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A la Une... Salons du livre pour Chloé des lys, un article signé Bob Boutique !

Publié le par christine brunet /aloys

bobclinLe Salon des auteurs et éditeurs de la région montoise, au Musée Emile Verhaeren de Roisin a littéralement cartonné ! (dimanche 16 octobre)

 

La petite vraie histoire d’un salon du livre qui n’a pas fini de faire parler de lui…

 

OK, on commence par le commencement. Une visite privée dans ce véritable bijou qu’ est le musée Emile Verhaeren de Roisin, un site arboré, situé à l’écart du village,  entre des champs de labours, au fond d’une vallée que traverse une rivière argentée, la Honnelle. Ca se trouve à dix minutes de voiture de la gzand ville, Mons et on  se croirait au milieu des Ardennes.

 

« Emile Verhaeren était venu ici pour rendre visite à l’épouse de son grand amimuseeroisin.jpg Georges Rodenbach qui venait de décéder et dont la veuve avait choisi de se retirer dans sa région natale… il trouva l’endroit si beau qu’il y revint en vacances pendant quinze ans, jusqu'à début de la grande guerre en 1914… et trouva à se loger dans cette ferme auberge où nous nous trouvons maintenant… »

 

C’est René Legrand,  le Président du Musée, qui raconte, avec une faconde envoutante. Il connaît tout d’ Emile Verhaeren, y compris la pointure des chaussures. Un personnage !

 

renepoussin.jpg« Verhaeren a écrit un grand nombre de ses œuvres à cet endroit et les paysans du pays ( les très très vieux…) se souviennent d’une sorte d’ huberlulu qui se promenait en parlant tout seul,  le long de la Honnelle, sur le sentier du Caillou qui Bique. Même qu’on l’appelait « le sot… si vous voulez, je vous emmène… »

 

La question ? Le soleil est au zénith et la campagne environnante emplie des senteurs de l’été.

Et nous voila René, Poussin et moi partis sous les ombrages en devisant… Le muséesalon2.jpg n’existe que depuis une bonne année explique le Président, car il a fallu convaincre pas mal de gens pour obtenir la restauration de l’ancienne auberge, mais ça commence à se savoir… et de temps à autre deux ou trois touristes égarés se perdent dans le coin, tout heureux d’y trouver ce petit bijou.

 

Et ces stèles de pierres usées» qui jalonnnent la ballade demandons-nous à notre guide ? Il  y en a une trentaine qui balisent la promenade (4 kms) elles datent des années 50. On y avait gravé des strophes du grand poète , mais il faudrait les rafistoler car certaines inscriptions commencent à s’effacer…

 

On longe une ferme devant laquelle trône un tas de fumier, un chien égaré traverse le chemin, la cloche d’une chapelle sonne au loin…

 

Et si ?

 

Et si on organisait dans ce site superbe,  le prochain salon des auteurs et éditeurs de laverhaerenmarie.jpg région montoise ? René Legrand nous regarde abasourdi…

 

Mais oui, réfléchissez… ce salon littéraire qui se tenait depuis plus de dix ans dans la salle Saint-Georges sur la Grand-Place n’aura plus lieu. Ainsi en ont décidé les responsables, au grand dam des écrivains de la région…

 

Pourquoi ne pas le réinventer ici-même. Tout y est, le nom d’ Emile Verhaeren, le musée, les salles  de cours du service provincial de la jeunesse tout nouvellement aménagées à deux pas du musée, un vaste parking, la campagne…  le tout à quinze kms de Mons ?

 

afficheroisin.jpgLe reste coule de source… avec des gens motivés comme René Legrand, Muriel Vigneron, Manu Paz, Thierry Ries etc…  les choses ne traînent pas.

 

Ils ont trouvé une date ( le dimanche 16 octobre), ameuté leurs amis et connaissances, envoyé des mails, secoué facebook… et le miracle s’est accompli. Ils sont venus… les (petits) éditeurs de la région, les auteurs, les amoureux de littérature et de livres,  enchantés d’apprendre qu’on ne les laissait pas tomber et que ça allait continuer…

 

Car Roisin, c’est décidé, va remettre ça en 2012 … en attendant mieux.

 

Voilà, c’était aussi simple que ça. Le tout était d’y croire.

 

Bob BOUTIQUE

www.bandbsa.be/contes.htm

 

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actutvcarre

 

 

EMISSION ACTU TV LE 23 OCTOBRE A PARTIR DE 20H surla page ACTU MAG,

 www.bandbsa.be/contes.htm.

 

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http://www.lesamisdetournai.be/photo/art/imagette_16_9/3343312-4799795.jpg?v=1318325949Puisque nous y sommes, je vous rappelle le Salon de TOURNAI, Halle aux Draps, Grand place... TOURNAI LA PAGE les 12 et 13 novembre.

 

Une semaine plus tard, le Salon des auteurs et Editeurs belges àuccle.jpg UCCLE, Bruxelles, au Centre Culturel... Ce sera les 18, 19 et 20 novembre !

 

 

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Lunessences : "Ma passion ne me rapportera jamais rien matériellement, mais elle m'enrichit tous les jours."

Publié le par christine brunet /aloys

visage-lunessences.jpgIl est des interviews qui sont plus compliqués à mener que d'autres... celui-ci en est un. Pourquoi ? Parce que Lunessences est du genre hyper dynamique et multifacettes. Poète, photographe, créatrice de photomontages originaux, novelliste, et bientôt romancière... Sa passion est partout et donc difficile à cerner... au début... Mais vous allez pouvoir le constater, l'univers créatif de lunessences, certes éclectique, est surtout très homogène... Un paradoxe ? Jugez-en plutôt... 

Tu es une artiste auteur : comment te définirais-tu ? plus artiste? plus écrivain, plus poète ?
Première question difficile pour répondre, mais ni une chose ni une autre, je suis une femme qui essaie de traduire comme elle peut donc avec des outils différents tout ce quiIMGP2854.JPG lui passe par le coeur. La poésie est une arme à double tranchant elle est faite de mots qui en disent bien plus qu'on ne le voudrait parfois, mais c'est aussi le plus sûr moyen de toucher l'humanité de chaque être.
L'écriture, c'est très difficile alors j'écris très peu de nouvelles, j'essaie pour l'instant de mettre en forme un essai, une réflexion sur l'amour et le sentiment d'attachement.
Artiste je ne sais pas, par la photo, je veux capter éternellement l'instant...
  

Depuis quand écris-tu et pourquoi ? Un déclencheur ? Mêmes questions pour la photo.
Décembre 1999 exactement, puis 2000 a été une année qui a tout déclenché, c'est la meilleure façon que j'ai trouvé pour dire à l'homme combien la femme peut aimer, combien sa sensibilité est grande. Je voulais que l'homme sache que l'Amour d'après la femme est un don de soi et que la douleur d'aimer existe même si le couple est heureux. Le déclencheur fut l'impossibilité de croire et d'être prise au sérieux dans ma relation amoureuse. Le deuxième déclencheur a été mes enfants, je voulais leurs laisser quelque chose par peur qu'ils m'oublient. C'est bête hein !! Mais c'est comme ça !
La photo c'est autre chose, quand je regarde un paysage une personne j'ai envie de faire partager la beauté que je vois, beauté qui peut parfois être différente selon la vision et les filtres (critères d'éducation, de culture, d'environnement) que l'individu utilise pour voir. Quelquefois, je réussis à montrer la beauté telle que je la vois...

Penses-tu qu'il existe une interactivité entre ces deux processus créatifs ? ou bien dualité ?
emotionsessence.jpgPour moi c'est complémentaire, mais toujours dans ce que je veux transmettre. Quand je n'arrive pas à montrer en photo, je le dis en mot.
Exemple, j'ai vu un arbre l'autre jour tout nu, normal en hiver, mais pour moi il sortait du lot, on aurait dit qu'il avait froid, alors je l'ai écrit, un autre avait l'air d'avoir eu la peur de sa vie, il me le montrait par son tronc et ses branches s'enfuyant vers le ciel de façon très régulière, et il y a une grande folle de saule pleureur, qui parfois ne se peigne pas le matin, c'est rigolo, mais des choses comme ça parfois ne peuvent pas se montrer mais se dire, c'est pourquoi pour moi photo et écriture sont complémentaires.

Donne-moi ta définition de l'art... et ta définition de l'écriture.
Je n'en ai pas ou je pense déjà l'avoir exprimé dans les réponses précédentes. Honnêtement je n'ai pas de définition, sauf une, peut-être, l'art est une façon autiste d'exprimer le trop plein de sentiment humain.

