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Haïku 1, concours les petits papiers de Chloé

Publié le par christine brunet /aloys

Orage estival

Tout le monde est bien trempé

Bientôt l'arc-en-ciel

 

Coquelicots rouges

Au milieu de la prairie

Voilà le taureau !

 

 

Une pomme tombe

Dans le vieux verger roussi

L'été se termine

Publié dans concours

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Silvana MINCHELLA à l'honneur !

Publié le par christine brunet /aloys

Silvana MINCHELLA à l'honneur !
Silvana MINCHELLA à l'honneur !
Ouvrages édités aux Editions Chloé des LysOuvrages édités aux Editions Chloé des LysOuvrages édités aux Editions Chloé des Lys

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Edmée de Xhavée nous propose une nouvelle extraite de son prochain recueil, Les promesses de demain

Publié le par christine brunet /aloys

Edmée de Xhavée nous propose une nouvelle extraite de son prochain recueil, Les promesses de demain

Extrait de « Une invitation chez le Marquis de Montbuzard », une des nouvelles du recueil à paraître bientôt « Les promesses de demain » Edmée De Xhavée

Ça ne peut être qu’elle.

Ces yeux de ce gris particulier, un gris de galet pâle moucheté de vert, et puis ces longs cils noirs très recourbés malgré la chevelure qui, dans son enfance, était d’un blond mielleux, et aujourd’hui hésite entre le gris et le brun sans éclat. Et encore ces sourcils à l’arc audacieux, d’une belle teinte bronze, et si expressifs sur sa peau si blanche.

Une poupée. Un ange. C’était tout au moins ce que sa grand-mère affirmait d’elle alors.

Lui, il savait qu’elle tenait plus d’un Lucifer. Elle savait qu’il savait, mais consciente de sa toute puissance, elle se contentait de poser sur lui ces effrayantes pupilles aux teintes de marécage, avec une fixité caprine qui lui lacérait silencieusement les entrailles.

Aujourd’hui, c’est une femme dans la soixantaine au visage méfiant, encore belle mais dont tous les gestes crient une solitude abhorrée. Depuis son arrivée, chaque matin, elle pénétrait dans la salle à manger de l’hôtel pour son petit-déjeuner, d’un pas à la rapidité étudiée, offrant sourires et salutations de grande dame aux autres pensionnaires. Une fois assise à sa table, elle lançait une ou deux phrases à tout qui avait la malchance de croiser son regard. « Le vent est tombé pendant la nuit, c’est une chance ! » « Avez-vous encore eu des moustiques dans votre chambre ? » « Oh ! Vous avez de belles cartes postales… elles viennent de la réception ? ». On lui répondait au plus court, et elle émiettait son petit pain en regardant par la fenêtre, comme enlevée par la beauté de la vue mais, il le percevait bien, noyée dans une solitude insupportable qu’elle ne s’expliquait pas.

Elle devait penser que les autres avaient de la chance, et elle de la malchance. Que c’était injuste.

Elle ne pouvait le reconnaître. Si elle avait entendu son nom, il était trop courant pour qu’elle l’ait remarqué. Et elle n’accordait aucune attention à un vieillard lent et silencieux, qui s’installait à la fenêtre ensoleillée avec Les pensées de Sénèque comme lecture, et sortait pour une promenade le long de la plage à 17 h. Comment aurait-elle vu, dans ces traits plissés par les ans, le jeune homme à la chevelure luisante de brillantine, souple comme un léopard, qu’il avait été alors ? Il l’avait amusée une fois en sautant du premier étage dans le jardin, se ramassant avec un cumulet athlétique. Mais lorsqu’il avait grimpé au sommet du pommier dénudé à la fin de l’automne, et marché les bras étendus sur une haute branche pour plonger au sol, elle avait eu un regard haineux et avait crié « Mamouuuuuuu ! Noël casse tout le pommier ! » car au passage il avait arraché quelques branchettes. Elle n’avait que 5 ou 6 ans alors, mais déjà la jalousie devant ce qu’elle ne pouvait accomplir la rendait venimeuse. Il avait compris qu’elle était une ennemie, et l’avait évitée avec soin. Il avait alors besoin, oui, besoin, de cet emploi de factotum.

Il est abasourdi de l’intensité de la colère qu’il ressent, si longtemps après, et que le hasard a exhumée. Il la hait. C’est une évidence qui le parcourt, comme une décharge électrique.

edmeedexhavee.wordpress.com

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Parutions aux Editions Chloé des LysParutions aux Editions Chloé des LysParutions aux Editions Chloé des Lys

Parutions aux Editions Chloé des Lys

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En mai ? Quoi de neuf sur aloys ?

Publié le par christine brunet /aloys

La Cronaca Poetica di Salvatore Gucciardo  dans le magazine italien Fiorisce un cenacolo 2014 n° 1-3

La Cronaca Poetica di Salvatore Gucciardo dans le magazine italien Fiorisce un cenacolo 2014 n° 1-3

La nouvelle image de notre blog !

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Découverte et votes pour les haïkus participant au concours de la Revue "Les petits papiers de Chloé"

En mai ? Quoi de neuf sur aloys ?

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Ce mois-ci, un nouveau feuilleton signé Philippe Wolfenberg,

l'auteur de "Les états d'âme de la lune et du soleil"

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Les auteurs ce mois-ci qui ont participé ce mois-ci :

 

  • Edmée de Xhavée
  • Camille Delnoy
  • Didier Fond
  • Alexandra Coenraets
  • Marcelle Pâques
  • Carine-Laure Desguin
  • Silvana Minchella
  • Claude Colson
  • Micheline Boland
  • Laurent Dumortier
  • Christine Brunet
  • Papy Nzili
  • Elisabeth Berthéol
  • Salvatore Gucciardo
  • Jean Destree
  • Louis Delville
  • Simon Andrieu

 

 

Carine-Laure, membre de l'AREAW ! 

 

— Voilà, c’est fait !

— Qu’est-ce que tu as encore fait, Carine-Laure ?

— Depuis ce matin, je suis membre de l’AREAW !

— C’est compliqué ! Il faut un chewing-gum entre les dents, pour prononcer un tel nom ! Et en traduction, ça donne ?

