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Henri Puffet présente son roman "la mise entre parenthèses"

Publié le par christine brunet /aloys

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Le héros et narrateur du récit, Jean, 45 ans, brillant vétérinaire, offre une image de professionnel hyperactif, dont la vie est remplie à ras bord.

Mais voici qu’un bête accident, point de départ du récit, vient tout changer et le met soudain sur la touche. Le destin tient parfois à peu de choses. Durant les longues semaines d’inactivité forcée, à l’hôpital puis lors de sa convalescence, il lit beaucoup, réfléchit énormément, et jette un regard rétrospectif sur sa vie. Il n’avait jamais soupçonné qu’on puisse avoir une vie intérieure.

Notre personnage entame une progressive descente à l’intérieur de soi, une irrésistible métamorphose qu’il arrive rapidement à considérer comme une renaissance privée, persuadé que son accident était un croc-en-jambe du destin.

Alors qu’il a repris le travail, une foule de questions continuent de le hanter. Il se sent de plus en plus à contretemps de la vie normale et dérive lentement vers une décision un peu radicale : il va tout lâcher, sortir du rang et partir pour une espèce de voyage initiatique. Et il saute le pas. Il prend la route, dans l’improvisation la plus totale. Il vole un an au reste du monde à la poursuite de réponses et à la recherche de la vérité.

Comme on le voit, « la mise entre parenthèses » n’est ni un polar ni un thriller, ce n’est pas non plus un essai ou un conte philosophique. Dans ce qui est plutôt un récit de vie sans intrigue romanesque, jean nous raconte page après page sa longue errance et sa patiente quête. C’est surtout la chronique d’un long voyage, intérieur et extérieur, témoignage d’un homme qui finalement démontre que la sérénité est à la portée de chacun.

Et voici donc Jean, au centre du récit, affranchi du carcan de la vie dite ordinaire, qui confesse sa passion nouvelle pour la solitude, et qui rend un véritable culte à la liberté. Qui, à sa manière, délivre des messages essentiels, des vérités parfois dérangeantes, et se laisse aller à des curieuses réflexions sur le climat de notre époque. Au hasard de ses pérégrinations, il se plaît à collectionner les ambiances, il donne libre cours à son amour de la nature et des grands espaces, parfois même bucolique, sans être – c’est lui qui le dit- ni un lyrique, ni un écolo naïf, ni Rousseau. Notre ami vétérinaire aime à rappeler que rien n’est jamais aussi compliqué ni aussi sombre qu’on veut bien le dire, il nous entretient de lois naturelles, dénonce les travers de notre société avec des mots empruntés à son jargon professionnel, et multiplie avec un certain humour les piques à l’encontre de ses contemporains qu’il observe comme des insectes ou des rongeurs de laboratoire. Il nous livre sans complaisance sa version de l’actualité et se plaît à peindre les gens rencontrés en singuliers portraits.

Trouvant l’inspiration à l’écart du temps, dans le calme pastoral ou le silence des grands espaces, loin des bla bla, des divertissements et de la bêtise banalisée, Jean fait la part belle aux descriptions. Il éprouve une tendresse particulière pour les routes vides, les paysages sans fin, les villages perdus, les forêts profondes et les déserts humains. Au long du chemin parcouru, la nature est omniprésente. De Belgique en France, en faisant un crochet par la Suisse et l’Autriche, avant de s’envoler vers les Amériques, on se promène en Forêt noire, on crapahute en montagne, on visite la Bretagne. Puis le livre nous emmène droit vers l’ouest du Canada et des USA, avant de se terminer en Amérique Latine par une balade dans l’Atacama et une visite guidée du « Gran Chaco » paraguayen, dans la poussière, la chaleur et les beuglements des vaches.

Les relations entre les gens sont un des thèmes récurrents du récit. La dimension humaine est donc bien présente aussi, et, chemin faisant, Jean Granier bavarde avec des paysans bien de chez nous, casse la croûte avec des cowboys et avec des vaqueros, dialogue avec une sympathique métisse canadienne, raconte sa quête à une ancienne amie … Toutes ces rencontres sont pour lui l’occasion d’attirer l’attention au passage sur la diversité des caractères, mais surtout, une fois de plus, sur le fait que chaque humain est unique, apte au bonheur et à la liberté, malgré un contexte de mondialisation et d’uniformisation à outrance qui l’agace profondément. Le fait que la trajectoire de Jean croise beaucoup de personnages pittoresques, lucides, optimistes et calmes, n’est pas un simple hasard. Sans être pour autant du « sirop » en opposition volontaire au pessimisme, au catastrophisme, aux climats de crise, au bourrage de crâne tragique et aux fresques romanesques à la mode. Jean donne à voir les gens tels qu’il les croise dans sa recherche d’une compréhension paisible du monde, alors qu’il cherche à percer les secrets des relations humaines.

Et puis le voyage s’achève, et revoilà Jean à la case départ. Sa quête métaphysique n’est pas achevée – elle n’aboutit jamais vraiment, l’essentiel étant le cheminement. Mais il est devenu autre. L’épilogue ne réserve pas de grande surprise, le dénouement est calme à l’image du narrateur. Pour Jean Granier, l’important est d’avoir ouvert les yeux sur la vie. Il rentre vivifié, comme après une promenade en forêt. Sa longue parenthèse peut sembler un rien irréelle, mais un récit, s’il peut rafraîchir et réconforter un peu le lecteur, c’est toujours bon à prendre par les temps qui courent…

Les références aux nombreux livres que le « héros » a lus et relus sont pratiquement absentes. C’est intentionnel.

Publié dans présentations

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Journal de bord... Hugues Draye...

Publié le par christine brunet /aloys

 

H.draye

 

journal de bord, jeudi 27 septembre 2012
 
MR, PRL, CDH, Liste du Bourgmestre, Uni (et quelque chose), FDF ...

Des lettres. Des images. Des projections. Des couleurs. Des sons. Des références, sans aucun doute. Dans quelle fusée nous propulsons-nous ?

Nous sommes en pleine campagne électorale. On le sait. Toutes les tendances dites "politiques" s'affrontent et se confrontent.

