Edmée de Xhavée a lu "La rectification" de Luc Degrande
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Vous qui pénétrez dans les pages de ce livre… attendez-vous à tout ! Vous ne vous ennuierez pas, c’est chose sûre !
Corentin Delahaut, retenez bien ce nom. Son cauchemar commence par la réception d’un cadeau, un livre intitulé « La rectification ». Il faut dire qu’il attendait son puzzle annuel, Corentin, un puzzle de 5000 pièces offert par sa maman, et oui, maman y a bien pensé comme tous les ans, mais sa sœur et son beau-frère lui offrent un livre, sachant qu’il ne lit pas, qu’il déteste ça ! Sa sœur ajoute même que ce livre lui donnera peut-être enfin l’idée de se marier. Car oui, notre Corentin aux habitudes de métronome est célibataire…
Faute de mieux, il se décide un soir, devant son feu de cheminée et armé de son chocolat chaud, douillettement étendu sur son canapé à l’abri d’une chaude couverture, à ouvrir son livre. Et le voilà embarqué dans des émotions qu’il ne pensait pas abriter. Car peu à peu, il prend le personnage principal en grippe. Ce type a tout pour être heureux, tout ce qui le rendrait heureux, lui, et ruine tout. Lui, Corentin, à sa place… En même temps, il doit bien reconnaître que certains aspects du caractère du malotru lui plaisent : cet homme est assertif, sûr de lui, n’a pas peur de s’exprimer. Il a l’attitude d’un vrai mec, et Corentin sait manquer de cet atout.
Arrivé à la fin du livre il est indigné. Le final est d’une injustice flagrante ! Il faut rectifier la fin de ce livre, toute « rectification » qu’il soit. Corentin va y veiller, remettra de l’ordre dans la vie parfaite du protagoniste, lui apprendra ! Il se met donc à la recherche de l’auteur et finit par se convaincre que le roman n’est pas aussi fictif qu’on aurait pu le penser.
Une fois là, notre Corentin laisse jaillir la bête qui est en lui, pour notre plus grand plaisir je dois dire, plus rien ne l’arrête, son sens de la justice, son instinct de preux chevalier (car il y a une pauvre femme bafouée dans le roman…) l’arment d’une témérité disproportionnée.
J’en garde pour votre lecture, ne voulant pas gâcher la découverte, mais croyez-moi, c’est comme monter à bord du petit train fantôme.
Écriture au ton analytique et sarcastique, psychologiquement juste, l’auteur maîtrise les mots et les aligne bien, c’est fluide, bien rythmé entre le présent et puis des flash back exposant un peu pourquoi notre Corentin est qui il est…
Beaucoup aimé, et je vous le conseille !
Edmée de Xhavée
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Michèle Baron nous présente son ouvrage "Du côté des petites gens"
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Court extrait du livre
“Le soleil se lève de bonne humeur, les coqs lancent leurs cocoricos dans la vallée, la dame blanche de la nuit s’endort et la vieille Marie caresse sa première tasse de café fumant. Le vent racle le bord de l’eau et la brume mauve fond dans la vallée. L’instant est froid mais le cœur est chaud. Simon pénètre dans sa cathédrale aquatique. Ses pas font des vagues et les poissons s’en vont un peu plus loin. Le pêcheur se sent mi-homme, mi-poisson. Il ne lui manque que les nageoires. »
Biographie
Michèle Baron a vécu ses premières années à Les-Waleffes, en Hesbaye liégeoise. Après une tranche de vie coulée dans le village voisin, elle s’installe définitivement à Fallais, sur un quai de gare désaffecté, entre la Mehaigne et une ancienne voie ferrée. C’est là qu’elle tombe en amour avec l’écriture. Très vite, elle rédige des chroniques villageoises pour un quotidien local puis réalise deux publications à compte d’auteur. « Le Tour des Chapelles » relate les ambiances de vieux bistrots de campagne et les traditions qu’ils véhiculent. « Au pays du Loup-garou » rassemble les récits, légendes, chansons … qu’elle a collectés auprès des aînés de sa région durant de nombreuses années.
