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"Et si 2012 voyait la fin de l'humanité ?" ... Texte 5

Publié le par christine brunet /aloys

Un jour ordinaire de la fin du monde

 

Vendredi 21 décembre 2012, 7h45 du matin, le réveil n’a pas sonné. J’avais pourtant changé les piles la semaine dernière ! Quitte à être en retard, je vérifie toutes celles qui restent dans le blister avec le contrôleur de batteries : aucune ne fonctionne !

Entre midi et deux, quand les lumières du bureau auront été éteintes après le départ de mes collègues, et que je pourrais enfin consulter mes messages, je rédigerai rapidement une bafouille pour me plaindre !

Après m’être tordu le pied dans les escaliers, je monte dans ma voiture qui peine à démarrer. La batterie que le mécanicien m’a changée juste avant le début de l’hiver, doit être du made in pas fiable !

Encore un qui va m’entendre. Mon horoscope m’avait bien prévenu : rien ne va tourner dans le bon sens cette semaine - Ce qui m’a le plus surpris en le lisant d’un air détaché est la similitude des avertissements quels que soient les signes du zodiaque !

Le contrat n’est pas arrivé, je vais encore perdre la journée à lancer des bordées, à paraître de mauvaise humeur. Je vais de plus tacher ma cravate au resto d’entreprise : c’est toujours ainsi quand je prends de la purée au jus, seul aliment qui réussi à traverser mon gosier quand je suis énervé.

Ce matin, en apprenant que la tour de Shanghai a été décapitée par une météorite, j’ai cassé deux crayons, bousillé l’écouteur de mon smartphone qui m’annonçait la nouvelle et j’ai laissé mon chocolat-crème valser sur mes chaussures. Je devais justement les amener chez le cordonnier afin de les ressemeler pour la troisième fois. Bon, demain je mettrai des baskets !... mais est-ce que je me réveillerai demain – si mon réveil ne marche pas ?

Le contrat arrive, il est en serbo-croate ! Encore obligé d’appeler une traductrice du tribunal de commerce de Trabuc-les-oies pour le comprendre. Je n’aurais jamais fini pour 18h00 !

Qui sont ces stagiaires ? Personne ne m’a prévenu ! Ils sentent la soupe froide et parlent fort, ça me donne mal à la tête. Expliquer pour la millième fois les arrangements commerciaux internationaux des nations désunies me fiche la migraine et fini par me fatiguer les yeux – Je n’ai même pas emporté mon collyre !

L’alarme retentit, une alerte à la bombe au 12ème étage. Je saute dans le premier ascenseur ultra-rapide, plantant là mes élèves ennuyeux. Quand il ralenti, je sens que je vais me retrouver pour sûr au 12ème, mais lorsque la porte s’ouvre, il fait noir et ça sent plutôt le moisi !

Les caves de l’immeuble, c’est sûrement mon point de chute. Il n’y a personne, il fait froid, je n’ai pas pris ma veste ! Sont-ce des rats que je sens grouiller sur mes pieds ? Il y en a des centaines, ils quittent le navire – mauvaise augure ! J’aurais mieux fait de rester couché ce matin !

Quelle galère ! Comme tous les jours d’ailleurs, rien ne change et tout va de travers. La crise n’en finit plus de déglinguer ce qui reste encore debout. Que donnerais-je pour un petit voyage tranquille au Mexique, chez les Mayas qui savaient si bien vivre en symbiose avec la nature et ne se laissait pas embêter par tous des malotrus ! Un petit coup de hache, et hop une tête de plus qui roule !

La lumière vacille mais me permet enfin de me diriger vers une porte de sortie. Pourquoi y a-t-il des pots de peinture derrière ? Je vais finir mes chaussures en pataugeant dans ces flaques roses et caca d’oie qui suintent. Une autre porte là-bas, elle est ouverte !

Derrière il y a une grille et des cascades d’eau sale m’éclaboussent en frappant le sous-sol. Cette cataracte vient de si haut que j’ai l’impression que tout l’océan est en train de se déverser dans les froides fondations de la prestigieuse Fondation qui m’emploie !

J’entends au loin des hélicoptères, des sirènes, je vois des faisceaux de lumière qui semblent chercher quelqu’un – le monde entier sauf moi ! Quelle idée d’avoir fuis ainsi, je me retrouve coincé au 25ème sous-sol où personne évidemment ne viendra me chercher.

Il faut que je pense à décommander le restaurant où j’avais rendez-vous… oui, dans 20 minutes à présent mais je réalise que j’ai laissé mon téléphone si intelligent à sécher sur le radiateur. Allez, je crie !

Là en face de moi, au bout du couloir ruisselant, derrière les rats, il y a des gens ! Ils ne me voient ni ne m’entendent, ils s’enfuient eux !

Et toujours cette foutue grille ! Les hommes, les femmes, les enfants ont été emportés par la chute vertigineuse des eaux dont on n’entend plus que le fracas !

Sur un clou dans cette prison humide et inhospitalière, il y a pourtant une bâche dont je me devrais me couvrir pour ne pas mourir (sûrement) de froid !

Que puis-je faire à présent ? Quelle est donc cette journée (pourtant une fin de semaine… ça m’arrangeait bien) …Quel est donc ce jour d’avant Noël où tout-fout-le camp et, qui cependant me fait penser qu’enfin, je serais dispensé de passer des plombes sur Internet à choisir des cadeaux pour mes petits neveux ?

Pourtant, cette soirée au restaurant avec Yvette, ça m’aurait changé les idées ! Elle est chouette Yvette et elle a toujours de la chance, elle !

Mais je n’ai pas le temps de toutes façons, il faut que rédige au moins 3 lettres de réclamations, que je répare l’aspirateur et que je retrouve l’endroit où j’ai placé ces satanées baskets.

