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Texte 4 du concours

Publié le par christine brunet /aloys

 

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NOS TOUTES PETITES VIES   -  

 

- La compagnie vous souhaite un bon vol, Monsieur Bredoux.

J’esquisse un sourire à l’hôtesse, un sourire chargé de fatigues.  Et je vais me perdre un peu plus loin.  Je déteste Orly.  La grande horloge murale me rappelle que mon estomac crie famine depuis plus d’une heure.  Mais je ne l’entends pas.  Je suis ailleurs.  Au plus profond de ma toute petite vie.  Une lassitude au coin des yeux.  J’ai acheté un billet pour le premier vol disponible, la Norvège.  N’importe quoi.  Encore une heure d’attente.  Alors je fais le point, je m’interroge sur cette existence éparpillée qui est la mienne, cette succession de jours dénués de tout sens.  Objectif numéro un : quitter Paris.  Changer d’air.

 

Autour de moi, la salle de transit n’en finit pas de s’emplir et se désemplir.  Observateur discret, je deviens le témoin de scènes impossibles où jouent des personnages rocambolesques.  La vie est un théâtre.  Je regarde vivre, ou survivre les gens.  Manège incohérent de voyageurs colorés et de businessmen cravatés jusqu’à l’étranglement.  Et tous ces anonymes qui palabrent trop fort, qui s’esclaffent.  Qui s’embrassent… 

 

Sur la banquette en face de moi, une jeune femme perdue dans son roman n’a plus tourné sa page depuis vingt bonnes minutes.  Son regard égaré ne semble plus savoir ce qu’elle attend.  Mais son portable retentit, et la voilà qui ressuscite.  Elle se redresse, replace une mèche de ses cheveux, réanime son sourire et se regonfle d’un peu d’espoir.  Je souris malgré moi.  Le bonheur la rend jolie.

 

Mais rapidement, son regard semble s’interroger.  Apparemment, la conversation prend une tournure inattendue, et voilà son visage qui à nouveau se fane.  Son corps se courbe.  Les mots qu’elle entend la giflent de plein fouet, l’anéantissent.  La jolie mèche lui retombe sur le visage.  Interdite, elle tente quelques interjections, ose une ou deux questions, mais l’interlocuteur s’en est allé, au bout du fil, au bout du monde.  Et le temps d’un sanglot, c’est sa planète entière qui s’effondre sous ses pieds.  Son portable lui échappe des mains, glisse sur le sol.  Je devine son âme hurler en elle des années de détresse.  Et ce cri silencieux lui oppresse la poitrine, la fige hors du temps.  Et si personne dans cet aéroport ne semble prêter attention au cataclysme de cette femme, moi c’est tout mon être qui s’en ressent secoué.  Que dire ?  Que faire ?

 

Inquiet, je m’approche d’elle timidement.

- Madame ?...  Tenez, votre portable.

Mais elle tourne vers moi un regard de fin du monde.

- Vous…  Vous allez bien ?  Vous voulez vous asseoir ?

Ses yeux ne savent que répondre.  Elle est perdue dans son chagrin.  Alors je déploie toute ma gentillesse pour tempérer sa douleur.

- Allons, venez vous asseoir, je vous en prie…  Vous avez besoin d’un bon café, me semble-t-il…

Et la pauvre se laisse guider vers la cafétéria.  Son corps est si tremblant.  Je l’installe à une petite table près de la fenêtre, et m’occupe d’elle avec compassion.  Il lui faut plusieurs minutes pour s’apaiser, et enfin se permettre un large soupir.  Et quand sa voix fragile se fait entendre, c’est de moi dont elle s’inquiète :

- Mais…  Je vous ennuie, je vous retiens, ici…  Vous avez certainement un avion à prendre ?

Je lui souris tendrement et lui indique du bout du nez un avion qui s’éloigne de sa piste d’envol.

- Oui, j’avais !  Voyez là-bas cet airbus…  Et bien avec un peu de recul, je n’ai finalement aucune envie de me rendre en Norvège.  Merci donc pour ce détournement bien opportun. 

 

Son regard s’est figé dans le mien.  Son étonnement, cette petite gêne timide, son silence éloquent, redonnent à son visage un peu de vie.

- Mais vous, lui demandai-je enfin, vous allez mieux ?  Vous allez bien ?

Et après un petit haussement d’épaules, elle me raconte les derniers chapitres de sa toute petite vie…  Un enchevêtrement de catastrophes, un sac de nœuds…  Et pour couronner le tout, un compagnon absent, égoïste, lâche, qui l’abandonne par téléphone, en plein aéroport…  Un compagnon en qui elle croyait de moins en moins, mais auquel elle s’accrochait éperdument comme à une bouée de sauvetage…  Mais bien sûr elle savait, la noyade était inévitable.

