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Rolande Michel a lu CONTES BIZARRES de Bob BOUTIQUE

Publié le par christine brunet /aloys

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Rolande Michel a lu CONTES BIZARRES de Bob BOUTIQUE (éditions Chloé des Lys)
 
Excellent observateur, Bob Boutique décrit, de façon magistrale, à grand renfort de comparaisons imagées, les comportements humains dans toute leur complexité.
Des détails, en apparence anodins, nous font découvrir des gens ordinaires que nous aurions pu croiser sans même les remarquer.
Je me contenterai de vous en présenter quelques-uns.
Ce pauvre plombier qui n’a jamais quitté sa ville, pourquoi diable accepte-t-il un héritage inespéré ?
Et Monique ? Faut-il un comportement inattendu de son conjoint pour qu’elle additionne mentalement les manques et les frustrations accumulés tout au long de leur vie commune ?
Dans “La Géhenne”, Charles Molleux, le routinier, le méthodique, laisse sa curiosité l’entrainer sur un chemin dangereux capable de  transformer le Paradis en Enfer...
Pas du tout ridicule, le petit Monsieur à moitié chauve ! Juste prépensionné, il est en train de dresser le bilan négatif de sa vie et de son mariage. Enfin, il va se comporter “comme un homme, un vrai”! Mais voilà qu’une petite fille arrive mal à propos...
Vraiment poignant, Télé, ce commis sans ambition, sans religion, sans idées politiques! Il vit “parhttp://www.bandbsa.be/contes3/CBImaureenpetit.jpg procuration” en observant, à travers ses jumelles, l’existence d’un couple. C’est sa façon à lui d’échapper à la solitude jusqu’au jour où...
La solitude, Bob la développe voluptueusement dans plusieurs de ses “Contes Bizarres” et notamment, dans La Grosse.
Louise, la grosse, emprisonnée dans son corps, se voit à travers le regard cruel des autres. Elle se venge en se complaisant dans la crasse et en s’empiffrant.
Lorsqu’elle s’invente un gain énorme au Lotto, le comportement des gens change, comme par miracle ! Mais, est-il encore temps pour elle ?
Comme le dit si bien Bob Boutique : “Ce qui devait arriver arriva.”
Devons-nous en déduire que nul n’échappe à son destin ou aurait-il suffi que... ? Au lecteur d’en décider !
J’ai véritablement adoré ces Contes Bizarres dignes de servir de trame à d’excellents films, pour peu qu’un metteur en scène se donne la peine de les découvrir...
Une fois la lecture commencée, impossible de refermer le livre, tant est forte l’envie de découvrir tous les autres personnages ! JE VOUS LE RECOMMANDE VIVEMENT !!!!!
Quel que soit le genre de littérature que vous appréciez, sachez que vous ne risquez pas d’être déçu! 
Rolande Michel
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Publié dans Fiche de lecture

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Edmée de Xhavée a lu 'Lucioles' de Gauthier Hiernaux

Publié le par christine brunet /aloys

Créateur du blog

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Lucioles – Gauthier Hiernaux – Edmée De Xhavée



Couverture noire à révolver. Une photo de l’auteur en quatrième de couverture qui nous ferait craindre que nous vivons nos dernières heures parce que son regard… euuuh… va assez bien avec le révolver !

Un petit livre (75 pages) dont la taille ne déçoit pas car il contient tout ce qu’il faut de remords, de doutes, d’ans qui pèsent, de violences. Rien de violent dans le style pourtant.

Belle écriture qui nous présente les ambiances et les lourdeurs de certaines vies avec le ton juste. On dirait un vieux film noir avec la voix off. Les violences, d’ailleurs, arrivent presque avec lassitude, tristesse, comme ne pouvant se permettre de ne pas arriver parce qu’elles sont au menu que le destin a mis au point. C’est noir, qu’on ne s’y trompe pas, et les lucioles ne font que voleter presque furtivement, donnant bien peu de joie ou de lumière.

« Quelque peu anxieux, il ajusta le col de son vêtement, redressa le vélo et le serra très fort dans une main tachetée par l’âge. Il vieillissait, il en était parfaitement conscient, mais il n’était pas question de rendre son dernier souffle tout de suite. Sa propre mort lui fit songer à Fred, son unique enfant. »

J’ai aimé ce livre qui pourtant sort tout à fait de mes lectures habituelles. L’écriture de Gauthier, que je connaissais par son blog et des extraits de ses autres livres, m’y avait attirée. J’ai bien compris pourquoi.

 

Edmée de Xhavée

edmee.de.xhavee.over-blog.com

http://www.bandbsa.be/contes3/lovebirds.jpghttp://www.bandbsa.be/contes3/rivieresybilla.jpg

), il est l’un des fondateurs d’ACTU-tv, une télé culturelle sur internet. Il se définit comme ‘touche à tout effréné’... qui fait tout, ne fait rien.  

Publié dans Fiche de lecture

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Un extrait de L'Annonciade, de Didier Fond

Publié le par christine brunet /aloys

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Le portrait d’un des personnages principaux.

 

 

Emeline Lemaire avait la soixantaine bien sonnée et portait haut et ferme un visage à qui la nature, facétieuse à ses moments perdus, avait donné une laideur qui aurait pu être sympathique mais que sa propriétaire s’ingéniait, avec un remarquable talent, à rendre encore plus disgracieux. Elle ne se maquillait pas. Elle ne s’était d’ailleurs jamais maquillée. Les fards, le rimmel, le rouge à lèvres et autres poudres « peinturlurantes » étaient réservées, d’après elle, à ces femmes légères, à la vertu facile, qu’Emeline Lemaire pourfendait dans ses anathèmes quotidiens.

 

Les gones du quartier, affreux gamins qui ne rataient jamais une occasion de se moquer d’elle, prétendaient qu’elle ne se lavait pas non plus et que le savon ne faisait pas partie de sa trousse de toilette. Ce n’était pas vrai. Mademoiselle Lemaire –je suis une demoiselle, moi !- prenait grand soin d’elle-même. Ce n’est pas elle qui serait sortie attifée comme cette Berger qui, à son âge, n’avait pas honte de jouer les Cosette. La haute opinion qu’elle avait d’elle-même lui permettait de tracer de son horripilante personne un portrait élogieux mais hélas, faux. La forme de ses chapeaux faisait se tordre tout le monde. Elle était toujours vêtue de noir, hiver comme été. Une couleur qui lui seyait assez mal et faisait ressortir son teint d’endive anémique. Elle complétait sa panoplie funèbre par d’épais bas à la couleur incertaine, sans doute noire à l’origine, mais que des années de lavage avaient fait virer à l’anthracite décoloré. Le portrait n’aurait pas été complet si l’on avait omis le parapluie, arme guerrière dont elle ne se défaisait jamais, qu’il pleuve, qu’il fasse beau, qu’il vente, qu’il neige, ou qu’il tombe « des sœurs à la renverse et des curés à bouchon ». Parapluie dont certains grossiers personnages prétendaient qu’il était utilisé à d’autres fins que celles attribuées généralement à ce genre d’objet.

 

Emeline Lemaire ne s’était jamais mariée. Elle en avait pourtant eu l’occasion. Il se trouva bien, à l’époque lointaine de sa jeunesse, deux ou trois jeunes gens pour lui tourner autour. Sa laideur cachait sans doute une âme généreuse et bonne. Et puis, au fond, elle n’était peut-être pas si laide que ça. Certes, ses traits étaient trop durs, trop accentués, elle avait un gros nez  -genre boule de bilboquet plantée en plein milieu du visage- qui avait tendance, l’hiver à prendre une assez vilaine couleur rouge violacé, et une bouche trop grande ; mais les yeux étaient beaux. Immenses, dans ce petit visage, d’un bleu étrange, qui contrastait avec la noirceur des cheveux, pas très épais, et pas trop bien plantés non plus, il fallait être franc. Ses yeux étaient sa seule beauté, son seul atout. Le regard eut-il été doux et lumineux, Emeline Lemaire n’eût pas attendu bien longtemps pour connaître les délices du mariage. Pourtant, les prétendants l’abandonnèrent les uns après les autres. Le dernier s’enfuit alors qu’elle avait vingt-huit ans. Un matin, il émergea des brumes irisées du Beaujolais et la vit telle qu’elle était. Laide, bien sûr, mais surtout désagréable, mesquine, chichiteuse et toujours prête à déverser son fiel sur la tête de quelqu’un. Le choc fut insoutenable.