Tiens je vais être élégant demain en baskets au bureau ! Heureusement qu’elles sont noires, ça passera plus inaperçu.

J’ai un peu faim, il n’y a plus personne, aucune lumière qui tournoie au dessus du grand trou où s’abattent ces nouvelles chutes du Niagara. Je suis crevé, je vais m’installer dans cet espèce de hamac laissé par les ouvriers, me couvrir de la bâche et attendre.

J’ai trop peur de m’aventurer dans ces couloirs sombres pour chercher une issue.

Le sommeil me gagne, mon esprit s’apaise et ces tracas habituels laissent place à un silence reposant et agréable. Je vais m’endormir !

Demain, sera le samedi 22 décembre 2012, il fera jour et je pourrai découvrir un nouveau monde !

 

 

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"Et si 2012 voyait la fin de l'humanité ?" ... Texte 4

Publié le par christine brunet /aloys

Leçon de tricot, leçon de finance 

 

Chantal tricote, et le clic clic clic de ses aiguilles, un peu glissant, se noie dans ses vieilles mains adroites. Un pull pour sa petite fille, a-t-elle annoncé. Violette – que Chantal ne nomme qu’en chantonnant Viiii-o-lette-bi-cy-clette ce qui s’est hélàs étendu aux autres pensionnaires fréquentant la salle commune – Violette donc fronce les sourcils en tentant de deviner à quoi ressemblera cette étrange orgie de couleurs, matières et points. Chantal est allée en taxi – oui, en taxi !!! – à 25 kms de là chez Travaux d’aiguilles, douce nostalgie, et y a acheté des pelotes de ce qu’il y avait de plus cher, et en plusieurs teintes assorties : de la soie torsadée, de fines lanières de cuir enlacées avec du ruban, une laine rarissime au nom plus obscur que celui du plus reculé des villages du plus reculé des pays dans la plus reculée des chaînes montagneuses. On lui avait expliqué que c’était le nom du mouton dans la langue locale – laquelle encore ? – entre 11 et 13 mois exactement, moment précis durant lequel sa laine avait cette texture bien particulière et unique.  Elle avait acheté des boutons taillés dans des galets de la rive nord du lac Titicaca, là où une algue toxique leur donne une coloration inimitable.


Violette et les autres s’étaient échangées un regard tout d’abord ironique, et puis inquiet. Car Chantal n’était pas riche. Le home était de ceux « pour personnes indigentes ». Elles étaient toutes très adroites à extraire d’un euro tout le suc qui pouvait en sortir. On trempait deux fois son sachet de thé dans la théière, gardant la seconde pour les amies moins proches ou les profiteuses. On raccommodait les collants. Les cuillers tournaient longtemps et bruyamment dans les raviers de flan aux œufs. On se penchait au risque de piquer du nez pour ramasser une pièce de 20 centimes. Et voilà que Chantal jouait les dispendieuses, tout d’un coup !


C’est qu’elle changeait, c’était indéniable. La semaine d’avant elle avait été commander, chez Mignardises et gourmandises, un assortiment de petits fours par téléphone et se les était fait livrer comme une impératrice au home. Madame Groulard au secrétariat avait tout d’abord pensé qu’il s’agissait d’une mauvaise blague mais Chantal était arrivée en trottinant, son billet de 100 euros roulé dans la main tremblante, et lui avait demandé si elle pouvait organiser une petite réception d’anniversaire dans la salle commune. « Mais… votre anniversaire est le 28 décembre, Madame Loubet ! » à quoi elle avait ri avec espièglerie et décrété qu’elle avait plutôt l’intention de célébrer quelques non anniversaires d’ici là. Mince ! On n’était qu’en février… elle allait se ruiner à ce tarif-là.


Mais comment faites-vous pour l’argent, Chantal ? finit par demander Mademoiselle Simard, la vierge du logis comme on l’appelait en cachette car elle se vantait de n’avoir pas connu l’homme ce qui naturellement ne la faisait pas envier des autres. « J’emprunte à mon frère et à mon fils » répondit Chantal, avec le sourire sûr de lui de qui se sait un fin stratège. » « Mais enfin… ils savent quels sont vos revenus… ils savent que vous ne pourrez jamais rembourser ! » Mademoiselle Simard laissa percer un peu d’énervement devant cette accumulation de sottises, de l’emprunteuse aux prêteurs. « Je leur ai fait croire que j’allais recevoir un magot ! Un héritage d’un parent oublié en Amérique » expliqua Chantal, prenant un ton de conspiratrice tout en enfonçant la pointe de l’aiguille dans une maille, clic clic clic. « Quoi !!!! » et la voix aiguë de la vierge du logis fit trembler les vitres de sa saine indignation, « mais c’est impensable, Chantal ! Vous volez votre frère et votre fils ??? » « Mais non, voyons ! » se défendit Chantal, très contrariée parce que la surprise lui avait fait lâcher une maille « ils n’ont pas vraiment besoin de cet argent, aussi il ne leur manquera pas ». Elle se concentrait sur sa maille et son ton indiquait nettement que Mademoiselle Simard aurait mieux fait de connaître l’homme comme tout le monde plutôt que d’être tatillonne comme une dentellière. Mais la vierge du logis avait son point fort. Elle était raisonneuse et aimait aller au fond des choses, ce qui avait à la fois tenu les hommes loin de son lit mais aussi lui avait mérité que l’on ne discute jamais devant elle. Règle absolue que Chantal venait de négliger. « Mais c’est immoral, Chantal ! Immoral, ne le comprenez-vous pas ? Ils comptent sur cet argent que vous prétendez attendre d’Amérique et savez ne jamais arriver… » . L’émotion fait que son verbe s’accélère et que ses lèvres bougent frénétiquement, envoyant quelques postillons sur la tab le de formica et imposant à son dentier des soubresauts plutôt disgracieux qui n’échappent pas à Chantal.