Faudra bientôt voter ! Le 14 octobre, si mes souv'nirs sont exacts.

A quel saint se vouer, dans l'histoire ?

Je ne dirai pas, comme plus d'un, que les politiciens se ressemblent tous (même si j'ai souvent envie de le croire), qu'ils entonnent et claironnent des discours compris par eux seuls, qu'ils font des promesses qu'ils ne respectent pas. Non, la réalité, sur le terrain, est sûrement plus complexe.

Non, non, non. Je n'y connais que dalle, dans ce domaine-là. Je ne mets jamais (ou presque jamais) le doigt dans cet engrenage-là. Je ne me rends à aucun conseil communal, je n'ai aucune idée de ce qu'i s'y dit, de ce qui s'y trame, de ce qu'on y construit peut-être.

Alors ?

A priori, je dirais que ... tous les partis ont une cohérence dans leur programme de départ : les uns s'engagent à limiter les impôts, les autres s'engagent à rendre leur commune un peu plus propre (ou un peu moins sale), d'autres favorisent la libération, d'autres (encore) se penchent sur les biens communs, d'autres (encore toujours) réagissent à l'action d'autres partis contre le gaspillage qu'ils engendrent à l'égard de leur commune ...

Et je reste encore très très général.

Et puis, aussi, je connais, individuellement, dans chacun de ces partis, parmi des gens que je rencontre, sur mon chemin de facteur, sur mon chemin de chanteur, plus d'un, plus d'une personne que j'estime, à son échelle, dans les actes qu'elle trace sur sa route.

Mais, pour le peu que mes yeux survolent un papier électoral, un tract, moi, qui suis, dans la vie, partant envers toutes les initiatives de base, je serais prêt, en toute naïveté, en toute curiosité, à adhérer à tous les partis, pour autant que je m'efforce, sans me prendre pour le bon Dieu, à respecter les bons côtés de tous les programmes, en faisant le moins de tort possible à mes voisins. Mais bon, sommes-nous encore dans la politique ? Peut-être. A moins que mes utopies contiennent leur part de ... politique.

Bien sûr, je marque plus qu'une restriction envers les partis extrémistes, qui me font froid dans le dos. On s'en serait doutés. Sans, hélas, perdre de vue que les raisons logiques sur lesquelles peuvent s'appuyer les "extrémistes" ne sont pas toujours fausses à cent pour cents. Mais sans non plus oublier que, dans plus d'un cas, on rencontre autant d'extrémisme dans les actes pratiques de plus d'un gars de gauche, de plus d'un gars de droite, de plus d'un gars du centre et ... de plus d'un anar (qui se dit, à priori, contre tout pouvoir).

Où suis-je, moi, dans tout ça ? A côté ? Pleinement dedans ?

Le pire, c'est que je dois faire un choix précis, le 14 octobre prochain, quand il faudra voter. Aïe aïe aïe. Faudra se positionner. J'aime pas ça. Non pas que je me débine, non, mais j'aime rester libre dans les choix que je fais. Normal, non ? J'ai besoin, pour trancher, d'avoir suffisamment d'éléments précis, dans mes envies, dans mes élans, dans mes intérêts. En matière politique, je me sens souvent loin du compte.

Moi qui crois que l'ensemble des partis, juxtaposés, mis ensemble, forment, avec leurs programmes a priori distincts (et donc ... complémentaires), une unité que j'appellerai "démocratie", je me sens serré, coïncé, si je me borne à choisir un parti fixe (qui défend donc une partie fixe ... et pas une autre), eh bien, j'ai l'impression de me trancher les trois quarts de mes membres, pour n'en garder qu'un tout tout petit morceau.

Paraît qu'un choix est toujours un renoncement.

Je peux avoir beaucoup de mal, dans mon universalité, à me retrouver, ici, dans mon sens, ma perception de la ... démocratie.

Un bulletin blanc me donnera-t-il un semblant de réponse ou ... un début de réflexion ou d'action ?

 

Hugues Draye

facteur (1)

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Est-ce que ce monde est sérieux ? de Philippe Leclercq... un extrait...

Publié le par christine brunet /aloys

 

couverture3

 

Extrait du livre 

 

Il pousse la porte, se glisse sur le palier comme on se jette dans la gueule du loup.

Déjà, l’immeuble vit. Il entend des bruits de voix, des pas. Des gémissements réguliers lui indiquent que sa vieille voisine est encore bien verte pour la saison.

Il descend lentement l’escalier, presque à reculons. Bon sang ! Que fait-il là ? Quelle mouche l’a donc piqué ?

Il croise quelques personnes aux étages inférieurs. Des blacks, des jaunes. Des exclus de la vie au grand jour, comme lui. Une jeune beur allégée sort d’une douche improvisée, une serviette autour des reins, les seins nus.

 

Personne ne lui prête attention. Est-ce que quelqu’un le voit, seulement ?

Dans sa poche, son flingue se rappelle à lui à chaque enjambée. Ça lui donne du courage.

 

Dans la rue, la chaleur est malsaine.

Il fait plus chaud dehors que dedans.

La nuit tire ses dernières cartouches devant la déferlante de lumière qui s’annonce à l’horizon.

Quelques voitures passent. Un camion termine sa tournée des poubelles.

Il avance en rasant les murs. Il se traîne plus qu’il ne marche. A chaque réverbère, son ombre le dépasse. Il la voit gesticuler comme un pantin devant lui, animée de gestes saccadés et désordonnés.

A trois reprises, l’arme tombe de sa poche. A trois reprises, il la ramasse péniblement. Comme un marathonien perclus de crampes qui doit relacer sa chaussure.

Où va-t-il ? Il ne le sait pas. Il se laisse faire, invoquant son étoile. Confiant dans tous les rayonnements, dans toutes les ondes qui l’ont sorti de l’impasse il y a quelques heures, il avance.

C’est beau, la foi.

Peu à peu, les rues changent. Les trottoirs sont plus réguliers, plus propres. Il quitte la zone pour des quartiers mieux fréquentés.

Déjà, il n’en peut plus. Son corps se rebiffe.

Il ne tiendra plus longtemps.