 

C’est ainsi qu’Emeline dut se résoudre à finir « vieille fille » et à garder éternellement sa virginité. Particularité qui n’intéressait personne mais qu’elle clamait haut et fort. Mieux vaut ne pas mentionner ici l’opinion des hommes du quartier à son égard. Tout au plus répèterons-nous, en nous excusant platement, ce qu’avait dit le boulanger de la rue Pouteau à sa femme, un soir que la conversation était, comme par hasard, tombée sur « la Lemaire » : aucun mâle digne de ce nom ne pourrait s’allonger entre les cuisses de poulet anémié de cet engin. Fin de citation. Notons cependant que la boulangère n’avait pu retenir une grimace en entendant l’expression « cuisses de poulet anémié » non pas tant à cause de l‘image peu ragoûtante qu’elle faisait naître mais parce qu’elle se demanda tout à coup comment son mari pouvait connaître ce genre de détail, les robes amples de la Lemaire lui descendant nettement au-dessous du genou.

 

Ces échecs sentimentaux n’avaient bien sûr pas arrangé le caractère déjà peu avenant de la bienheureuse Lemaire toujours vierge, comme disait le mari de la laitière qu’elle avait un jour traité de « mauvaise langue » et dont la réplique immédiate « ma femme ne dit pas ça » l’avait clouée au mur et lui avait ôté, pour quelques délicieuses secondes, tout don de répartie. Le fiel, amassé au cours d’une jeunesse ratée, lui remonta au visage et lui fit prendre un teint jaunâtre. Elle voua à l’humanité une totale exécration, et à l’espèce mâle en particulier une haine si intense qu’elle fut responsable, pendant toutes ces années, par ses ragots, ses méchancetés et ses sournoises allusions, de bon nombre de paires de claques échangées dans les foyers, de disputes fracassantes, voire de deux divorces –triomphe absolu qu’elle savoura en se procurant, bien à l’abri des regards, la seule ivresse qu’elle ait connue, celle donnée par le cognac. Intelligente, elle était capable de la plus subtile diplomatie quand elle le jugeait nécessaire, ses armes préférées étant alors le sous-entendu empoisonné et le compliment à rebours. Bref, Emeline Lemaire était une plaie, le cauchemar des gens du quartier, statut qui lui convenait parfaitement et dont elle s’enorgueillissait avec un évident plaisir

 

Expression typiquement lyonnaise. Etre « à bouchon » signifie être à plat ventre. (NDA)

 

 

 

 

Didier Fond

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Clarène Meyers... Son interview !

Publié le par christine brunet /aloys

Lorsque je demande aux auteurs qui passent par ce blog depuis quand ils écrivent, généralement, la réponse est "depuis l'adolescence". Clarène a 15 ans et démontre qu'il n'y a finalement pas d'âge pour s'immiscer dans le monde de l'édition et imposer son univers, son imaginaire, son écriture. J'ai voulu savoir comment un auteur aussi jeune aborde l'écriture et les lecteurs.

_MG_0118.jpgDepuis quand écrivez-vous ? Un déclencheur ?

Je pense que j’écris depuis toujours... Depuis mes 6 ans, j’ai vraiment trouvé un moyen d’expression qui me correspond. Mes tiroirs sont d’ailleurs remplis de petites histoires et poèmes que je composais pour m’amuser lorsque j’étais à l’école primaire. Depuis lors, mes écrits ont évolué : je ne parle plus des  mêmes choses et mon style est certainement devenu plus imagé. Mais l’idée reste la même : j’écris pour le plaisir, pour exprimer ce qui est en moi et pour le faire découvrir à d’autres. Si l’écriture n’existait pas (si je vivais par exemple à la préhistoire), je pense qu’il me manquerait vraiment quelque chose.

Qu'écrivez-vous ? Quel genre littéraire ?

Le roman que je vais publier est un roman « Heroic Fantasy ». C’est un style que j’adore ! Dans ce type d’histoire, les personnages sont réalistes, en ce sens qu’ils éprouvent des sentiments très humains (il est donc facile de s’identifer à eux), mais ils évoluent dans un univers fantastique et extravagant. Un univers dans lequel on a vraiment envie de plonger pour découvrir une vie et une faune complètement différentes des nôtres. La plupart des romans que je lis durant mes temps libres sont des romans d’heroic fantasy et ont pour auteur Pierre Bottero, Brussolo, Erin Hunter, Suzanne Collins,… Mais je lis aussi d’autres livres, notamment grâce à l’école. Les auteurs contemporains sont ceux que je préfère. J’aime par exemple Amélie Nothomb, Eric-Emmanuel Schmidt et Philippe Claudel.

Définissez le mot "écriture"

L’écriture pour moi… c’est une manière de mettre des mots sur des sentiments, des émotions ou des rêves qu’on ne sait pas toujours exprimer oralement. Par écrit, on prend le temps de choisir les bons termes. On se relit. On se corrige. On prend le temps d’améliorer sa pensée. On prend aussi du plaisir à être lu par d’autres, à leur partager un univers et à faire vivre des personnages pour eux.

Vous vous présentez svp ?

Comme vous l’avez sûrement compris par mes réponses précédentes, je suis une jeune auteure : j’ai 15 ans et je suis en 4e secondaire en options math-sciences. J’aime lire, écrire, dessiner, composer des paroles de chanson pour mon frère et je joue aussi du piano depuis 6 ans. Je n’ai pas encore beaucoup de « vécu » derrière moi, mais j’aime écrire et je pense que le roman que j’ai écrit plaira aux ados de mon âge. Il peut même déjà convenir aux enfants à partir de 10 ans. Ma petite sœur l’a déjà lu et elle a apprécié.

Définissez votre style.

P5193577b.JPGVu le public auquel s’adresse « La vie en mauve », j’ai essayé de garder une écriture simple, narrative et descriptive, voire cinématographique. Je voulais vraiment que les lecteurs visualisent les villes, les lieux, les animaux que j’ai imaginés. Je voulais qu’ils aient envie de s’y trouver et de rencontrer les personnages, de vivre avec eux. Le côté « cinématographique » se retrouve dans cet aspect visuel, mais aussi dans la construction de mes chapitres que j’ai construits un peu comme les séries télévisées, avec un dernier événement à la fin qui amène chaque fois du suspense et donne l’envie de lire le chapitre suivant.

Parlez-moi de vos héros : comment les créez-vous ?

Les personnages principaux de « La vie en mauve » sont Samy et Lara, deux enfants de respectivement 13 et 8 ans. Même si je ne m’en suis pas tout de suite rendue compte, ils sont assez bien inspirés de mon frère et de ma sœur, au niveau physique mais également au niveau des pensées et du comportement. Ce n’était pas conscient de ma part, mais à la re-lecture, j’ai réalisé que c’était probablement un peu mon frère et ma sœur tels que je les imagine dans un monde idéal…  Le chaton de Samy et Lara est lui aussi inspiré de mon entourage vu qu’il ressemble très fort à Bamboo, mon chat !