Tes créations sont éclectiques: photos, photo-montage, poésies, nouvelles... est-ce que chacune de ces "catégories" correspond à une émotion particulière ? pourquoi le photo-montage ?
 
Le photo-montage pour permettre à mes yeux de regarder ce que j'aime. Il existe tellement de belles choses autour de nous que les réunir sur une même photo me ravie l'esprit. Exemple, j'aime l'océan et ses couleurs au lever du jour, mais j'aime aussi les cités médiévales, et je ne connais aucun endroit réunissant les deux , pas de château sur laemotions2.jpg plage, alors je l'ai crée!
Mais c'est aussi pour faire vivre mes rêves d'enfant, les fées, les dragons, le bien le mal, tout est réunis en un seul cliché. J'ai aussi besoin de montrer des contrastes, actuellement je travaille sur une photo de rue à New-york avec des ordures répandus c'est un cliché fort de la négligence humaine, de son irresponsabilité, je vais donc la transposer sur une beauté naturelle ! Effet choc que j'espère donner pour frapper fort dans la connerie des gens, leur insolence, etc... Beaucoup de colère dans mon coeur par rapport à ça ! Pourtant je ne suis pas une engagée écolo !
Et pour te répondre,  toutes les émotions passent par tout ce que je fais, la colère contre ceux qui manient la langue de bois, l'hypocrisie, la méchanceté, la pédanterie, sont très difficiles alors pour traduire ça j'écris.
Je ne suis peut-être pas tendre, et surtout pas obséquieuse, les courbettes, les flatteries ne sont pas dans mon humanité, mais j'essaie d'être moi.

Fleur d'huitreTu es une artiste passionnée: c'est ce qui ressort de tes premières réponses. L'écriture est un genre qui demande beaucoup de travail et de relectures : ces relectures ne tuent-elles pas la passion ?

La relecture m'agace parfois, mais elle ne tue en rien ma passion au contraire, je veux exprimer le mieux possible, au plus près de ce que je veux faire ressentir alors parfois les mots me semblent faibles et pour cela je dois ajouter de la couleur de la force, c'est pour cette raison que la relecture est nécessaire, pour cette raison aussi que cela m'agace, j'aimerai tellement être parfaite la première fois

D'où une autre question : comment écris-tu ? beaucoup de ratures, de travail sur ton écriture ? Du premier jet ?

Du premier jet parfois, mais c'est très rare, c'est un peu comme faire une pâte à crêpe parfois elle est trop lourde et il faut rajouter un peu d'eau.
Mes écrits sont des plats de pâtes à crêpes qui ne sont jamais parfaites, mais tout de même pas si mauvaises que ça !


Tu es en train de travailler sur un roman: il s'agit d'un travail de longue haleine : n'est-ce pas opposé à l'approche de la photo (vision immédiate, tangible), opposé également à faire perdurer une passion ?

Qui a dit qu'une passion était obligatoirement éphémère? J'ai une grande passion que je nourris tous les jours et cela depuis plus de 30 ans, et une autre depuis 5 ans qui se nourrit toute seule au fil des jours qui passent.
Écrire un roman est extrêmement dur pour moi non pas à cause du temps que cela peut prendre, mais tout simplement parce que les idées sont trop nombreuses et les mettre en place est un véritable travail de titan


J'aimerais que tu me parles de ton rapport aux lecteurs (crées-tu pour eux ou pour toi avant tout). Est-ce que ce rapport est le même avec les fans de photos et photomontages que tu crées ?

Tous les "artistes" sont des gens égoïstes avant tout, ils créent pour eux, mais garder leurs créations au secret rimerait à rien, alors que l'on soit auteur, peintre, photographe nous créons tous pour nous d'abord, pour les autres ensuite. Mais ceux qui vivent de leurs arts sont des "hommes d'affaires" qui se sont donnés l'opportunité de vivre avec leur temps et de répondre  à la demande pour pouvoir un jour ne créer que pour eux .

Voilà, c'est tout sauf que j'aimerais te laisser le mot de la fin... Ta vie et ton/tes passions artistiques...

IMGP3018.JPGMa passion ne me rapportera jamais rien matériellement, mais elle m'enrichit tous les jours. Chaque instant qui passe même lorsque je répond à ces questions, j'apprends à connaître de plus en plus l'humain, car l'humain est ma passion. Ses défauts, ses qualités, le pourquoi des émotions qui l'assaillent et le tenaillent.
Ces sentiments qui le font réagir. Voilà ma passion...
J'ai intitulé mes deux recueils "Émotions essences de vie" car c'est l'émotion, le sentiment qui rend vivant, si un jour l'humain arrive à vivre sans émotion, il ne sera plus ma passion.
Pour retrouver Lunessences sur son blog lunessences.unblog.fr et sur son site http://www.conjugaisonsdarts.fr/... Soyez curieux !

Christine Brunet

www.christine-brunet.com
www.aloys.me
www.passion-creatrice.com

Publié dans interview

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Martine Dillies-Snaet a lu Rue Baraka de Carine-Laure DESGUIN

Publié le par christine brunet /aloys

MARTINEJ’ai lu « Rue Baraka » de Carine-Laure Desquin

 

 

 

            Avant de commencer la lecture de son ouvrage, je me demandais quelles surprises me réservait ce diable d’auteur  avec qui  j’ai partagé une  pizza des  plus infectes !


            Infirmière de profession, Carine-Laure DESGUIN  passe sa vie en réserve, en retrait, « en écoute » des autres et, a contrario, ce diable d’auteur libère un punch du tonnerre quand elle laisse ses mains pianoter le silence. Derrière son clavier, elle exulte, trouve le mot, sa famille et la technique pour les propulser au sommet d’un ouragan qui emporte. Elle ratisse large et tout le monde la  suit dans son trop-plein de vie délirant.

Pourtant, si vous la rencontrez, elle vous installe dans le silence et la quiétude dont elle s’est fait des alliés.

 

            Celui qui a aimé « Le  fabuleux destin d’Amélie Poulain » de Jean-Pierre Jeunet  et « Truman Show » de Peter Weir adoreront son récit. Le verbe est juste. L’écriture  impeccable  sent bon la gaieté,  les couleursimage-1 et l’optimisme. Si vous êtes stressés et avez le teint grisâtre, vous vous accrocherez peu à peu  à cette rencontre. Avec un air de ne toucher à rien, si ce n’est par ce savoir-faire, Carine-Laure DESGUIN vous forcera à ouvrir les yeux et vous entraînera dans la rue Baraka colorée qui est en chacun d’entre nous.

Et le cheminement sera bon.

 

            Les descriptions sont superbes. Mille touches de senteur,  de couleur qui,… paf/paf/paf/ sont claquées  sur la toile à un  rythme de claquettes. Même la palette du peintre fait partie inhérente du jeu : l’auteur n’est pas étranger à son histoire, le lecteur l’y sent partout.

 

            « Autour d’eux, les gens se parlent, s’occupent, achètent le journal, le pain, le kilo d’oranges ». Si je ne devais retenir qu’une seule phrase de ce livre, ce serait celle-là. Rien à voir avec l’histoire, avec la philosophie du récit, mais pour moi, elle est un morceau de musique à part entière. Rien que pour ces mots-là, pour avoir trouvé cet assemblage,  Madame Carine-Laure DESGUIN, merci.

 

            Alors, en un mot, si vous avez aimé « Amélie Poulain », vous aimerez «  Rue Baraka ».

 

 

Martine Dillies-Snaet

http://users.skynet.be/TheDillies/

Publié dans Fiche de lecture

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Sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle, un texte de Louis Delville.

Publié le par christine brunet /aloys

 

delvilletete

 

CHANGEMENT DE DÉCOR

Choisissez une image de personnage et une image de lieu et imaginez ce que fait cette personne à cet endroit précis (plus il y a de contradiction entre les deux images, mieux c'est)…

J'ai choisi une photo d'une jeune femme se baignant en bikini dans la mer.

J'ai choisi une photo de coquille Saint-Jacques.


Sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle

 

Qu'allait-elle y faire sur cette route ? Partant de Namur, Jacqueline a suivi les coquilles dorées placées en rue et très vite, les bords de Meuse se sont révélés bien agréables. Le pâle soleil belge lui donnait des ailes et les kilomètres succédaient aux kilomètres. La France était en vue.