 

Voilà, tout est dit.  Elle me regarde avec un petit sourire triste, et se soulage sur son thé à moitié froid.

 

Je la regarde.  Troublé d’entendre le récit d’une vie qui ressemble à la mienne.  Comme je comprends son désarroi.  Je lui fais part de ce curieux hasard, et lui raconte à mon tour mes déboires.  Elle m’écoute, comme jamais personne ne m’avait écouté auparavant.

 

Valérie.  Elle s’appelle Valérie.  Elle habite Paris, elle aussi.  Nous parlons jusque bien tard, sans nous soucier du temps qui passe.

 

Cet été-là, bien sûr, Valérie n’est pas partie en vacances pour la Corse, et je n’ai jamais été en Norvège.  Nous sommes restés à Paris, nous avons pris soin l’un de l’autre.  Montmartre et les jardins du Luxembourg n’avaient plus aucun secret pour nous.  Nous y avons appris à nous connaître, à nous faire du bien, et nous sommes devenus de vrais amis.  Peu à peu, nos toutes petites vies se sont mises à respirer, à s’épanouir.  Nous sommes redevenus confiants face à nos existences, et les jours se sont mis à couler de façon plus heureuse.  Le temps a fait le reste.

 

Orly.  Juillet 2012.  Aujourd’hui, un petit gaillard en salopette nous tient la main.  Valérie et moi nous regardons d’un sourire tendre et complice.  Je l’observe du coin du cœur avec un amour infini, et lui caresse ses jolies mèches blondes qui volent à tout vent.  La vie est surprenante.  Et j’aime Orly… 

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Texte 3 du concours...

Publié le par christine brunet /aloys

VOYAGES PARALLÈLES

 

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Ô ma Solange, tu m’as quitté. Tu viens de me déposer au "Centre d’Accueil Temporaire Les Lilas". Dès que je suis sorti de la voiture, j’ai été happé par les odeurs. Les jardins qui entourent la grosse villa embaument la rose et l’herbe coupée. D’un coup, je retrouve quelque chose de ma jeunesse. Le grand parc près de la maison de grand-père, les gazouillis d’oiseaux, les parfums de lys, d’œillets et de lavande. Te souviens-tu de ce parc où nous avions posé pour les photos de nos fiançailles ?

 

Ainsi, ma Solange, tu m’abandonnes aux mains d’infirmières, tu me laisses en compagnie de personnes peu ou prou handicapées. Aux Lilas, on accueille des gens qui sont, comme moi, incapables de vivre seul. Le docteur Maret a laissé entendre à mots plus ou moins couverts que je présentais des signes de démence sénile. Sans doute est-ce pour cette raison que l'infirmière me pousse à participer à l'atelier mémoire. Je suis juste un peu plus angoissé que je ne l’ai été durant toute ma vie active et j’ai juste quelques petites pertes de mémoire, ma Solange. Rien de plus, je te l’assure.

 

Solange, ma Solange, tu es en route pour l’Italie avec ton amie Jeannette. Tu as pris la décision pour moi : "Changer chaque jour d’hôtel, c’est impensable pour toi." Tu t’es justifiée : "Tu sais, j’ai besoin d’évasion. Une semaine de vacances, ça passera vite !"

 

Te reverrai-je, ma Solange ?

 

Il est midi, ce vingt-cinq août. Je vais prendre mon premier repas aux Lilas. Dans la salle à manger, les tables sont dressées. Nappes en coton blanc damassé, assiettes blanches au fin décor, soliflore garni d’une rose rouge sur chaque table. Une vraie salle de restaurant, ma Solange !

 

Il est midi. Nous avons droit à un apéritif sans alcool, un bitter, accompagné de petits légumes au vinaigre. Un régal, ma Solange.

 

Ton Pierre goûte à ces bouquets de chou-fleur croquants et parfumés, à ces morceaux de poivrons, à ces carottes ! Ton Pierre est attablé en compagnie d'une petite vieille élégante en chaise roulante. Elle s'appelle Marguerite et se parfume au patchouli comme ta cousine Léa. À la même table, Christophe, un homme encore jeune qui s’est fracturé les deux jambes.

 

Après cet apéritif, ma Solange, on nous sert un minestrone. Il dégage un tel fumet que cela te mettrait sûrement l’eau à la bouche. L’ail et le basilic, la poitrine fumée, tu sais, ces ingrédients que tu y mets chez nous.