— L’Association Royale des Ecrivains et Artistes de Wallonie !

— C’est pompeux, ça ne te ressemble pas…

— Pas d’injure, merci ! L’AREAW est une association qui me permettra de rencontrer d’autres écrivains, de participer à des concours…Bref, un lieu incontournable pour les écrivains de Wallonie !

— Ça t’a pris comme ça ? Parce que le printemps montre le bout du nez et que tu as envie de balader … ?

— Oui ! C’est ça ! Et disons aussi que la séquence de Actutv consacrée à cette association m’a convaincue. Le président, Joseph Bodson, mène bien sa barque. J’ai survolé le site de l’AREAW et puis voilà, j’ai demandé…

— Je vois ici trois liens…

— Oui, pour les auteurs intéressés ! Voici le lien vers la séquence d’actutv, le lien vers le site de l’AREAW, et le lien vers ma page de l’AREAW.

http://areaw.org/?p=3272

http://areaw.org/

https://www.youtube.com/watch?v=nlssI6BPgXo

— Et à part tout cela, Carine-Laure ? Toujours dans les corrections de ton roman policier ?

— Oui, le roman policier, accrochons-nous ! Mais il y a aussi une séance de dédicace à la bibliothèque de Thuin ….Toute l’actu est ici :

http://carinelauredesguin.over-blog.com/article-a-part-tout-ca-carine-laure-quoi-de-neuf-122722335.html

 

Publié dans ANNONCES

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Victor Lebuis : "La publication est le contraire de la confidence ou de la confession"

Publié le par christine brunet /aloys

 
                               http://www.bandbsa.be/contes3/abbatialerecto.jpg

 

 

 

Victor Lebuis... Voilà un nom, un auteur qui ne nous est plus inconnu ! Gagnant du dernier concours organisé pour "Les petits papiers de Chloé", il n'a, depuis, de cesse de nous parler de son roman,publié chez Chloé des Lys "Souvenirs obscurs de l'école abbatiale". 

 Mais qui est-il vraiment ? Comment appréhende-t-il l'écriture ? J'ai voulu en savoir plus...

Victor, pourriez-vous vous présenter, svp ?

              Après mes secondaires et mon service militaire, j'ai été amené à beaucoup voyager, professionnellement et pour le plaisir de la découverte, en Asie et en Amérique surtout.

Après cela et quelques péripéties, j'ai ouvert une librairie-journaux, ensuite j'ai décidé de vendre des livres aux libraires. Et puis, constatant que la vente n'était - et n'est toujours pas... - mon fort, j'ai choisi des voies «alimentaires» qui m'ont bien convenu généralement par leur régime alternant le travail en solitaire et en groupe, les activités diversifiées et les horaires variés.

J'ai pris ma pension il y a 4 ans. C'est ainsi que l'on devient tout à fait indépendant: les horaires variés, les activités diversifiées et le travail en solitaire ou en groupe...

 

                                         http://www.bandbsa.be/contes3/lebuistete.jpg

 

Avez-vous toujours écrit ?

    Si non, quel élément déclencheur vous a amené à l'édition ?

              Dans mon jeune temps je n'ai écrit que l'un ou l'autre court récit, et depuis mes 20 ans, des poèmes.

Publier mon livre a été un besoin, la simple continuation du processus spontané qui m'avait fait écrire d'une traite, 50 ans après les faits, un épisode de ma vie d'adolescent pensionnaire.

Publier mes poèmes est autre chose: le désir et le plaisir de partager ce que j'ai crée et aimé, et la fierté aussi d'être reconnu déjà par le comité de lecture d'un éditeur. Dans le monde de l'écriture celui-ci a la place du héraut, comme dans leur domaine propre le journaliste, le missionnaire, le publiciste,... : ils sont des Révélateurs.

La publication est le contraire de la confidence ou de la confession: c'est la mise sur la place publique, c'est crier ce que l'on a sorti du cœur – une tentative de cure personnelle et l'envie de faire connaître.

 

Est-il facile ou compliqué de se livrer aux lecteurs et donc d'être lu ?

                  Se livrer – c'est le mot exact – aux lecteurs est vraiment difficile. Se déshabiller en public, même si c'est un choix comme dit plus haut, donne forcément la conscience de sa nudité, je n'ai plus d'armure, l'angoisse m'enrobe. Encore aujourd'hui.

Mais je publierai encore.

 

Quels sont vos sujets de prédilection ? 

Mes sujets de prédilection, si nous parlons de la composition écrite, tournent autour de ma perception propre des choses. L'émotion  tient ma plume, je donne la forme. C'est un champ  largement exploitable. 

 

Vous avez proposé à Chloé des lys, un roman. Comment l'avez-vous conçu, écrit ? Au fil de la plume ? Très structuré avec un plan au départ ?


                           v.Lebuis2.jpg

 

Mon roman a été conçu, littéralement, à la plume. Guidée uniquement par le sentiment: d'abord les deux premiers chapitres, ensuite le dernier. Tous trois retranscrits presqu'à l'identique. Les autres ont suivi dans un ordre aléatoire, toujours crées dans le même élan. 

Une fois tout écrit j'ai choisi l'ordre définitif des chapitres, et relu les documents d'époque pour vérifier l'exactitude du terrain physique – le ressenti personnel n'avait pas besoin de confirmation. 

J'ai supprimé les quelques anecdotes et avis personnels, et les phrases trop littéraires.

 Donnez-nous votre définition du mot écriture...

                 Ecriture: un moyen indirect d'expression. Cela signifie que l'auteur ne peut pas se tromper dans ce qu'il communique, sa relation doit être claire et exacte car s'il pense, après la parution, devoir préciser son message ou le démentir, il n'a qu'un seul moyen de le faire : réécrire, car son lecteur est hors de portée.

Et si l'on peut admettre que quelqu'un aille «trop loin» verbalement, il n'y a pas de tolérance possible pour un auteur qui aura toujours eu le temps de se corriger s'il l'avait voulu.

 

Vous écrivez des poésies et des textes. Quel style vous correspond le mieux et  pourquoi ?

