tombe", un texte de Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

delvilletete

 

"AVOIR UN PIED DANS LA TOMBE"

Origine historique de l'expression…

 

Mardi 22 mars 1547. François 1er règne sur la France et souffre de la goutte. Évidemment, l'excès de vins capiteux et de mets savoureux n'est pas étranger à ce mal.

 

Le médecin du roi est appelé à son chevet car Sa Majesté souffre et n'arrive même plus à chausser sa botte tant son gros orteil est gonflé et douloureux.

 

- Majesté, il va vous falloir faire régime !

 

- La peste soit des régimes, Monsieur mon médecin ! J'aime la bonne chère et ne puis m'en passer !

 

- Ce sera le régime ou alors…

 

- Ou alors quoi, Monsieur mon médecin ?

 

- Oh, Majesté, j'ai trouvé un remède dans un livre arabe que le Grand Mufti de Constantinople m'a offert après que je l'aie guéri de la peste !

 

- Diable, notre cousin, le Grand Mufti s'y connaît en médecine ?

 

- Non Majesté mais certains de ses médecins ont fort bonne réputation. On raconte même que le meilleur d'entre eux, le grand Ahmed Ben Oujda est capable de soigner rien qu'en regardant le malade dans les yeux ! Si j'en crois ce livre précieux, il conseille d'entourer le pied douloureux avec des bandelettes trempées dans l'eau s'écoulant d'un cimetière !

 

Le roi fut soigné de cette manière très peu orthodoxe, ce qui était normal pour un remède arabe et, ma foi, il guérit en très peu de temps. Le médecin du Grand Mufti avait raison !

 

Ce que l'histoire ne dit pas c'est que quelques jours après sa guérison miraculeuse, le roi mourrait sans raison apparente…

 

Le médecin du roi fut condamné à mort, exécuté comme régicide, c'est-à-dire qu'il fut écartelé et son corps fut brûlé !

 

Ce n'est que quelques années plus tard, sous le règne d'Henri IV que le fou du roi, Nicolas Joubert, sieur d’Angoulevent, osa prétendre que le bon François 1er avait un pied dans la tombe avant d'y être tout entier !

 

Extrait des chroniques de Robert Dupin,

Vicomte de Flandre et d'Artois,

Astrologue et historien français

(1504-1566)

 

Louis Delville

louis-quenpensez-vous.blogspot.com

Publié dans Textes

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Karl Chaboum : "je crée et véhicule la musique des mots"

Publié le par christine brunet /aloys

Donne-moi une définition de l'écriture.

La brouette jpg


Définis ton style d'écriture. Définis ton univers littéraire...

Je n’en ai pas. Je peux rire ou faire pleurer, selon ce qu’il y a dans ma peau, mes tripes. Je ne force jamais la note pour sortir de mon enclos. Je suis. Je ne fais pas l’extravagant pour me faire remarquer. Mon but n’est jamais de me faire remarquer. Comme c’est écrit sur l’endos de mon livre « Le sol à l’envers » : Chaboum n’y va pas de main morte quand il a quelque chose à dire. Quand il n’a rien à dire, il n’écrit pas. Il n’y a pas de clôture dans l’univers, il n’y en a pas non plus dans ma tête. Quand  j’ai envie d’écrire un alexandrin, j’en écris un, mais je ne me cantonne pas dans des rimes qui sont plus que souvent des clôtures. Écrivain ludique est une étiquette qui me va sur mesure. Je ne me prends pas au sérieux mais je suis sérieux en faisant sourire.

 
La scène... Une autre passion, je suppose... Qui est le complément de l'autre ? écriture, complémentaire de la scène ou scène complémentaire de l'écriture?

Comme je suis implanté cochléaire, je suis un solitaire. Je me vois sur scène en solo, entouré de techniciens sympathique comme semble l’être l’équipe de Chloé. J’ai servi des cours d’improvisation à l’Université de Montréal : j’étais comme un poisson dans un aquarium. J’ai publié quelques livres; des centaines nagent dans mon aquarium. C’était parhttp://www.bandbsa.be/contes2/solenversrecto.jpg défaut. Me voir offrir la scène où se mêleraient textes, visuel et improvisation feraient mon bonheur : je ferais barrer les portes pour garder l’auditoire jusqu’à la fin (si je répète, c’est pour que cela entre dans le subconscient de mon futur public).