Aujourd’hui, à l’âge de la retraite, elle continue à aligner des mots et publie son premier roman « Du côté des petites gens » chez « Chloé des Lys. » Il s’inscrit dans sa démarche de collecte et de sauvegarde du patrimoine immatériel de sa région. C’est un petit bout d’âme de Hesbaye qu’on peut découvrir dans sa simplicité et son authenticité…
Résumé du livre
« Du côté des petites gens » rassemble douze récits, douze tranches de vie de personnages de campagne …
Ils sont fictifs mais vêtus de traits d’identité des habitants de Hesbaye. Ils évoluent dans leur cadre de vie, un terroir où ils ont pris racine et qu’ils ne quitteraient pour rien au monde. Leurs expressions typiques et leur langage simple et coloré signent leur appartenance à ce coin de terre à la fois si particulier et si proche de l’universalité.
Qui peut-on rencontrer entre les lignes ? Un couple d’amoureux, un tenancier de bistrot de pays, un campagnard, un citadin, un agriculteur, une glaneuse, une petite fille qui aime les arbres et bien d’autres personnages pittoresques et attachants. Ils tracent des traits d’union entre leur terre et son âme, nichée si haut dans les nuages …
Le blog des arts et des médias en ligne pose trois questions à Céline Estelle pour son ouvrage "L'été Gigi"
https://vangogh2015.eu/trois-questions-a-celine-estelle-auteur-du-livre-lete-gigi-chez-chloe-des-lys/
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Céline Estelle est écrivaine et thérapeute. Son livre « L’été Gigi » vient de paraître aux éditions Chloé des Lys. Un régal pour les nostalgiques des années 80 et 90 et pour ceux que le mystère de l’Amour fascine !
Bonjour Céline. Comment souhaitez-vous que vos lecteurs se connectent à L’été Gigi ? Y a-t-il une émotion particulière que vous espérez éveiller ?
L’été Gigi est une histoire d’amour singulière et intemporelle, où trois adolescents tissent des liens marquants. L’intrigue se déroule dans un village champenois, baigné par la douceur de l’été. Au cœur de ce récit, Gigi, une Parisienne au charme irrésistible et au style Rockabilly, débarque dans la Marne telle une figure décalée. Sa rencontre avec Emma, une pré-adolescente discrète et solitaire, bouleverse l’équilibre de cette dernière : posséder une amie aussi charismatique relève pour Emma d’un rêve éveillé !
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Le duo est bientôt rejoint par Tristan, un cancre attachant, et ensemble, ils forment un trio incandescent qui marquera cet été inoubliable.
À travers L’été Gigi, je souhaite offrir à mes lecteurs l’occasion de revivre les frissons du premier amour, portés par une ambiance musicale et des références emblématiques des années 80. Ces premiers émois, qu’on le veuille ou non, façonnent durablement ce que nous devenons. Si certains renient leur passé ou minimisent l’impact de ces expériences, il n’en demeure pas moins que ces souvenirs restent inscrits dans notre bagage intérieur, influençant subtilement notre cheminement…
Comment le livre est reçu par vos lecteurs ?
Je suis plutôt satisfaite des premiers retours même si finalement mon écriture a encore évolué depuis la rédaction de L’été Gigi en 2022. Les premiers lecteurs se sont attachés aux personnages, voulant savoir qui était Gigi, qui était Tristan, s’il existait etc. Le fait de chercher à extrapoler une potentielle existence des personnages est plutôt de bonne augure pour la part. Les descriptions de la rivière et du village mais aussi des sentiments sont plébiscités. Une lectrice l’a lu trois fois et a pleuré les trois fois à la fin… Elle avait l’espoir, d’une lecture à l’autre, que le dénouement soit différent ! C’est fou car la fin ne peut se réécrire toute seule. Il semble difficile de quitter Gigi, Tristan et Emma donc !
Vous avez travaillé dans la spiritualité, le journalisme et actuellement la sophrologie. En quoi ces expériences ont-elles influencé votre manière d’écrire aujourd’hui ?
