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Ode, un poème de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

boland photo

 

 

ODE

 

 

Je l'aime par le soleil,

La pluie et la rosée.

Par le nuage, je le chante

Et par le vent aussi.

Je l'aime par le silence

Et le murmure des branches.

Je l'aime par la bise

Et la bruine,

Par la fleur et l'oiseau.

Par le printemps coule mon amour

Et par l'automne aussi.

Et la joie qui me saoule

Est la caresse promise

Aussi bien que l'azur de ses yeux.

 

 

 

Micheline Boland

Son site : http://homeusers.brutele.be/bolandecrits/
Son blog : http://micheline-ecrit.blogspot.com/

 

http://www.bandbsa.be/contes2/nouvellepeaurecto.jpg

Publié dans Poésie

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Début et fin, un texte de Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

delvilletete

 

DÉBUT ET FIN

Votre texte commencera par :

Sa voix était distante. Elle ne lui répondait qu'à demi mot.

Et se terminera par :

Cette journée de printemps était plutôt fraîche. La place du marché était noire de monde.

 

Sa voix était distante. Elle ne lui répondait qu'à demi mot. Pourtant d'habitude, elle n'arrêtait pas, une véritable mitraillette. Il faut dire que ce qu'il lui avait dit, l'avait laissée sur le cul, comme on dit !

 

Apprendre que l'on est enceinte de triplés, même le jour de la Saint-Nicolas et même si la nouvelle vous est annoncée par un spécialiste sérieux, n'est pas chose facile.

 

- Des triplés, vous… vous êtes sûr, Docteur ?

 

- Oui, il n'y a aucun doute. Rassurez-vous, vous aurez de l'aide et en plus, les allocations…

 

- Les allocations… une misère…

 

- Une aide familiale à plein temps et puis, la fierté de vous promener avec vos trois enfants…

 

- Et mon mari ? Que va-t-il dire ? Il est enfant unique…

 

- Nous nous revoyons dans deux mois ?

 

Le médecin avait abrégé la consultation ne sachant plus quoi répondre. Et les mois avaient passé… sans gros problème. Elle prenait de l'embonpoint, se promenait fièrement, parlant à toutes et à tous pour expliquer sa situation. Elle et son mari assumeraient et les trois enfants seraient accueillis avec amour.

 

La délivrance arrivait. Le 1er mai, elle rentrait à la maternité et mettait au monde trois garçons. Dehors, devant la maternité, le cortège passait avec ses slogans, ses harangues. Aux premiers rangs, on  apercevait quelques hommes politiques portant fièrement leur écharpe tricolore et un brin de muguet à la boutonnière. Cette journée de printemps était plutôt fraîche. La place du marché était noire de monde.

 

Louis Delville

louis-quenpensez-vous.blogspot.com

Publié dans Textes

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L'auteur n'est autre qu'Adam Gray

Publié le par christine brunet /aloys

 

PHOTO pour 4me de COUVERTURE (ADAM GRAY)

 

 

Le tableau de Bouguereau

 

 

– M. Smith, expliquez-moi… Comment pourrais-je vous aider si vous-même vous ne m’aidez pas un minimum ? regretta le lieutenant Brunette, s’efforçant de cacher qu’elle commençait à perdre patience. Vous rendez-vous compte de ce que vous dites ? Qu’un tableau de Bouguereau… Un « tableau », M. Smith, a tué toutes ces personnes. Le croiriez-vous, M. Smith, si quelqu’un, tout recouvert de sang, venait vous raconter cela ?

– Écoutez, lieutenant, je sais très bien à quoi vous pensez. Mais, croyez-moi, je n’ai ni fumé, ni pris de drogues hallucinogènes. Je n’en prends pas, moi, de ces merdes. Aussi incroyable que cela puisse paraître, je ne vous ai dit que la vérité, jura le suspect. Il y a quelque chose de diabolique qui se balade là-bas. Et je n’en reviens pas d’avoir pu ressortir en un seul morceau de cet enfer, pour parler franc !

– Quelque chose de diabolique… répéta Brunette. Je vois…

– Ça veut dire quoi, ça, je vois ? demanda Smith, passablement énervé.

Faisant claquer les ongles longs de sa main gauche sur la table en alu, et soutenant, de la droite, son visage pensif, le lieutenant Brunette dévisageait l’homme qui était assis en face d’elle, cherchant la moindre faille dans son attitude susceptible de le trahir. Mais Smith, pas une seule fois, ne baissa les yeux. Ni ne déglutit. Absolument rien, dans son comportement, n’indiquait qu’il se sentait coupable.

– Si j’étais le meurtrier, vous croyez que je serais venu jusqu’à vous, lieutenant ? Je serais, hum, je sais pas, moi…

Il réfléchit.

– Parti à Cancún ! Ils partent toujours au Mexique, dans les séries policières, quand ils ont les fédéraux au cul !

– N’essayez surtout pas d’être drôle ! M. Smith, le réprimanda Brunette.

– Oh ! Mais je n’essayais pas d’être drôle. Je suis juste… fatigué. Et qu’est-c’qu’ils fabriquent, à la fin, vos soi-disant experts ?

– Leur travail, comme moi. Et vous énerver ne fera que vous desservir, M. Smith… Mon problème… Le seul survivant du massacre me raconte une histoire à la Stephen King, se présente les vêtements tout maculés de sang, et accuse… une peinture. Avouez qu’il y a de quoi se poser des questions, non ?

Smith détourna le regard, mais parce qu’il était las. Il regrettait de tout son cœur et de toute son âme d’avoir quitté sa Pennsylvanie natale pour New York. Depuis qu’il s’était installé dans la Grande Pomme, il ne lui était arrivé que des tuiles : sa fiancée qui s’était tirée le jour de leur mariage avec son meilleur pote, son taré de frère, à l’hygiène plutôt… douteuse, qui squattait chez lui, et son malheureux clebs qui, s’étant mis à la poursuite d’un raton laveur dans tout Central Park, s’était fait… hum… défoncer par un skateboard.

– En attendant les résultats de comparaison de vos empreintes digitales avec celles retrouvées sur le corps des victimes, vous allez tout m’expliquer de nouveau, exigea le lieutenant. Depuis le début.

– Putain… Encore !?!

– Oui, encore.

– Mais cela fait déjà trois fois, nom de Dieu !

– Eh bien ! Cela fera quatre. Qu’est-c’qu’il y a, M. Smith ? Vous êtes attendu quelque part ? Vous avez oublié quelque chose sur le feu ?

– Vous faites chier, les poulets, marmotta-t-il. Vous le savez, ça ? Vous faites vraiment chier…

– Allez-y, ordonna Brunette avec un demi-sourire aux lèvres.

On eût presque dit qu’elle était… « satisfaite » de martyriser son interlocuteur.

– O.K. capitula ce dernier. Si encore cela servait à quelque chose !

 

Manhattan, Metropolitan Museum of Art, un peu plus tôt dans l’après-midi.

 

Ma fiancée, mon ex, me parlait fréquemment d’un peintre français, William Bouguereau – elle était accro à un point que ça dépassait l’entendement. Justement, il y avait une exposition exceptionnelle de ses œuvres au Metropolitan. Je me suis alors dit : « Pourquoi ne pas aller y faire un tour, Peter ? » Et j’y suis allé… Il était seize heures, je crois… À peu près.

Vous savez, moi, je ne suis pas vraiment amateur de peinture, mais je voulais voir par moi-même ce qui la fascinait tant chez ce type. Elle avait bon goût, c’est indéniable. Les tableaux étaient assez magnifiques : des femmes et des enfants, principalement, dans une atmosphère… Comment dit-on, déjà ? Je l’ai sur le bout de la langue, merde… Bucolique ! Et puis, il y avait des peintures sacrées, et d’autres se rapportant à la mythologie grecque.

Une, en particulier. Plutôt flippante.

Le guide nous expliqua que cette toile avait été réalisée en 1850 et leur avait été prêtée par un grand musée parisien. Bien sûr, je n’ai pas retenu le nom dudit musée.

Cette peinture, intitulée Dante et Virgile en Enfer, représentait deux hommes entièrement nus en train de se battre jusqu’à la mort devant des « religieux », m’a-t-il semblé, et ces religieux semblaient choqués par le spectacle décadent qu’ils offraient : l’un mordant dans la gorge de l’autre. Exactement comme un vampire. Une créature monstrueuse aux ailes de chauve-souris semblait plutôt apprécier la scène, elle.