« Gardez votre râtelier en place, Mademoiselle Simard ! » Elle les regarde par-dessus ses lunettes, et ne peut manquer leur expression choquée : les lèvres de ses compagnes sont retroussées et tremblantes, secouant quelques poils épars et dénudant des dents de tous les modèles. Des vraies, jaunes et déchaussées, des fausses à la régularité d’une fermeture éclair, et des absentes. Elle se met à rire et, posant son tricot sur les genoux, l’expression emplie d’une bonhommie bienveillante elle explique :

« Le 21 décembre 2012,  les enfants, c’est la fin du monde ! Alors, c’est le moment ou jamais de claquer tout ce qu’on a ! Ma nièce, elle n’aura que quelques mois pour se pavaner dans son pull de folle, mais elle sera contente. Et après-demain, je vous invite à un autre non-anniversaire ! »


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"Et si 2012 voyait la fin de l'humanité ?" ... Texte 3

Publié le par christine brunet /aloys

FIN DU MONDE

 

En rentrant du jardin avec une branche de thym, je passe dans le hall. Mon attention est attirée par des chuchotements. Au début, c'est juste un murmure, une parole retenue comme si quelqu'un se parlait à lui-même ou faisait des confidences au téléphone. Je saisis à peine un mot ou deux. Je m'approche de la porte du bureau. Je dresse l'oreille. J'entends : "J'ai peur. Je ne veux pas mourir."

 

Je frappe à la porte, je n'obtiens pas de réponse mais j'ouvre. Maxence est face à l'écran de l'ordinateur, je m'approche de lui. "Qu'est-ce qui se passe ?"

 

"Lis, Maman. Lis donc…" Je regarde la phrase qu'il me désigne du doigt : "la fin du monde est prévue pour le 21 décembre 2012".

 

"Tu te rends compte, juste avant Noël. Je ne veux pas mourir… Je n'ai que 13 ans. J'ai peur !"

 

Je hausse les épaules. "Ce sont des bobards. Quand tu étais bébé on prédisait aussi plein de choses pour le premier janvier 2000. Pourquoi donc es-tu allé sur ce forum ? Tu n'as rien de mieux comme occupation ?"

 

"J'ai lu dans le journal que les Mayas avaient fait des prédictions, alors, je cherche… Lis tout, tu comprendras. Il y aura un alignement de planètes, l'activité du soleil va augmenter… Einstein lui-même avait affirmé que ça pourrait occasionner de graves conséquences…"

 

Je hausse de nouveau les épaules : "Oh Maxence ! Laisse cela. Va plutôt m'acheter un pot de crème fraîche à l'épicerie du coin. J'en manque. Ça me sera utile et ça te changera les idées." Il me fixe sans paraître me comprendre. Il répète : "J'ai peur. Tu dis toujours qu'il faut avouer ce qu'on a sur le cœur."

 

Oui, je suis convaincue qu'il faut oser s'exprimer pour se soulager. Mais là, j'ai un coup de pompe, je suis lasse, fatiguée, je ne sais plus où donner de la tête. Mes heures sont comptées pour venir à bout de mes préparations culinaires et j'agis au plus pressé. En cette veille de réveillon de Noël 2011, j'ai passé toute la matinée et le début de l'après-midi à jouer les grands chefs. Je n'ai pas l'esprit à argumenter. Combien d'autres fois, n'ai-je pas pris le temps de discuter avec lui pour tenter de remettre ses idées en place ? J'en ai l'expérience : ça n'est pas facile de convaincre un ado hypersensible que les rumeurs, légendes urbaines ou superstitions qui circulent dans les médias ne méritent pas l'intérêt qu'il leur porte. Comment lui laver l'esprit de ces pensées noires ? Je me contente de lui caresser la tête, de poser un bisou sur sa joue et je retourne à la cuisine. Au bout d'un temps, je crie : "N'oublie pas la crème fraîche". Quelques minutes plus tard, il sort en claquant la porte. À son retour, il est en compagnie de son copain Fabien, un gamin qui a les deux pieds sur terre. Maxence a le sourire aux lèvres. En plus de la crème, il s'est offert des cuberdons à l'orange.

 

Quand j'en ai terminé avec mon pâté de poissons, mes crumbles aux légumes et mes verrines apéritives, il est près de seize heures. En guise de goûter, je vais porter des cakes aux olives aux garçons. Avant d'entrer, j'entends leur conversation.

 

"Ce qui doit arriver, arrivera. On ne peut rien empêcher. Se tracasser ne pourra rien changer."

 

"Tout de même, quand je lis ce qu'on raconte sur les blogs et les forums, j'ai peur de mourir !"

 

"On passera tous par là… T'as déjà rencontré mon grand-père ? C'est pas comme tes vieux ou les miens. C'est un rigolo. Eh bien, il dit qu'il y a trop à faire pour perdre son temps en blabla et en disputes."

 

"Ben oui mais j'ai peur…"

 

Qu'aurais-je dit de plus que Fabien ? Je frappe, j'entre : "Voici quelques cakes aux olives. Si vous voulez de la limonade, venez vous servir à la cuisine." Seul Fabien me remercie. Je lis une sorte de flamme dans le regard de Maxence. Un instant, je me demande s'il ne joue pas simplement à se faire peur. Il n'a plus l'âge de lire des histoires d'ogres, de sorcières, de méchantes reines mais c'est sûr, il adore les films d'horreur, de vampires, de morts-vivants. Il lui arrive de s'en délecter à longueur de dimanches pluvieux.

