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Christian Eychloma nous propose un extrait de son nouveau roman (à paraître): "Mon amour à Pompéï"

Publié le par christine brunet /aloys

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L’ancien policier reposa son stylo avant de lever les yeux pour observer plus attentivement son interlocutrice.

« En nous résumant, madame Lévêque,  votre mari aurait disparu depuis plus d’un mois ? Et vous ne vous en préoccupez vraiment que maintenant ? »

Françoise Lévêque eut du mal à maîtriser son agacement devant le ton un peu trop inquisiteur du détective.

« Comme je vous le disais, les choses ne se sont pas passées aussi simplement. Au début, il m’appelait tous les jours au téléphone et je n’avais donc aucune raison particulière de m’inquiéter.  Puis il a cessé brusquement de me téléphoner, au bout d’une semaine environ. Et nous n’avons plus eu de contact qu’à travers quelques courriers électroniques…

-                          Je suppose donc qu’il ne répondait pas lorsque vous-même l’appeliez sur son portable… Car vous avez bien dû essayer ?

-                          Bien entendu… » répondit la femme du juge avec un haussement d’épaule trahissant son énervement. « C’est ensuite que j’ai commencé à recevoir ces autres messages…

-                          Et que disaient-ils, en gros ?

-                          Pas grand chose, justement… Mais ce n’est que petit à petit que j’ai commencé à nourrir des soupçons. En recevant jour après jour ces mails archi creux qui ne m’apprenaient rien du tout et dont j’ai fini par douter qu’ils étaient bien envoyés par mon mari…

-                          Mais vous y répondiez néanmoins ?

-                          Oui, oui… Mais il me devenait de plus en plus évident que quelqu’un d’autre faisait de louables efforts pour se faire passer pour Roland…

-                          Et vous dites en avoir conclu, au bout de deux semaines de ce dialogue de sourds, qu’il était certainement retenu quelque part contre son gré ? Et que quelqu’un tentait juste de vous faire prendre patience en se chargeant des communications ? 

-                          C’est exact. Et c’est seulement là que j’ai commencé à me demander sérieusement ce qu’il convenait de faire. Je me suis dans un premier temps rendue dans un commissariat où mes explications n’ont pas eu l’air d’être prises très au sérieux. Il m’a même été proposé de faire lancer une recherche dans l’intérêt des familles ! »

Charles Boileau, en bon détective, évitait soigneusement de laisser trop tôt filtrer les sentiments que lui inspirait cette étrange histoire. Ne surtout pas laisser deviner à sa cliente ses premières impressions. La laisser parler d’abord. Le plus possible.

L’expérience acquise au cours d’une carrière d’inspecteur de la P.J. l’avait en effet assez vite amené à penser que tout ceci était plus compliqué qu’il n’y paraissait et n’avait pas grand chose à voir avec une disparition volontaire ou un enlèvement.

« Je suppose que votre mari disposait ici d’une pièce où il avait l’habitude de se retirer lorsqu’il désirait travailler sur un dossier qu’il n’avait pas eu le temps de traiter à son bureau ?

-                          Tout à fait… Avec un petit coffre-fort pour mettre ses documents en sécurité. Je lui ai d’ailleurs assez souvent reproché d’amener du travail à la maison !

-                          Très bien… Afin de ne négliger aucun indice, puis-je alors vous demander si vous y avez remarqué quoi que ce soit d’un peu inhabituel ? Réfléchissez… Même la plus petite chose, à priori sans importance, peut se révéler utile !

-                          Dans cette pièce ?

-                          Oui… Un objet qui manquerait, par exemple, ou un papier quelconque qui traînerait sur le bureau et qui n’y était pas peu de temps auparavant… N’importe quoi, en somme ! »

Françoise Lévêque se prit le front entre les mains, s’appliqua à réfléchir pendant quelques secondes, puis redressa la tête en haussant les sourcils.

« Maintenant que vous le dites, j’ai effectivement remarqué un petit changement… Mais je ne vois vraiment pas en quoi ceci pourrait vous aider…

-                          Dites toujours, madame Lévêque…

-                          Eh bien… Il s’agit d’un tableau… Une ancienne peinture sur bois que j’avais toujours vu accrochée au mur et qui ne s’y trouve plus…

-                          Un tableau ? Tiens donc… Et que représentait-il, ce tableau ?

-                          Une jeune femme. Coiffée et habillée à la romaine… Une beauté antique qui fascinait bien davantage mon mari que n’aurait pu le faire la Joconde, je crois ! Il l’aura probablement emmenée avec lui pour continuer à l’admirer dans sa chambre d’hôtel ! » précisa Françoise Lévêque avec le sourire indulgent d’une femme habituée aux petites manies de son époux.    

Le détective nota mentalement l’information en se demandant quelle pertinence cette histoire de tableau pourrait bien avoir avec l’affaire qui venait de lui être confiée. Mais il s’agissait pour le moment d’éviter soigneusement de tomber dans le piège des idées préconçues…

« Par quoi comptez-vous commencer ? » demanda abruptement Françoise Lévêque devant l’expression pensive de l’ex-policier en train de tripoter distraitement sa ridicule petite moustache.

« Par une rapide enquête auprès des relations, professionnelles ou non, de votre mari… Auprès de tous les gens avec lesquels il a pu se trouver en contact, seul ou avec vous, au cours des quelques semaines qui ont précédé son départ pour l’Italie ».

Puis le détective parut soudain se souvenir de quelque chose d’important.

« Vous me disiez à propos avoir tous deux été reçus, peu avant, chez le professeur Liévin ? Le prix Nobel de physique ? Avec qui monsieur Lévêque paraissait engagé dans un travail de révision de je ne sais trop quel procès qu’il aurait instruit ?

-                          Oui… Une semaine environ avant que mon mari ne réserve son vol pour ce qu’il m’a présenté comme un déplacement dans le cadre d’une commission rogatoire. Ce qui n’était évidemment pas la première fois…

-                          Il me semble aussi que vous avez mentionné la présence d’autres personnes avec vous, ce jour-là, chez les Liévin…

-                          Juste un autre couple. Serge Audibert et son épouse. Serge Audibert était l’avocat chargé de défendre l’accusé au cours du procès que vous évoquez, procès ayant abouti à la condamnation de ce dernier.

Charles Boileau croisa les jambes et se laissa aller contre le dossier du confortable fauteuil de salon où il avait été invité à s’asseoir, tout en s’accordant un instant de distraction consacré à admirer de loin les tableaux naïfs décorant cet intérieur plutôt cossu.

« Fichtre… Un prix Nobel de physique étudiant un dossier d’instruction ?

-                          Oui, enfin, pas exactement… » rectifia un peu impatiemment Françoise Lévêque. « Jacques Liévin n’a bien entendu jamais eu accès au dossier ! Il a seulement essayé de faire valoir, à la demande de Serge Audibert, un certain nombre d’arguments propres à démontrer selon lui l’erreur judiciaire ayant entaché ce procès…

-                          Vous voulez dire qu’il s’efforçait en fait d’en persuader votre époux ?

-                          C’est tout à fait ça, oui… En développant les conséquences d’une théorie avant-gardiste dont il prétendait avoir prouvé la validité.