Je ne saurais dire pourquoi, mais nous étions tous comme hypnotisés par ce tableau. Les yeux scotchés sur lui.

Et c’est là que l’horreur a commencé…

De longs tentacules gluants ont jailli des peintures, se saisissant, peu à peu, de toutes les personnes alors présentes. Tout le monde courait dans tous les sens, comme des fourmis tentant d’échapper à la langue mortelle d’un tamanoir, se bousculant et se piétinant à qui mieux mieux.

L’être humain sait très vite redevenir un animal, vous savez…

Évidemment, vous savez, vous êtes flic.

J’ai vu un homme se saisir de son épouse pour la jeter en pâture à l’une de ces langues qui voulait les choper… Juste avant, ils s’embrassaient avec passion. Le cri de cette pauvre femme résonne encore dans ma tête… Son cri à lui, aussi, parce que quatre secondes après !

C’était horrible…

Par quel miracle j’ai réussi à zigzaguer entre ces tentacules rétractiles, je ne sais pas… Mais ce que je sais, lieutenant – ce que je peux vous raconter, encore une fois –, c’est ce que j’ai vu…

Les peintures n’étaient plus des peintures, non… C’était des gueules. Grandes ouvertes et puantes. À l’intérieur des tableaux ! Grâce à leur langue gluante, elles amenaient leurs proies, terrorisées, jusqu’à leurs mâchoires pour les… dévorer ! Imaginez-vous cela ? Être dévoré vivant. Broyé, avalé, digéré…

Les plus « chanceux » ont peut-être succombé à un arrêt cardiaque avant d’être réduits en purée d’os et de tripailles – je l’espère pour eux.

Et comme j’ai été heureux de ne pas être papa, si vous saviez ! Aurais-je été capable de protéger mon enfant, dans ce cauchemar ? Ou aurais-je agi comme une grosse merde pour sauver ma peau ?

Des cris, un peu comme ceux des tyrannosaures dans les Jurassic Park, vous savez… remontaient des tableaux repus.

Les lumières vacillaient.

Je courais comme un dératé, priant le ciel qu’un monstre ne surgît pas pour me bouffer les couilles. J’étais recouvert de sang… Le sang de tous ces gens réduits en bouillie.

Finalement, je réussis à sortir du Metropolitan.

 

– Et la suite, vous la connaissez, lieutenant. Mais vous ne me croyez toujours pas… Je peux le lire dans vos yeux… Vous me prenez pour un serial killer, n’est-ce pas ?

– Encore une fois, qu’imagineriez-vous, vous, M. Smith ? lui demanda Brunette. Mettez-vous un peu à ma place !

À ce moment-là, le détective Townsend entrebâilla la porte de la salle d’interrogatoire. D’un signe de tête, il invita le lieutenant à le rejoindre dans le couloir.

– Alors, Townsend, les empreintes, qu’est-c’que ça donne ? voulut-elle immédiatement savoir.

– Eh bien… Quand nous sommes revenus, Kitsch, McGowan et moi du musée…

– Townsend, allez à l’essentiel, s’il vous plaît.

– Comme vous voulez : Smith n’est pas l’assassin.

– Vous en êtes sûr ? s’écria-t-elle presque.

– Kitsch et McGowan ont vérifié trois fois. Ce ne sont pas les empreintes de Smith. D’ailleurs, et là je cite uniquement Kitsch, lieutenant : « Ce ne sont pas les empreintes d’un homme ».

– Une femme ?

– Euh… non plus… hésita Townsend.

Les mains posées sur les hanches, Brunette se mit à marcher de long en large dans le couloir, essayant de comprendre l’incompréhensible. Même s’il n’avait tué personne, Smith racontait n’importe quoi. Il ne pouvait en être autrement…

– Mais qu’avez-vous vu, là-bas, Kitsch, McGowan et vous ? demanda-t-elle au détective.

– Une boucherie… Vous n’avez pas regardé votre cellulaire ? McGowan vous a fait parvenir les photos en pièces jointes.

– Pour être honnête, je n’ai pas pu aller au-delà de la première… et puis, j’interrogeais Smith.

– Hum… fit Townsend. Il y avait du sang et des morceaux un peu partout sur les sols, sur les murs, sur les plafonds… Une vraie boucherie, insista-t-il.

– Vous avez vu les tableaux ?

– Oui. Les tableaux étaient à leur place. R.A.S. de ce côté-là.

– Bon… Nous n’avons plus qu’à libérer M. Smith, je crois… Merci, Townsend.

Le détective opina du chef et retourna s’enfermer dans son bureau, une porte plus loin. Quant à Brunette, elle rejoignit Smith dans la salle d’interrogatoire, où, le nez collé sur la table, les mains croisées derrière la tête, il désespérait.

– Smith ? fit le lieutenant.

L’homme, aussitôt, releva la tête.

– Vous et moi, nous allons faire un petit tour, dit-elle.

– Un petit tour ? C’est bien réglementaire, comme procédure ? s’inquiéta-t-il. Et un petit tour « où » ?

– Au Metropolitan.

– Quoi ? Vous êtes folle si vous pensez que je vais remettre les pieds dans ce manoir de l’enfer !

– Les empreintes n’ont rien donné. Si vous voulez m’aider à comprendre, venez avec moi. S’il vous plaît.

– Une minute… Les empreintes n’ont rien donné, vous dites ? Je suis donc libre de rentrer chez moi ?

– Oui. Vous pouvez partir, M. Smith. Mais je vous demande de bien vouloir m’aider. Vous êtes la seule personne à avoir vu… ce qui s’est passé là-bas.

– Parce que vous me croyez, maintenant ? Non, je regrette. Ce n’est pas mon aide que vous demandez… Vous me demandez de rejouerThelma & Louise avec vous ! Et la fin, on la connaît ! Lieutenant ! Ces deux connes se sont suicidées pour ne pas se faire prendre !

– Je suis armée, vous risquez quoi ?

Smith ouvrit grand les yeux.

– Vous avez écouté mon histoire ? Non, désolé… Vous êtes bien mignonne mais je tiens à ma peau, moi ! J’ai vu l’enfer, là-bas ! Je suis couvert de sang, je pue, et tout ce que je veux, c’est prendre un bon bain, me mettre au lit, et espérer oublier tout ça un jour.

– Très bien ! s’écria Brunette en désignant la porte. Allez-y ! Et j’espère que vous pourrez toujours vous regarder dans une glace, demain !

Le séduisant lieutenant de police fut très déçu de voir l’homme s’en aller. Il ne se retourna même pas, avec ce soupçon de remords dans les yeux… qu’elle espérait ardemment.

Brunette resta là, seule, pour réfléchir un moment. Elle sortit dans le couloir et alla frapper à la porte du bureau du détective Townsend, le priant de dire au capitaine Roberts, si jamais ce dernier la cherchait, qu’elle était partie interroger un indic. Townsend fit oui avec la tête et ne posa aucune question.

Après quoi le lieutenant alla chercher sa voiture. Elle s’installa, attacha sa ceinture, et juste au moment où elle allait tourner la clé de contact, on cogna contre la vitre, côté passager. Elle sursauta. C’était Smith. Se demandant, finalement, si elle n’allait pas le regretter, elle déverrouilla la porte et le laissa monter.

– Vous avez changé d’avis ? demanda-t-elle.

– J’ai réfléchi et… ça ne se fait pas de laisser une jolie fille telle que vous partir se jeter, comme ça, dans la gueule du loup, lieutenant.

– Sérieusement ? Les hommes en sont toujours là ? Protéger la « faible femme » ? Mais j’apprécie, admit-elle volontiers tout en ajustant son rétroviseur.

– Il n’y a pas de quoi, répondit-il. On va peut-être crever, lieutenant. Sûrement, même…

– Christine, dit-elle.

– Pardon ?

– Vous pouvez m’appeler Christine. Après tout, au stade où nous en sommes !

– O.K. À la condition que vous m’appeliez Peter, Christine.

Elle démarra et prit la direction du Metropolitan. Smith esquissa un sourire – son tout premier sourire depuis fort longtemps, en réalité.

Comme ils gardaient le silence, Christine alluma son autoradio. Passait, à ce moment-là, sur les ondes, la chanson Ghostbusters.

– Ils se foutent de notre gueule, là ? dit Peter avec un air mi-contrarié, mi-constipé sur le visage.

