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Mon fils, un poème de Françoise CASTERA

Publié le par christine brunet /aloys

 

contrastes

mon fils

 

 

De tous les hommes que j’ai aimés

tu as été mon préféré

ce cri d’amour que je te lance

fut aussi celui de l’absence

j’aurais dévalé des montagnes

j’aurais traversé les campagnes

j’aurais gravi tous les ravins

je te tendrais toujours la main

 

de tous les hommes que j’ai aimés

tu resteras le préféré

quand tu tendais les bras vers moi

tu t’approchais à petits pas

tu chancelais sur tes gambettes

mais dans ton cœur et dans ta tête

était présent l’amour fusion

cet amour que nous partagions

 

de tous les hommes que j’ai aimés

tu sais lequel j’ai préféré

bébé enfant adolescent

amour passion et violent

amour tendresse illimité.

Enfant-parent, ce fut créé

Ce n’était pas la voix du sang

Mais de l’amour, la voie, l’accent

 

De tous les hommes que j’ai aimés

Tu es encore le préféré

Et je sens que mon temps est clos

et toi, seras-tu là bientôt ?

seras-tu là bientôt pour moi ?

car j’ai peur de mourir sans toi

et sans pouvoir te dire merci

pour tout ce que tu fus - merci

 

Françoise CASTERA

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Un voyage, une poésie de Victor Lebuis

Publié le par christine brunet /aloys

 

http://www.bandbsa.be/contes3/abbatialerecto.jpg

 

Un Voyage

Extrait du recueil "Parfum du temps qui passe"

à paraître aux Editions Chloé des lys

 

 

Son cœur s’est nécrosé rongé par l’anémie

Et son âme aussitôt entra dans le brouillard

S’il lui vient d’en mourir ce n’est pas un hasard

Le chant de la sirène est une leucémie

 

Et la douleur exquise une rare alchimie

Où se mêlent les goûts d’absinthe et de nectar

En de tièdes reflets incarnats et blafards

Sur des terres en feu et des mers endormies.

 

Il lui semble souvent voyager à l’envers

Et passer longuement de l’été à l’hiver ;

Tel l’oiseau égaré il a laissé sa plume


Aux encres en colère et au bec vermoulu

Ecrire dans le vent, sur l’eau et dans la brume

 

Le goût cyanuré de l’amour absolu.

 


 

Victor Lebuis

http://www.bandbsa.be/contes3/lebuistete.jpg

Publié dans Poésie

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Christine Brunet a lu "La dixième planète" de Gilles Saint-Laurent

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

10planeterecto.jpg

 

 

 

 

 

 

Un livre écrit sous pseudo. Vous connaissez tous son auteur, Gilles Saint-Laurent ! Non ? Mais si, voyons... C'est Laurent Dumortier...


Le titre donne le ton... Science-fiction.


Tout commence par une découverte si extraordinaire que la communauté scientifique internationale commence par nier avant de se rendre à l'évidence et réagir. 


Derrière Pluton, une dixième planète !


D'abord de l'ordre de l'intuition, l'observation directe grâce à un super télescope donne la confirmation tant attendue : cet objet stellaire existe bel et bien et, cerise sur le gâteau, semble regorger d'eau !


Une seule option : aller voir de plus près. On dévie une sonde qui parvient à se poser sur la surface, et là... Evidemment, vous n'en saurez pas plus !


Voilà un livre qui se lit à vitesse V en nous proposant le point de vue des scientifiques concernés par le projet. Leur destin sera fabuleux... mais leur voyage sans retour.


Plus le lecteur avance dans l'histoire, plus il doute de l'issue et élabore un écheveau de théories et de possibilités. Mais l'auteur sait surprendre les plus perspicaces... 


Je connaissais les poésies, les nouvelles fantastiques de Laurent Dumortier. Me voilà comblée par la décourverte d'un autre aspect de son univers !



