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Carine-Laure Desguin nous propose un texte : "Le sacrifice"

Publié le par christine brunet /aloys

Le sacrifice

 

Quelque chose se trame autour de moi, un truc moche de chez moche. J’ignore quoi, mais avec mes petits moyens, j’enquête. Je guette et j’observe. En peu de temps, tout s’est modifié et s’est habillé de plus beau, de plus pailleté, de plus riche. Noël avant l’heure, quoi. Tout, pas vraiment. Il manque toujours des tuiles sur le toit de la maison et des bassines recouvrent encore le plancher usé du grenier. Tout, c’est m’man. Tout en elle, son comportement, ses gestes, son attitude envers moi, et ses paroles aussi. Je la regarde désormais comme une inconnue, je ne la reconnais pas. À la télé on parle de l’intelligence artificielle, de la robotique et tout ça. Alors je reste attentif. M’man est encore m’man, enfin je crois. Elle n’est pas devenue un mannequin articulé par des entrelacs de fils électriques recouvert de chairs humaines, non. Ses grains de beauté n’ont pas changé de membres, ceux des bras sont bien à leur place et ceux de ses jambes aussi. Je ne me trompe pas car sur son mollet gauche, ses grains de beauté forment de jolis dessins, des ensembles d’étoiles, des constellations quoi. Ses cheveux à présent sont bleu-vert, ça oui, et depuis le temps qu’elle en avait envie, c’est très bien. Ce que je veux dire c’est que les changements de m’man ne se situent pas seulement dans son aspect physique, bien qu’elle parle de rendez-vous chez l’esthéticienne pour une pose de faux ongles qui coûteront la peau des fesses. C’est plutôt niveau comportement que quelque chose a viré à cent pour cent. Cela fait au moins trois mois que m’man ne m’a plus cogné. Bien étrange ça ! Je ne suis plus son pushing bowl ! Oh, je dis trois mois comme ça, à vol d’oiseau. Cela fait peut-être quatre ou cinq mois. Je m’en suis aperçu par hasard. Un soir en me débarbouillant j’ai remarqué que les hématomes qui coloraient mes bras jaunissaient d’allure. Et qu’aucun autre hématome n’avait ce bleu bien bleu, ce bleu qui apparaît de suite après un coup. Je dis « hématome » et pas « bleu » depuis que mon instit a, l’an dernier, montré mon avant-bras à l’éduc et a dit, regarde ça, c’est quand même bien un hématome, qu’en penses-tu ? Pour en revenir à mes interrogations actuelles, de quand dataient les dernières rames ? 

                                                                                                                                                                                                    Oui, c’est ça, tout bien réfléchi, au moins cinq mois. Cela doit correspondre avec le jour où m’man est rentrée avec un bien drôle de sourire sur les lèvres et un carton entier de canettes de bière. J’ai craint quand elle a déposé tout ça par terre, à côté du frigo. Ce bruit sourd des canettes qui tombent sur le carrelage, clac. Et puis ses gestes rapides pour taper dans le frigo le plus de canettes possibles, tac, tac, tac, tac. Et tac. M’man semblait contente, fière d’elle. Il y a longtemps qu’elle n’avait plus acheté autant de canettes en une seule fois. D’habitude, c’est deux ou trois, pas plus. M’man, c’était un panier percé, voilà tout. Son discours lorsqu’elle faisait ses courses au Lidl et pas encore chez Carrefour ou les magasins bio, c’était ceci :

  • Me priver de mes canettes à cause de mes deux nigauds

de gosses, disait-elle en nous jetant un regard de sorcière à mon frère Samy et moi. Voilà à quoi j’en suis réduite ! continuait-elle sur le même ton de reproche.