Christine émit un petit rire.

– Et vous, vous trouvez ça drôle ? Vraiment !?! Et qui c’est qu’on appelle ? S.O.S. Fantômes…

– Désolée…

Et elle pouffa de rire, se justifiant en affirmant que c’était les nerfs. Et c’était le cas, bel et bien. Lui aussi, finalement, se mit à rire. Mais quand ils arrivèrent à proximité du musée, l’envie de « galéjer » disparut aussitôt. Tout le périmètre, autour, était plongé dans le noir le plus absolu, et, du Metropolitan, il s’élevait un brouhaha épouvantable.

Christine ralentit.

– Vous avez un lance-roquettes, dans votre coffre, Christine ? demanda Smith avec le plus grand sérieux.

– J’ai bien peur que non, répondit-elle en essayant de contacter le détective Townsend, tout d’abord, puis le capitaine Roberts.

– Les fréquences sont brouillées, hein ? murmura Smith.

Le lieutenant Brunette se contenta d’un : « Hum » pour toute réponse. Elle gara son auto juste devant le musée.

– Sigourney Weaver, elle, elle aurait sûrement un lance-flammes, s’efforça-t-il de plaisanter, même si le cœur n’y était pas.

Mais alors, pas du tout…

– Mais nous ne sommes pas à bord du Nostromo, répondit Christine.

Ils sortirent du véhicule prudemment, observèrent un instant les alentours. Puis, lentement, ils montèrent les marches du Metropolitan.

Les portes étaient ouvertes.

Quand ils pénétrèrent à l’intérieur, passant sous les cordons de sécurité, le silence se fit… jusqu’à la scène de crime.

– Mais quelle horreur… dit Christine en sortant un mouchoir en papier pour se boucher les narines.

Comme le lui avait dit Townsend, il y avait des morceaux de corps un peu partout, macérant, qui plus est, dans de la bave… et accompagnés d’une odeur pestilentielle… Le lieutenant de police en avait déjà vu, ça oui ! Mais là ! Elle ne put s’empêcher de vomir.

– Ça va aller, lieutenant ? s’inquiéta Peter.

– Oui, merci. Je vous ai dit de m’appeler Christine.

Elle sortit son semi-automatique de son holster. Ils avancèrent, regardant à droite… regardant à gauche…

– Pas les tentacules, priait Peter. Pas les tentacules. Là-bas ! s’écria-t-il soudain. C’est le tableau ! Dante et Virgile en Enfer

– Flippant, confirma-t-elle.

Christine fronça les sourcils. Peter fit de même. Ils avaient remarqué quelque chose de bizarre : la surface du tableau semblait se mouvoir, onduler, déformant, ainsi, les visages et les muscles épais des personnages représentés sur la toile.

« Mon Dieu » murmura Peter alors qu’une aile de chauve-souris, donnant un relief 3D à l’œuvre de Bouguereau, réussit à percer la surface… Puis, la deuxième aile… Puis, la créature tout entière ! Libérée de sa prison de peinture, elle fonça sur le lieutenant, qui se mit à faire feu. Peter se jeta sur elle pour la pousser à terre. Ils se retournèrent – la chose revenait déjà, poussant des cris stridents.

– Je vais détourner son attention ! cria Peter. Il me vient une idée… Tenez ! Prenez mon briquet et courez mettre le feu à cette putain de toile à la con !

– Mais qu’allez-vous faire, vous ? lui demanda-t-elle, fébrile, s’emparant de l’objet.

La créature était presque sur eux…

– Courez ! hurla-t-il en poussant le lieutenant.

La bête agrippa Peter par les épaules, le souleva et l’entraîna avec elle.

Christine courut jusqu’au tableau. Les toiles, de part et d’autre de la pièce, s’animaient sous ses yeux. Des hommes et des femmes poussaient ces linceuls de peinture qui les retenaient prisonniers en enfer. Elle comprit, ou, du moins, elle le supposa, qu’il s’agissait des visiteurs happés quelques heures plus tôt.

Les tentacules jaillirent, faisant gicler des litres de sang partout ! Et la chauve-souris géante, maintenant Smith au bout de ses pattes postérieures et griffues, volait dans toute la salle. Christine actionna la molette du briquet… La créature, alors, fondit sur le policier intrépide, qui jeta l’objet sur le tableau, rapidement en flammes. La chauve-souris fut stoppée en plein vol et lâcha sa proie. Peter atterrit sur Christine. Lourdement.

– Est-c’que vous allez bien ? lui demanda-t-il.

– Je crois, oui, bredouilla-t-elle.

Ils se redressèrent, tant bien que mal. Tout autour, les tentacules flambaient. Au-dessus, la créature était agonisante. Sa chair empuantie et ses os retombaient sur le sol.

Et tandis que les tentacules s’évaporaient les uns après les autres, les âmes des victimes du massacre du Metropolitan, enfin libres, disparurent en traversant le plafond. Le lieutenant Brunette et Peter eurent du mal à en croire leurs yeux. Et pourtant !

– Nous sommes en vie, s’étonna Christine.

– On dirait, dit Peter. Sérieux, vous assurez grave. Pour un flic…

La jeune femme sourit, commençant à trouver un charme fou à cet homme qu’elle prenait, un peu plus tôt, pour un dangereux psychopathe.

– Vous aussi, M. Smith. Vous aussi, répondit-elle.

Il la prit par l’épaule.

 

 

Cette nouvelle est extraite de Contes épouvantables & Fables fantastiques, recueil en cours d’écriture.

 

Adam Gray

adam-gray.skyrock.com/

 

adam2 001

 

Publié dans auteur mystère

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Qui a écrit cette nouvelle selon vous ???

Publié le par christine brunet /aloys

 

 point d'interrogation

 

Le tableau de Bouguereau

 

 

– M. Smith, expliquez-moi… Comment pourrais-je vous aider si vous-même vous ne m’aidez pas un minimum ? regretta le lieutenant Brunette, s’efforçant de cacher qu’elle commençait à perdre patience. Vous rendez-vous compte de ce que vous dites ? Qu’un tableau de Bouguereau… Un « tableau », M. Smith, a tué toutes ces personnes. Le croiriez-vous, M. Smith, si quelqu’un, tout recouvert de sang, venait vous raconter cela ?

– Écoutez, lieutenant, je sais très bien à quoi vous pensez. Mais, croyez-moi, je n’ai ni fumé, ni pris de drogues hallucinogènes. Je n’en prends pas, moi, de ces merdes. Aussi incroyable que cela puisse paraître, je ne vous ai dit que la vérité, jura le suspect. Il y a quelque chose de diabolique qui se balade là-bas. Et je n’en reviens pas d’avoir pu ressortir en un seul morceau de cet enfer, pour parler franc !

– Quelque chose de diabolique… répéta Brunette. Je vois…

– Ça veut dire quoi, ça, je vois ? demanda Smith, passablement énervé.

Faisant claquer les ongles longs de sa main gauche sur la table en alu, et soutenant, de la droite, son visage pensif, le lieutenant Brunette dévisageait l’homme qui était assis en face d’elle, cherchant la moindre faille dans son attitude susceptible de le trahir. Mais Smith, pas une seule fois, ne baissa les yeux. Ni ne déglutit. Absolument rien, dans son comportement, n’indiquait qu’il se sentait coupable.

– Si j’étais le meurtrier, vous croyez que je serais venu jusqu’à vous, lieutenant ? Je serais, hum, je sais pas, moi…

Il réfléchit.

– Parti à Cancún ! Ils partent toujours au Mexique, dans les séries policières, quand ils ont les fédéraux au cul !

– N’essayez surtout pas d’être drôle ! M. Smith, le réprimanda Brunette.

– Oh ! Mais je n’essayais pas d’être drôle. Je suis juste… fatigué. Et qu’est-c’qu’ils fabriquent, à la fin, vos soi-disant experts ?

– Leur travail, comme moi. Et vous énerver ne fera que vous desservir, M. Smith… Mon problème… Le seul survivant du massacre me raconte une histoire à la Stephen King, se présente les vêtements tout maculés de sang, et accuse… une peinture. Avouez qu’il y a de quoi se poser des questions, non ?