Christine Brunet

wwwchristine-brunet.com

 

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Publié dans Fiche de lecture

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Henri Puffet nous propose un extrait de son roman "La mise entre parenthèses"

Publié le par christine brunet /aloys

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   Le lendemain, vendredi, j’avais à nouveau le feu sacré. Le monde recommençait chaque matin. Petit déjeuner continental et copieux face à l’infini de la mer, calme sous le bleu pâle du ciel. Au seuil du jour neuf comme devant une page blanche et vierge. En paix, j’essayais d’entamer chaque jour en le remplissant de signes positifs et intéressants, libre d’inquiétude. Je n’oubliais pas qu’il était si facile, et si dommage, de gâcher une journée parce qu’elle avait mal commencé, tel un début de page chargé de ratures et de gribouillis.

   Jusque 2 heures, sur la route 1, j’ai conduit entre l’océan et de hauts massifs mangés par les nuages. Ciel flou. Blanc gris, presque incolore. Côte désertique. Dénuement total. Tout était superbement dépouillé, sable et caillasse. Pas un brin d’herbe, pas un arbuste. Aucun signe de vie, hormis le tournoiement des vautours, planant dans les courants d’air devant les parois des montagnes. Que mangeaient-ils dans ce royaume de pierre ? J’étais sur l’écorce nue de la terre, au bord des vagues vertes et bleues qui répandaient leur écume sur les rivages vides, roulant vers rien du tout.  De loin en loin, balises rappelant la précarité de la vie humaine, de mini monuments funéraires, faits de bric et de broc, ponctuaient les endroits d’anciens accidents mortels.

   Michilla. Un infime bled de cabanes posées des deux côtés d’une de ces infinies lignes droites dans l’hébétude, entre mer et désert, entre le bleu et l’ocre. Des épiceries microscopiques, des gargotes minuscules servant de restaurants pour camionneurs. Je suis entré dans l’une d’elles acheter des bouteilles d’eau. Un gamin suivait un match de football à la télévision. J’avais l’impression de me trouver sur une planète aussi bizarroïde que celles décrites par le Petit Prince de Saint-Exupéry. Par place, les sables du désert s’aventuraient jusqu’aux vagues. Ou bien était-ce le sable des plages qui avait colonisé l’intérieur des terres ? Mais le plus souvent, le rivage s’accolait à des falaises brunes, à des chaos de blocs fantastiques sur lesquels les rouleaux éclataient en geysers d’écume. J’étais en Bretagne. J’étais au Sahara. J’étais dans les fjords de Norvège quand les aplombs se faisaient vertigineux, de pur roc, et que la route sinuait, modeste et humble, au pied de leurs perspectives aériennes. On y voyait, à mi-pente, de vagues nuages fatigués qui semblaient n’avoir plus la force nécessaire pour grimper plus haut, comme des alpinistes vaincus.

   A Tocopilla, quittant la côte, je me suis hissé le long de la route 24 jusqu’au plateau central. Le ciel est soudain devenu bleu, tous les nuages effacés comme de la buée sur une vitre. Le désert le plus aride de la planète, paraît-il. J’avoue que cela m’a fait de l’effet. J’étais sur le trait noir de la route, rectiligne dans le jaune et le gris, sous l’azur. A l’horizon, infiniment loin, je voyais se profiler en dents de scie de ternes montagnes, et, sur la platitude vide, un long train, lourd et lent, laborieuse larve rampant dans un décor lunaire.

 

   Au bout d’une heure, j’ai atteint Maria Elena, un bled paumé collé sur du néant. J’y suis entré faire un tour. Une bourgade d’ouvriers. A proximité, une mine exhalait un nuage opaque de poussière brune, si dense qu’on aurait juré qu’un volcan plat vomissait ses scories. J’ai pénétré dans une petite épicerie. Encore. Acheter n’importe quoi, une boisson, trois pommes, un chocolat. C’est ainsi que je prenais la température des endroits où j’allais. Les gens étaient gentils. Dehors, sonnaient les vagues échos d’une fanfare en train de répéter dans une sorte de salle municipale. Dérision.

 

Henri Puffet

La mise entre parenthèses

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Publié dans Textes

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Christine Brunet a lu "Petites et grandes histoires" de Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

Petites et grandes histoires
Petites et grandes histoires... Voilà le second recueil de nouvelles de Louis Delville que je lis.

