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Gauthier Hiernaux en invité de notre blog avec... Mallaurig

Publié le par christine brunet /aloys

 

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Mallaurig

 

Gauthier Hiernaux signe avec Mallaurig son septième roman, un thriller moite et terrifiant avec des références à des faits divers qui ont marqué l’actualité belge à la fin des années 90 (l’affaire András Pándy et celle du Dépeceur de Mons).

 

Mallaurig, c’est une ville située quelque part aux Etats-Unis, une métropole  étrange puisqu’elle est coupée en deux et dirigée par deux maires qui se détestent. L’ambiance y est lourde, pesante.

Éli Meyer est un journaliste obstiné qui couvre essentiellement l’actualité locale et la frénésie avec laquelle un meurtrier s’amuse à dépecer des femmes dans des lieux sciemment choisis l’interpelle.

Bien sûr, la police a arrêté un suspect, un pauvre original totalement asocial. Sauf que Meyer ne croit pas beaucoup en sa culpabilité, bien trop évidente pour être honnête.

Et plus l’histoire avance, plus il fait chaud, plus les insectes envahissent l’espace, plus les relations entre les individus se tendent, plus le mystère s’épaissit !

Peut-il y avoir une explication rationnelle à tout cela ?

Pas sûr !

 

 

 

Mallaurig, par Gauthier Hiernaux, Cactus Inébranlable éditions, Collection Cactus Noir #2, 16 €, 260 pages, ISBN : 978-2-930659-03-9.

 

Plus d’infos sur le site de l’auteur : www.grandeuretdecadence@wordpress.com

 

 

 

 

Extrait :

 

 

 

Quelque chose m’a tiré d’un profond sommeil.

Un bruit, une voix, un bourdonnement, une lueur trop forte.

Qu’importe.

Je me réveille d’un coup, en sursaut, comme si on avait pressé un interrupteur.

Mon cœur bat la chamade, j’en ressens les effets jusqu’à mes tempes qui pulsent douloureusement. J’ai l’impression que ma tête va imploser et envoyer des éclats de crâne et cervelle un peu partout.

J’essaie de me calmer. J’aspire autant d’air que possible. Je tousse, je crache. Une odeur lourde et métallique m’agresse.  

Au plafond, une ampoule nue oscille de droite à gauche, projetant des flashs de lumière sur les murs. 

Je cligne des yeux. Mes paupières brûlent.

Je lève une main pour essuyer la sueur qui coule et qui m’empêche de me concentrer. Au moment où mes muscles se tendent, je comprends que quelque chose ne va pas.

Ma main est trop pesante. Elle tient un objet lourd et encombrant. Lentement, je ramène à mes yeux ce que je serre dans mon poing.

L’objet est en métal, en forme de « D » et pourvu de petites dents pointues sur son côté le moins arrondi. Une scie. Elle est poisseuse. Sur quoi étais-je en train de travailler ?

Mes yeux se détachent lentement de la mâchoire de l’outil et se fixent sur le paysage immédiat.

L’ampoule se stabilise doucement et éclaire davantage le centre de la pièce. Une table sur laquelle repose l’objet de mon travail.

C’est une femme.

Sa poitrine pointe encore fièrement, malgré les outrages qu’elle a subis.

Elle me lance un regard étonné, comme si elle voyait pour la première fois ses formes généreuses de si près.

Je recule d’un pas, lâche la scie qui rebondit sur le sol dans un fracas épouvantable.

Je me prends les pieds dans les sacs en plastique qui jonchent le sol. Il s’en faut de peu pour que je me fracasse la tête sur le sol.

Je panique.

Je suis à deux doigts de hurler. 

Mais à ce moment-là, mon esprit bascule. 

Je pars avec cette pensée : il est revenu et il a recommencé à tuer.

Publié dans l'invité d'Aloys

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Jean Destree nous propose un nouvel extrait de "Le tilleul du parc"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

IMG 1738

 

L'odeur du café frais vint surprendre Jean-Michel qui s'éveilla. Encore dans le vague du sommeil, il ne s'inquiéta pas de l'heure. Son travail ne commençant qu'en fin de matinée, il avait donc tout le temps pour se préparer. Soudain, il pensa au café. Que se passait-il en bas? Prenant à peine le temps d'enfiler un peignoir, il descendit la volée de marches en trois enjambées, ouvrit brusquement la porte de la cuisine. Lui tournant le dos, l'inconnue était assise à la table à boire du café. Le bruit la fit se retourner. Elle sourit.

 

- Bonjour. Vous avez bien dormi?

 

Jean-Michel, figé, fit un signe de la tête mais ne bougea pas. La femme se leva, prit une tasse dans le buffet et servit le café.

 

- Du lait et du sucre?

- Oui, les deux, s'il vous plaît.

 

Il était comme tétanisé, ne sachant plus très bien s'il était chez lui ou ailleurs. Il réfléchit un instant puis reprit.

 

- Mais qu'est-ce que vous faites ici?

- Je vous ai fait le café. Vous n'êtes pas content? Ça doit faire un bon bout de temps que ce ne vous est pas arrivé. Je me trompe?

- Merci. Au moins cinq ans. Je ne me souviens plus.

- Je vous ai entendu rentrer cette nuit. Il était près d'une heure. Je ne dormais pas. Je n'ai pu trouver le sommeil que lorsque j'ai été certaine que vous étiez bien rentré. C'est drôle?