-                          Compte tenu de la qualité d’un tel intervenant, il est à supposer que ces arguments devaient être bien subtils ? L’opinion de votre mari en avait-elle été modifiée ?

-                          Il en avait été en tout cas passablement ébranlé. Et il y avait de quoi, vous pouvez me croire… Mais il a attendu, avant de se rallier définitivement à l’avis du professeur, que celui-ci lui permette d’assister à un certain nombre d’expériences. 

-                          Des expériences ?

-                          Oui… Portant sur des transferts temporels…

-                          Des quoi ?

-                          Des expériences consistant à envoyer un caméscope dans le passé de façon à en ramener des images… »

Le détective, d’abord sans réaction, se redressa lentement en décroisant les jambes, se pencha en avant et, posant ses avant-bras sur ses genoux, fixa attentivement sa cliente.

« Vous pouvez me répéter ça, madame Lévêque ?

« Vous avez bien entendu… Je vous ai dit qu’il s’agissait d’une théorie d’avant-garde !

-                          Soit… Mais vous avez bien parlé d’expériences ? Ces expériences ont-elles selon vous été concluantes ?

-                          C’est en tout cas ce que Roland m’a affirmé en rentrant. Apparemment bouleversé, après avoir passé une demi-journée dans le laboratoire du professeur Liévin… »

Charles Boileau, en proie à toutes sortes de sentiments contradictoires dont la très désagréable impression d’être la victime d’un mauvais canular, récupéra pensivement son stylo et son bloc-notes.

« J’imagine que vous ne verriez aucun inconvénient à me communiquer l’adresse de ce Jacques Liévin ?

-                          Non, pas du tout, mais vous ne trouverez que sa femme à son domicile. C’est elle qui m’a dit récemment au téléphone qu’il se trouvait en mission expérimentale à l’étranger. En Italie…

-                          En Italie ? Je suppose que son épouse pourra se montrer plus précise…

-                          Demandez-lui confirmation, mais si je me souviens bien, il se trouverait aux environs de Naples. En fait, à Pompéi.

-                          À Pompéi… Où votre mari vous avait-il dit avoir à travailler lorsqu’il s’est lui-même rendu en Italie ?

-                          À Rome. Il était supposé au départ passer une quinzaine de jours à Rome… »

Le détective resta à regarder fixement, sans vraiment le voir, le grand tableau se trouvant au mur auquel il faisait face. Une représentation ancienne des ruines du Colisée.

« À quoi pensez-vous, monsieur Boileau ? » demanda Françoise Lévêque au bout d’une dizaine de secondes.

« À la distance qui sépare Rome de Pompéi, madame Lévêque ».

 

 

Christian Eychloma

http://futurs-incertains.over-blog.com/

 

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Publié dans Textes

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Marcel Baraffe nous présente son dernier né : "Histoires curieuses et édifiantes"

Publié le par christine brunet /aloys

 

http://www.bandbsa.be/contes3/histoirescurieuses.jpg

 

Histoires curieuses et édifiantes

 

Ces Histoires curieuses et édifiantes auraient-elles pour objet de renseigner sur le côté caché et mauvais des choses

et même de dissiper toute illusion, les dernières surtout ?

Un ancien trader cherchant sa reconversion, dépense son énergie et sa fortune pour tenter de comprendre d’étranges

phénomènes auxquels personne sur terre ne semble échapper. Quel choix devra faire Emilio après la faveur que vient

de lui accorder un bien curieux personnage ? En pénétrant à l’intérieur d’un bâtiment administratif pour défendre son

bon droit, Antoine n’a aucune idée de ce qui l’attend… Ainsi s’enchaînent ces histoires inspirées de faits actuels,

récents et même à venir. Et, sous l’éclairage de l’humour et de l’étrange, l’agitation de nos petites

sociétés humaines déclinantes.

 

Marcel Baraffe est l’auteur de romans historiques et de fiction.

Histoires curieuses et édifiantes est son second ouvrage publié chez Chloé

des Lys après Ultiméa, un roman de science-fiction.


illustration : France Delhaye

Publié dans présentations

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Le Garçon, une nouvelle d'Alain Magerotte

Publié le par christine brunet /aloys

Alain

LE  GARÇON

 

« Venez par ici, il faut que je vous parle… il a encore manifesté son existence pendant le week-end… »

Débarquant de sa «planète rasoir», Ronald Glossman prend un air de conspirateur et m’agrippe par le bras pour m’entraîner à l’écart. Je prends alors mon mal en patience en écoutant les divagations d’un homme qui, j’en suis convaincu, commence à battre la breloque.

La flamme du délire dans des yeux cernés par une nuit d’insomnie, le dos voûté, ployant sous le poids d’un destin tragique, Glossman me raconte la énième manifestation de son dérangeant locataire :

« Dimanche après-midi, je décidais de tondre ma pelouse à la grande satisfaction de mon épouse, Martine. Mon voisin avait rasé son gazon samedi, produisant ainsi une discordance entre les deux terrains. Une discordance qui faisait râler Martine. Et, quand mon épouse râle, ça peut durer longtemps. Je préparais mes outils dans l’atelier, râteau et faux vu la hauteur de l’herbe, quand je sentis, soudain, sa présence insidieuse à mes côtés. Je levai les yeux. Le garçon était là et me regardait. Enervé, je saisis, sur l’établi, le premier instrument qui me tombait sous la main, un marteau, et le lançait dans sa direction. L’outil percuta bruyamment un morceau de tôle ondulée. Face à une réaction aussi violente, j’espérais le dissuader de me tenir compagnie. Peine perdue, j’allais me farcir sa présence durant tout le temps de mon travail. Il me met les nerfs à bout en s’acharnant ainsi. Il sait pourtant que je ne peux plus rien faire pour lui. Comment pourrais-je m’en débarrasser ? »

Glossman se tait et fixe le bout de ses chaussures comme si la réponse à son angoissante question pouvait surgir de dessous ses semelles.

« Bon, je vous laisse, j’ai quelques courses à faire » dit-il d’un air las.

Soulagé, je le regarde s’éloigner. Quel colis ! Au secours, il m’étouffe ! Il faut que je m’aère. Ça tombe bien, aujourd’hui, comme je n’ai pas de projet précis pour la journée et que le soleil est généreux depuis ce matin, j’opte pour une promenade à travers la campagne voisine, privilège de l’espace rural que le trafic urbain, proche, n’a pas encore dénaturé.

Je file vers la Place du Marché, prends la Rue des Myosotis au bout de laquelle se trouve une des dernières fermes qu’on peut encore voir en ville. Au-delà, ce sont les champs des éleveurs et des verts bocages qui s’étendent sur plusieurs kilomètres.

Je m’engage dans un sentier de terre battue longeant haies et sous-bois, où s’emmêlent des parfums d’herbe et de violettes. Agréables senteurs ambiantes incitant à l’évasion. Une évasion qui me permettrait de ne plus être incommodé, par les intrusions répétées de Glossman, car, cela fait trop longtemps que ça dure.   

 

Ronald Glossman habite dans une rue parallèle à la mienne, nos terrains sont séparés par un mur mitoyen. Des habitations confortables, bourgeoises, formant avec d’autres bâtisses tout un quartier qui, vu d’avion, trace un parallélogramme parfait.