La première fois, Louis nous régalait d'histoires et de contes pour petits et grands. Cette fois, l'auteur nous propose une série de textes courts, voire très courts (parfois une demi page) écrits, pour la plupart, lors d'ateliers d'écritures. Des improvisations... je dirais plus, des impromptus.

Une balade entre les mots, une ballade d'histoires aux chutes surprenantes, quelques unes fantastiques, certaines amusantes, d'autres noires (je dirais même glauques). Chacun de ces textes est prétexte "à jeux" : jeu de style, traits d'humeur, mots d'humour, comme autant de clins d’œil de l'auteur à ses lecteurs. Un livre qui interpelle autant que sa superbe couverture !
Pas question de vous révéler les thèmes abordés... Lisez, découvrez et jouez !

Juste une question... "Dis, Monsieur l'auteur, tu pourrais pas les faire un tout petit peu plus longues, tes nouvelles ?"

Christine Brunet
www.christine-brunet.com
 

Publié dans Fiche de lecture

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La bibliothèque de Marchienne... Le plein d'idées !

Publié le par christine brunet /aloys

 

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— Dis, Serge, tu carbures à quoi ? Tu fourmilles d’idées mon p’tit biblio !

Serge se mouche car il vient de choper un rhume et il crève d’envie de rigoler, je le vois bien.

— Tu sais que la bibliothèque est grande, très grande et que les espaces ne manquent pas…Partageons-les ! dit-il en brandissant son mouchoir comme Robin des bois son arc à flèches…

Christina Ruggin débarque, trente secondes en retard, l’imperméable flottant, le sourire aux lèvres, elle vient de passer chez Intérieur privé (je vous en parlerai un de ces jours), un nouvel espace culturel de la ville où les expos se succèdent depuis l’an dernier et c’est Christina (qui en plus d’être notre précieuse collaboratrice pour le salon annuel du livre de Charleroi) qui est un des chefs d’orchestre de ce lieu à présent de plus en plus fréquenté. Oufti, je respire car j’ai encore besoin de vous donner quelques infos !

— Alors les amis, c’est fait, on lance l’idée ! Et les actes ! ajoute notre Christina, élégante et positive.

(Encore un p’ett coup de casquette à Christina Ruggin qui est je le rappelle une collaboratrice précieuse. Anciennement directrice de l’Académie  des Beaux-arts de Châtelet, sa générosité pour le monde culturel s’affiche encore à chaque instant)

Tous les trois, nous regardons ce beau comptoir de la bibliothèque de Marchienne-au-Pont…Entouré de rangées de livres, des trésors pour les grands et les petits…

— Soyons clairs et concis les enfants ! Qui, quoi, que, pourquoi, comment et avec qui ?

Serge et moi, on se regarde, nous sommes un peu fatigués, pas mal de vernissages ces derniers week-ends et de projets amorcés, l’énergie est là mais l’arrivée de notre dynamique Christina nous envoie un solide coup de pied au…, je ne dirai pas le mot, na !

Serge se dévoue….

— Un espace culturel, un comptoir de dédicaces. Des dates sont prévues, les auteurs peuvent dédicacer leurs ouvrages à deux ou à trois…L’idée est d’offrir un parrainage, une première dédicace pour un jeune auteur…

— Et ? allez Serge, continue, tu veux encore ajouter quelque chose, je le vois ! dit Christina, enthousiasmée par ce nouveau projet…

— Oui, je songeais…L’espace est aussi ouvert à tous les acteurs culturels pour un interview, pourquoi pas ?

— Ben oui, pourquoi pas ? ajoutons en chœur Christina et moi…

Intéressés ?

 

Contactez Serge Budahazi, bibliothécaire responsable de la bibliothèque Marguerite Yourcenar de Marchienne. 