 

Il était perplexe, presque ennuyé. Cette intrusion dans sa vie le troublait plus qu'il ne l'aurait pensé. Et puis, cette manière gentiment désinvolte de s'imposer à lui l'empêchait de réagir comme il l'aurait souhaité. Il s'assit à table, silencieux, et but son café à petites gorgées. Enfin, il osa regarder la femme installée à sa table en face de lui comme si elle y eût trouvé sa place.

 

- Vous ne dites rien. Il n'est pas bon, mon café?

 

Elle sourit en regardant Jean-Michel droit dans les yeux. Le regard clair le troubla. Il esquissa un sourire mais se reprit bien vite.

 

- Je m'appelle Fabienne. Vous, c'est Jean-Michel. J'ai vu votre nom sur une enveloppe: Jean-Michel Vallier. Ce n'est pas un nom de par ici, ça? Mais c'est un beau nom qui sonne bien. Il me plaît beaucoup.

- Non, ce n'est pas de par ici. Mon arrière-grand-père est venu de Suisse il y a plus d'un siècle, mais je n'ai jamais su pourquoi il avait atterri en Belgique. Tout ce que je sais, c'est qu'il possédait une petite forge dans le fond de la province où l'on exploitait encore le fer vers 1850. Mon père était cheminot, il conduisait une locomotive à vapeur; il est mort de silicose, comme les mineurs d'ici.

 

Il s'arrêta, surpris des confidences qu'il venait de faire. Pourquoi s'était-il allé à dire à cette femme des choses qu'il n'avait jamais racontées qu'à Robert. Il fut presque gêné de s'être laissé prendre au jeu subtil de cette femme sortie il ne savait d'où et qui était parvenue à lui faire dire des choses qu'il tenait secrètes.

 

Fabienne se leva, ramassa les tasses et les déposa sur la tablette de l'évier. Il la regardait s'affairer tandis qu'elle préparait la table pour le déjeuner. Il ne pouvait se faire à l'idée qu'il y avait ce matin-là une femme dans sa maison et surtout qu'elle avait l'air de s'y trouver comme chez elle.

 

- Je vais faire ma toilette, dit-il comme pour s'excuser.

 

- Vous prenez de la confiture? demanda-t-elle. J'en ai trouvé sur l'étagère à l'entrée de la cave.

 

Il ne répondit pas et disparut dans l'escalier. Il ne parvenait pas à cacher son émoi. Une femme. Une belle inconnue qui s'imposait tout naturellement, qui était en train de l'apprivoiser et qui cherchait à mieux le connaître. Pourtant, elle ne lui avait posé aucune question. C'était lui qui s'était laissé aller et cela le gênait. Il faillit se couper en se rasant. Il pesta contre la lame qui coupait mal, contre le savon qui ne moussait pas assez, contre l'eau qu'il trouvait trop chaude puis trop froide. Il acheva sa toilette en redescendit. Sans doute l'avait-elle entendu car il la trouva versant le café bouillant dans des bols à fleurs dont il ne se servait plus depuis longtemps.

 

- Vous avez fait vite, dit-elle. J'ai eu à peine le temps de dresser la table. Venez, tout est prêt. Bon appétit. J'ai faim.

 

Ils se faisaient face et Jean-Michel n'osait pas la regarder. Elle se leva pour servir un autre bol de café, mais il fit non de la tête. Elle parut soudain ennuyée devant le silence obstiné. Son regard s'assombrit et Jean-Michel remarqua qu'elle avait envie de pleurer. Il s'en voulut d'être si bourru et peu courtois et il sourit franchement.

 

- Pardonnez-moi, dit-il, j'ai si peu l'habitude d'être servi. Vous savez, un célibataire n'est pas toujours un personnage fréquentable. Les gens comme moi ont des manies de vieux grigous; ils sont terriblement jaloux de leur indépendance et, lorsqu'ils sont surpris, ils ont besoin d'un certain temps pour reprendre leurs esprits. Ne m'en veuillez pas, si j'ai manqué de tact à votre égard, Fabienne... mais...

 

Il venait inconsciemment de prononcer son prénom. Était-ce vraiment involontaire? Il s'arrêta, confus et se sentit rougir de son audace.

 

- Excusez-moi, Madame. Ne faites pas attention, je n'ai pas voulu vous choquer. Je suis parfois bien distrait.

- Ne vous en faites pas. Ce n'est rien, fit-elle avec un petit sourire. Moi, je vais vous appeler Jean-Michel. C'est beaucoup mieux que "monsieur". Au moins c'est plus simple. D'accord?

 

Il ne répondit pas. Il se leva et, réflexe d'homme habitué à la solitude, il se mit à desservir la table, faisant signe à Fabienne de le laisser faire.

 

- Vieille habitude, dit-il, comme pour se faire pardonner. Il faut bien partager le travail. Vous avez fait le principal, laissez-moi donc l'accessoire. A propos, vous n'avez pas eu trop froid cette nuit? Avec cette humidité, les vieilles maisons sont de véritables nids à bronchites.

- Mais non, ne soyez pas inquiet, je suis habituée. Et puis, c'est un bon lit, même froid, à côté d'une banquette de gare. Si vous me le permettez, je vais faire ma toilette et je m'en irai, car j'ai besoin de savoir.

 

Elle se leva et pour la première fois, Jean-Michel osa la regarder franchement. Elle avait enfilé un de ses pyjamas et le peignoir était un peu grand pour elle. Ses cheveux sombres, défaits lui tombaient sur les épaules. Jean-Michel fut troublé. Elle était réelle-ment belle malgré sa tenue négligée. Décidément, la vie était bizarre. Ce qui lui arrivait était si inattendu qu'il en perdait ses moyens.

