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Fiche auteur pour "Et si c'était mieux là-bas ?" de Lionel Cieciura

Publié le par christine brunet /aloys

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Eau, tu es la vie, un texte poétique de Jean-Louis Gillessen

Publié le par christine brunet /aloys

 

Jean-Louis Gillessen est un nouvel auteur Chloé des lys...
Il se présentera très vite sur ce blog mais en attendant, il vous propose de découvrir son univers via un texte poétique dédié à l'eau.

 


EAU,  TU  ES  LA  VIE

 

 Je suis un peu fatigué, assis au chaud dans cet estaminet. Il pleut. Fin de journée.

Choix d’un temps de pause, petit café mérité, indiqué ou non, douceur coton du brouhaha d’ambiance.

 

L’écho me parvient de phrases trop fortes et refroidies, de trompeuses discussions dans la passion,

de rires éclatés à l’unisson, trop gros, bidons, fausse cadence, alcool annonciateur de décadence.

 

                 Des femmes, des hommes, boivent, beaucoup. Trop. Ces « trop » lancés sur mon papier trottent et galopent

                 en récurrence : je ne veux pas qu’ils me dérangent, ils sont là, tout simplement. Les « trop ».

                 Ils induisent mon écrit, l'initie.

                 Alors sur cette feuille brutte de papier j’étiole leur brutalité, de ces trop qui maintenant s’apaisent

                 et s’amenuisent, in fine soulagés d’être enfin transcrits, sublimés.

                 Heureuse opportunité du pléonasme inopiné. Pas  de  hasard  dans  l’union  de  ces instantanés. 

 

                 Je suis juste fatigué, pleinement, assis dans cet estaminet. Musique de jazz « blue note ». Sourdine.

                 Mes sens en l’état se ressourcent puis s’énergisent d’être sollicités par l’écoute et l’observation de mise.

 

                  Soudain, tel un objectif manipulé par Hitchcock, mon regard en projeté zoom avant progressif,

                  pour ne plus avoir sur l’écran de ma rétine qu’une seule image pleine, ce regard mien fond précisément

                  comme œil de caméra en fondu enchaîné … sur un robinet qui coule dans un des éviers du bar comptoir.

                  Le filet d’eau coule abondamment et régulièrement. 

 

                 Parallèlement, comme si dans l’arrière-salle un  ingénieur du son inversait deux manettes,

                  les bruits d’ambiance s’effluvent, s’évolutent et disparaissent en un parfait on - off simultané,

                  pour ne plus laisser entendre que le seul roulis filtré si fidèle à l’ouïe … de l’eau qui se perd,

                  part, s’évanouit. Prisonnière des tuyaux, canalisée par l’homme, elle se doit de rester claire.

                  Claire fontaine de plaisir, créatrice de la vie. Mais ici, il y a contrainte, servitude, travail forcené

                   pour elle qui se tue. Elle ne peut s’évader, se voit gaspillée, assassinée.

                  Par faute de l’insouciance humaine, ce bien si précieux ne sert-il qu’à nettoyer les verres en ce lieu ?

Non, me dit Claire. Fontaine. Amie. La vie de l’eau est eau de vie, les gens l’écoutent, la ressentent,

la goûtent.

Sans elle, même la bière dont tu parles ne pourrait naître … l’eau en est son partenaire constitutif.

Et puis toi aussi, tu ne le sais peut-être pas, tu baignes en ton corps l’eau qui te baigne en retour,

à septante pour cent de ta personne que tu véhicules tous les jours.

 

 « Nous sommes tous emplis de tellement d’eau !? », s’exclame un client.  «Mais c’est effarant !

 Jésus Marie Joseph, Dieu soit loué, mes doigts trempés dans l’eau bénite, je prierai trois Ave !».

 

 Et la fontaine d'encore narrer qu'elle se veut claire pour les mains des enfants et des plus grands :

 ils recueillent l’eau chatoyante et chatouillante qu’elle aussi charrie.

 «  Tu me blagues  », lui distille tendrement  l’eau tout en caresses.

 Que nenni, «  Je te charrie vers eux  », lui dit-elle en souriant. Alors l'eau de ruisseler, plus en avant.

 Même si elle connaît son sort. Tournoyer au fond de l'évier, se noyer. Comble pour sa personne!

 Mais il y a les rus, les rivières, les fleuves et la mer.

 Et à chaque enfant qui naît, elle sera bien présente en lui, vaillante et bienveillante.

 Liberté de l'eau, tu es la vie.


 

                                                           Jean – Louis     Gillessen

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La chronique poétique de Salvatore Gucciardo... Nouveau regard

Publié le par christine brunet /aloys

Souvenez-vous, c'était 25 octobre 2013, le premier article de Salvatore Gucciardo sur notre blog, la première apparition de sa chronique...

Allez, cliquez ! Ne soyez pas timides  !!!! 

 http://www.aloys.me/article-la-chronique-poetique-de-salvatore-gucciardo-119846192.html

 

C'est fait ????? Alors, passons à la suite !