A l’arrière de ces maisons cossues, les nombreux jardins composent un agglomérat chatoyant de verdure, de couleurs, nous rappelant, si besoin en était, combien la nature peut être belle et dispensatrice de bienfaits lorsqu’elle vit en osmose avec l’homme.

Or donc, un lundi matin, alors que je me rendais chez le libraire, Ronald Glossman marchait devant moi. On se croisait parfois dans la rue, nous connaissant de vue, sans plus. Un salut de la tête en passant, signe élémentaire de courtoisie, et tout était dit.    

Je ne sais pas ce qui m’a pris, mais ce jour-là, après l’avoir dépassé, je me suis retourné en lançant un vibrant «Ça va ?» que j’allais regretter par la suite.

Cette formule de politesse appelle une réponse positive de la part de la personne interpellée; sans cela, quel intérêt à la poser ? C’est du moins ma philosophie d’homme mi-amer, mi-égoïste, peu enclin à l’altruisme. On éprouve suffisamment de peine à affronter ses problèmes personnels, pourquoi, dès lors, s’embarrasser de ceux du voisin ?

Manque de chance, Glossman éprouvait le désir de partager une vive contrariété. Il accéléra l’allure et, arrivé à ma hauteur, me saisit le bras comme il s’y autorisera désormais, chaque fois qu’il sera en mal de confidences.

« Non, ça ne va pas ! Depuis quelques jours, je reçois les visites insolites d’un garçon…

- Ah ! fis-je, feignant de paraître intéressé, n’est-ce pas plutôt sympathique ?

- Cela le serait si Michel, c’est son prénom, n’était pas mort !

- Pardon ? Je crains de ne pas comprendre, ripostai-je, étonné et vexé d’avoir, semble-t-il, le profil de celui à qui on peut faire gober pareille ineptie. Un mort qui vient faire un petit coucou, non mais, quoi encore ?

- Faut que je vous explique, vous avez bien un peu de temps à me consacrer... (Il n’attendit pas ma réponse et poursuivit) j’ai acheté la maison que j’occupe, voilà bientôt cinq ans. Le propriétaire précédent travaillait dans une agence bancaire.

Il était père de deux enfants : une fille, Cynthia et un garçon, Michel. Si l’une ne lui posait aucun souci, il en allait différemment de l’autre. Michel vivait mal la séparation de ses parents. Un idéaliste perdu dans un monde de sauvages. Sa crise d’adolescence, son mal de vivre, il les soignait par l’absorption de drogues diverses. Son père fit tout pour l’aider à sortir de cet enfer. Il le plaça même dans un institut réputé d’où Michel sortirait, pensait-on, guéri. Ce ne fut pas le cas. Malgré une amélioration de son état, le malheureux rechuta jusqu’à ce qu’il n’y ait plus, pour lui, d’autre issue que la mort. Michel fut retrouvé pendu dans le grenier. Quant au père, il ne lui était plus possible de vivre dans un endroit imprégné des souvenirs de son fils. Il revendit la maison.

- Pourquoi Michel a-t-il attendu si longtemps pour apparaître ? demandais-je, certain de confondre mon interlocuteur, tant cette histoire liée à l’apparition d’un mort me paraissait abracadabrante.

- Parce que, sans le vouloir, j’ai pris contact avec son esprit par le biais d’un carnet de notes. Un jour, Martine, m’a suggéré de mettre de l’ordre dans le grenier. J’ai la manie, comme beaucoup de gens, de conserver des tas d’objets qui ne me sont plus d’aucune utilité, soit par sentimentalisme, soit par la réutilisation que l’on pourrait peut-être en faire un jour. Alors, j’entasse, je surcharge, créant ainsi un épouvantable désordre.

Dans le fond de la pièce, une caisse en carton, coincée contre la base d’une des poutres du plafond, attira ma curiosité. Je ne lui avais pas prêté attention lors de mon aménagement. Après l’avoir débloquée et dépoussiérée, je fouillai son contenu pour y trouver des objets ayant appartenu au garçon. Sa famille n’avait pas supporté de les emmener.

Il y avait pêle-mêle : quatre chemises, une cravate en cuir, toutes de couleur noire, un pendentif avec un médaillon en argent, une bague sertie d’une améthyste, un cahier de dessin à moitié rempli de croquis de visages de femmes, une pochette en plastique contenant des crayons taillés, un carnet de réflexions sur l’existence, sur les relations difficiles entre les êtres et une prose délirante, écrite, certainement, sous l’emprise de la drogue.  

Le soir même, les apparitions commencèrent. Repensant à ma découverte dans le grenier, je ne parvenais pas à trouver le sommeil. A côté de moi, Martine dormait. J’eus soudain l’intuition de la présence d’une tierce personne dans la chambre. Je redressai la tête et aperçus Michel, assis sur le bord du lit, qui nous regardait, mon épouse et moi. Je poussai un cri et me cachai sous la couverture. Martine se réveilla en sursaut. Le garçon avait disparu. Je la rassurai en disant que je venais de faire un cauchemar. »

Je restai abasourdi, comprenant difficilement comment un type à l’apparence saine, normale, pouvait raconter de telles énormités. Je me gardai bien de questionner Glossman sur le contenu du carnet dont la lecture avait provoqué, semble-t-il, la résurrection de Michel. J’avais mon compte mais j’étais loin de me douter que ce n’était que le début d’un harcèlement graduel.       

 

Je remonte Le Chemin des Chats qui me ramène à la Rue des Campanules, parallèle à celle des Myosotis. J’aime ce parcours. D’un côté, fourrés et taillis se multipliant à l’envi, de l’autre, de belles pelouses entretenues s’étendant derrière des constructions récentes. Des enfants s’amusent sur des balançoires. Je ne me lasse pas d’admirer ce tableau enchanteur lorsque soudain, je me fige sur place. Au loin, dans le climat réconfortant d’un après-midi serein, le prénom «Michel», crié sur un ton autoritaire, secoue l’état de béatitude dans lequel je me confinais. Anxieux, je regarde dans la direction d’où provient la voix. Un bambin d’environ trois ou quatre ans, galope en direction de sa mère qui lui tend les bras. Je consulte ma montre, c’est l’heure du goûter. Stupide frayeur, c’est à cause de Glossman ! Depuis que je le connais, je ne peux plus entendre le prénom «Michel» sans envisager qu’il ne puisse s’agir d’un zombie ou d’un mort-vivant…

De retour au logis, je me mets à l’aise, allume le téléviseur, essayant, par ces gestes ordinaires, de me changer les idées et de retrouver, ainsi, une existence normale.

Sur l’écran, un journaliste, à l’air pontifiant, se donne du mal pour expliquer les astuces d’une affaire de fraude fiscale de grande envergure. Le gars m’agace par son côté je te résume le plus clairement possible un truc trop compliqué pour toi. Je coupe le son.

Image suivante : un type, le front soucieux, filmé dans une salle de conférences, raconte, à n’en point douter, des choses intéressantes aux micros qui se tendent vers lui… je ne lui rendrai pas la parole pour autant car, je me moque éperdument de ce qu’il peut dire.