Smith détourna le regard, mais parce qu’il était las. Il regrettait de tout son cœur et de toute son âme d’avoir quitté sa Pennsylvanie natale pour New York. Depuis qu’il s’était installé dans la Grande Pomme, il ne lui était arrivé que des tuiles : sa fiancée qui s’était tirée le jour de leur mariage avec son meilleur pote, son taré de frère, à l’hygiène plutôt… douteuse, qui squattait chez lui, et son malheureux clebs qui, s’étant mis à la poursuite d’un raton laveur dans tout Central Park, s’était fait… hum… défoncer par un skateboard.

– En attendant les résultats de comparaison de vos empreintes digitales avec celles retrouvées sur le corps des victimes, vous allez tout m’expliquer de nouveau, exigea le lieutenant. Depuis le début.

– Putain… Encore !?!

– Oui, encore.

– Mais cela fait déjà trois fois, nom de Dieu !

– Eh bien ! Cela fera quatre. Qu’est-c’qu’il y a, M. Smith ? Vous êtes attendu quelque part ? Vous avez oublié quelque chose sur le feu ?

– Vous faites chier, les poulets, marmotta-t-il. Vous le savez, ça ? Vous faites vraiment chier…

– Allez-y, ordonna Brunette avec un demi-sourire aux lèvres.

On eût presque dit qu’elle était… « satisfaite » de martyriser son interlocuteur.

– O.K. capitula ce dernier. Si encore cela servait à quelque chose !

 

Manhattan, Metropolitan Museum of Art, un peu plus tôt dans l’après-midi.

 

Ma fiancée, mon ex, me parlait fréquemment d’un peintre français, William Bouguereau – elle était accro à un point que ça dépassait l’entendement. Justement, il y avait une exposition exceptionnelle de ses œuvres au Metropolitan. Je me suis alors dit : « Pourquoi ne pas aller y faire un tour, Peter ? » Et j’y suis allé… Il était seize heures, je crois… À peu près.

Vous savez, moi, je ne suis pas vraiment amateur de peinture, mais je voulais voir par moi-même ce qui la fascinait tant chez ce type. Elle avait bon goût, c’est indéniable. Les tableaux étaient assez magnifiques : des femmes et des enfants, principalement, dans une atmosphère… Comment dit-on, déjà ? Je l’ai sur le bout de la langue, merde… Bucolique ! Et puis, il y avait des peintures sacrées, et d’autres se rapportant à la mythologie grecque.

Une, en particulier. Plutôt flippante.

Le guide nous expliqua que cette toile avait été réalisée en 1850 et leur avait été prêtée par un grand musée parisien. Bien sûr, je n’ai pas retenu le nom dudit musée.

Cette peinture, intitulée Dante et Virgile en Enfer, représentait deux hommes entièrement nus en train de se battre jusqu’à la mort devant des « religieux », m’a-t-il semblé, et ces religieux semblaient choqués par le spectacle décadent qu’ils offraient : l’un mordant dans la gorge de l’autre. Exactement comme un vampire. Une créature monstrueuse aux ailes de chauve-souris semblait plutôt apprécier la scène, elle.

Je ne saurais dire pourquoi, mais nous étions tous comme hypnotisés par ce tableau. Les yeux scotchés sur lui.

Et c’est là que l’horreur a commencé…

De longs tentacules gluants ont jailli des peintures, se saisissant, peu à peu, de toutes les personnes alors présentes. Tout le monde courait dans tous les sens, comme des fourmis tentant d’échapper à la langue mortelle d’un tamanoir, se bousculant et se piétinant à qui mieux mieux.

L’être humain sait très vite redevenir un animal, vous savez…

Évidemment, vous savez, vous êtes flic.

J’ai vu un homme se saisir de son épouse pour la jeter en pâture à l’une de ces langues qui voulait les choper… Juste avant, ils s’embrassaient avec passion. Le cri de cette pauvre femme résonne encore dans ma tête… Son cri à lui, aussi, parce que quatre secondes après !

C’était horrible…

Par quel miracle j’ai réussi à zigzaguer entre ces tentacules rétractiles, je ne sais pas… Mais ce que je sais, lieutenant – ce que je peux vous raconter, encore une fois –, c’est ce que j’ai vu…

Les peintures n’étaient plus des peintures, non… C’était des gueules. Grandes ouvertes et puantes. À l’intérieur des tableaux ! Grâce à leur langue gluante, elles amenaient leurs proies, terrorisées, jusqu’à leurs mâchoires pour les… dévorer ! Imaginez-vous cela ? Être dévoré vivant. Broyé, avalé, digéré…

Les plus « chanceux » ont peut-être succombé à un arrêt cardiaque avant d’être réduits en purée d’os et de tripailles – je l’espère pour eux.

Et comme j’ai été heureux de ne pas être papa, si vous saviez ! Aurais-je été capable de protéger mon enfant, dans ce cauchemar ? Ou aurais-je agi comme une grosse merde pour sauver ma peau ?

Des cris, un peu comme ceux des tyrannosaures dans les Jurassic Park, vous savez… remontaient des tableaux repus.

Les lumières vacillaient.

Je courais comme un dératé, priant le ciel qu’un monstre ne surgît pas pour me bouffer les couilles. J’étais recouvert de sang… Le sang de tous ces gens réduits en bouillie.

Finalement, je réussis à sortir du Metropolitan.

 

– Et la suite, vous la connaissez, lieutenant. Mais vous ne me croyez toujours pas… Je peux le lire dans vos yeux… Vous me prenez pour un serial killer, n’est-ce pas ?

– Encore une fois, qu’imagineriez-vous, vous, M. Smith ? lui demanda Brunette. Mettez-vous un peu à ma place !

À ce moment-là, le détective Townsend entrebâilla la porte de la salle d’interrogatoire. D’un signe de tête, il invita le lieutenant à le rejoindre dans le couloir.

– Alors, Townsend, les empreintes, qu’est-c’que ça donne ? voulut-elle immédiatement savoir.

– Eh bien… Quand nous sommes revenus, Kitsch, McGowan et moi du musée…

– Townsend, allez à l’essentiel, s’il vous plaît.

– Comme vous voulez : Smith n’est pas l’assassin.

– Vous en êtes sûr ? s’écria-t-elle presque.

– Kitsch et McGowan ont vérifié trois fois. Ce ne sont pas les empreintes de Smith. D’ailleurs, et là je cite uniquement Kitsch, lieutenant : « Ce ne sont pas les empreintes d’un homme ».

– Une femme ?

– Euh… non plus… hésita Townsend.

Les mains posées sur les hanches, Brunette se mit à marcher de long en large dans le couloir, essayant de comprendre l’incompréhensible. Même s’il n’avait tué personne, Smith racontait n’importe quoi. Il ne pouvait en être autrement…

– Mais qu’avez-vous vu, là-bas, Kitsch, McGowan et vous ? demanda-t-elle au détective.

– Une boucherie… Vous n’avez pas regardé votre cellulaire ? McGowan vous a fait parvenir les photos en pièces jointes.

– Pour être honnête, je n’ai pas pu aller au-delà de la première… et puis, j’interrogeais Smith.

– Hum… fit Townsend. Il y avait du sang et des morceaux un peu partout sur les sols, sur les murs, sur les plafonds… Une vraie boucherie, insista-t-il.

– Vous avez vu les tableaux ?

– Oui. Les tableaux étaient à leur place. R.A.S. de ce côté-là.

– Bon… Nous n’avons plus qu’à libérer M. Smith, je crois… Merci, Townsend.

Le détective opina du chef et retourna s’enfermer dans son bureau, une porte plus loin. Quant à Brunette, elle rejoignit Smith dans la salle d’interrogatoire, où, le nez collé sur la table, les mains croisées derrière la tête, il désespérait.

– Smith ? fit le lieutenant.

L’homme, aussitôt, releva la tête.

– Vous et moi, nous allons faire un petit tour, dit-elle.

– Un petit tour ? C’est bien réglementaire, comme procédure ? s’inquiéta-t-il. Et un petit tour « où » ?

– Au Metropolitan.

– Quoi ? Vous êtes folle si vous pensez que je vais remettre les pieds dans ce manoir de l’enfer !

– Les empreintes n’ont rien donné. Si vous voulez m’aider à comprendre, venez avec moi. S’il vous plaît.

– Une minute… Les empreintes n’ont rien donné, vous dites ? Je suis donc libre de rentrer chez moi ?

– Oui. Vous pouvez partir, M. Smith. Mais je vous demande de bien vouloir m’aider. Vous êtes la seule personne à avoir vu… ce qui s’est passé là-bas.