 

Cette chronique va paraître, traduite en italien par

la poétesse Maria Teresa Epifani Furno ( Poetessa Maria Epifani Furno)

dans la revue Fiorisce un cenacolo dirigée par Mme Anna MANZI

 

 

 

 

L'empire sidéral Acrylique, 100 x 80

 

 

 

 

 Magnetismo

 

L’innominabile

S’illumina dell’energia dei coni

La sinfonia delle sfere

Irradia l’impensabile

Nel fuoco del dialogo

Gli astri fondono

Col nostro me

 

Si sostituisce

Alla dinamica stellare

Per dissetarsi

Dell’acqua cosmica

 

I campi magnetici

Popolano

Il flusso umano

La schiuma delle onde

Svanisce

Nella vulva galattica

Un granello di luce sorge

Dalla notte dei tempi

 

Comprendo il cuore dello spazio

Che risuona nella dimora dell’essere

Il suo soffio genera

La germinazione dei venti

La polvere dell’età

L’ammasso dei globuli

 

Il regno della nebulosa è in noi

Il flusso ellittico

Inebria la nostra anima

L’origine del mondo

Abita il tempio dell’uomo

 

                       

 

                                                           Tradotta in Italiano da Maria Teresa Epifani Furno

                                                          Traduit en italien par Maria Teresa Epifani Furno

 

 

Pittura e Poesia di Salvatore Gucciardo pubblicate sul Blog  Aloys.Over – Blog.comnella rubrica La chronique poétique de Salvatore Gucciardo a cura di Christine Brunet in data Lunedì 25 octobre 2013. 

 

Peinture et Poésie   de Salvatore Gucciardo publiés sur le Blog Aloys.Over-Blog.com dans la rubriqueLa Chronique Poétique de Salvatore Gucciardo de Christine Brunet le lundi 25 octobre 2013.

                                                                      

    Poème en français pour mémoire

 

Magnétisme                                 

 

L’innommable                                                          

S’illumine de l’énergie des cônes                           

La symphonie des sphères                                        

Irradie l’impensable                                                  

Dans le feu du dialogue                                           

Les astres fusionnent                                                 

Avec notre moi                                                         

 

On se substitue                                                          

À la dynamique stellaire                                          

Pour s’abreuver                                                        

De l’eau cosmique                                                   

Les champs magnétiques                                        

Peuplent                                                                    

Le flux humain                                                         

La houle des vagues                                                  

 S’évanouit                                                                 

Dans la vulve galactique                                         

Un grain de lumière surgit                                        

De la nuit des temps                                                  

 

 

 

J’entends le cœur de l’espace                                 

Qui résonne dans la demeure de l’être                   

Son souffle donne naissance                                      

À la germination des vents                                        

À la poussière de l’âge                                             

À l’amas des globules                                               

 

Le royaume de la nébuleuse est en nous                   

Le flot elliptique                                                        

Enivre notre âme                                                     

L’origine du monde                                                   

Habite le temple de l’homme                                   

 

Salvatore Gucciardo              

 

 

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JACQUES SALOME A LU LA VALSE DES INFIDELES

Publié le par christine brunet /aloys

 

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JACQUES SALOME A LU LA VALSE DES INFIDELES

 

« J'ai lu d'une seule traite ce livre
superbe. 
Quelle belle écriture, quelle intelligence de la compréhension des errances, des aspirations et des leurres d'une femme dans un couple
quelle poésie
Beaudour ALLALA écrit magnifiquement. »

Jacques Salomé

 

 


Immanquablement, lorsque les âmes jouent la  même musique, que les passions chantent et s’accordent, la belle rencontre finit par avoir lieu...

Alors, hasard ou coïncidence, cette rencontre lors du « livre en fête » à Roussillon en Provence, ce beau village où vit Jacques Salomé et où exposait Beaudour Allala pour son ouvrage « La valse des infidèles » ?

Beaudour avait déjà lu nombres d’ouvrages de Jacques Salomé et s’inspirait en partie de sa conception des relations humaines pour écrire son premier roman. Jacques Salomé l’a lu et la magie a opéré...

 

Ce qui suivra !, un émouvant échange épistolaire des temps modernes qui leur restera confidentielle mais qui enrichiront l’auteur Beaudour ALLALA sur les questions fondamentales liées à l’infidélité à l’autre mais, aussi à soi-même...

 

 

 

 

 

« J'ai lu d'une seule traite ce livre
superbe. 
Quelle belle écriture, quelle intelligence de la compréhension des errances, des aspirations et des leurres d'une femme dans un couple
quelle poésie
Beaudour ALLALA écrit magnifiquement. »

Jacques Salomé

 

 

 

 

 

JACQUES SALOME www.j-salome.com

 

Né en 1935, originaire de Toulouse, Jacques Salomé est psychosociologue et écrivain

français.

Il est diplômé de l'École des hautes études en sciences sociales et a débuté sa carrière

dans l'éducation spécialisée (directeur d'un centre pour jeunes délinquants) puis dans

 la formation aux relations humaines.