Peut-être suis-je dans l’erreur et devrais-je me montrer davantage à l’écoute de ce qui se passe autour de moi, dans le monde… je ne peux même pas évoquer comme excuse la «persécution» de Glossman à mon égard qui a eu pour effet de me dégoûter de mon prochain… non, j’ai toujours fonctionné ainsi, m’encombrant le cerveau de futilités auxquelles j’accorde trop d’importance et qui me donnent l’illusion de vivre pleinement en me passant des autres. J’assume cette attitude que je ne remets jamais en question. Pourtant, je pourrais, je possède une conscience… alors, ne fût-ce que pour l’apaiser un peu… je m’extirpe du fauteuil pour me lancer à la recherche de la paire de jumelles que j’emmène chaque fois que je vais au théâtre. Le genre d’objet que l’on range n’importe où et qui fait perdre un temps précieux lorsque l’on veut mettre la main dessus.

Quand, enfin, je la retrouve, dans un tiroir de la cuisine où, en aucun cas, elle n’aurait dû atterrir (je devrai lui trouver un emplacement précis), je me poste en faction derrière la fenêtre de ma véranda et observe l’arrière de la maison des Glossman.

Martine, l’épouse, s’active dans la cuisine. Au moyen d’une cuillère en bois, elle goûte la sauce qu’elle prépare. Une moue significative indique qu’elle n’est pas satisfaite du résultat.

Dans la pièce à côté, son époux, assis à une table, est plongé dans la lecture du journal. De temps à autre, il lève la tête pour commenter, probablement, un article qui a retenu son attention. Scène de vie courante pour couple rangé. Voilà ce que me révèlent mes deux loupes. Mes chers voisins coulent des jours paisibles. Ils se comportent comme la plupart de leurs semblables. Ils n’ont pas besoin d’aide, je suis content pour eux…

Soudain, Ronald Glossman se tourne dans ma direction. Se sent-il épié ? J’ai le réflexe de me baisser pour me planquer sous la fenêtre, laissant choir les lunettes d’approche sur le sol. La gêne empourpre mon visage. De quoi aurais-je l’air si, ayant aperçu mon manège, il venait à m’en parler ?    

Je quitte la véranda à quatre pattes et n’y mets plus les pieds durant le reste de la soirée.

Blessé dans mon orgueil, je prends la ferme résolution de ne plus écouter les élucubrations de Glossman. De toutes manières, je ne suis pas doué pour m’intéresser à autrui. La maladresse dont j’ai fait preuve la veille est édifiante à ce sujet. N’en parlons plus. D’ailleurs, mon attitude tenait davantage du voyeurisme.

Je m’apprête à engloutir mon petit déjeuner car je meurs de faim. Les bonnes dispositions, ça creuse. Quelqu’un sonne à la porte. Qui donc a le toupet de me déranger à une heure pareille ?

A travers le carreau biseauté, je devine une silhouette qu’il m’est impossible de ne pas reconnaître, c’est celle de Ronald Glossman ! 

« Ne craignez rien, lance-t-il d’emblée, je ne suis pas venu vous faire des reproches pour hier soir. Bien au contraire… »

Il entre sans en être invité. 

« Plaît-il ? fais-je, interloqué.

- Oui, je vous ai surpris avec vos jumelles.

- Je… j’observais une pie sur le rebord du mur…

- Vous mentez mal, cet oiseau est suffisamment gros et ne nécessite pas une telle entreprise et puis, vous n’avez pas à me fournir d’explication, je suis content de l’intérêt que vous me portez. Pour la première fois, depuis longtemps, j’ai passé une bonne nuit.

- Vous… vous méprenez, je…

- Ne cherchez pas d’excuse. Vous n’êtes pas aussi indifférent aux autres que vous désirez le paraître. Je pense que vous êtes surtout un grand timide. »

Son visage s’illumine d’un sourire, ses yeux se plissent jusqu’à ressembler à deux petites fentes. C’est la première fois que je vois Glossman aussi détendu. De ce fait, il s’enhardit. 

« Vous alliez déjeuner, je ne refuserais pas une tasse de café.

- Je vous en prie, fais-je, pris de court, asseyez-vous, un sucre ou deux ?... Du lait ?

- Ni l’un ni l’autre, Monsieur ?... Figurez-vous que je n’ai pas fait attention au nom indiqué sur la sonnette… 

- Il n’y en a pas… je tiens à garder l’anonymat. Il faut que vous sachiez, Monsieur Glossman, que je ne recherche pas les contacts, je les évite plutôt…

- Je sais, vous avez, dans le quartier, la réputation d’être un homme taciturne, replié sur lui-même. Voilà, je pense, la raison pour laquelle je vous ai choisi comme confident.

- Vous ne m’en voyez pas spécialement ravi. C’est un privilège dont je me serais volontiers passé. 

-  Avec quelqu’un comme vous, je savais que mon terrible secret serait bien partagé. Que vous ne le jetteriez pas en pâture au premier venu, poursuit-il, ignorant ma réflexion.

- Ecoutez, Monsieur Glossman, je vais être franc avec vous, votre histoire de fantôme ne m’intéresse pas ! Si je me fiche du sort des vivants, alors que dire de celui d’un revenant ! »

Mon interlocuteur accuse le coup avec dignité avant de revenir à la charge :

« J’ai emmené le carnet, j’aimerais que vous le lisiez…

- Je vous répète que cela ne m’intéresse pas ! »

Faisant fi de ce que je lui dis, Glossman dépose l’objet sur la table puis, boit sa tasse de café. Il arbore à nouveau ce visage d’homme accablé. Il se prépare à partir lorsque je le retiens par le bras. Un geste de camaraderie dont je ne suis pas coutumier et qui me rappelle combien ce comportement m’agaçait quand il m’arrivait d’en supporter la familière vulgarité.

« Au fait, pourquoi n’en parlez-vous pas à votre épouse ? lançais-je, voulant ainsi l’embarrasser.

- Vous ne la connaissez pas, Monsieur, elle me prendrait pour un fou et me rendrait la vie impossible.

- Et vous ne pensez pas que je…

-… Que vous me preniez pour un dingue ? Peut-être. Le fait que vous m’ayez épié, hier, pourrait le laisser supposer. »

Je ne sais plus que répondre, cet homme me déroute.

Après son départ, l’appétit coupé, je range la table. Le carnet s’y trouve toujours. Je le flanque dans un tiroir, déterminé à ne pas l’ouvrir. Demain, c’est la collecte des immondices…

Je tente d’oublier cette visite impromptue en m’activant à remettre un peu d’ordre sur mon bureau que j’ai la mauvaise habitude d’encombrer de papiers en tous genres. Le bruit strident d’une sirène d’ambulance s’arrête dans le quartier. Ça me laisse indifférent. Les voisins sont sûrement sur le pas de leur porte.

Vers midi, je m’offre une visite obligatoire chez le coiffeur. Plongé dans les pages d’un magazine de photos animalières, je surprends les bribes d’une conversation que le client qui me précède, installé sur la chaise tournante, alimente abondamment. Il y est question du suicide d’un quidam dans les environs. Je sursaute à l’énoncé du nom de Glossman !