 

Rien que du bonheur quand Marguerite essuie ses lèvres à la serviette. Au patchouli se mêle un parfum de vanille. Cette femme émet des "Eh bien" qui ont l’élégance des répliques d’Edwige Feuillère. Christophe nous raconte son accident de ski nautique. Un casse-cou, ce Christophe. À quarante ans, on se croit invincible. À quatre-vingt-huit comme Marguerite, on se laisse vivre. À soixante-neuf, comme moi, on s’angoisse. Oui, j'ai peur de ne pas te revoir. Je crains que tu ne me trouves pas quand tu viendras me rechercher. Quand je doute, Christophe me rassure à sa façon. Quand je m'égare dans les couloirs des Lilas, une infirmière me guide. Ne m'oublie pas, ma Solange.

 

Quant au plat, ma Solange… Deux beaux cannellonis aux pleurotes et une cuisse de canard. Ah, cette farce, ses effluves de persil. Sentir puis goûter. Laisser fondre en bouche le canard, la pâte, le morceau de pleurotes. Se taire. Regarder briller le regard de Marguerite. Voir sourire Christophe, le voir joindre pouce et index. Le bonheur de manger multiplié par trois. La lenteur devenue recette du plaisir. La vertu du bien manger ! Rien qu’un peu de Mozart. Rien que des saveurs et des parfums. Je ferme les yeux, ma Solange.

 

Le docteur Maret a conseillé de me suralimenter. La bonne consigne ici, crois-moi.

 

Nos assiettes sont vides. Marguerite bavarde. J’entends "galettes, fruits de mer, fromage, pommes, vanille, cidre…" Ses paroles m’emmènent ailleurs. Je suis repu. Je pense à la Bretagne. Je revois la mer sauvage qui s’emporte contre les folies humaines. Je sens le sel sur tes lèvres, ma Solange.

 

Dans un petit ravier, un tiramisu. L’onctuosité du mascarpone, la touche de liqueur d'amandes. Le pouce et l’index de Christophe de nouveau joints. Une pose cocasse pour un sportif comme lui !

 

C’est d’un drôle, mon cœur.

 

"Thé ou café ?" "Café, s'il vous plaît". Tu vois, moi aussi ma Solange, j’ai fait un petit voyage. Ce soir, ce sera tomates mozzarella, ciabata, pastèque. Christophe est au courant des menus. "J’ai deux moyens de m’évader des Lilas. M’imaginer dans la salle de musculation que je fréquente habituellement deux fois par semaine et repenser aux endroits où j’ai déjà dégusté les plats qu’on nous prépare ici. Sans cela, quatre semaines ici, ce serait vraiment dur."

 

Je vais jusqu’au petit salon. Je m’assoupis, ma Solange. Me viennent des images du lac de Garde, de Venise, de Milan. Je suis avec toi, mon cœur…

Publié dans concours

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texte 2 du concours

Publié le par christine brunet /aloys

Ça y est !

 

Ça y est ! Elle est là, insidieuse, déjà tenace, nichée au creux de l’estomac, comme si j’avais avalé des cerises avec leurs noyaux. Et pourtant, il reste encore tant de semaines à passer.

Ils étaient tous partis. Le petit connard d’en face était parti ; lui et son affreux chien  qui passait sa journée à courir après les chats du quartier. Je les avais vus monter tous les deux dans leur voiture bourrée de valises et de cannes à pêche, me gratifiant d’un sourire méchant et d’un aboiement stupide ; d’un aboiement méchant, d’un sourire stupide, je ne savais plus. « En route ! », avait dit son père, bien fort pour que toute la rue l’entende. En route vers les « pays imbéciles où jamais il ne pleut », selon le vers d’une chanson d’un poète à moustaches que mon grand-père écoutait souvent. Parties aussi les voisines, deux pimbêches qui passaient le plus clair de leur temps à se tirer les cheveux et à se traiter de tous les noms d’oiseaux. Et tous les autres, tous les autres aussi. Des déserteurs happés par un appel irrésistible lancé chaque été ; inévitablement là, comme les grippes en hiver.

Mon amie la pluie était devenue ma seule compagne de vacances. Elle venait frapper à mon carreau comme le grand Tom quand il voulait faire une partie de foot. Le grand Tom ! Un gaillard long comme un poireau monté dont la peau laiteuse, à son retour, aura pris des teintes de poivron rouge.

Ça y est ! Je l’avais un moment oubliée celle-là. Elle a bougé, un petit saut vers les intestins. Je n’ai pourtant pas mangé de cerises. « P ...d’appréhension ! » dirait mon père qui ne manque jamais d’illustrer ses discours de jurons. Trois semaines encore !