Mes découvertes, mes apprentissages, et mes diverses professions ont été guidés par une énergie intérieure, soutenue par des rencontres marquantes et le sentiment d’être accompagnée — que ce soit par mes anges gardiens ou par des âmes inspirantes croisées en France, aux États-Unis, à Malte, ou encore en Inde. Ces voyages, constants dans ma vie, nourrissent profondément ma vision. Je fuis la ressemblance qu’elle soit physique, littéraire ou artistique. Je ne me préoccupe pas de l’opinion des autres. Je ne laisse jamais prise à un élément qui ne représenterait pas mon authenticité pure.
Mon parcours pourrait être vu comme une trajectoire en entonnoir : j’ai commencé par la Communication à grande échelle, pour me tourner progressivement vers un dialogue plus intimiste avec l’individu dans le cadre thérapeutique. Puis, je suis allée plus loin encore, en confiant mes émotions et réflexions à travers mes livres. C’est un affinement constant, un tri, une quête toujours plus profonde : passer de l’intérêt pour l’humanité à celui pour l’homme, puis pour son Soi intérieur.
Dans mes ouvrages, je puise l’essence de toutes ces expériences. Ils sont toujours empreints d’une dimension de développement personnel, destinés à accompagner le lecteur dans son propre cheminement. Mon objectif ultime ? Offrir une boussole intérieure qui invite à aimer, rire, évoluer, et sans cesse recommencer.
Après L’été Gigi, avez-vous déjà des idées ou des projets pour un prochain livre ? Si oui, pourriez-vous nous en dire un peu plus ?
Absolument, je peux en parler puisque tout est dûment déposé. J’ai récemment soumis un nouveau manuscrit à mon éditeur, intitulé Fractales de l’Inopiné. Il s’agit d’une histoire d’amour à la fois fantastique et onirique, qui explore la relation entre une femme vivante et son ange gardien. Pour les curieux, davantage de détails seront disponibles sur mon site.
Par ailleurs, je mets actuellement la touche finale à un autre ouvrage dont l’intrigue se déroule dans l’univers apparemment frivole des grandes enseignes de lingerie. Derrière cette façade légère se cache une véritable satire de la société de consommation, de la mode éphémère (quick fashion) et du turnover effréné qui y règne. Les personnages y sont profondément attachants et servent à illustrer avec nuance les rouages d’un système complexe qui use et abuse des âmes faibles.
Votre actu ?
Je tiens surtout à signaler le Salon du Livre de Vichy, le 29 mars à partir de 09h00 au Palais des Congrès. J’y dédicacerai L’été Gigi ! Il faut venir me voir pour faire connaissance !
Rayan Zowski nous propose un texte : " Le tableau"
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Le tableau
Cela faisait longtemps, bien longtemps que je ne m'étais plus rendu dans un musée. Combien de temps déjà ? Je pense que c'était en secondaire. Donc il y a déjà un sacré bout de temps. Comme le temps passe vite. C'est tellement effrayant...
Il y a vraiment de belles œuvres dans le musée des Beaux-Arts de Tournai. En même temps, c'est le musée le plus reconnu de la ville... Je longe l'un des murs de la prestigieuse bâtisse. Le musée est une oeuvre d'art lui-même. Merci monsieur Horta. Vous avez réalisé un excellent travail. Même si je ne connais pas grand chose en architecture...
Tout à coup, je ressens une présence. Une précense à côté de moi. Je jette un œil à ma gauche... Une petite fille.
- Monsieur, viens-voir !
Elle court vers la salle d'à côté. Étrange... Je ne sais pas pourquoi, mais la curiosité est grande. Très grande...
J'arrive dans la salle. La fillette me fait signe d'approcher.
- Viens, monsieur ! Viens !
Nous sommes seuls. Je suis mal à l'aise, tout à coup.
Je suis face à elle.
- Regarde, monsieur !
Un tableau. Un tableau entouré d'un simple cadre en bois. Mais surtout, la toile est blanche. Toute blanche. Rien de plus.
- C'est beau, n'est-ce pas, monsieur ?
- Je suis désolé, mais je ne vois rien.
- Tu en es bien sûr, monsieur ?
- Je crois...
- Regarde, monsieur. Regarde...
C'est ce que je fais.
- Alors ?
- Toujours rien.
- Allez, monsieur ! Fais un effort !
Je regarde à nouveau...
---
Je sors du musée. Je lève les yeux vers le ciel... J'inspire. Je ressens un bien, un immense bien m'envahir.
