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Paris Dakar, une nouvelle extraite de "SABLES", le nouveau recueil de Laurent Dumortier

Publié le par christine brunet /aloys

Paris Dakar, une nouvelle extraite de "SABLES", le nouveau recueil de Laurent Dumortier

PARIS DAKAR

L'enfant n'avait été que blessé mais ça ne s'était pas déroulé aussi facilement que les autres fois... Le père n'avait rien voulu entendre et encore moins accepter l'argent qui était utilisé à ces fins...

Philippe Moreau, lui, n'en avait cure. Il était dans les pilotes les mieux placés et il avait fallu que ce sale gamin traverse la piste au moment où il filait à toute allure en direction de l'arrivée. Par chance, il avait pu redresser son engin à temps et éviter une chute qui l'aurait fait échouer si près de la victoire...

Il avait vaguement jeté un coup d'oeil en direction de l'enfant, mais sans plus...

Tandis qu'il redémarrait en trombe, la mère voulut se lancer à sa poursuite, mais le père l'en empêcha, le regardant s'éloigner...

Alors que le sportif mangeait tranquillement en compagnie de ses coéquipiers, un brouhaha éclata à l'entrée de leur tente. Un homme fit irruption dans la pièce et se dirigea vers le pilote.

Le visiteur se mit alors à l'injurier et finit par lui cracher dessus. D'un bond, Moreau saisit l'homme à la gorge mais ce dernier parvint à se dégager. La haine transpirait sur son visage. Il tendit son index en direction du pilote, murmura une suite de paroles incompréhensibles et quitta les lieux, en jetant un dernier coup d'oeil vers son interlocuteur.

Moreau était prêt à jurer que l'homme avait esquissé un sourire...

Le lendemain matin, alors qu'il allait reprendre la course, il fut soudainement pris de coliques et n'eut d'autre choix que de sortir se soulager. Mais un phénomène curieux se produisit : ses excréments ressemblaient à s'y méprendre à un mélange de mortier...

Il n'y prêta guère attention – mettant cela sur le compte de la nourriture locale - et démarra en trombe en direction de la ligne de départ...

Cela faisait maintenant plus d'une heure qu'il roulait lorsqu'il fut pris de nausées. Il jeta – plus qu'il ne gara sa moto et courut à quelques mètres de là. Les vomissements semblaient ne jamais vouloir s'arrêter et Moreau constata, avec stupéfaction, qu'il crachait... du sable, en quantité de plus en plus importante.

Il se redressa promptement mais retomba aussi vite : ses pieds avaient disparu, s'enfonçant (se transformant ?) dans l'étendue sableuse. Ses mains disparurent à leur tour, puis ses cuisses et ses bras et ainsi de suite jusqu'à ce que...

De Philippe Moreau, il ne restait désormais plus que quelques larmes de sable, emportées par le vent...

Laurent Dumortier

gsl.skynetblogs.be

Publié dans Nouvelle

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Philippe Desterbecq présente son nouveau roman "Le livre magique"

Publié le par christine brunet /aloys

Philippe Desterbecq présente son nouveau roman "Le livre magique"

Philippe Desterbecq est instituteur depuis plus de 30 ans. Sa passion pour la lecture et son travail avec des enfants l’ont amené à écrire pour la jeunesse.

Après « L’étoile magique », un conte destiné aux enfants de 8 à 12 ans, il signe ici une suite très attendue par ses élèves. Ce deuxième tome s’intitule « Le livre magique » et fait la part belle à la littérature de jeunesse. Il se veut également un hymne à la nature.

Quand il n’écrit pas pour les enfants, Philippe Desterbecq se consacre à la rédaction de nouvelles, un genre qu’il affectionne tout particulièrement.

Ses autres passions sont les voyages et les balades dans la campagne où il recherche la paix de l’esprit : un exutoire à un métier très prenant.

Résumé

Après avoir sauvé son amie Heidi grâce à son étoile magique, Pierrot se retrouve en vacances chez elle.
Ses parents sont partis, soi-disant, aider une cousine que Pierrot ne connait pas…

Heidi a une bibliothèque extraordinaire et Pierrot qui n’aime pas lire se surprend à ouvrir un livre et à y plonger avec délectation !

Un jour, sur le lit de la petite fille, Pierrot découvre un livre étrange, et Heidi semble avoir disparu…

Le garçon est certain que son amie lui cache quelque chose…

Un voyage au pays des livres où on rencontre des personnages connus comme le « Petit Prince », ou « Momo », un des héros de Yaël Hassan que l’auteur affectionne tout particulièrement.