Nous aussi, nous allons partir. La mer ou la montagne ? Chez nous, c’est beaucoup plus simple que ça. Un large consensus, selon une expression que j’ai entendue une fois à la radio. Chaque année, une fois pour toutes, c’est la mer et la montagne. La mer et la montagne : Un accord sur lequel ni mon père ni ma mère ne reviendront. Moi, on ne me demande pas mon avis. Mais qu’importe ! J’en ai déjà assez avec ce poids d’une tonne au moins qui me bloque la poitrine. Mes parents ont passé plusieurs heures hier sur l’ordinateur, chacun leur tour, l’une pour trouver des maillots de bain deux pièces, l’autre des chaussures de randonnée. Un signe qui ne trompe pas, le départ est proche.

Et ça voyage ! La poitrine maintenant !

La mer et la montagne. Concrètement, c’est d’abord une semaine, allongé sur du sable brûlant, souillé de mégots et de noyaux de pêches et, malheureusement, des nouilles à tous les repas ; un menu imposé par la petite cousine, une chipie forte de son statut d’hôtesse. Et dans la foulée, une autre semaine à suivre l’oncle dans ses folles randonnées pédestres, un être autoritaire qui, dans les moments les plus durs me lancent des regards pleins de reproches où je crois lire cette terrible phrase qui en a fait trembler plus d’un : « Marche ou crève ! »

Le retour enfin ! Une peau qui part en lambeaux, des ampoules aux pieds prêtes à exploser. Douleurs insignifiantes comparées à cet étau qui me broie tout le corps.

 

Le moment, l’évènement, l’épreuve est proche.  Un tremblement, parfois, me saisit tout le corps. Je me réveille la nuit, en sueur, oppressé.

Ça y est ! Je suis dans la situation de la victime qui ne peut plus échapper à son agresseur. Elle nous a fait asseoir, promenant sur chacun, ses cibles, son regard de myope où je n’ai jamais vu briller la moindre lueur d’humanité. J’ai eu l’impression qu’elle s’attardait même sur moi. Et, de sa voix de caporal enroué, elle a enfin prononcé la phrase tant redoutée : « Racontez en trente lignes vos dernières vacances. Vous avez cinquante minutes. »

Une éternité déjà vécue l’année précédente. Cinquante minutes qui me paraîtraient bien plus longues que toutes les journées qui allaient suivre. Jusqu’aux prochaines vacances.  

Publié dans concours

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Texte 1 du concours...

Publié le par christine brunet /aloys

 

shutterstock_63201865.jpg

 

 

L’Amour venu d’Orient

 

 

Hal-Hamrà’, la rouge – forteresse et palais

dominant Grenade l’andalouse, flamboie.

Dans le soleil mourrant, l’Alhambra soigne ses arabesques.

Il me renvoie à ce magnifique ouvrage

tant de fois feuilleté et aujourd’hui perdu.

 

Les bonheurs de ses princes nasrides

flottent encore dans sa cour des myrtes,

entre les tours barlongues de la puissante enceinte.

La torpeur hors d’atteinte se retire comme un poisson volant

au ras des flots de la mer du milieu.

 

Il aime sa province, sa Sierra Nevada,

ses filles aux fines tresses.

Voyageur du plaisir, douceur des prochains matins.

De ton souffle fin, continu, qui berce des champs brûlés,

tu soulèves les sens.

 

Assagi par le temps, mais comblé de cris et de silences,

j’admire ton image voilée, par les chaudes effluves

qui résistent toujours.

 

L’Amour venu d’Orient suit ton exemple,

et ne cède d’un pouce.

Il ne chérit que soutenu par la seule façon d’aimer,

donnant de lui totalement.

Publié dans concours

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L'artiste, un poème de Jean-Michel Bernos

Publié le par christine brunet /aloys

L’artiste

 

 

Le musicien transi s‘est assis sur ce banc,

Lampadaire blafard, dans la nuit sombre et triste.

Un soufflet de fa dièse s’évapore et s’étire,

Tandis que les orchestres amenés par le vent,

Reprennent en harmonie les refrains de l’artiste,

Gâtant la ville lasse d’un éclat de saphir.

 

Son illumination semble l’abandonner.

Il a perdu le rêve qui le portait souvent.

C’était sans bien compter sur le beau souvenir,

Celui des feuilles rouges, tombées après l’été,

Qui charriaient ainsi, ses notes heureusement,

N’oubliant rien de lui, négligeant de mentir.