Je souris. Je descends les escaliers.
Je continue...
Rayan Zowski
le Prix de Littérature Charles Plisnier 2024, dans la catégorie Poésie, a été décerné à Xénia Maszowez pour son ouvrage "Au bord Cosmogonie du gouffre"
COMMUNIQUÉ - LITTÉRATURE
Prix Charles Plisnier 2024
Ce jeudi 20 février 2025, autour de 18h30, le Prix de Littérature Charles Plisnier 2024, dans la catégorie Poésie, a été décerné à la Maison Losseau, siège du Secteur Littérature de la Province de Hainaut, en la présence du Député provincial en charge de la Culture, Monsieur Eric Massin, de l’Inspectrice générale de la Culture, Madame Béatrice Agosti, et des membres du jury.
Il a consacré Madame Xénia Maszowez pour
Au bord. Cosmogonie du gouffre.
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Xénia Maszowez est une artiste et autrice écoféministe, née à Mons en 1977. Après des études de Philosophie et de gestion culturelle et environnementale, elle a longtemps travaillé dans le secteur associatif. Les thématiques liées à la nature, à la liberté, au corps et à la sororité sous-tendent sa démarche créative. Ses œuvres sont placées sous le signe de la symbiose et des relations entre l’humain et le non-humain. Xénia Maszowez se consacre aujourd’hui pleinement à l’écriture et à l’exploration de différentes disciplines qui souvent s’entremêlent, comme la photographie, la gravure ou le collage. Son premier recueil, Hyphes, a été publié aux éditions Chloé des Lys en décembre 2021. Au bord – Cosmogonie du gouffre est encore inédit.
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Les membres du jury de Littérature Charles Plisnier 2024 dans la catégorie poésie :
Daniel Adam, écrivain, Daniel Charneux (Coordinateur du jury), écrivain, Françoise Delmez, Cheffe du Secteur Littérature de la Province de Hainaut et Responsable de la Maison Losseau, Catherine Hocquet, Responsable du Salon du Livre de Wallonie, François-Xavier Lavenne, Conservateur de la Maison Carême, Francesco Pittau, écrivain, illustrateur, Michel Voiturier, écrivain, critique littéraire.
Conformément au règlement, 20 candidats furent jugés en état de concourir pour le Prix de Littérature Charles Plisnier 2024. Les membres du jury sont unanimes quant à l’extraordinaire valeur des œuvres qu’ils ont eu la chance de lire et de juger. Décerner un prix est un privilège mais aussi une responsabilité. Il est particulièrement rare qu’une autrice ou un auteur présentant une œuvre non encore éditée obtienne le Prix Plisnier. Xénia Maszowez n’était cependant pas une inconnue, puisqu’elle avait déjà concouru par le passé et avait su toucher profondément la plupart des membres du jury par l’originalité, la sensibilité, la qualité de son travail poétique. Cette édition 2024 est la preuve, s’il fallait en douter, que tous les textes transmis sont considérés avec la même exigence, quels que soient leur « statut » et la notoriété de leur autrice ou auteur.
Le Prix annuel de Littérature Charles Plisnier, consacré alternativement au roman et à la nouvelle, au théâtre et à la poésie, ne peut être attribué qu’à une autrice ou un auteur s’exprimant en français, né en Hainaut ou y résidant depuis trois ans au moins. Le Jury est approuvé et désigné chaque année par Collège provincial. Seuls les ouvrages rédigés en français sont admis, à l’exclusion des traductions. Chaque participant.e ne peut présenter qu’une seule œuvre. Celle-ci doit être dactylographiée ou avoir été éditée l’année en cours ou les deux années précédentes.
En 2013, le Plisnier Poésie est revenu à Maxime Coton pour Le Geste ordinaire, édité aux Editions de L’Esperluète. En 2018, il a été attribué à Philippe Leuckx pour son recueil L’Imparfait nous mène, paru chez Bleu d’Encre et, en 2021, à Francesco Pittau pour Epissures, paru à L’Arbre à paroles en 2020.