Lorsque mon tour arrive, dérogeant à mes habitudes, je questionne le coiffeur qui me confirme la mort de Ronald Glossman. Le malheureux a été retrouvé pendu dans son grenier. C’était donc pour lui que l’ambulance s’était déplacée tout à l’heure. Furtivement, je songe à notre dernier entretien pendant que mon interlocuteur se lance dans d’interminables considérations sur le sens de la vie et de la mort.

Poussé par une curiosité, dont je suis le premier étonné, je consacre l’après-midi à consulter le carnet du garçon.

Ces écrits me révèlent l’existence de Michel… Glossman ! Le frère de Ronald !

La narration des ses voyages délirants vers les paradis artificiels me font comprendre l’état d’extrême désolation dans lequel se débattait un jeune homme fragile obligé d’affronter les impératifs d’une vie beaucoup trop exigeante pour lui. Il m’offre la vision classique du paumé incapable de trouver sa place dans la société, de l’idéaliste perdu dans un univers de brutes. Rien d’original en somme.

Par contre, les relations tendues entre les deux frères sont bouleversantes. L’attitude maladroite de Ronald vis-à-vis de son cadet le fait paraître comme un personnage froid, hautain. Michel ne trouvera, chez son aîné, que dérision et mépris pour ses problèmes. Une souffrance, liée à cette incompréhension, transparaît à travers une écriture de plus en plus torturée au fil des pages. Finalement, il commettra l’irréparable sous les yeux de Ronald, désirant prouver ainsi qu’il avait le courage d’aller jusqu’au bout de ses actes. Je referme le carnet et imagine la suite des événements.

Le temps n’accomplira pas son œuvre de l’oubli. Le remords s’insinuera dans l’esprit déséquilibré de Ronald pour ne plus le lâcher. Il empêchera la cicatrisation d’une plaie invisible, témoin douloureux des pages les plus noires de son existence. En fait, Glossman n’était, psychiquement, guère plus équilibré que son frère…

Trop lâche pour affronter la vérité, il la projettera dans une histoire fictive qu’il voudra partager avec quelqu’un, ne trouvant d’autres échappatoires pour tenter de se libérer du poids de sa culpabilité. Lassé de mes constantes réticences, il finira par me céder le cahier intime de Michel, ultime tentative d’appel à l’aide de sa part.

 

Ronald Glossman ne saura jamais que j’ai un frère, Patrick, qui se morfond, aujourd’hui, dans les couloirs d’un institut psychiatrique où… je l’ai abandonné, incapable de lui tendre une main secourable. Je n’éprouve par ailleurs aucun remord, et vis, dès lors, en paix avec moi-même. Glossman et moi vivions un drame identique avec des réactions complètement différentes. C’est une question de mentalité, c’est tout !

Fort de cette conclusion, je remets le carnet à sa place, pensant m’en débarrasser plus tard et me sers un bourbon pour célébrer ma tranquillité retrouvée en levant mon verre à la santé de tous les casse-pieds de la terre. Qu’ils finissent tous comme Ronald Glossman !

Je me sens brusquement l’objet d’une curiosité malsaine. Quelqu’un, sur le trottoir d’en face, m’observe. J’écarte le rideau pour mieux distinguer le curieux et manque de défaillir…

Le teint livide, des bouffées de chaleur me brûlant l’intérieur, je suis en proie à d’affreuses nausées, à d’horribles poussées vomitives qui me tordent l’estomac, causées par une vision de cauchemar… à quelques mètres de moi, se tient… mon frère Patrick !        

Sa tête éclatée laisse échapper la molle substance de la cervelle. Sa face enfoncée, trouée à l’endroit des yeux, rend par la bouche un liquide épais aux reflets fauves. Son ventre explosé offre à la vue tripes et boyaux violacés trempés de sang, englués d’excréments aux senteurs malodorantes, tenaces, qui viennent jusqu’à empester ma demeure. Le reste continue d’être agité de soubresauts nerveux dans un concert d’éclaboussement de chair déchirée.

Le téléphone sonne. Je décroche le combiné, toujours sous l’emprise de l’effroyable apparition. A l’autre bout du fil, c’est l’institut. Une voix féminine m’annonce le suicide de mon frère qui s’est jeté du haut d’une corniche…

Le combiné raccroché, je me rue sur la porte d’entrée pour la fermer à double tour. Ah, mais la corde qui me pendra n’est pas encore tissée, et le feu de la Géhenne attendra…

 

 

Alain Magerotte

Une nouvelle extraite du recueil "Restez au chaud, dehors il pleut..."

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François crunelle nous propose une nouvelle tirée de "Comptoir de l'étrange"

Publié le par christine brunet /aloys

 

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TU VIENS MON PRINCE ?

 

Londres, novembre 1898…

 

 

Après avoir triomphé des derniers nuages, le vent, chargé de l’odeur des docks et des navires de haute mer, soufflait par toute la ville son haleine fétide et pestilentielle.

La lugubre complainte grondait sous les porches et n’hésitait pas à gifler les façades des masures endormies. Elle s’engouffrait dans les bas fonds de Spitafield en empruntant la trame de sordides ruelles.

 

S’apprêtant à plonger dans cette nuit de goudron, M. Atkinson courba sa tête aux favoris hirsutes et au nez aquilin. Il venait de quitter la relative sécurité d’une taverne et, d’un pas peu assuré, il s’enfonça sans bruit dans le crépuscule bourbeux…

 

- Pouah ! Quel temps ! murmura-t-il pour lui-même.

 

Fumeries d’opium, pubs, hangars et salles de jeux dressaient leurs sinistres façades parmi la multitude des taudis. 

Les pavés visqueux étaient parcourus par des filles de joie aux corps malades et peu attrayants.

 

 

- Tu viens mon prince ? lui lança Polly, une prostituée en haillons horriblement enivrée au gin. A quarante-deux ans, usée par la boisson et une maladie des poumons, Polly ressemblait à une très vieille femme. Ce spectre n’en continuait pas moins à battre les trottoirs au milieu des injures et de la violence.

 

- Tu paies un verre à la vieille Polly ? J’suis pas difficile, même une bière ça m’ira ! Alors qu’est-ce que t’en dis, mon Lord ?

 

Dans sa course vertigineuse, la tempête se moquait de la réponse. Elle enleva d’une chiquenaude le haut de forme de M. Atkinson et transperça perfidement de son souffle glacé les nippes rapiécées de la vieille Polly.

Celle-ci se mit à tousser comme un vieux phoque galeux.

 

M. Atkinson pressa le pas et de longues quintes de toux le poursuivirent pendant plusieurs centaines de mètres comme un écho à la détresse du monde.

 

Sous les yeux ahuris de M. Atkinson, les quartiers s’enfonçaient dans un marasme humain.

Un océan d’une sordide pauvreté engloutissait jour après jour des familles entières dans la bière, le vice et la déchéance.

Chaque rue laissait entrevoir une perspective de briques sales et de misère. M. Atkinson ne regardait plus que du coin de l’œil, horrifié, les lugubres façades lézardées par le poids du temps.