 

Il doute du talent qu’un jour on lui remit,

Espère en l’intuition, aspire à céder l’œuvre.

S’applique à rendre unique un ouvrage gracieux.

Bien des oiseaux sans voix, on trouvé un ami.

Comme les chœurs ravis, ils vont à la manœuvre

Voici en même temps les chants venus des cieux.

 

D’un vol ou bien d’un dard, le jour entraîne l’onde,

Porte le son joyeux d’une comptine oubliée.

L’artiste s’éveille alors, et au matin sourit,

Ne sachant rien du bien que lui porte le monde.

Il réalise l’heure de ce bonheur loué.

Il retourne à la vie, découvrant son mépris.

 

 

Jean-Michel Bernos

1e Couverture MML-copie-1

 

Publié dans Textes

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Nadine Groenecke a lu Contes bizarres 2 de Bob Boutique

Publié le par christine brunet /aloys

 

nadine groenecke

 

 

Après la parution en 2007 de Contes bizarres, qui a séduit bon nombre de lecteurs, les Editions Chloé des Lys ont publié, en 2011, une nouvelle série d'histoires de Bob Boutique. Pour avoir lu le premier tome, je savais à quoi m'attendre avec le deuxième. Et une nouvelle fois, j'ai été conquise. Les onze contes présentés sont tout aussi désopilants, voire plus, que ceux contenus dans le précédent livre. Quant au style, il est toujours aussi vivant, aussi imagé et encore plus incisif. En voici pour preuve quelques extraits :

 

"C'est un gargouillis dans l'estomac qui ramène notre Honoré de Balzac à la réalité, en lui rappelant que le restaurant vient d'ouvrir ses portes et que tout homme, même pendu comme une tétine à la bouche d'une nana, doit se sustenter".


"Elle était peut-être fainéante comme une tortue corse et plus inculte qu'une dinde de Noël mais elle était rusée, comme le sont toutes les femelles".


"Cette fille ne marchait pas, elle ondulait comme un voile de gaze dans la brise. Elle necontes bizarres2 parlait pas, elle soufflait délicatement dans l'air des paroles fleuries avec un accent à la Lauren Bacall. Elle pétait sur une musique de Mozart et sortait des toilettes en laissant derrière elle des parfums de vanille et de jasmin tandis que la chasse d'eau se prenait un court instant pour un petit torrent de montagne".


Grâce à de telles comparaisons et à un registre de langue volontairement familier, Bob n'a pas son pareil pour mettre en scène les aventures d'êtres ordinaires ou extraordinaires qui provoquent ou subissent des
mésaventures que l'on n'aimerait pas vivre. Ses héros sont des personnages maléfiques (Une âme simple - La Bête), des manipulateurs (Il était une fois), des envieux (Tiquetique), des dépressifs (La ligne rouge), des rancuniers (Monsieur Albert), des originaux (Ma petite chérie), des messieurs Tout-le-monde qui dérapent (Sangria), des victimes de discrimination (Menteurs et Vériteurs) ou tout simplement des malchanceux (L'écureuil).


J'ai apprécié tous les textes mais j'ai eu un véritable coup de coeur pour L'idiote. Dans ce conte vraiment très original, Bob Boutique a imaginé un pays gouverné par une seule personne selon un système de loterie extrêmement simpliste : si vous avez plus de douze ans et que votre numéro est tiré au sort, vous devenez le dirigeant du pays durant une année. Et, aussi incroyable que cela puisse paraître, cette formule fonctionne à merveille ! Bob a-t-il eu cette idée saugrenue durant la période où la Belgique était privée de gouvernement ? En tout cas, il s'agit sans doute d'un pied de nez aux politiques. Pour en revenir à l'histoire en question, cette année, c'est une fillette, Julie Brisenoix, dite "l'idiote", qui est élue, au grand dam du Doktor Kimmer qui se serait bien vu à sa place. Comment pourrait-il s'y prendre pour évincer l'indésirable ? Eh bien, si vous voulez le savoir, lisez Contes bizarres 2, je vous garantis que vous serez surpris !

 

Découvrez également Actu, le site culturel de cet auteur touche-à-tout (Il est aussi caricaturiste, auteur-compositeur, chanteur de cabaret) :

http://www.bandbsa.be/contes.htm

 

Nadine Groenecke

http://nadinegroenecke-auteur.over-blog.com/

sauvetages

 

Publié dans Fiche de lecture

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Edmée de Xhavée a lu "Contes bizarres 2" de Bob Boutique

Publié le par christine brunet /aloys

 

Edmee-chapeau

 

Edmée De Xhavée

Contes Bizarres 2, de Bob Boutique

 

Je les ai lus. Que dis-je ? Dévorés ! Je me suis léché les doigts. J’ai cherché, vainement, une nouvelle de plus après la dernière page.