Samy ne répondait plus. Il se contentait de ricaner et puis il claquait la porte de la cuisine et montait dans sa chambre pour écouter une plage de Heavy Metal. Je me souviens de ce soir mémorable où Samy, poussé à bout par m’man qui était bourrée et avait des propos délirants avait lâché :

  •  T’avais qu’à bouffer une plaquette entière de pilules ou nous transpercer avec une aiguille ! Ça t’aurait fait deux bouches en moins à nourrir ! Parce qu’après m’avoir mis au monde, tu as recommencé ta connerie. Et celui-là est arrivé, avait-il gueulé en me montrant du doigt, du mépris débordant de ses yeux révolver.

Ce soir-là, Samy a pris la raclée de sa vie. Je pensais que m’man l’avait tué. Elle l’a tapé contre le mur, juste entre l’étagère sur laquelle plus rien n’était exposé depuis longtemps et la bibliothèque qui n’était utile que pour ranger notre linge à moitié lavé. Un clou était resté là, isolé, planté dans le mur (la photo d’un mec aurait pendouillé là). Et du coup, vu le choc, le clou s’est retrouvé dans la nuque de mon frangin. Qui s’est écroulé raide. Le sang n’arrêtait plus de couler. Samy ne bougeait plus. Des hurlements, ça oui, j’en ai poussés. M’man restait prostrée, bras ballants, les yeux exorbités, la chevelure en bataille et de grosses gouttes de sueur qui perlaient sur son front. Le sang chaud, ça pue, je n’oublierai jamais cette odeur-là. J’avais six ans et Samy, neuf ans et demi. Ensuite tout s’est passé très vite. La voisine, alertée par mes cris, a déboulé et a appelé les secours. M’man a repris ses esprits et a hurlé que c’était un accident, que Samy avait trébuché tout seul. Ben voyons. Samy n’a jamais révélé la vérité et moi non plus.

Et les rames ont continué de plus belle donc jusqu’à maintenant, instant T où je constate que mes bleus ont cette belle couleur jaune-vert. C’est plus que chelou. Samy s’est lui aussi aperçu que quelque chose ne tourne plus rond dans cette maison. Quand m’man revient des courses, elle lui lance au visage des tas de loques toutes neuves. Les étiquettes ne mentent pas, elles. Et puis, sur tous les vêtements, des noms prestigieux comme Tommy Hilfiger ou Jacadi, ou un autre nom aussi prestigieux qui pue le fric.

Désormais m’man prépare mon sac (un sac à dos tout neuf et je précise, un Kipling s'il vous plaît) chaque matin. J'ai droit à un fruit, deux boissons non sucrées, deux biscuits au cas où le repas complet ne serait pas assez complet. Elle paie donc le ticket de la cantine, ce qui me donne l’accès chaque jour à un bol d’une soupe aux légumes frais, le plat et bien sûr, le dessert. Les instits et les éducateurs me sourient sans cesse. C'est tout juste si je ne suis pas applaudi lorsque je me pointe dans la cour de récré. Il ne me manque plus jamais un seul outil, j'ai tout mon matériel, même un ordinateur, celui avec la marque de la pomme. Plus besoin de piquer la gomme ou le crayon du voisin. Ça, ça m'emmerde un peu alors je maintiens le geste de temps en temps. Juste pour ne pas perdre la main, un petit larcin chaque matin, je me dis. Et puis l'hygiène. Ah ça l'hygiène, m'man m'en badine les oreilles. La propreté avant tout ! Se brosser les dents, très important ! Désormais une brosse à dents électrique et une pour mon grand frère. M'man, il ne lui reste plus que des chicots mais ça changera bientôt, nous annonce-t-elle, il faut faire des choix dans la vie, c’est important, les choix ! Donc oui, il se trame un bien drôle de truc. Mais quoi ? Des enveloppes pleines de tunes envoyées par le daron de Samy ? Ou bien le mien ?  le mec de la photo disparue qui reviendrait ? D'après m'man nos géniteurs grignotent tous les deux les pissenlits par les racines depuis belle lurette. Mensonge ou vérité ? Alertés par nos cris intempestifs, les voisins auraient-ils porté plainte chez les keufs? Vrai que parfois une gonzesse pas mal foutue vient nous visiter et posent un tas de questions. Une fameuse indiscrète celle-là, nous assène m'man, répondez-lui des mensonges et surtout enfilez des pulls à longues manches !