Son approche pragmatique servie par une expression simple et imagée, lui vaut

la faveur d'un large public, notamment lors de ses conférences et séminaires de

formations aux relations humaines.

Jacques Salomé est le fondateur du Centre de Formation aux

Relations Humaines Le regard fertile. Il a créé la Méthode E.S.P.E.R.E.

(Énergie spécifique pour une écologie relationnelle essentielle).

Il a tenu durant 15 ans une chronique dans Psychologies magazine.

Il continue de publier ses chroniques dans différentes revues (Enfance Majuscule,

Santé Intégrative (France) Recto-Verso, Génération Plus (Suisse),

Vivre le primaire, Vivre (Québec)).

Il est l'auteur d’innombrables ouvrages, consacrés à la communication au sein du couple

et de la famille, mais aussi aux romans et nouvelles.

 

BEAUDOUR ALLALA www.beaudour.com

 

Née en 1969 à Cannes, Beaudour Allala est originaire de la Tunisie et écrit,

non seulement, sur les sentiments humains mais aussi, sur les thèmes de l’exil

et  l’immigration.

 

Passionnée de littérature et d’art, elle commence par des études journalistiques et

investit une école de cinéma pour traduire en image ses écrits. Elle est aujourd’hui

réalisatrice principalement de documentaires et de court-métrages de fictions.

Elle poursuit des études en psychologie afin comprendre davantage l’esprit humain,

plus qu’une passion, une obsession.

 

Elle a créé, depuis 2007, l’association « RJE – Regarde J’existe » dont l’objet est de

permettre, au travers d’actions culturelles, la revalorisation de l’image de soi des

personnes en difficultés et de lutter contre toute forme de discrimination.

 

Son premier roman « La valse des infidèles », l’autorise à achever un livre en

chantier sur le thème de l’immigration et de la féminité. Sculptrice à ses heures,

elle réalise des pièces essentiellement figuratives.

 

 

 

 

Publié dans Fiche de lecture

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Laurent Femenias a lu "Jeanne" de Rolande Michel

Publié le par christine brunet /aloys

 

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J'ai lu « Jeanne » de Rolande Michel, ed. Chloé des Lys, 2013


J'ai d'abord été intrigué par cette couverture énigmatique où l'on découvre un hippocampe semblant s'échapper d'un miroir, puis par le titre simple et sobre, Jeanne, du prénom de l'héroïne du roman. Il n'en fallait pas plus pour me donner envie de plonger dans ce récit de littérature de jeunesse écrit par Rolande Michel. Et plonger est bien le mot, dans tous les sens du terme !

Dès les premières pages, Jeanne nous fait partager ses pensées, ses rires, ses peines, sesJeanne bêtises et ses rêves. J'ai dévoré ce livre ! J'ai beaucoup aimé faire connaissance avec cette petite fille coquine et pas toujours très sage qui m'a entraîné peu à peu dans son monde, un monde où il est possible de voyager sous les océans ou à travers le temps, un monde où l'amitié est une valeur plus forte que le fait de plaire au plus grand monde, y compris au sein de sa propre famille, un monde où l'on peut donner un nom aux arbres et avoir pour compagnons la famille Cromagnon, un monde où l'on peut parler aux oiseaux ou à une goutte d'eau, bref, un monde que les adultes peuvent avoir du mal à comprendre mais qui ravira certainement les jeunes lecteurs ainsi que les grands qui ont su garder au fond d'eux une étincelle de leur âme d'enfant.
 

 

 

 par Laurent Femenias

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Lapin bleu et le roi des poissons rouges, un conte signé Jean DESTREE

Publié le par christine brunet /aloys

 

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LAPIN BLEU  ET

 

 LE ROI DES POISSONS ROUGES

 

 

 

  

 

 

   Maman Lapin attendait un heureux événement et dans la maison, tout le monde s'affairait. La naissance était proche.

   

    Un matin, maman se trouva très fatiguée et quelques heures plus tard, elle mit au monde quatre petits lapins. Mais quelle ne fut pas la surprise quand on s'aperçut que l'un des quatre n'était pas comme les autres. Il était tout bleu. C'était tout à fait exceptionnel, un petit lapin comme celui-là avec sa fourrure bleue, ses oreilles bleues, ses pattes bleues et sa queue bleue. Seuls ses yeux étaient roses. On l'appela Lapin Bleu.

Au début, les parents étaient un peu gênés parce que les voisins faisaient des réflexions.

Vous avez vu? Ils ont un lapin bleu!

Oh oui! Comme il est drôle. On dirait qu'il est tombé dans un pot de peinture. Quelle idée!

Ah! Ah! les chasseurs l'auront vite repéré quand il sera grand. On n'a jamais vu! Un lapin bleu!