 

"Toi, se dit-il, si tu n'y prends pas garde, tu vas te laisser embobiner par cette intruse. Et après? Une fois suffit".

 

Fabienne était sortie. Il l'entendait monter lentement les marches et s'enfermer dans la salle de bain. Il s'installa à son bureau et commença à préparer ses cours. Il ne savait pas par quel bout commencer et, malgré ses efforts, il ne parvenait pas à se concentrer sur son travail. Il se releva et revint dans la cuisine pour se servir une tasse de café. Il était trop énervé pour continuer et puis, tant pis pour les leçons! Ce qu'il était en train de vivre depuis la veille devenait important. Il en était de plus en plus convaincu.

 

Il buvait lentement, fixant les pommiers du jardins. Il entendait le pas de Fabienne là-haut et se l'imaginait mettant de l'ordre dans les chambres. Et si... Mais non. Il ne pouvait pas. Il ne voulait pas. Pour lui, Fabienne, cette femme encore inconnue hier soir, n'était pas une femme comme les autres, comme l'autre, celle qui l'avait quitté parce qu'ils étaient trop différents. Fabienne, c'était comme un rêve qui le troublait en le dérangeant dans ses habitudes.

 

 

Jean Destree

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Publié dans Textes

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le petit chemin et le diable, un conte de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

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LE PETIT CHEMIN ET LE DIABLE

 

Depuis toujours, les Martin et les Dupont sont amis. Depuis l'école maternelle Théo Martin et Lucas Dupont sont inséparables, comme avant eux, leurs pères et leurs grands-pères.

 

Théo et Lucas ont les mêmes passions. Ensemble, ils ont construit une cabane. Ensemble ils s'occupent d'un petit potager. Ils partagent bonbons et chocolats. Ils se consolent de leurs chagrins et soignent leurs écorchures.

 

On voit Lucas ? Théo n'est jamais bien loin.

 

Ils prennent chaque jour le petit chemin pour aller à l'école. On peut les voir observer une chenille, taquiner un âne, siffloter, chantonner, s'arrêter pour cueillir des fleurs qu'ils offrent à leur institutrice car les deux amis ont appris que comme la plupart des femmes, Mademoiselle Catherine apprécie les jolies choses.

 

Il y a un personnage qui n'aime pas les deux amis. Ce personnage, c'est le diable. Il jalouse leur bonne entente. Quand il les voit rire, avancer bras dessus bras dessous, s'entraider à l'école, il voit rouge, le diable. Alors, le diable, il cherche un moyen de troubler leur harmonie. Il cherche et il trouve…

 

Ce jour-là, sur le petit chemin, les deux gamins aperçoivent une voiture modèle réduit en or, oui en or. Ce qu'elle brille ! Ensemble, ils font "oh". Ensemble, ils se baissent pour la ramasser. Et là, la bagarre commence. 

 

"C'est à moi."

 

"J'étais le premier".

 

Bang un coup de pied dans les mollets, bang un coup de cartable sur la tête, bang encore et encore.

 

La voiture passe de Théo à Lucas et perd une roue dans la dispute. 

 

Le petit chemin est triste. Lui, il les aime bien les deux amis. Il se doit de faire quelque chose pour qu'ils se réconcilient. Il réfléchit, réfléchit, tandis que pleuvent les coups de pied et de poing.

 

Finalement, il s'entrouvre un peu et engloutit la voiture qui vient de tomber. Surpris, les deux amis se regardent, ils fouillent le sol. Rien. Lucas et Théo creusent un peu plus. Rien.

 

"Zut et rezut".

 

"C'est mieux ainsi. Faisons comme si cette voiture n'avait jamais existé. Elle ne nous a apporté que de mauvaises choses."

 

Et nos deux amis continuent la route vers l'école.

 

Le diable est fâché. Le petit chemin sourit. Pour lui, rien ne vaut une amitié sincère.

 

Le temps a passé, le petit chemin a été élargi, on en a fait une petite route de campagne. Souvent Lucas et Théo vont y rouler à vélo. Même s'ils ont grandi, ils sont restés les meilleurs amis du monde.

 

Le lendemain du mariage de Lucas et Théo, car nos deux amis se sont mariés le même jour, on commençait de grands travaux. La petite route allait devenir une route nationale.

 

En voyant cela, le diable s'est vraiment mis en colère, mais cela est une autre histoire.

 

 

Micheline Boland

 micheline-ecrit.blogspot.com

 

 

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Publié dans Nouvelle

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Céline Gierts a lu "Les enfants du grand jardin" de Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

 

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Un livre différent, joli format entre le recueil de poésie et le carnet de voyage. Une couverture couleur nature (le grand jardin ?) des têtes à trou ou une guirlande ? Une initiation promise au bonheur par deux fées avec un risque néanmoins annoncé ne plus avoir les idées en place et les mots à l’endroit dans la tête… ça me tente…

 

Je commence la lecture, c’est vrai que ça bouscule le cerveau, ça chahute les attentes. Il faut naviguer dans les tempêtes de mots, de métaphores, accueillir l’inattendu et s’accrocher à la densité poétique impressionnante de cette œuvre!