Il pousse une porte sur sa droite, se retrouve dans le hall d’entrée d’un immeuble.

Ce sera celui-ci. Pas le choix.

Il regarde autour de lui. Il n’y a qu’une dizaine de boîtes aux lettres au mur, pas beaucoup plus. C’est juste ce qu’il lui faut.

Comment faire pour franchir la deuxième porte vers la cage d’escalier, vers l’ascenseur ? Il considère le parlophone. Devra-t-il sonner au hasard en espérant qu’on lui ouvre ?

Un début d’agacement le saisit. Il n’aime pas devoir réfléchir, ça l’épuise, ça court-circuite ses neurones et provoque des troubles de l’activité électrique du cerveau.

Déjà qu’il n’a pas besoin de ça pour être perturbé.

Heureusement – si je puis dire – quelqu’un se présente à la porte intérieure. Un jeune adolescent hirsute, le casque sur les oreilles, le MP3 à la ceinture. Tellement enfermé dans son monde qu’il ne s’aperçoit pas que quelqu’un s’est glissé à l’intérieur.

 

Alea jacta est !

Sa vae chium dans le ventilum.

 

Il avance dans le couloir encore éclairé. Tout est propre et neuf. Un autre monde. Tant mieux : il n’aura pas à flinguer des compagnons d’infortune.

L’ascenseur est encore éclairé, en stand-by au rez-de-chaussée.

Tout à coup, une porte s’ouvre cinq étages plus haut. Une voix de femme prononce quelques mots.

Mahfouz ! Dépêche-toi, il est l’heure.

On l’entend faire quelques pas. Elle appelle l’ascenseur.

L’occasion est trop belle. Dans un effort douloureux, il se jette en avant. In extremis, il arrive à se glisser juste avant que les portes ne se referment. Il se dit :

« Quel étage ? »

Et voilà qu’il quitte la terre ferme.

Alors ?

Les chiffres dansent.

Tout se mélange.

Il est en tête-à-tête avec un ange…

 

Il a déjà son arme au poing. Il se surprend à penser :

Cinquième étage…

Quand l’ascenseur s’arrête.

Tout à coup, la femme est à un mètre de lui. Elle ne s’est pas encore aperçue de sa présence, elle regarde en arrière.

Mahfouz ! Allez, bonhomme ! Je dois encore te déposer chez Nicole ce matin…

 

Elle ne le déposera nulle part.

 

Il tend le bras, pointant le canon à soixante centimètres de cette tête de mère pressée par le temps.

Tout va alors très vite.

Le gamin arrive enfin, empêtré dans les sangles de son cartable, une tartine de choco coincée entre les dents. D’un mouvement du pied, il ferme la porte derrière lui, puis lève les yeux vers sa mère.

C’est là qu’il voit la scène.

La tartine lui échappe, un cri d’effroi sort de sa bouche pâteuse…

Le coup part.

Les murs du cinquième sont repeints en rouge.

Par projection.

Le corps de la femme s’écroule lourdement sur le sol.

Le gosse hurle encore. Il hurlera toujours…

 

Mahfouz, ça veut dire « Qui est sous la vigilance et la sauvegarde de Dieu ».

Il y a des matins, comme ça, où même le Tout-Puissant a du mal à se réveiller.

 

 

Philippe Leclercq

Photo couverture leclerc

 

Publié dans Textes

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Bruines de Laurent Dumortier... Un interview express

Publié le par christine brunet /aloys

 

bruines-avant

 

Interview express pour la sortie de « Bruines »

 

- Vous publiez un livre par an, vous vous occupez de votre maison d’édition et pourtant, on vous voit peu. Est-ce un choix ?

Oui et non. En pratique, avec toutes mes activités, littéraires, éditoriales, alimentaires (ben oui, il faut bien bouffer et en ce qui me concerne, ça coûte un pont), mon agenda est surchargé et je suis amené à faire des choix. J’ai donc privilégié la proximité géographique (Wallonie Picarde surtout) et la sélection de projets. Je ne peux pas tout faire, mais certaines propositions me bottaient vraiment : membre du jury à Ath, conférence-débat à Comines, etc..

 

- La page blanche, ça vous angoisse ?

La page blanche non, le manque de feuilles et d’encre oui : j’ai les idées mais le temps manque. Là, je viens de boucler un recueil de poésie et je m’attaque à mon recueil de nouvelles que j’aimerais achever d’ici la fin de l’année…

 

- Poésie et fantastique, vous n’avez pas le sentiment de vous disperser ?

Pas vraiment, c’est le même matériau, mais l’angle d’approche est différent. La technique d’écriture est différente. Finalement, j’ai besoin des deux pour équilibrer. Et le public n’est pas le même non plus…

 

- Quelques mots pour vous définir :

* stressé/posé ? Stressé, toujours !

* adulte/enfant ? Enfant, avec toutes les activités qui vont avec ; adulte, c’est très chiant, finalement !

* Barry/Paris ? Les deux : Barry, c’est l’endroit où je vis, où je récupère, où je fous rien et où je crée ; Paris ce serait plutôt Tournai, à une dizaine de kilomètres d’ici : j’y ai vécu 5 ans mais comme Barry n’est pas loin, j’ai le calme de la campagne avec la proximité de la ville. Les deux me sont indispensables, mais dans une juste proportion…

* Passé/Futur ? Futur : le passé, c’est le passé, on ne peut pas le modifier ; le futur, on a toutes les clés en mains…

* Jour/Nuit ? Le jour à Barry, la nuit à Tournai, mais l’inverse est valable aussi !