Ecris-tu pour toi, pour les autres ? le regard des autres sur ton univers littéraire.

J’écris toujours pour les autres mais c’est toujours pour moi et moi, dans le sens que mon écran ne m’a jamais embrassé pour me dire qu’il aimait mes textes. Si je me présente devant un public, je m’attends à être embrassé par plusieurs, sinon c’est moi qui irai les embrasser.


Comment choisis-tu tes sujets d'écriture... Pourquoi illustrer tes petits textes ?

À partir de mon vécu, qui peut reculer à loin en arrière, à loin en avant. Mon cerveau est toujours allumé, les synapses me conduisent à Balzac, La Fontaine. Je n’ai pas de recette préconçue. L’illustration est une nouveau dans mon monde d’écrivain. Quand j’ai entendu parler Robert Paul il y a quelques jours d’un nouveau style d’écriture, le stichou, en cinq lignes courtes, et que monsieur Paul nous a mis au défi d’en écrire, l’idée m’a boucoup plus. J’en ai huit d’écrits, tous imagés. Illustrés ? Parce que cela parle, un va et vient entre texte et illustration.


Comment écris-tu ? Impromptu, sur un coin de table ? Tu retravailles beaucoup tes textes ? développe...

Parfois j’arrête de conduire sur le bord de la route et j’écris, toujours d’un jet, après y avoir pensé pendant des jours parfois, mais généralement j’ai une idée en tête et je plonge. Je ne choisis mon titre qu’à la toute fin, rarement au début. Je retravaille avec letrottier-tete-chaboum.pngdictionnaire; il y a tellement de y et de rr, ll, nn; je me demande qui a inventé ça. Es espagnol… peut-être qu’ils ne donnent pas de dictée. Ma devise : cela doit toujours couler : s’il y a en trop un et, mais, pour, j’efface.

Pour mettre une boucle à tous ces mots de Chaboum, le vers solitaire est fait pour le poète inconnu; j’en suis à la phase de brouette souhaitant aller sur les planches, pas rester dessous.

 

Que t'apporte l'écriture et que ressens-tu quand tu écris ?

Elle m’emporte. C’est le jeu des synapses : incroyable ! Je n’ai pas besoin d’être membre du Circle du Soleil pour en faire le cercle, l’étirer, lui faire embrasser la lune dans un long baiser sombré. Je suis vraiment une brouette Christine. Je suis en train de découvrir un pan de Voltaire avec Micromégas dont Voltaire décrit la hauteur : « Il avait huit lieues de haut : j’entends, par huit lieues, vingt-quatre mille pas géométriques de cinq pieds chacun. »

Ludisme de haute voltige, et il n’arrête pas. Je m’en nourris, comme un veau tête sa mère.


Tu es, à l'évidence, un auteur ludique (ta propre définition et je le pense également): qu'apporte cette approche que n'apporterait pas le sérieux de vers purement satiriques, par exemple.

L’an dernier, deux éditeurs français, un belge, huit québécois ont refusé mon manuscrit que plusieurs ont aimé (sic). Pourquoi ? Parce qu’ils avaient une tonne de livre à fouiner dedans (je coule moins dans ces cas-là). Un Français m’a dit : « La poésie ne se vend pas en France. » Avec tout ce que j’ai lu, je comprends – tu peux prendre un autre de mes carte-chaboum.pngpseudonymes pour me protéger des poètes). On ne voit pas les couilles – écrire en plus petit si tu veux), on  ne soit pas la souffrance, ou si on la voit, ça n’en finit plus. La lecture est là pour ressourcer l’humain. Quand je n’aime pas ce que j’écris, je le jette aux poubelles. Je suis de nature pince sans rire, on me compare souvent à Louis de Funès. Quand j’écris, je m’éclate de rire – pas chaque fois quand même . Vu que mon public est moi-même, il faut que j’aime ça.  J’ai aussi des périodes crues, sensuelles, petite dose grande dose. Ce n’est pas pour tout de suite le temps du dévoilement.


Penses-tu que ces petites strophes ainsi que ton approche de l'écriture se rapprochent d'un univers un peu particulier de l'écriture qui est celui des chansonniers ? " Je ne me prends pas au sérieux mais je suis sérieux en faisant sourire": n'est-ce pas, justement, le propre du chansonnier de faire passer par le jeu des mots, de la physionomie parfois, des messages plus caustiques...