La vérité est ailleurs, je le sens. Il s’agit de moi. Samy ne cesse de me le répéter, C’est toi qui es visé, frérot. Le soir, il me serre très fort dans ses bras, comme s’il m’étreignait pour la dernière fois. J’échappe à la cigarette et à la confession, Inch’Allah. Samy en sait beaucoup plus que moi. Il a espionné les allées et venues de m’man, ses rendez-vous en ville avec un grand type en costume et des lunettes de soleil sur le nez. Bizarre car ce matin-là, il pleuvait. Mon frérot a même ouvert la boîte Messanger de m’man mais elle avait justement tout effacé. Samy me raconte tout ça d’un air super inquiet. Il parle de me raser la tête et de me faire porter des lentilles brunes. Les boucles blondes et les yeux bleus, c’est pas top pour un gamin, m’a-t-il dit avec des trémolos dans la voix. Samy passe des heures à surfer sur le darkweb et il connaît des tonnes d’histoires plus que mystérieuses.

Vers cinq heures ce matin, m’man s’est levée. Tout de suite j’ai senti une odeur de fumée, elle s’enfile déjà une clope, j’ai pensé. D’habitude, elle sirote une canette avant d’entamer sa clope. Peu de temps après, j’ai entendu des pas décidés, m’man montait les marches de l’escalier. Ensuite elle a ouvert la porte de la chambre et a prononcé mon prénom sur un ton hésitant, presqu’à mi-voix, Grégo. Ensuite, tout s’est passé très vite. Samy s’est levé d’un bond et a dévalé quatre à quatre les escaliers. La porte d’entrée a claqué. Au dehors, des voix d’hommes ont brisé le calme de cette fin de nuit. L’un d’eux a aboyé, C’est pas celui-là, c’est l’autre, un petit blondinet. Et son complice a rétorqué, Tant pis, il fera l’affaire dans l’un ou l’autre des réseaux qui nous paie, tous des pourris qui bouffent tout et n’importe quoi, de toute façon.

 

Carine-Laure Desguin

http://carineldeguin.canalblog.com  

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Résultats du concours

Publié le par christine brunet /aloys

 

NOS GAGNANTES !!!

 

 

 

Seulement deux votantes... Donc à égalité, les textes 1 et 5 =>

Bravo à Edmée et à Micheline !

Et merci à Ani Sedent pour sa participation !   

Qui a participé

Texte 1 : Edmée de Xhavée

Texte 2 : Micheline Boland

Texte 3 : Ani Sedent

Texte 4 : Micheline Boland

Texte 5 : Micheline Boland

 

 

Publié dans résultats concours

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A vous de voter sur ce post ! résultats demain soir !

Publié le par christine brunet /aloys

 

Relisez, réfléchissez et votez !

Publié dans résultats concours

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Concours 2 - Amour à mort - Texte 5

Publié le par christine brunet /aloys

ACCIDENTS

 

Leur amour était un secret qu'ils n'ont longtemps partagé qu'avec moi, car ils s'étaient rencontrés chez mes parents lors de la fête d'anniversaire de mes seize ans. Au début de leurs relations je les aidais à échanger des messages.  Marine était ma cousine et Simon était mon ami d'enfance. Des images me reviennent de leur tendre connivence. Je me souviens les avoir observés un premier mai de la fenêtre de ma chambre, ils étaient assis au jardin et j'avais pu voir la tête de Marine posée au creux de l'épaule de Simon. C'était pour moi comme si le temps s'était arrêté, comme si leur bonheur devait durer toute leur vie.