 

 

Artcle signé Carine-Laure Desguin

 http://carinelauredesguin.over-blog.com

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Christine Brunet a lu "Une pie dans le ciel de Saïgon" de Gauthier Hiernaux

Publié le par christine brunet /aloys

Une pie dans le ciel de Saïgon

 

 

 

Une pie dans le ciel de Saïgon... Septième livre paru aux Editions Chloé des Lys. Il ne fait pas partie de la saga "Grandeur et décadence de la Nouvelle Ere" mais, comme "Lucioles" et "Tribu silencieuse" avant lui, il se présente comme une nouvelle rapide et bien balancée.


Retour aux Etats-Unis... Vous vous souvenez peut-être, "Lucioles" s'y déroulait déjà.Mais cette fois, on nous fait remonter le temps. La guerre du Vietnam, la mafia omniprésente aux States à cette période, Saïgon... Drôle de mélange, me direz-vous : quel rapport ? 


Gauthier Hiernaux nous propulse dans la peau d'un trouffion, un dénommé... ( ben difficile encore de vous donner un nom puisqu'il a perdu la mémoire !) qui tente de survivre à une blessure gravissime dans un hôpital militaire de Saïgon. A ses côtés, d'autres blessés, certains mourants dont un certain Angelo grièvement brûlé et emputé des deux jambes et de ses yeux, un inconditionnel de musique. Au détour d'une conversation, celui-ci lui raconte une histoire de truand surnommé La Gazza (La pie)... une histoire de tueur et de vengeance... Pourquoi ?


Vous commencez à comprendre le sens du titre ?


Qui est celui que tous appellent Private... pour ne pas l'affubler, je suppose, du doux nom de John Doe ? Il cherche, fouille sa mémoire désormais vierge, sans succès, jusqu'à ce qu'il tombe sur une photo, une Viêt installée dans la jeep d'un gradé... Une photo qu'il gardait précieusement dans son porte-feuille. Quel lien avec lui ? 


Voilà que Private sort de l'hosto pour tenter de répondre à ces questions... Que va-t-il découvrir? 


Gauthier nous propose ici un court polar, bien ficelé, bien rythmé, dans le style des années 50/60. Un choix judicieux pour le décorum, pour des mots qui collent à l'univers dans lequel il nous plonge jusqu'au final, théâtral, très cinématographique. Quatre-vingt trois pages de "quasi dialogue" avec de courtes séquences descriptives qui construisent l'ambiance.


Voilà un texte efficace et agréable qui mérite de s'y attarder. Un excellent moment de lecture, sans doute trop court à mon goût. A quand le prochain roman, Gauthier ?

 

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

 

E16

Publié dans Fiche de lecture

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Le Hammam, une nouvelle d'Alain Magerotte tirée de son recueil, ELLES

Publié le par christine brunet /aloys

LE  HAMMAM

 

En réintégrant mon logis, je n’ai qu’une obsession; reprendre contact avec quelqu’une. C’est comme pour celui qui boit la tasse. S’il ne replonge pas aussitôt, il risque d’avoir peur de l’eau le restant de sa vie. 

J’allume une cigarette sans idées noires en tête et passe donc «à l’attaque» en me reconnectant sur le forum qui m’avait permis de faire la connaissance de Mélodie.

Il y a toujours moyen de tirer quelque chose d’une expérience, si foireuse soit-elle. La preuve ?... Ce rendez-vous singulier m’a fait gagner en assurance car il ne m’est plus nécessaire d’être dans un état d’ébriété pour aborder une jeune femme…

Un contact s’établit, un contact se noue. Elle est brune, elle a les yeux bleus et se prénomme Véronica.

Je procède de la même manière qu’avec Mélodie. Une discussion assez explicite, par messagerie instantanée, dans laquelle j’apparais clair, vif, spontané, sûr de moi, beau parleur, et cela, je le répète, à jeun !

Bon, d’accord, ma gueule, je ne m’y fais toujours pas… les autres, non plus ? Tant mieux, je me sens moins seul ! En définitive, j’y tiens, moi, à mon visage triste, banal à souhait, ennuyeux à l’infini. Y en assez de le décortiquer à la loupe. Satellisée, la loupe ! Je me détache... le détachement, man, le détachement est un atout majeur. Le mec détaché dégage une aura, un mystère qui attise la curiosité féminine.