Christine, mon désir est d’apprendre à poser ma voix. J’ai enregistré un vidéo, ce que je referai bientôt, La conscience de Victor Hugo. Caïn poursuivi par un œil immense, à en devenir dément. J’en frissonnais de vivre la peau du premier meurtrier de la race humaine. Je laisse la chanson aux chansonniers. Un spectacle solo avec support visuel, musique appropriée – avec La conscience c’est le Boléro de Ravel en crescendo, de quoi perdre ses cheveux-, un mentor pour que je passe plus mon temps à tout et rien faire, cela ferait mon affaire.


Tu expliques l'affiche avec tous tes masques ? (fallait bien que je te pose la question ! )

« Les masques tombent » furent pour moi un délice à présenter devant des amis. Des maîtres du XIX’sièce comme Victor Hugo, La Fontaine, Jacques Prévert, Edmond les-masques-chaboum.pngRostand : un texte de chacun avec un masque pour chacun. En deuxième partie, Karl ChaBOUM, sans masque, avec ses textes (cette semaine, un ami de longue date m’a dit : Tu t’appelleras dorénavant ChaBOUM – je vais faire du ménage dans tout ça, je reviens à l’ordre). J’ai mangé du XIX’ pendant… un siècle. J’ai vu, et transmis, l’actualité de ces hommes qui s’adressaient au peuple. Je suis un vulgarisateur Christine. Conférencier pendant 20 ans je m’adressais aux enfants… leurs parents comprenaient.


Pourquoi multiplier les noms ? tentes-tu de te cacher derrière des mots ?

C’est certain, tout comme la majorité des humains se cachent derrière leur mutisme chronique. Balzac avait une panoplie de personnages, il leur faisait dire ce qu’il voulait, ilhttp://www.bandbsa.be/contes2/trottiezbarbu.jpg se cachait derrière un, derrière l’autre. Pourquoi pas ? Quand une femme se teint le cheveux et passe du noir au blond, que fait-elle ? Elle veut attirer, se faire remarquer. Quand je porte une grosse barbe et qu’aujourd’hui je suis chauve, non seulement je ne me cache pas, je me révèle plutôt. Carl du Toit a été crée en souvenance de Charles Dutoit, grand chef d’orchestre  de réputation internationale qui a passé plusieurs années à Montréal. Je crée et véhicule la musique des mots, ce qui explique Mots + Art = MotzArt.


Comment t'es venue l'idée du site acrostiche ?

B atifoler est ta marque visagesque : tu es un contagieux professionnel.

O rchestrer est de ton calibre, sans chercher les fausses notes comme des puces.acrostiche-chaboum.png

B ombeur tu mets ta griffe partout. Si c’est trop, tu cloé la porte en liste.


Ce que je viens de pondre. De nombreux psaumes écrits il y a trois mille ans par le roi David étaient des acrostiches écrits en hébreu. Tout au long des siècles des acrostiches ont été écrits.

Une vague de prénoms/cartes de souhaits ont inondé le marché. Puis sont disparu. Saturation. B comme dans « belle » - C comme dans « courageuse ». Etc comme dans etc. Cela me sortait par les oreilles, redondant. Un grossiste en cadres m’a encouragé à écrire une collection, ce que j’ai fait avec 6-8 dictionnaires autour de ma table. Nous avons rompu. Ma tête n’est pas rompette à relever le défi : j’ai une banque de 275 prénoms ainsi que l’offre de service d’écrire n’importe quel prénom de n’importe nationalité – style Bichnouwa – en français.


J’ai vidé mon sac Christine. Tu avais de bonnes questions.

 

 


Publié dans interview

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Alain Magerotte a lu Nid de vipères de Christine Brunet

Publié le par christine brunet /aloys

Alain

 

Avis aux futur(e)s lecteur(e)s et lecteurs… l’autrice Christine Brunet nous emmène… pardon, je recommence; avis aux futur(e)s lectrices et lecteurs… l’auteur(e) Christine Brunet nous emmène dans une histoire qui pourrait faire des dégâts. Je m’explique : si vous décidez de lire «Nid de vipères» allongé sur un transat au soleil, prenez garde. Vous serez tellement absorbé par votre lecture que vous risquez, soit l’insolation, soit de cramer complètement.