 

Sur le seuil des maisons, des gamins en guenilles se protégeaient d’un froid cinglant en se couvrant de vieilles loques informes et de vêtements en lambeaux. Trois, quatre, cinq couches de couvertures miteuses se superposaient parfois sur leurs corps malingres. Ces répugnants amas flasques de laine puante, de coton humide et de lin pourri gisaient là misérablement et définitivement échoués.

 

Durant la journée, une activité dévorante les avait animés : vol, mendicité, métiers de toutes sortes…

Mais ce soir, comme chaque nuit, cette population grouillante d’enfants décharnés s’était jetée sur des grabats sans nom dans un état proche de l’hébétement.

 

Toujours plongés dans leurs rêves, les marmots ne se réveillaient même pas au passage de M. Atkinson.

 

- Horreur ! Combien se réveilleront demain matin et surtout dans quel état ? se dit M. Atkinson tout bas, en pensant à l’état de survie précaire de ces enfants.

- Ils ne bougent même plus. On les dirait pétrifiés de froid.

 

La nuit était tombée depuis longtemps sur leurs sommeils agités mais toute activité n’avait pas cessé pour autant !

 

Tapis à l’entrée des plus sombres ruelles, un chapeau mou enfoncé sur la tête, des criminels à la mine patibulaire faisaient le guet à l’affût du moindre larcin. 

Un clin d’œil, quelques gestes précis, quelques sifflements rapides annonçaient à tous une proie facile et intéressante.

 

 

- La ferme, Harry ! Vise un peu ce qui nous arrive.

- Waouh mais c’est Noël ?! Préviens les autres qu’il y a du boulot qui se pointe…

 

- Quel calme tout à coup, dit en riant M. Atkinson. Mais son rire sonnait faux et suintait la peur.

La curée allait commencer…

 

Heureusement pour lui, M. Atkinson n’était pas seul ; des marins étrangers, peut-être des Allemands ou des Suédois, titubaient bras dessus, bras dessous à quelques encablures de là.

Ils chantaient à tue-tête tout en cherchant un asile de nuit pour y reposer leurs vieux os.

M. Atkinson était conscient du danger qui le menaçait et dans un mouvement incontrôlé il se signa dévotement.

Sa petite panse rebondie crispée par la peur, il accéléra son allure, jouant le tout pour le tout.

 

Les assassins postés en embuscade se concertaient. Il entendait déjà de faibles gloussements dans son dos quand soudain il vit devant lui une masse blanche informe sourdre des entrailles de la terre.

Le vent venait de s’arrêter comme bloqué par un mur.

Ce mur était constitué de gouttelettes de suie en suspension, de miasmes, de gaz de charbon, de vapeur d’eau croupie et de mille autres ingrédients nécessaires à la préparation du fog.

Le brouillard d’un gris sale rampait sur les pavés luisant d’humidité, longeait les murs et partait à l’assaut des rares réverbères intacts.

Leur halo de lumière n’éclairait guère plus qu’une luciole au fond d’une cave à charbon.

Les rues devinrent calmes, les cris s’étaient tus, un monde surnaturel prit possession du quartier.

Tout paraissait suspendu, même le temps. Le fog avait recouvert Spitafield et White Chapel d’une chape de brume. Il était tombé et tapissait sans bruit une nuit d’amertume. Les jurons des ivrognes, les bagarres, les chansons des matelots ; tout s’était arrêté comme au coup de sifflet d’un policier.

 

M. Atkinson se mouvait maintenant au hasard, un peu à tâtons comme dans une chambre capitonnée. Jusqu’au bruit de ses pas, il n’entendait rien.

De même, il passa inaperçu dans cet environnement ouaté, aux sons feutrés et étouffés par cet édredon de brume.

 

Et c’est ce qui le sauva d’une mort certaine !

 

Le fog, cet ange de la mort, ce nettoyeur de misère, ne l’avait pas choisi… ce soir.

 

Par contre, au petit matin, il laissa derrière lui une impressionnante foule de victimes. Son atmosphère saturée d’eau avait emporté Polly dans une dernière quinte de toux, forte comme une bordée de jurons.

Son froid implacable avait fauché plusieurs gamins des rues, gelés dans leurs couvertures de fortune.

Sa masse compacte avait laissé un des marins Suédois sur le carreau, trois pouces d’acier entre les côtes…

C’était en novembre 1898…

 

 

 

 

Londres, février 2003…

 

Le fog se fait beaucoup plus rare de nos jours.

 

Mais si vous parcourez l’est de Londres par temps de brouillard : tendez l’oreille !

Et surtout ne soyez pas étonné d’entendre dans votre dos une quinte de toux grasse et gutturale ou sur votre gauche un phénoménal blasphème craché dans l’air comme un jet de pus.

 

Vous pensiez être seul ?

Mais vous ne l’êtes plus !

 

- Tu viens mon prince ?

 

 

 

François Crunelle

Extrait de "Le Comptoir de l'Etrange"

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Texte n°9 concours "Si l'hiver m'était conté"

Publié le par christine brunet /aloys

Il avait des cheveux blonds, mon guide…

 

« La place Rouge était blanche,
La neige faisait un tapis,
Et je suivais, par ce froid dimanche,
Nathalie »

Non… Ça, c’était le jour où on l’avait mis dans le convoi  qui devait l’emmener au Goulag. Un dimanche, effectivement, vers la fin décembre. Et puis, ce n’était pas Nathalie, c’était… Quelle importance ? Une garce du NKVD. Chapka bien enfoncée sur la tête, chaudement emmitouflée dans son uniforme fourré. Pendant que lui, insuffisamment vêtu et mal nourri, dans la poudreuse jusqu’aux chevilles, suivait en claquant des dents. Mais il n’avait pas fini de grelotter…

Le vieux bonhomme s’approcha de la vitre en claudiquant légèrement. Il n’avait jamais pu recouvrer une démarche normale après l’amputation de ses orteils gelés. Mais enfin, il était encore là pour l’évoquer. Ils étaient si nombreux à n’avoir pas eu autant de chance…

Il essuya de sa main ridée la buée qui lui masquait la vue sur le parc et le sapin artistiquement illuminé, juste sous les fenêtres de la maison de retraite. Puis il ferma la radio d’un geste sec avant de retourner s’asseoir. Il resta là, le regard dans le vague, le dos frileusement appuyé contre le poêle en faïence.

Pourquoi diable cette chanson, plutôt mièvre au demeurant, devait-elle lui faire à chaque fois un pareil effet ? Pas grand-chose à voir avec sa propre malheureuse expérience… C’était pourtant comme si elle avait le pouvoir maléfique de faire ressurgir tout ce qu’il aurait souhaité pouvoir oublier.

Le travail éreintant au milieu des bouleaux craquants de givre. L’insupportable morsure du froid. La faim tenace. Le sadisme des gardiens, au mieux leur indifférence. Et Nathalie.

Non… Son guide à lui, celle à qui il devait d’être encore en vie, c’était Tatiana. Une « zek », comme lui. Blonde. Oui, il s’en souvenait parfaitement. Mais pas de tresses. Non. Les cheveux courts sur la nuque. Et affreusement pâle, les joues creusées par la fatigue et les privations. Pourtant capable de partager avec lui le peu qu’elle avait pu voler dans les cuisines du camp.