 

Cela dura quelques jours et puis on s'habitua à le voir. Peu à peu, on ne fit plus attention à lui. Il grandissait comme ses frères et sœurs et jouait avec eux. Peut-être était-il un peu plus espiègle que les autres. Il aimait faire des blagues. Par exemple, il se cachait derrière une grosse touffe d'herbe et attendait patiemment qu'on vienne le chercher. Il ne bougeait pas quand, inquiète de ne pas le voir, sa maman l'appelait: « Lapin Bleu! Lapin Bleu! Où es-tu, vagabond? Tu t'es encore caché, petit vaurien! Attends que je t'attrape! »

   

      Bien à l'abri, Lapin Bleu riait sous cape, se moquant bien de faire peur à sa maman.

 

      Il grandit, mais resta très espiègle. Il s'éloignait du nid surtout quand sa maman, lassée de ses bêtises, se mettait en colère. Alors, il se réfugiait chez sa marraine qui n'habitait pas très loin.

 

D'où viens-tu encore, garnement? demandait-elle; tu t'es encore sauvé parce que ta maman t'a sermonné? Quand donc seras-tu sérieux?

 

      Marraine faisait son air fâché et rouspétait pour la forme. Lapin Bleu aimait beaucoup sa marraine et ce qu'il préférait, et de loin, c'était la cuisine parce qu'il était gourmet. Il venait souvent et il lui arrivait de rester dormir. Il était heureux parce que marraine chantait des chansons et tonton racontait des histoire de petits lapins. Mais surtout il appréciait le calme de la maison, loin du bruit, des voisins et de leurs disputes.

 

        Une après-midi d'été, alors qu'il faisait plus chaud que d'habitude, Lapin Bleu, qui passait la journée chez sa marraine, se reposait au fond du jardin près de la petite mare où batifolaient quelques poissons. Il s'était assoupi lorsqu'il fut réveillé par une petite voix qui l'appelait.

 

Lapin Bleu! Lapin Bleu!

 

Il s'ébroua, leva la tête, regarda autour de lui mais ne vit rien. Il se recoucha.

- Lapin Bleu! Lapin Bleu! fit de nouveau la voix. Réveille-toi! Il est temps!

 

      Il releva la tête et écouta de toutes ses oreilles.

 

- Regarde-moi! Je suis ici! dit la voix.

 

      Il tourna la tête vers la mare et il aperçut tout au milieu un petit point rouge d'où partaient des ondes qui venaient mourir contre le bord. Intrigué, il se leva et s'approcha.

 

- Je suis ici, au milieu de la mare. Tu ne vois pas ?

- Je vois un point rouge.

- C'est moi. Veux-tu venir me retrouver ?

- Comment veux-tu que j'aille te retrouver ?

- Jette-toi à l'eau. C'est très facile.

- Tu es fou ! Je ne sais pas nager.

- Erreur ! Tous les lapins savent nager. Essaye ! Je vais à ta rencontre.

- Viens jusqu'ici, toi! Je t'attends. D'ailleurs je ne te connais pas. Tu ne m'as pas dit ton nom. Marraine m'a bien recommandé de ne pas suivre n'importe qui. Alors, je reste ici.

- Ta marraine est une femme prudente. Elle a raison.

 

        Le point rouge disparut dans la mare. Quelques bulles éclatèrent à la surface et lapin bleu distingua une trace qui avançait vers lui. Brusquement sortit de l'eau un énorme poisson rouge presque aussi gros que le lapin. Celui-ci, effrayé, fit un bond en arrière, mais l'autre, maintenant sa tête hors de l'eau, lui dit :

 

- Ne crains rien. Je ne suis pas méchant. Je suis le roi des poissons rouges. Viens avec moi, je vais te faire visiter on royaume.

 

        Lapin bleu hésita. Il regardait le roi des poissons rouges qui lui faisait de grands signes avec ses nageoires, sautait hors de l'eau en provoquant de gros remous. Il s'approcha du bord.

 

- Alors, tu te décides ?

- Ben...

- Ben quoi ? Dépêche-toi si tu veux être rentré chez ta marraine pour le goûter. La visite est longue.

- Tu es sûr qu'il n'y a pas de danger ?

- Allons, viens ! Fais un effort, tout ira bien.

       Lapin bleu hésita encore un instant et, se persuadant qu'il n'avait plus peur, se jeta à l'eau. Ou plutôt, il se laissa glisser pour évaluer la température de la mare. On n'est jamais trop prudent. Marraine avait raconté des histoires de congestion.

- Suis-moi bien, dit le poisson, ne me perds pas de vue. Tu me vois ?

- Oui, Oui, mais tu es un peu flou.

- Ce n'est rien. Garde tes yeux grands-ouverts, ils vont s'habituer et tout se passera bien. Aie confiance.

         Le roi des poissons rouges plongea lentement vers le fond de la mare. Lapin bleu suivait docilement. Il se sentait délicieusement bien. Il n'avait plus peur du tout. Il passait, sans se soucier à travers de grandes algues vertes qui lui caressaient le visage et les pattes. À mesure qu'il descendait, il faisait de plus en plus sombre, mais on distinguait des tas de plantes brunes couvertes de petits boutons jaunes qui semblaient éclairer la mare. Parfois un poisson plus gros venait le frôler et le regardait étrangement de ses yeux glauques. Lapin bleu faisait un écart pour l'éviter. Il n'aimait pas qu'on le regardât ainsi, comme une bête curieuse.