Nadine Groenecke nous présente la réédition de son roman "Sauvetages"
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EXTRAIT
J’ai d’abord souri puis frémi à l’idée de mon corps démantibulé gisant sur la plage. Vision macabre et surréaliste. Un canular bien évidemment ! Orchestré par un animateur à l’humour décapant et dont l’impertinence et la drôlerie ne sont pas pour me déplaire. Oui, rien qu’une boutade en passe d’être rapidement balayée par une pirouette de l’esprit ou un jeu de mots subtil. Dans quelques secondes s’élèveront les rires du public de la salle, l’émission reprendra son cours et ma petite personne sera vite reléguée aux oubliettes. Mais ne voilà-t-il pas que ce diable de Putier en remet une couche ! Il égrène d’une voix grave tout mon parcours professionnel ! Et moi j’assiste impuissant à mon oraison funèbre !
BIOGRAPHIE
Nadine Groenecke habite à Verdun, dans l’est de la France. Elle enseigne les Sciences de gestion dans un lycée. Elle est aussi l’auteur de deux recueils de nouvelles parus aux Éditions Chloé des Lys.
RESUME
Jacques Mervan, auteur à succès, est plongé dans une profonde dépression lorsqu’il entend l’annonce de sa mort à la télévision, dans une émission de grande écoute. Cet événement inattendu provoque chez lui un véritable électrochoc qui va lui permettre de sortir de son état dépressif et le conduire à fomenter une vengeance. Avec la complicité de sa mère, il décide de faire croire à son suicide et part se dissimuler dans l’île d’Oléron où il envisage de se remettre à l’écriture. Il compte faire sa réapparition médiatique quelques mois plus tard et fustiger l’attitude de tous les chasseurs de scoops. Mais en cours de route, il vole au secours d’une séduisante Espagnole muette, pourchassée par un amant fou furieux. Dès lors, rien ne va se passer comme il l’avait prévu…
Joe Valeska nous propose un nouvel extrait d’"Ainsi, je devins un vampire"
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Les heurts entre père et moi étaient fréquents. Plus il me reprochait mon attitude de je-m’en-foutiste, plus je m’acharnais à le contrer, avec un aplomb détestable. Je le singeais, systématiquement, faisant, ainsi, la joie coupable de mère dont je me voulais, quelque part, le vengeur pour ces années dissoutes dans l’ennui mortel qui la condamnait.
Pareille au phare d’Alexandrie, maman Justine était ma lumière au milieu des ténèbres. J’admirais son courage sans faille, inébranlable. Elle, elle admirait la soif inextinguible de liberté qui m’animait. Plus encore, elle admirait mon effronterie. Non pas qu’elle l’encourageait, loin de là, mais elle ne la réfrénait pas non plus, beaucoup trop heureuse de me voir sortir vainqueur de ces affrontements virils, débordant de testostérones, qui l’arrachaient à ses labeurs répétitifs. Pour pouvoir travailler la laine, il fallait bien sûr tondre les moutons, mais son travail ne s’arrêtait pas là… Il fallait entretenir la maison, le jardin, préparer la soupe, vider le gibier, battre le linge au lavoir et, surtout, supporter son rustre de mari désespérément insensible.
Tout ce qui comptait, pour père, c’était la terre. Il avait toujours le visage grave. Jamais un seul sourire n’éclaira ses traits. C’était un homme de granit, sans aucune éducation. Je ne me souviens pas qu’il ait versé une larme un jour. Pas même pour la naissance de Camille. Comment aurais-je pu éprouver de l’amour, du respect, pour un tel homme ? Il épousa mère par devoir, parce qu’il l’avait mise enceinte, et non parce qu’il en était amoureux. Il était incapable d’aimer. Incapable ! Jamais il n’eut la moindre petite attention à son égard, jamais le moindre geste tendre, jamais une parole gentille, même quand elle revenait du lavoir, épuisée, les mains meurtries par la morsure impitoyable de l’eau glacée de l’hiver, rapportant nos vêtements. Je le lui fis payer, jour après jour, n’espérant point qu’il réalisât qu’il avait une famille. Sa terre ! Sa sacro-sainte terre chérie ! Comme il dut être heureux quand on l’y mit, six pieds sous terre !