Mais… Ne percevait-il pas toujours cette rengaine ? Assourdie quoique encore trop bien audible !. Un résident qui écoutait la même station, dans la chambre voisine… Des paroles maintes fois entendues, s’insinuant à travers les murs, insistantes, moqueuses. Comme le rire sardonique du destin…

«  La place Rouge était vide,
J'ai pris son bras, elle a souri.
Il avait des cheveux blonds, mon guide,
Nathalie, Nathalie... »

Oui, à la fin, il s’était retrouvé seul avec elle. Non, pas sur la place Rouge, mais dans le local à demi enterré faisant office de morgue. Là où l’on entassait, chaque jour de ce terrible hiver, les cadavres raidis par le gel.

Il était resté longtemps près d’elle, la main posée sur son bras. Et, oui, il se souvint qu’elle souriait. Du moins l’aurait-il juré. Un sourire éternellement figé par la mort.

Le vieil homme ferma les yeux. Combien d’hivers encore ? La chanson se terminait…

«  Que ma vie me semble vide !

Mais un jour, au paradis,

Je sais que tu seras mon guide

Nathalie, Nathalie... »

 

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Texte n°8 pour le concours "si l'hiver m'était conté"

Publié le par christine brunet /aloys

Si l’hiver m’était conté...

 

Décembre !  Une pluie verglacée martèle le carreau. Je vais y tremper ma plume afin de dépeindre l’hiver qui a déjà lacéré, de ses griffes aiguisées, le bel automne doré. C’en est fini des aurores rayonnantes et des crépuscules sanglants. De plus en plus, la nuit s’étire voluptueusement sur le jour, le recouvrant de ses voiles sombres.                                                                                                                                                                                                                Au dehors, le vent souffle en tempête et balaye tout sur son passage. Voici les longues soirées embaumées du parfum des châtaignes grillées sous la cendre et où, pour braver l’ennui, je plonge entre les pages d’un bon livre.

Enfin Noël! Cet instant magique qui magnifie l’éternel combat pour la renaissance de la lumière : Sol Invictis !

Des millions de papillons blancs se sont posés sur terre. Il a neigé ! En une nuit, ce monde de grisaille s’est transformé en un lieu féerique et glacial où une rose vermeille, rescapée de toutes les tourmentes, s’est confite de givre sous l’âpre baiser de l’hiver.

Les lettres se figent sur la pointe gelée de mon stylo. A la chaleur de la lampe, elles coulent sur la feuille blanche, glissent, s’entrelacent et composent des mots. Des étoiles de givre apparaissent à la fenêtre, constellations aux couleurs irisées, inconnues des astronomes. J’ai froid ! Le temps semble s’être arrêté. Un nouveau monde est né du souffle transi de janvier. Royaume étrange dont le roi est ce bonhomme de neige qui trône, là-bas, dans le jardin...

Dans l’aube violacée, la campagne ressemble à une planète inexplorée où seules les empreintes de mes pas restent imprimées dans la neige. Une corneille s’envole et brise le silence de son croassement sinistre. A cet instant, le vent emporte des vaguelettes de poudreuse cinglante qui font bruire les tiges séchées du bord des fossés.                                                                                                                        Les perce-neige ont cassé la croûte de neige givrée et pointé le bout de leur nez bleui de froid. Dans la mangeoire, une ribambelle de mésanges, rouges-gorges et autres passereaux picorent des graines de tournesol.

Une odeur de crêpe flotte dans la cuisine! Les jours s’allongent. De plus en plus souvent, un pâle rayon de soleil caresse la terre et fait fondre la neige.

Dans la douceur de mars, l’hiver se meurt. Son coeur de glace se dissout en gouttes d’eau limpide et il expire dans le murmure cristallin du petit ruisseau qui serpente parmi les prés reverdis !

Mais, hélas, mon encre sympathique s’est évaporée dans l’air tiède d’une belle journée !

 

 

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Texte n°7 pour le concours "si l'hiver m'était conté"

Publié le par christine brunet /aloys

Neige jamais su.

 

Racontez-moi vos neiges éternelles

Et vos sommets aux sourires diaphanes

Ces paquets de cristaux de froids et de gels

Déballés et soufflés

De plaines en montagnes

Moi l’anonyme qui ne respire ces blancheurs

Que par le papier glacé.

 

Racontez-moi ces harpons ces sueurs

Que des hommes habillés d’amitié

Elancent sur ces hauts voyages

Immortels héros honorables guetteurs

Des sommets de neige paysages

Animés d’un tout.

 

Et de là-haut vos visages

Aux sourires éternels

Se cristallisent.

Voyageurs de l’hiver vos escalades

Seraient-elles

Une vie en plus d’une vie

En plein cœur de l’hiver ?

 

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Texte n°6 concours "Si l'hiver m'était conté"

Publié le par christine brunet /aloys

VOIR SANS ÊTRE VU ?

 

L'hiver était la saison préférée de Léa, quatre-vingts ans. Non pas qu'elle aimait la froidure, les sols verglacés et les journées courtes. Non, elle appréciait cette saison parce que les arbres dénudés lui permettaient d'observer à loisir ce qui se passait chez les Laud, ses jeunes voisins. Pour mieux observer, Léa avait acheté une paire de jumelles qu'elle utilisait sans réserve. Et comme Les Laud fermaient rarement les tentures de leur living et de leur cuisine…. Et comme ils aimaient les éclairages puissants…. Leur maison était située derrière celle de Léa. Ils avaient sacrifié une partie du jardin pour y construire ces deux pièces contiguës.

 

Noël approchait, il était dix-sept heures. Dans le coin salon, Rudy Laud tentait de placer le sapin dans un seau. Alix, son épouse, l'aidait comme elle pouvait en maintenant l'arbre, tandis que Jules, leur gamin, courait autour d'eux. Dans son élan, le gamin renversa une grande boîte contenant des accessoires de décoration. Rudy cessa de remplir le seau de sable pour donner une claque sur les fesses de son fils. Alix lâcha le sapin qui tomba sur le sol. Elle gesticulait tandis que son mari s'était mis à arpenter la pièce. L'enfant se réfugia dans les jupes de sa mère qui le serra contre elle et finit par lui donner un bisou.

 

En septembre, Léa avait entendu Rudy expliquer calmement à son fils que s'il écrasait une fleur, elle ne repousserait pas. Le film de cette claque inattendue, Léa se le repassa plusieurs fois.

 

Puis elle se souvint d'autres Noël, de boules cassées, de la nervosité de son époux qui n'arrivait pas à démêler les guirlandes électriques. Chez elle, ça se terminait par des fous rires avant que, par miracle, la guirlande trouve la place voulue et fonctionne !

 

Soudain, les lumières s'éteignirent chez les Laud. Pourtant, l'éclairage public fonctionnait. Léa tourna la tête. Dans son hall, la veilleuse était éclairée. Il ne s'agissait donc pas d'une panne générale. Elle attendit… Pourquoi diable Rudy n'allait-il pas réenclencher le fusible probablement sauté ? Léa attendit encore. De guerre lasse, elle déposa les jumelles sur l'appui de fenêtre et s'assoupit.

