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Christine Brunet a lu pour ActuTV "L'été Gigi" de Céline Estelle

Publié le par christine brunet /aloys

Une couverture qui attire l’œil, sans aucun doute, et qui donne envie de pousser plus loin, de découvrir ce que cache le titre « L’été Gigi ». L’histoire ? Trois adolescents se rencontrent et écrivent, malgré eux, le temps d’un trop bref été, une page indélébile de leur vie.

Gigi, sublime jeune femme de 17 ans quitte la capitale pour une toute petite ville de la Marne, Dormans. Elle rencontre Emma, plus jeune, plus effacée, femme en devenir, puis Tristan, cancre loubard très courtisé par la gent féminine.

On assiste à la naissance d’une amitié si forte qu’on la croit inébranlable, puis à ce qui ne peut qu’en découler considérant la personnalité même des protagonistes… à une histoire d’amour, passionnelle, passionnée… Un triangle amoureux qui va faire des ravages. Tourbillons d’émotions, de sensations, de couleurs… Un récit en crescendo qui s’arrête brutalement avec la fin de l’été. Puis le temps implacable faisant son œuvre, tout s’effrite lentement jusqu’à la destruction des liens qui laisse un goût amer…. Goût amer que laisse la vie, les souvenirs, que laisse l’amour. Céline Estelle nous propose un récit agité de remous, émaillé de réflexions sur l’existence, la jeunesse, la vie et… la mort.

 

Christine Brunet

 

Publié dans émission actutv

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"Fort, fort mystérieux", une nouvelle signée Ani Sedent

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Le soir tombait lorsqu’Arthur passa non loin du menhir.  Le doigt de Gargantua, tombé de la main du géant après un combat épique contre les korrigans, semblait vouloir mettre en garde le jeune étudiant en histoire contre quelque sombre machination.  Depuis plusieurs mois, les splendides côtes d’Armor et ses roches granitiques, auxquelles le vent semblait souffler mille histoires réelles ou imaginaires, était le centre de l’univers de ce jeune homme avide de découvrir les secrets de ce lieu magique.  Ceux du château de la Roche Goyon en particulier, Fort la Latte, une merveille du quatorzième siècle perchée sur un éperon rocheux comme un défit à la mer et ses sortilèges.

  Quelques cailloux roulèrent sous les pas du jeune homme alors qu’il approchait du premier pont-levis et de la barbacane, toujours prompte à défendre sont trésor d’éventuels assaillants même si quelques siècles l’avaient privée de sa herse.  Arthur la traversa, passa au-dessus du gouffre qui la séparait du second pont-levis et de son châtelet gardé par deux tours, puis pénétra enfin dans la cour du château.

  La lune couvrait d’un voile blanc le promontoire et son donjon, sentinelle immuable.  Arthur s’arrêta au milieu de la cour et observa son environnement.  Un esprit hantait les lieux, c’est du moins ce que certains affirmaient.  Il n’y a pas si longtemps, le jeune étudiant se serait moqué de ces assertions, les jugeant puériles ou fantaisistes, mais depuis peu, il se posait des questions.  Les nombreuses nuits passées au château, peuplées de sons étranges et de chuchotements, avaient perturbé sa sérénité coutumière.

  Le jeune homme tourna la tête et posa les yeux sur la citerne d’eau.  Construite sous le règne du roi Soleil, elle dormait sous une arche, face à la mer.  Attiré par l’éclat de la lune se reflétant sur les crêtes écumeuses de la Manche, Arthur se glissa sous l’arche.  Mais alors qu’il s’appuyait sur le rebord de la citerne, les reflets d’argent sur les vagues onduleuses perdirent leur éclat, floutées par une ombre qui absorbait la nuit en chuchotant une supplique.  Soudain, fusant des strates englouties du moyen-âge, une intense lumière embrasa les pierres de la citerne.