Extrait

Waouh! C’est pas une chambre, ça ! C’est une bibliothèque ! dit Pierrot en pénétrant dans la chambre d’Heidi.

En effet, des centaines et des centaines de bouquins bien rangés semblaient attendre patiemment d’être choisis par une main enfantine pour sortir de leur rayonnage.

Pierrot s’approcha de la première bibliothèque, à droite de la porte d’entrée. Il retira un livre au hasard.

« Cabane magique », lut-il sur la couverture.

  • Ce sont les aventures de Tom et Léa, expliqua Heidi. Dans chaque épisode, la fée Morgane leur donne une mission. Pour résoudre l’énigme, la cabane emmène les enfants dans une autre époque, à travers le monde. C’est ainsi qu’ils se retrouvent chez les Egyptiens de l’Antiquité, chez les Indiens d’Amérique, à Pompéi lors de l’éruption du Vésuve, sur la banquise, …
  • C’est une machine à remonter le temps, alors ?
  • Si tu veux…
  • Tu les as tous lus ?
  • Oui, et certains plusieurs fois !
  • Je suis impressionné…

Pierrot replaça le livre à sa place.

  • Tom et Léa sont tellement sympas ! L’autre jour, Tom me disait…
  • Ces enfants existent vraiment ? s’étonna le petit garçon. Tu les as rencontrés ?
  • Euh…non, bien sûr, balbutia sa copine. Je voulais dire que…, dans un des volumes, Tom disait à sa sœur que… Et puis, rien, ça n’a pas d’importance ! J’ai tendance à m’identifier à certains personnages. Longtemps, je me suis prise pour Léa. J’avais tellement envie de vivre ces aventures à sa place !

Pierrot continua son exploration. Les rayonnages étaient étiquetés. Tous les livres étaient classés par ordre alphabétique du nom de l’auteur.

  • Tu es très organisée, je vois.
  • Si je ne classais pas mes livres, comment veux-tu que je retrouve celui que je cherche ? Tu fais comment, toi ?
  • Euh…moi, je n’ai aucun roman dans ma chambre, répondit Pierrot, un peu gêné.

Heidi faillit s’étrangler.

  • Comment ? Tu n’as aucun bouquin chez toi ?
  • Je n’ai pas dit ça ! s’insurgea le garçon. J’ai un rayonnage complet de livres sur l’astronomie. C’est ma passion, tu sais.
  • Je sais et c’est grâce à cette passion que je suis encore en vie[1]. Grâce à cette passion et à ta grande générosité.

Heidi s’approcha du garçon qui lui souriait et lui déposa un doux baiser sur une joue. Pierrot en rosit de plaisir…

[1] Voir « L’étoile magique », éd. Chloé des Lys

Publié dans présentations

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L'odyssée, une poésie signée Laurent Dumortier

Publié le par christine brunet /aloys

L'odyssée, une poésie signée Laurent Dumortier

L'Odyssée

Quelle Odyssée

Quand tu osais

Ces mots chuchotés,

Ces mensonges éhontés

Quelle Odyssée

La tournée des bars

Choisis au hasard,

Voie de garage

Tourner la page

Quelle Odyssée

Ce faux départ

Des choses faire la part

Tandis que dans l'hiver

De ton amour perdu je me perds

Quelle Odyssée

Quand je contemplais la mer

Que s'échouaient les vagues amères

Qu'à défaut de tes lèvres

Des souvenirs j'embrasse la fièvre

Quelle Odyssée

De t'avoir retrouvée

Phare allumé

Dans une nuit esseulée

Laurent Dumortier

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Publié dans Poésie

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Christine Brunet a lu "Chroniques de l'invisible" d'Ani Sedent

Publié le par christine brunet /aloys

Christine Brunet a lu "Chroniques de l'invisible" d'Ani Sedent

Voilà un premier tome, une première aventure au cœur du monde invisible de la magie.

Entre Seigneur des Anneaux et Harry Potter, les héros partent sur le "sentier de la guerre" lorsqu'une bien méchante sorcière, prisonnière jusque-là, s'évade. Comment ?

Comme une conséquence, des anomalies comme des brèches entre le monde des hommes et celui de la magie se font sentir. Une alliance est nouée pour retrouver Nébula, la sorcière noire, et contrecarrer ses plans.