                 Sans doute aucun, c'est la poésie qui me correspond – je parle ici en tant qu'auteur. Peu expansif et peu démonstratif de nature, j'ai tendance à «enfermer» mon expression dans un cadre dense plutôt qu'à la développer en long et en large.

Le poème à forme fixe me convient donc parfaitement: il oblige à condenser la pensée et son expression dans un cadre défini. Chaque mot prend ainsi un poids considérable, une densité telle que son sens précis et les règles prosodiques et métriques appliquées le rendent irremplaçable.

Un poème qui ne respecte pas ces règles n'est plus qu'un texte poétique. Et un poème une fois traduit n'est plus poème, il devient aussi un texte poétique car il n'a plus ni rime ni mesure, ni l'harmonie de sa langue d'origine.

 

 V.-Lebuis1.jpg

 

Avez-vous des manies d'écriture, des besoins particuliers ou pas ?

                J'ai peu de manies d'écriture. Très tôt, dès mes premiers vers, j'ai étudié la prosodie (accentuation et intonation) et la métrique (structure) appliquées à la poésie; leurs règles poussent à la perfection.

A tout moment pendant la composition je lis mon texte à voix haute, pour vérifier les

mesures et les rimes, et dépister les dissonances éventuelles. Le poème étant l'union entre inspiration et technique, il ne se crée pas spontanément. Je vois souvent qu'il m'échappe, que la trame que j'avais décidée devient autre, et que je n'ai qu'à suivre - l'auteur n'est alors plus le créateur, il est devenu Ordonnateur et Révélateur, et cela me réjouit à chaque fois, profondément.

 

Avez-vous envie de vous "lâcher", à nouveau, dans le "flot" verbal d'un roman ?

Si le roman est une «narration fictionnelle», ce n'est pas un roman que j'ai écrit - cependant les définitions changent avec le temps, celle que je donne au mien est « relation impressionniste». Or, je ne sens ni le besoin ni l'envie de continuer dans cette voie qui ne ferait que tourner autour de moi-même, et du coup me ferait  tourner sur moi-même. Je trouve qu'il y a mieux à faire.

 
Je me suis, en effet, "lâché" dans cette prose. Mais c'est dans la poésie que je m'épanouis.

 

Merci Beaucoup, Victor. Je ne crois pas trahir un secret en révélant que vous avez proposé au comité de lecture des Editions Chloé des Lys un recueil de poèmes et qu'il a été accepté !

 

Christine Brunet

 

www.christine-brunet.com

www.aloys.me
 

 

Publié dans interview

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Lady Night : Laurent Dumortier avec Anne-Sophie Malice

Publié le par christine brunet /aloys

 

bruines

Lady Night (avec Anne-Sophie Malice)

 

 

Les reflets sombres d’une lune sans nuit

Sont pareils à tes yeux d’améthyste,

Qui sont en concurrence déloyale avec Sirius

 

Quand je parle à tu je te dis vous

Et je me remémore des pensées cristallines

Qui s’ouvrent sur un peut-être pas encore clos…

 

 

Tu n'es jamais près de moi

d'autres bras te semblent plus attrayants,

toujours.

 

D'autres œillades sur toi déposées,

plus amusées,

souvent.

 

J'ai compris qu'il me fallait vous parler à distance.

Dans des moments imprécis,

et des faveurs incomprises.

 

Nous ne sommes pas l'Un pour l'Autre.

 

Laurent Dumortier

gsl.skynetblogs.be

Publié dans Poésie

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"Les 10 petites négresses" de Bob Boutique une lecture (complètement déjantée) du Commandant Danofsky

Publié le par christine brunet /aloys

 

10 petites négresses

 

 

"Les 10 petites négresses" de Bob Boutique

une lecture (complètement déjantée) du Commandant Danofsky


 

Je connaissais bien sur Agatha Christie, mais je n'avais, pas eu l'honneur, jusqu'à ce jour, de faire la connaissance de son mari, qui publia avant leur séparation plusieurs recueils de nouvelles, en cachette. Sa mort précoce, laissa le monde entier indifférent et on pourrait douter de sa chute mortelle dans l'escalier d'une maison de maitre bruxelloise. Celle qu'il appelait du tendre surnom de Poussinette, en fut tellement choquée, qu'elle abandonna la plume pour se consacrer à la restauration de meubles anciens et vécu jusqu'à la fin de son existence, entourée de bibelots.. 

Des témoins bien informés nous confirment la présence de son mari, aux côtés de Michael Jackson, Elvis Presley, Kennedy, Daniel Balavoine, sur le refuge de "l'Ile". Son unique biographe connu, militaire de carrière passionné d'énigmes policières, nous renseigne sur sa vie misérable dans l'ombre de la sarcastique Agatha, son dévouement à son oeuvre, allant même jusqu'à recopier ligne par ligne ses manuscrits à une époque où l'informatique n'en était qu'au stade d' oeuf mou. C'est au sortir d'une profonde dépression qu'il décida d'écrire un livre au titre énigmatique : " les dix petites négresses ". 

Il s'agit d'une oeuvre délirante, qu'il enfanta après avoir appris par la presse, que sa chère Agatha, loin de pleurer sur sa disparition subite, l'avait traité de roquet rampant, poulet suintant, gallinacé au goût de piano désaccordé. Chacun jugera.

Car, en fait, derrière ce personnage anodin qui fut l'ouvrier fidèle de la célèbre faiseuse d'énigmes, s'en cache une supplémentaire, celle de sa psychose fantasmatique, son attirance refoulée pour les écrivaines sans défenses. Ingénues qui iront jusqu'à l'aduler au point qu'il créera pour elle une maison d'édition, afin, en les publiant, de les approcher dans leur intimité et de les soumettre à ses rêves de polygamie roucoulante.

Je ne vais pas vous raconter l'histoire du livre, ce serait trahir son secret. Je voudrais simplement rendre hommage aux dix personnages, toutes des femmes au charme évident, qui incarnent comme autant de facettes le profil pathologique de l'auteur. Dès la première approche, il devient vite évident à condition de lire entre les lignes, que nous sommes en présence d'un puzzle morbide, tissé de meurtres successifs, perpétrés dans le corps phallique d'un phare perdu à la surface d'un l'océan matriciel, symbolisant parfaitement la mère nourricière et castratrice.