Racontez-moi l'histoire de "la vie en mauve"

La vie en mauve raconte l’histoire de deux enfants, Samy, 13 ans, et Lara, 8 ans, qui se retrouvent dans un monde parallèle au nôtre. Ils y ont été appelés pour résoudre un conflit qui dure depuis plusieurs siècles. Ils partagent ainsi la vie d’un peuple, isolé et très évolué (car ils ont inventé une formule de jouvence et trouvent leur énergie dans le sommeil, sans jamais devoir manger ou boire), mais ce peuple des Fils de la Force et de l’Esprit est soumis aux attaques de la nature et des animaux. Samy et Lara vont les aider à lutter contre la nature hostile mais surtout à comprendre les raisons de sa haine. Je ne vais pas vous raconter le dénouement de l’histoire, mais, je peux juste vous dire que, comme souvent dans les conflits, rien n’est simple : il n’y a pas vraiment de méchants et de gentils, mais seulement des mauvais choix qui sont parfois posés et des habitudes auxquelles on s’accroche.

Comment et quand écrivez-vous ?

P6293138b.JPGIl y a deux bonnes années, durant les vacances d’été, j’ai commencé à écrire une histoire, comme j’aime souvent le faire. J’adore inventer de petits textes, simplement à mon bureau, sur un bout de papier. Mais la plupart du temps, ces petites histoires sont, soit fort courtes, soit sans suite. Cette fois, je ne sais pas exactement ce qui m’y a poussé (peut-être la pluie), mais j’ai vraiment pris goût à l’histoire et j’ai continué à avancer dans les chapitres. Et finalement, quand je me suis retrouvée avec une dizaine de chapitres, je les ai fait lire à ma mère, qui m’a encouragée à continuer. J’ai alors fait une halte pour bien réfléchir et savoir où je voulais aller, comment les personnages allaient évoluer et comment l’histoire se terminerait, car je me suis dit que, plutôt que d’écrire juste pour le plaisir, ce serait peut-être bien aussi de faire passer un message dans le livre… Une fois que tout a été clair dans ma tête, j’ai repris l’écriture de manière plus structurée. Cette fois, j’ai tout retapé sur l’ordi et, puis, j’ai continué à essayer de rédiger un chapitre par jour. Les idées principales étaient choisies et fixées, mais beaucoup de petits détails ont aussi afflué au fil du récit. Une fois l’histoire terminée, cela a été une grande joie de tout relire, mais également encore beaucoup de travail pour corriger les derniers points incohérents et les mauvaises tournures de phrase. Je crois que j’ai encore relu le roman au moins cinq fois ! A chaque fois, je trouvais des points à améliorer ou à corriger... Maintenant que le livre est complètement finalisé, c’est vraiment le résultat que j’avais envie d’obtenir.

Vous faites partie de la génération du numérique : que pensez-vous des tablettes/liseuses ?

Même si je consulte beaucoup de sites sur internet, je n’ai encore jamais lu de livres entiers sur une tablette. Je ne suis pas équipée pour… Et puis, par habitude, je préfère le contact avec le papier, surtout, en tant qu’auteur… C’est beaucoup plus agréable de voir son livre publié sur papier, de pouvoir le mettre dans sa bibliothèque et le tenir en mains.

Vous allez être lue... Facile ou compliqué, selon vous, d'affronter le regard des lecteurs ?

J’ai déjà fait lire mon livre à mon entourage familial et à mes amis. C’est vrai que j’ai ressenti une certaine crainte en leur passant le livre, car, même si moi, j’adore l’histoire de Samy et Lara, ce n’est pas pour ça que les autres vont apprécier. Heureusement, ils ont tous aimé le livre. Son point fort, je pense, est que l’écriture est facile et agréable à lire : les chapitres sont courts et finissent chaque fois sur une touche de suspense… Ce sont des éléments qui donnent envie de savoir la suite. Je sais que je ne peux pas plaire à tout le monde, mais j’espère vraiment sastifaire un maximum de lecteurs, principalement ceux qui sont sensibles au style « Heroic Fantasy ». Et puis surtout, il faut prendre le livre comme il est, sans prétention : c’est un livre écrit par une jeune auteure et pour les jeunes lecteurs.  

 

 

Pourquoi la vie en Mauve ? N'avez-vous pas peur que les lecteurs pensent plutôt à un roman sentimental ?

Pourquoi le titre « La vie en mauve » ? D’abord parce que ça sonnait bien !. Ensuite et surtout, parce que le mauve a une signification particulière dans le roman. Il y est présent dès le début et deviendra en quelque sorte un symbole de connaissance et d’éternité… La couverture du livre est d’ailleurs principalement dans les tons de mauve. Je n’ai donc pas trop peur que les lecteurs s’attendent à un livre sentimental, car l’illustration est assez explicite pour qu’on se rende compte du type de livre dont il s’agit : deux enfants, dans un monde fantsatique, où le mauve a une place prédominante. C’est le côté aventure qui ressortira donc principalement de la couverture…

 

Clarène se positionne dans un univers qu'elle connaît parfaitement, dans un lectorat qui lui ressemble (quoique le thème m'interpelle et me donne envie...). Une couverture qui interpelle, une démarche complètement assumée malgré le jeune âge de l'auteur ! Bravo et beaucoup de succès !

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

Publié dans interview

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Mensonges, un texte de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

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DES MENSONGES ?

 

Monsieur Brunard était mort. Tous les dimanches, il venait déjeuner dans le restaurant tenu par mes parents. Qu'il soit seul, accompagné de sa fille, de son gendre et de son petit-fils ou de son frère et de sa belle-sœur, il occupait toujours la table de quatre, située près du feu ouvert. Il avait la critique facile et sa voix était sèche. Il trouvait toujours bien un détail qui lui déplaisait : un léger pli dans la nappe, des légumes un peu trop cuits, une trace sur un couteau, une mousse trop ou trop peu assaisonnée. Ses deux petits yeux noirs vous jugeaient et vous méprisaient. Moi qui depuis mes seize ans aidais en salle le week-end, j'essayais de lui être le plus agréable possible, souriant et veillant à me montrer vraiment efficace. Je remplissais aussitôt son verre presque vide, apportait un nouveau petit pain dès qu'il en terminait un, n'hésitait pas à mettre des mignardises supplémentaires en accompagnement de son café, l'aidait à s'asseoir et à se lever. Pourtant, jamais il ne m'adressa un merci et jamais il ne répondit à mes sourires.

 

J'avais eu l'occasion d'entendre Monsieur Brunard gronder son petit-fils, contredire son gendre, se plaindre de sa bonne, contester une addition pour un supplément de vin.

 

Le jour de l'enterrement, un samedi, mes parents décidèrent de m'envoyer à l'église pour les représenter. "Aujourd'hui, David, on est vraiment à la bourre. On a un banquet de mariage. Pierre est malade. Ni ta mère ni moi ne pouvons nous absenter ne serait-ce qu'une demi-heure. Tu n'est plus un gamin. Tu assisteras aux funérailles. Un client comme Monsieur Brunard, c'est sacré, vois-tu."

 

Après les lectures tirées de la Bible, j'écoutai les témoignages de la famille et des amis. Ce n'étaient que des éloges. Bien sûr, le vieil homme avait sans doute été le travailleur rigoureux que son frère évoquait mais certains propos m'apparurent mensongers. Le silence bienveillant du vieil homme, sa générosité, son humeur égale, sa gentillesse et sa tolérance me semblèrent autant de qualités usurpées.

 

Ce jour-là, tandis que je rentrais chez moi, je me posai des questions sur la sincérité des témoignages. Le chagrin du départ était-il à lui seul capable de changer notre regard sur les autres ? Voulait-on à n'importe quel prix sauvegarder de la sorte l'image de nos proches ?

 

À présent, j'ai plus de vingt ans et ces questions me trottent encore en tête…

 

Micheline Boland

micheline-ecrit.blogspot.com

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Deuxième extrait du roman de François Ucedo, Le Grand Vaisseau qui va à Manissa

Publié le par christine brunet /aloys

 

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Cathy s’appuya sur le bastingage, le regard perdu au-delà des flots. Elle essaya d’analyser la situation.