 

Après « Rue Baraka », Carine-Laure Desguin nous emmène dans un tout autre style d’aventure. Avec « les enfants du grand jardin », nous plongeons dans une atmosphère trèshttp://www.bandbsa.be/contes3/enfantsjardinr.jpg particulière de rêves et de surréalisme qu’il fallait oser nous offrir. On découvre ici un talent de jongleuse de mots remarquable capable de nous faire voyager au dessus du réel avec légèreté et douceur.

A lire dans un demi-sommeil, les conventions en veille, vous partirez sur l’autre rive, celle des rêves enrobés de poésie, de matins de lutin et de soirs de lune.  On a envie de s’allonger dans les carrés d’herbes vertes et d’admirer les guirlandes du grand jardin, de se laisser bercer des chansons de Marianne et Nicole. On décolle de la grisaille, des habitudes  et du raisonnable. La perception de l’univers se modifie ou  s’agrandit…

 

Il ne s’agit pas d’avoir un avis rationnel mais d’oublier les parachutes et de sauter sans doute et question dans un monde original et unique. Un voyage dont on ne peut sortir indifférent qui nous confirme la personnalité audacieuse, affirmée, riche et talentueuse de Carine-Laure Desguin.

 

A oser lire!

 

 

Céline Gierts 

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Publié dans Fiche de lecture

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Présentation de Bruines, de Laurent Dumortier

Publié le par christine brunet /aloys

 

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L'auteur

 

L’auteur, membre de l’Association Royale des Ecrivains Wallons, a déjà publié plusieurs romans, recueils de nouvelles, ainsi que recueils de poésie. Il collabore en outre à diverses revues et forums littéraires. Plusieurs revues littéraires internationales ont en outre publié plusieurs de ses nouvelles...

 

Résumé 

Brumes, brouillards, bruines… La pluie et ses déclinaisons multiples réservent de temps à autre l’une ou l’autre surprise particulièrement désagréable : une maison réputée hantée, un auto-stoppeur qui voit la situation se retourner contre lui, la mort en personne qui dépose ses cartes de visite, ou encore plusieurs mails ô combien attirants… Si la pluie peut se faire entendre, elle peut également se montrer acide… 

 

Un blog : http://gsl.skynetblogs.be/

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Publié dans fiche auteur

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Carl du toit et Le sol à l'envers

Publié le par christine brunet /aloys

 

malades manteaux penché K Cahboum

 

 

Carl du Toit

 

BIOGRAPHIE

 

À l’âge de quatorze ans, en pleine nuit dans le grenier familial, j’écrivais. Puis, précipitamment, j’allais à l’étage du dessous réveiller ma mère : « Maman, maman, lis ce que j’ai écrit. » Le virus était implanté.

À vingt ans, je publiais mon premier recueil de poésie : PEAU AIME.

Dévoreur de  lecture, je suis inscrit à un cours de lecture rapide. À vingt-cinq ans, j’étais professeur de lecture rapide.

Pendant neuf ans, j’ai été chroniqueur de l’Association des devenus sourds et malentendants du Québec. La surdité ne  m’a jamais empêché d’être à l’écoute des mots. J’ai ensuite écrit MALENTENDANTERIES. Les jeux de mots sont chez moi une seconde nature.

LE SOL À L’ENVERS est inspiré d’images glanées sur Internet. Dorénavant, tout ce que j’écris est orné d’images, de peintures. La banque visuelle est mondiale et source d’inspiration gargantuesque. Voilà mon portrait.

_________________________ 


RÉSUMÉ DE LE SOL À L’ENVERS

9782874596209 1 75Ne cherchez pas de fil en aiguille, l’aiguillon est là. Chaque page a son univers, décousu : Tête de pioche incite le lecteur à écrire, Les malades manteaux invitent à la balade des mentaux, Un bassin de fous, ces oiseaux qui planent sur le Rocher Percé en Gaspésie. Trouble mer noire raconte l’histoire d’une dame Alzheimer en croisière. Belles à croquer du XIV’ au XXI’ siècle : vous verrez…

Bref, il n’y a que des brèches dans ce méli-mélo de mots ludiques à faire danser le cerveau.

Plus de deux cent images pour donner vie à ces histoires qui ne sont même pas drôles mais sont farcie d’ironie arrosée de velours.

Publié dans présentations

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Hugues Draye, Le Balcon

Publié le par christine brunet /aloys

 

H.draye

 

 

 Un texte qui sort peut-être de l'oeuf et qui devient déjà chanson ...

 

Y a beaucoup de balcons dans le coin où j'habite et dans les rues que je dessers, en tant que facteur ...


 

LES BALCONS

 

Les balcons, rue des Boers, rue d'Vergnies, rue Tombeur

Balisent et guident mes pas de randonneur

  

Peints en noir, la plupart du temps, ils devinent

Les anxiétés matinales qui me minent

Quand le temps, toujours le temps, bouscule mon temps

Quand les lacets de mes souliers volent au vent

  

Par dizaines, leurs colonnes droites ou ondulantes

Soutiennent ou laissent éclore, en permanence,

Des clés d'sol, des plumes de cygne, des bouts d'épées,

Des ancres de navire, des trèfles renversés

  

Ils partagent, ils reçoivent, aussi souvent que moi,

Les clins d'oeil d'un sapin égaré sur un toit

Ou d'une tenancière de bistro, occupée

A réchauffer son bouillon ou à repasser

  

Les balcons, rue des Boers, rue d'Vergnies, rue Tombeur

Balisent et guident mes pas de randonneur

  

Mieux que moi, ils se protègent et me protègent

Des ombres vivantes derrière leurs persiennes

Qui s'entredéchirent sans doute à cause d'un

Loyer à payer, d'un vol ou d'un lieu commun

  

Si, parf miracle, Doisneau ou Cartier-Bresson,

Visionnaires et photographes de renom,

S'étaient attardés en ces lieux particuliers,

Ils en auraient tiré, bien des instantanés

 

Les balcons, rue des Boers, rue d'Vergnies, rue Tombeur

Balisent et guident mes pas de randonneur

Peints en noir, la plupart du temps, ils devinent

Les anxiétés matinales qui me minent

Quand le temps, toujours le temps, bouscule mon temps

Quand les lacets de mes souliers volent au vent

 

 

Hugues Draye

www.myspace.com/huguesdraye

facteur (1)

 

 

Publié dans Poésie

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Carine-Laure Desguin : "une affaire peut en cacher une autre..."