C'est dans le labyrinthe de ce phallus mythique que le drame se joue, les meurtres successifs et inexpliqués nous entrainant docilement vers l'érection finale, la résurrection des femelles pleurnichardes et avide d'or, qui scandent le nom immortel de leur auteur, de leur démiurge, de leur amant éternel.

Si je vous disais ensuite, qu'intrigué, à force de patience, j'ai pu retrouver la trace de ces dix femmes. Qu'elles sont loin d'être des négresses, mais qu'elles nous entourent, qu'on pourrait les rencontrer et recueillir leurs témoignages déchirants, j'aurais dit vrai. Dix vies anéanties, dix destins brisés par les harcellements, les cérémonies voyeuristes, les manipulations, allant jusqu'au simulacre de la jouissance, qui n'est au fond qu'une terreur déguisée, qu’elles subiront avec fébrilité.

Pourtant, c'est sous le masque ce cet Oedipe sanguinaire qui forme la trame souterraine et haletante du récit, que nous devinerons le pire. Ce ne sont pas dix charmantes lesbiennes soumises et apeurées qui nous empêcheront de discerner, sous le meurtre suicidaire d'un éditeur, père, ami, aux contours fuyant, le double de l'auteur.

Ce ne sont pas ces dix, qui nous empêcheront d'apercevoir, montante, la vague gorgée d'écume d'une homosexualité refoulée, qui émerge par moments, s'amplifie, s'offre en sacrifice, pour finalement nous révéler le vrai sens du récit. 

Lisez le livre.

Sous son apparence naïve de Barbe Bleue, il vous posera les questions essentielles de l'existence. Qui se cache au fond de nous, qui sommes nous ? Agatha était-elle un homme ? Je vous conseille ceci mesdames : écrivez, écrivez n'importe quoi, un récit, un témoignage, un conte, recherchez le nom de l'éditeur fantôme et rencontrez-le. Vous saurez alors qui est l'auteur du livre et pourquoi vous ne dormirez plus sereinement, la nuit, en vous lovant suppliantes, le sexe tendu sous les couvertures.

Le Commandant Danofsky
danofsky.be/wordpress

Publié dans Fiche de lecture

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Le chevalier noir, le feuilleton de Christian Van Moer. Episode 9

Publié le par christine brunet /aloys

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LE CHEVALIER NOIR

feuilleton par Christian VAN MOER

 

Au temps des heaumes et des hauberts,

il était une fois la forêt du Mauroi…

 

 

épisode 9 : L’Elixir de Vie

 

         Le Chevalier Noir exhibe triomphalement le septième trophée.

 

         – Tenez, sorcière. Vos exigences étant toutes satisfaites, remettez-moi l’antidote définitif.

         – Satisfaites ? Vous vous moquez, Baron ! Certes, j’ai les sept amulettes, mais il me manque deux têtes ! Vous avez laissé Myrrha et Garin en vie !

         – Ma tâche consistait à vous apporter les amulettes, non les têtes !

          – Eh bien ! il me les faut. Vous n’obtiendrez l’élixir qu’à ce prix. Il vous reste moins de deux jours pour me les apporter, Baron. En route donc, vous n’avez plus un seul instant à perdre ! Et ne tentez pas de m’agresser, vous ne pourriez m’atteindre.

 

         En effet, en avançant d’un pas vers la fée, Gilles constate avec rage qu’un mur invisible se dresse entre eux et met Sargasse hors de sa portée.

         Le désespoir l’envahit. Que faire ? Il a donné sa parole à Myrrha et sauvé Garin. Pour les trahir ensuite et les occire ? Non, sa nature franche et honnête se refuse à envisager pareille félonie.

         C’est alors que la demeure de Sargasse se met à crisser et à vibrer de toutes parts. Et au-dehors, la voix claire de la nymphe de la source se fait entendre.

 

         – Inutile de tenter de m’échapper, Sargasse. Mes chênes enserrent ta tanière pour la broyer. Le seul moyen de sauver ta peau est de livrer le précieux élixir de vie au Chevalier Noir comme tu t’y es engagée. Et prends garde : le véritable antidote, n’est-ce pas ? Tu n’ignores pas que mes arbres décèlent tout mensonge, toute fourberie, sans jamais faillir. Allez, remets-lui le flacon qu’il attend !

 

         Sargasse sait que Myrrha ne plaisante pas, qu’elle doit s’exécuter pour échapper au châtiment.

 

         –  Prenez-la et sortez aussitôt, beau paladin. N’ayez crainte, c’est le bon élixir. Courez sauver votre fille. Moi, je reste encore un peu pour empêcher Sargasse de vous poursuivre et de vous jouer un ultime mauvais tour.

         – Grand merci, Dame Myrrha. J’embrasserai Sarah pour vous.

         – Eh bien,  Myrrha ! s’écrie la fée après quelques minutes de silence et cachant mal son dépit : il doit déjà être loin maintenant, ton beau paladin. Tiens donc parole. J’ai livré l’antidote, éloigne tes arbres !

         – Tenir ma parole ? Avec toi, l’âme la plus perverse, la plus fourbe du Mauroi ? Tu rêves, Sargasse ! Le moment est venu pour toi de payer le prix de tous tes maléfices. Tu vas périr broyée dans tes murs, Sargasse ! Adieu !

 

         Au-dessus de la forêt du Mauroi, le ciel s’éclaircit et à quelques lieues de là, au manoir de Valembourg, la joie est revenue.

 

Fin

 

[ ©  Christian Van Moer  & Chloé des Lys ]

 

http://www.bandbsa.be/contes3/glaneserrancesr.jpg


Publié dans Feuilleton

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Le chevalier noir, le feuilleton de Christian Van Moer. Episode 8

Publié le par christine brunet /aloys

  

 

LE CHEVALIER NOIR

feuilleton par Christian VAN MOER

http://christianvanmoer.skynetblogs.be/

 

Au temps des heaumes et des hauberts,

il était une fois la forêt du Mauroi…

 

 

 

épisode 8 : Le Loup-garou du Sablon

 


         − L’heure de votre dernier duel est venue, Baron ! Apportez-moi l’amulette de Garin, le Mauleu, et je vous remets l’élixir promis. Je dois reconnaître que vous l’aurez bien mérité.