Merlin, Hortie (la fée qui avait eu raison de Nébula et avait réussi à l'emprisonner), et un jeune apprenti chevalier se lancent à sa poursuite. En chemin, dragons, nains, géants, hydres les croisent, les aident ou pas. Ils vont devoir surmonter bien des difficultés mais leur amitié saura se jouer de tous les pièges.

Nébula est-elle vraiment coupable ?

Voilà un livre pour enfant, un conte qui fait appel à un imaginaire bien nourri par Harry Potter et Bilbo.

La fin est surprenante mais le lecteur voit déjà se profiler un tome 2. A suivre, donc !

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

Christine Brunet a lu "Chroniques de l'invisible" d'Ani SedentChristine Brunet a lu "Chroniques de l'invisible" d'Ani SedentChristine Brunet a lu "Chroniques de l'invisible" d'Ani Sedent

Publié dans Fiche de lecture

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Carine-Laure Desguin : mais quelle énergie !

Publié le par christine brunet /aloys

Carine-Laure Desguin : mais quelle énergie !

Denys-Louis Colaux me contacte. Il me demande un texte inédit, une bio. Et aussi la présentation d’un autre auteur et de l’un de ses textes.

Je dois sortir. Des courses et autres futilités. J’attrape un carnet. Il pleut. Je me bloque dans la voiture, sur le parking d’une grande surface. J’écris La ville accroupie, les tambours de la veille résonnent encore, les confettis me barrent vicieusement la vue.

Et puis je rentre, très vite. Je ne réfléchis pas longtemps. Denys-Louis Colaux, dans un de ses blogs, a ouvert L’anthologie du Poisson pilote, une anthologie qui réunira de nombreux artistes. Je suis à la fois ravie et émue de présenter ce grand écrivain qu’était Roger Foulon. Roger Foulon, un écrivain originaire de Thuin, ville dont il fut le chantre durant des dizaines d’années. Roger Foulon créa aussi la revue Le Spantole et c’est grâce à cet infatigable mécène que Les Artistes de Thudinie exposent encore leurs œuvres aujourd’hui, une fois l’an, dans cet écrin de verdure qu’est la ville de Thuin.

Roger Foulon et Carine-Laure Desguin, dans L’anthologie du Poisson Pilote. A découvrir ici :

http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/archive/2016/02/15/anthologie-du-poisson-pilote-carine-laure-desguin-8568933.html

Vient de paraître aux éditions Jacques Flament, Les lièvres de Jade, de Denys-Louis Colaux et Eric Allard :

http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/archive/2015/12/12/les-lievres-de-jade-burvenich-allard-colaux-8540853.html

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Albert Niko, "l'homme au grand chapeau n'avait rien à cacher ni rien de grand"

Publié le par christine brunet /aloys

Albert Niko, "l'homme au grand chapeau n'avait rien à cacher ni rien de grand"

Du goût des mouches sur la route de l’abattoir

Une présentation de « l’homme au grand chapeau n’avait rien à cacher ni rien de grand ».

___________________

Alors, Al, ce nouveau bouquin, tu peux nous en parler un peu ?

Heu, ça va être difficile…

Juste deux mots, histoire qu’on sache de quoi ça parle…

En fait, ce bouquin, ce n’est pas.

Ce n’est pas un roman, ce ne sont pas vraiment des contes ou des nouvelles, pas même tout à fait des poèmes.

Ce bouquin, ça ne pourrait pas être, par exemple, un réseau de bus, ni même un jour férié, ni les Champs Élysées un 31 décembre vers minuit, et ça ne pourrait pas non plus être ce bol de bouillon au vermicelle qu’on te servait chaque soir quand tu étais un enfant…

Bon. Et qu’est-ce que ça pourrait être ?

Ça pourrait être un permis poids lourds. Cela pourrait être du goût des mouches sur la route de l’abattoir (bien incapables de dire de quoi il s’agit, mais tant qu’on y sent le sang affluer…)

Cela pourrait être des singes s’invitant au zoo pour rire de leurs visiteurs.

Un éclat de rire qui te ferait cracher une dent.

Ou un cortège funéraire qui passerait de 78 à 45, puis à 33 tours par minute.

Bon. Et qu’est-ce que je marque, alors ?

T’as qu’à mettre que ce livre te rentre dans le bide avant que ton cerveau n'ait eu le temps de le classifier…

Tour à tour instituteur, journaliste, animateur et agent administratif, Albert Niko se consacre désormais exclusivement à l’écriture.