         Soudain le roi des poissons rouges disparut dans un trou. Lapin bleu, surpris, chercha de tous côtés. Il repéra le trou, mais horreur ! Il était trop gros et ne put passer. Il voulut faire demi-tour, mais il fut aussitôt entouré d'une dizaine de poissons-soldats qui tenaient une lance entre leurs nageoires.

- Ouille! ouille! ouille ! Je suis coincé !

      Il se mit à trembler, mais l'un des soldats, sans doute le chef, lui fit signe d'avancer. L'un après l'autre, les soldats se placèrent à l'entrée du trou, qu'ils agrandirent avec leur lance. Le chef invita Lapin bleu à passer et se mit devant lui pour lui montrer le chemin tandis que les autres soldats l'escortaient, comme on le fait pour les grands seigneurs. N'était-il pas l'invité du roi des poissons rouges?

     Ils continuèrent à descendre jusqu'au fond de la mare. On n'y voyait plus rien. De temps à autre, un petit poisson-lune éclairait faiblement la route, mais la lumière était trop faible pour que Lapin bleu pût distinguer quelque chose. Pourtant les soldats retrouvaient facilement leur chemin et le lapin se dit qu'il y avait là-dedans quelque chose de très bizarre. Il était de moins en moins rassuré. Pourtant le roi des poissons rouges lui avait bien dit qu'il n'y avait pas de danger. Mais peut-on faire confiance en un roi, n'est-ce pas? Il se souvenait de la parole de sa marraine: «Dans la vie, on ne peut faire confiance à personne, même pas à soi-même».

      Ils avançaient maintenant dans un étroit couloir au bout duquel on apercevait une lumière très pâle. Peu à peu, la lumière envahit tout le couloir et ils débouchèrent dans une salle immense qui était si haute qu'on ne voyait pas le plafond. Il régnait une sorte de brume qui donnait aux objets des contours très flous. Lapin bleu fut laissé au milieu de la grande salle et les poissons-soldats se placèrent autour de lui, mais à bonne distance. Ils s'inclinèrent en signe de respect puis s'écartèrent vers le mur. La lumière devint brillante et, au grand étonnement de Lapin bleu, une tribune descendit lentement du plafond. Et qu'y avait-il sur cette tribune ? Un trône tout doré et deux fauteuils plus petits de chaque côté.

      Lapin bleu faisait des yeux gros comme ça, se demandant ce qui allait encore lui arriver. La porte de la grande salle s'ouvrit et d'autres poissons-soldats entrèrent et se rangèrent autour de la tribune. Une musique se fit entendre. On aurait dit comme des milliers de gouttes d'eau qui tombaient sur des verres en cristal et Lapin bleu vit arriver un cortège qui fit le tour de la salle avant de s'arrêter devant la tribune. La roi des poissons rouges était en avant accompagné d'une femme-poisson, sans doute la reine des poissons rouges. Tous deux montèrent sur la tribune et prirent place, le roi sur le trône et la femme sur un fauteuil.

      Le roi fit arrêter la musique et dit: «Je vous présente mon ami Lapin bleu, que j'ai invité à nous faire visite. Il est très gentil car il ne va jamais à la pêche. Vous n'avez rien à craindre. Mais il est un peu espiègle et il faut le surveiller de près. Accueillez-le comme il le mérite».

   Lapin bleu était à la fois heureux et confus. La foule applaudissait des nageoires et criant tandis qu'il regardait de tous côtés et faisait des signes de la main. Le roi se leva, descendit de la tribune et l'invita à venir s'asseoir auprès de lui sur l'autre fauteuil. Il était si heureux qu'il trébucha et faillit tomber à la grande joie du public qui riait aux éclats, ce qui vexa notre lapin. Un groupe de poissons-danseurs évolua sur le parquet de mousse devant le trône, puis le roi se leva, fit un signe et les soldats se rangèrent sur deux files devant la tribune. Le roi, la reine et le lapin descendirent et le roi invita le lapin à le suivre dans ses appartements.

       Le roi et la reine se glissèrent par la porte de la grande salle, mais quand le lapin voulut les suivre, il eut l'impression que la porte se rapetissait et au moment où il voulut la franchir, elle devint si étroite qu'il ne put passer. Les soldats de mirent à le pousser vers l'intérieur mais peine perdue, l'entrée se rétrécissait de plus en plus. D'autres soldats tentèrent  bien de le tirer mais rien n'y fit et lapin se retrouva coincé dans le passage. Il ne pouvait ni avancer ni reculer et les poissons-soldats le tiraient ou le poussaient. Il se mit à haleter. Il étouffait, sa respiration se fit plus courte.