Ces images ne s'effacent pas, pourtant elles datent de plus de quarante ans. L'année de ses vingt ans, Marine était décédée des suites d'un accident de voiture. Simon en avait éprouvé un chagrin qu'il estimait insoutenable parce qu'il se sentait coupable de ne pas l'avoir accompagnée au vernissage de l'exposition de peinture où elle s'était rendue ce soir-là.

Simon n'était plus parvenu à s'investir réellement que dans ses études. En quelques jours, ses projets de vie de couple s'étaient dérobés. Il était, en effet, convaincu que Marine était irremplaçable.

Tout comme moi Simon avait terminé une filière universitaire de cinq ans. Son diplôme en poche, il avait mis toute son énergie dans son travail et il avait obtenu rapidement une promotion. Quand nous rencontrions, en soirée, je le sentais triste et absent. Je le sais aujourd'hui, il se perdait certainement dans des idées noires, s'imaginant que seule la présence de Marine lui aurait permis de vivre pleinement petits et grands plaisirs. 

Une avant-veille de Noël, alors que je le ramenais chez lui après un repas au restaurant, il me confia : "Je voudrais glisser très loin dans le passé, retrouver mes dix-huit ans pour goûter l'exaltation et les espoirs de ce temps-là. Ne pourrais-tu m'aider à m'éloigner de cette existence sans saveur ?" Je n'avais pas demandé davantage de précision, car je l'avais compris à demi-mots. Je lui avais suggéré de prendre rendez-vous chez un psy, de s'épancher sur le papier, de s'éloigner de ses routines, de sa région. "Ne m'abandonne pas. Quand je vois dans son armoire à pharmacie les médicaments que prend ma mère suite à son burnout, le temps d'un éclair, je me dis que je pourrais les engloutir tous, m'en servir comme d'une arme. Puis je pense immédiatement à quel impact cela aurait sur ma famille, sur la boîte,… Je ne passe pas à l'acte, je n'y passerai jamais bien sûr. Je n'apprécie plus que de m'oublier dans le travail. Tu comprends n'est-ce-pas ?"

Simon avait consulté un psychologue, il avait commencé à écrire un journal, il avait refait du jogging. Il était sorti avec une collègue beaucoup plus jeune que lui, ils avaient envisagé de s'installer ensemble.

"Je fais semblant de vivre", m'avait-il pourtant confié plus tard. "C'est une image bien entendu", avait-il ajouté.  "Je mange, je lis, j'écris, je parle, je cours, je conduis, je travaille, mais pas avec l'intensité dont je me serais cru capable…", avait-il encore dit.

Le jour de Pâques, Simon est mort lui aussi des suites d'un accident. Coïncidence ou pas que ce soit dans des circonstances qui ressemblent à celles du décès de Marine ? Volontairement ou pas ? Les questions restent en moi.  

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Concours 2 - Amour à mort - Texte 4

Publié le par christine brunet /aloys

LA UNE DU JOURNAL

 

"Suicide, accident ou crime ? L'enquête le dira, mais elle ne fait que commencer. Laura Dupont laisse deux enfants et un mari désarçonnés…" Tels étaient le titre et le début de l'article du journaliste dans la gazette locale de la cité balnéaire où je suis chargé de mission. 

Laura et Thierry Dupont. Le couple faisait souvent la une du journal local. Ils étaient amoureux, riches, beaux, dynamiques, cultivés, sympathiques, plutôt charismatiques. Comédiens, ils étaient à la tête du théâtre du Sentier où se jouaient aussi bien des comédies musicales que des pièces classiques ou contemporaines, où se produisaient durant l'été aussi bien des chanteurs que des humoristes.  Leur vie n'était pourtant pas un long fleuve tranquille. Laura et Thierry avaient cédé l'un et l'autre à la tentation de fort éphémères infidélités qui selon eux ne remettaient aucunement en question l'amour qu'ils se portaient. "Nous sommes ouverts, nous nous aimons et nous savons fermer les yeux sur des erreurs ponctuelles", répondaient-ils quand quelqu'un de leur entourage immédiat osait aborder le sujet.