« Serait-ce un rêve ? pensa-t-elle. Peu probable. Un rêve lucide ? Sûrement pas, car dans ce cas, je saurais que je rêve... Un rêve normal non plus, car il n’y a pas assez d’absurdités. Ce bateau n’est pas assez absurde pour appartenir à un rêve. D’autant plus que rien ne change ni ne se transforme ; je revois les mêmes personnes, les mêmes choses, les mêmes endroits... Or, j’ai déjà rêvé de gens que je connais bien, qui se transforment ou sont déjà physiquement différents quand le rêve commence, mais qui demeurent malgré tout les mêmes personnes. Par exemple, j’ai déjà rêvé de ma cousine, qui dans le rêve se transformait en chienne, mais qui était toujours ma cousine. Mais ici, c’est différent...

« De même pour les lieux et les objets : si je prends le chemin menant au théâtre, je me retrouverai au théâtre. Dans un rêve, si j’allais au théâtre, je pourrais me retrouver devant un distributeur automatique de pizzas, puis je devrais acheter et manger une pizza afin de récupérer le ticket caché à l’intérieur, qui pourrait avoir la forme d’une langoustine, et déboucher ensuite devant une piscine suspendue, de laquelle l’eau ne s’écoulerait pas grâce aux oiseaux qui voltigeraient autour et aux danseurs africains se tenant en dessous, en train de faire des saluts japonais... Et si je demandais pourquoi ils font ça, on me répondrait que c’est à cause des trois lunes dans le ciel de miel de demain ! D’autres viendraient approuver que c’est effectivement à cause du ciel de miel de demain et des trois lunes. Quelqu’un pourrait très bien ajouter qu’il faudrait faire attention à ce que les papillons à dard motorisé ne viennent pas piquer les bulles de la Gloire. Ce serait complètement absurde, ça ne voudrait rien dire du tout, mais pour celui qui rêverait, ça resterait parfaitement logique jusqu’à ce qu’il se réveille...

« Mais ici, ce n’est pas du tout comme ça ! L’absurdité se limite finalement au navire, dont l’intérieur est plus vaste que l’extérieur, et au comportement des gens, qui ne trouvent rien d’étrange à tout cela. Alors pourquoi suis-je la seule à me demander ce que je fabrique ici ? Et Daniel ? Où peut-il bien être, celui-là ? Depuis le brouillard, il ne s’intéresse plus à moi. Il n’a même pas voulu me prendre la main ! Il avait vraiment l’air d’un imbécile heureux... Comme tous les autres, d’ailleurs. »

Un serveur passa, portant un plateau garni de coupes remplies d’une boisson transparente couleur azur.

— Un nectar bleu, mademoiselle ? lui offrit-il poliment.

— Pourquoi pas ? répondit Cathy, avec la bonne volonté d’essayer de s’adapter. C’est quoi ?

— C’est du nectar bleu.

— Je voulais dire : avec quoi c’est fait ?

— Avec... du bleu, je suppose...

— Mais c’est quoi, ce bleu ? Pourquoi ce nectar est-il spécifiquement bleu ?

— Est-ce que je sais, moi ? Pourquoi vos jolis yeux et vos longs cheveux sont-ils spécifiquement bruns ?

Cathy soupira une énième fois avant de porter la coupe à ses lèvres.

— C’est ce qui est écrit sur la bouteille, en tout cas, reprit le serveur. Nectar Bleu. Rien d’autre. Nous en avons aussi du vert, du jaune, du violet... bref, je crois que nous avons toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

Un autre serveur, qui passait justement avec un plateau de coupes remplies de nectar rose, intervint.

— Mais c’est justement ça, ces fameux nectars, ignare ! Ce sont les gouttes colorées de l’arc-en-ciel, récupérées et mises en bouteille.

— Une chose est sûre, déclara Cathy après avoir goûté : coloré ou pas, votre nectar a plutôt un goût d’H2O.

— Ça, j’en sais rien, répondit le deuxième serveur, qui n’avait aucune idée de ce que pouvait bien être une molécule. En tout cas, hache de haut ou hache de bas, les gouttes de l’arc-en-ciel produisent une boisson rare.

— Kafkaïenne, répondit Cathy sur un ton critique en reposant sa coupe à peine entamée sur le plateau.

 

 

François Ucedo

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Christine Brunet a lu : Humeurs grises, nouvelles noires de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

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Le titre donne le ton... pas gai... pas gai du tout !

 

Micheline Boland n'a pas son pareil pour croquer les travers de l'âme humaine et dans ce recueil, le croquis ébranle. Les acteurs sont plus vrais que nature, les situations également, et le lecteur se surprend à se poser des questions : "Dans la même situation, ça pourrait m'arriver... Il faudra être vigilant..."

 

Des nouvelles plus noires les unes que les autres, plus torturées. Les personnages, tirailléshumeursgrisesrecto par la jalousie, la peur, la haine... choisissent tous la solution ultime : la mort pour eux... ou pour les autres en réponse immédiate au désespoir, au rejet ou à un acte prémédité censé les affranchir... de l'autre menaçant. (Il y a toujours ce regard "violent" vers l'autre ou de l'autre).

 

Ne croyez pas ressortir indemne de ce voyage, ce serait peine perdue ! 

 

A ne pas lire si vous êtes dépressif... A savourer en gardant votre esprit ouvert et critique envers la nature torturée de l'être humain. 

 

Bon, vous avez compris, j'ai adoré ! Je l'ai lu d'une seule traite en deux petites heures...

 

 

Christine Brunet

www.christine-Brunet.com

 

E16 (1)

 

 

 

 

 

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Lorsqu'un conte de Bob Boutique se rebiffe, ça donne... les dix petites négresses !

Publié le par christine brunet /aloys

 

Bob Boutique... Je me souviens le jour où, juste après la signature de mon premier contrat chez Chloé des lys, il m'a contactée pour son interview... Très intimidée, à l'époque, j'assistais, médusée voire apeurée ou suffoquée (tout dépend des moments) à ses interventions sur le forum, par exemple.

 Et puis, j'ai décidé de créer le blog passion créatrice et ma première idée a été de lui demander de répondre, à son tour, à quelques questions. Mais j'ai mis des semaines avant d'en avoir le courage... et le résultat a été un jeu rapide et mordant que j'ai eu bien du mal à maîtriser... parce que Bob est du genre "immaîtrisable" ! Vous lui posez une question, et il vous renvoie un interview quasi bouclé ! Et cette fois n'a pas fait exception !

Avec certains d'entre vous, (les auteurs concernés se reconnaîtront), j'ai du mal à obtenir les infos que je cherche... Pas simple de décortiquer son écriture, j'en suis consciente... Pour Bob, ça va de soi... Une facilité qu'on retrouve dans ses réponses...

Les années passent... Pas trop, quand même et voilà Bob avec un nouveau bouquin, différent des deux précédents, plus... enfin, faudra le lire pour comprendre !

 http://www.bandbsa.be/contes3/10negresses.jpg 

 

 

 

Bon, je commence, alors... Dis, Bob, c’est curieux...  On s’attendait à te voir publier un « Contes Bizarres III » et voilà que tu nous sors un roman « Les 10 petites négresses » ! 

C’est une erreur !  J’étais effectivement en train d’écrire un troisième recueil de contes bizarres et me lançait dans une cinquième nouvelle, lorsque celle-ci  s’est rebiffée…

 

Rebiffée ?

Tout à fait. Normalement mes contes font, grosso modo, une  trentaine de pages, après quoi j’en arrive tout naturellement au fameux  « et arriva ce qui devait arriver » suivi de la chute. Un processus bien huilé dont je ne suis absolument pas responsable, car tout cela se trame dans ma tête sans que j’aie le moindre mot à dire…  un matin vers sept heures je commence à écrire, sans trop savoir où je vais, je tape sur les touches, je tape, je tape , l’histoire se développe sans que j’en connaisse la fin, pas de plan, pas de notes, rien… et trente A4 plus loin, ben…  c’est fini.