Ses premiers textes sont parus à partir de 2005 dans la revue « Inédit Nouveau ».

Albert Niko est né le 10 avril 1969 à Pantin (Seine Saint-Denis), France.

____________________

Un extrait

quatorze juillet dans l'année

Voici venir une jeune fille qui n'a d'yeux que pour son mobile.

Puis ses dix-huit clones en deux heures de temps.

Voici venir un chien levant la patte au même endroit que le précédent.

Voici venir un nouvel été, et les odeurs de merde qui remontent.

Voici venir une race supérieure de mouches.

Voici venir un prophète et son cortège de zombies, qui de se demander quel nom, quel slogan, quelle couleur.

Voici venir un musulman et un chrétien se serrant la main et ne sachant que faire de leur dernier stock de croisades.

Voici venir l'heure de l'extinction des feux et son lot de questions qui, le jour venu, demeureront sans réponse.

Voici la petite fille enjouée, et le temps à ses trousses.

Voici venir le dernier mot.

Voici venir enfin un ami s'écriant : “Tu es fou ! Amputer la 6ème de Mahler de ses deux premiers mouvements, ça ne se fait pas ! Ce serait comme... comme de manger du poisson en pensant ne jamais tomber sur une arête... Je sais pas... comme de s'imaginer pouvoir vivre en couple sans faire la moindre concession...!”

Et comme j'épluche une banane sous ses yeux avant de lui tendre la pelure, voici venir un fauteuil qui se libère et l'émergence d'un silence mérité.

Publié dans présentations

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Texte n° 9 Concours

Publié le par christine brunet /aloys

Samedi dernier 14h. Une petite galerie marchande.

Moi, une table, une chaise, vingt et un livres.

J’étais persuadée que les heures à venir allaient toute se ressembler. Creuses, longues, prévisibles. Non seulement j’en étais persuadée mais l’idée même me rassurait. Pour une première séance de dédicaces, faire simplement face au temps qui s’étire et vous laisse dans ce bain de solitude en pleine foule me contentait amplement.

Sauf que le cours des choses décida pour moi d’une toute autre tournure.

15h03, je revois la disposition de mes livres.

Enfin, pour être plus exacte, je les déplace pour pouvoir les replacer à nouveau. Je les pousse un peu par ici, les décale par là, j’essaie une présentation sur deux niveaux, puis trois, pour enfin revenir à l’identique de départ. Sous les lumières artificiels, mes petits bleus resplendissent…

C’est pas tout, en attendant mon prochain remaniement absurde, il va falloir faire preuve d’un peu de contenance. Mmmm, je réfléchis… Ah mais oui, je sais ! Je vais sourire. Voilà, c’est une bonne idée. Sourire. Quoi de plus avenant. Oui, mais comment. Discrètement, continuellement, joyeusement, pudiquement ; le regard franc, fuyant, appuyé, serein, pétillant. C’est comme en cuisine, il faut savoir doser. Bon, je laisse tomber.

Ah, mon dieu, un homme approche.

Un jean un peu trop large, les mains dans les poches. Le genre décontracté. Il y a des personnes comme ça qui provoque au premier coup d’œil un élan de sympathie. Ca y est, il prend un de mes petits bleus en main. Le premier dans le coin droit de la pile.

  • C’est gratuit ?

Comment ça, c’est gratuit !? Ca se voit pas, c’est un bouquin, pas le dépliant alimentaire du supermarché ! Je fais non de la tête.

  • Pfff !

15h26, une petite grand-mère me sourit. Elle s’approche.

  • C’est vous qui l’avez écrit ?
  • Oui. C’est mon premier roman.
  • La couverture est vraiment jolie. Tout ce bleu, c’est poétique.

— Merci beaucoup. Et l’histoire est sympa ! (petit clin d’œil presque naturel). Au dos, vous avez un petit aperçu. Prenez-le en main n’hésitez pas, ils sont là pour ça.

Ma première lectrice inconnue. Là, j’y crois. Vraiment. Je vais imprimer son visage dans ma mémoire. La toute première personne à…

  • Dommage que je sois incapable de lire depuis mon cancer de la cornée.

Oui, dommage.

Je regarde mon ex-première lectrice inconnue malvoyante s’en allait.

15h56, je soupire.