 

 

Publié dans interview

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Comme des rats, une nouvelle de Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

                                                       

desguin

 

 

   Comme des rats

 

Un bruit sec résonna dans cette grande pièce sans fenêtre, une espèce de bac à poussières, au sous-sol d’un hôpital exsangue depuis plusieurs années de toute chair humaine. Cette ancienne morgue était désormais notre quartier général, notre atelier industriel et, à l’occasion quand les heures de boulot s’accumulaient, notre dortoir – cuisine -  salle de douche…Le bruit en question, c’était le  claquement de la porte.  Si violent que les ustensiles accrochés sur les murs et les boîtes en inox bien campées sur les étagères, se mirent à trembler. Des échos dans la nuit…

En deux enjambées, Tom s’accola à la clanche et tourna la poignée dans tous les sens, il s’excita avec sauvagerie et détermination, comme la flicaille, quand elle s’acharne à cogner sur la crapule du coin. Sur l’épaisse porte de ferraille, il donna des coups de pied de plus en plus fort, de plus en plus vite. Tom, c’était un type qu’un rien énervait, toujours sur la touche, prêt à tirer. Moi, je le regardais, je ne comprenais rien. Dès qu’on arrivait dans cet aquarium, on bloquait la porte avec un gros bloc de béton, afin qu’elle ne se referme pas. Y’avait que nous qui connaissions cette planque de tordus, à part des rats affamés et un squatter défoncé à la recherche de ses morpions, quand dehors il gelait. Tom gueulait et crachait. Ses yeux étaient injectés de sang. Il craignait le pire. Un moral de fillette, ce Tom.   

 Putain de merde ! Et toi tu restes là, bouge-toi nom de dieu, bouge-toi !

J’étais cloué sur place et je réfléchissais. Je me disais que Tom et moi, depuis tout ce temps que nous trafiquions, nos machines étaient rôdées, rien ne pouvait nous arriver. A quinze ans, on montait des coups. On n’était pas armé mais on se débrouillait quand même. D’abord, des petits commerces de villages, des librairies, des coiffeurs, des docteurs …On se faisait du blé, c’était facile. Très facile. Au début, on chiait dans nos frocs. Et puis, ce fut l’habitude, la routine. Un samedi soir, on a eu la peur de notre vie. Cagoulés, chacun une arme factice dans les mains, on s’était attaqué à un mac do du zoning.

Allez les pépères et les mémères, déposez vos diams dans les mains de mon pote, dépêchez-vous ! Pas d’arnaque ou on vous descend !

A la sixième table, mon regard a croisé celui de la nana, c’était ma meuf de ce mois-là, Fanny.

Qu’est-ce que tu fous bordel, avance plus vite…. Herman….

C’était trop tard, Tom venait de lâcher mon prénom. Un voile s’est planté devant mes yeux et j’ai continué comme un automate, je ne sais plus quelles tronches avaient les zozos des tables suivantes. Je n’entendais que le cliquetis de leurs breloques qui claquaient dans le sac de toile. Le doux visage de Fanny m’avait tétanisé. Ce soir-là, j’ai dégueulé jusqu’à la dernière ficelle de mes tripes et j’ai chialé comme un gosse. Fanny m’avait reconnu. Pas de doute là-dessus. Elle n’a jamais rien dit. Je ne l’ai jamais revue. Pendant deux ou trois semaines, j’ai plané raide et puis Tom m’a foutu un coup de pied au cul. Je me suis réveillé et, à partir de ce jour-là, on a multiplié les entourloupes. Nous ne reculions devant rien. Nous étions propulsés dans une spirale.

De son côté, le destin nous avait vachement gâtés : l’aéroport de la ville nous avait engagés, une aubaine….Tom était bagagiste et moi, technicien de surface.

Et depuis des lustres qu’on enfilait des frappes, dans le milieu des tripots et de la coke, des relations, on en avait. A des kilomètres à la ronde. Alors, ce fut un jeu d’enfant. La dope arrivait de Barcelone, dans des sacs que Tom réceptionnait. Je plantais tout ça dans un coin des chiottes de l’aéroport et, vers la fin de mon service, je foutais les grammes de blanche dans les doublures de ma salopette, spécialement aménagées pour ces occases. Une routine.

Putain de merde, bouge-toi nom de dieu, bouge-toi !

Tom était violet, sa bouche écumait, il ne supportait rien qui puisse entraver ses élans, il était né comme ça. Un paquet de nerfs, une pile qui ne s’éteignait jamais.

Il s’excitait sur la porte. En vain.

La sonnerie de mon gsm se déclencha :

……….

Roberto ? Non, c’est pas possible ! Non ! je disais, le visage décati par ce que je venais d’entendre.

Quoi, quoi, hurlait Tom, à deux pas de moi, prêt à m’arracher le gsm de la main.

Oui, pigé, je lui dis, mis ko par cette rafale de venin…

Quoi, quoi, crache ce que tu viens d’entendre !

J’étais scié. Coupé en deux. A peine si je parvenais à parler. La moitié de mon corps s’affala sur la table et je me pris la tête entre les mains, comme pour m’arracher les cheveux…

D’une voix saccadée et chamboulée par un flot de hargne et de rancœur, mes lèvres remuèrent :

C’était Roberto…Le pognon qu’on lui a filé pour son silence ….trop peu…alors il veut nous emmerder…il veut tout….c’est lui qui a refermé la porte….il connaissait notre planque…Il sonnera dans dix minutes et entendra la somme qu’on lui lâchera…Faut qu’on en discute, toi et moi …

Pas question de lui refiler la moindre thune, à ce pourri, pas question ! Je préfère crever asphyxié dans ce bahut ! Et toi, qu’est-ce que tu dis ? Tu t’aplatirais pour cette crapule ? Je l’avais reniflé, je savais que ce salopard ne nous foutrait pas la paix, qu’il nous collerait aux fesses, tu vois, j’avais raison ! Alors ? On fait quoi maintenant ?

Mes yeux se rivaient sur les petits tas de poudre blanche, sur le verre écrasé, les cd, les cartes téléphoniques, et tout le reste de matos qu’on morcelait, Tom et moi. Je me disais que c’était pas possible, que tout notre business ne volerait pas en éclats comme ça, parce qu’un connard avait voulu mettre son nez dans nos affaires.

Alors Einstein, tu te décides bordel ? C’est toi qui connais la réserve de notre pognon ! Faudra bien payer pour qu’il la boucle…et puis …Alors, on peut le payer ce fils de pute ou quoi ? Dix minutes qu’il a dit ce con ! On a bien entamé cinq minutes ! Alors, tu dis quoi ?

Roberto, c’est une pourriture, il veut nous doubler…Il veut plus que du pognon, il veut notre boulot, j’en suis certain, je lui dis, la gueule en vrac.