         − Qui est-il, ce Garin, sorcière ?

         − Un lycanthrope, Baron, un loup-garou, pour parler comme nos vilains.

         − Un homme normal en apparence qui, on ne sait trop pourquoi, devient loup la nuit, n’est-ce pas ?

         − Oui. Ce loup-garou se déchaîne et tue les nuits de pleine lune. Je ne peux rien vous apprendre de plus à son sujet, si ce n’est qu’il vit dans l’ancienne sablonnière du Mauroi. C’est lui qui détient la septième amulette et qui se présente comme mon rival au sabbat du solstice.

Alors, Baron, Beau vous emmène au Sablon ?

         − Vous savez pertinemment que je ne suis pas en mesure de refuser, sorcière !

 

* * *

        

         « Le Mauleu, le mauvais loup, qui sévit les nuits de pleine lune ! C’est plutôt maigre comme indication. Sargasse m’a-t-elle une fois de plus caché l’essentiel ? »

 

         Le Chevalier Noir aborde les dunes désolées du Sablon sans la moindre idée de la manière dont il va s’y prendre pour dérober l’amulette à Garin. Il aperçoit une maisonnette blanche dans un creux de sable et décide de frapper hardiment à la porte. Un homme de taille moyenne, déjà chenu, mais encore très vif, l’accueille avec un sourire triste.

 

         − Entrez, je vous en prie, Messire Le Galois.

         − Vous me connaissez donc, maître Garin ?

         − Non seulement je sais qui vous êtes, mais je connais aussi le but de votre visite : l’amulette d’Abraxas.

         − Exact, maître Garin. Allons-nous nous affronter ou nous entendre ?

         − Asseyez-vous, Messire. Ecoutez d’abord tranquillement mon histoire, je vous prie.

         − Soit, maître Garin. Je vous écoute, mais je ne baisse pas ma garde. Au moindre geste suspect, je tire l’épée.

         − Ne craignez aucune fourberie de ma part, Messire. Je ne suis dangereux que la nuit, lorsque je me métamorphose en loup. Le jour, je suis un être humain comme vous. Très vulnérable et, en ce moment, à votre merci.

         − Je ne tirerai l’épée que si je m’y vois contraint, maître Garin. Poursuivez votre récit sans crainte.

         − Merci. Sachez d’abord pour quelle raison la fée Sargasse ne vient pas m’affronter elle-même. Chaque fée a son talon d’Achille, Messire, qu’elle s’efforce bien sûr de garder secret. Celui de Sargasse, c’est le sable ! Elle peut évoluer sur terre, dans l’eau ou dans les airs, mais pas sur le sable. Sous ses pas, l’arène devient mouvante. Elle s’y enfoncerait irrémédiablement et le Sablon serait son tombeau.

Mais voici mon histoire.

J’étais jadis un honnête charbonnier, plutôt jovial et bonasse. Un jour, un pèlerin moribond à qui j’ai tendu ma gourde, m’a fait don d’un anneau merveilleux. Une bague en argent sertie d’un béryl, une aigue-marine aux vertus magiques. Le temps d’une nuit, son possesseur détient le pouvoir de changer un homme en n’importe quel animal. Cet anneau ne peut être détruit que par l’eau. J’ai accepté ce cadeau empoisonné, Messire, sans avoir vraiment l’intention de recourir un jour à ses pouvoirs.

J’habitais déjà cette petite maison et je croyais être seul à y vivre. Un soir, occupé à ma toilette – j’avais bien sûr déposé ma bague à côté de ma bassine – une lame du plancher s’est soulevée et une main blanche s’est emparée de l’anneau. En retirant deux lames du plancher, j’ai alors découvert avec effarement qu’elles dissimulaient l’ouverture d’un puits, fort étroit mais très profond. Presque aussitôt, un gnome difforme, albinos, m’est apparu, le béryl à l’annulaire. Je l’entends encore me crier en ricanant : « Les nuits de pleine lune, Garin, tu mettras un cœur humain pour me nourrir, dans une besace que tu suspendras ici, si tu ne veux pas que je te change en pâture pour araignées. » Aussitôt après, il s’enfonce et disparaît dans sa galerie et moi, je me retrouve métamorphosé en loup noir ! C’est ainsi chaque nuit, Messire, et comme je ne tiens pas à être changé en mouche, les nuits de pleine lune, je tue des pauvres gens pour leur arracher le cœur.

J’en souffre chaque jour. Ah ! si vous pouviez me libérer de cette taupe immonde, je vous donnerais l’amulette bien volontiers. Mais j’en demande trop sans doute, car vous pouvez me la prendre maintenant, alors que je suis sans défense.

         – Rassurez-vous, Garin. Je ne tue que lorsque je ne puis faire autrement.

Voyons ensemble comment conjurer le sortilège de votre nabot.

Il est exclu que nous allions le déloger de son antre nous-mêmes. Le goulot du boyau est beaucoup trop étroit et friable. L’éboulement du sable, inévitable, nous étoufferait à coup sûr. Il faut donc l’obliger à venir à nous. Il ne remonte que les nuits de pleine lune pour accrocher puis décrocher son outre sanglante, m’avez-vous dit. La pleine lune est déjà passée et il n’est pas question d’attendre la prochaine. Il faut à tout prix lui faire remonter la galerie sans tarder.

         – Certes, mais comment, Messire ?

         – C’est simple. C’est un être vivant, il a donc besoin de respirer. Si nous obstruons l’entrée du goulot par un sac de sable, l’air va finir par lui manquer et il va devoir grimper pour détruire notre bouchon. C’est là que nous l’attendons.

         – J’ai bien déjà pensé à remplir carrément le puits de sable pour l’étouffer purement et simplement, mais on ne connaît pas le volume de sa réserve d’air, là-dessous. Son agonie peut être si lente qu’il aurait tout le loisir de me changer en mouche.