 

En effet, il vous sera difficile de vous détacher d’un récit mené tambour battant. Dès les premières pages, le rythme est donné. Un rythme que l’auteur(e) gardera soutenu tout au long d’un roman (485 pages) aux moult rebondissements, un peu comme cette pierre que l’on jette au raz de l’eau et qui n’en finit pas de faire des ricochets.

 

Pas de manichéisme, les protagonistes oscillent entre gris clair et gris foncé et c’est parfait parce que ça sonne plus «vrai».

 

Le personnage principal, c’est Aloys Seigner, commissaire divisionnaire. Une épée, plus efficace, tu meurs. Comment ne pas succomber au charme de cette jeune femme ? Ne cherchez pas, c’est perdu d’avance car cette fille-là, mon vieux, elle est terrible, comme dirait l’ex idole des jeunes transformée aujourd’hui en vieillard cacochyme.

 

Mais attention, la belle cache un terrible secret…

 

Comme les auteurs de CDL, Aloys a son «faux Bob». Le sien se prénomme Nils, le nôtre, Baudouin. Là s’arrête la comparaison car le «faux Bob» d’Aloys est grand et musclé.

 

Un drôle de coco ce Nils, sûr de lui et victime de son charme (comme notre «faux Bob»… ouf, je me suis rattrapé… non ?), tantôt sympa, tantôt salaud.

Et puis, il y a Marie-Claire Seigner, la mère d’Aloys, ex tigresse devenue «femme cougar» avec les années (le temps n’a pas eu raison de sa félinité).

On croise évidemment une foule d’autres personnages… comme le grand-père d’Aloys qui, au sujet de sa petite-fille, met les points sur les «i» avec Nils sur fond de chasse à courre (quelle horreur !...  Je fais allusion à la chasse à courre, bien entendu).  

 

Notre commissaire divisionnaire ne s’ennuie pas, le lecteur nonCouverture Nid page 1 plus : meurtres bizarres, enquêtes policières, attentat, intrigues des services d’espionnage, terribles secrets de famille (faut dire que la famille Seigner (il y a aussi un oncle… plutôt un frère qui occupe un poste important dans les Services Secrets) «n’est pas triste» comme on dit à Bruxelles. Une expression qui ne signifie pas nécessairement que ce sont des «marrants» mais plutôt des «fameux numéros», dans le positif comme dans le négatif), moments tendres, érotiques, nombreuses scènes de douche (une police propre ?)… sont au programme.

 

Beaucoup de voyages aussi; la Polynésie, les triades de Hong-Kong, la jungle birmane et Paris bien sûr. On sent que l’auteur(e) aime et connait ces lieux, ces endroits.

 

Ce livre m’a laissé sur le c… (Davantage par ses rebondissements que… parce que c’est ma position favorite pour lire).

 

Aussi, je vous propose un deal. Eloignez de vous toute(s) affaire(s), urgente(s) ou pas, donnez un tour de clé à la porte d’entrée de votre maison ou de votre appartement, installez-vous confortablement dans un fauteuil, éteignez les lumières sauf celle diffusée par un lampadaire que vous aurez pris soin de placer à côté du fauteuil. Vous serez ainsi plongé dans une ambiance idoine pour vous laisser transporter par un récit haletant. Une fois votre lecture terminée, parlez-en autour de vous en prenant soin de divulguer un minimum.

 

Si vous ne possédez pas encore «Nid de vipères», commandez-le ici sans tarder: cdlbarry@yahoo.fr

 

ALAIN MAGEROTTE

 

Publié dans Fiche de lecture

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Filets échoués, amas de mailles... un poème de Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

desguin

 

 

 

Filets échoués, amas de mailles…

 

 

 

Filets échoués sur les sables du temps,

Petits trous, entrelacs, gouttes des océans,

Qu’avez-vous, au gré des vents et des marées,

Laissé passer, des limailles, des écailles,

Des coquillages ?

 

Au gré des vents et des marées,

Entrelacs de sueurs, entre

Des mains d’hommes forts,

Vous en avez nourri des ventres,

Dénoué des bonheurs, déjoué des sorts,

Effarouché des oiseaux destinés

A voler plus haut que les montagnes

De sable !

 

Filets échoués,

Amas de mailles, de tissus ramassés,

Vous sentez les kilomètres, les mers,

Les équinoxes, horloges des univers,

Vous sentez les sangs

Ecaillés des ressacs,

Vous taisez les saccages sanglants,

Les poubelles écumées,

Les gifles et les claques,

Et vous vous échouez

Fatigués, sur cette cathédrale

Des sables.