Et pour Les petites négresses ce ne l’était pas ?

Exactement, j’arrivais plus à terminer ! Chaque fois que j’achevais un paragraphe, un autre se profilait… faut dire que c’est un peu particulier.(ça, je confirme !!!!)

Dans ce conte devenu un roman, je mets en place des personnages qui ressemblent quand même très fort à des amies que nous connaissons toi et moi et ça, ça m’ amusait, tu peux pas savoir… ( oh, mais je m'en doute !!!) Je crois que j’ai rigolé du début jusqu’ à la fin…

 

Et comme en plus tu les as dessinés, le doute n’est plus possible ! D'ailleurs l'une de tes négresses me ressemblerait que ça ne m'étonnerait pas... Je me trompe ?

Bah, tu connais l’ expression… toute ressemblance avec des personnages existants etc…

 

… Est difficile à prouver, c’est ce que tu as mis dans ta préface, hein !

Pour le cas où.  Je dois admettre à ma grande honte ( mais aussi à ma grande jubilation) que je ne les ai pas favorisées. Mais bon… je les adore et elles ont toutes beaucoup d’humour. Enfin, je l’espère.

 

Comment as-tu choisi tes têtes de turc, comme ça à pouf ?

Si je me moque de quelqu’un, c’est que j’ai de l’admiration ou même du sentiment pour lui. Il me viendrait jamais à l’idée de ridiculiser une personne qui m’est indifférente (perte de temps) ou que je déteste. Dans ce dernier cas, je vais  la trouver et lui mets un coup de boule. Et, croyez-moi, ce n’est pas une figure de style. Ici, je me suis limité à dix, mais j’aurais pu en ajouter encore l’une ou l’autre.

 

Pas peur des retours de bâton ?

Ben quand on ouvre une porte, faut s’attendre à ce qu’elle se referme… parfois même en coup de vent. Je sais là contre, comme dit à Bruxelles.

 

Toi qui as pas mal baroudé, tu connais l’endroit où l’histoire se passe ? On peut expliciter ?

Oui, je connais. Tout comme toi, je suis incapable de parler d’une région sans y avoir été… Poussin, Juju  et moi avons traîné nos godasses dans le coin. Tout est vrai et vérifié, garanti sur facture.

 

Pourquoi ce titre qui évoque évidemment Agatha Christie ? Tu venais de le relire ?

Non. Mais c’est un policier qui m’a marqué à l’époque. D’ailleurs, je l’explique dans le bouquin… Pour moi « Les 10 petits nègres » est une espèce de modèle du genre. Une histoire qui vous scotche et vous énerve tout autant, car on n’arrive pas à trouver la clé, sauf à la fin lorsque… enfin, je vous laisse lire, je ne vais pas déflorer le sujet, même s’il a été pas mal copié depuis.

En plus, on y trouve les trois grands classiques du théâtre appliqués à  la littérature policière : l’unité de lieu,- ici c’est une espèce de huis-clos -, de temps, - neuf jours-, et d’action : une mécanique qui fonctionne comme une horloge avec les douze coups de minuit.

 

Tu as donc dû faire un plan ?

A postériori. Le premier jet s’est fait en quinze jours… puis j’ai dû relire et relire, pour gommer toutes les invraisemblances et mettre les rouages au bon endroit.

 

Il y avait des couacs ?

Oui, surtout dans la répartition du temps et dans la désignation des personnages… chaque négresse a en effet son nom de carte d’identité et le surnom qu’elles se donnent entre elles. Là, il fallait pas que je m’emmêle les pinceaux. C’est pour ça que je les ai dessinées… afin que le lecteur les visualise et ne les confonde pas lorsqu’elles parlent entre elles ou bougent dans un même espace…

 

Une sorte de Cluedo en fin de compte ?

Tout à fait ! Qui a tué Miss Scarlet ou le professeur Plum ? Est-ce le colonel Moutarde ou le révérend Green ? On distribue les cartes et on tente de percer le mystère.

 

Sauf que dans les « 10 petites négresses »…

On n’en parle pas !!! Par pitié. L’ histoire est ce qu’elle est, mais la solution finale est, je crois, très particulière et je supplie ceux qui auront lu le bouquin de ne surtout rien révéler, je dirais même de ne pas faire de commentaire, car dans ces pages TOUT compte : le moindre mot, le plus petit détail…

 

Là, je confirme !!!! Dis, un truc me chiffonne... Chloe des Lys n’a pas fait d’ennuis pour accepter ce manuscrit ?  Les clés y sont quand même grosses comme des serrures de portail et  les négresses, qui se reconnaîtront, chargées à mort, non ?

Non, je crois que CDL a la chance d’avoir un comité de lecture d’une qualité et d’une intelligence hors du commun. Et je ne dis pas ça pour les flatter… d’ailleurs ils m’ont refusé le premier manuscrit !

 

Ah bon ?

Oui, pas pour le sujet qui je crois leur a plu, mais pour mes innombrables fautes d’orthographe ! Plus d’une par page et il y en a cent cinquante ! Je pourrais te montrer leur avis circonstancié : c’est oui, à la condition expresse que je leur propose un nouveau manuscrit corrigé ! Heureusement que j’ai trouvé une bonne poire bien blête, prête à tomber de l’arbre, pour revisiter mes textes et apporter les corrections… j’imagine d’ici les profonds soupirs qu’elle a du exhaler tout au long de son calvaire. Une sainte… c’est la même qui a fait cette splendide couverture qui donne le tournis. Vous la reconnaîtrez.

 

Passons. Donc pas de résumé de l’histoire ?

Surtout pas.

 

Et les autres contes déjà écrits avant que ce cinquième ne dérape ?

Ils seront repris dans un « Contes Bizarres III » que j’espère publier début 2014, si le comité de lecture l’accepte.

 

Toute dernière question, si tu veux bien... Tu as un style très particulier : à certains moments (pas si rares d'ailleurs), ton texte est poétique, très imagé. A d'autres, il est très parlé. Est-ce que cette ambivalence est un reflet de ta personnalité ( et est donc inné), ou est-ce que cette multiplicité de styles est là pour réveiller le lecteur, ou booster le texte ?

 

En tous les cas, il n'y a  rien de préparé ni de volontaire, je suppose donc que c'est inné. En fait,  je n'écris pas mais "raconte" des histoires et je le fais comme si nous étions toi et moi dans un resto ou à la maison à bavarder tranquillement. Je t'explique, je fais de grands gestes, je suppose que je dois tirer des mimiques pas possible, j'imite les voix de mes personnages et parfois même je crie ! C'est une sorte de one man show et je suppose qu'inconsciemment j'en ajoute un peu pour créer l'ambiance et maintenir le suspense.

Après y'a plus qu'à retranscrire...

Dans chaque village de France et de Navarre, tu trouveras un conteur capable de captiver son public de cette façon, sans l'avoir appris. C'est comme ça !

 

Peut-être, oui... Il est vrai que "Les dix petites négresses" tiennent autant du thriller, je dirais, que du conte. En tout cas, les personnages qui s'y cotoient sont plus vrais que nature ! 

Je n'en dirai pas plus, même sous la torture, juré Bob! Mais j'ai hâte que le livre sorte pour le tenir entre les mains et vous livrer une fiche de lecture pas piquée des hannetons !!!! Ma vengeance à moi...

 

Vous le savez tous, mais je vous rappelle que tout l'univers de Bob se retrouve dans ses deux précédents opus (Contes bizarres 1 et 2) et, bien évidemment, sur son site, www.bandbsa.be/contes.htm.