 

Les pèlerins qu'elles rencontraient se plaisaient à lui raconter leurs exploits passés mais aussi futurs. La traversée des grandes plaines semblait lui convenir. Elle parcourait en un jour ce que d'autres faisaient en deux ou trois étapes.

 

Un entraînement d'enfer ! Depuis deux ans, elle marchait de plus en plus. Elle en était arrivée à dégoûter tous les compagnons qui voulaient aussi la défier !

 

En moins de trois semaines, Jacqueline était en Espagne !

 

Chaque soir à l'étape elle téléphonait à son ami François, resté en Belgique. Elle lui décrivait les chemins emprunté, les villages traversés et lui, à l'autre bout du fil, prenait consciencieusement note de son récit et le retranscrivait sur son ordinateur.

 

Le dernier soir, elle ne téléphona pas et il commença à s'inquiéter. Peut-être une panne de téléphone, se dit-il pour se rassurer… Le lendemain, toujours rien ce qui commença à inquiéter François.

 

Où était Jacqueline ? La police avertie, on commença les recherches. Pourtant le chemin qu'elle avait dû emprunter était facile et sûr. Quelques témoins l'avaient vue approchant de la basilique. Elle s'était évaporée en quelques minutes.

 

François décida de se rendre sur place en avion et en dépit de ses efforts, il revint en Belgique complètement désespéré par cette disparition.

 

Pendant ce temps-là, au Couvent des Dominicaines Cloîtrées de Saint-Jacques de Compostelle, on préparait l'intronisation de la nouvelle mère supérieure Sœur Jacqueline, venue de Belgique.

 

Louis Delville

http://louis-quenpensez-vous.blogspot.com/

 

http://www.bandbsa.be/contes2/noelouis.jpg

 

Publié dans Textes

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L'homme du tramway, une nouvelle de Christine Brunet

Publié le par christine brunet /aloys

 

Photo Christine Brunet

 

L'homme du tramway...

 

 

 

 

     Il fait une chaleur torride en ce mois d’août à Moscou. Le centre ville est loin, à plusieurs kilomètres à l’Est. C’est la banlieue faite de barres grises et jaunes surpeuplées et parfaitement alignées, de rues tirées au cordeau surlignées de véhicules increvables.

 

     Un arrêt de tram au bord d’une voie ferrée sur Baumanskaya. Pas de quai. Un abri en ferraille, des herbes sèches entre les traverses et entre les deux voies. C’est midi et une foule besogneuse s’agglutine contre le rail brûlant qui s’étire tout droit de part et d’autre de la station. Personne ne parle.

 

     Tout au bout, en limite de vision, la silhouette rouge et blanche montre le bout de son nez. Un murmure se répand comme une traînée de poudre. Les gens s’agitent, se préparent à escalader la marche un peu haute pour s’entasser dans la boîte de sardine surchauffée.

 

     Le bruit métallique augmente. Le mouvement de foule s’intensifie. Parmi eux, un homme aux cheveux bruns un peu longs joue des coudes et s’attire les foudres des babouchkas bousculées. Il serre contre son tee-shirt noir aux couleurs des Rolling Stones un cabas en plastique bleu et blanc. Il pousse et s’active pour atteindre le premier rang. Derrière, un autre profite de l’opportunité dans son sillage.

 

     Là-bas, à trois cents mètres à peine, la machine s’est arrêtée à Aptekarski… Une petite minute et les portes se referment. C’est leur tour.

 

     Cent mètres, soixante, cinquante… Les freins serrent dans le vacarme crissant habituel. Un hurlement puis un second. La foule s’écarte soudain, rejetée en arrière par une force terrifiée. Le conducteur passe la tête hors de sa cabine, fronce les sourcils, se penche puis fait sonner deux fois la cloche de son avertisseur et met en panne. Il débloque sa porte, hurle pour se frayer un passage parmi les passagers apathiques, saute à terre et suit des yeux les doigts qui lui désignent l’impensable : sous les roues de son tram, un bras ensanglanté. Du sang sur la carrosserie. Il s’agenouille et distingue, dessous, un corps ou plutôt, ce qu’il en reste.

 

     Un juron bien senti et il se tourne vers les visages anonymes soudain moins nombreux, sort son portable et appelle la police. Que faire d’autre ? Il repousse les trop curieux et cherche à comprendre :

-  C’était qui, ce mec ? Quelqu’un le connaît ?

 

Un brouhaha mais aucune réponse distincte.

-  Quelqu’un a vu ce qui s’est passé ? reprend-il en évitant de penser au carnage.

-  Moi ! J’ai tout vu ! hurle un bonhomme maigre au visage mangé par une barbe grise de plusieurs jours. On l’a poussé !

-  Vous êtes sûr ? C’est pas un suicide ?

-  C’est vrai, il a raison ! s’exclame une vieille. J’ai bien vu la main ! Il voulait passer devant… Un pressé, comme qui dirait ! Quelqu’un l’a poussé juste devant la machine !

 

     Déjà les sirènes de la police du district. Ils ont fait vite, cette fois. Deux voitures bleues et blanches siglées de blanc se garent derrière l’attroupement. Les portières claquent. On s’écarte sur le passage agacé de deux policiers en civil et deux autres en uniforme gris. Les commentaires se taisent. On retient son souffle en cherchant à en savoir plus.

-  Alors ? demande un grand gaillard blond en jeans et baskets. C’est toi, le conducteur ?

 

Il tutoie toujours… Une manie prise au contact de son instructeur, souvent payante.

-  Oui… Mais j’ai rien vu, rien entendu… Vous pensez, au freinage, on n’entend que dalle !

-   Tu le connais ?

-  Jamais vu… mais je m’occupe pas des passagers, juste de la conduite ! Mais eux ont tout vu ! affirme-t-il en désignant la vieille et le grand maigre.

-  On vous écoute ! lâche le policier en s’approchant des deux témoins tandis que sa collègue, une brune aux cheveux tressés, passe des gants de latex en se penchant sur le bras arraché.

-  Il voulait passer devant tout le monde. Il poussait… Il était devant moi quand la machine a freiné. Une main est sortie de la foule et l’a poussé sous les roues !

-  Tu es sûr ?

-  Certain ! Je suis prêt à le jurer !

-  Et tu t’appelles ?

-  Iouri Ourlakov… A la retraite… J’habite dans la barre G 103…

-  Moi aussi, j’ai vu la main ! s’exclame la vieille en jouant des coudes pour se montrer. Moi, je suis Elena Maliekovska… J’habite avec ma fille Block B 98.

-  Et cette main ? Elle était à qui, vous le savez ?

-  Une femme, oui ! Une petite grosse avec une blouse.

-  Elle a raison ! confirme l’autre témoin d’une voix excitée.

 

     Un coup d’œil à la foule puis un ordre muet aux deux policiers en uniforme pour retrouver la suspecte et il reprend pour la cantonade:

-  Est-ce que l’un de vous connaît la victime ?

 

     Des signes négatifs, des regards fuyants… Du coup, il se tourne vers sa collègue déjà à plat ventre sous le wagon tracteur.

-  Eh, Macha ! Tu as quelque chose ?

-  Il est dans un sale état ! Il a dû tomber de travers sur les rails… Une jambe est coupée au niveau du genou, l’autre de la cuisse… Le rebord tranchant de la carrosserie a coupé la tête… C’est con, je ne la retrouve pas ! Va voir de l’autre côté !

 

     Il se relève, contourne la cabine et jette un œil sur l’intervalle mal entretenu entre les deux voies. Rien. Il s’accroupit à nouveau, repère son équipière et grimace :

-  Non, j’ai rien de ce côté !

 

     Une autre sirène, celle d’une ambulance. Et dire qu’il a demandé l’aide du service de recherche de l’université déjà sollicité sur deux affaires similaires… 

-  Capitaine ! On a la meurtrière ! lance la voix de l’un des policiers en uniforme.

 

          Bonne nouvelle… Il s’empresse de le rejoindre et dévisage une femme sans signe distinctif à part son opulente poitrine sur laquelle elle serre un vieux sac noir comme s’il s’agissait de sa dernière bouée de sauvetage. Une blouse de nylon, des jambes couvertes de varices, des mains de femme de ménage… Il fait ces observations en un clin d’œil, habitué à jauger très vite témoins et suspects.

-  Tu es qui ? lui demande-t-il d’une voix brusque qui mène bien souvent aux aveux.

 

          Pas de réponse. Le visage figé, les yeux rivés sur ses chaussures, les doigts crispés sur le vieux cuir, elle ne bronche pas. Un simple signe du menton et l’officier, qui la tient au collet, lui arrache son sac, le fouille et tend la carte d’identité à son supérieur.