 

Le soir, dans le lit, blottie contre Rudy, mon mari, je lui parle des peurs de Maxence, du malaise que j'éprouve à l'avoir abandonné à ses craintes. "Tu as fait ce que tu croyais bon. Qui peut se vanter d'être parfait ? Tiens, tu aurais pu lui demander ce qu'il pensait être la fin du monde ? Une tempête ou un tremblement de terre ? Il se fait peut-être un film comparable à ce qui s'est passé en mars au Japon. Tu aurais pu aussi lui dire que si dans un an, c'est vraiment l'anéantissement de notre espèce, nous mourrons tous et que finalement, ce sera mieux que de pleurer son mari et son fils morts dans un accident d'auto comme le fait ta sœur depuis plus de dix ans. Tu t'imagines ! Mourir tous ensemble, ça simplifierait tout ! Pas de deuil, personne à consoler sans résultat. Tu vois ça t'aurais emmené loin…"

 

Le lendemain, toujours un peu culpabilisée de mon attitude vis-à-vis de Maxence, je me relie à Internet. Je lis : "Un astéroïde menace la terre pour 2036 !" Voilà qui rassurera sans doute Maxence. Il est près de dix heures et il profite des vacances scolaires pour s'offrir une grasse matinée. Je souris, convaincue que si je cherchais encore un peu, je trouverais une date de fin du monde encore plus éloignée !

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"Et si 2012 voyait la fin de l'humanité ?" ... Texte 2

Publié le par christine brunet /aloys

ROUGE CHLOROPHYLLE

 

N’es-tu point lasse, ma sœur ? Je le suis, moi.

Si je… Quoi ? Je ne prie pas, non. Ne sois pas stupide ! Non, tu vois, je suis simplement assise, là, en tailleur, sur un rocher, et ce depuis des heures, et des heures… Et des mois !

J’écoute le bruit de l’eau qui coule, en une majestueuse cascade, qui va nourrir le fleuve, bien plus bas. Et même si ce bruit est passablement tonitruant, il m’apaise… Il est pur. Si pur. Merveilleusement pur dans toute sa puissance.

Chut ! Écoute cela… C’est beau, n’est-ce pas ?

Chut ! Ça me rend… malade ! Il y a cette colère, sourde, là, en moi. Cette… haine !!! Prête à exploser, comme le Pinatubo ! Peut-être ont-ils raison, au final ? La terre a tout donné. Tout. Et de l’eau, et du bois, et le feu… (Pas le feu, exact). Des fruits, les animaux… Et tous ces cadeaux eussent dû suffire mais non ! Non, ma sœur. Ceux de leur espèce, les mâles ! Ces stupides singes arrogants ! Ils en ont voulu toujours plus ! Et des armes ! Et des chars ! La bombe H ! Ils ont… Ils ont piétiné les fleurs !

Mes jolies petites fleurs… Mes arbres… Mes forêts… Je ne pleure pas, non !!!

Mégalomanie, oppression… Toujours plus de pouvoir… Corruption. Ils ont piétiné la vie, leurs frères, pour toujours mieux piétiner la nature.

(?) Ils ont stigmatisé les différences, tout à fait. Le profit ! N’en parlons pas ! Tu as raison. Stupides singes… Ils ne respectent rien. Ni personne. Ma pauvre Amazonie !…

Ils ont éventré la Terre, ils ont pollué les mers, ils ont fait un trou énorme, dans le ciel.

Alors, ils ont peut-être raison. Je suis lasse de tout cela. Je ne me dresserai pas sur la route de nos frères, non. S’ils ont pris leur décision, qu’il en soit ainsi. Non, je resterai assise, là, en tailleur, sur ce rocher. Qu’ils engloutissent les hommes dans les entrailles de la Terre ! Qu’ils les brûlent, tous, sans exception ! Que la planète vomisse sa lave sur les gouvernements corrompus ! Qu’ils fassent monter les eaux ! Qu’ils libèrent… le Kraken ! Qu’ils laissent exploser la foudre ! Je m’en moque ! Peut-être, même, que je les aiderais. Ou prendrais les commandes… Car ce n’est pas très gentil de provoquer mère Nature !

 

Quelques mois plus tard, en Allemagne, Angela se réveilla d’un long coma dans sa chambre d’hôpital psychiatrique. Il lui fallut plusieurs dizaines de minutes avant de réaliser qu’elle était là, toute seule, abandonnée. Personne ne répondant à ses appels.

Elle se mit péniblement sur son séant, puis se leva, titubant, arrachant, au passage, ses perfs. Elle arpenta le long couloir vide, où le silence n’était rompu que par les ampoules qui

grésillaient. Elle trébucha sur un livre, sans doute oublié par un mioche. Il s’agissait d’un exemplaire du Petit Nicolas, qu’elle piétina hargneusement.

Dehors, un bien étrange spectacle s’offrit à ses yeux pas encore bien réhabitués à la lumière du Soleil : la nature avait presque entièrement repris ses droits. Le monde redevenait sauvage. Des squelettes de voitures et d’autocars pourrissaient, comme de vulgaires carcasses de gnous et d’éléphants dans la savane. Des réverbères, des kiosques, se dressaient encore, désormais insolites, comme les immeubles, envahis par les racines et les lianes.