Je… ah, tiens… Véronica, disons Véro pour l’intime que je suis déjà, me propose un rancard… dans un resto. Bien entendu, j’accepte… je ne vais cependant pas répondre dans la seconde qui suit, ni dans la minute… faut pas donner l’impression qu’on est suspendu… le détachement, man, le détachement…

Je consulte ma montre. Deux minutes que le message a été envoyé… je me prépare à… non ?

«… Non, Machinchouette ! Attends encore un peu... » O.K., je patiente…

Un petit coup de déodorant, prétexte à gagner des secondes supplémentaires, et puis, n’y tenant plus, je tape ce message : O.K. pour le resto; le lieu, le jour et l’heure sont à ta convenance.

La réponse fuse : Restaurant LE HAMMAM, Rue du 26 Février 1952, demain soir à 20 heures… Bisous. Véronica.

Le HAMMAM ? Curieux nom pour un resto… la belle a sûrement une idée derrière la tête… un hammam… je suis à la fois intrigué et excité… devinez qui l’emporte ?

Le lendemain, au bureau, une virée est prévue à midi pour célébrer l’anniversaire d’Hervé, un collègue. On m’a invité pour la forme, sachant qu’il y a peu de chance que je participe à la fête.

Hervé est un touriste catastrophe. Le déclencheur de sa passion pour les catastrophes ?... Le drame du Heysel… une révélation !... Si l’on peut dire. Hervé a toujours regretté de ne pas avoir été présent. Il aurait pu, ressasse-t-il, prendre de magnifiques clichés. Il s’est rattrapé depuis. Ses meilleurs souvenirs ? Un séjour à New York peu après les attentats du 11 septembre 2001 et un autre à Malé, la capitale des îles Maldives, en janvier 2005, trois semaines après le Tsunami. Sans oublier Haïti en janvier 2010. A chaque fois, Hervé a ramené dans ses bagages «des photos qui parlent d’elles-mêmes» comme il dit. Au fait, j’y pense… mon expérience sexuelle étant une catastrophe de par son inexistence… je pourrais poser pour lui…  

Comme prévu, je refuse poliment l’invitation. J’ai envie de garder toute ma tête et mon énergie pour ce soir.

Pour les fringues, j’ai l’intention de remettre le couvert (c’est le cas de le dire); blazer sobre, chemise crème sans tache et pantalon noir avec le pli… toujours classique, oui, mais toujours sans la classe ! M’en fous, cette fois… le détachement, man, le détachement.

Une vieille chanson, que chantait mon grand-père en se peignant devant la glace, me revient en mémoire, elle disait :

Si l’on pouvait arrêter les aiguilles…

Et patatras, la peur d’un nouvel échec me reprend, me pollue l’esprit, me tord le bide.

«Pas question de reculer, Machin Couard, une seconde chance s’offre à toi plus vite que prévu, saisis-la !» O.K., je fonce…

Si l’on pouvait affoler les aiguilles…

«Ne tombe pas dans l’excès contraire, Machin Foufou…» O.K., je me calme…

J’atteins la Rue du 26 Février 1952 en avance. Il est 19h.00. J’ai de la chance, il y a une place juste en face du HAMMAM. Elle m’évite d’exhiber l’aile gauche cabossée de ma voiture aux regards des clients attablés près de la fenêtre du resto.

A présent, je me retrouve à faire le poireau au volant de mon véhicule. Une heure d’attente !... J’aurais dû prendre un bouquin. Au fait, non, trop nerveux, trop impatient, je ne trouverais pas la concentration nécessaire…

J’observe les alentours. Une pensée rigolote me traverse l’esprit; j’imagine Véro dans la même situation, on serait ainsi tous les deux en mode «observation», chacun à l’insu de l’autre.    