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

 

 

 

 

 

 

Publié dans interview

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Adam Gray nous propose un extrait d'Euphoriques et Désespérées

Publié le par christine brunet /aloys

 

euphoriques

 

Extraits choisis du prologue de …Euphoriques & Désespérées

 

« Qui crois-tu être ? Qui crois-tu être pour oser prétendre offrir au monde un recueil de… poésie ? Qui crois-tu être, hein ? Poe, Baudelaire, Rimbaud, Verlaine ? Sois maudit, sinistre inconnu ! Et brûlez donc, toi et tes mots !… »

 

Je ne suis pas un poète, non. Mais suis-je seulement quelqu’un ?

Le recueil que vous tenez entre les mains n’est composé que de cela : des chansons écrites sur une période de vingt-deux années.

Je ne suis personne mais, pourtant, j’ai moi aussi mon histoire, comme vous la vôtre, et c’est l’un des chapitres de cette histoire, qui est aujourd’hui clos – gardez bien cela à l’esprit –, que je voudrais partager avec vous. Sera-t-il digne d’intérêt ? Ne le sera-t-il pas ? Il vous appartiendra d’en juger. Mais, pour comprendre le « pourquoi du comment », l’abc, et ainsi mieux appréhender la plupart des textes composant ce recueil, il est nécessaire que je vous ouvre mon cœur aussi sincèrement que je le puis, que je vous laisse pénétrer dans mon âme aussi profond que possible, sans fausse pudeur, sans concession aucune, même si l’introspection peut être des plus douloureuses, et que je vous entraîne sur les chemins tortueux d’une adolescence meurtrie.

 

 

Tous les dimanches, mémé Nana, qui se levait toujours aux aurores, organisait des repas gargantuesques pour toute la famille. Et, bien souvent, nos voisines étaient de la partie, elles aussi ! Je m’étonne encore qu’autant de monde ait pu tenir dans une si petite habitation, d’ailleurs…

À la fin de l’année 1994, elle se hâta de vendre l’appartement pour une bouchée de pain. Elle savait une chose que ma mère et moi ignorions encore : qu’elle n’en avait plus pour très longtemps à vivre (on l’avait déjà sauvée d’un cancer, en 1987). Par-dessus tout, elle redoutait que le frère de ma mère ne nous jetât à la rue, et s’était confiée à l’une de mes cousines quant à ses craintes.

Je ne puis dire si elle avait raison… Je ne puis dire si elle avait tort… Le doute subsistera toujours. Elle voulut nous protéger.

Nous quittâmes donc notre « chez nous » dans le silence et la résignation, dans l’incompréhension et la torpeur ; dans une colère muette, pour ma part. L’argent récolté grâce à la vente, partagé en parts égales, suffit à peine pour acheter ces espèces de meubles fragiles qu’on monte soi-même, afin de remplacer ceux que nous avions depuis des lustres et qui avaient, il est vrai, fait leur temps.

Quelques semaines plus tard, pris au piège d’un appartement que je haïssais et qui était, au sens propre, glacial, nous découvrîmes l’horrible vérité : avec des cotons, des mouchoirs, mémé Nana, des mois durant, avait dissimulé…

Comment appeler ÇA, Seigneur ?

Elle avait un trou, un véritable trou, à la place du sein. Une gangrène… Elle était tellement terrorisée de devoir retourner à l’hôpital qu’elle avait tu une souffrance que je ne peux deviner qu’épouvantable. Elle avait réussi, même, à tromper la vigilance de ma mère, qui, pourtant, la surveillait de très près depuis son premier cancer.

Sa dernière phrase fut la suivante : « Pardon pour la vie que je vous ai fait mener. »

En un mois, ce fut terminé.

Il est évident que la nuit, parfois, quand le sommeil ne vient pas et que nous avons tout le temps de repenser, retenir ses larmes est impossible, et l’on se demande :

« Pourquoi ? »

Avec des si, je serais peut-être toujours chez moi, heureux.

Qui sait ?

Oh ! Bien sûr, je ne souffre plus comme autrefois d’imaginer que quelqu’un d’autre puisse évoluer dans les pièces où j’ai ri, où j’ai joué, où j’ai pleuré, sans doute. Mais un relent de colère demeure…

Point de haine, non ; la haine est le credo des imbéciles.

Parfois, naïvement, je me surprends à rêver de reconquérir ma maison de poupées un jour même si, au final, il me semble que ça ne m’apporterait rien de positif, sinon la souffrance de ne plus rien reconnaître du tout. Et ceux que j’aime ne seraient plus là…

Pourquoi se torturer, alors ? Inutilement, qui plus est.

Ce que je sais, ce qui est sûr, c’est qu’une partie de mon âme est morte le jour où mon sanctuaire m’a été arraché.

Qu’importe la raison. Qu’importe à cause de qui.

 

 

J’eus la chance – ou la malchance ( ?) – d’être chaleureusement encouragé par des professeurs qui eurent mes textes en main, et qui les trouvèrent fan-tas-ti-ques. Quand Monsieur Delfino me dit que mes poèmes seraient formidables sur de la musique, il ne m’en fallut pas plus pour entrevoir, dans mon avenir, le bonheur.

J’ai essayé, oui. Timidement. J’ai d’ailleurs enregistré l’un de mes nombreux textes, Promis à l’Exil, en studio, en septembre 1999. Égocentrique, Pécheur et Que Dieu me pardonne auraient dû suivre, mais développer cela et évoquer les échecs ne m’intéresse pas.

Au fil des ans, j’ai écrit l’équivalent d’une quinzaine d’albums. Peut-être davantage si je devais compter tous les textes que j’ai jetés à la poubelle, parce que trop maladroits ou trop agressifs.

Mes chansons, intimes, bien souvent, reflètent d’anciennes blessures et des joies éphémères. Elles sont empreintes d’amour et de mélancolie, d’effronterie, également, de puérilité et de gravité, de provocation, accessoirement, d’espoirs déçus et d’espoirs tout court. Il me tenait à cœur que nous partagions cela, vous et moi. Une petite voix me dit que c’était ça, finalement, ma voie : l’écriture.

J’espère qu’elle s’ouvrira vers des lendemains plus beaux…

 

 

Nous sommes le jeudi 15 janvier de l’année 2009. Il est 19 heures 47 et je viens de mettre un point final (?) à mon recueil, …Euphoriques & Désespérées. Ça fait très bizarre de se dire que c’est terminé.

Vingt-deux années d’écriture. Un rêve fou avorté…

La page qui se tourne laissera-t-elle place à de nouvelles pages, un peu plus colorées ?

Je ressens une certaine angoisse, je l’avoue.

 

 

Adam Gray

adam-gray.skyrock.com

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LE BLOGUE D’AURÉLIE COLHOMB, une nouvelle de Georges ROLAND

Publié le par christine brunet /aloys

 

http://www.bandbsa.be/contes2/clercrecto.jpg

 

LE BLOGUE D’AURÉLIE COLHOMB

Bonjour, bienvenue sur le blogue d’Aurélie Colhomb, artiste peintre.

 

Dimanche, 13 octobre

 

Beaucoup de gens prétendent que mes peintures ne valent rien, et que ce que je fais n’a aucune valeur. J’en suis vraiment triste, parce que je suis sûre qu’ils mentent. Ils sont seulement jaloux de mon succès. Aubin m’a dit de ne pas m’en faire pour ces critiques : l’important, c’est de vendre ses toiles.

Le jour de mes dix-huit ans, j’ai remis à mon grand-père une série de dessins que j’avais faits pour lui à l’occasion de son anniversaire. Il y avait des motocyclettes rouges avec des roues vertes et jaunes, puis des chiens qui pissent contre des réverbères, mais là j’avais un peu dépassé avec les couleurs, et puis des paysages de derrière la maison de campagne de mes parents, avec des vaches dans le pré et des moutons bruns.