Tout en explorant ce monde perdu, Angela remarqua des tracts collés un peu partout sur des panneaux d’affichage : « Paco Rabanne prédit la fin du monde pour le 26 décembre 2012 ». Étrange. Mais Angela continua sa marche, et se prit un journal en pleine face. Elle s’en saisit pour regarder les gros titres :

« Bilan 2012 : 4 avril : inquiétante montée des eaux ; Venise anéantie ! 6 mai : l’image choc d’une SDF, morte en serrant son enfant dans ses bras devant le Bundestag, fait le tour du monde. 12 septembre : réveil des volcans éteints ; la foudre tombe du ciel sur les résidences officielles présidentielles, les sièges de l’Otan, de l’ONU, et sur toutes les bases militaires. La fin du monde serait-elle à nos portes ? 12 décembre : déjà plusieurs milliards de morts ; les plantes ont envahi le monde et anéanti les hommes. Retour de manivelle ou… vengeance divine ? Ceci pourrait bien être notre ultime publication ».

 

25 décembre 2012, population mondiale : 1.

 

Angela chiffonna le journal et le jeta. Après quelques heures à, tour à tour, trembler de peur et se féliciter d’être la nouvelle Ève en ce nouvel éden, elle entendit un bruit strident semblant provenir du ciel. Elle s’immobilisa, se retourna, et leva des yeux hébétés de bovin. « Fais chier » murmura-t-elle. Et le fragment d’une quelconque station spatiale la pulvérisa…

 

26 décembre 2012, population mondiale : 0

 

– Non, mes frères, ne détruisez pas la Terre, exigea Déméter. Je vous ai aidés et vous l’avez eue, votre partie d’Apocalypse… Je veux, maintenant, mon paradis vert ! La Terre n’était pas responsable de l’arrogance destructrice des hommes ! Leurs armes… Leurs usines. Leur pétrole ! La politique ! Tant pis pour eux. Au tour des fleurs et des plantes de régner.

– Car ce n’était pas très gentil de provoquer mère Nature, répondit Zeus, amusé. Soit, ma sœur, si tu veux… Bien ! Qu’allons-nous faire, à présent, sans nos jouets ? Une idée ?

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" Et si 2012 voyait la fin de l'humanité"... Texte 1

Publié le par christine brunet /aloys

Le jour où ça craquera
Je veux être dans tes bras 
*

 

 

« Quand, à force de n'y pas croire,
Notre monde explosera,
Quand se fera la nuit noire
Je veux être dans tes bras.
Au diable ces lois trop grandes
Qui de nous, disposeront,
Moi, simplement, je demande
Que ça ne soit pas trop long. »

 

Leur sommeil avait été agité, peuplé de rêves étranges que l’aube sale peinait à dissiper. Saisis d’une irrépressible angoisse métaphysique devant la vertigineuse solitude d’un monde vidé de son humanité, ils osaient à peine se regarder.

« Tout bien pesé, je crois que j’aurais préféré y passer tout de suite… » murmura-t-elle en se massant douloureusement l’estomac.

Il opina sans un mot, un bras passé autour des épaules de sa compagne dont le délabrement physique aurait nécessité les soins les plus urgents. Il se demanda combien de temps elle aurait pu espérer survivre. Et lui-même qui, rongé tout comme elle par l’incessant bombardement des particules de haute énergie, s’efforçait sans succès de faire semblant d’être à peu près en forme.

Survivre… Il faillit éclater de rire devant l’absurdité d’une telle idée. Ne vivaient-ils pas les derniers jours du monde ? Et, suivant en ceci leur propre choix, leur tout dernier jour ? Il vérifia la présence, dans sa poche, du précieux tube de pilules. Tout ça n’avait plus aucun sens…

 

Il se remémora des pans entiers de leur insouciante jeunesse. Le temps du bonheur, les jours heureux. Et la fin des jours heureux.

Après la chute du rideau de fer, on avait pourtant bien cru y avoir échappé. Et la dissémination sournoise des armes de destruction massive n’avait pas fait ressurgir l’inquiétude que l’on aurait dû légitimement éprouver. Jusqu’à ce que, de façon inattendue, le spectre de la guerre atomique refît son apparition.

Israël, las des tergiversations du gouvernement des Etats-Unis,  avait pris l’initiative d’une première frappe sur l’Iran. De façon indépendante mais bizarrement concomitante, l’Inde avait attaqué le Pakistan, dévastant Islamabad et pulvérisant les silos de missiles nucléaires.

Les pays arabes avaient réagi en décrétant un embargo total sur le pétrole destiné aux pays occidentaux, provoquant une attaque de grande envergure de l’armée américaine au Moyen-Orient. Russes et chinois avaient lancé un ultimatum resté sans effet.  La situation internationale s’était très vite dégradée.

Puis tout s’était déchaîné…

 

Une ultime folie destructrice s’était emparée des hommes. L’humanité ne venait-elle pas, au fond, d’accomplir son inéluctable destin ? Levant les yeux vers le ciel qui s’assombrissait, il la serra plus fort contre lui. Elle pleurait doucement, à petits hoquets réguliers.

Il essuya de l’index les larmes qui coulaient sur ses joues creuses. Son pauvre visage déformé par la souffrance. Il se pencha pour chantonner contre son oreille un refrain des années soixante. Un succès populaire qu’elle avait bien aimé.

Elle renifla, puis le regarda en souriant faiblement.

« Ce sera bientôt terminé… » chuchota-t-il tendrement. « Réjouissons-nous de tout ce que nous avons eu la chance de connaître. Toutes ces années de bonheur qu’aucun Docteur Folamour ne pourra jamais nous voler ! »

Il vida la moitié du tube dans la paume de sa main et lui tendit le reste. D’un geste machinal, elle en fit autant. Puis, comme s’il s’agissait de quelque chose de tout à fait banal, ils avalèrent le tout presque en même temps.

Sans qu’ils s’en rendissent compte, la résignation avait peu à peu succédé au désespoir. Ils allaient en finir ensemble.