Odeurs de café et croissants chauds. J’ai le salon de thé en pleine ligne de mire. Non, non, non et non. Dans une heure je ne suis plus là, pas question de céder, je ne quitterai pas mon poste.

Entre ma chaise et l’étal sucré, la porte tambour. On rentre, on sort. Aucun visage connu finalement aujourd’hui. Je suis restée une inconnue au milieu de parfaits inconnus.

Jusqu’à cette minute fatidique. Celle que je n’oublierai jamais.

16h03, il entre. Il a mis le pull que je lui ai offert pour son anniversaire. Rouge vif.

Il me fait un grand geste de la main.

Ca y est, je vais perdre tous mes moyens. Je le connais, il va en faire des tas, essayer d’attirer du monde, crier à tout vas que je suis plus talentueuse que Musso et Levy réunis, que mon petit bleu est le plus merveilleux des livres… Ah, bizarre, il va s’asseoir. Il prend un café. Je ne comprends pas.

Rapidement, quatre hommes le rejoignent. Puis deux femmes. Trois couples. Un adolescent…

Je les connais tous.

Comme des grains de sable portés par le vent, ils viennent à ma rencontre. M’embrassent. S’intéressent. Le plus sincèrement du monde. Tous me prendront un petit bleu. Parce qu’ils me connaissent. Parce qu’ils sont curieux de découvrir mes mots. Les grains de sable se dispersent mais le souffle a pris.

Les inconnus s’approchent. Echangent. Simplement.

17h00, il ne me reste que deux petits bleus. Merci papa.

Publié dans concours

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Texte n° 8 Concours

Publié le par christine brunet /aloys

L'organisateur désigne une table couverte d'un drap blanc coincée entre deux planches :

– Vous aurez assez de place ?

C'est le premier salon de mon premier roman. Jusqu'à présent, je l'ai vendu sous le manteau principalement à des amies de ma mère. Evidemment, j'ai assez de place.

Je me suis réveillée contente, un peu inquiète aussi. J'ai réfléchi à la tenue adéquate. Un jeans. Associé à un chemisier blanc, il souligne le côté sérieux de l'auteur. Et lorsque j'enfile un blouson de cuir, souffle un vent d'irrévérence. Je porte donc un jeans le seul jour de l’année où il ne faudrait pas, comme l’histoire nous le dira.

La manifestation littéraire bretonne est installée sous une haute verrière transparente. Disposés en piles bien ordonnées, mes exemplaires ont l'air un peu perdu sur la grande table. Mon voisin de droite propose des romans policiers. Dès qu'un un visiteur s'approche, il se lève d'un bond et questionne, livre en main :

– Vous aimez les enquêtes mystérieuses ?

Si la réponse est oui, il enchaîne sur un argumentaire bien rodé. Si le futur acheteur n'apprécie pas les thrillers, il rétorque invariablement :

– Laissez-moi être votre première fois !

A ma gauche, l'auteur a posé entre ses livres un bocal contenant ce qui ressemble à un cerveau en plastique flottant dans un liquide indéterminé. Il se penche vers moi et murmure avec un air complice :

– J'ai placé mes neurones dans le formol. Je vais pouvoir raconter n'importe quoi toute la journée !

Je lance discrètement une recherche sur mon téléphone concernant le pourcentage d'écrivains ayant effectué des séjours en services psychiatriques.

Puis, j'avance ma pile de C'est quoi ton stage ? de trois millimètres. Et je souris. Je dis bonjour. J'arrête de dire bonjour parce que je crois que ce salut fait fuir les rares curieux qui s'approche de ma couverture bleue. Je renseigne :

– C'est un adolescent qui effectue un stage en maison de retraite. Non, il ne s'agit pas d'un récit autobiographique. Oui, c'est bien difficile de trouver un stage pour les jeunes. C'est sûr, le gouvernement n'aide pas. Vous ne voudriez pas plutôt qu'on parle du livre ?

Midi passe. Selon un rite immuable, le soleil tourne et chauffe mon dos. C’est un peu le principe de la serre tropicale. Mon tee-shirt se liquéfie, mon jeans semble découpé dans une toile de fourrure polaire. Les visiteurs grimacent : vous avez l’air d’avoir chaud, vous n’êtes pas très bien placée. J'ai la tête d’un gant de toilette après usage. Mon voisin, en bras de chemise, ne lâche pas son stylo et enchaîne les ventes tandis que je dessine des fleurs sur la nappe.