Coup d’œil à ma montre. 19h.15. J’écouterais volontiers les infos pour tuer le temps mais elles sont rarement joyeuses. Je n’ai pas envie de me saper le moral, le contexte ne s’y prête guère. Ce soir, je veux de la joie, de la légèreté, parce que ce soir… je tords le cou à mon pucelage !…  

19h.20. Une voiture se gare. Un couple en descend. Jusque là, rien d’exceptionnel si ce n’est que je reconnais la femme : Véro !

Le type, un grand brun costaud, n’a pas l’air commode. Véro est très agitée. Ce ne sont certainement pas des amabilités qu’ils s’envoient à la face. Ça gesticule beaucoup. Véro sanglote. Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’il y aurait un autre prétendant sur les rangs ? A coup sûr, une belle fille comme ça ne laisse pas indifférent.

«T’aurais-tu t’en douter, Machin Etourdi, tu as l’art, semble-t-il, de te fourrer dans de fameux guêpiers» O.K., j’assume... 

Au bout d’un moment, le type remonte dans son véhicule, claque la portière et démarre en trombe pour disparaître dans le soir naissant. Véro hausse les épaules et plonge la main dans son sac. Elle en sort une petite glace ronde… examine son visage… un petit coup de rimmel… voilà une bonne façon de décompresser après une grosse colère. La sérénité retrouvée, Véro pénètre ensuite dans le restaurant. Il est 19h.58. 

Le grand costaud aurait-il appris que c’est Bibi qui a décroché la timbale ? Cette idée fait si bien son chemin dans ma tête que je m’extrais gonflé à bloc de mon carrosse et pousse la porte du HAMMAM où règne une ambiance feutrée. Il est tout juste 20h.

Je parcours l’ensemble du regard.

A droite, en entrant, un salon de thé avec une table basse. A gauche, une surface bien délimitée et fermée où l’on peut s’adonner à des séances de narguilé.

Dans le restaurant même, des lanternes accrochées au plafond jettent une lumière pâle. A terre, le sol est recouvert de tapis persans.

Un mobilier aux couleurs vives occupe un espace chaleureux, convivial.

Des portraits d’êtres humains vivant sous d’autres latitudes décorent l’endroit ainsi qu’une fresque murale représentant des femmes dans un hammam, entièrement nues vues de dos et, tenant négligemment un voile ou un drap devant la partie la plus intime de leur anatomie, vues de face. 

Je suis arraché à ma contemplation par un serveur à l’amabilité poussée. Je lui signifie que j’ai rendez-vous avec une jeune dame. A ces mots, le gars me gratifie d’un sourire de directeur d’agence matrimoniale venant de sceller une heureuse rencontre.

« Je suppose que c’est la jolie demoiselle qui a pris place près du «hammam» » dit-il, accompagnant ses paroles d’un geste du menton pour indiquer une table libre pour deux personnes où brûle une bougie.

« Ah ! Elle s’est probablement rendue… »

Le serveur n’a pas le temps de poursuivre sa phrase que Véro, d’une démarche souple et gracieuse, apparaît de je ne sais où, le sourire aux lèvres. Je suis immédiatement sous le charme. Comment pourrait-il en être autrement ? Vous n’y échapperiez pas non plus…

« Désolée de vous avoir fait attendre… »

La voix est douce. Elle porte une longue robe noire décolletée mettant en valeur une poitrine ferme et généreuse, ainsi qu’une paire de talons aiguille en vernis noir… ça me rappelle une autre créature de rêve. Espérons que la comparaison s’arrête là.    

Nous prenons place l’un en face de l’autre. Le garçon tend un menu à chacun.  

Je le parcours d’un air détaché. Je sens les yeux bleus de Véro se poser sur moi.

Le détachement, man, le détachement produit son effet.

«Arrête ton char, Machin Volant, tu risques de tomber de haut !... Rappelle-toi la dernière fois où tu as décollé» O.K., je garde les pieds sur terre…  

J’opte pour un couscous royal. Véro préfère un couscous végétarien. Pas d’intentions carnivores, me voilà rassuré mais je reste prudent… sait-on jamais si elle me prend pour une grosse légume !...

Côté boissons, mon choix s’arrête sur un «vin du patron» mais Véro me conseille le thé à la menthe. O.K., je lui fais confiance.