Mon grand-père a regardé les dessins, puis il s’est exclamé à l’adresse de son fils, c’est-à-dire mon père :

« Crénom, Eudes-Frédéric, cette petite a une patte. Il y a là-dedans de quoi se faire du blé. »

Mon père a étudié mes dessins avec l’application que la nation entière lui connaît, les a déposés bien droits sur le manteau de cheminée pour prendre du recul, a encore tendu le cou en arrière, puis a déclaré pensivement :

« C’est vrai que j’en parlerais à Aubin Richel, et avec une petite mise de fonds préalable, il y a matière. J’ai le sentiment qu’on se prépare un bel avenir avec Aurélie. »

Eudes-Frédéric Colhomb, mon père, donc, est une figure politique importante dans la région, et a déjà maintes fois été appelé au secours de la nation. De plus, vaillant capitaine d’industrie, il a su développer confortablement l’affaire créée par mon grand-père, Cyrille-Eudes Colhomb.

C’est ainsi que je me suis retrouvée dans le bureau de monsieur Aubin Richel, promoteur d’art et propriétaire d’une galerie de grande renommée.

 

Lundi, 14 octobre

 

Comme vous savez tout sur ma biographie, j’ai plutôt envie de vous parler de mes créations. Aubin (on s’appelle par nos prénoms, bien sûr) m’a dit que c’est dans la quantité qu’on trouve la qualité. Il vaut mieux rater dix dessins, pour n’en garder qu’un seul. Un jour, il m’a pris par l’épaule :

« Tu vois, petite, parmi dix navets, je me fais fort d’en trouver un à leur fourguer au prix maximum, crois-moi. »

Alors, comme une bonne élève, je me suis mise au travail. Un dessin par jour, un dessin retenu par mois. C’était, selon Aubin, une bonne moyenne ; mais le volume de nos poubelles augmentait sensiblement.

Il avait raison. Mes dessins se vendaient bien. Il faut dire que je soupçonnais un peu grand-père d’avoir arrosé copieusement à la ronde. Il arguait du fait qu’il ne faut pas négliger le budget communication, primordial pour toute entreprise.

Au bout de deux années, j’étais devenue la coqueluche des amateurs d’art, et plus particulièrement des investisseurs. Je passai donc naturellement du dessin à la peinture, puisque cela se vend plus cher. Le désagrément principal fut irrémédiablement l’augmentation du volume des sacs alignés tous les deux jours devant la maison. Les éboueurs commençaient à nous regarder de travers.

C’est là qu’Aubin a eu une idée de génie.

« On va te créer un personnage, faire de toi une icône de l’art pictural.

― J’aime bien les gothiques, lançai-je bravement. Mais je suppose que ça ne cadre pas…

― Au contraire ! s’exclama Aubin. C’est génial ! Un maquillage outrancier, un chapeau de sorcière, on va faire de toi un épouvantail d’Halloween. Gothique à souhait. Avec cette image-choc, nous allons monopoliser l’attention de tous les médias. Nous allons t’identifier à tous ces jeunes en rupture de bienséance, te donner un look. Ce n’est pas tout. Tu vas me faire une trentaine de dessins de toiles d’araignée, j’en retiendrai une pour ta prochaine affiche. Je ferai préparer quelques phrases-types que tu glisseras dans la conversation des vernissages. »

Je fréquentai depuis ce jour des échoppes de fringues de seconde main, passai au barbouillage de kohl et rimmel, pris l’habitude de marcher pieds nus et de boire des sodas énergétiques.

Inutile de préciser que grand-père n’a pas aimé ma nouvelle présentation.

 

Mardi, 15 octobre

 

Je sais, je vais plus vite que les dates de mon blogue, mais il faut tout de même que je vous explique. Et puis les dates se génèrent automatiquement et je ne sais pas comment les changer.

Ce matin, Aubin m’a annoncé que vu l’essor de mes ventes, j’étais devenue le poulain le plus vendu de son écurie, et que, par conséquent, il m’offrait la résidence au sein de son organisation. Un bureau pour moi seule, jouxtant un atelier de deux cents mètres carrés, où je pouvais travailler en toute quiétude. J’étais devenue sociétaire des galeries Aubin Richel, une sorte de reine incontestée, adulée, dont les admirateurs épient les moindres balbutiements.

Je courais les expositions, hantais les vernissages, jetais des autographes sur toutes sortes de supports, embrassais des petits enfants comme une souveraine en Joyeuse Entrée, on cherchait à me toucher le chapeau, à me prendre en photo, on s’arrachait mes toiles…

Comme l’avait prévu grand-père, les Colhomb se faisaient du blé. En douce, ils avaient fondé une société à but extrêmement lucratif, regroupant le père et le fils, ainsi qu’Aubin Richel, subitement incorporé dans la famille.

Et je peignais, je dessinais. Une toile par jour, trente par mois. Un dessin mensuel retenu, promu, vendu. Le reste, à la poubelle.

Je me lançai alors dans les traces, nouvelle technique picturale particulièrement intéressante. Mon père réussit à se procurer chez un des plus grands fabricants de peinture, quelques décalitres de fond blanc crème, que j’élus immédiatement. Le blanc crème allait devenir ma signature.

Le premier jour du mois, j’enduisais les fonds de trente toiles de ma peinture fétiche, puis laissais sécher. À partir du trois, je commençais les traces : projection de confiture de fraises au moyen d’un lèche-plats en caoutchouc, passage subtil de la joue couverte de poudre de riz, collage d’une dizaine de miettes d’un pain aux sept céréales, ajustage d’une carte de téléphone portable usagée, et d’autres encore.

Grâce aux bons offices d’Aubin et de son organisation, ce fut le délire. On ne parla plus que de moi dans la presse. les gens s’arrachaient mes œuvres et ma notoriété dépassa les frontières. C’était grandiose. Je me demandais à quel moment j’entrerais à l’Académie. Première femme peintre élue à l’unanimité, avec un discours de bienvenue prononcé par Roger Maschin, dans la plus pure tradition : « Bon appétit, madame l’académi-cienne. »

 

Mercredi, 16 octobre

 

Grâce aux traces, j’arrive à réaliser trois toiles par jour. Aubin est vraiment satisfait. Il a imaginé un marché parallèle, de figurines diverses à mon effigie, vente de chapeau de sorcière et ligne de fards et cosmétiques divers, reproductions de mes originaux, réunions et causeries auxquelles j’assiste ou que j’anime. Il appelle ça le « merchandising ». Grand-père est aux anges, et papa m’encourage en me promettant pour très bientôt une distinction bien méritée. Enfin Immortelle ? Son influence dans les diverses académies n’y sera pas étrangère. Je suis sûre en tous cas, que la pérennité de notre nom est assurée. À ce propos je ne comprends pas les artistes qui usent de pseudonymes pour célébrer leur dons.

 

Jeudi, 17 octobre

 

Un admirateur m’a demandé aujourd’hui laquelle de mes toiles je préférais. Je ne savais que lui répondre ; moi, je fais des traces, des blancs crèmes, des dessins, sans plus. S’il faut encore choisir parmi tout ça ! J’aime tout, voilà. Même ce qu’Aubin m’ordonne de jeter à la poubelle. Je serais bien incapable de préférer l’une ou l’autre. Qu’importe, d’ailleurs, puisqu’on les achète.

 

Vendredi, 18 octobre

 

Mauvaise journée. J’ai lu plusieurs articles dans des journaux médisants, où il est dit que ma peinture ne vaut rien. Que tout est creux. Que mon blanc crème, ce n’est rien de plus que ma vision du néant. Que mes traces ne valent pas celles de Rachel Houlenberg, qui expose chez Perron. Que je suis une baudruche remplie d’air vicié. J’en ai marre. Ce n’est pas juste. Cette pimbêche d’Houlenberg n’a aucun talent, je le sais bien. C’est Aubin qui me l’a dit. Pendant un mois, je ne signerai plus d’autographes et je n’irai plus aux vernissages. Je dirai que Rachel s’appuie sur les autres. Je dirai qu’elle se contente de copier-coller les idées d’artistes méconnus qui viennent lui présenter leurs œuvres.