Publié le par christine brunet /aloys

desguin

 

                                               Une affaire peut en cacher une autre…

 

Avec une queue de renard qui pendouillait sur un long manteau en astrakan, un sac griffé de je-ne –sais-quelle-marque-requine et des chaussures en écailles de peau de croco, la mémé qui se pointait ce matin-là devant moi ne représentait ni le quinze août ni la société de protection des petites bêtes…Déjà que mon horoscope, en ce début d’année, ne prévoyait rien de bien joli pour le poisson ascendant lion que j’étais…

Mon cerveau a commencé à flotter car la brave dame puait la bourgeoisie malsaine, celle qui s’est assise sur la sueur de pauvres gens et qui engouffre maintenant les mains dans l’eau des bénitiers, histoire de rendre plus propre toutes les tuyauteries d’une fausse bonne conscience.

Ses traits remplis d’un fond de teint épais dissimulaient très mal un caractère tordu. Je sais de quoi je parle. J’en ai vu défiler sur cette chaise, des nanas qui m’allongeaient une liasse de billets pour que je passe des soirées à filer leur cher époux…Et, une fois mon enquête entamée, je m’apercevais naïvement que l’époux en question était l’amant de la dame…

Mais la perverse assise devant moi cachait encore quelque chose de plus abject. Dès la première minute, j’ai sniffé du gros calibre…

 Asseyez-vous, je vous en prie, lui dis-je avec mon p’tit côté moqueur… Vous avez un air surpris…Oui, je sais, toute cette paperasserie étalée sur mon bureau…ça effraie les gens bien ordonnés…A moins que ce ne soit la couleur de mes cheveux qui éclairent vos yeux d’une telle perplexité ? continuai-je en bon français…

- Non, ce n’est pas ça, me répond-elle sans hésiter, en me fixant si droit dans les orbites que pour un peu je me serais sentie éclaboussée par toute cette peinture qui maquillait ses vieilles paupières.

Je secouai la tête en haussant les épaules, ce qui voulait dire que vraiment, je ne comprenais pas ce qui la rendait tellement étonnée. En vérité, je le savais. C’est pareil à chaque fois …Déjà que mes cheveux rouge brique jamais trop bien coiffés et le butterfly sur le dos de ma main droite provoquaient de la suffocation chez les honnêtes gens …

- C’est que, voyez-vous, madame…ou mademoiselle, je ne sais pas au juste…Je pensais en lisant le nom inscrit à côté de la fonction détective privé, là sur la plaque à côté du numéro de votre immeuble que…

- Que Sam Paternoster, c’était un type d’une bonne quarantaine d’année, avec un trench couleur taupe et un abdomen épais, genre Robert Mitchum alias Philip Marlowe dans Adieu ma jolie

- Oui, lâcha-t-elle, en se tortillant d’un air énervé en accrochant par mégarde une de ses breloques en diam à la boucle dorée de son sac…

- Et bien désolée mais Sam, c’est le diminutif de Samantha, tout simplement m’dame ! rétorquai-je en m’empressant d’allumer une clope, tout ça pour me donner une contenance devant ce gros sac de nœuds.

Ses yeux globuleux balayaient d’un regard suspect tout l’intérieur de ma cage. Je la suspectais de ne pas aimer l’art urbain : c’est vrai que les tags de toutes les couleurs lancés sur les murs de mon appart par mon pote Tom en ont déjà déboussolé plus d’un…

- Madame Dutilleul, puis-je vous demander ce qui vous amène à recourir au travail d’un détective privé …Ou avez-vous changé d’avis, peut-être ? lui demandai-je sur le ton pressé de celle qui n’a pas que ça à faire car d’autres clients attendent ses services.

En silence, la bourgeoise évalua rapido la situation, en cherchant dans mes petits gestes saccadés  et mon regard de braise …la réponse à ma question.

- Et bien, dit-elle d’une voix toute radoucie, presque mielleuse, il s’agit de mon grand garçon, Edouard Dutilleul…

- Il lui est arrivé quelque chose ? continuai-je sur le même ton …

- Oui et non…C’est que justement, je ne voudrais pas qu’il lui arrivasse des soucis…de nos jours savez-vous …

- Venons-en aux faits, madame Dutilleul, lui dis-je en jetant un œil sur les derniers mails qui venaient de se pointer sur le pc…

 -  Je soupçonne Edouard d’avoir une liaison et …

 -  Il est marié ? lui demandai-je en lui coupant la parole…exprès car je savais que les femmes de son genre détestent être interrompues !