Putain de merde ! Je l’aurais parié ! On n’a plus assez de fric, c’est ça ? On sait pas payer ce fils de pute, c’est ça, monsieur le banquier ?

Tu crois pas que ce type se contentera de quelques thunes…non…il en voudra plus et encore plus …puis il exigera la liste de nos contacts à Barcelone ….le trafic est fastoche pour lui aussi, tu penses…un pilote ….

Arrête, Einstein, arrête, tu  me fais bander de dégoût…

A ce moment-là, le gsm retentit et d’un bond Tom me le siffla …

Alors, on flippe, lance la voix racoleuse de ce pourri, on a décidé…on paie combien ?

Va te faire foutre, enculé, tu n’auras rien du tout et notre île aux trésors, tu la connaîtras jamais ! Jamais !

Tom, enragé, gueulait si fort en frappant du poing sur la table que les petits sachets de plastique dansaient la java entre la balance et les joints qu’on se réservait pour après ; une taffe, ça nous faisait du bien ; entre Tom et moi, tout était si routinier…

Je le savais que vous étiez deux petits cons qui ne savaient rien des affaires des grandes personnes ….Alors, votre compte est bon, à tous les deux….l’enfer commencera bientôt pour vous…l’enfer et sa chaleur…l’enfer et sa douleur ….poussez la porte…elle est ouverte ….au bout du couloir c’est une autre vie qui vous attend …les flics se chargeront du reste …..ce sera votre ultime rendez-vous…Vous sortirez d’une morgue pour rentrer dans une autre…

 Et la voix de ce fumier s’éteignit d’un coup, comme si une patrouille de pompiers s’était acharnée sur un seul mégot.

Enragé, Tom piétina le gsm, il était devenu comme fou. Moi, tout mon corps était comme gainé d’une couche de plomb, serré dans un étau. Je n’avais rien vu venir, rien pressenti. Enfoncé dans le quotidien de nos arnaques, jamais je n’ai pensé qu’un jour une pilasse de béton comme ce Roberto nous tomberait dessus.

Tous les deux, nous regardions la porte. Était-ce vrai ? Était-elle ouverte ? Un piège ? Et si ce fumier, nous attendait deux mètres plus loin, et nous explosait nos têtes ?

Un silence s’était glissé entre Tom et moi. Une connivence. Des questions tacites. Et des crampes dans le ventre.

Tom me lança un regard de défi et plongea sur la porte. Il hésita, tira sur la clanche et la lourde ferraille s’entrouvrit. Il se retourna, hagard, d’un air de dire, et maintenant, on fait quoi ?

On se sentait pris au piège, fait comme des rats. On tapait un œil du côté des tiroirs métalliques, ceux dans lesquels des hommes en blanc entassaient les cadavres, autrefois. On pensait la même chose : dans peu de temps, nous serions allongés et refroidis, quelque part…

Des kilos de dope avaient transité par nos mains. Des dizaines de dealers attendaient la blanche. Tous les camés de la ville pouvaient nous remercier, c’est à nous qu’ils devaient leurs yeux de néant, leur peau de crocodile, leurs muscles décharnés.

J’étais assis devant la longue table et je balançais entre mes doigts les petits sachets de plastique, je soupesais…La balance du bien et du mal penchait d’un seul côté.

Tom s’écroula contre le mur, des larmes coulaient sur ses joues. Jamais je n’avais vu mon pote pleurer. Assis par terre, il claquait sa tête contre la paroi qui, sous les chocs, s’effritait.

Entre nous, le silence. Et l’écho des coups que Tom s’infligeait, comme un acompte sur une abyssale punition.

Derrière la porte, un long couloir. Avec des portes et des portes. Et des enfilades de recoins, avec des vieux lits tout rouillés, des chaises roulantes qui puaient l’urine de rat, des poubelles. La camionnette était sur le parking des urgences. A oublier. Certainement prise d’assaut par la flicaille. Et déchiquetée, des fois que les sachets seraient entassés sous les coussins.

Le carrelage était rouge brique. C’était la première fois que je baissais les yeux vers le sol de notre planque. Nous étions là pour bosser. Pas pour rêvasser. La routine nous avait engloutis, tout roulait si bien, comme sur du papier à musique. Fumier de Roberto, on aura ta peau !

Nous savions que d’un moment à l’autre, un commando pouvait surgir. Mais il n’y avait qu’une seule porte dans cette putain de morgue. Crever dans une morgue, le comble du cynisme.

Ou on reste et on attend, ou bien on sort, tout de suite.

Tout de suite !

Je savais que Tom réagirait, qu’il choisirait la solution du kamikaze. Il se releva, balaya d’un regard vide tout notre labo, tâta sa poitrine, oui bordel, son arme était bien là et il me fit signe d’avancer. Tous les deux. La sueur coulait sur son visage, ses lèvres étaient desséchées. Tom, je le connaissais depuis longtemps. Je savais ce qu’il mijotait. J’étais prêt. Comme convenu.

Il sortit le premier et je le suivis. Ses pas étaient saccadés. Les miens étaient calmes, comme résignés. Dans ce couloir que nous connaissions comme notre poche, rien ne paraissait anormal, rien. Aucun bruit suspect.

Tout à coup, Tom hurla. Un cri de bête qu’on abat. Il se retourna, pointa son 38 et tira. Un seul coup.

Mes jambes vacillèrent, je voulus avancer. Encore un pas, un seul. Je m’écroulai. Je sentis le liquide chaud à travers mon tee-shirt. Ma vie se déroulait comme un film sans fin. Tom et moi à l’aéroport. Dans les sous-sols de cet hosto.  Tous ces coups tordus, ces rades qu’on dévalisait. Les fuites dans la ville. Ce clodo qu’on a étouffé avec des loques humides. Ce squat qui a cramé grâce à nous. Des enragés, des handicapés de l’amour, voilà ce que nous étions. Avec de la viande avariée dans nos cervelles. Et puis, en arrière plan de tout ce foutoir, le visage de Fanny qui pâlit quand elle entendit ce prénom, Herman. Je suffoquais, mon visage mordait la poussière. Les images de ma vie s’estompaient, une à une, comme un chapelet que les bonnes sœurs égrènent. Je n’avais pas mal. J’étais bien. Je savais que je glissais vers des terres inconnues. Mais je ne serais pas seul. Au loin, comme dans du coton, un cri de bête qu’on égorge. Une déflagration. Et le corps de Tom qui s’écroule sur moi. Un vrai kamikaze, ce Tom.