Et arrive ce qui devait arriver… j’avais fini le livre et étais en train d’attendre le numéro 3.

Mais oui….

On connaît pourtant sa recette, à Monsieur Boutique. Pom pom pom ça démarre en douceur, tout en gentillesse, avec des descriptions succulentes. On s’en va gaiement pom pom pom lalalère, et puis soudain une bise se lève, Blanche-Neige s’accroche les manches et les cheveux dans les épines des ronciers et les branches basses de la forêt, un coyote jappe au loin, on croit même voir le cavalier sans tête de Sleepy Hollow se détacher sur la lune posée au sommet du chemin. Et arrive ce qui doit arriver… et je ne vous dis pas ce que c’est. Parce que c’est toujours un régal et que vous devez le mériter à la sueur de vos doigts et yeux. (Est-ce que les yeux transpirent ? Bob ? Tu sais ça, toi ?)

Parfois bien amer pourtant, comme la dernière nouvelle qui m’a troublée d’une façon différente des autres.

Avec Bob, le quotidien aux teintes familières bascule dans le noir de noir àcontes bizarres2 85% cacao pur ou dans les néons de Broadway en un tour de page. Il nous explique comment un petit fûté de l’écriture entend plagier un auteur lointain, qui se révèle être une ravissante et pulpeuse créature… Ou comment un prince charmant et une princesse charmante voient leur amour résister au temps qu’un petit pois pousse jusqu’à la fenêtre de la belle… On voit le diable travailler avec ardeur à damner ses victimes et surtout leur âme…

Fables, paraboles ou récits, ces contes bizarres vous donnerons de quoi penser, parler, méditer et passer des nuits blanches. Sainement. Et vous serez comme moi dans la file d’attente du numéro trois… 

 

 

Edmée de Xhavée

edmee.de.xhavee.over-blog.com

9782874595196 1 75

Publié dans Fiche de lecture

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l'auteur de cette nouvelle n'est autre qu'Edmée de Xhavée !

Publié le par christine brunet /aloys

 

Edmee-chapeau

 

Un beau jeune homme si tranquille…

 


Oh que ce silence était bon.

Il y avait bien le lent plic plic plic du sang qui débordait de la table de nuit et plongeait sur le linoleum, et la pulsion sauvage qui battait dans sa tête… mais quel silence depuis qu’elle et les chiens s’étaient tus.

Même l’odeur lourde et visqueuse lui parlait de paix, et en ouvrant la fenêtre sur le début d’après-midi de printemps, le chant des mésanges charbonnières charma son cœur. Titi put, titi put, titi put ! Deux ou trois chiens gémissaient bien un peu, mais on sentait qu’ils s’apaisaient. La semelle de sa chaussure fit un bruit de succion suivi d’un glissement périlleux, et il se rattrapa de justesse au bord du lit. Une bouffée de haine lui monta jusqu’aux lèvres « Putain de salope de merde… même morte tu fais chier ! ».

Il s’assit, soudain à bout de souffle, et la regarda. Elle lui sembla déjà se raidir, le sang autour d’elle se figeait en morceaux brunâtres ça et là. Ce serait une crasse à nettoyer. Surtout sur la descente de lit imitation peau de léopard de peluche. Il détourna les yeux vers la chaise. Son uniforme y était soigneusement plié, la veste sur le dossier, les sous-vêtements pudiquement glissés sous la jupe, les mocassins noirs par terre à côté de la sacoche. Les lettres étaient recouvertes de giclures en arc de cercle, avec des caillots s’insinuant entre les enveloppes.

Les vêtements, il ne pouvait les porter chez Oxfam comme ceux de l’apprentie-plombier dont seul le polo était brodé à la marque de l’employeur, ou ceux de l’assistante sociale venue lui rendre visite pour vérifier ses revenus. Cette dernière s’habillait Moschino, rien de moins, la garce ! Les clientes d’Oxfam avaient dû ne pas en croire leurs gros yeux de pauvresses ! Mais –et il ne put s’empêcher de sourire – elle baisait avec l’énergie d’un marteau-piqueur.

Ces vêtements-ci, avec le logo de la poste et la teinte bien identifiable, il allait devoir les découper en tous petits morceaux et les distribuer dans les poubelles publiques avec patience. Ca l’occuperait pendant des semaines. Les lettres, pas compliqué, il allumerait la vieille cuisinière au charbon qu’il gardait pour quand on lui coupait le gaz. La sacoche, là… c’était un peu embêtant car bien reconnaissable. La remplir de pierres et la jeter dans la rivière dans la ville voisine … c’était une idée à creuser.