- Edouard, marié ! Vous n’y pensez pas ! Aucune femme ne rentrera chez moi sans mon consentement! Vous entendez, aucune ! C’est moi et personne d’autre qui choisirai la mère de mes futurs petits-enfants ! Ils seront les héritiers d’un patrimoine lourd de plusieurs dizaines de millions ! Je veux évaluer moi-même la prochaine madame Dutilleul !

Je n’en croyais ni mes yeux ni mes oreilles ! On aurait dit que tout d’une fois une mygale venait de piquer le cul de cette bourgeoise prétentieuse ; excusez-moi du pléonasme…

Après avoir soufflé quelques volutes dans les airs, pour décompresser un peu, je pris un raccourci car des situations pareilles, je les comptais par dizaines.

Et donc, je parie que vous soupçonnez Edouard Dutilleul de sortir avec une nana …Et tout ça sans le dire à sa maaaaaman, n’est-ce pas ?

- C’est ça, soupira-t-elle, toute soulagée…en s’empressant d’ajouter que mon prix serait le sien et qu’elle savait me verser les arrhes requis ….

La vieille semblait connaître la musique…Je n’étais sans doute pas son premier détective privé…C’est sûr qu’à chaque fois que le petit Edouard rentrait plus tard ou ne rentrait pas du tout, sa maaaman engageait un quidam pour une filature resserrée.

- Voici des photos de mon Edouard…Regardez, quelle prestance il a dans son Armani ! gémit-elle, ce qui se traduisait par et dire que le pauvre petit se fait bouffer tout cru par une salope que je ne connais pas …Et ceci est une liste des endroits qu’il fréquente…Je vous suggère Le Métropole, place de Brouckère …Le siège administratif de notre société est à deux pas de là, boulevard Anspach et d’ailleurs je…

- Bien, bien, lui dis-je pour la rassurer, tout en prenant bien soin de lui couper la parole une seconde fois, juste pour éprouver son système nerveux au tout grand maximum.

 

Le lendemain, vers midi, bien campée sur la terrasse chauffée du Métropole – nous étions le 15 janvier quand même -, je simulais de glander…Les grooms s’affairaient à accueillir une délégation d’hommes politiques africains, c’était marrant à voir ; un peu comme si l’esclavage s’était trompé de côté ! Mes cheveux rouge brique tout ébouriffés et mon butterfly sur le dos de ma main droite attiraient l’attention des clients huppés de cet hôtel chic de la capitale…Pas discret me dira-t-on pour un privé mais je ne troquerais pour rien au monde mon look punkie contre un deux pièces à la noix qui me donnerait une allure guindée, aux antipodes de ce que je suis.

Je commençais à siroter un whisky coca quand un gars aux allures de dandy, engoncé dans un costume Armani, frôla mon bras droit…

Edouaaaaard Dutilleul ! Je ne pouvais pas me tromper ! Un beau grand type aux lèvres encore pleines de lait maternel ! C’était bien lui ! Seul…

J’attendis quelques minutes et puis, direction water closet…En passant dans la grande salle, que vis-je, juste en- dessous de ces magnifiques ornements art déco, là, dans un coin pas très bien éclairé ?

Edouaaard Dutilleul….bien accolé à un p’tit gars bien propre sur lui, vernis sur les ongles et rimmel sur les cils ! Pour un peu j’oubliais de me rendre aux water closet ! Question petits-enfants de l’empire Dutilleul, c’était mal barré…

Quelques minutes plus tard, j’étais de nouveau sur la terrasse et là, clic clac clic clac, en me tortillant comme un ver de terre, je réussis à prendre quelques photos de nos mignons tourtereaux…Ces deux –là semblaient ne pas s’ennuyer …

-  Dites-moi, ne serait-ce pas ce slameur bien connu… dont j’ai oublié le nom, assis là, à côté du beau garçon au costume Armani, tout au fond de la salle ?

- Oh non répond le garçon bien amusé ! Monsieur Dutilleul est avec son ami, Etienne Belliard, le styliste de la rue Antoine Dansaert !

Voilà comment on tire les vers du nez d’un pauvre garçon de salle …

Et bien, quand madaaaame Dutilleul aura le bec sur ces photos…Son petit garçon caressant la main d’un styliste, ça va grincer …

Brave cœur comme je suis, je convoquai dès le lendemain notre merde- poule

Je jubilais en imaginant la tronche de cette vieille rombière….Et bien là, grave erreur, c’est moi qui fut étonnée…Ses gros doigts asphyxiés par des bagues aux pierres rutilantes prirent les photos froidement. Pas la moindre sueur n’a perlé. Aucun état d’âme. Rien !

La Dutilleul me regarda d’un air de dire j’aurais encore mieux aimé que mon fils se tape une fille comme vous…

Elle allongea une liasse de billets, prit les photos et s’éclipsa comme un courant d’air, comme si une foule de choses à exécuter l’attendaient…Du jamais vu !

Cette nana ne m’inspirait rien de bon. Dès le départ, j’avais sniffé du malsain qui transpirait de ses pores. Mais rien de bien précis, ce jour-là, ne se rappela à ma mémoire.

Mon pressentiment se confirma quelques jours plus tard ….

Dans le journal, mes yeux s’arrêtèrent net sur cet article :

« Le styliste très prometteur de la rue Antoine Dansaert, Etienne Belliard, ne nous fera plus rêver…Le corps poignardé du jeune créateur fut retrouvé hier, dans son atelier de couture, baignant dans une mare de sang … »

Dutilleul, Dutilleul…ce nom me revînt à la mémoire …De l’hémoglobine, un homo….Oui, oui ! Bordel de bordel ! Une affaire vieille de cinq ans, à l’époque, je potassais toutes les affaires criminelles de la capitale…Mais oui, bien sûr !