- Au secours! Essayait-il de crier. Au secours! Je vais mourir! Au secours!

      À chaque effort qu'il faisait pour se dégager, il se coinçait davantage. Il lui sembla soudain qu'on l'appelait.

- Ça y est ! Se dit-il, je suis déjà mort.

      Derrière lui, un soldat plus fort que les autres tentait de le tirer en arrière. Il le secouait de toutes ses forces comme pour l'arracher. Lapin bleu criait, criait lorsque soudain...

     Quand il ouvrit les yeux. Sa marraine était devant lui, le tenant par la patte. Il s'ébroua.

- Mais, qu'est-ce qui se passe, dit-il. Où suis-je?

- Mais tu es dans le jardin, près de la mare, répondit marraine. Voilà cinq minutes que je t'appelle et comme tu ne répondais pas je suis venue voir. Tu dormais mais tu te secouais comme si tu avais des puces. Tu criais, tu gémissais, alors je t'ai secoué pour te réveiller.

- Oh ! J'ai rêvé. J'étais chez le roi des poissons rouges. Il me faisait visiter son royaume mais j'étais entré dans un trou et je ne pouvais plus m'en sortir.

- Pauvre petit lapin bleu, dit marraine en le prenant dans ses bras. C'est fini, maintenant. Viens, je t'ai préparé ton goûter.

      Il rentra chez lui. Il se souvint longtemps de son voyage au royaume du roi des poissons rouges.


Jean Destrée

http://www.bandbsa.be/contes3/tilleulparc.jpg


 

 

 

 

Publié dans Nouvelle

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Alain Delestienne a lu "Les dix petites négresses" de Bob Boutique

Publié le par christine brunet /aloys

10 petites négresses

 

 

 

 

Après avoir passé la nuit au frais sur ma table de chevet, "Les dix petites négresses" sont encore toutes chaudes. Il y a déjà eu plusieurs excellentes notes de lecture sur le dernier livre de Bob Boutique.

Pour ma part, je vais peser mes mots pour en dévoiler le moins possible et laisser au futur lecteur tout le plaisir de la découverte.

Tout d'abord, je me suis beaucoup amusé parce qu'à chaque page, on sent que l'auteur lui-même s'amuse à écrire. Je le vois d'ici, hilare devant son clavier. C'est communicatif. J'ai retrouvé aussi la gouaille et l'humour des "Contes bizarres" et j'ai découvert plus avant l'art de la caricature de l'auteur. Et il n'y va pas avec le dos de la cuillère.

Je me suis dit qu'il devait y avoir une grande complicité, amitié, entre lui et les personnes qu'il évoque pour que ces dernières puissent encaisser ce qu'il en dit. Je m'efforce de rester sibyllin, mais je ne peux m'empêcher de vous dire que cette lecture est aussi jouissive, mutatis mutandis, que les ébats d'Elodie à la page 71. J'ai beaucoup aimé la chute qu'Edmonde m'a laissé pressentir à la page 152 parce que, entre autres, elle touche à un phénomène que j'aime en littérature ou au cinéma.

Pour vous expliquer en restant mystérieux, je m'écarte un instant du récit de Bob. Je (moi) pense que j'existe et que j'ai imaginé dans un livre le personnage d'Henri. Mais, ce matin, je me demande si je n'ai pas moi-même été imaginé par une certaine Chloé qui, elle, aurait été créée par un certain Laurent??? C'est comme Christel, je pensais vraiment qu'elle existait alors que ...

 

Vous n'avez rien compris à mon charabia, tant mieux. Raison de plus pour vous précipiter sur ce roman bizarre !

 

 

Alain Delestienne 

Par la fênetre

Publié dans Fiche de lecture

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Premier livre d'art chez Chloé des lys. Carine-Laure Desguin est allée à la rencontre de l'auteur !

Publié le par christine brunet /aloys

 

desguin

Bonjour à tous !

Un beau soleil, en route ! Je débarque à Mons et j’entends « Carine, Carine ». Une tête sympa au-dessus d’une caisse de livres, c’est celle de Thierry Ries. Il entre là où nous avions rendez-vous, au 12 de la rue du Miroir, à 7000 Mons. Maison de la presse.

Je devine vos questions !

— Et que faisais-tu encore là, Carine-Laure Desguin ?

Le clic-clac en mains, je voulais assister à la sortie du premier livre d’art édité par ma maison d’édition, Chloé des lys. Beaucoup d’intéressés avaient répondu présent. Outre Thierry Ries qui présentait l’artiste, j’ai croisé Laurence Amaury, Marie-Claire Georges, Roselyne Debacq, Bernard Dieu, Alain Cardon (à qui nous devons le beatles day)..

— Oh, super ça ! Tu nous en dis plus ?

Un livre d’art, deux cent pages de photos, les représentations des peintures de Philippe100_0726.JPG Thomas, un créateur hors du commun !

— Hors du commun ?