 

Un coup de klaxon la réveilla. Devant elle, le living des Laud était éclairé. Elle prit ses jumelles : Tout était rangé, le sapin décoré et Jules était attablé à côté de sa mère. Dehors, dans le forsythia, une guirlande lumineuse. Rudy, qui fumait une cigarette dehors, lui adressa un grand signe de la main. Elle se croyait invisible, elle ne l'était pas !

 

Plus que tout, Léa s'en voulait de ne pas savoir ce qui était arrivé. L'hiver, elle dormait plus qu'à la belle saison et elle n'était pas sûre de n'être pas, un jour ou l'autre, à nouveau victime d'un endormissement indésirable. Elle se mit alors à moins aimer l'hiver.

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Texte n°5 pour le concours "si l'hiver m'était conté"

Publié le par christine brunet /aloys

Si l’hiver m’était quoi ? Conté ?

Faire de la luge, du ski. Des bonshommes de neige. Sentir ses bottes s’enfoncer dans la matière, se balader au milieu des sapins, ou glisser sur un lac gelé, pourquoi pas ? Tout cela doit être bien agréable, en vérité.

Si l’hiver m’était conté, je choisirais l’hiver 1985.

Noël 1985.

Le tout dernier où nous fûmes réunis. Grand-père et grand-mère étaient là. Et toute la famille. Du moins, les membres de la famille ayant l’esprit de famille. Chaque famille a ses gros cons, et ses Moi je. Ça va de pair, bien souvent. Mais ne dévions pas du sujet.

L’hiver, pour certaines personnes, incarne le froid, les journées trop courtes, et uniquement cela, et c’est bien triste. Si jamais je me montrais dogmatique, pardonnez-moi… Je trouve simplement triste d’associer l’hiver et la morsure du froid et… point à la ligne. Une rose n’a-t-elle pas d’épines ? Elle est belle, pourtant.

L’hiver, c’était la pureté. Il reste le fantasme d’une innocence retrouvée. C’était la chaleur, les baisers… Les accolades vraies.

J’écris tout cela à l’imparfait, et j’ai une soudaine envie de pleurer. Si je le faisais, pardonnez-moi… Vous ne me verrez pas, de toute façon.

Si l’hiver m’était conté ; remontons à bien, bien loin, ce serait sortir de l’école et faire exprès de ne pas avoir fermé mon blouson, juste pour le plaisir de laisser faire maman, et l’entendre s’écrier : « Tu vas attraper froid ! »

Ce serait retrouver mémé à la maison, et l’embrasser très fort. Pas pour le bon chocolat chaud servi au moment même de franchir la porte, et le savourer juste avant de préparer la rédaction du lendemain. Mais parce qu’elle se serait donnée cette peine, malgré ses problèmes de santé grandissant.

Si l’hiver m’était conté, ce serait rejoindre pépé dans son lit, le matin, et l’écouter raconter des histoires stupides, fantasques, mais que j’adorais, du moins avant que je prisse quelques années et devinsse un jeune con. Un jeune con avec lui, du moins…

Si l’hiver m’était conté, ce serait le vif souvenir du centre-ville, descendre y acheter les chocolats de Noël. Ce serait faire les magasins de jouets et retrouver ces yeux presque éteints depuis trop longtemps.

Parce que dans : « Si l’hiver m’était conté », il y a ce verbe à l’imparfait, qui nous rappelle que ce qui était n’est plus. Et l’hiver, autrefois si chaud, est aujourd’hui…

J’allais me dédire !

Nous sommes des adultes, alors il faut faire comme si ! Mais l’hiver demeure tiède. Irrémédiablement tiède…

Le voyez-vous, ce que je fais ? Je tombe, comme les feuilles d’automne.

Grand-père est parti un vingt-trois décembre, l’année d’après. Et si l’hiver m’était conté, ce serait ce Noël de 1985. L’hiver carillonnait. Il était là. Ils étaient là.

Depuis, l’hiver, le vrai, est en moi. Ça sonne comme un Moi je, je sais. Pardonnez-moi…

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Texte n°4 concours "si l'hiver m'était conté"

Publié le par christine brunet /aloys

LA CRÈCHE DE TANTE MARGUERITE

 

Coralie aime particulièrement le mois de décembre. Cela lui rappelle tant de bons souvenirs. Son anniversaire d'abord, la Saint-Nicolas ensuite et puis Noël.

 

Et le Nouvel An me direz-vous ? Eh bien non, Coralie ne l'aime pas. Les interminables visites chez des gens qu'elle ne connaît pas ou si peu, mais que Papa et Maman appelle Tante ou Oncle.

 

Ce premier janvier-là, pour la dernière visite de la journée, Coralie accompagne ses parents chez Tante Marguerite, une vieille femme fort acariâtre. Elle habite au premier étage d'une vieille maison située pas loin de chez eux, juste à côté de l'église. C'est toujours le même rituel, les galettes faites maison à peine sucrées et une tasse de mauvais café. Coralie se contentera d'une tasse de lait tiède… C'est toujours plus agréable que l'infâme breuvage que ses parents se forcent à boire !

 

Quelque chose inquiète quand même Coralie c'est le fait que la vieille femme, si pieuse, n'a même pas songé à mettre une crèche au pied du minuscule sapin artificiel qui décore son salon. Mais elle se garde bien de parler. Chez Tante Marguerite, les enfants ne parlent que si on les y autorise.

 

Pourtant, à son retour à la maison, elle questionne…

 

- Dis, Maman, pourquoi il n'y a pas de crèche chez Tante Marguerite ?

 

- Ah ma chérie, il ne faut jamais en parler devant elle. Elle a perdu son fils unique quand il avait deux mois. Tu sais, à l'époque, la rougeole, ça ne pardonnait pas !

 

L'explication lui a suffi. Quelques mois plus tard, début décembre, Coralie a demandé à aller rendre visite toute seule à Tante Marguerite. Ses parents ont bien sûr accepté, heureux de voir leur fille prendre cette initiative.

 

Coralie avait emporté avec elle un petit sac.

 

"Un cadeau que j'ai fait spécialement pour elle !" avait-elle dit…

 

Elle était revenue toute joyeuse, parlant peu de l'après-midi passé et ne disant rien d'autre que le plaisir de sa visite.

 

Les parents de Coralie étaient intrigués mais comme il n'y avait eu aucune mauvaise réaction de la tante, ils n'ont rien demandé.

 

Jusqu'au premier janvier suivant… Coralie était toute joyeuse à l'idée d'aller rendre visite et avait annoncé fièrement : "Vous allez avoir une surprise !"

 

Juste à côté du sapin, il y avait une jolie crèche en carton.

 

"C'est moi qui l'ai réalisée et je suis venue la porter à Tante Marguerite qui a bien voulu l'exposer. Regardez, il y a tous les personnages !"

 

Ce jour-là, les galettes avaient meilleur goût, le café était buvable et Tante Marguerite bien plus bavarde qu'à son habitude. Il a même semblé aux parents de Coralie, que les deux complices échangeaient de temps en temps un petit clin d'œil.

 

Quant à l'enfant dans la mangeoire, il souriait…

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