Un coiffeur de la rue Neuve, retrouvé mort lui aussi …On n’a jamais retrouvé le criminel mais le nom d’Edouard Dutilleul avait été cité dans la presse…

Ce jour-là, je venais de boucler deux affaires à la fois !

Grâce à la perspicacité – excusez-moi du peu - de Sam Paternoster, une jeune privée aux cheveux rouge brique et à l’allure punkie, madame Dutilleul, reine mère d’un empire léger comme un château de cartes, eut tout le temps nécessaire pour astiquer toutes ses breloques, seule, dans une geôle de la capitale…

 

Carine-Laure Desguin

http://carinelauredesguin.over-blog.com

 


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Une autre fiche auteur, celle d'Hayate Naïla pour "De la mer à l'Océan"

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Jean-Claude Texier : un second extrait de L'Elitiste

Publié le par christine brunet /aloys

P1070295

 

 

L’ÉLITISTE

                           Jean-Claude Texier

 

Un extrait de circonstances électorales

 

Roméo de Rivera, proviseur du lycée Edith Cavell dans une banlieue bourgeoise de la région parisienne, staliniste farouche et dirigeant tyrannique, devenu socialiste par opportunisme, est fortement impliqué dans la campagne présidentielle de 2007.

 

Suite...

 

 

 

 

(...) Enfin, profitant d’une accalmie, il posa la question qui lui brûlait les lèvres :

« Dites-moi, Mademoiselle… ? 

— Edwige, et vous ? 

— Roméo. 

— C’est très romantique. Un joli prénom. 

— Merci. J’aimerais connaître votre avis, on parle beaucoup en ce moment du clivage droite gauche et certains trouvent que ces orientations sont dépassées. Pour vous, qui êtes jeune, que signifie être socialiste ? Beaucoup de gens jugent aujourd’hui qu’il n’y a plus de différence entre la gauche et la droite. Qu’en pensez-vous ? 

— Oh si, il y a une grande différence, même si l’on prétend le contraire. »

Elle était soudain devenue très sérieuse, comme si ce sujet lui tenait à cœur. 

Elle réfléchit un instant.

« Le socialisme prend la nation comme un tout, collectivement, commença-t-elle d’un geste charmant évoquant un globe. Il ne fait pas de différences sociales. Être socialiste, c’est croire en l’égalité de tous les hommes, quels que soient leur origine ethnique, leur religion, leur engagement politique, leur niveau social. Pour un socialiste, le mot le plus important, c’est le peuple, celui qui contient toute la sagesse accumulée par les générations. L’idéal socialiste, c’est le bonheur de tous, du plus humble au plus élevé, et comme il repose sur l’égalité, il implique le partage des richesses, leur redistribution équitable sur l’ensemble de la nation. Il y a tout cela dans le programme de Ségolène. Sa démocratie participative va puiser aux sources populaires du pays pour s’en inspirer. Elle s’intéresse aux exclus, aux handicapés, à l’égalité salariale de l’homme et de la femme, à la promotion sociale de la femme, à l’insertion des jeunes dans la société, à la lutte contre le racisme et la discrimination. Dans l’État socialiste, tous les hommes sont égaux, donc solidaires, et l’intérêt général l’emporte sur les profits privés. L’économie de marché doit être contrôlée par l’État pour assurer la justice sociale.   

Il y a aussi l’idée que l’homme peut échouer, que l’échec n’est pas une damnation. On aide le perdant à se relever. La pauvreté est une conséquence de l’inégalité, du gaspillage, de l’appropriation des richesses par quelques-uns, des abus de pouvoir, de l’injustice. Davantage de justice sociale doit amener les plus démunis à sortir de la pauvreté. C’est l’ordre juste de Ségolène : faire en sorte que chacun ait de quoi vivre                      décemment. »

Roméo l’approuva.

« Et maintenant, être de droite, qu’est-ce que c’est, selon vous ? »

Elle se concentra un instant.

« La droite voit la société sous l’angle de l’individu. Elle prêche des valeurs que ne renie pas nécessairement la gauche, mais leur donne une importance primordiale : le travail, l’ambition, la famille, la patrie. Économiquement, elle prêche le libéralisme, qui laisse jouer la concurrence commerciale, et la compétition des individus, qui doit faire réussir les meilleurs. Il y a donc dans l’idéologie de droite un culte de l’élite… »

Roméo tiqua malgré lui à ce mot.

Elle n’y prit garde et s’enflamma, le verbe haut.

« ... avec pour corollaire un mépris de l’exclu, de celui qui échoue, qui se révolte, du délinquant des banlieues assimilé à une racaille, une tendance à l’autoritarisme, une glorification de l’ordre brutalement instauré, de la répression de la criminalité par l’augmentation des peines, un darwinisme social qui prétend que dans la lutte pour survivre, c’est le plus apte qui gagne, tandis que les moins aptes sont naturellement éliminés. C’est comme l’opinion de Sarkozy sur les pédophiles victimes de leur héritage génétique. Ce sont d’incurables ratés de la nature. On n’y peut rien. L’échec est donc la sanction d’une incapacité, et la réussite la récompense du labeur et de la valeur de l’individu.