 

 

 

Carine-Laure Desguin

carinelauredesguin.over-blog.com

Publié dans Poésie

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La mare, en fin d'été, un poème de Claude Colson

Publié le par christine brunet /aloys


claude colson-copie-2

 

 


La Mare, en fin d'été

(vers le milieu de l'après-midi)

Huit jours avant l'automne, la mare.
L'air tiède, même chaud, n'est pas pour crier gare.
La nappe d'un vert prairie
S'étale, toute couverte de lentilles, en tapis.

Il appelle les pas, tente presque l'unique promeneur
Que séduit ici la belle douceur de l'heure.
Là-bas pourtant deux colverts s'ébrouent,
Trouant le plan,
Tout danger rappelant :
La mare ronde
A l'eau profonde.

Des feuilles jaunes se posent lentement, c'est doux ;
Elles reposent à présent sur ce vert étonnant
Auquel le cygne noir seul demeure indifférent.
Lui aussi perce l'eau de son bec rouge,
Fouillant, chassant, happant tout ce qui bouge.

Pour nous - et c'est là le flou -
Le grand mystère reste en dessous.

 

 

Claude Colson

claude-colson.monsite-orange.fr

Publié dans Poésie

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Journal de bord... Hugues Draye...

Publié le par christine brunet /aloys

 

H.draye

 

 

Sur les chemins de Compostelle ...
 
18 juillet 2011
 
Ca fait une semaine, aujourd'hui, que je suis parti ... tenter la suite de cette belle aventure.
 
Heutregiville.
 
Ouf ! J'arrive à retenir le nom de la localité où j'ai atterri, hier. Pas des moindres. Il s'agit d'un lieu connu, dans le coin. Eprouvé par la guerre de 14. Faut dire : Verdun n'est pas loin. Brigitte, la dame de l'endroit, m'a montré de vieilles cartes postales, d'avant la première guerre, avec, notamment ... la ferme où nous nous trouvions et l'église de l'époque (détruite lors de la guerre 14-18).
 
J'ai partagé la chambre (de l'endroit) avec un pélerin hollandais, Frans. Ca s'est bien passé. Sur son lit, le gars lisait un bouquin (en néerlandais, bien sûr) sur une espèce de mini-ordinateur de la taille d'un livre.
J'ai juste eu un peu peur, à l'idée que, la nuit, je peux ... ronfler. Et que ça puisse causer des problèmes.
J'ai juste eu un peu peur, vers deux heures du matin, lorsque j'ai du, dans le noir, tenter de quitter la chambre pour me rendre à la toilette, dans la salle de bain située elle-même à côté de la chambre. Final'ment, lorsque, le plus discrèt'ment, j'ai réintégré la chambre, c'est lui qui se levait ... pour se rendre au même endroit que moi.
Comme quoi !
 
Il a soixante-quatre ans, le FRans. Il est taillé comme un athlète.
Ce qui est fou, c'est que la rencontre entre lui et moi aurait pu se passer mal. De ... ma faute, cette fois, je l'avoue.
 
Faut dire ...
 
J'étais parti, le matin, de Château-Porcien. J'avais un peu tourné en rond dans le village, avant de trouver les bonnes balises. J'avais eu un mal fou à repérer les deux bras de l'Aisne, le canal des Ardennes, le terrain de sport, la coopérative agricole.
Ca f'sait plus d'un jour que je tentais de contacter un hôtel, à Bazancourt, renseigné dans le dépliant, où devait, logiqu'ment, se trouver la fin de l'étape. Sans réponse. Or, il était bien dit : réservation 48 heures à l'avance. Bien, bien. Heureus'ment que, dans le sillage, deux ou trois autres numéros de téléphone étaient renseignés. J'avais fini par tomber sur une dame qui m'avait dit de la contacter vers 18 heures, car son lieu d'hébergement se trouvait à dix kilomètres de là.
 
Faut dire, aussi ...
 
C'était la quatrième ou cinquième journée que je me remettais en marche, en repartant d'un point où j'étais arrivé, la veille. C'est passionnant, oui. On voit du paysage, oui. Mais ... poser ses bagages quelque part, dormir, reprendre ses bagages le lend'main, c'est de l'énergie physique, psychologique. Et je commençais à me dire qu'il serait temps que je me pose plusieurs jours quelque part, sans bouger. Heureus'ment que Reims n'était pas loin.
 