Et pourtant, je sais que tout n'était pas si simple. Moi l'abbé Maxime Gillemin, j'ai reçu Thierry en confession. Il m'a tout avoué. Lors de leur promenade nocturne, il a poussé Laura du haut de la falaise, car il ne supportait pas qu'elle envisagea de le quitter pour un bellâtre fortuné, acteur lui aussi, de dix ans son cadet. Il n'avait rien prémédité. Cela avait été une sorte de réflexe consécutif à l'aveu de son épouse quand, après la pause durant laquelle Laura s'était confiée, ils avaient repris leur marche et avaient atteint le haut de la falaise, là où vingt-deux ans plus tôt ils s'étaient juré un amour éternel. Après le drame, il avait agi dans un état second. Il avait fait de longs détours avant de regagner à pied son domicile. Il n'avait rencontré personne et ce soir-là, les deux garçons dormaient chez des amis.  Maintenant, il regrette son geste, il pleure, mais refuse de se dénoncer pour protéger ses enfants. Il avait dans un premier temps maîtrisé ses émotions lorsque Laura lui avait fait part de sa décision, lui demandant juste d'attendre le début des grandes vacances avant d'annoncer la fâcheuse nouvelle aux enfants et à la famille. Je suis tenu au secret de la confession. Je suis torturé. Thierry refuse de se dénoncer pour protéger ses deux fils. Il a déjà prévu le scénario qu'il fournira aux enquêteurs pour les convaincre de son innocence. Il promet de soutenir du mieux qu'il le pourra sa belle-famille face à cette catastrophe. Je perçois en lui une telle souffrance !  Il répète :"Si je pouvais faire marche arrière. Si, oui, si seulement c'était possible…"

Après enquête, il s'avère que la thèse de l'accident a été retenue. Un an et demi après, Thierry Dupont a publié un livre qui connaît un beau succès. "Mes lèvres sur ton cercueil" se vend comme jamais encore un ouvrage ne s'est vendu dans la région. Nous avons tous de près ou de loin, vécu des tragédies, pour la plupart nous sommes curieux de prendre connaissance de  l'émerveillement amoureux qu'ont connu des couples de vedettes. "Mes lèvres sur ton cercueil" est un mélange de prose et de poésie, il contient l'expression de sentiments douloureux et de passions profondes. N'est-ce pas la transparence du ressenti  et la clarté des confidences que l'on cherche dans ce genre de notes biographiques ?  Comme il est écrit dans l'Ecclésiaste "il est un moment pour tout et un temps pour toute activité sous le ciel".

Thierry a pris grand soin de sa belle-mère qui a été victime d'un AVC peu après le décès de sa fille. C'est un gendre idéal comme il est un père idéal et fut le plus souvent un mari idéal, soutenant Laura, l'aidant, la conseillant, la choyant. 

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Concours 2 - Amour à mort - Texte 3

Publié le par christine brunet /aloys

Avec elle, j’ai dormi à la belle étoile, visité villes et villages, avant de m’arrêter dans cette belle cité où nicher.  Avec elle, je me suis fait des amis, si différents de moi mais si intéressants.  Avec elle, j’ai simplement rêvé en regardant les étoiles.

Dans un instant, je vais mourir.

Peut-être l’ai-je trop aimée ? 

Mais peut-on aimer trop ?

Peu importe, car je l’aime encore et ne regrette rien.

Même si la culpabilité me ronge de n’avoir pas écouté ceux qui m’avaient prévenu, ceux qui voyaient ce qui nous arrivait.  Mais j’ai choisi de regarder ailleurs ; par bêtise ; par insouciance ; par facilité.

Par peur surtout.