Donc, la droite défend l’entrepreneur, moteur de l’économie. C’est l’entreprise qui crée les richesses, et c’est par sa croissance qu’un pays progresse économiquement en fournissant emplois et pouvoir d’achat pour tous. Elle croit au mérite individuel, voit dans l’argent une récompense du travail et des talents, et non une injustice. Le train de vie de Vincent Bolloré, 451e fortune du monde, est un scandale pour la gauche, un exemple de l’appropriation des richesses par les privilégiés. Mais selon la droite, Vincent Bolloré est un exemple de compétence, de valeur, de travail, d’efficacité et de prise de risques, dont la réussite contribue au rayonnement économique d’un pays.

Pour la droite, les 35 heures sont une aberration, car le travail n’est pas un gâteau que l’on découpe en parts équitables pour chacun. Selon Sarkozy, elles coûtent sept milliards par an au pays, sans parler des secteurs où elles sont inapplicables, comme les hôpitaux. Le plein emploi est l’œuvre des entrepreneurs qui font tourner la machine économique à plein régime, et dont il faut faciliter les projets. En particulier ne pas les faire fuir à l’étranger par un impôt sur la fortune trop élevé. 

— Bravo pour cette analyse, apprécia Roméo. Mais le clivage gauche droite, est-il si tranché que cela ? 

— Oh, pas toujours. Ainsi, quand Ségolène veut réconcilier les Français avec l’entreprise, quand elle prétend aider les entreprises innovantes qui réussissent, elle préconise une politique de droite. Car où trouver de l’argent ailleurs que dans l’économie ? Prendre l’argent des riches est une hérésie. 

— Vous êtes donc de droite, puisque vous prêchez le libéralisme économique » fit-il d’un air taquin.

Elle sourit en balançant la tête.    

« Ni de droite, ni absolument de gauche, puisque je ne suis pas encore décidée à prendre ma carte du PS. Il y a plus d’égoïsme, de dureté, d’exigence à droite, mais aussi parfois plus de pragmatisme ; il y a plus de générosité, de tolérance, d’ouverture et d’humanité à gauche, en particulier en matière d’immigration et d’environnement, avec parfois un manque de réalisme. Mais je crois que cette division droite gauche n’est pas une vision saine des choses, qu’il faut se situer au-dessus, c’est pourquoi je penche vers Ségolène qui n’a pas une position                      antipatronale comme la gauche traditionnelle. Je partage son idéal d’une réconciliation des Français avec l’entreprise. 

— Qu’est-ce que vous entendez par réconciliation avec l’entreprise ? 

— Je veux dire, un individu peut très bien avoir de l’ambition, s’améliorer pour devenir excellent dans son travail, et un autre être un patron équitable payant convenablement son employé pour le travail qu’il fournit. Être patron implique une capacité à diriger, à assumer des responsabilités, mais aussi un sens de l’équité et de la justice dans le paiement de ses employés. Il ne peut verser le même salaire à tous, car certains sont plus qualifiés que d’autres. Mais il s’interdit d’exploiter quelqu’un parce qu’il est faible ou peu qualifié, ou de discriminer lors de l’embauche selon des critères raciaux, politiques, religieux ou autres, ou encore de pratiquer le harcèlement moral pour se débarrasser de quelqu’un sans lui payer des indemnités de licenciement, ou le harcèlement sexuel qui prend l’autre comme objet, ou toute autre forme de domination dégradante. Il ne manipule pas ses employés pour obtenir d’eux plus qu’ils ne peuvent donner, il respecte leurs horaires de travail, tient compte de leurs revendications, maintient le dialogue avec eux, et les rémunèrent décemment, chacun selon son mérite. Cette vision n’est pas chimérique, elle fait rejoindre la droite et la gauche dans la même communauté d’intérêts. »

Roméo était devenu blême. Il fixait la jeune étudiante comme un serpent, figé dans un moment de fascination où le reptile brise la volonté de sa victime, et avant de la détruire, la réduit à l’impuissance, en fait une chose molle, malléable, soumise, comme un subalterne. Mais indifférente à son masque glacé, elle lui offrait son regard clair, accompagné d’un demi-sourire, cherchant à deviner ses pensées, et, ravie de son effet, attendait patiemment une approbation. Comme le silence s’éternisait, une gêne sourde apparut dans ses yeux, une vague inquiétude de lui avoir déplu. Alors, conciliante, elle lui demanda doucement, comme à un enfant boudeur :

« Vous n’êtes pas vexé au moins ? »

Il parut sortir d’un monde intérieur et reprendre conscience du lieu et de l’heure.

« Non, dit-il faiblement, j’étais seulement… stupéfait de vous entendre parler… comme Ségolène. » 

Elle éclata de rire, d’un rire cristallin qui le réjouit. Autour d’eux, les clients se levaient et se dirigeaient vers le siège du parti où s’annonçait l’imminence des résultats. Ils suivirent la cohue et allèrent sur le trottoir opposé, devant l’immense écran, parmi la foule qui ponctuait les images d’applaudissements, de sifflements ou de huées selon le bord politique des personnages. Les vagues de drapeaux blanc et rouge du Mouvement des jeunes socialistes s’agitèrent lorsque commença le compte à rebours, vers les 2O heures fatidiques. Il cria avec eux, joignit sa voix tonnante à l’ample clameur de la jeunesse :

« six, cinq, quatre… »

Des balcons et des chambres sous les toits, où les vitres renvoyaient les derniers éclats du soleil en cette douce soirée printanière, des journalistes filmaient l’évènement.

Il retint son souffle.

 

Copyrights Editions Chloé des Lys 2012

 Jean-Claude Texier

 

elitiste

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