Quant au corps, oh là le corps – et il rit comme un enfant, une vraie joie soulageant ses traits – ce serait comme les deux autres : découpé en morceaux transportables sans crainte de déranger qui que ce soit, avec le chenil à côté  qui lui assurait un loyer à la hauteur du confort assuré et des aboiements couvrant tous les autres bruits du voisinage et s’amplifiant même avec beaucoup d’à-propos quand il avait à éliminer une pisseuse qui lui reprochait de ne la voir que pour la baiser (et pourquoi d’autre, hein ?) et ensuite la réduire en pièces. Le soir, réveillant l’angoisse des chiens, il s’en allait d’un pas serein vers l’entrée du parc animalier « Wild Jungle » et distribuait équitablement la barbaque entre les tigres, pumas et lions.

Tout le monde était content, finalement. Les voitures ou motocyclettes, s’il y en avait, il allait les abandonner dans le quartier des dealers de drogue, où tout était démonté à peine avait-il tourné le dos. Encore des heureux.

Et dans le coin  tout le monde aimait ce beau jeune-homme tranquille, célibataire endurci disait-on admirativement car avec ce physique… on ne comprenait pas. Et d’un propre, avec ça : lavait ses sols, ses tapis, descentes de lits, rideaux… D’un gentil avec les chiens qui ne le dérangeaient pas, le cher cœur !

Un beau jeune homme si tranquille….

 

Edmée De Xhavée

edmee.de.xhavee.over-blog.com

 

 

Romanichels-front (1)

Publié dans auteur mystère

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Qui a écrit cette nouvelle selon vous ???

Publié le par christine brunet /aloys

 

point d'interrogation

 

Un beau jeune homme si tranquille…

Oh que ce silence était bon.

Il y avait bien le lent plic plic plic du sang qui débordait de la table de nuit et plongeait sur le linoleum, et la pulsion sauvage qui battait dans sa tête…  mais quel silence depuis qu’elle et les chiens s’étaient tus.

Même l’odeur lourde et visqueuse lui parlait de paix, et en ouvrant la fenêtre sur le début d’après-midi de printemps, le chant des mésanges charbonnières charma son cœur. Titi put, titi put, titi put ! Deux ou trois chiens gémissaient bien un peu, mais on sentait qu’ils s’apaisaient. La semelle de sa chaussure fit un bruit de succion suivi d’un glissement périlleux, et il se rattrapa de justesse au bord du lit. Une bouffée de haine lui monta jusqu’aux lèvres « Putain de salope de merde… même morte tu fais chier ! ».

Il s’assit, soudain à bout de souffle, et la regarda. Elle lui sembla déjà se raidir, le sang autour d’elle se figeait en morceaux brunâtres ça et là. Ce serait une crasse à nettoyer. Surtout sur la descente de lit imitation peau de léopard de peluche. Il détourna les yeux vers la chaise. Son uniforme y était soigneusement plié, la veste sur le dossier, les sous-vêtements pudiquement glissés sous la jupe, les mocassins noirs par terre à côté de la sacoche. Les lettres étaient recouvertes de giclures en arc de cercle, avec des caillots s’insinuant entre les enveloppes.

Les vêtements, il ne pouvait les porter chez Oxfam comme ceux de l’apprentie-plombier dont seul le polo était brodé à la marque de l’employeur, ou ceux de l’assistante sociale venue lui rendre visite pour vérifier ses revenus. Cette dernière s’habillait Moschino, rien de moins, la garce ! Les clientes d’Oxfam avaient dû ne pas en croire leurs gros yeux de pauvresses ! Mais –et il ne put s’empêcher de sourire – elle baisait avec l’énergie d’un marteau-piqueur.

Ces vêtements-ci, avec le logo de la poste et la teinte bien identifiable, il allait devoir les découper en tous petits morceaux et les distribuer dans les poubelles publiques avec patience. Ca l’occuperait pendant des semaines. Les lettres, pas compliqué, il allumerait la vieille cuisinière au charbon qu’il gardait pour quand on lui coupait le gaz. La sacoche, là… c’était un peu embêtant car bien reconnaissable. La remplir de pierres et la jeter dans la rivière dans la ville voisine … c’était une idée à creuser.