– Parce que vous me croyez, maintenant ? Non, je regrette. Ce n’est pas mon aide que vous demandez… Vous me demandez de rejouer Thelma & Louise avec vous ! Et la fin, on la connaît ! Lieutenant ! Ces deux connes se sont suicidées pour ne pas se faire prendre !

– Je suis armée, vous risquez quoi ?

Smith ouvrit grand les yeux.

– Vous avez écouté mon histoire ? Non, désolé… Vous êtes bien mignonne mais je tiens à ma peau, moi ! J’ai vu l’enfer, là-bas ! Je suis couvert de sang, je pue, et tout ce que je veux, c’est prendre un bon bain, me mettre au lit, et espérer oublier tout ça un jour.

– Très bien ! s’écria Brunette en désignant la porte. Allez-y ! Et j’espère que vous pourrez toujours vous regarder dans une glace, demain !

Le séduisant lieutenant de police fut très déçu de voir l’homme s’en aller. Il ne se retourna même pas, avec ce soupçon de remords dans les yeux… qu’elle espérait ardemment.

Brunette resta là, seule, pour réfléchir un moment. Elle sortit dans le couloir et alla frapper à la porte du bureau du détective Townsend, le priant de dire au capitaine Roberts, si jamais ce dernier la cherchait, qu’elle était partie interroger un indic. Townsend fit oui avec la tête et ne posa aucune question.

Après quoi le lieutenant alla chercher sa voiture. Elle s’installa, attacha sa ceinture, et juste au moment où elle allait tourner la clé de contact, on cogna contre la vitre, côté passager. Elle sursauta. C’était Smith. Se demandant, finalement, si elle n’allait pas le regretter, elle déverrouilla la porte et le laissa monter.

– Vous avez changé d’avis ? demanda-t-elle.

– J’ai réfléchi et… ça ne se fait pas de laisser une jolie fille telle que vous partir se jeter, comme ça, dans la gueule du loup, lieutenant.

– Sérieusement ? Les hommes en sont toujours là ? Protéger la « faible femme » ? Mais j’apprécie, admit-elle volontiers tout en ajustant son rétroviseur.

– Il n’y a pas de quoi, répondit-il. On va peut-être crever, lieutenant. Sûrement, même…

– Christine, dit-elle.

– Pardon ?

– Vous pouvez m’appeler Christine. Après tout, au stade où nous en sommes !

– O.K. À la condition que vous m’appeliez Peter, Christine.

Elle démarra et prit la direction du Metropolitan. Smith esquissa un sourire – son tout premier sourire depuis fort longtemps, en réalité.

Comme ils gardaient le silence, Christine alluma son autoradio. Passait, à ce moment-là, sur les ondes, la chanson Ghostbusters.

– Ils se foutent de notre gueule, là ? dit Peter avec un air mi-contrarié, mi-constipé sur le visage.

Christine émit un petit rire.

– Et vous, vous trouvez ça drôle ? Vraiment !?! Et qui c’est qu’on appelle ? S.O.S. Fantômes…

– Désolée…

Et elle pouffa de rire, se justifiant en affirmant que c’était les nerfs. Et c’était le cas, bel et bien. Lui aussi, finalement, se mit à rire. Mais quand ils arrivèrent à proximité du musée, l’envie de « galéjer » disparut aussitôt. Tout le périmètre, autour, était plongé dans le noir le plus absolu, et, du Metropolitan, il s’élevait un brouhaha épouvantable.

Christine ralentit.

– Vous avez un lance-roquettes, dans votre coffre, Christine ? demanda Smith avec le plus grand sérieux.

– J’ai bien peur que non, répondit-elle en essayant de contacter le détective Townsend, tout d’abord, puis le capitaine Roberts.

– Les fréquences sont brouillées, hein ? murmura Smith.

Le lieutenant Brunette se contenta d’un : « Hum » pour toute réponse. Elle gara son auto juste devant le musée.

– Sigourney Weaver, elle, elle aurait sûrement un lance-flammes, s’efforça-t-il de plaisanter, même si le cœur n’y était pas.

Mais alors, pas du tout…

– Mais nous ne sommes pas à bord du Nostromo, répondit Christine.

Ils sortirent du véhicule prudemment, observèrent un instant les alentours. Puis, lentement, ils montèrent les marches du Metropolitan.

Les portes étaient ouvertes.

Quand ils pénétrèrent à l’intérieur, passant sous les cordons de sécurité, le silence se fit… jusqu’à la scène de crime.

– Mais quelle horreur… dit Christine en sortant un mouchoir en papier pour se boucher les narines.

Comme le lui avait dit Townsend, il y avait des morceaux de corps un peu partout, macérant, qui plus est, dans de la bave… et accompagnés d’une odeur pestilentielle… Le lieutenant de police en avait déjà vu, ça oui ! Mais là ! Elle ne put s’empêcher de vomir.

– Ça va aller, lieutenant ? s’inquiéta Peter.

– Oui, merci. Je vous ai dit de m’appeler Christine.

Elle sortit son semi-automatique de son holster. Ils avancèrent, regardant à droite… regardant à gauche…

– Pas les tentacules, priait Peter. Pas les tentacules. Là-bas ! s’écria-t-il soudain. C’est le tableau ! Dante et Virgile en Enfer

– Flippant, confirma-t-elle.

Christine fronça les sourcils. Peter fit de même. Ils avaient remarqué quelque chose de bizarre : la surface du tableau semblait se mouvoir, onduler, déformant, ainsi, les visages et les muscles épais des personnages représentés sur la toile.

« Mon Dieu » murmura Peter alors qu’une aile de chauve-souris, donnant un relief 3D à l’œuvre de Bouguereau, réussit à percer la surface… Puis, la deuxième aile… Puis, la créature tout entière ! Libérée de sa prison de peinture, elle fonça sur le lieutenant, qui se mit à faire feu. Peter se jeta sur elle pour la pousser à terre. Ils se retournèrent – la chose revenait déjà, poussant des cris stridents.

– Je vais détourner son attention ! cria Peter. Il me vient une idée… Tenez ! Prenez mon briquet et courez mettre le feu à cette putain de toile à la con !

– Mais qu’allez-vous faire, vous ? lui demanda-t-elle, fébrile, s’emparant de l’objet.

La créature était presque sur eux…

– Courez ! hurla-t-il en poussant le lieutenant.

La bête agrippa Peter par les épaules, le souleva et l’entraîna avec elle.

Christine courut jusqu’au tableau. Les toiles, de part et d’autre de la pièce, s’animaient sous ses yeux. Des hommes et des femmes poussaient ces linceuls de peinture qui les retenaient prisonniers en enfer. Elle comprit, ou, du moins, elle le supposa, qu’il s’agissait des visiteurs happés quelques heures plus tôt.

Les tentacules jaillirent, faisant gicler des litres de sang partout ! Et la chauve-souris géante, maintenant Smith au bout de ses pattes postérieures et griffues, volait dans toute la salle. Christine actionna la molette du briquet… La créature, alors, fondit sur le policier intrépide, qui jeta l’objet sur le tableau, rapidement en flammes. La chauve-souris fut stoppée en plein vol et lâcha sa proie. Peter atterrit sur Christine. Lourdement.

– Est-c’que vous allez bien ? lui demanda-t-il.

– Je crois, oui, bredouilla-t-elle.

Ils se redressèrent, tant bien que mal. Tout autour, les tentacules flambaient. Au-dessus, la créature était agonisante. Sa chair empuantie et ses os retombaient sur le sol.

Et tandis que les tentacules s’évaporaient les uns après les autres, les âmes des victimes du massacre du Metropolitan, enfin libres, disparurent en traversant le plafond. Le lieutenant Brunette et Peter eurent du mal à en croire leurs yeux. Et pourtant !

– Nous sommes en vie, s’étonna Christine.

– On dirait, dit Peter. Sérieux, vous assurez grave. Pour un flic…

La jeune femme sourit, commençant à trouver un charme fou à cet homme qu’elle prenait, un peu plus tôt, pour un dangereux psychopathe.

– Vous aussi, M. Smith. Vous aussi, répondit-elle.

Il la prit par l’épaule.