Juste après, je sentis une odeur de flics. Tom et moi, nous étions déjà de l’autre côté de la passerelle. Pour un très long voyage.

 

 

Carine-Laure Desguin

http://carinelauredesguin.over-blog.com/

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Alexandra Coenraets nous propose un extrait de "Naissance"

Publié le par christine brunet /aloys

 

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Laurence gambergeait en vain, elle le savait. Les réponses viendraient d’elles-mêmes en temps voulu. Chaque étape avait son importance, le moindre geste, le moindre mot avait un sens. Comme la scène qui venait de se dérouler.

 

La lenteur de leur rapprochement augmentait la sensualité de leurs échanges.

 

Le soir, étendue dans son lit, les yeux mi-clos, elle se repassa le film de la journée. « Un jour parfait, ni bon, ni mauvais, juste un jour parfait. », chantait Calogero. Oui c’était cela.

 

Pourquoi voulait-elle alors toujours plus ?

 

Cette insatisfaction perpétuelle l’épuisait. Fataliste à force de constater la fréquence de ce sentiment autour d’elle, Laurence trouva une forme de réconfort à penser que c’était la loi du genre humain.

 

Au moins n’était-elle pas seule. Au moins, était-elle humaine.

 

HUMAINE.

 

J’aime que le bouddhisme nous apprenne autre chose. La saveur de l’instant présent, la satisfaction de se sentir présente, de se sentir, de se vivre, de se sentir vivre et vivante.

 

Elle eut hâte de trouver le sommeil.

 

Laurence éteignit, se glissa lentement sous la couette, laissant le tissu effleurer légèrement sa peau. Elle frissonna de ressentir pleinement le contact de l’édredon sur elle et s’en éloigna brusquement. La sensation était trop douloureuse.

 

Elle trembla et se recroquevilla sur le bord du lit. Elle écouta son souffle durant de longues secondes, dans la retenue de ses émotions, puis fut happée par le réel dans toute son acuité et envahie d’une tristesse infinie.

 

Alexandra Coenraets

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Les petits carnets, un texte de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

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LES PETITS CARNETS

 

Tous le mercredis vers onze heures, elle venait à la librairie. Elle jetait toujours un coup d'œil aux petits carnets avant d'acheter le magazine féminin auquel elle était fidèle. Parfois, elle faisait un commentaire au sujet du sommaire comme si elle avait voulu me convaincre de lire l'un ou l'autre article. Avant de sortir du magasin, elle allait voir les stylos. Il lui arriva d'en choisir un, le plus cher, de revenir au comptoir pour le payer et de demander un emballage cadeau : "C'est pour moi mais j'aime m'offrir de jolies choses", commenta-t-elle. Une autre fois, en plus du magazine, elle acheta une boîte en bois vernis. Sans qu'elle n'ait rien dit de particulier, je fis un emballage cadeau. Elle était jeune, rousse et belle mais son regard d'un vert délavé me semblait bien mélancolique.

Ma fille, qui l'avait juste croisée à maintes reprises, la trouva chaque fois occupée à caresser des carnets ou des stylos. Elle me dit qu’elle la trouvait fort bizarre. Elle l'avait vue choisir des fruits et des légumes à la supérette après les avoir secoués comme des maracas. Elle l'avait entendue parler aux pigeons de la place. "T'as remarqué, elle touche à tout dans la boutique. Heureusement que c'est une cliente régulière sans quoi j'interviendrais et perdrais mon amabilité !", avait-elle conclu.

 

Ce mercredi-là, la jeune femme chercha vainement son porte-monnaie. Après avoir fouillé dans son sac et ses poches, elle me dit tout embarrassée : "Je n'ai pas un sou sur moi. Il n'y a que le mercredi que je peux faire mes courses. Vous voulez bien garder la revue jusqu'à la semaine prochaine ?" Je répondis en souriant : "Emportez-la. La maison vous fera crédit jusque là." Elle répondit : "Et si j'avais un empêchement ?" "Alors ce sera pour le mercredi suivant. Je vous connais, n'est-ce pas ?" "Mon nom est Natacha Meyer", répondit-elle.

 

Le temps passa. La jeune femme s'acquitta de son dû.

 

Un peu avant la rentrée scolaire, ma fille décida de démarquer des carnets et de mettre en valeur la nouvelle collection sur l'étagère située à quelques pas du comptoir.

 

Natacha prit tout le stock de carnets démodés ou défraîchis ainsi que les plus précieux parmi la nouvelle collection. Jamais encore, un client n'avait fait tant d'achats à la fois.

 

Un mercredi, elle m'entendit parler avec un client de la mort de mon vieux chat. J'avais les larmes aux yeux, le geste hésitant. Lorsque vint son tour, elle sortit de son sac un carnet à la couverture bleue, elle me le tendit : "C'est un carnet de deuil " me dit-elle. "Notez-y tout ce qui concerne votre chat. Écrire, cela peut faire du bien."

 

Un peu avant Noël, Natacha fut renversée sur le passage pour piétons devant la librairie. L'automobiliste avait été ébloui par le soleil. Il avait freiné trop tard. Les crissements de pneus et les cris de passants m'attirèrent hors du magasin. Je vis alors que quantité de petits carnets s'étaient échappés du grand sac de Natacha. Je lus quelques titres calligraphiés à l'encre noire : "Carnet de bonnes idées", "Carnet de citations", Carnet de chagrins", "Carnet de sourires".

 

Natacha survécut à l'accident mais mit de nombreux mois à se rétablir. J'allai la visiter à l'hôpital puis chez elle, dans son studio. Jusqu'à ce qu'elle put revenir au magasin, je lui portai régulièrement son magasine favori.