« Virgile, est-ce vous qui l’avez… »
« …tué ? terminai-je la question qu’allait me poser Lela. Non. J’étais très loin du Gévaudan quand il mourut. J’ignore même quand et comment il mourut. Certainement pas de rire, ce pisse-froid… »
« Et… votre maman ? »
« Ma mère ? » soupirai-je.
Incontestablement, mère était l’une des plus belles femmes du pays. Nul mot ne saurait rendre hommage à sa beauté naturelle. Plus important, elle possédait la vraie beauté : celle du cœur. Elle avait le sens du sacrifice, comme peu de gens l’ont. Son bonheur passait toujours après celui des autres. Elle souriait, sereine, envers et contre tous, le regard perdu vers l’horizon, guettant la venue d’un monde meilleur, sans jamais se plaindre. Père ne s’en rendit jamais compte. Je le hais, encore aujourd’hui, et je souhaite de tout mon cœur qu’il brûle dans le Phlégéthon !
Maman Justine était de petite taille, mince et très gracieuse dans ses chemises de lin, justaucorps et jupons blancs. Contrairement à la plupart des paysannes, elle ne portait jamais le traditionnel tablier et jamais, au grand jamais, le mouchoir noué autour du cou. Elle se voulait féminine. Assurément, elle était avant-gardiste. Ses cheveux auburn tombaient en cascade sur ses frêles épaules et encadraient un visage ovale et chaleureux. Ses grands yeux noisette l’éclairaient généreusement. Comme la mienne, sa bouche était fine, et son nez, lui, était joliment retroussé. Elle me faisait parfois penser à un petit écureuil. Maman Justine… Ma mère et mon amie. Comme j’envie les anges de l’avoir auprès d’eux. Car, jamais plus, nous ne serons ensemble. Jamais plus nous ne danserons, en chantant à tue-tête, au milieu des papillons multicolores, sur la route du midi. Jamais plus nous ne rirons pour de simples bêtises. A-t-on déjà vu un vampire gagner le paradis ? Pourquoi Dieu accepterait une créature telle que moi au sein de son royaume ? Courageuse maman Justine, bien plus forte que je ne le serai jamais.
Assise sur votre nuage, que pouvez-vous bien penser de votre fils, aujourd’hui ? Tu me manques tellement, maman… Ma maman Justine, mon cœur pleurera éternellement cette déchirure. Je me sens si seul, par moments ! Si misérable. Si démuni. Je voudrais parfois être mort pour de bon pour pouvoir être près de toi et de Camille.
Répondez-moi, Seigneur. Pourquoi avoir permis de telles choses ? La mort horrible de mon frère… M’avoir empêché, moi, de mourir… Je savais que je risquais d’infliger à mère la perte de ses deux fils, mais je devais venger Camille. Pourquoi m’avoir puni la seule fois de ma vie où je me conduisis en homme ? Pourquoi l’avoir punie, elle ? Je Vous hais, Seigneur… Je suis tellement en colère…
Je levai la tête et croisai le regard de Lela, troublée. Je ne suis pas un mort-vivant, non. Je suis toujours un homme, avec ses failles, sa mélancolie, sa colère, son amour. Benjamin me l’avait dit, je m’en souviens, mais j’avais obstinément refusé de le croire.
« Tu es toujours un homme, mon frère. Je puis te l’assurer. »
« Non, Benjamin… Je vais te le dire, ce que nous sommes : des démons échappés de l’Enfer ! D’horribles prédateurs ! Voilà ce que nous sommes… Des monstres assoiffés de sang ! Des dévoreurs de vies ! »
« Oh ! Tu as tort, mon pauvre Virgile ! C’est Dieu qui nous a abandonnés ici-bas à notre sort. Des démons ? Des monstres ? Peux-tu me regarder dans les yeux et me dire combien d’innocents le vil démon que je suis a tué ? Les humains, sois franc, ne chassent-ils pas, eux, pour le seul plaisir de donner la mort ? Tu acquiesces, je vois… Alors, ne m’ennuie plus avec ta morale surfaite ! Je n’ai pas demandé à être un vampire. Ni toi. Ne dis jamais plus des choses pareilles, s’il te plaît… »
À l’époque, Benjamin voulait me protéger de la vérité : qu’il y avait bien plus de vampires sans foi ni loi que de vampires gentilshommes. Nous ne nous disputions que très rarement, tous les deux. J’avoue que c’était toujours à cause de moi, car Benjamin n’était pas belliqueux. Toutefois, il savait se montrer brutal, si sa vie ou la mienne étaient menacées. Surtout la mienne. En fait, il était plutôt raffiné. C’était un gentleman fort bien éduqué, et fort drôle.