  Arthur voulu s’éloigner, mais une force le précipita au cœur de ce flamboiement, lui arrachant un long cri d’angoisse.  Balloté sur d’invisibles vagues, le jeune homme finit par s’échouer au milieu du chaos.  Des gens criaient et couraient en tous sens, houspillés par quelques soldats en cotte de maille et tabard, ainsi que des arbalétriers en jacque de cuir.  Levant la tête, Arthur vit le donjon du château se détacher sur un ciel bleu, que quelques cumulus absolvaient de son intense couleur par leur innocente blancheur.  Quelqu’un lui hurla, dans des termes fleuris et dans un français aux accents médiévaux, de se mettre à l’abri.  Stupéfait, le jeune homme se précipita néanmoins sous l’arche du châtelet, notant au passage que ce dernier présentait un étage supérieur.  De là, il observa la cour du château.  C’était bien la même que celle qu’il connaissait, cependant, certains détails, dont une tour carrée n’était pas le moindre, la rendaient différente.  Un soldat le bouscula et sortit rejoindre ses compagnons.  Inquiet, le jeune homme fit comme tout le monde : il leva les yeux et scruta le ciel.  Si, comme il le soupçonnait, il avait été transporté en plein moyen-âge par quelque maléfice, quel genre de menace venant du ciel ces gens pouvaient-ils bien craindre ?  Tout à coup, un bruissement à l’arrière du donjon se fit entendre.  Un cri terrifiant retentit et des flammes embrasèrent l’atmosphère.  Dans la cour, les carreaux d’arbalète fusèrent.  Sous les yeux ébahis d’Arthur, la cour s’assombrit, engloutie par la soie noire d’une ombre gigantesque.  Un dragon survolait le fort en crachant un geyser de feu.  Les soldats s’égayèrent vers les abris les plus proches, mais celui qui avait bousculé Arthur se précipita vers le donjon.  Dans le ciel le dragon disparut un instant, ne laissant derrière lui que quelques volutes de fumée, pour réapparaître presque aussitôt au-dessus de l’imposante tour.  Il cracha une bouffée rougeoyante en direction du malheureux arbalétrier, qui dérapa et s’étala de tout son long.  Terrifié, l’homme se releva et tenta de rejoindre le châtelet, mais la créature à l’armure écailleuse fondit sur lui en poussant un terrible cri.  Comprenant qu’il n’y arriverait pas, le soldat posa sur Arthur un regard ou la résignation le disputait à la culpabilité.  Puis, alors que le dragon l’agrippait de ses serres puissantes, il disparut, avalé par l’éther.  Au même instant, Arthur était aspiré au cœur d’un océan de lumière et rejeté au pied de la citerne.

  Tout en contemplant la lune qui continuait sa course paresseuse dans le ciel de Bretagne, il écouta les battements désordonnés de son cœur, se demandant s’il n’avait pas tout simplement perdu connaissance et rêvé cette folle histoire.  Mais une ombre s’en vint le frôler de son suaire glacé, avant de se diriger vers le donjon.  Le jeune homme suivit l’apparition, qui s’évapora dans un chuchotement désespéré parmi les pierres du promontoire rocheux.  Prudemment, Arthur s’aventura à sa suite, certain que ces lieux recelaient une chose importante.  Un bruissement inquiétant lui fit lever la tête, mais seuls quelques cirrus perturbaient la quiétude du ciel nocturne des côtes d’Armor.  Tâtonnant parmi les roches, il sentit un gros galet s’en détacher alors que quelques cailloux roulaient vers la basse-cour.  Glissant la main dans le trou, il en sortit un énorme rubis, lisse et brillant, à l’ovale parfait.  N’osant croire à ce qu’il tenait entre les mains, Arthur hésita.  Que devait-il faire ? Inexplicablement, l’image du doigt de Gargantua pointant hardiment vers le ciel, s’imposa à lui et il emporta sa trouvaille tout en haut du donjon.  Là, il la lança le plus haut possible et, tandis que l’œuf disparaissait emporté par une inquiétante silhouette drapée de fumée, le spectre d’un arbalétrier du quatorzième siècle, imprudent voleur de trésor, s’échappa sur les chemins d’une liberté enfin retrouvée.

 

Fort, fort mystérieux – Ani Sedent

Publié dans Textes

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Christine Brunet interviewe Joe Valeska à l'occasion de la parution de son dernier roman "Ainsi, je devins un vampire"

Publié le par christine brunet /aloys

Publié dans interview, vidéo

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Alain Charles présente son nouvel ouvrage "Juste quelques mots"

Publié le par christine brunet /aloys

Bio

Alain CHARLES habite Baudour, il exerce la profession d’ingénieur dans une société de construction en Wallonie picarde. Il a déjà publié plusieurs recueils de nouvelles, contes fantastiques et romans dont «Une si jolie poseuse de bombes » paru en 2022, «Ciel bleu avec nuages » en 2023, « L’Enchère » en 2024. Il a également publié en 2024 « L’attente », une pièce de théâtre. « Juste quelques mots » est son premier recueil de poésies.  

 

Résumé

 

Un mot, quelques syllabes

Un verbe approprié

Une idée qui trotte dans la tête

Un petit bout de papier

Un crayon, un stylo, qu’importe

Et puis l’envie de les écrire

Avec une urgence souveraine

Sans gêne sans pudeur puérile

J’ai osé.

Incisives

Courtes, brèves

Juste quelques mots.

Ils bouleversent, choquent, émeuvent 

Pourquoi ?

Quand le cœur s’emballe

Quand les yeux se mouillent

Quand l’esprit s’interroge

Laissez-les, ils guident nos pas

 

 

Extrait

Une femme à sa fenêtre

Les yeux mouillés

Regardait la pluie

Et le chemin détrempé.

Celui d’où il était venu

Celui par où il était parti.

Soudain, au loin

Une silhouette

Elle portait un chapeau.

Elle s’est mise à espérer.