 

Micheline Boland

http://homeusers.brutele.be/bolandecrits/ http://micheline-ecrit.blogspot.com/

M Boland Le magasin de contes

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Jean-Michel bernos en invité d'Aloys avec un extrait de son premier roman, L'ombre d'une illusion

Publié le par christine brunet /aloys

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 Les jardins oubliés

 

(extrait de L’ombre d’une illusion, éditions Aparis-Edilivre, Paris 2010)

 

 

Malgré le vent froid d’automne qui faisait tournoyer les petites branches sèches au dehors, la grande et longue serre formait un havre de paix où l’on se sentait presque au chaud. J’y étais parvenu de façon étrange.

 

   Ce jardin lumineux, un peu à l’abandon et traversé par des ruisseaux, gardait une allure coquette et harmonieuse. Les plantes après avoir gagné leur liberté, s’y étaient développées naturellement. Elles avaient su ciseler une harmonie que seule la nature sait toujours trouver, cette fois encouragée par un certain appui. 

 

   Je me trouvais dans une expression de monde protégé, un jardin qui pourtant ne durerait qu’un temps… celui de l’obstination des éléments à garder cette construction vertueuse.

 

   On imaginait seulement le bruissement du vent à l’extérieur, car la serre restait silencieuse, si ce n’est quelques oiseaux qui la traversaient en sifflant.

 

   Il n’y avait pas de chemin dans ce paysage sauvage, mais j’avançais tranquillement. Je sentais un air de paradis renforcé par le milieu protégé.

Je ne voyais pas encore le bout de cette construction et son origine gardait son mystère, mais je ne me sentais pas le courage de me soustraire au besoin d’aller au bout.

 

   Le soleil déclinait déjà, la douce chaleur persistait. Le ciel léger continuait d’éclairer mon jardin d’hiver. Je sentais ce bonheur simple et serein me combler, avec la ferme volonté de ne pas m’abandonner.

 

   Je m’assis un moment sur un tronc bas et parallèle au sol. La création avait joué ici un récital de fantaisie. Je crois que je me serais assoupi, si un doux appel ne m’avait soudain sorti de ma torpeur.

 

   « Je suis le lutin des jardins oubliés… »  Me dit la petite voix !

 

   Avec son minuscule bonnet rouge, ses joues écarlates et son nez pas plus gros qu’un grain de maïs, le bonhomme me toisait, intrépide, turbulent et audacieux.

 

   Je ne vous rapporterai pas l’histoire de cette serre gigantesque, car je veux garder ce secret pour Etienne, mais Biquet-Tom m’en conta toutes les couleurs, les formes et les genres.

 

  L’éblouissante et féerique histoire de la serre des jardins oubliés demeure déjà dans le fond de tous les hommes au cœur pur, qui entrevoient le jardin d’Eden dans tout lieu propice à la méditation.

 

   On y trouve la paix et dans la création, les êtres les plus beaux, les plus sincères et les plus empressés. Fées et petits lapins, agneaux et petits lutins.

 

   Quand les hommes abandonnent leurs projets d’édification, pour méditer sur son sens profond, ils perçoivent l’harmonie et la beauté de la fondation de la vie. La vie reprend ses droits et ses devoirs sans avoir besoin de les lire dans un manuel. L’être qui reste attentif aux valeurs de l’équilibre, s’y fond et s’en abreuve, trouvant en lui-même les forces vives, les chemins et les instruments de la félicité.

 

   Il n’en est qu’un maillon. 

 

 

Jean-Michel Bernos

 

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Publié dans l'invité d'Aloys

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Beaudour Allala nous propose un extrait de son roman, La valse des infidèles

Publié le par christine brunet /aloys

 

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Sylvain est assis sur la chaise qu’on lui a désignée, proche de celle du père de son épouse. Il observe cette dernière virevolter parmi d’autres danseurs. Lydia rit. Lydia insouciante car riche. Riche matériellement. Riche d’une famille unie. Elle n’entend que la musique Lydia. Elle ne veut rien entendre des doutes qui submergent son mari. Car, Sylvain s’interroge encore et toujours, sur ce terrible sentiment de ne pas être là où il devrait être… 

 

 

« Vingt-cinq ans ! Déjà ? »

 

 

Je pénétrai, à l’occasion de notre 25e anniversaire de mariage, dans notre salle à manger qui aura 25 fois changé de décors. Nous en avons les moyens où devrais-je dire, ma femme en a les moyens.

Lydia est l’héritière d’un patrimoine immobilier duquel je dois avouer, j’ai bénéficié durant ces 25 années de vie commune, élevant nos trois enfants dans l’abondance, sans crainte pour leurs avenirs, voyageant et me payant tout ce dont j’ai toujours rêvé jusqu’à aujourd’hui.

Nous savourions l’ivresse d’être une famille et je te vois encore, Lydia, t’affairer à ce que notre union soit indestructible, m’incitant à quitter mon travail pour faire partie intégrante de ta corporation. Bras droit de ton père, aujourd’hui, je n’en suis que l’ombre et celle de moi-même.

Je suis seul face à une table dressée pour deux. Autour de moi, je devine le contour des objets et des meubles trop neufs, tout ce matériel m’apparaissant aujourd’hui encore plus sombre dans ce clair-obscur aménagé pour l’occasion par ma femme.

Derrière les vitres au reflet irisé, les photos de nos enfants évitent les scories du temps.

Notre aîné a aujourd’hui 25 ans. Il a rencontré une jeune femme dont il s’est épris, quittant aussitôt la maison pour se mettre en ménage. Mes filles étudient encore, l’une a suivi une branche scientifique, l’autre littéraire. Elles ne font plus que traverser nos vies en nous effleurant à peine de leurs légers passages, provoquant malgré tout un courant d’air qui me fait froid dans le dos. Les grillages de protection installés aux fenêtres ne servent plus à les protéger d’une chute de hauteur mais à nous enfermer, mon épouse et moi, dans une affligeante routine.

Lydia s’arrache lentement de la pénombre, avec entre les mains, un gâteau 25 fois piqué de bougies, à la cire aussi suintante que mon front.

Lydia s’avance, le visage affreusement transformé par la lueur flottante des 25 petites flammes. Elle approche ainsi, les cheveux et les yeux rougis, au devant de ma silhouette sombre et vacillante.