 


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Courts extraits tirés de la trilogie de Stéphane Ekelson

Publié le par christine brunet /aloys

 

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Aimer à mûrir (extrait)

 

« J'embrasse la joue de l'écriture. Elle est féminine. Je voudrais l'épouser. Epouser ses formes fort séduisantes. Coucher dans le même lit de confidences, d'histoires vraies et fictives. Mêler ma langue à la sienne pour maintenir la passion. Je range mes armes, mon combat contre elle. Je veux qu'elle soit mienne et sienne. Je lui souffle des mots à l'oreille. Elle se met à rire. Je ris aussi de sa splendeur. L'écriture me dévisage. J'en tombe amoureux. Tout coule alors comme une source. Une relation est née. Elle a décidé en secret de m'épouser. Je tourne la page de mon passé. Je remplis les pages vierges de notre livre. Celui d'un amour naissant. Le mariage fut célébré dans une cathédrale accompagné par un orgue inspiré de notes comme les mots abondants écrits sur le registre de l'autel blanc. »

 

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L'indicatif présent (extrait)

 

« Le temps du plus blanc que blanc est révolu. A présent on parle de boue, de crasse, de puanteur, de déjection, de pourriture, de cadavre et de laideur. Tu es laide, tu es sale et tu pues. Tu n'aimes pas l'entendre n'est-ce-pas ? Avoue, reconnais-le, je suis dans le registre de l'horreur, du scandaleux et de l'infâme. Mais ils sont nombreux dans mon cas. Tu ne te rends pas compte. Tu ignores la vraie nature de l'homme. En fait tu m'exaspères, tu m'irrites. Je ne sais pas sur quel pied danser avec ton comportement et ton langage déficient. Tu veux que je m'arrête-là ? Que je signe une trêve avec toi pour cesser ce non-lieu ? »

 

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Toile au vert de liqueur (extrait)

 

« Ayant atteint la hauteur de sa voiture, il ouvrit la portière arrière et en sortit des chaussures décentes qu'il mit à ses pieds à la place des bottines dont l'éclat puait. Le jour s'assombrissait peu à peu et il alluma une cigarette, assis à son volant, sans se douter que des yeux avisés suivaient son manège. Après un temps, la cigarette consumée à grandes bouffées, il démarra silencieusement les feux éteints par l'oubli. »

 

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Extrait d'un journal intime retrouvé au fond d'un grenier, un texte de Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

delvilletete

 

 

EXTRAIT D'UN JOURNAL INTIME RETROUVÉ AU FOND D'UN GRENIER

 

Samedi, le 18 mai 1861

Il est près de six heures et je suis réveillée. J'écris ces quelques lignes à la hâte. Aujourd'hui est un grand jour, celui de mon mariage.

 

Charles m'a choisie parmi toutes les jeunes filles de bonne famille que ses Parents ont voulu qu'il rencontre avant de faire son choix.

 

Oh, béni soit le jour où je l'ai vu, jeune officier fringant dans ce bel uniforme. Il semblait savoir que tous les regards étaient tournés vers lui et pourtant il m'a longuement fixée en s'avançant vers Mère à qui il a demandé l'autorisation de m'inviter à valser.

 

Et nous avons valsé, valsé, j'en suis encore étourdie… À minuit, comme les jeunes filles sages, j'ai obéi à Mère qui voulait quitter la salle de bal. Nous sommes reparties dans le fiacre que Père avait envoyé nous chercher.

 

Cher journal, voila plus de cinq ans que j'attends ce jour et j'ai peur ! Peur de le décevoir, peur que Charles ne me trouve pas digne de lui, peur aussi de cette nuit de noces dont Mère m'a parlé à demi-mots et en rougissant !

 

J'aime Charles plus que tout et bientôt, je serai sienne.

 

Ceci est la dernière page de ce journal intime. Plus rien n'est écrit après ces quelques lignes…

 

Louis Delville

louis-quenpensez-vous.blogspot.com

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Carl du Toit...

Publié le par christine brunet /aloys

malades manteaux penché K Cahboum

 

Pourquoi le train déraille ?

C’est parce qu’on le raille.

Les passagers eux baillent

Leurs faces rondes comme corail

Les clowns chauffent la loco       

Comme s’ils étaient à Rio              

Amusant amusés ils rient haut

Excités ils grimpent au poteau

 

Les rails elles s’en moquent

Qu’on leur danse dessus à coup d’rock                    

Quand les wagons sont lourds elles rotent

Quand les cheminots dévient trop elles les croquent

 

Puis un jour on inventa l’avion

Qui face au train était toujours champion

Il allait si vite qu’on alluma les lampions

Pour que chacun, craintif,  fasse  ses dévotions

 

L’homme se mit un jour de la partie                                  

Il ne voulait absolument pas que la terre en azote partit

Chacun dans son coin lançait sa répartie

Tant est-il que d’emblée on prit le parti de l’écolo facil

 

Ébranlée sur son socle la terre vite craqua

En des millions d’années elle n’avait jamais vu cela

Elle se secoua donc et lança en l’air ses habitants par-ci par-là

En criant et disant « Depuis toujours et pour toujours on m’appellera Bella ».

 

 

Carl du Toit

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J'ai peur de..., un texte de Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

delvilletete

 

J'AI PEUR DE…

Commencez un texte qui commence par cette phrase.

 

J'ai peur de vous raconter cette histoire… On va encore dire que je l'ai inventée et pourtant c'est la vérité !

 

Il y a quelques années, lorsque j'étais petit, j'ai rencontré des Martiens ! Vous voyez, vous commencez déjà à sourire. J'en ai marre de ces gens qui ne me croient pas !

 

L'après-midi du 24 décembre 1900 et quelques, je regardais par la fenêtre pendant que ma mère faisait des bouquettes. Eh voila, on sourit encore, on ne connaît pas un mot typiquement liégeois et on rit bêtement !

 

La bouquette est un genre de crêpe à la farine de sarrasin agrémentée de raisins de Corinthe macérés dans le genièvre. Il neigeait doucement et la maison embaumait. On avait fait les courses la semaine précédente et le cuissot de sanglier attendait sagement au réfrigérateur. Maman avait trouvé une recette de sanglier au chocolat à préparer pour le réveillon. Encore ces sourires moqueurs ! Oui, ça existe une recette de sanglier au chocolat !

 

Depuis la veille, la viande marinait… Le foie gras était déjà coupé en belles tranches et Papa avait ouvert une bouteille de ce vin fabriqué à base de grains de raisins pourris. Je vois que vous vous marrez mais il existe vraiment, ce vin, le Sauternes ! Attendez d'en avoir goûté avant de critiquer !

 

Je crois que je vais m'arrêter de vous raconter cette histoire, j'avais bien raison d'avoir peur de la commencer. Vous ne croyez pas des choses vraies, alors comment voulez-vous croire à mon histoire de Martiens ? 

 

Louis Delville

louis-quenpensez-vous.blogspot.com

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Philippe WOLFENBERG : l'écriture est "gravure d’émotions, de sentiments et de souvenirs sur le papier "

Publié le par christine brunet /aloys

Ah, curiosité, quand tu me tiens ! Dès qu'un nouvel auteur pointe son nez chez Chloé des lys, je n'ai de cesse d'en apprendre plus, de le cerner, de comprendre ce qu'il écrit et comment. Le plus souvent, cette curiosité se solde par un flop : l'auteur garde son univers pour lui et seulement pour lui. La frustration me guette alors.

Mais parfois il accepte de répondre à mes questions... Philippe Wolfenberg n'a pas hésité une seconde et je l'en remercie. Les questions se pressent comme d'habitude. Je dois faire un tri. 

Alors, commençons par le commencement : une courte présentation, histoire de faire connaissance...

 

Phil-3.jpgJe m’appelle Philippe WOLFENBERG (Philippe étant mon véritable prénom et WOLFENBERG, un pseudonyme qui veut dire « Montagne aux loups »). Je suis né à Liège, il y a un peu plus de 48 ans et j’habite à une dizaine de kilomètres de cette ville (l’avantage des espaces verts à quelques minutes de la métropole). Je travaille dans une asbl où j’occupe le poste de secrétaire. Je suis célibataire… Sans doute, mes chats sont-ils les seuls à supporter mon caractère impossible?

Pseudo original: pourquoi ce choix ? Tout simplement parce que je suis proche de la nature ; donc, de la faune et de la flore et que le loup est un animal qui me fascine. J’avais donc opté, au départ, pour « Philippe WOLF »… Mais ça ne me semblait pas assez « accrocheur ». J’y ai ajouté « BERG » (montagne) et changé « WOLF » en « WOLFEN » (qui est le pluriel).