Aubin m’a dit que ce n’est pas une bonne idée.

 

Lundi, 21 octobre

 

Passé une fin de semaine épouvantable. Papa fâché, grand-père qui fait la gueule, et Aubin qui ne cache pas sa déception. Houlenberg a raflé le prix de l’académie, et mes ventes descendent en flèche.

Pourtant j’ai vu ses toiles, à cette Rachel de malheur. Je ne leur trouve rien de mieux qu’aux miennes. Je me demande même si les critiques n’ont pas raison. Elle doit copier les œuvres de ses admirateurs. Ou alors elle se contente d’en découper des morceaux pour les coller sur ses propres toiles. Sans doute a-t-elle aussi un meilleur promoteur. Je m’interroge sur l’opportunité de prendre contact avec Perron, peut-être la société Aubin Richel est-elle au bout de ses possibilités. J’en parlerai sérieusement avec papa.

 

Mardi, 22 octobre

 

Grand gala d’ouverture de la nouvelle galerie Aubin Richel. J’en suis l’invitée d’honneur, et ce coup de pouce doit redémarrer ma carrière. J’arbore mes plus beaux atours : chapeau énigmatique, maquillage de scène, haillons scrupuleusement sélectionnés et, bien sûr, les pieds nus et la canette de PitBull. Je dispense des sourires, en attendant de distribuer des autographes. Grand-père n’a pas lésiné sur les moyens, et cette fois, Aubin a consenti a exposer la totalité de ma production du mois dernier. Soixante-trois toiles sont ainsi livrées au public.

« Qu’ils aiment ou qu’ils n’aiment pas, ils seront bien obligés de les voir, a pronostiqué mon père. Je défie la Houlenberg d’en produire autant.

― Je vous l’ai dit, confirma Aubin, c’est dans la quantité qu’on trouve la qualité. Regardez Victor Hugo, on y trouve toujours quelque chose de bien. »

Me comparer à Victor Hugo, c’était tout de même osé : moi, je n’ai pas de barbe.

 

Mercredi, 23 octobre

 

Je suis arrivée au bout de mes fonds blanc crème, et plus de peinture disponible chez le grossiste. Mon père a téléphoné à son ami pour faire hâter la production. Je vais manquer de matière première pendant quelques jours. Comme des vacances. J’en profite pour faire les magasins et tout le monde se retourne sur moi :

« Regardez, c’est Aurélie Colhomb, vous savez, celle qui peint. Il y a trois mois, j’ai acheté une de ses toiles parce qu’on en parle tellement, mais je n’ai pas encore eu le temps de déballer le colis. J’essayerai d’y penser la semaine prochaine.

― Vous avez vu comme elle est attifée ? C’est-il pas malheureux de voir la jeunesse se déguiser ainsi ?

― Jeunesse ? Mais elle a quarante-sept ans, madame. C’est pire.

― Vous avez raison. À la voir de près, on se rend compte des rides autour des yeux. Vous croyez qu’elle se maquille si fort pour cacher son âge ? »

Je suis rentrée en larmes. Et pas même une toile préparée pour y jeter mon désarroi. Pourquoi les gens sont-ils si méchants ? Est-ce que je leur en veux, moi, d’acheter les toiles de Rachel plutôt que les miennes ? Comment leur dire, leur montrer que je les aime, qu’ils sont mes amis, que je mourrai si eux ne m’aiment pas ? Je crois que comme Vincent, je vais me couper une oreille pour communiquer au monde ma grande tristesse.

 

Jeudi, 24 octobre

 

En attendant de la retrouver dans les encyclopédies, Aubin a intégré ma biographie dans Wikipedia. C’est une belle promotion, et je suis certaine que Papa a pris contact avec les Encyclopédistes afin de réparer une lacune incompatible avec leur universalité. Colhomb est un patronyme digne de figurer aux meilleurs dictionnaires et annuaires. Notoire, déjà, grâce à Christophe, un illustre ancêtre, sans doute, même s’il lui manque le « h » indispensable à notre gloire.

J’ai fait ce matin un autoportrait particulièrement réussi, où l’on reconnaît principalement mon grand chapeau et mon maquillage ; en fait, mes signes distinctifs, comme dit Aubin. Il y a du Toulouse-Lautrec en moi, c’est sûr. Cette passion intense que l’on retrouve derrière une esquisse, la manière divine dont je croque de trois traits de fusain une personnalité hors du commun.

Dès que possible, on en fera tirer des milliers d’exemplaires en icônes, afin de les distribuer au maximum. Aubin prétend que comme pour les grandes marques, on est obligés de faire une publicité incessante pour se maintenir en vue du public. De plus, il serait utile de créer l’évènement médiatique de façon très régulière. Il appelle ça un « buzz ». L’idéal étant un mariage pompeux suivi de près par un divorce retentissant, avec extensions d’adultère et de pension alimentaire faramineuse. Mais je n’ai pas envie de me marier, je n’aime pas les hommes.

« Qu’à cela ne tienne ! a répliqué Aubin, on te pacse avec ta copine, avec le même scénario, ça porte encore mieux qu’un mari volage. »

Personnellement, j’ai l’impression que tout ce battage médiatique ne sert à rien. Pourquoi les gens n’achèteraient-ils pas mes œuvres pour ce qu’elles sont ? Il suffirait de présenter les toiles dans les galeries et les académies, comme Vincent, enfin, je crois. Au bout de quelque temps, elles vaudraient des millions … Cela ferait plaisir à papa.

Rachel Houlenberg fait un malheur à Tokyo avec des croquis mal torchés et des croûtes, tout cela grâce à son prix de l’académie. Pourquoi n’en ferais-je pas autant ? Mon père n’a qu’à initier un prix somptueux dont je serais la grande bénéficiaire, et voilà. Pas plus compliqué. Une semaine de bombardement intense des médias : « Aurélie remporte le Lascar haut la main !!! » Des millions de petites icônes autoportrait s’étalant sur le monde comme les aigrettes de la semeuse du dictionnaire.

Aurélie Colhomb, adulée par les foules, poursuivie par sa gloire, idole incontestée de la peinture moderne ! Aurélie, Aurélie, Aurélie !

 

Aujourd’hui, mercredi (le logiciel n’a pas indiqué la date)

 

Chaos total. Je ne sais plus où j’en suis. Hier soir, dans l’ascenseur de l’immeuble, un garçon m’a embrassée. C’était tellement spontané que je ne me suis même pas révoltée. Dès la fermeture de la porte de la cabine, nous étions seuls, il s’est jeté sur moi, a posé ses lèvres sur les miennes, a forcé mes dents de sa langue. Je me suis sentie submergée par une onde inattendue. Elle irradiait dans la poitrine, inondait les poumons, le cœur, puis s’engouffrait dans mon ventre, me retournait les entrailles. Enfin, elle convergea sur mon sexe, mes ovaires. J’étais comme fertilisée.

Ce matin, je suis sûre d’être enceinte. Ce baiser a imprégné mon corps, et je n’ai plus envie de peindre ou de dessiner. Je vais me vouer entièrement à cet enfant qui va naître, à cette nouvelle vie à venir. Il sera le fruit d’Aurélie, sa plus belle œuvre. Il me faudra, évidemment, des mois de préparation, des années de construction et de parachèvement. Je suis prête à lui consacrer vingt ans de ma vie. Rien que lui et moi. Au diable les déguisements, les soirées mondaines, oubliées les vertus de l’art contemporain. Je veux entrer délibérément dans ma vie de mère. J’espère qu’Aubin ne m’en voudra pas. Mon père, lui, me découvrira bien une nouvelle voie d’enrichissement.

 

 

Fin du blogue d’Aurélie, nouvelle maman. 

 

Georges ROLAND

www.georges-roland.com

Publié dans Nouvelle

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