Philippe Thomas, c’est un peintre originaire de Mons dont le parcours reste assez atypique. Jusqu’à l’âge de huit ans, Philippe Thomas ne parlait pas, mais il comprit de lui-même que l’unique moyen de communication qu’il avait à sa disposition était le dessin.

— L’art, une thérapie alors ?

Oui, exactement ! Philippe Thomas apprit d’abord à peindre chez des « maîtres », il a nommé Michaël Doré et René Vandenabeel. Ensuite, il continua son apprentissage de l’art dans plusieurs écoles artistiques. Grâce à son art, Philippe Thomas apprend le langage des mots, on peut parler d’une espèce de miracle. Le livre « Tom’Phil », édité en A4, représente 1/3 de la production du créateur.

— Quelques mots sur l’univers des peintures de Philippe Thomas ?

100_0739.JPGUn univers qui retient l’attention. Philippe Thomas nous a dit que l’hiver il peignait avec les gouaches et que l’été, il préférait le fusain. A travers ces œuvres transparaît ses expériences d’introspection et d’extrospection, des œuvres messagères de l’histoire humaine, avec de petites touches de modernité. Les peintures sont parfois très colorées, parfois moins. Peintures à tendance mystique, des ombres, des fruits, des sourires d’enfant, des soleils d’espoir. Il y a aussi des peintures en clair obscur, ce sont celles tout en mouvements qui nous livrent les aventures saisonnières dans la région des Fagnes.

— Outre les « maîtres » cités plus haut qui l’accompagnèrent lors de son apprentissage,100_0733.JPG Philippe Thomas a-t-il cités d’autres noms ?

Oui, Philippe Thomas aime les créations de Rembrandt, Dali, vermeire, et surtout Raphaël. J’ajouterai qu’une expo est prévue vers mai 2014, dans le temple protestant de Mons.

— Des projets pour 2015 ?

Oui, Philippe Thomas est un peintre reconnu et pour Mons 2015, cet artiste aux multiples prix sera certainement présent dans l’un ou l’autre événement lancé pour ce rendez-vous incontournable mais il n’a rien précisé.

— Le livre est en vente ?

Oui, le livre sera bientôt disponible dans les meilleures librairies de la ville et pourra être commandé directement chez Chloé des lys.

Amateurs d’art et de beaux livres, celui-ci est pour vous !

 

*

***

 

Tiens, qui est Philippe Thomas ?

Philippe Thomas, alias Tom’Phil : « Le miracle de la peinture : le message » ; avant-propos d’Elio Di Rupo ; préface de Gilbert Waelput (Ed. Chloé des Lys, 2013) ; 180 p. : ill. (prix en librairie : 87,90 euros).

L’auteur est un artiste montois né en 1957. Il nous parle, dans son livre qui est un livre d’art, de son cheminement, depuis l’enfance, dans le dessin et la peinture (à l’origine, son unique moyen d’expression) et, en particulier, des thèmes ou symboles (favoris ou récurrents) qui l’inspirent. Il nous explique également ses techniques, très variées.

L’ouvrage comporte une bonne centaine d’illustrations, reproductions d’œuvres picturales du peintre (et représentant plus ou moins un tiers de sa « production » artistique). Il contient, en outre, un long texte poétique traduisant ses visions intérieures (« Les premiers âges du monde »).

Plusieurs témoignages, des photos, des points de repère biographiques et une liste des expositions importantes le complètent.

Pour les Editions Chloé des Lys, c’est un « premier livre d’art », une nouvelle expérience, donc, et qui a demandé du temps ! Pour l’auteur et artiste qui cherchait, depuis des années déjà, un éditeur, c’est l’œuvre de toute une vie enfin rassemblée, un « livre de bord » à dévoiler, un rêve ancien concrétisé, une vocation qui se confirme.

« Vous y découvrirez, nous dit l’artiste, l’œuvre et le modèle, l’univers imaginaire de ma peinture, ma conception du Beau et de la Poésie, l’évolution de mon œuvre selon mes sources d’inspiration successives. »

Une évolution qui, partie du classicisme, est passée par le symbolisme, le surréalisme, l’hyperréalisme… Une œuvre dense, originale, très personnelle, devant laquelle nul ne peut rester indifférent.

« Quel homme, quel artiste étonnant ! », s’exclame Gilbert Waelput, auteur montois. « Philippe Thomas, écrit Elio Di Rupo, appartient à cette catégorie de créateurs qui sont littéralement habités par leur art. »

Ce n’est pas « un livre comme les autres » : il convient de le feuilleter sans hâte, de s’attarder à lire et regarder (contempler parfois), à rêver et méditer sur le sens de la Vie…

 

Carine-Laure Desguin

carinelauredesguin.over-blog.com

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La chronique poétique de Salvatore Gucciardo

Publié le par christine brunet /aloys

 

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Voyage intemporel

 

 

 

 

 

Le rêve s’enferme

Dans les méandres

Du labyrinthe

Parcourt le Styx

 

S’envole sur les hauteurs

Plonge dans le vide

 

Navigue vers les astres

S’oublie dans la semence

Du temps

 

 

 

 

Salvatore Gucciardo

Publié dans Poésie

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Funestes jardins, une nouvelle retenue par le club de Liège Georges Simenon

Publié le par christine brunet /aloys

nov-2013-001.JPGUn livre bien broché, une présentation impeccable et à la page 135, je lis Carine-Laure Desguin, Funestes jardins! C'est le genre de chose qui vous remonte le moral et qui vous donne l'envie d'avancer! 