Chaque année les bougies augmentent et, chaque année son dos se courbe sous le poids de leur nombre. Chaque année, je repousse un peu plus son corps dans des stratagèmes qui s’épuisent et un imaginaire devenu impuissant, la laissant imaginer à son tour, que je le suis devenu.

Après avoir éclairé la table avec la pâtisserie de luxe, sa main glisse sur la nappe, à la recherche des miennes se tordant entre mes genoux.

Trop de clarté soudaine, je feins de ne rien apercevoir en plissant les yeux et garde mes mains sous la table.

Sa main se sauve du ridicule, en feignant de balayer de son revers, de fictives miettes.

Les yeux de Lydia se détournent avec gravité avant de se fixer de nouveau droit, dans mes pupilles rétrécies, pour me lancer avec la joie d’un enfant s’adressant à un autre totalement égaré :

 

Qu’est-ce qui te ferait plaisir pour nos vingt cinq ans de mariage ?

 

Donne-moi vingt ans d’une autre vie !

 

Je n’ai pu retenir cette pensée séditieuse qui a fusé avec la violence d’une balle de fusil, touchant Lydia en plein front. Elle s’est ainsi reculée de sa chaise puis d’une inspiration prompte et profonde, Lydia expire aussitôt sur l’ensemble des 25 bougies.

L’obscurité soudaine me submerge à la manière d’une eau noire et glacée coupant net mon souffle jusqu’à ce que le réflexe respiratoire reprenne instantanément ses droits, avec force et amplitude.

Brusquement, j’entends Lydia se lever avec fracas, dans un craquement d’os ou de bois, se heurtant contre elle-même ou contre sa chaise qui s’effondre…

Je perçois le froissement de sa robe, les claquements de ses talons avec une acuité auditive renforcée par l’aveuglement.

Elle se déplace nerveusement dans la pièce dans un noir qui ouvre projection à tout scénario…Je pense immédiatement à la lame brillante qui n’a pas encore tranché le gâteau, au cendrier d’un cristal tailladé à portée de sa main ou encore à ses ongles limés en pointe, droit dans mes yeux furetant ses intentions dans l’obscurité totale.

 

Brusquement sa voix chuchote tout près de mon oreille :

 

Je te fais horreur, n’est-ce pas ?

Elle me saisit la main avec une rapidité telle que je me laisse faire, mes membres ne m’appartenant déjà plus. Ma main touche à une chaleur moite, avant d’être enserrée dans un étau de chair !

La voix de Lydia se fait plus haute.

 

C’est de là qu’ils sont sortis tes enfants et, c’est là, où tu ne rentres plus !
(Elle renforce l’étreinte entre ses jambes…) Touche, sens, comme elle pleure plus qu’elle ne mouille !

Je tente de retirer ma main d’entre ses cuisses, mais Lydia me saisit par la nuque et me bascule à terre.

La pièce toujours plongée dans le noir, allongé sur le dos, Lydia me chevauche.

Je sens tout son poids faire des va-et-vient entre mes hanches

Dépassé, assommé, effrayé…Excité… Je me laisse faire.

Elle fait glisser la fermeture éclair de mon pantalon, elle met deux doigts dans ma bouche, elle y introduit également sa langue tout en dégageant d’une main, mon sexe.

Je la sens glisser jusqu’à ma verge.

Castration de l’indigne époux ?

Non ! Fellation inattendue ! La première en vingt-cinq ans, inédite, exceptionnelle, je bande !

La lumière foudroie comme l’éclair d’un projecteur braqué sur nous.

Mon fils et sa fiancée, la main encore posée sur l’interrupteur.

Les plus gros plans jamais réalisés, sur des regards écarquillés.

 

Maman ! Papa ! Je profite de ce bel instant pour vous annoncer notre futur mariage.

Mon fils nous renvoie son sourire béat, sa fiancée aussi.

Ma femme se lève de sa chaise, intacte, pour aller les embrasser.

Moi je reste assis, les mains encore sous la table, toujours aussi coincées entre mes genoux. Je continue à me fondre dans la lueur des 25 bougies miraculeusement flamboyantes et à rêver…

 

Lydia embrasse les jeunes futurs mariés et chuchote à son fils :

 

Ton père réfléchit encore au prochain cadeau qui lui ferait plaisir ?

 

Vingt ans d’une autre vie, ai-je de nouveau souhaité en mon for intérieur !

 

 

Beaudour Allala

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Est-ce que ce monde est sérieux... présentation

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

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Ceci n’est pas un polar

 

Philippe Leclercq est né à Bruxelles, le 25-02-1962. Il est père de trois enfants et marié. Il travaille dans le monde du jeu de société. Amateur de Frédéric Dard, il a toujours aimé écrire, sans jamais avoir réussi à boucler un roman. Pourquoi y est-il arrivé cette fois ? Il l’ignore…

 

Présentation du livre

Jésus Sauveur est un drôle de coco. Déjà par son nom, vous l’admettrez. Mais aussi par sa profession. Il est Médiateur Fédéral.

En gros, personne ne sait de quoi il s’agit.

Notre gaillard – qui se fait appeler Jess, c’est plus pratique – est un dénoueur de panier de crabes. Il n’a pas son pareil pour déjouer les coups les plus tordus.

Dans un monde où l’homme est capable de tout et souvent du pire, il rame à contre-courant. Armé de sa seule intuition, fort de ses convictions et de son humanité exacerbée, il va là où sa hiérarchie l’envoie.

Cette fois-ci, tout commence par une prise d’otage dans un immeuble. Un jeune gamin est séquestré par l’assassin de sa mère. Comment ce fait divers, somme toute banal, a-t-il pu déboucher sur une affaire de meurtres en série ?

Jamais, cette modeste ville de province n’oubliera.

Normalement, un sérial killer c’est bien masculin, non ? Comme un viol, un assassinat…

Pas cette fois-ci. Pour la première fois, la proie est l’homme et le prédateur une femme.

Une Mante Religieuse.

Dans toute violence il y a un appel au secours.

 

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Publié dans présentations

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