Nouvelles larmes.
« Vous me trouvez pathétique, n’est-ce pas, Lela ? Reconnaissez-le. »
« Pathétique ? Pas du tout. Je dirais… intéressant. »
« Vraiment ? trouvai-je étrange. Vous me trouvez intéressant ? Intéressant en quoi ? »
« Virgile, j’aimerais beaucoup… »
« Quoi donc ? Parlez… »
« Pénétrer les secrets de votre âme. Vous toucher. Effleurer votre peau, mais surtout toucher votre âme. Oui, je voudrais pouvoir toucher votre âme. Cette belle âme. »
« Ne me faites pas ça, Mademoiselle Jeannette. Je ne suis pas si fort… Je suis un château de cartes ! »
« Voilà pourquoi votre âme est belle, Virgile. »
Carine-Laure Desguin nous propose un poème : "Ceux du dehors", un texte inspiré du livre "Celui qui chuchotait dans les ténèbres", de H.P. Lovecraft
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Ceux du dehors
si c’est pas ça un poème tu dis
Ceux du dehors
ah mon vieil ami Akeley
dans ta ferme isolée du Vermont
une région sauvage hostile mystérieuse et
de ses collines ruissellent des eaux tumultueuses
tu me parles des légendes et du folklore de la vieille Angleterre
les vieux se racontent ces histoires-là de générations en générations
si c’est pas ça un poème tu dis
Ceux du dehors tu répètes Ceux du dehors
des créatures immenses et rosâtres
grandes de cinq pieds au moins avec des corps de crustacés
sur lesquels sont accrochées des ailes membraneuses
de chauve-souris oui de chauve-souris et
une multitude d’antennes très courtes composent la tête
si c’est pas ça un poème tu dis
Ceux du dehors tu répètes Ceux du dehors
sous les collines secrètes du Vermont
des multitudes de mines hantées desquelles
ces créatures extraient des espèces de pierres inexistantes
sur les autres planètes paraît-il
Ceux du dehors viennent de la Grande Ourse
les Anciens affirment ça tu dis
et dans les bois de Round Hill toi mon ami Akeley
tu as ramassé une grosse pierre noire
taillée avec une précision géométrique
elle porte des hiéroglyphes inconnus
Yuggoth c’est le nom de la planète
De Ceux du dehors
ces créatures enlèvent des scientifiques
surtout leur cerveau tu précises oui leur cerveau
si c’est pas ça un poème tu dis
Ceux du dehors tu répètes Ceux du dehors
tes yeux semblent effrayés tu trembles et ta voix s’éraille
Ceux du dehors tu répètes Ceux du dehors
chez toi une drôle de machine composée de tubes métalliques
se met à parler oui à parler
des propos cohérents réels intelligents
une voix forte et métallique une voix d’outre-tombe cependant
autour de ta ferme les chiens aboient
des gens ont disparu et disparaissent encore
et toi mon ami Akeley toi mon ami
tu étais assis dans ton vieux fauteuil près de la fenêtre
cette forte odeur et puis cette impression étrange
de vibrations oui une impression de vibrations
toi mon ami tu n’es plus là disparu envolé
si c’est pas ça un poème tu disais
Ceux du dehors tu répétais Ceux du dehors
à présent ton fauteuil est vide ou presque
si c’est pas ça un poème tu disais
Ceux du dehors tu répétais Ceux du dehors
il ne reste là dans ton fauteuil
que ton visage et tes mains
mon vieil ami Akeley
oui ton visage et tes mains
si c’est pas ça un poème tu disais
Ceux du dehors tu répétais Ceux du dehors
Ceux du dehors
Ceux du dehors
tu disais
tu disais
tu disais
Carine-Laure Desguin
Texte inspiré du livre Celui qui chuchotait dans les ténèbres, de H.P. Lovecraft
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