– Au moins, vous avez le temps de réfléchir à votre prochain ouvrage, ironise-t-il.


Le miracle aux cheveux blonds arrive peu avant la fermeture. Elle s'approche, examine la quatrième de couverture et s'exclame avec enthousiasme :

– J'en ai entendu parler à la radio. Ils disaient que c'était très réussi.

Evidemment je n'ai accordé aucune interview à la presse, évidemment aucun journaliste n'a vanté mon roman mais je repousse une mèche collée sur mon front moite et propose sur un ton détaché, comme si je ne rencontrais pas ma toute première lectrice de la journée :

– Souhaitez-vous que je vous dédicace un exemplaire ?

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Texte n°7 concours

Publié le par christine brunet /aloys

Ça y est, c'est le grand jour ! Le grand jour, c'est moi qui l'interprète ainsi ! Parce que vraiment je ne pensais pas que ça allait se passer comme ça et pour prédire l'avenir je ne m'appelais pas Mme Irma. Ils m'ont installé dans le sas du grand magasin. Le premier supermarché de la ville. Le plus proche. Systématiquement le coin des habitués pour les courses de tout les instants et surtout le rendez-vous des petits vieux du quartier qui s'y retrouvent lorsqu'ils ont décidé de s'acheter le kilo de farine ou de sucre en poudre manquant à la maison.

J'étais glacé ! L'ouverture et la fermeture automatique des portes devenaient ma hantise. La petite table de camping qu'on m'avait prêté pour m'installer moi et ma pile de livres était mal équilibrée et j'avais trouvé l'astuce pour la caler avec un des flyers plié en quatre que j'avais réalisé et illustré par mes propres moyens parce que l'imprimerie restait chère. Même avec mes gants en polaire, mes doigts gourds étaient désormais blancs. Avec cette foutue maladie de Raynaud je me demandais alors comment je ferai pour dédicacer mon livre au premier admirateur qui daignera s'intéresser à moi et emprunter ma plus belle écriture avec fierté ? J'avais mal.

Dehors il faisait un froid de canard, je n'allais pas commencer à me plaindre car j'étais à l'abri, aussi j'avais remarqué la caissière à l'entrée du magasin engoncée dans son gilet remonté jusqu'au cou. Je l'imaginais grelottante entourée d'articles de bouffes à scanner et de bips intempestifs comme marquant une montée d'enchère au passage du laser rouge de sa caisse enregistreuse. De temps en temps on se lançait quelques coups d'œil. Mais jamais trop longtemps parce qu'on avait pas que ça à faire. On était chacun là pour autre chose. En l'occurrence, elle pour encaisser et moi pour déballer ma littérature. À mon grand dam il n'y avait pas énormément de monde qui s'arrêtait à mon stand de fortune. Je ne désespérais pourtant pas d'offrir quelques signatures.

Ma patience ayant des limites elle fut néanmoins récompensée par une petite dame qui s'approcha de moi à pas lents. Je distinguais à peine ses yeux aux travers des verres épais de ses lunettes qu'elle repoussait aussitôt à chaque fois qu'elles glissaient sur son nez. En dépit de tout son sourire ne m'échappa pas. Elle saisissait un prospectus dans le petit paquet de flyers entreposé devant moi et sans aucun doute je devinais qu'elle en déchiffrait le contenu. Elle m'envoya un autre regard qui était encore plus agréable que le précédent. Cette dame avait l'art de communiquer son engouement tout simplement et avec beaucoup de naturel que je ne pus que m'en satisfaire. Après un certain nombre de politesse j'étais ravi de cette rencontre. Quant à la dame, elle se doutait bien que j'allais lui caser un de mes bouquins. Et c'est sans aucune réticence qu'elle accepta un exemplaire. Elle me confia ensuite qu'elle était amateur de poésie et qu'elle en connaissait un rayon. Elle voulait me présenter à un de ses amis qui en connaissait un autre qui en connaissait un autre, ce dernier avait des relations ayant des assentiments identiques. Le bouche à oreille à ce qu'on m'a dit marchait bien... Si j'osais, à mon tour, j'aurai pu lui confier que j'étais aux anges, et je me voyais déjà en haut de l'affiche.