Je pensais que rien de mal ne pouvait nous arriver, que notre bonheur était immuable… comme je me trompais.  Et quand elle a commencé à devenir de plus en plus silencieuse, à cacher ses bleus sous un sourire sans éclat, je n’ai rien compris, sot que je suis !

Il a fallu qu’elle me quitte définitivement pour qu’enfin je me réveille.  L’absence et son silence assourdissant étant plus efficaces que n’importe quel discours pour que j’ouvre les yeux sur un monde vide, sur un cauchemar sans fin.

Car il me l’a enlevée, l’a violée et asservie, pensant être le seul à avoir le droit d’en jouir ! Le triste sire, qui se croit si important alors qu’il est si petit.

Je vais mourir.

Cela ne m’inquiète pas, sans elle quelle raison ai-je de vivre ?

Mon réveil a pris trop de temps, un temps que je n’avais pas, un temps qui s’est enfui avec elle, avant de m’engluer, puis s’arrêter.

Quand je me suis redressé, que j’ai voulu me battre pour la récupérer, il était bien trop tard.  Enfermée dans une sombre forteresse, elle m’était devenue inaccessible.  Peut-être, un jour, quelqu’un abattra-t-il ces murs ?  En attendant, je ne peux que rêver d’elle, sa douceur, sa joie, sa lumière.

La mort a eu moins de difficulté à me trouver.  Tant mieux, je ne me cachais pas.

Mais comment ai-je pu laisser faire cela ?  Comment ai-je pu être aussi aveugle ?

Il est trop tard pour se poser ces questions et vain de vouloir y répondre.

Aucun retour en arrière n’est possible.

Je vais mourir.

Pas elle.

Je le sais.

Elle, elle courbera l’échine, un temps, puis se redressera et il ne pourra rien faire pour l’arrêter.    

Elle prendra son temps et nombre d’amants et il ne pourra rien faire, que trembler sous son souffle.

Puis elle prendra son envol et il disparaîtra, comme bien d’autres avant lui.

Car, tel le phénix, elle renaît de ses cendres et, d’un battement d’aile, embrase le cœur des hommes en leur offrant le droit au choix.

Elle est d’une essence rêvée, celle de la dignité.

Elle est la liberté.

Et je l’aime à en mourir.

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Concours 2 - Amour à mort - Texte 2

Publié le par christine brunet /aloys

DOMINIQUE ET MARIE-LOUISE

 

Dans leur jardin, Dominique  et Marie-Louise aimaient à la belle saison, passer de longues heures à bavarder chacun allongé dans un transat sous un grand parasol. Ils n'étaient jamais à court de sujets de conversation. Ils ne s'ennuyaient jamais quand ils étaient ensemble. Dominique  trouvait toujours les sourires de Marie-Louise aussi charmants que durant leur jeunesse. Il la trouvait toujours aussi jolie même si elle avait un peu grossi et avait le visage un peu ridé. Marie-Louise appréciait toujours autant la belle voix grave de son époux.

Tous deux, adoraient danser des slows sur une musique douce qui datait de leur jeunesse. Enlacés, ils tanguaient pareils à de jeunes amoureux à l'occasion de fêtes familiales, de mariages, de réveillons. Les mains de Dominique posées tendrement sur ses épaules, Marie-Louise ne s'en lassait jamais. Les balades dominicales main dans la main le long du chemin de halage, tous deux en raffolaient.   Leurs journées se dépliaient dans une suite de clins d'œil, de sourires, de caresses, d'effleurements, de corvées partagées, de loisirs communs. Quand ils étaient deux, ils redevenaient un peu des adolescents.  

Cela faisait près de cinquante ans qu'ils s'étaient mariés. Ils avaient un fils, une belle-fille, deux petits-fils, beaucoup d'amis. Tous deux avaient fait carrière dans l'enseignement, c'était d'ailleurs lors d'un intérim dans une école de la ville que Dominique  avait vu Marie-Louise pour la première. 