Depuis quand écris-tu ? Mes premiers textes sont vieux d’une vingtaine d’années. Du moins, ceux que j’ai gardés.

Les-etats-d-ame-de-la-lune-et-du-soleil--Philippe-Wolfenb.jpg Sinon, auparavant, j’avais déjà « griffonné » quelques ébauches, ça et là.

Tu écris en prose... Pourquoi ne pas avoir choisi la poésie, par exemple ? en as-tu déjà écrit ? J’ai débuté par la poésie… Et j’ai quelques dizaines de poèmes dans mes cartons (que je soumettrai, peut-être, à Chloé des Lys dans le futur).

Je pense que la poésie est plus esthétique que la prose mais ne permet pas de développer suffisamment un sujet.


Sans doute, oui. Définis le mot « écriture », s'il te plaît... Tâche ardue que celle-là ! Je dirais : mise des mots en musique ; thérapie ; gravure d’émotions, de sentiments et de souvenirs sur le papier ; besoin vital…

Pourquoi écris-tu ? Un déclencheur ?

Les-etats-d-ame-de-la-lune-et-du-soleil--Philipp-copie-1.jpgComme je l’ai déjà dit, c’est une sorte d'auto psychanalyse. Ca me permet, également, de vivre des vies qui ne sont pas (et ne seront, sans doute, jamais) les miennes. Enfin, il arrive que les événements m’obligent (le terme n’est pas trop fort) à martyriser le clavier. Ainsi, le premier chapitre de mon roman (en cours de publication chez Chloé des Lys) est autobiographique et ne devait, au départ, pas avoir de suite.

Ah ? Pour quelle raison ? le choix de la publication s'est-il imposé par hasard ?  Comme je considère l’écriture comme une thérapie, j’ai l’habitude de coucher sur le papier les événements (et les émotions) que j’ai des difficultés à gérer. Le premier chapitre de mon roman en est l’illustration. C’est le récit d’une soirée d’adieu. Je voulais en garder une trace écrite. Puis, l’idée d’en faire le point de départ d’une histoire plus longue s’est imposée ainsi que l’envie qu’elle soit publiée.

Ecris-tu pour toi, pour les autres ? Sans hésitation : pour moi… Mais il est vrai que voir mon « travail » apprécié par le plus grand nombre est une récompense que je ne néglige surtout pas.

Facile ou difficile d’être lu ? Trouver une maison d’édition n’est pas une sinécure. Sinon, pendant l’écriture de mon

Phil-1.jpg roman, j’avais pris l’habitude de donner à lire le résultat d’une journée de cogitation à quelques personnes de mon entourage. C’était toujours intéressant – et souvent gratifiant – d’écouter leurs « ressentis ».

Comment voit-on ta passion de l'écriture autour de toi? Je dirais que les ¾ des personnes à qui j’ai fait lire mon manuscrit ont été enthousiastes quant à la forme et au fond mais les encouragements sont rares. C’est un peu frustrant mais puisque j’écris avant tout pour moi, ce n’est pas vraiment un problème.

D’autres passions ? Lesquelles ? Ont-elles un lien avec l’écriture ? La lecture (surtout d’essais, actuellement), la photographie (mes deux sujets de prédilection étant la nature et les vieilles pierres), les balades (source d’inspiration pour l’écriture et la photographie), la musique (il ne s’écoule pas un jour sans que j’en écoute), la minéralogie, l’ésotérisme (qui, parfois, a des liens avec la passion précédente), l’informatique et le jardinage (avec une propension à collectionner les beaux bonsaïs).

Un lien entre toutes ces passions? Se retrouvent-elles dans tes écrits, les conditionnent-elles?

Phil-2.jpgLa recherche de l’esthétisme. La perfection de la nature a, sur moi, un pouvoir d’attraction extraordinaire. L’architecture et la décoration aussi. Et ça se retrouve, en effet, dans les descriptions qui parsèment mes écrits. Quelques touches d’ésotérisme sont, également, diluées dans l’ensemble. Bref, le lecteur attentif devrait en apprendre beaucoup sur mes passions (et sur moi-même) en lisant ce livre.

Quel est ton rapport avec tes personnages ? Fusionnel ! Je suis le héros de mon roman et il est moi, son créateur. Quant à sa « jumelle », je me suis inspiré d’une femme que j’ai adoré côtoyer par le passé. Je l’ai, bien sûr, rendue plus parfaite mais le souvenir que j’ai d’elle coïncide quasiment trait pour trait avec la belle méditerranéenne de mon livre. Il y a aussi une enfant qui personnifie mon regret d’avoir délibérément choisi de ne pas en avoir. Et les personnages secondaires sont, pour la plupart, calqués sur des gens que je connais (ou ai connus) et apprécie.

Nouvelle question, si tu veux bien... Peux-tu définir ton style ? J’aime que l’harmonie règne entre les mots… Que la façade soit belle et attirante. Je crois que le lecteur sera interpellé par les nombreuses descriptions (personnages et lieux) qui ponctuent le récit. Mais l’extérieur ne doit pas prendre le pas sur les émotions. Finalement, je ne raconte pas uniquement une histoire… Je tente de raconter la passion… Sans cette dernière, la vie ne vaut pas d’être vécue.

Compliqué de mettre le point final au récit ou est-ce un soulagement ? Au risque de me répéter, je suis le héros de mon roman. Et même si les aventures de mes personnages ne s’arrêtent pas au mot « fin », j’ai vécu le moment où mon index a frappé la touche « point » du clavier pour l’ultime fois comme très douloureux. Mais les nombreuses relectures que j’ai effectuées avant et après avoir envoyé mon manuscrit aux Editions « Chloé des Lys » ont été, au contraire, synonymes de renaissances multiples et bienvenues.

 

Me voilà au moment le plus délicat de l'interview, la conclusion... Allez, cette fois, ce sera un extrait choisi... Une autre approche, plus concrète de l'univers de l'auteur... Bonne lecture !

 

 

Les états d'âme de la lune et du soleil (Philippe WolfenbJe me suis levé tôt afin de profiter des premières heures de la journée. Caterina dort profondément. Au moment de quitter la chambre, je passe précautionneusement la main dans sa chevelure ébène. Cette assuétude tactile – que j’ai cultivée au fil de mes relations avec l’autre sexe – a, probablement, atteint son paroxysme depuis que cette merveilleuse strega1 m’a envoûté. J’écris un mot que je laisse à sa portée et, sans un bruit, je descends les escaliers. A mon passage, les chiens se redressent mais, sur un ordre de ma part, ne me suivent pas.

Le ciel est pervenche et vierge de tout nuage. Sous le souffle du vent, tiède et imprégné des senteurs matinales, le feuillage juvénile des arbres ondoie dans un bruissement feutré qui sied à la naissance tranquille du soleil.

Eparpillés aux quatre coins du parc, des massifs de fleurs printanières lui donnent l’apparence d’un tableau de Georges Seurat2.

Je longe l’étang, bordé de saules pleureurs et surmonté des volutes d’une brume ténue, puis remonte le cours du ruisseau qui s’y abîme après avoir donné vie à de multiples cascatelles.

A quelques mètres du pavillon, un chêne à la silhouette alambiquée protège le vieux banc sur lequel je viens de temps en temps me livrer à l’exercice délicat du retour sur soi.

Je repense à Elena. D’autres l’ont précédée mais elle incarne mon premier amour. Elle fut, en son temps, celle avec qui j’imaginais pouvoir défier les lois éternelles de la banalisation. L’aveuglement qui caractérise les esprits passionnés nous a conduits à répéter les mêmes comportements insensés jusqu’à ce qu’elle soit raisonnable pour deux. La raison… Parlons-en ! Elle conspire contre nous lorsqu’elle nous empêche d’atteindre la plénitude. C’est, du moins si mes souvenirs sont exacts, l’avis de Freud3. Et le mien aussi ! Même si Chloé a su pallier la dérobade de mon illusoire sœur incestueuse, j’ai cru ne jamais guérir.