-  Tatiana Mulchikova… Block B 95… Tu fais quoi comme métier ?

 

          Pas de réponse. Elle se mure dans le silence. Du coup, il s’accroupit et s’adresse à sa collègue toujours en quête d’indices sous la carcasse.

-  Eh, Macha ! Tu as les papiers d’identité du gus !

-  Un moment, tu veux ! Là-dessous, c’est la Bérézina ! Y a des morceaux partout ! Attends voir ! Je regarde dans la poche de derrière… Ça va, j’ai ton info ! Ivan Mulchikov… Dis aux ambulanciers de rappliquer avec des sacs !

 

          Un simple regard à l’un des hommes en blouse blanche sert d’ordre et il se rapproche, menaçant, de la femme plus roide encore.

-  Alors ?  Ivan Mulchikov, c’était ton mari, hein ! Qu’est-ce qui s’est passé ? Vous vous êtes disputés ? Il a peut-être bu… Il t’a frappée… Et puis il est parti. Tu l’as suivi et tu l’as poussé sous les roues pour t’en débarrasser… Avec la foule, tu t’es dit que tu passerais inaperçue… Pas de chance, hein ?

 

          Elle secoue la tête sans parvenir à sortir un son cohérent. Il s’apprête à s’énerver lorsque la vieille intervient, accusatrice :

-  Je la reconnais, la Mulchikov ! Elle habitait, y a quelques années, dans le Block 98 ! Ça hurlait tout le temps, chez eux ! Et pas aimables, avec ça ! Ivan, c’est pas son mari, c’est son fils ! Il a porté plainte une fois contre ma fille… Il l’a accusée d’avoir renversé exprès sa mobylette ! Mais c’était pas ça ! Il n’avait pas le droit de la garer dans le couloir ! Le couloir, c’est à tout le monde !

 

          Le flot de paroles agaçant, débité d’une voix aiguë, a de quoi énerver sous ce soleil implacable et l’odeur plus présente du cadavre. Le capitaine l’interrompt d’un geste brusque qui coupe le sifflet à la commère. Il s’adresse au grand maigre qui hoche la tête d’assentiment.

-  Toi aussi, tu la connais, Tatiana Mulchikova ?

-  Pas du tout !

-  Et tu es certain que la main, c’était la sienne ?

-  Puisque je vous le dis !

 

          Les curieux contemplent la coupable d’un œil dur et mauvais. Les esprits s’échauffent. Les commentaires fusent.

-  Et toi, Mulchikova, t’as rien à ajouter ? Pourquoi t’as poussé ton fils ?

 

          Toujours cette apathie muette. Pas la peine de s’exciter… Son cas est entendu : elle est coupable. Il a deux témoins, peut-être pas si fiables que ça mais qui peuvent pousser la suspecte aux aveux.

-  C’est bon, emmenez-la ! ordonne-t-il à ses deux subordonnés en croisant les bras sur sa poitrine avec satisfaction.

-  C’est faux ! Je l’ai pas poussé ! couine une petite voix qu’il a soudain du mal à situer.

 

          Elle craque… mais pas dans le bon sens… Elle reprend ses esprits… Peut-être instructif… Il choisit l’ironie et la toise d’un œil froid qu’il espère convaincant.

-  Tiens, tu te réveilles ? Un peu tardif, tu ne trouves pas ?

-  Ivan… Je l’ai pas poussé ! C’était mon fils, commissaire ! s’indigne la femme en tentant de reprendre son sac.

-  Capitaine, la corrige-t-il d’une voix fraîche. Pourtant, j’ai deux témoins !

-  Ils mentent, commissaire ! s’obstine-t-elle. Il avait trop bu ! C’est vrai qu’il était violent quand il avait bu mais je l’ai pas poussé ! Au contraire ! J’ai essayé de le rattraper mais il est tombé sur la voie… J’ai rien pu faire avec cette foule !

-  Alors, c’est ça, ta version ! Vas-y, je t’écoute !

-  Je travaille au dépôt Rusakov… Je nettoie les rames… J’ai terminé comme tous les jours à 11heures et je suis rentrée. Ivan était déjà parti… Il y avait deux bouteilles de vodka vides sur la table. J’ai eu peur… J’ai couru jusqu’à l’arrêt : il prend toujours le tram de midi. Je l’ai aperçu de loin. J’ai essayé de passer pour le rejoindre. J’étais presque derrière lui quand le tramway est arrivé. Il vacillait. J’ai tendu la main pour le retenir, pour pas qu’il tombe…

-  Et il est tombé… C’est pas de chance !

 

          Le capitaine ne veut pas tomber dans l’apitoiement ni montrer qu’il croit l’histoire plausible. Il se tourne vers les deux témoins puis dévisage les badauds. La réponse est là, il le sent, il le sait.

-  Quelqu’un confirme l’état d’ébriété de la victime ? lance-t-il d’une voix forte.

-  Moi ! s’exclame une fille d’une petite vingtaine d’année en mini jupe et cheveux rouges hirsutes. Il m’a cherchée, toute à l’heure ! Il chlinguait la vodka ! Le mec était défoncé, bourré comme un coing ! Je l’ai poussé pour qu’il me lâche les miches. Tout juste s’il s’est pas cassé la gueule !

 

          Sans lâcher la fille, il surveille la vieille mégère qui s’énerve dans son coin en tentant de trouver des appuis autour d’elle.

-  D’accord… Quelqu’un d’autre ? marmonne-t-il en montrant une impatience compréhensible.

 

          Personne… On n’ose pas l’affronter, prendre partie… qu’on ait vu quelque chose ou pas, d’ailleurs. Du coup, il se tourne vers le vieux maigrichon.

-  Tu maintiens ta déposition, Ourlakov ?

-  J’ai vu la main, c’est clair ! Maintenant, si elle dit qu’elle voulait le rattraper et pas le pousser, moi, j’en sais rien ! C’est possible, finalement, ce qu’elle dit…

-  Et toi, Maliekovska ?

-  Moi ? On dirait que c’est moi que tu accuses, capitaine !

 

          Maligne, elle renverse les rôles, utilise les armes du policier pour se défendre… Il apprécie mais commence à y voir plus clair.

-  Réponds ! grince-t-il en tournant franchement vers elle son buste puissant.

 

Il sait jouer avec sa stature… La vieille lui arrive à la poitrine… Toujours impressionnant.

-  J’ai dit ce que je savais ! Les Mulchikov, c’est de la graine de bons à rien ! Des menteurs et des voleurs ! Moi je dis que c’est elle qui l’a poussé sous le train pour s’en débarrasser et toucher la pension !

 

          Un murmure d’indignation parcourt la foule. On juge même si on ne connaît aucun des protagonistes. Ce meurtre, c’est le grain de sable qui met du piment dans la vie grise de tous les jours. On veut participer pour dire : j’ai tout vu, j’y étais…

-  Ça ne me dit pas si vous avez vraiment vu cette femme pousser son fils sous les roues ! remarque-t-il en la toisant sans vergogne.

 

          Un bruit de vêtements froissés et de cailloux déplacés derrière lui. Il se retourne et toutes les attentions se fixent sur cette femme aux vêtements froissés et sales qui porte une arme à la ceinture.

-  Passez-moi le sac ! ordonne-t-elle en restant à genoux.

 

          Une silhouette vêtue de blanc sort à son tour de dessous le tram et lui tend un grand plastique rebondi et transparent, aux parois intérieures couvertes de sang frais qui se dépose lentement dans le fond.

-  L’autre aussi…

 

          L’ambulancier repasse patiemment sous les roues et en ramène un second renfermant deux bouteilles cassées.

-  Vodka ! lance-t-elle d’une voix satisfaite en soulevant la seconde preuve.

-  L’autre, c’est quoi ?

 

Pour toute réponse, elle lui tend la poche zippée qu’il examine, un sourcil levé.

-  La tête… murmure-t-il, peu étonné, avec un sang froid professionnel.

 

Les cous se tendent pour voir.

-  Qu’est-ce que tu en penses ? continue-t-il en lui rendant la chose.

-  D’abord, il n’a pas souffert. La mort a été instantanée… Et puis… mais je te laisse la surprise… Vas-y, ouvre…

 

Une grimace et il reprend le sac, fait coulisser la fermeture nylon et jette un œil à l’intérieur.

-  Quoi ?

-  Sens…

 

Il renifle, cherche l’élément déterminant puis referme.