         – Vous avez raison, Garin. C’est pourquoi, il nous faut guetter sa remontée.

         – J’entends bien, mais comment le saisir ? Il est si vif ! A la première alerte, il se laissera retomber.

         – Je vois que vous avez là une bonne guisarme, Garin. Nous allons en faire un solide harpon.

Dès que notre sac de sable craque sous ses efforts, je frappe. Harponné par le crochet de la guisarme, il ne peut nous échapper. Il aura beau plonger au plus profond du trou, nous n’aurons plus qu’à tirer sur le filin pour l’en extirper.

         – Et lui reprendre l’anneau maudit.

         –  Afin de le détruire aussitôt qu’il aura permis votre retour parmi les hommes.

 

* * *

 

         L’horreur apparaît au bout du harpon. Une larve humaine, glabre et blafarde, d’un blanc vitreux, ensanglantée. Un corps informe, aux bras démesurés, aux jambes atrophiées, secoué de convulsions, se tortillant comme une esche accrochée à l’hameçon. Un visage morveux, hideux, haineux, éructant de sanglants borborygmes.

         Le coup d’épée du Chevalier Noir abrège les souffrances du gnome déchiqueté et Garin, surmontant sa répugnance, arrache du doigt qui se rétracte déjà l’anneau maléfique, retire la guisarme et rejette l’immonde dépouille au fond du boyau.

 

         – Je vais le combler de sable. Me voici, grâce à vous, enfin libéré du sortilège, Messire. Voici l’amulette comme promis. Mais si je peux me permettre de vous donner un conseil, méfiez-vous de Sargasse. Cette fée est fourbe et sans pitié.

         – Je sais fort bien à qui je peux me fier, charbonnier. On ne peut plus vous appeler Mauleu désormais, n’est-il pas vrai ?

         – Non, je suis heureux de pouvoir reprendre mon vrai métier.

         – Mais confiez-moi également la bague, je vous prie. Je la jetterai moi-même dans la rivière. Qu’elle ne fasse plus jamais de mal à personne.

         – La voilà. Adieu, Messire, je ne vous remercierai jamais assez de m’avoir ramené à la lumière et à la vie. Puisse le Ciel vous rendre votre enfant.

 

©  Christian Van Moer  & Chloé des Lys ]

 

 

à suivre                      

épisode 9 : L’Elixir de Vie

 

 

LE CHEVALIER NOIR

feuilleton par Christian VAN MOER

http://christianvanmoer.skynetblogs.be/

 

Au temps des heaumes et des hauberts,

il était une fois la forêt du Mauroi…

 

 

 

épisode 8 : Le Loup-garou du Sablon

 


         − L’heure de votre dernier duel est venue, Baron ! Apportez-moi l’amulette de Garin, le Mauleu, et je vous remets l’élixir promis. Je dois reconnaître que vous l’aurez bien mérité.

         − Qui est-il, ce Garin, sorcière ?

         − Un lycanthrope, Baron, un loup-garou, pour parler comme nos vilains.

         − Un homme normal en apparence qui, on ne sait trop pourquoi, devient loup la nuit, n’est-ce pas ?

         − Oui. Ce loup-garou se déchaîne et tue les nuits de pleine lune. Je ne peux rien vous apprendre de plus à son sujet, si ce n’est qu’il vit dans l’ancienne sablonnière du Mauroi. C’est lui qui détient la septième amulette et qui se présente comme mon rival au sabbat du solstice.

Alors, Baron, Beau vous emmène au Sablon ?

         − Vous savez pertinemment que je ne suis pas en mesure de refuser, sorcière !

 

* * *

        

         « Le Mauleu, le mauvais loup, qui sévit les nuits de pleine lune ! C’est plutôt maigre comme indication. Sargasse m’a-t-elle une fois de plus caché l’essentiel ? »

 

         Le Chevalier Noir aborde les dunes désolées du Sablon sans la moindre idée de la manière dont il va s’y prendre pour dérober l’amulette à Garin. Il aperçoit une maisonnette blanche dans un creux de sable et décide de frapper hardiment à la porte. Un homme de taille moyenne, déjà chenu, mais encore très vif, l’accueille avec un sourire triste.

 

         − Entrez, je vous en prie, Messire Le Galois.

         − Vous me connaissez donc, maître Garin ?

         − Non seulement je sais qui vous êtes, mais je connais aussi le but de votre visite : l’amulette d’Abraxas.

         − Exact, maître Garin. Allons-nous nous affronter ou nous entendre ?

         − Asseyez-vous, Messire. Ecoutez d’abord tranquillement mon histoire, je vous prie.

         − Soit, maître Garin. Je vous écoute, mais je ne baisse pas ma garde. Au moindre geste suspect, je tire l’épée.

         − Ne craignez aucune fourberie de ma part, Messire. Je ne suis dangereux que la nuit, lorsque je me métamorphose en loup. Le jour, je suis un être humain comme vous. Très vulnérable et, en ce moment, à votre merci.

         − Je ne tirerai l’épée que si je m’y vois contraint, maître Garin. Poursuivez votre récit sans crainte.

         − Merci. Sachez d’abord pour quelle raison la fée Sargasse ne vient pas m’affronter elle-même. Chaque fée a son talon d’Achille, Messire, qu’elle s’efforce bien sûr de garder secret. Celui de Sargasse, c’est le sable ! Elle peut évoluer sur terre, dans l’eau ou dans les airs, mais pas sur le sable. Sous ses pas, l’arène devient mouvante. Elle s’y enfoncerait irrémédiablement et le Sablon serait son tombeau.

Mais voici mon histoire.

J’étais jadis un honnête charbonnier, plutôt jovial et bonasse. Un jour, un pèlerin moribond à qui j’ai tendu ma gourde, m’a fait don d’un anneau merveilleux. Une bague en argent sertie d’un béryl, une aigue-marine aux vertus magiques. Le temps d’une nuit, son possesseur détient le pouvoir de changer un homme en n’importe quel animal. Cet anneau ne peut être détruit que par l’eau. J’ai accepté ce cadeau empoisonné, Messire, sans avoir vraiment l’intention de recourir un jour à ses pouvoirs.