Le club de Liège Georges Simenon lance chaque année un concours de nouvelles afin de promouvoir la langue française dans toute la francophonie. 

Le thème de cette année? 

« Jardins divers »

Pas une seul hésitation, l'histoire s'est écrite en quelques soirées, j'avais vraiment enviedesguin de participer. Mon texte s'appelle Funestes jardins. 

Il est sélectionné, youpiiiie et ce matin, le recueil de nouvelles était entre mes mains. Parmi les textes sélectionnés, citons aussi celui de Josette Lambreth, Les rosiers de bonne-maman. 

Les autres textes sont tous très très bien...Laissez-vous tenter et voici les modalités afin de vous faire plaisir ou mieux encore offrir pour les fêtes un si joli jardin...

 

 

(Modalités: verser 15 euros sur le compte 001-6206990-36 du club Richelieu de Liège-Georges Simenon a.s.b.l., 4020 Liège)

*

 

Un avant-goût ???? Voici le début !!!

 

                                                           Funestes jardins

 

Il était vingt-deux heures trente précises, la sonnette de la lourde porte en fer forgé retentit, trois coups secs bien déterminés. Un bon présage pour mener cette affaire tambour battant.

Une vraie pro cette fille, se murmura l’hôte de la volumineuse maison de ville, en pivotant le poignet, histoire de jeter un œil sur sa Rolex toute neuve. Ce grand maigre aux traits exsangues d’humour et de toute autre émotion avait acheté cette merveille de luxure, on est méticuleux ou pas n’est-ce pas, en prévision de l’exactitude demandée par le timing serré de ces dernières vingt-quatre heures. Tout était initialement prémédité, minuté et jusqu’à présent, tout avait fonctionné comme sur des roulettes bien graissées. Ce n’était pas le moment de flancher alors que le dernier round se profilait…

En passant devant le haut miroir aux contours ondulés et agrémentés de feuilles d’or empilées comme les lamelles d’une lasagne mais sans la sauce tomatée, le coquin, un tant soit peu nébuleux quand même, se fixa droit dans les yeux, d’un air de dire « tu vois bien que toi aussi tu es capable de poursuivre la route que tu veux ». Fier de lui, aucun remords, aucun regret. Pas la moindre perle de sueur sur le front, rien. Il se redressa, caressa sa mèche de cheveux grisonnants, réajusta son nœud papillon gris moucheté de virgules vieux rose à la manière d’un chef d’orchestre juste avant de rentrer en scène, et frotta l’une après l’autre les manches de son costume griffé Yves Saint-Laurent, comme pour se dépoussiérer des reliquats de ses gestes précédents et pouvoir, en toute sérénité, continuer ses objectifs. En ligne droite. Une fidélité envers lui-même, en quelque sorte. Et aussi pour regonfler son égo  trop longtemps coincé dans le carcan d’une soi-disant bonne éducation.

Cette fierté qu’il arborait, de décider et d’acter seul toute une gestuelle ! Monsieur s’exprime, enfin !

— Entrez donc, chère demoiselle…

— Sunflower, monsieur, Sunflower…monsieur Jean-Yves… Delbienne… ?

— Jean-Yves de Labiesmelle, pour vous servir, lança-t-il en insistant sur le de, chère mademoiselle, entrez donc ! Que vois-je ? C’est un trolley que vous traînez derrière vous ! Pas de bagage avais-je insisté auprès de votre agent, pas de bagage !

La voix de l’hôte au corps allongé pareil à celui d’un trognon de pomme monta d’un ton comme s’il accusait le trolley de quelque usage maléfique.

— Et bien je m’excuse monsieur Delbienne mais…

— De Labiesmelle, de Labiesmelle, ne l’oubliez plus et puis, que les choses soient claires, on ne s’excuse pas soi-même, continua-t-il sur un ton professoral et aristocratique, mais montez donc l’escalier royal là, juste devant vous…Donnez-moi ce trolley que je le coince quelque part ! Je l’avais pourtant bien ordonné, pas d’ustensile, pas d’ustensile, ajouta-t-il en grimaçant. C’est que, chez les de Labiesmelle, on ne laissait rien au hasard. Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place. Les larmes dans les yeux et le pognon dans le coffre-fort. Aucun débordement n’était autorisé exception faite …et bien tout bien réfléchi, aucune exception n’était à souligner, point. 

 

La suite ??? Dans Jardins divers !!!!

 

Plus d'infos sur le blog de Carine-Laure Desguin http://carinelauredesguin.over-blog.com

 

Spirales urbaines

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