-  De l’alcool !

-  Exact… Ce mec devait être dans un drôle d’état… Sens l’autre sac…

 

          Nouvelle épreuve. Cette fois, il fronce les sourcils. La foule est en apnée. Que se passe-t-il ? Qui est coupable ?

-  Même saloperie que dans les deux premiers cas… Vodka frelatée…

 

Il se tourne vers la vieille qui n’en mène soudain pas large et la domine de toute sa hauteur :

-  Alors ? Toujours aussi catégorique ?

-  Moi, j’ai dit ce que j’avais à dire ! J’ai dit qu’elle l’a poussé parce que c’est ce que j’ai vu ! C’est tout. C’est vous, le policier !

-  Ça suffit, s’énerve-t-il, finalement pas mécontent d’avoir réglé cette affaire aussi rapidement. Tu as de la chance que je ne t’inculpe pas de faux témoignage ! La prochaine fois, tourne ta langue sept fois dans ta bouche avant de parler !

 

          La vieille lève le menton en signe de défi, le regarde droit dans les yeux puis bouscule les badauds autour pour s’éloigner d’un pas rapide : on ne sait jamais… s’il décidait de mettre ses menaces à exécution…

 

          Le capitaine la suit des yeux puis reporte son attention sur le maigrichon qui s’en sort pas si mal et la mère à qui on a rendu son sac et ses papiers.

-  Il faudra venir au commissariat, lui annonce-t-il d’une voix maintenant neutre.

-  Bien sûr, capitaine…

 

          Elle ne pleure pas, n’a même pas les yeux rouges ou la pâleur inhérente au choc. Elle est digne. Il apprécie. Il s’avance vers la foule qui, à nouveau, s’écarte sur son passage. Derrière lui, son équipière et l’ambulancier qui fait là son dernier trajet avec les différents morceaux retrouvés.

-  Capitaine ? Qu’est-ce que je fais ?

 

          C’est le chauffeur du tram. Il réfléchit et donne son accord pour la reprise du trafic : pourquoi attendre ?

 

          On remonte dans les wagons avec quelque chose à dire, à présent. Tatiana s’éloigne, son sac serré contre sa poitrine, le sourire aux lèvres : elle n’est pas coupable…

 

 

 CHRISTINE BRUNET  ©2010

 www.christine-brunet.com

www.aloys.me

www.passion-creatrice.com

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Bob BOutique a lu "Trop plein" de Nadine Groenecke

Publié le par christine brunet /aloys

J'ai lu.... "Trop plein"
de Nadine Groenecke
par Bob Boutique


C’était un jour de flottement. Je lis beaucoup, parfois à tort et à travers, souvent mal, et il ya toujours une pile de bouquins « à découvrir » sur la tour de mon pc… ce jour là, l’envie n’y était pas, mais bon… j’ai commandé, payé et il faut bien rentabiliser. Alors je choisis au hasard sur le tas, un livre dont la couverture me paraît attrayante…

« Trop plein », avec la photo d’un cocktail qui déborde. Je connais cette couverture qui est déjà passée trente-six fois sur ACTU, j’ai rencontré l’écrivaine il y a quelques semaines à Tournai (une jolie femme un peu coincée, ou timide, ou effrayée par mon sans-gêne…) et nombre d’auteurs lui ont rédigé des commentaires élogieux …

Pourquoi pas, me dis-je ? C’est la période creuse de la journée où la porte d’entrée de la librairie sonne un peu moins…Je vais me chercher un Nestea au frigidaire, m’assieds sur un tabouret avec un bic (je griffonne toujours dans les livres que je lis ) et commence comme d’hab par tourner et retourner l’objet d’un œil critique.

Le livre est bien imprimé (rien à redire), je n’aime pas trop la police employée mais bon… 150 pages pour un recueil de 10 nouvelles que Nadine dédie à sa grand-mère. Je me souviens.

Dans l’interview qu’elle m’a accordée pour ACTU-tv elle a longuement explique combien cette femme a compté pour elle… parce qu’elle était toujours là, l’aidait à étudier, à faire ses devoirs, lui cousait ses robes de petite fille… bref, une histoire d’amour vrai qui m’avait touché et qui justifie le titre du livre : « trop plein »… d’émotion. Car cette Mémé est partie après une très longue maladie que Nadine enfant, puis adolescente, puis jeune femme a suivi avec tristesse et désespoir.

La première nouvelle du recueil ‘le crabe’ (le cancer bien sur…) nous décrit cette descente aux enfers. Un texte fort bien écrit, facile, sans prétention qui emploie parfois un vocabulaire étonnant (bon sang ! Ca existe ce mot ?) mais court à l’efficace. On raconte une histoire, on pose les personnages, on décrit l’environnement et en avant… y’a plus qu’à se laisser conduire et verser une petite larme au passage….

J’ espère que le bouquin ne va pas pleurnicher ainsi pendant 150 pages, me dis-je alors, conscient que c’était la partie personnelle de l’ouvrage. Hé bien, pas du tout. Tranquillisez-vous. Après, les histoires sont de vraies histoires inventées, avec des situations qui partent dans tous les sens… cocasses, inattendues, amorales, dégueulasses, crapuleuses (je songe à Wlater), amusantes… avec des héroïnes qui toutes sans exception apparaissent naïves, introverties, peu sures d’elles, incertaines quant à leur physique, exaltées et gaffeuses.

Si j’étais psychologue j’appellerais ça, ‘le phénomène Pinocchio’. Mais cette allusion, seule l’auteure peut la comprendre et je n’ai pas envie ici de m’étendre ( en tout bien, tout honneur ) sur le sujet.

Quelques thèmes en guise de zakouskis. Elodie tombe follement amoureuse d’un nouveau représentant engagé dans l’entreprise où elle travaille… Carole se fait une fête pas possible, car elle va retrouver une amie qu’elle n’a plus vue depuis vingt ans… des émotions encore et toujours… 

Cecile est folle de joie. Son marin militaire en Afghanistan va enfin rentrer, après six mois d’absence… Cyrielle rentre le soir dans son appart et trouve sept roses rouges sur la table du salon. Voilà sept ans qu’elle est mariée. Son mari a laissé un mot…

Et bien entendu, par-ci, par là des chutes inattendues qu’on lit en se frappant sur la cuisse : « Merde, elle m’a encore piégée » ! Vous voulez que je vous dise. C’est un très bon livre et je ne m’étonne plus du tout qu’il ait remporté le prix Victor Hugo.

Pour un premier bouquin, c’est une vraie réussite. L’émotion dégouline entre les pages et ce n’est pas désagréable. On ne va pas au cinéma pour voir un Monsieur marcher dans la rue pendant une heure… Mais je regrette un peu que les Pinochiettes de Nadine ne sortent pas de temps en temps gagnantes de leurs aventures. Car on s’y attache à ces petites femmes au fond très simples et gentilles… on voudrait les prendre par la main et leur expliquer que tous les mecs ne sont pas… et que parfois dans la vie, la chance tombe du bon côté.

Non, je ne vais pas dévoiler quoi que ce soit.

Commandez le bouquin et lisez-le. Vous ne le regretterez pas. 
Bob Boutique
www.bandbsa.be/contes.htm

Publié dans Fiche de lecture

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Improbable rencontre, Alain Bustin et Marie Claire-George.

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Alsace-010.jpg

 

 

 

Improbable rencontre

 

M-C georgesOui, improbable rencontre que celle d’Alain Bustin (« Albert ou la quête d’un marathonien ») et de Marie-Claire George  («L’ange gardien »). Car si Alain court la montagne avec plus de fougue qu’à vingt ans, on n’y croise plus souvent Marie-Claire dont l’endurance toute relative n’est plus qu’un souvenir. Alors, comment se fait-il ?...

 

Novembre 2010.

Tournai, un salon du livre un jour de pluie. Deux chaises vides en bout de table, elles sont pour nous. Quelques mots échangés, un courant de sympathie, tout est écrit.

 

Juillet 2011.

Chamonix, la mer de glace un jour de grand soleil. Un seul chemin qui mène au Signal. Promesse tenue, instant magnifié. La montagne nous bénit de sa lumière.

 

- Alain ! Tu n’avais rien exagéré, il n’y a pas de mots pour tant de grandeur !

- Des mots ? La montagne se suffit à elle-même, il suffit d’admirer.

- Je comprends mieux, maintenant, ce que ressent ton Albert à courir les sommets.

- Qui resterait insensible devant tant de perfection majestueuse, la coulée du glacier,  les arêtes enneigées qui nous tirent vers le ciel ? Comment ne pas être interpellé ?