Faut dire, aussi ...
 
En chemin, une des bretelles de ma guitare a laché.
 
Alors, bon ...
 
Quand je suis arrivé, d'abord, à Bazancourt, que je suis tombé, une fois de plus, sur le premier bistro venu, c'était la Providence, la délivrance qui s'imposait d'elle-même. Et là, j'ai reçu un chouette accueil du tenancier et des clients du lieu.
A un moment donné ...
Le tenancier du coin me dit : "tiens, voilà un pélerin !". Il sort et appelle le gars en question. Je me réjouis. Je suis curieux. Un grand gars, avec des lunettes, une casquette et un sac-à-dos, entre dans l'enceinte. Mince : il parle pas français. Mince : il me rappelle sans doute quelqu'un que je ne garde pas dans mon coeur. Et ... quand il me parle, je m'arrange pour écourter. Je suis trop fatigué. Je veux pas écouter, c'est une torture. Et ... je lui tourne le dos. Le client, à côté de moi, a vu la scène et ... me comprend.
Quant au gars, lui, il ne désarme pas. Il s'assied, prend son portable (ou GSM), tente d'appeler des endroits pour loger. Et ... il repart.
 
Silence dans le bistro. Je sympathise avec la serveuse. Je sympathise avec un voisin de comptoir (venu de Guyane, je crois).
Et je commence à me dire : et si le gars "hollandais", que je viens de croiser, devait se trouver, ce soir, dans le même endroit que moi !
Et je commence à me dire : Hugues, prépare-toi, si le cas se présente, à retrouver le gars "hollandais", et à le vivre bien (il n'a pas à subir tes états de mauvaise humeur ... légitimes).
 
Et ... une heure plus tard (toujours dans le même bistro) ...
Une dame sort d'une voiture. Elle appelle un certain "Hugues" qui l'a contactée le matin. C'est bien là que j'irai loger ce soir. Et devinez qui je vois, dans sa voiture, qui l'a prévenue qu'il y avait un pélerin qui attendait au bistro : eh bien, Frans, le pélerin hollandais, comme je l'avais imaginé, comme je l'avais supposé ...
Et ... ça commence à bien se passer.
 
 
On ne passera qu'un jour à Heutregiville ... déjà le jour suivant, on nous conduit, Frans et moi, au début d'une espèce de voie romaine qui nous mènera vers Reims
 

 
on se salue bons amis ... on se reverra ...
 

 
allez : juste un regard vers la gauche
 

 
Frans me devance vachement, déjà ...

 

21 juillet 2011
 
C'est la Fête Nationale, aujourd'hui, en Belgique. Tiens, je l'avais oublié, pas plus tard qu'hier.
 
Trois jours passés à Reims. Trois jours que je ne regrette pas. Charlène, Julie, Dino, je vous emporte avec moi. Nous nous retrouverons toujours quelque part.
 
Ce soir, j'échouerai à Verzy. Je dois contacter un responsable de la maison paroissiale du village, sur le coup de six heures.
 
J'ai quitté Reims. Dans la pluie. J'ai entamé la Via Francegina. Que de ponts sur la route ! J'ai longé un canal. Aperçu une barque, avec des gosses qui ramaient, un chef de bande qui donnait le rythme au tambour, un prof' (ou un guide) qui dynamisait la bande.
 
Hier, j'ai aperçu une modeste chapelle, en face d'une des grandes usines où on fabrique du champagne. Foujita, un peintre d'origine japonaise qui a échoué à Montmartre, a décoré l'intérieur. Malheureus'ment, y avaient des chaînes tout à l'extérieur, je n'ai pas pu pénétrer dans ce lieu modeste.
 
Jusque Saint-Jacques de Compostelle : encore 2400 kilomètres à franchir. Pas encore pour moi !
 
Mon pied gauche commence à souffrir.
 

 
Dernier clin d'oeil à la chambre, à Reims, de la maison diocésaine où j'ai passé trois jours
 
Encore un ultime passage dans un bistro typé du coin 
Heureusement que les rues de Reims sont des labyrinthes ...
 

 
Allez, Hugues ... on se remet en route ... tournons à gauche, là où y a un pont ...
 

 
douce campagne pluvieuse ... j'ai dépassé Sillery ...
 

 
saluons le moulin de Verzenay...
  

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