J’habitais déjà cette petite maison et je croyais être seul à y vivre. Un soir, occupé à ma toilette – j’avais bien sûr déposé ma bague à côté de ma bassine – une lame du plancher s’est soulevée et une main blanche s’est emparée de l’anneau. En retirant deux lames du plancher, j’ai alors découvert avec effarement qu’elles dissimulaient l’ouverture d’un puits, fort étroit mais très profond. Presque aussitôt, un gnome difforme, albinos, m’est apparu, le béryl à l’annulaire. Je l’entends encore me crier en ricanant : « Les nuits de pleine lune, Garin, tu mettras un cœur humain pour me nourrir, dans une besace que tu suspendras ici, si tu ne veux pas que je te change en pâture pour araignées. » Aussitôt après, il s’enfonce et disparaît dans sa galerie et moi, je me retrouve métamorphosé en loup noir ! C’est ainsi chaque nuit, Messire, et comme je ne tiens pas à être changé en mouche, les nuits de pleine lune, je tue des pauvres gens pour leur arracher le cœur.

J’en souffre chaque jour. Ah ! si vous pouviez me libérer de cette taupe immonde, je vous donnerais l’amulette bien volontiers. Mais j’en demande trop sans doute, car vous pouvez me la prendre maintenant, alors que je suis sans défense.

         – Rassurez-vous, Garin. Je ne tue que lorsque je ne puis faire autrement.

Voyons ensemble comment conjurer le sortilège de votre nabot.

Il est exclu que nous allions le déloger de son antre nous-mêmes. Le goulot du boyau est beaucoup trop étroit et friable. L’éboulement du sable, inévitable, nous étoufferait à coup sûr. Il faut donc l’obliger à venir à nous. Il ne remonte que les nuits de pleine lune pour accrocher puis décrocher son outre sanglante, m’avez-vous dit. La pleine lune est déjà passée et il n’est pas question d’attendre la prochaine. Il faut à tout prix lui faire remonter la galerie sans tarder.

         – Certes, mais comment, Messire ?

         – C’est simple. C’est un être vivant, il a donc besoin de respirer. Si nous obstruons l’entrée du goulot par un sac de sable, l’air va finir par lui manquer et il va devoir grimper pour détruire notre bouchon. C’est là que nous l’attendons.

         – J’ai bien déjà pensé à remplir carrément le puits de sable pour l’étouffer purement et simplement, mais on ne connaît pas le volume de sa réserve d’air, là-dessous. Son agonie peut être si lente qu’il aurait tout le loisir de me changer en mouche.

         – Vous avez raison, Garin. C’est pourquoi, il nous faut guetter sa remontée.

         – J’entends bien, mais comment le saisir ? Il est si vif ! A la première alerte, il se laissera retomber.

         – Je vois que vous avez là une bonne guisarme, Garin. Nous allons en faire un solide harpon.

Dès que notre sac de sable craque sous ses efforts, je frappe. Harponné par le crochet de la guisarme, il ne peut nous échapper. Il aura beau plonger au plus profond du trou, nous n’aurons plus qu’à tirer sur le filin pour l’en extirper.

         – Et lui reprendre l’anneau maudit.

         –  Afin de le détruire aussitôt qu’il aura permis votre retour parmi les hommes.

 

* * *

 

         L’horreur apparaît au bout du harpon. Une larve humaine, glabre et blafarde, d’un blanc vitreux, ensanglantée. Un corps informe, aux bras démesurés, aux jambes atrophiées, secoué de convulsions, se tortillant comme une esche accrochée à l’hameçon. Un visage morveux, hideux, haineux, éructant de sanglants borborygmes.

         Le coup d’épée du Chevalier Noir abrège les souffrances du gnome déchiqueté et Garin, surmontant sa répugnance, arrache du doigt qui se rétracte déjà l’anneau maléfique, retire la guisarme et rejette l’immonde dépouille au fond du boyau.

 

         – Je vais le combler de sable. Me voici, grâce à vous, enfin libéré du sortilège, Messire. Voici l’amulette comme promis. Mais si je peux me permettre de vous donner un conseil, méfiez-vous de Sargasse. Cette fée est fourbe et sans pitié.

         – Je sais fort bien à qui je peux me fier, charbonnier. On ne peut plus vous appeler Mauleu désormais, n’est-il pas vrai ?

         – Non, je suis heureux de pouvoir reprendre mon vrai métier.

         – Mais confiez-moi également la bague, je vous prie. Je la jetterai moi-même dans la rivière. Qu’elle ne fasse plus jamais de mal à personne.

 

         – La voilà. Adieu, Messire, je ne vous remercierai jamais assez de m’avoir ramené à la lumière et à la vie. Puisse le Ciel vous rendre votre enfant.

 

©  Christian Van Moer  & Chloé des Lys ]

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à suivre                      

épisode 9 : L’Elixir de Vie

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Le chevalier noir, le feuilleton de Christian Van Moer. Episode 7

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LE CHEVALIER NOIR

feuilleton par Christian VAN MOER

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Au temps des heaumes et des hauberts,

il était une fois la forêt du Mauroi…

 

 

 

épisode 7 : Le Pertuis maudit

 

         − Au tour de Létha, la Vouivre, Baron.

         − Je vous écoute, sorcière.

         − Elle vit dans la ravine qui court jusqu’à la lisière orientale du Mauroi ; dans une grotte profonde, insondable, aux galeries qui s’enfoncent et se perdent dans les entrailles de la Terre. A quelques enjambées de son antre s’ouvre le Pertuis Maudit, le trou aux serpents, le nid de ses tueurs qui lui obéissent aveuglément. Pour avoir une chance de la vaincre, il faut d’abord neutraliser ces sournoises cohortes rampantes.

         − Comment, sorcière ?

         − C’est votre problème, Baron. Pas le mien.

Ensuite, il vous faut la combattre de près pour lui planter votre épée dans le crâne et maintenir fermement l’acier tant que dureront ses contorsions désespérées pour s’en dégager. Elle mettra longtemps à mourir. Si vous relâchez un tant soit peu votre effort, elle se libèrera du glaive et recouvrera sur-le-champ sa forme intacte. Il faut que sa tête reste fendue jusqu’à son dernier spasme.