- Toi, tu viens souvent ici.

- Et c’est chaque fois le même bonheur. Le même, et pourtant différent.

- La montagne ne change pas...

- Pas à notre rythme, c’est vrai. Mais notre vie n’est pas figée et c’est pour cela que je la regarde chaque fois d’un œil neuf.

- Explique...

- La montagne, c’est un miroir. Un miroir qui reflète notre propre chemin de vie. NosBustin émotions, nos expériences, nos attentes, nos craintes, nos espoirs... La vie avance, nous voyons les choses différemment mais toujours elle nous offre une nouvelle énergie.

- Elle a pris dans ta vie une place importante.

- Essentielle. Elle fait partie de moi.

- Depuis trop longtemps je n’avais plus grimpé sur de tels sentiers, quel bonheur de m’y retrouver avec toi. Face aux Drus, nous nous retrouvons à notre vraie place. La place que cherche ton Albert dans le roman, la place qu’il trouve.

- Ici, l’évidence est devant toi : tu n’es rien, sauf par le sens que tu donnes à ta vie. Accueille l’instant, suis ton chemin, vis-le.

- C’est la route qui est importante.

- L’écriture aussi est un chemin, tu ne trouves pas ?

9782874595103 1 75- Bien sûr, et c’est un autre bonheur. Là aussi, il faut prendre le temps mais le temps, c’est tellement relatif !

- Et chaque instant porte sa richesse.

- Richesse qui se glisse parfois dans l’écriture...

- A propos, quelque chose en route, Marie-Claire ?

- Tu sais bien : un premier roman dont je viens d’écrire le dernier mot. Le chemin d’une9782874594625 1 75 femme simple et généreuse à travers les hauts et les bas de la vie, sa montagne à elle, en quelque sorte. Et toi , Alain ?

- Un second épisode de la vie d’Albert, le bonhomme nous réserve encore bien des surprises ! J’aimerais terminer le roman avant la fin de l’année. Ecrire, quelle aventure !

- Aventure, c’est bien le mot. Un risque, un hasard, une chance... et d’improbables rencontres !

- Alors, à bientôt, Marie-Claire ?

- Bien sûr... le temps de m’entraîner pour vous suivre, Albert et toi, vers d’autres sommets !

Publié dans Textes

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Sur le chemin de Compostelle... un journal de voyage d'Hugues Draye

Publié le par christine brunet /aloys

13 juillet : voilà, voilà
 
après deux jours, pour démarrer, passés à Rocroi, le petit périple des chemins de Saint-Jacques démarre
 
depuis "Le Chemin du Curé", à Rocroi
 

 
on quitte la ville en étoile ... on passe une patte d'oie (carrefour en trois directions) ... premier rond-point, ensuite, à droite ... et bientôt, le "Chemin du Curé" ... oui, oui, sur place, Rocroi se termine avec la lettre "y"
 

 
deux types de balises sur le chemin : le fameux autocollant avec la coquille ... ou alors la flèche jaune ...
 

 
des villages très beaux qui se suivent ...
 

 
  

 
L'Echelle : un château-musée ... mais pas de cabine téléphonique ...
 

 
un arrêt inévitable
 

 
tiens, en quittant ce village, en regardant la route qui montait, j'avais l'impression de reconnaître un peu Meaurain (village en Belgique)
 

 
tel sera le lieu final, ce soir : Aubigny-les-Pothées (y a un hébergement là)
 
 
14 juillet 2011, Aubigny-les-Pothées (à vingt kilomètres de Rocroi) ...
 
"Mais enfin, monsieur, le but, c'est quand même d'arriver à Saint-Jacques"
 
Ainsi me parlait, en toute sincérité, le gars qui m'a accueilli, le 13 juillet, à la chambre d'hôte où je comptais passer la soirée.
Quand il m'a vu arriver, le gars, avec ma guitare, mon sac-à-dos, comme tout pélerin qui se respecte, eh bien il a été sympa. Avec sa casquette. Avec ses deux chiens (dont ... un gris)
 
"Mais enfin, monsieur, le but c'est quand même d'arriver à Saint-Jacques"
 
En effet, beaucoup de pélerins ont cette intention. On m'a raconté, dans certains gîtes, que certains d'entre eux souhaitaient être réveillés dès 7 heures (du matin), afin de ne pas perdre trop de temps, afin de marcher un maximum. Certains n'hésitent pas à tracer sur ... 35 kilomètres par jour. A chacun ses défis !
 
Certains "pélerins" se sont même mariés à Saint-Jacques. Vivent les symboliques (quand même !)
 
"Mais enfin, monsieur, le but c'est quand même d'arriver à Saint-Jacques"
 
Oui, monsieur. C'est vrai ... chez certains pélerins, mais pas chez tous. Je me fous pas mal d'arriver, moi, dans cette ville que je ne connais pas, a priori. Le but, ainsi je le conçois, c'est de me mettre en route. De profiter de tout ce qui m'arrive. De tout ce qui me saute aux yeux.
 
Je ne crois pas que l'apôtre Jacques, qui a vécu au 10ème siècle (je crois), s'est mis un jour en route avec l'idée de faire un pélerinage ... à Saint-Jacques-de-Compostelle.
Il a voyagé, il a péleriné, il s'est posé dans plus d'un endroit (et j'imagine qu'on a bâti des sanctuaires ou des cathédrales en commémoration). J'imagine qu'il sest p'têt arrêté définitiv'ment à Compostelle, par la force des choses.
Péleriner, c'est avancer. Sentir ce qui nous arrive.
 
Les bars-tabacs, les bistrots au bord des grands routes, avec la vie qui s'y déroule, les gens qui y passent, me paraissent autant (si pas plus) des chapelles que ... les musées ou les cathédrales.
Mais bon ...  
 
 15 juillet 2011

 
Je me suis posé à Signy l'Abbaye, hier. Ville-étape. Ville-repère.
 
Comme son nom l'indique, y a une abbaye, dans cette petite ville. Avec sa "fosse bleue", son "Gibergeon", sa "fosse au mortier".
Guillaume de Saint-Thierry a surgi (peut-être sévi) en ces lieux au douzième siècle.
On est en plein monde cistercien.
 
En fin de parcours, hier, je suis bien tombé sur la D985, que j'ai effectiv'ment rattrapée à hauteur du parking d'une superette.
 
Signy l'Abbaye ...
 
Ce nom de ville ne m'est pas inconnu. Quand j'étais p'tit, quand on partait sur les routes de France, quand papa (la veille) avait établi sur papier l'itinéraire, eh bien, Signy l'Abbaye figurait.
 
Signy l'Abbaye ...
 
Oui, c'est une jolie petite ville. Notamment avec ... son "Café du Pont", où j'ai croisé Denis, avec ses longs cheveux gris, sa barbe, qui a cinq filles et qui aime Bob Dylan.
 
Tiens ! Mon GSM (ou ... portable) n'a pas rechargé ses batt'ries cette nuit. Même si j'ai fait ce qu'il fallait. La prise de courant, dans la chambre où je me trouvais, était-elle défectueuse ? Le problème se situe-t-il au niveau de mon appareil ?
 
Tiens ! Y avait pas de couvertures sur le mat'las, au lieu d'hébergement où j'ai atterri. Selon la dame de la maison, le pélerin, en général, apporte son duvet avec lui. Une couverture sur le lit, c'est ... trop de lessive. OK, j'ai assimilé. Mais ... ça m'inquiète pour les escales futures.
Et mon moral en a pris un coup, quand je suis arrivé là, hier.
Faut dire : déjà, la journée, on marche, on est seul avec soi-même, seul avec ses ressources, seul avec ses coups de blues.
Faut dire : je me dis aussi, à certains moments, quand je marche : pas grave, ce soir, je sais où dormir ... je vais rencontrer quelqu'un ... je suis même impatient de savoir qui va m'accueillir.
Faut dire : ce qui se passe, dans les endroits où on atterrit, est toujours inattendu.
Un soir (à Rocroi), c'était dans un hôtel (j'ai même prolongé une nuit supplémentaire). L'autre soir (à Aubigny), c'était dans une chambre d'hôte. Et ici, c'est chez une particulière.
 
Je n'ai, pour ainsi dire, pas eu vraiment de contact avec la dame chez qui je logeais. Elle était en bas, moi en haut.
Elle m'a juste, hier, montré la salle de bain. Elle m'a juste, hier, désigné une bassine en me disant : "Si vous avez du linge sale !"
 