Moment crucial entre la commande et l’instant où l’on sert les plats. Comment meubler la conversation en évitant à tout prix l’indigeste litanie des banalités d’usage dont je suis spécialiste ?

Véro vole à mon secours en se substituant à… moi.

« Vous avez trouvé facilement pour arriver jusqu’ici ?... Il fait frais mais la météo annonce du beau temps demain… »

Elle m’offre ainsi, sur un plateau, le rôle en or de «celui qui n’y peut rien si on lui pose des questions idiotes et qui va y répondre parce qu’il est bien élevé». Avec, en supplément, le détachement, man

A l’instar de Mélodie, Véro me fait tanguer sur l’océan de ses grands yeux bleus. Des yeux de braise… pas besoin de me dire «embrase-moi, idiot !» 

Je me sens détendu quand une pensée furtive et meurtrière me fait basculer sans coup férir dans une peur incontrôlable. Le front humide, les mains moites et la lippe tremblante, je lance un regard de bête traquée à la cantonade… et si le type de tout à l’heure, poussé par une jalousie féroce, faisait irruption avec un flingue pour me transformer en pomme d’arrosoir ?

Ce changement d’attitude n’échappe évidemment pas à Véro qui s’inquiète aussitôt.

J’opère un violent effort sur moi-même pour retrouver quelque apaisement et lui explique la raison de cette peur soudaine.

« Voilà… j’étais en avance à notre rendez-vous et… au bout d’un moment… je vous ai vue, accompagnée d’un malabar… heu… pas très sympa, c’est le moins que l’on puisse dire… alors, je m’inquiète… je m’inquiète de le voir se ramener avec une arme… pour me trucider… »  

Véro se laisse aller à un grand éclat de rire.

« En réalité, c’est mon frère que vous accusez ainsi…

- Votre frère ?

- Ben oui, mon grand frère, il veille sur moi. Comme j’étais à la bourre, je lui ai demandé de me conduire jusqu’ici sans toutefois préciser la nature de mon rendez-vous. Ce «mystère» l’a énervé. J’ai l’habitude de ce genre d’altercations. Il me prend pour une allumeuse…

- Me voilà rassuré…

- Ne criez pas victoire trop vite !

- Ah ? »

Véro se lance dans un nouvel éclat de rire.

« Cessez de vous tourmenter, je ne l’ai vu qu’une seule fois corriger quelqu’un. Faut dire que l’autre l’avait bien cherché…

- Sûrement… »

Je me sens mieux, beaucoup mieux, au point de juger le moment opportun pour porter l’estocade, c’est-à-dire de proposer carrément à Véro de coucher ensemble.

«Ah, là, c’est très fort, Machin Audace, je ne te reconnais plus…» O.K., O.K., un court répit d’abord… je vais boire une gorgée de thé, histoire de m’éclaircir la gorge.

«Hé ! Hé ! Machin Coquin, elle ne perd rien pour attendre, la Véro…» O.K., c’est bon, tu ne vas pas m’accompagner jusqu’au plumard…

… Ai-je bu trop vite ? Est-ce l’excitation mélangée à ce curieux breuvage que je découvre ? Toujours est-il que ma tête se met à osciller, tantôt à gauche, tantôt à droite, dans un mouvement de balancier. Tout devient flou autour de moi… à l’exception de Véro ! Sa bouche s’articule mais aucun son ne me parvient. Son regard invite le mien à se poser sur la fresque murale. J’essaye et n’y arrive point. Des mains se posent de chaque côté de mon visage. Elles sont souples, légères, elles me guident avec douceur… et voilà que mes yeux, à l’acuité retrouvée, s’écarquillent à la vue du spectacle incroyable s’offrant à eux : 

Entièrement nue, Véro occupe le centre du hammam. Les autres femmes, subjuguées par sa beauté, contemplent celle qui, de son regard incandescent, m’invite à la rejoindre.

Je pousse un cri de stupeur. La bougie bascule et embrase aussitôt la nappe. Une énorme bousculade, des cris, des chutes, des gens qui hurlent « Au feu ! Au feu ! »… et puis, le trou noir.