         − Et ses armes, ce sont ses crochets venimeux, je présume ?

         − Pas exactement, Baron. La gueule de la Vouivre est dépourvue de crochets. Dépourvue de crochets, mais non de venin mortel, une bave glauque qu’elle crache sur sa proie avec une précision diabolique à plusieurs pas de distance. Ce venin corrosif dissout toute matière qu’il atteint, brûle et ronge irrémédiablement les chairs jusqu’à la mort.

         − Existe-t-il un moyen de s’en protéger ?

         − Oui, Baron, mais il faut pour cela avoir recours à ma magie. Ce moyen, c’est votre bouclier de Croisé, pourvu que vous le prépariez exactement comme je vais vous l’indiquer… Quelle est la devise des barons de Valembourg ?

         − … Cum decore vincere, pourquoi cette question, sorcière ?

         − Vaincre avec honneur… Parfait. Recouvrez votre écu de parchemin, de vélin pour être précis, sur lequel vous aurez transcrit la devise de votre lignage avec votre sang, Baron : le venin de Létha n’aura aucun effet sur lui. Mais ne perdez pas de vue que votre bouclier ne protège pas votre destrier ni vous-même entièrement. Il vous faudra combattre à pied et parer tous les jets de bave ! La Vouivre visera aussi bien vos pieds que votre chef, le bras qui manie ou la main qui tient le glaive. Un instant de relâchement et c’est la fin. Mais avec le crâne fendu jusqu’au menton, elle ne peut plus cracher.

         − Diantre !... Avez-vous du vélin, sorcière ?

         − Oui, Baron. Préparons votre égide.

 

* * *

 

         «  Beau vole beaucoup plus bas et plus près de moi, aujourd’hui. Craint-il que je le perde de vue ? »

 

         Le Chevalier Noir ignore que la fée Sargasse a pris l’apparence de son corbeau, car elle tient absolument à assister au combat et espère pouvoir se repaître de l’agonie de Létha, sa pire ennemie. En vue du Pertuis Maudit, elle feint de faire demi-tour, mais se perche sur la cime d’un grand hêtre, d’où elle pourra tout observer.

         Gilles descend de cheval au bord de la ravine et examine longuement la configuration du lieu avant de s’y aventurer. Il aperçoit la Vouivre aller et venir aux abords de son antre, mais ne remarque aucun serpent.

 

         « Bonne affaire ! Ces satanées bestioles sont dans leur trou. Je vois distinctement la gueule noire et béante de la fosse d’ici ; elle n’est pas bien large, me semble-t-il. Comment pourrais-je condamner ce passage sans me faire assaillir ? »

 

         Gilles remarque alors un gros quartier de roche, plus ou moins sphérique, éboulé jusqu’à un pas du bord du chemin creux.

 

         «  Voilà ce qu’il me faut ! On dirait qu’il s’est arrêté là exprès et qu’il n’attend que moi ! s’exclame-t-il. Si je parviens à faire basculer cette masse dans la ravine, elle va dévaler le versant et filer droit vers l’aven. La pente est douce, sa course sera plutôt lente, peut-être même sera-t-elle encore un peu ralentie par les hautes herbes ; mais si mon calcul est exact, le trou l’arrêtera tout net et l’ouverture sera bel et bien obstruée ! Allons, Valembourg, au travail ! Commence par déblayer le sol autour de la roche et creuse ce qu’il faut du bon côté avec ton épée jusqu’à ce qu’elle bascule. »

 

         De son observatoire, Sargasse admire l’intelligence du Chevalier Noir et croasse de joie en voyant que le rocher s’enfonce pile et suffisamment dans le pertuis pour le fermer hermétiquement.

Attirée par le bruit, la Vouivre sort de sa grotte et, verte de rage, remonte la ravine à la rencontre de l’intrus qui, loin de tourner les talons, s’avance résolument vers elle.

         Gilles constate avec surprise que Létha a un fort joli corps de femme et que son visage, s’il n’était dépourvu de nez et n’avait le menton fuyant, serait franchement avenant.

         La beauté nue contre le guerrier bardé de fer ! L’issue du combat paraît évidente. Et pourtant charme et poison sont les armes les plus redoutables.

 

         « Ne te laisse pas envoûter et distraire par sa beauté, Baron ! s’affole Sargasse. Dis-toi bien que c’est un monstre, qui extermine sans pitié les voyageurs – hommes, femmes, enfants – qui ont le malheur de s’égarer dans sa ravine en traversant la forêt. Manie l’écu et l’épée comme jamais tu ne les as maniés. Ce sont dix Sarrazins qui t’encerclent et te pressent ! C’est l’Hydre aux sept têtes ! L’Octopode des abysses ! Fixe ses yeux, Baron : ils t’indiquent où elle va cracher son venin. »

 

         Schpffft ! Létha est vive et souple. Schpffft ! Elle esquive les coups de glaive du Chevalier Noir sans peine. Schpffft ! Gilles utilise son bouclier avec une habileté remarquable. Schpffft ! Le combat s’éternise. Schpffft ! L’issue est incertaine. Schpffft !

Sargasse se décide alors à intervenir. En vol plané, sans bruit, elle surgit dans le dos de la Vouivre et lui donne un violent coup de bec avant de se sauver à tire-d’aile. Surprise, Létha se retourne. Schpffft ! Instant de distraction fatal : le Chevalier Noir ne laisse pas passer l’occasion de lui fendre le crâne. Elle a beau se débattre, se tortiller, se contorsionner pour se dégager, l’épée, tenue d’une main ferme, finit par la clouer au sol. Le soleret du vainqueur lui écrase le ventre pour l’immobiliser tout à fait. Peu à peu ses yeux étonnés s’éteignent et se ferment à jamais. Par précaution, Gilles attend encore un peu avant de retirer son épée pour lui trancher la tête et lui prendre l’amulette.

 

[ ©  Christian Van Moer  & Chloé des Lys ]

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à suivre

 

épisode 8 : Le Loup-garou du Sablon

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