Bon, ce matin, après m'être levé, habillé ...
J'ai pris le p'tit déjeuner là. La dame de l'endroit était à mes côtés. On a parlé de choses et d'autres.
J'ai remarqué que ... sur une table, y avaient des CD's de Pierre Bachelet, de Maxime Leforestier, de Bernard Lavilliers. La chanson française doit avoir une place dans la vie de cette dame. "Oui, Bernard Lavilliers, j'aime beaucoup !", m'a-t-elle dit. Curieus'ment, elle n'a pas réagi, pas rebondi, devant ma guitare. Curieus'ment, elle n'a pas réagi, rebondi, quand je lui ai dit que j'étais moi-même chanteur ...
 

 
Signy l'Abbaye : voici l'église, encore une fois ... construite en 1900, à l'emplacement d'une ancienne église, datant, elle, du seizième siècle
 

 

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Carine-laure Desguin a lu "De l'autre côté de la rivière, Sybilla" d'Edmée de Xhavée

Publié le par christine brunet /aloys

 

desguin

 

 

J’ai lu :

De l’autre côté de la rivière, Sybilla : D’Edmée de Xhavée, Editions Chloé des lys, année 2010, 251 pages,  ISBN 978-2-87459-519-6

 

L’histoire ? Aujourd’hui, c’est la fête à Verviers, grand rassemblement familial à l’occasion de l’inauguration du nouveau restaurant de Jean et de sa sœur Emma, Sybilla.

 

Pour Jean et sa sœur Emma, les hôtes de cette journée, derrière ces sept lettres, S.Y.B.I.L.L.A.,  retentissent  les émotions de toute une vie ; car Sybilla, c’était le nom de leur ancienne gouvernante, celle qui fut choisie après le décès de leur maman, Pauline Dupage, pour veiller sur leur éducation …

 

Originalité du roman : c’est Sybilla elle-même qui raconte …

 

Après le décès de Pauline Dupage, son mari, Félix Lemarchand est9782874595196_1_75.jpg plus ou moins écarté de l’éducation de ses deux enfants par les grands-parents Dupage, une famille bourgeoise très respectée dans la ville de Verviers. Derrière ce terme, bourgeoise, entendez austérité, rigueur de l’éducation, liberté limitée, œuvres paroissiales, amour illimité envers l’argent…Nous sommes dans les sixtees…

Marie Dupage, sœur de Pauline Dupage est restée vieille fille et, habitant toujours sous le toit familial, c’est elle qui oriente ou plutôt qui désoriente, du haut de son égocentrisme, de sa jalousie maladive et de ses manigances désarmantes, les journées des enfants et bientôt des adolescents.

 

Pendant toutes ces années, Sybilla aimera ces jeunes gens comme s’ils étaient issus de son propre sang. Elle sera celle qui, par son doigté et sa connaissance innée de la psychologie, adoucira dans la vie de jean et Emma les rudesses, les chagrins et les déconvenues. Elle sera une médiatrice entre la famille Dupage et la famille Lemarchand.

 

C’est surtout le style de l’écriture de cette lauréate de plusieurs prix littéraires que je voudrais mettre ici en valeur. Edmée de Xhavée est une narratrice hors pair. Son talent principal est selon moi cette faculté de transmettre à travers le récit, une légèreté et un humour inégalables, alors qu’en fait, l’enfance et l’adolescence de Jean et Emma n’a rien de bien drôle : mère décédée, père absent…

Edmée de Xhavée, en mettant en lumière toute la poésie qu’il ressort du monde de l’enfance et de l’adolescence, équilibre à merveille le côté sombre de l’histoire. Le langage des argonautes, une espèce d’espéranto connu seulement de Jean et Emma est une pure merveille. Lisez ce récit et vous saurez ce que signifie faire caravane, qui était la reine Zozor, qui était pantalon Marcel, et quels étaient les jours heudebert !

Dans cette famille, les surnoms sont savoureux : Zézette, Cri-Cri, Chiquita…

 

Un bon point également pour les descriptions des personnages ! Une vraie galerie théâtrale !

  - Page 48 : Et ses cheveux, qu’elle teint avec un mélange de sa composition – Caramel royal et Cuivre des steppes- donnent à son visage trop fardé l’air d’une méduse hagarde et craquelée à la tête entourée de serpents corail.

  - Page 198 : Une vieille dame en bigoudis sous un foulard de plastique transparent et maquillée comme une cantatrice, juchée sur son tabouret de bar, agitait des jambes gainées d’un training doré en aspirant bruyamment un milk-shake.

 

A présent, vous comprenez pourquoi la ville de Verviers a mis à l’honneur, voici quelques jours, cette écrivaine talentueuse qui avec son premier roman paru en 2009,  LES ROMANICHELS, avait déjà séduit tout un lectorat.

 

Chaque semaine,  sur le blog http://edmee.de.xhavee.over-blog.com, primé en 2009 par TV5, lisez un texte de cette auteure.

 

 

Carine-Laure Desguin

http://carinelauredesguin.over-blog.com

 

 

 

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Aller et retour, une nouvelle/extrait des "Nouvelles à travers les passions" de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

boland photo

 

ALLER ET RETOUR

 

Fin août 2004

 

Le train file. Ce sont les mêmes belles-fleurs de charbonnage, les mêmes terrils. C'est le même ciel un peu bleuté que celui que j'avais vu lors de mon départ. Près de moi, dans le compartiment, c'est la même valise que celle qui m'accompagnait lors du voyage aller. Mais je n'ai personne à qui parler, personne de qui me soucier, personne dont le bien-être m'importe plus que le mien. Je regarde défiler les maisons grises aux vitres cassées, l'église isolée sur la grand place, les gamins qui font du vélo sur les trottoirs. Je pense à elle, ma mère. Je l'ai laissée dans un village d'Italie auprès de sa belle-sœur, de son frère et de leurs enfants. J'ai franchi le mur de la bonne conscience. Je n'ai pas essayé de la convaincre de rester ici, auprès de moi et ses petits-enfants. Elle a préféré retourner au pays. Depuis le décès de Papa, voici presque vingt ans, elle y aspirait.  

 

Le train file. Je ne parviens plus à lire le nom des gares devant lesquelles je passe. Je retiens des larmes. Je vis dans le flou. Ma brume intérieure m'empêche de percevoir encore quelque chose du paysage.

 

"Le ciel est trop bas ici. Et puis, tout me rappelle le métier de ton père. Je dois m'en aller." Le ciel est trop bas, le soleil trop peu nourricier, la Sambre trop sombre.

 

Elle pense que son chagrin va fondre comme neige au soleil.

 

Et s'il n'en était rien ?

 

Je l'imagine assise en face de moi, le jour de son départ, quinze jours auparavant. La peau du visage ridée, les mains jointes sur les genoux comme si elle se recueillait une dernière fois. L'illusion dure quelques secondes. Je tends la main, je ne rencontre que le vide.

 

À qui demanderais-je encore un conseil culinaire, avec qui évoquerais-je l'accident de Papa ? 

 

Un enfant passe au milieu de couloir. Il porte un nounours dans ses bras. Il est suivi par une jeune femme blonde qui le couve du regard. Puis passent un vieux monsieur, un militaire et deux jeunes gens.

 

J'ai perdu Papa. J'ai abandonné Maman. Ma gorge est nouée.

 

Le train ralentit. Le train s'arrête.

 

Charleroi...

 

Je dois descendre.

 

Je prends ma valise. Je sors du wagon. Une bouffée d'air frais. Une température tiède. Un vent léger.

 

Je suis tous les autres qui sont sortis avant moi, qui empruntent l'escalier, qui suivent le tunnel, qui se dirigent vers la sortie.

 

Vue du dehors, je suis pareille aux autres. Mon manque ne se voit pas de l'extérieur. Mon manque c'est quelque chose que je ressens mais qui demeure impalpable. Je quitte la gare. Mon mari m'attend. Il vient vers moi, pose un baiser sur mes cheveux, saisit ma valise, m'entraîne vers la voiture.

"Alors, elle est contente d'être rentrée chez elle ?"

Je ne réponds pas.

 

"Tu ne regrettes pas trop d'avoir laissé partir ta mère ?"

 

Aucun mot ne sort de ma bouche.

 

Il met sa main sur mon épaule.

 

"Ça ne va pas ? C'est dur ?"

 

Rien que mon silence. La reverrai-je un jour ?