Soudain, la mort vint de manière inattendue et brutale. À soixante-quinze ans, Marie-Louise, qui était apparemment en bonne santé, décéda subitement d'un arrêt cardiaque. Dominique fut beaucoup entouré par sa petite famille, ses voisins et ses amis. Il commença néanmoins à s'abandonner de plus en plus au chagrin et à la mélancolie. Lorsqu'un oncle et une tante de Marie-Louise, tous deux octogénaires étaient décédés à deux heures d'intervalle dans un accident à leur retour de vacances passées au bord du Lac de Garde, Dominique et Marie-Louise avaient tous deux  jugé que c'était une mort idéale pour un couple tellement uni même si la tristesse de leurs enfants, beaux-enfants et petits-enfants avait été immense et que cela restait pour eux un réel traumatisme.

Quelques mois après la disparition de Marie-Louise, Dominique  fit, m'avoua-t-il, un rêve étrange. Dans ce rêve Marie-Louise tout de blanc vêtue lui tendait la main et l'invitait à la rejoindre pour danser. Ils tournoyaient lentement, elle chuchotait des paroles inaudibles… Ils étaient collés l'un à l'autre, elle disait "reste", c'était là le seul mot qu'il saisissait parfaitement. 

Ce rêve revint les deux nuits suivantes et poursuivit ensuite Dominique du matin jusqu'au soir une semaine durant. Un dimanche après-midi alors que sa belle-fille et son fils venaient lui apporter deux sacs de course, ils découvrirent Dominique allongé sur le canapé du salon. Il avait revêtu son costume bleu foncé, une chemise blanche, une cravate bordeaux. Il avait chaussé ses mocassins noirs. Il avait rendu son dernier souffle, laissé une lettre dans laquelle il faisait part de son désespoir et avouait avoir eu recours à un surdosage d'antidépresseurs pour mettre fin à ses jours. Il avait obéi à la supplication de Marie-Louise, il était resté avec elle dans un rêve interminable…

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Concours 2 : Amour à mort -Texte 1

Publié le par christine brunet /aloys

Amour à mort 

 

  • Il vous faut encore un sac, ou tout rentrera dans celui-là  ?
  • Je vais découper la main pour la séparer du bras, elle prendra moins de place, ça ira merci…

 

Épouse numéro deux (MarieSo) et ex-épouse (MarieTè) se hâtent. Dans quatre heures le jour se lèvera, il faudra avoir chargé les sacs dans la 4x4 et puis en avoir distribué le contenu avant 5 heures de matin dans l’auge à cochons de l’élevage bio « Le joli goret » et le reste chez le trafiquant de Pitbulls. Ensuite, il faudra replier les protections de plastique, nettoyer les éventuelles traces, remettre le désordre habituel dans le garage, nettoyer l’égoïne et la scie circulaire puis les utiliser pour découper de vieux meubles, histoire de recouvrir les lames de débris. Et puis se séparer et reprendre les routines : MarieTè fera ses brasses matinales dans la piscine et MarieSo se laissera réveiller par Mme Sotillo avec son petit déjeuner à 9h30.

Antoine lui avait pourtant donné l’illusion d’enfin-l’amour-vrai ! Entre MarieTè et lui, il ne restait que sa compassion à lui pour une épouse à la traine, épousée malgré lui (ah, les trucs innombrables des jeunes filles de bonne famille pour se caser… ). Il ne pouvait la quitter, elle serait perdue. Et pourtant, combien il se sentait exploser d’énergie et de projets dans cet amour renaissance avec MarieSo ! Ses enfants étaient grands – tiens, ils avaient plus ou moins l’âge de MarieSo, à un poil près…- et au fond, pourquoi pas, pourquoi ne pas expliquer à MarieTè que ce serait plus raisonnable, qu’elle pourrait aussi refaire sa vie une fois remise en selle, il ne l’abandonnerait jamais, et être grand-mère la tiendrait occupée, au fond… MarieSo le trouvait éblouissant, décidé, convaincant, ça ne pouvait être qu’une histoire de quelques semaines, ou un mois ou deux.