Puis, Caterina est apparue. Les pages que nous écrivons, elle et moi, auraient dû l’être bien plus tôt. Le reste de mon existence ne suffira pas pour l’aimer comme elle le mérite. Y parvenir exigerait un millier de vies… Et encore ! Ce bonheur est tellement grand et tellement idéal qu’il est fait pour habiter les rêves et non une réalité trop étriquée qui l’emprisonne. Il fait mal tant il est impétueux, tel un océan déchaîné. Il est suffocant quand il s’insinue dans la moindre de mes respirations. Il est, surtout, l’étincelle primordiale qui me permet de trouver un chemin parmi les ténèbres où baigne ma personnalité abusivement tournée vers la démesure affective.

* Phil ?

Je me retourne. Elle porte une robe, légère et courte, aux motifs floraux variés. Par-dessus, un gilet la protège de la fraîcheur ambiante sans cacher le profond décolleté qui met ses seins en valeur.

* Viens t’asseoir…

* Pourquoi ne m’as-tu pas réveillée ?

* Tu paraissais si sereine… Et… Je voulais être seul…

* Oh ! Te fatiguerais-tu déjà de ma présence ?

* Tu le penses réellement ?

* Non ! Mais j’aime être rassurée…

* J’ai un besoin viscéral de te savoir à mes côtés… Mais, aussi singulier que cela puisse paraître, ton absence momentanée corrobore l’authenticité de cet axiome…

* Pendant que je m’habillais pour venir te rejoindre, j’ai allumé la radio… Elle diffusait la chanson de Rui Da Silva… Celle où une voix féminine suave répète « I need you so much… »1

1 J’ai tellement besoin de toi…

* Et ?

* Je pourrais passer des heures à te dire ces mots…

* Tu as déjà fait l’amour sur un banc ?

* Non !

* C’est le moment de combler cette lacune… Tu ne crois pas ?

Son rire espiègle, quand elle bascule en arrière sous le poids de mon désir, est la plus plaisante des réponses.


 

Christine Brunet

www.aloys.me

Publié dans interview

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Jean-Claude Texier nous propose un extrait de son roman, L'Elitiste

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

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L’ÉLITISTE

                           Jean-Claude Texier

 

Un extrait de circonstances électorales

 

Roméo de Rivera, proviseur du lycée Edith Cavell dans une banlieue bourgeoise de la région parisienne, staliniste farouche et dirigeant tyrannique, devenu socialiste par opportunisme, est fortement impliqué dans la campagne présidentielle de 2007.

 

Le dimanche 22 avril, au soir du premier tour, en proie à une angoisse qu’il crut exorciser en retrouvant ses congénères, Roméo alla au siège du parti. C’était une belle fin d’après-midi printanière et le boulevard Saint-Germain, plongé dans un calme provincial, connaissait le silence préludant aux grands évènements.

Il trouva la rue de Solferino en effervescence. Des groupes de militants du Mouvement des jeunes socialistes agitaient des drapeaux aux cris de « Ségolène Présidente ! » parmi une foule assemblée devant un écran gigantesque, dans l’attente que s’affiche le score de son idole. Sur un podium dressé au milieu de la rue, la télévision achevait ses préparatifs. Les regards graves trahissaient la même appréhension qui l’habitait.  

Il se rendit à la brasserie au coin du boulevard Saint-Germain dans l’espoir de rencontrer une connaissance. Elle était bondée, le comptoir pris d’assaut par une clientèle assoiffée en quête de pronostics venus de l’étranger et d’ultimes prévisions. Les serveurs en sueur, débordés, couraient en tous sens, incapables de répondre à la demande. Il dut s’armer de patience avant qu’on lui servît une bière.  

On se pressait aussi dans l’escalier des toilettes. Il attendait docilement son tour lorsqu’il remarqua devant lui une jeune fille dans laquelle il crut discerner cette touche de distinction qu’il admirait tant chez certains politiciens. C’était une blonde d’une vingtaine d’années, au teint frais, aux lèvres finement ourlées, aux yeux bleus malicieux, souriante dans la file d’attente, et il se dit qu’elle devait avoir de l’humour, la qualité qui lui manquait tant, mais toujours appréciable chez autrui. L’idée lui vint – reste de ses lectures sur la séduction – qu’il devrait faire un effort pour engager la conversation sur un mode léger et plaisant.  

« Quel monde ! fit-il d’un air détaché, on se croirait à l’ANPE. » (Agence nationale pour l’emploi)

Elle éclata de rire, et il s’enhardit à lui demander si elle avait des renseignements sur les résultats probables. Comme elle secouait négativement la tête, il interrogea un jeune homme à lunettes aux traits creusés d’intellectuel, suspendu à son portable. 

« D’après des amis de Lausanne, dit-il gravement, flatté qu’on lui demandât son avis, vers cinq heures, c’était Bayrou qui était en tête. Mais il reste une heure, et tout peut basculer.  

— J’espère, dit Roméo, que Le Pen ne renouvellera pas son score de 2OO2 au premier tour. Je ne peux m’empêcher de souhaiter qu’il meure à la tribune, au milieu d’un discours haineux, d’un infarctus ou d’une congestion cérébrale. Vous ne croyez pas que cela pourrait lui arriver, à 78 ans ? »

Il fit semblant de s’étrangler et de tomber raide mort.

« Oui, certainement ! » fit la fille en riant.

Elle était assez jolie, et quelque chose d’innocent dans son expression lui plut. Il se souvint du premier précepte énoncé par son Don Juan de  Chamonix : faire rire une femme, c’est l’avoir à moitié dans les bras. 

Il poussa plus loin son avantage.

« Et ce n’est pas son imbécile de fille qui prendra le relais. La droite perdra son meilleur tribun et la gauche son pire ennemi. Je souhaite qu’on l’enterre dans une heure, fit-il en regardant sa montre.

— Marine ? Elle ne lui arrive pas à la cheville. Vous n’avez rien à craindre. »

Elle se précipita vers une place devenue libre dans une cabine. Lorsqu’il sortit, il alla l’attendre en haut des escaliers. Elle parut surprise de le retrouver. Il se demanda si elle n’avait pas rendez-vous avec un ami, mais résolut de risquer le tout pour le tout.

« Nous avons le temps de prendre un verre. Tenez, voilà une table qui se libère, allons-y. »

Et il s’empara de deux chaises de la terrasse avant qu’elle refuse son invitation. Mais elle vint s’asseoir en face de lui en le remerciant, toute joyeuse qu’on lui offrît un moment de détente dans cette cohue.

Il commanda deux cafés et la prévint qu’ils devraient attendre, ce qui lui donna l’occasion de citer son proverbe espagnol favori : Con la paciencia se gana el cielo. (Tout arrive à qui sait attendre)   

Et comme elle s’étonnait de son accent, il lui avoua ses origines ibériques, sa naissance dans un pays lointain.

« Mais parlons de ce qui nous amène ici. Vous êtes militante ? 

— Disons sympathisante. Mais presque militante, oui. Je devais retrouver une amie ici, mais elle vient de me prévenir qu’elle ne pourra venir. Elle est inscrite et veut que je le sois aussi. Nous sommes toutes deux étudiantes en deuxième année de médecine. Plus tard, on voudrait travailler dans l’organisme de Kouchner. 

— Bravo, mes compliments. Et bonne chance dans Médecins du Monde 

— Merci. Vous êtes professeur ? 

— Moi ? En ai-je l’air ? Non, je suis fonctionnaire. Mais j’ai été instituteur à Chamonix, il y a bien longtemps. 

— Est-ce que vous croyez que Ségolène sera au second tour ? 

— J’en suis sûr. Dans l’administration, beaucoup de gens lui font          confiance. Mais la lutte sera serrée au deuxième tour, à cause de Bayrou qui nous a pris du monde. »

Elle l’approuva tristement.

« Est-ce que vous aurez un jour votre carte du parti ? 

— Sans doute, je pense. En fait, je ne sais pas. Vous croyez que c’est important ? »

Il hocha la tête.

« Oh oui, très important. C’est la marque de votre engagement. C’est par là que vous vous démarquez des capitalistes exploiteurs, de Sarko et de sa bande de profiteurs sur le dos du peuple. Plus on sera de monde, plus on sera fort. Ségolène veut que l’on devienne un parti de masse. »

Leurs voix furent bientôt couvertes par des cris enthousiastes de « Ségolène Présidente ! » Le vacarme dura quelques minutes, entrecoupé de pauses si courtes qu’ils n’avaient guère le loisir de poursuivre leur conversation. 

 

Jean-Claude Texier

L'Elitiste

 

 

 

 

 

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