 

« Aujourd'hui, tu dois me croire,
C'est pour toi que je vivais,
En attendant la nuit noire
Ne me quitte plus jamais.
Je ne veux plus penser même
Qu'il y avait un ciel bleu,
Je souhaite à tous ceux qui s'aiment
De mourir comme nous deux. »

 

 

* Chanson d’Anne Sylvestre

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La porte... Jean Destree vous propose un extrait de sa pièce de théâtre

Publié le par christine brunet /aloys

IMG 1738

 

 

 

Il ne faut pas laisser la porte ouverte

 

 

 

Germaine! Germaine! Germaine! Non d'un chien, Germaine, qu'est-ce que tu fabriques encore? De quoi être enragé. Pas moyen qu'elle soit à l'heure! Où est-elle donc encore fourrée? Chez sa voisine sans doute, à bavarder comme une vieille radoteuse qu'elle est! Elle sait pourtant bien qu'elle doit être ici une bonne heure avant le spectacle. Combien de fois ne lui ai-je pas répété. Une heure avant, Germaine! Une heure avant! Il ne faut pas faire attendre le public. C'est sacré, le public!

 

Un temps. Gérard fait une nouvelle fois le tour de la pièce.

 

Ah oui! Je sais bien qu'elle marche difficilement avec sa jambe de bois. Elle pourrait quand même faire un petit effort pour être ici quand j'arrive.

 

Il fouille dans les tiroirs en pestant, sort le matériel de maquillage puis se tourne vers le public. Il soupire.

 

Vous connaissez Germaine? Ne me dites pas que vous ne la connaissez pas. Voilà plus de quarante ans qu'elle officie dans ce théâtre. C'est un personnage connu. Au fait, c'est vrai. Suis-je bête. Bien sûr que vous ne la connaissez pas. Personne ne la connaît ici, à part le directeur, le régisseur et quelques techniciens. On la rencontre, on la salue, quand on est poli, mais on ne la connaît pas. Un temps.

 

C'est vrai qu'on ne connaît pas les petits, les tâcherons, les sous-fifres. Et pourtant, elle fait partie du personnel avec les machinistes, les électriciens, les décorateurs, les techniciens de toutes sortes, les employés, les secrétaires, tous ces gens sans lesquels un comédien n'a plus qu'à remettre sa culotte - comme le proclame une chanson révolutionnaire - et s'en aller s'embaucher ailleurs. Professeur d'académie, par exemple. Ou gratte-papiers chez un vieux notaire. Notez, je n'en veux pas aux professeurs d'académies. Aux notaires non plus. Des profs d'académie! Il en faut pour éveiller les enfants à l'art de bien dire. C'est nécessaire par les temps qui courent. L'art doit être à la portée de tous et non de quelques-uns tout pleins de fric qui souvent n'y comprennent rien et qui vont au théâtre ou au concert pour se faire voir et… faire des rencontres qui rapportent!

 

Il se lève, fait les cent pas dans la loge. Il s'arrête un instant, fait mine de demander le silence, met la main à son oreille et écoute attentivement. Puis il reprend sa marche. Il parle tout en se promenant dans la pièce.

 

Germaine, c'est mon habilleuse. Elle me bichonne depuis plus de vingt ans que je sévis dans ce théâtre. Oui, oui! Vous avez bien entendu: vingt ans. Un bail, n'est-ce pas? Ah! Vous l'aviez deviné! Je me doutais bien que mes spectateurs étaient des gens intelligents. Vous êtes très forts. C'est un bon point pour vous. Quelle brave femme, ma Germaine! Une brave jambe de bois avec ses soixante-cinq ans de vie toute simple, une toute petite vie que l'on croit sans problème et sans solutions. Germaine, elle boîte.

Écoutez! Mais écoutez donc!

 

Il tend l'oreille. On entend le toc toc assourdi d'un pilon qui frappe sur le plancher devant la loge.

 

Écoutez! La voilà! Chut! Ne dites rien! Chuuut! Mais taisez-vous donc, vous allez lui faire peur. Elle a horreur du bruit. Écoutez le son de sa jambe sur le parquet du couloir. N'est-ce pas que c'est impressionnant? Non?

 

Il écoute encore, imposant le silence à la salle.

 

Et pourtant, elle ne l'a pas toujours eue, sa jambe de bois. Elle remplace l'autre, la vraie en chair et en os. C'est banal, n'est-ce pas? Comment dites-vous? Oui, oui! Vous avez parfaitement raison. C'est tout à fait ordinaire, au point que cela ne vaut presque pas la peine d'en parler. Comme la balle qui l'a fracassée ce jour de juillet 1950 près de la gare des Guillemins, vous savez, ce qui était la belle gare de Liège, en Wallonie.

 

La porte s'ouvre doucement. Germaine entre presque sans faire de bruit. Elle reste immobile, attendant un signe, puis s'approche de Gérard qui lui tend son front. Germaine y dépose un petit baiser tout maternel.

 

A l'hôpital, les médecins, de bien braves gens, ceux-là, eh bien! ils n'ont pas pu lui sauver sa jambe, parce que l'ambulance était restée bloquée par les gendarmes au Pont d'Avroy. Oui, le Pont d'Avroy, c'est à Liège, en Wallonie. Il y avait des barricades. Et ça pétaradait, et ça pétaradait! Les gendarmes à cheval chargeaient, les autopompes arrosaient les manifestants. Germaine sortait de chez le boucher et voulut traverser la rue. Pan!... plus de jambe! Comme ça! Elle est tombée sur le trottoir mais pas un gendarme ne s'est dérangé pour lui porter secours. Ils étaient bien trop occupés à taper sur les grévistes.

 

Il s'approche d'elle et l'aide à s'asseoir.