Il avait bien divorcé, oui, mais uniquement parce que MarieTè l’avait prié de s’en aller. Il avait presque lacéré le tapis d’entrée en s’y accrochant avec les ongles, et MarieSo qui attendait dans la voiture l’avait entendu bêler, puis il était sorti rubicond et haletant de ce qui avait été son foyer, MarieTè faisant de joyeux signes de la main à MarieSo et lançant d’une voix cristalline : Merci, merci, et courage !

Ils s’étaient mariés, elle n’avait plus osé dire non, après tout « il avait tout fichu en l’air pour elle, et si plus aucun de ses enfants ne lui parlait plus, c’était pour elle qu’il supportait ça. Tout comme le fait que les petits-enfants le surnommaient désormais Ne me quitte pas. » Quand elle ne semblait pas heureuse de son nouveau statut d’épouse, il ricanait : elle n’était qu’une petite gourgandine qui cherchait un homme marié pour s’envoyer en l’air, sans aucune intention sérieuse, et l’avait manipulé. Il passait son temps à espionner MarieTè, rodant devant son ancienne maison, relevant les kilométrages sur son compteur de voiture, et lui envoyant de constants messages « urgents » auxquels elle ne répondait pas. Suivant ses visiteurs mâles et notant leurs numéros de plaque.

C’est autour de muffins aux myrtilles et d’un thé de chrysanthèmes qu’elles se sont organisées. MarieTè les inviterait un soir, MarieSo le convaincrait de s’y rendre à pied, ainsi le problème de sa voiture ne se posait plus. Un bonne longe de porc de l’élevage local Au joli goret serait son dernier repas, un coup de batte de base-ball sa dernière sensation – avoir des poisons dans la maison n’était jamais une bonne idée en cas de perquisition. On ferait ça dans 6 mois, le temps d’accumuler les sacs poubelles, les protection de plastique et de voir arriver la belle saison. « C’est quand même rare de bien s’entendre aussi bien entre ex et nouvelle épouse, non ? ». Elles se sourirent avec une sincérité rayonnante.

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Carine-Laure Desguin nous propose le poème 20 du recueil Le vieux de la zéro/vingt-trois

Publié le par christine brunet /aloys

20

 

 

le vieux de la zéro/vingt-trois

scie bine rabote

maçonne

à l’intérieur de lui

 

deux demi-tartines

se confrontent et

c’est le toit d’une chaumière

la margarine jouera

bien le rôle du ciment

sur la façade

il n’inscrit aucun numéro

il en a marre il confond

exprès ses neurones

il joue à un drôle de jeu

le vieux de la chambre

zéro/vingt-trois

 

Carine-Laure Desguin

In recueil Le vieux de la zéro/vingt-trois

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Laurent Dumortier a lu "Malfarat" de Christine Brunet

Publié le par christine brunet /aloys

 

On rentre rapidement dans le livre et on n’en sort plus, jusqu’à la fin.  On retrouve Gwen Saint-Cyrq, déjà présente dans les précédents romans mais la lecture de ceux-ci n’est pas primordiale pour découvrir l’intrigue, mais permettra par contre de connaître les origines de l’héroïne.  On tourne les pages, fébrilement, pour avancer dans l’histoire.  Plus on avance dans le récit, plus le mystère s’épaissit.  Trahisons, manipulations, le lecteur est balloté dans le doute et ce jusqu’à la conclusion finale, magistrale et qui nous laisse dans le doute le plus complet.  Un dernier élément et non des moindres : il y a tant de questions concernant l’héroïne qu’on a qu’une envie : lire les précédents tomes.

 

 

Laurent Dumortier

 

Publié dans avis de lecteurs

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