Quant au corps, oh là le corps – et il rit comme un enfant, une vraie joie soulageant ses traits – ce serait comme les deux autres : découpé en morceaux transportables sans crainte de déranger qui que ce soit, avec le chenil à côté  qui lui assurait un loyer à la hauteur du confort assuré et des aboiements couvrant tous les autres bruits du voisinage et s’amplifiant même avec beaucoup d’à-propos quand il avait à éliminer une pisseuse qui lui reprochait de ne la voir que pour la baiser (et pourquoi d’autre, hein ?) et ensuite la réduire en pièces. Le soir, réveillant l’angoisse des chiens, il s’en allait d’un pas serein vers l’entrée du parc animalier « Wild Jungle » et distribuait équitablement la barbaque entre les tigres, pumas et lions.

Tout le monde était content, finalement. Les voitures ou motocyclettes, s’il y en avait, il allait les abandonner dans le quartier des dealers de drogue, où tout était démonté à peine avait-il tourné le dos. Encore des heureux.

Et dans le coin  tout le monde aimait ce beau jeune-homme tranquille, célibataire endurci disait-on admirativement car avec ce physique… on ne comprenait pas. Et d’un propre, avec ça : lavait ses sols, ses tapis, descentes de lits, rideaux… D’un gentil avec les chiens qui ne le dérangeaient pas, le cher cœur !

Un beau jeune homme si tranquille….

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Alain Magerotte a lu "En quête de sens" de Christel Marchal

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Alain

 

 

EN QUÊTE DE SENS

Par Christel Marchal

 

 

 

Cela commence par une préface signée Benoît Coppée, romancier, scénariste et administrateur de la SABAM. Excusez du peu.

En terme cinématographique, cette histoire serait un road movie. Désespérée face à la souffrance de sa fille autiste, la petite Agathe, Louise (la mère) ne veut rien entendre et l’enlève de l’hôpital psychiatrique. Les voilà parties toutes les deux à bord d’une voiture jaune à travers Bruxelles.

Le médecin qui avait préconisé l’internement de la gamine fait appel à la police.

Un road movie plein d’arrêts nous permettant de visiter des endroits comme le parc Josaphat (Schaerbeek), le cimetière de Laeken (le Père Lachaise bruxellois) ou la Place Sainctelette (jeu de mots avec «Sainte-Clette»... terme que l’on retrouve dans le glossaire. Une «clette» en bruxellois, cela peut-être une cloche, ce type joue comme une «clette», ou un membre bien précis de l’homme situé sous le bas-ventre…)

Tout au long du parcours, Agathe laisse des dessins qui sonthttp://www.bandbsa.be/contes3/enquetedesensrecto.jpg autant de codes à  décoder par Léo, l’inspecteur lancé à leurs trousses. Car un dessin en dit plus long que des mots. Une course poursuite dessinée, en somme.

Léo, amateur de chiclets, peste à une semaine de son départ en vacances, d’être obligé à courir aux quatre coins de la ville derrière une «suicidaire et une débile».

Une narration pleine de poésie. Une écriture fine, légère et oh combien agréable à lire. Je ne peux résister au plaisir de vous livrer quelques passages révélateurs d’un réel talent :

 

Rire et pleurer. Avoir un arc-en-ciel au cœur des yeux.

 

La nuit est d’or, Agathe. Une nuit soleil. Le jaune doux des citrons amers. La nuit est d’or, Agathe. La nuit dort sur l’écorce drapée de soufre et de safran.

La nuit d’or des doigts arsenic. La poussière d’une craie sur le tableau miel de ceux qui croient au ciel. Moi, Agathe, je n’y crois plus !

Les rires jaunes de Louise embarrassent la nuit. Amers. Les rires d’une mère.

 

Le silence et le vent donnent une robe d’ankylose aux morsures de ses pleurs.

Agathe et Louise retiennent son affection.

 

Les actes que nous n’accomplissons pas ont bien plus de conséquences que ceux que nous réalisons.

 

La branche d’un marronnier s’accouple avec son reflet sur l’eau.

 

A la grisaille du temps, il nous faut fabriquer la lumière. Les étincelles de vie.

 

Il y a un revirement dans l’attitude du policier (Un psychiatre ! Un crétin, oui !

Un crétin qui ne sait pas qu’entre «autiste» et «artiste», il suffit d’une lettre, une toute petite lettre pour qu’une enquête prenne une autre couleur. Un crétin ! Ça c’est sûr ! Un crétin juste bon à enfermer !)

Evidemment, je n’en dirai pas davantage mais je vous conseille vivement de découvrir une œuvre pour le moins originale dans sa narration. Une œuvre d’une grande sensibilité, vibrante d’émotion et débordante d’amour.

 

Alain Magerotte

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Publié dans Fiche de lecture

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