 

N'est-ce pas, Germaine, que c'est comme ça que ça s'est passé. Assieds-toi. (Un temps). Tu sais, j'étais furieux que tu sois en retard, surtout un jour comme aujourd'hui. Tu montes si mal les escaliers. Il y en a trop. Ils sont trop raides. Ils sont trop vieux, usés... comme nous. Alors, c'est fini! Ce soir, on ferme. Toi aussi, tu vas partir vers une petite vie tranquille. Soigner tes chats et tes canaris.

 

Germaine sort un mouchoir, s'éponge le front. Elle se lève et se dirige vers la garde-robe pendant que Gérard, qui s'est assis à sa table, commence à se préparer. Elle sort les vêtements un par un et les dispose sur un fauteuil après les avoir époussetés de la main.

 

Tu sais, tu es un peu ma mère. Tu as toujours été une mère, rouspéteuse mais attentive, colérique et bichonnante. Et moi, je me sens comme ton petit garçon. Peut-être ai-je remplacé celui que tu as perdu en 40 sur les routes de France, quand tu fuyais avec tous les autres et qu'une balle perdue... une de plus...

 

Pendant ce temps-là, moi, comme un pauvre demeuré innocent, je croyais sauver la patrie. Ah! Ce qu'on peut être naïf quand on a vingt ans et qu'on est plein d'ardeur et d'illusions. C'est chouette de croire qu'on va sauver le monde. Tu parles! Sauver la patrie! Ha!ha!ha! Sauver la patrie! Ho!ho!ho! Quand j'y repense! Ce n'est pas croyable! La patrie! Il chante. Allons z'enfants de la patrie!

 

(Un temps.)

 

Mais comment est-ce possible, enfin! Il chante. Le jour de gloire est arrivé! Ah! Oui! Il est arrivé, le jour de gloire! Avec les officiers qui se barraient plus vite que des lapins, dans leurs grosses voitures en nous laissant en plan devant les panzers. Sauver la patrie! Avec un grand chef qui n'attendait que ça pour se vendre aux envahisseurs en prétendant rester avec ses soldats. Oui, avec sa poule surtout. Pendant qu'on se cachait, qu'on se couchait pour éviter les obus ou les rafales de mitrailleuse, Monsieur notre grand chef, faisait l'amour avec sa nénette. Celle qu'il épousera d'ailleurs, tandis que les milliers de prisonniers wallons croupissaient dans les stalags et les oflags. Oui, c'est beau la guerre quand on est à l'abri derrière son titre de chef suprême. Ha! Ha! Sauver la patrie! Holà! La garde! Sauvons la patrie! Il chante. En avant contre la tyrannie! Sauver la patrie! Ah oui! Mais laquelle? La mienne? Un temps.

 

Mais personne ne s'en occupait, de ma patrie à moi. Et surtout pas ceux dont c'était le devoir. Sauver ma patrie, celle de mes parents, de mes grands-parents, ce petit village du Namurois qui se dépeuple parce qu'on y a supprimé le train et le tram parce que ça ne rapportait plus. Comme presque partout dans ma Wallonie où l'on a fermé les usines pour en faire naître à Hongkong, Séoul, Santiago, Libreville.

 

Il se tourne vers le public et fait mine d'interpeller un spectateur.

 

Mais qu'est-ce que je vous raconte-là? Je m'égare. Allons, Gérard, du calme! Pas de panique et surtout pas de propos indécents un soir de dernière. Si tu continues, la maréchaussée va venir te chercher à la fin de la pièce. Elle va te demander pourquoi tu commets un crime de lèse-majesté. Comme si les "majestés" n'avaient pas le droit d'être critiquées quand elles font des conneries.

 

Jean Destree

Publié dans Textes

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Isa Lise est l'invitée d'Aloys !

Publié le par christine brunet /aloys

 

IsaLISE.jpg

Biographie :

 

A l'âge de 4 ans, fascinée par les mots, Isa LISE s'exclama : « Quand je serai grande, je seraijournal-interdit.jpg écrivine ! » Rapidement, elle dévora livre après livre et s'essaya aux jeux de l'écriture, écrivant plusieurs romans qui s'endormirent au fond de ses tiroirs.

Adulte, elle obtint une licence de Lettres Modernes, suivit plusieurs formations et occupa différents emplois.

Depuis quelques années, elle s'implique également dans des activités associatives.

Cependant, l'écriture chevillée à l'âme, elle comprit que celle-ci demeurait encore et toujours sa passion. Alors, elle décida de vivre son rêve en se donnant les moyens de devenir romancière.
C'est ainsi que "Margaux, zéro défaut... ou presque", une fiction dont l'héroïne est une femme contemporaine, vit le jour en avril 2011.
En janvier 2012, elle accoucha de romans-jumeaux : un roman fantastique intitulé "Le Journal Interdit" et "Un doigt pointait vers le ciel", un roman policier.

 

Isa Lise nous propose de courts aperçus de ses textes et de son univers ...

 

Extraits

Margaux, zéro défaut… ou presque

"Ce matin-là, métamorphosée en tortue portant son cartable sur le dos, j'ai péniblement traversé la cour goudronnée de mon nouveau lieu de détention. La fraîcheur et la tristesseun-doigt.jpg matinale de ce matin brumeux et gris d'automne m'ont tout de suite avertie que j'allais devoir renoncer ici à certains de mes petits voyages irréels. Les visages tristes étaient chiffonnés de sommeil. Les yeux inquiets des autres nouveaux surfaient d'un enfant à l'autre. Et tout à coup, une envie de rire a grimpé au fond de ma gorge."