Quand je reprends connaissance, je suis allongé sur un lit d’hôpital. Une infirmière m’informe que des tests ont été effectués. Il en résulte que je souffre d’une forte allergie au thé. L’hallucination en est le symptôme majeur. Malheureusement, l’incendie du HAMMAM n’en est pas une. Il a fait de nombreuses victimes.

Après le départ de l’infirmière, plus rien n’est clair dans mon esprit… si ce n’est que l’endroit où je me trouvais la veille au soir est parti en fumée… l’image de Véro me revient... a-t-elle survécu ?...

C’est dans l’après-midi, que la visite d’Hervé m’apporte la réponse. Hervé, souvenez-vous… mon collègue, le touriste catastrophe. Cet incroyable bonhomme se trouvait dans le coin au moment du drame. Bien entendu, il a pris des photos.

Avant de me les montrer, il s’enquiert de savoir si je suis «apte» à les regarder.  

« Pas de problème, dis-je ».

 

Je sursaute en apercevant Véro sur l’une d’elles. Non pas parmi les clients tentant d’échapper aux flammes, mais au milieu des personnages de la fresque murale représentant le hammam…

 

Alain MAGEROTTE

Alain

Publié dans Nouvelle

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Le berger, une nouvelle de Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

Petites et grandes histoires

 

LE BERGER

 

 

C'est là-haut qu'il les fabriquait. C'est là-haut que tous les midis, il ramenait ses cruches de lait pour en faire des fromages.

 

Dès le printemps venu, on le voyait quitter le village avec sa charrette tirée par ses chiens et son troupeau.

 

Sur la charrette, il avait disposé un chaudron de cuivre, celui-là même que son grand-père et son père utilisait jadis pour chauffer le lait. Sous le chaudron, une vieille couverture, une hache, son couteau et quelques vêtements. Par-dessus, deux claies de paille destinées à faire sécher les fromages, deux paniers d'osier et un sac de farine.

 

Là-haut, il trouverait le reste, l'eau pure du torrent, les plantes comestibles, les fruits sauvages et le bois pour le feu.

 

Dans la cabane abandonnée fin octobre, son vieux lit, les cruches et une petite réserve de bois l'attendaient, il le savait.

 

Six heures de marche plus tard, François arrivait et ouvrait la porte fermée par un simple verrou de bois. Tout était bien comme il l'avait laissé. Seules, les deux planches d'accès semblaient avoir souffert de l'hiver.

 

"Du travail pour une bonne journée", se dit-il.

 

Les bêtes épuisées par la montée abrupte restaient à proximité surveillées par les chiens fatigués eux aussi.

 

François s'installa aussi confortablement que possible. Six mois, il allait rester là six mois. Deux fois seulement, il redescendrait au village avec ses fromages et remonterait avec les paniers vides.

 

François était berger. Un métier, que dis-je ? Une vocation ! Pour rien au monde il n'aurait voulu aller travailler à la ville. Il était le plus heureux des hommes et n'aurait cédé sa place à personne : sa cabane, ses chiens, ses bêtes, toute sa vie, quoi !

 

 

Louis Delville

http://louis-quenpensez-vous.blogspot.be/delvilletete

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La chronique poétique de Salvatore Gucciardo

Publié le par christine brunet /aloys

 

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Jaillissement


 

Alphabet cosmique

Ecorce stellaire

La sève nébuleuse

Sillonne

Le corps humain

 

Jaillissement doré

Dans les draps

De la nuit

 

L’être guette

La cité

De l’aube

 


 

 

Salvatore Gucciardo

www.salvatoregucciardo.be

 

 

 

 

ESPLOSIONE

 

 

Alfabeto cosmico

Corteccia stellare

L’energia nebulosa

Solca

Il corpo umano

 

Esplosione dorata

Nei drappi

Della notte

 

L’essere spia

La città

Dell’alba

 

Salvatore Gucciardo

Tradotto dalla Poetessa Maria Teresa Epifani Furno

 

Publié dans Poésie

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