Le moment de la dédicace était propice. Je questionnais cette sympathique dame histoire de construire une citation rapidement, une maxime, un sentiment approprié, ou de surcroît une pensée de bon aloi. J'en avais justement une sous la main qui n'attendait qu'à être distribuée gracieusement. Machinalement j'attrapais d'une main l'exemplaire qu'elle me tendait et l'autre que je tentais de réchauffer par mon souffle tiède, mon sang circulait difficilement aux extrémités. Le froid et le stress ne m'aidait pas. La dame trépignait un peu. Le courant d'air transformait l'endroit en un gouffre glacial avec le passage incessant des clients qui maintenant faisaient affluence à cette heure. Elle s'arrangea correctement une large écharpe de laine rouge lui couvrant aussi les épaules. J'entrouvris la couverture neuve avec délicatesse pour ne pas la casser par un plis disgracieux et mon stylo glissait sur la première page encore vierge, absorbant ces mots personnels : « Si les gens ne revendiquent pas d'être différents on finit par se satisfaire de tout ».

Et « À ma première admiratrice » signé SOPHIE PORCHETIERE le 8 janvier 2008. La petite dame me saluait et repartit comme elle était arrivée, discrètement. En s'éloignant je devinais qu'une confiance illuminait son regard qu'elle partagea une dernière fois en se retournant. Une amitié s'était improvisée. Enfin un attroupement de badauds animés par la curiosité avait formé autour de ma petite table un paravent d'humains qui me protégeaient du froid et me réchauffaient le cœur. J'étais content de moi.

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Texte n°6 concours

Publié le par christine brunet /aloys

PREMIERE SEANCE DE DEDICACES

Après avoir triomphé de multiples épreuves, surmonté bien des obstacles, vaincu les doutes et les critiques, me voilà en haut de la montagne, contemplant fièrement le chemin parcouru, défiant ceux qui n’avaient pas cru en moi et souriant à la foule des lecteurs qui allaient se presser devant le stand où je me tiens, bien droit, derrière une pile de livres tout frais sortis de presse. Devant moi, un écriteau arbore mon nom en lettres dorées.
Je suis enfin présent à la Foire du Livre !
Pendant des années je m’y suis promené avec des airs gourmands, plus intéressé par les écrivains que par leurs œuvres.
Je me disais « Un jour, ce sera moi qui serai là, et les visiteurs feront la file devant ma table ». Mission accomplie ! Enfin, en partie, car voilà une heure que je me suis installé et aucun futur lecteur ne s’est présenté.
Pour ne pas avoir l’air de guetter le client, je fais mine de griffonner dans un carnet, je feuillette un de mes livres, j’en dispose un debout pour que l’on voie bien le titre… quelle jolie couverture ! Comment est-il possible qu’elle ne capte pas tous les regards ?
Je consulte mon gsm, je prépare mon stylo, j’imagine le texte des dédicaces… bref je deviens nerveux.
Oups, voilà un homme qui s’approche. Je lui souris le plus naturellement possible et mon sourire reste coincé sur son « Où se trouvent les toilettes ? ».
Je réponds que je l’ignore et il se barre.
Ah, voilà une vieille dame qui ralentit. Je m’enhardis et lui demande ce qu’elle aime lire. Elle balaie la table d’un regard dédaigneux et me lance, lèvres pincées : « Je ne lis que les grands auteurs ». Re-gloups.
Les gens continuent de parcourir l’allée devant moi, certains sans un regard, d’autres dégoûtés comme s’ils découvraient des boudins graisseux dans ce temple du Livre. Où est l’erreur ? C’est moi qui n’ai pas l’air d’un vrai écrivain ? C’est mon livre qui n’est pas assez gros ? C’est le titre ? La couverture ? Le nom de l’auteur ? De la maison d’édition ?
Devant mon air dépité, ma voisine, une jolie jeune femme que je n’avais pas remarquée, n’ayant d’yeux que pour ma merveille, se penche vers moi et murmure : - C’est votre première fois ?
- Heu, oui. Et vous ?
- Oh moi, j’ai l’habitude. C’est mon dixième ouvrage.
- Ah bon ? Et vous vendez bien ?
- Pas plus que vous. Faudra vous y faire.
- Et pourquoi certains dédicacent à tour de bras ? Regardez, là, il y a foule devant une table.
Ma consoeur rit en haussant les épaules.
- Evidemment ! C’est Amélie Nothomb !
Nous avons sympathisé, et pendant que nous parlions, des passants prenaient nos livres en mains, les jaugeaient, et puis s’en allaient pour ne pas nous déranger.
Je n’ai rien vendu mais j’ai rendez-vous demain avec Isabelle.

Publié dans concours

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