 

"Ne t'en fais pas. Il y a le téléphone, les mails. En quelques secondes, tu pourras lui envoyer tous les messages que tu veux. Ta cousine l'aidera à se débrouiller."

 

Je pleure doucement.

 

Et si elle mourait là-bas loin de moi ? Et si elle oubliait ? Et si elle se laissait emporter par la vie de là-bas, qu'elle en vienne à se détacher d'ici ?

 

"Tu regrettes ?"

 

Et si, oui, et si lui aussi m'abandonnait un jour ou l'autre. S'il lui venait l'idée de regagner les Ardennes. S'il ne supportait plus la grisaille, notre grisaille ?

 

La voiture démarre. La voiture roule lentement le long du quai. Sur une péniche, un garçon joue avec un chien. Sur un banc, un SDF mange un sandwich. Le feu est rouge. On attend sans une parole, sans un soupir, sans un regard. On remonte la ville. Les trois coqs sont toujours là. On passe devant la taverne où elle aimait venir goûter d'une crêpe et d'une tasse de café en contemplant le rond-point. On passe devant le parc.

 

"L'aspirateur est réparé. La voisine est rentrée de vacances, elle demande souvent de tes nouvelles."

 

Il cherche à m'étourdir. C'est ainsi qu'il fait face aux difficultés. Il s'évade ou il les contourne. Il ne les affronte pas.

 

"Et si on allait manger une glace 'Au cornet d'amour' ?" Un autre lieu fréquenté par ma mère.

 

Je murmure : "Bonne idée…"

 

Une pensée fugace, une sorte d'intuition. Je sors mon portable de mon sac. Un simple SMS "B retour, M". Je sens son parfum de violette. J'entends sa voix qui a gardé un certain accent.

 

Je répète : "Oui, bonne idée."

 

 

Fin août 2005

 

Il est cinq heures. Ma mère et son compagnon devaient arriver vers dix-huit heures et nos invités vers dix-neuf heures. La Fiat noire se gare devant la maison. Les portières s'ouvrent. C'est un bellâtre de soixante-cinq, qui s'avance vers la porte d'entrée en tenant la main de Maman. À travers le rideau, je remarque son sourire éclatant, le sourire du maître d'hôtel qu'il fut, le sourire d'un conquérant. Je remarque la jupe de ma mère, plus courte qu'à l'ordinaire, ses cheveux coupés au carré, son visage maquillé et son petit sac BCBG. La sonnette tinte. Je compte jusque vingt avant de me décider à aller ouvrir. Mon cœur bat la chamade.

 

"Mirella, Mirella comme je suis heureuse. Je te présente Mario !"

 

Elle a changé de parfum, d'accent, de style, d'âge. Ses lèvres se posent doucement sur ma joue. Une seule fois. Je reconnais à peine ma mère.

 

Lui, il m'embrasse comme s'il me connaissait depuis longtemps en me prenant par les épaules.

 

Ils entrent avant que j'aie eu le temps de les y inviter.

 

Mon mari, mon fils et ma fille achèvent de dresser la table dans la véranda. Ils n'ont pas entendu le coup de sonnette. Je suis seule avec eux, je les entraîne vers le salon.

 

Ils s'asseyent sur le bord du divan. Ils se tiennent la main. "Ce que tu lui as manqué Mirella !"

 

Je reste debout. J'évite de croiser leur regard. J'appelle mon mari, mon fils et ma fille à mon secours.

 

"Jean-Marie, Bertrand, Anne !"       

 

Ils arrivent tous les trois. Ma mère et Mario se lèvent. Pas besoin de présentation. Mario va au-devant d'eux en entraînant ma mère. La glace est rompue. On parle du voyage, du climat, des anciennes voisines et des amies de ma mère qui vont arriver.

 

C'est étrange, en quelques minutes, j'ai perdu tous mes moyens. Je manque à tous mes devoirs. Je les vois, l'un près de l'autre, l'un contre l'autre. Quand nos invités arrivent, je ne parviens pas à faire face.

 

Mon mari se lève à chaque nouveau coup de sonnette pour accueillir nos convives. Mes enfants servent l'apéritif et les zakouski. Je reste assise. J'ai l'impression de flotter. Je caresse le velours de mon fauteuil pour me rassurer. Le salon résonne d'accents italiens et wallons. Je suis pareille à un îlot dans l'océan, seule dans tout ce brouhaha, parmi tous ces gens. Parfois quand j'entends "Mario", je sursaute, comme si je prenais peur ou que j'étais surprise dans une rêverie. À plusieurs reprises, Bertrand m'adresse un clin d'œil comme s'il voulait me manifester une sorte de compassion.

 

"On va bientôt passer à table. N'est-ce pas, Chérie ?"

 

Je me lève comme un automate. Je réchauffe le potage, apporte la casserole dans la véranda, verse le minestrone dans les assiettes. Adieu les deux soupières de porcelaine que j'avais préparées dans la cuisine ! Oubliés les ramequins avec le parmesan !

 

La soirée se termine sans que je me souvienne d'autre chose que de ce qui s'est passé entre ma mère et Mario. J'ai pourtant cuisiné, servi, desservi, picoré, parlé un peu. Je revois la main de ma mère posée sur la nappe blanche et recouverte par la main de Mario. Je revois leurs regards. Je réentends ces mots qu'ils se sont adressés à voix basse comme s'ils avaient été seuls au monde : ti amo… mio tresoro… mia dolce… mio cuore…

 

Je me couche exténuée.  

 

Je ne ferme pas l'œil de toute la nuit. Elle est à quelques mètres de moi, dans ma maison, dans la maison de Papa, avec Mario. Elle a refait sa vie. Elle revit. Au petit matin, je me lève. Mon mari se lève un quart d'heure plus tard. Nous rangeons ensemble le salon et la véranda qui le prolonge. Dans le bureau tout à côté, Bertrand, mon fils, pianote déjà sur les claviers de ses deux ordinateurs.

 

J'hésite longtemps puis, en déplaçant la chaise sur laquelle Mario était assis durant le repas, je dis ce qui encombre mon cœur et ma pensée : "Tu dois faire quelque chose Jean-Marie. Tu le dois."

 

Je n'ai pas d'écho réel à mes paroles. Jean-Marie se contente de hocher la tête. Les yeux de Bertrand quittent un instant les écrans des deux ordinateurs et se posent sur moi.  

 

 

Début septembre 2005

   

La voiture de Mario est allée se fracasser contre un arbre, dans une belle ligne droite, sans raison apparente. Mario et ma mère ont été tués sur le coup. Ils se rendaient au musée royal de Mariemont. Ma mère était friande de pièces archéologiques. Elle adorait se promener dans le parc du musée. Mario y est probablement allé à sa demande. 

 

Quelques jours plus tard, nous apprenons que l'expertise n'a rien révélé, si ce n'est un mauvais entretien de la voiture…

 

 

Fin septembre 2005

 

Je prends le petit déjeuner avec Jean-Marie dans la cuisine. Les enfants ont rejoint leur kot à la faculté. Nous sommes en tête-à-tête.

La photo de ma mère est dans un cadre, accroché à côté du frigo, en face de moi. C'est comme si ma mère m'adressait des reproches, me barrait la route du bonheur. Je fixe son regard puis sa bouche entrouverte. Il me semble qu'elle murmure : "Mirella, les freins de la Fiat ont été sabotés..." Je frissonne un peu. Je demeure un long moment avec cette sorte de confidence avant d'interroger mon mari. 

 

"Jean-Marie, il faut que je te parle. Ce n'est pas toi qui aurais … favorisé l'accident de Mario ?"

 

"Tu perds la tête !"

 

"Je t'avais demandé de faire quelque chose… "

 

"Ben, oui, j'ai discuté avec Mario. Je lui ai demandé d'être plus discret. C'est tout. Je te jure. Pourquoi revenir sur cet accident ? "

 

Depuis ce matin là, le doute est en moi. 

 

Je revois Bertrand, fils exemplaire, mécanicien hors ligne et futur ingénieur, installé dans le bureau, pianotant alternativement sur les deux claviers, regardant tour à tour deux écrans, se tournant une fraction de seconde vers moi.

 

Souvent, quand il me sourit, je baisse la tête. J'ai sur mes épaules le poids du remords. Je n'ai pas voulu qu'il devienne un assassin.

 

Je voulais seulement qu'elle n'aime pas un autre homme que Papa…

 

 

Extrait de "Nouvelles à travers les passions", chez Chloé des Lys

 

Micheline Boland

micheline-ecrit.blogspot.com

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Publié dans Nouvelle

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