 

Un doigt pointait vers le ciel

« Sofiane la dévisagea, refusant de comprendre. Sybille la chassa d’un geste las et tendre. Alors, l’enfant accepta. Lorsque la fillette regarda à nouveau dans leur direction, elle vit sa sœur couchée sur leur mère, son chemisier blanc devenu rougeâtre,  des perles de chagrin au coin des yeux… Elle serra très fort les dents et fit ce qu’on attendait d’elle : ellemargaux0.jpg alla siroter un lait indigeste avec le petit garçon et la femme, sans identifier clairement le chocolat tant l’odeur âcre de l’essence s’était invitée dans son nez, tant celle-ci et tout ce qui s’y rattachait étaient gravés dans son âme… Jamais plus elle ne pourrait boire un chocolat sans penser au véhicule qui avait détruit son enfance, songea-t-elle. »

 

Le Journal Interdit

« Les traits de cet homme sont impénétrables. Ses yeux semblent maussades. Son front est grand et marqué, son visage carré, pourtant son nez retroussé offre un parfum d’enfance… Sa bouche… Cette bouche sourit-elle ? Elle me semble séduisante et malgré tout, elle m’effraie. Est-elle avenante ou carnassière ?  Tout autour de ce visage, j’ai griffonné une chevelure fournie retenue par un fragile élastique. Je le devine grand et rebelle. Mystérieux… Ténébreux ?

Pourquoi me hante-t-il ? Qui est-il ?

Je préfère jouer les midinettes et me persuader qu’il s’agit peut-être de l’homme de ma vie… Mais si tel est le cas, n’est-il  pas effrayant de l’avoir deviné ? » 

Publié dans l'invité d'Aloys

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Comme une caméra, une chanson en vidéo d'Hugues Draye

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Hugues Draye

www.myspace.com/huguesdraye

Publié dans vidéo

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Il était une fois, un texte de Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

delvilletete

 

IL ÉTAIT UNE FOIS…

 


 

Il était une fois… C'est en général ainsi que commencent les contes de fée et pourtant cette histoire n'a rien de féerique, elle est magique seulement…

 

Dans les années 1880, Trophime, mon arrière-grand-oncle qui travaillait à Anvers a inventé un nouveau type de téléphone. C'était surtout sur la partie écouteur et micro que ses activités le menaient.

 

Il avait conçu cela surtout pour le confort des clients qui commençaient doucement à s'intéresser au téléphone. À l'époque, on se focalisait plus sur l'esthétique de l'appareil que sur ses performances. Les postes étaient parfois en bois précieux pour les clients riches.

 

Le principe était simple. On tournait une manivelle située sur le côté et cela faisait tinter une sonnette qui "réveillait" une préposée dans le bureau local à qui on demandait de vous mettre en communication avec votre correspondant. La charmante personne vous branchait vers la centrale de la personne appelée qui sonnait chez lui et réalisait enfin la liaison.

 

Tout un programme !

 

Les années venant, cela s'est modernisé. Les braves dames ont été remplacées par des machines mécaniques qui réalisaient le même travail, plus rapidement. De nos jours, ces machines fort bruyantes ont fait place à l'électronique.

 

Dans les années 1980, j'ai moi aussi été dans le "téléphone" et contrairement à Trophime, je n'ai rien inventé, maintenant on travaille en équipe ! Je me suis occupé de choses dont mon ancêtre n'avait même pas idée que cela existerait un jour, comme les téléphones portables…

 

Il paraît qu'à son époque, les standardistes étaient choisies pour leur belle voix alors qu'aujourd'hui on choisit les collaborateurs en contact avec le public pour leurs jolis yeux bleus…

 

Jadis, les "belles voix" étaient parfois un peu moches. Aujourd'hui, les "jolis yeux bleus" n'y connaissent parfois pas grand-chose !

 

Il était une fois un téléphone sans fil mais aussi sans âme !

 

Louis Delville

louis-quenpensez-vous.blogspot.com 

Couverture Louis dernière version copie

Publié dans Nouvelle

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Christine Brunet a lu "En quête de sens" de Christel Marchal

Publié le par christine brunet /aloys

ma photo

ISBN 978-2-87459-583-7

Editeur : Chloé des lys

 

Que voilà un sujet pas vraiment gai... L'autisme et le désespoir d'une mère face à la souffrance de sa fille. 

Souffrance ? Pas si sûr en fin de compte. On assiste à une sorte de chasse au trésor ou de jeu de piste à travers Bruxelles, une découverte originale au fil des statues et des oeuvres d'art de la capitale.

Un petit livre pétillant, plein de vie, de couleurs, d'espoirs qui nous entraîne malgré nous au fil des pages et des bulles roses du chewing gum de Léo.

Qui est l'autiste ? Agathe ou sa mère qui s'enfonce peu à peu ? Léo et ses tocs, qui sait ?http://www.bandbsa.be/contes3/enquetedesensrecto.jpg Mais Agathe ? Non... Agathe est une artiste, d'une intelligence supérieure, pas une autiste... D'ailleurs, remarquez... une seule lettre sépare les deux mots !

Un style atypique chargé d'odeurs, d'impressions, de flashes colorés qui tournent en rond, nous plongent dans l'univers d'Agathe et éclatent pour notre plus grand bonheur en brisant la spirale infernale des mots. Des mots qui tournent en rond comme les gestes d'Agathe ou les tics de Léo. En rond... peut-être pas le bon mot non plus... Sous la plume de Christel marchal, les mots s'envolent en un tourbillon d'impressions qui nous laisse entrevoir une petite ouverture éblouissante, une fenêtre sur l'amour.

En quête de sens est un livre qui ouvre l'esprit à la différence et sonne le glas des idées préconçues, un livre qui ne peut pas laisser indifférent, un livre poétique à trois dimensions qui fait appel à tous les sens du lecteur. Un livre à découvrir, absolument.

Christine Brunet
www.christine-brunet.com
www.passion-creatrice.com
www.aloys.me

Publié dans Fiche de lecture

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