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Résultats de l'acte 1 du concours pour le prochain hors-série

Publié le par christine brunet /aloys

 

Acte 1 de notre concours pour le hors-série "Fureur de lire, fureur d'écrire" 

Les auteurs participants

Texte 1 : Micheline Boland         => 1 vote

Texte 2 : Christian Eychloma      => 1 vote

Texte 3 : Ani Sedent                   => 1 vote

Texte 4 : Philippe Desterbecq    => 3 votes

Texte 5 : Joe Valeska                   => 2 votes

Texte 6 : Edmée de Xhavée         => 1 votes

Texte 7 : Carine-Laure Desguin   => 4 votes

Texte 8 : Christine Brunet            => 4 votes

 

Merci à tous les participants !

Donc avec 4 votes, deux textes ex aequo : le 7 et le 8... Celui de Carine-Laure Desguin et le mien ! 

 

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Acte 1 concours "Fureur de lire, fureur d'écrire" - Texte 8 - Dernier texte ! A vous de voter sur ce post !

Publié le par christine brunet /aloys

Ne vous est-il jamais arrivé de désirer si fort quelque chose que, malgré les obstacles dressés devant vous, a priori insurmontables, vous vous êtes jetés dans la bataille pour obtenir, certes de haute lutte, l’objet de votre convoitise ?

Moi, c’est ce qu’il m’est arrivé voici presque… non, je ne vais pas vous donner un nombre d’années… embarrassant… C’est donc, dis-je, ce qu’il m’est arrivé voici longtemps (mieux et assez vague… hum). Ma tante bossait dans une librairie. Un jour que j’allais la retrouver avec ma mère, (faut préciser que je n’avais que 4 ans), je suis tombée en pâmoison devant une image… (aujourd’hui, je parlerai de première de couverture) : c’était un petit bonhomme au visage tout rond affublé d’un bonnet bleu avec une clochette au bout, de grands yeux noirs, une bouche souriante, des joues bien rouges comme son pull et les pois de son joli foulard jaune (là, je suis persuadée que la plupart d’entre vous ont déjà mis un nom sur ce personnage).

Comment vous décrire ce coup de cœur ? Devant mes yeux hypnotisés dansaient les couleurs vives, si joyeuses, et ce regard rieur, prometteur de mystères et d’aventures extraordinaires. Je saisis le petit livre cartonné et refusais de le remettre sur l’étagère (le libraire, en professionnel aguerri, avait rangé la série tout en bas de l’étal, à la main des enfants… Malin !). Devant ma volonté farouche de repartir avec ma trouvaille, ma mère me mit en main un marché, l’un de ceux qu’on ne peut refuser lorsqu’on est tombée éperdument amoureuse : « tu apprends d’abord à lire et, ensuite, tu pourras avoir tous les « Oui-Oui » (vous l’aviez deviné, bien entendu) que tu voudras ! ». Réponse instantanée : « Maman, je veux apprendre à lire ! Maintenant ! »

Je vous passe les tergiversations, les remarques vaguement ironiques, les conseils de ma tante et du libraire… mais je repartais ce jour-là avec deux livres : « Oui-Oui au pays des jouets » et « La méthode Boscher » pour apprendre à lire (les Français de ma génération savent à quel bouquin je fais allusion). Ma mère posa mon Oui-Oui bien en vue (mais hors de portée) dans la vitrine de mon armoire, et me laissa l’autre ouvrage : je contemplais les deux enfants sages dessinés sur la couverture, sans envie : ces deux-là ne me plaisaient pas du tout. Mais comme j’ai toujours été du genre têtu, j’ai harcelé ma mère pour ma première leçon, puis la seconde… J’en demandais toujours plus, relisant sans arrêt les syllabes, les mots, les phrases et avançant bientôt seule aux côtés de Rémi et Maria, les deux « héros » de cette méthode. Enfin, héros… Rien à voir avec mon Oui-Oui qui ne me quittait pas de son beau regard attentif.

Bonheur suprême le jour où je parvins à lire le dernier texte et où ma mère me mit entre les mains mon adorable Oui-Oui… Je me lançais alors, le cœur battant, dans cette toute première aventure si palpitante aux côtés d’un héros au grand cœur, malin, mais si généreux que le lendemain, j’allais chercher « Oui-Oui et la voiture jaune », promesse d’un nouveau voyage haletant au pays des jouets.

Et je les ai lus, relus et archirelus, tous les tomes, sans en omettre un seul, me plongeant (même la nuit en cachette) avec ravissement, auprès de mon héros et de ses amis, dans un univers magique et aventureux, tendre et chaleureux… un univers enchanté qui m’a propulsée dans un monde plus passionnant encore, celui de nouveaux héros, de nouvelles histoires, de nouveaux voyages passionnants qui m’ont tirée, inexorablement, vers une aventure ô combien plus incroyable : celle de l’écriture.

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Acte 1 concours "Fureur de lire, fureur d'écrire" - Texte 7

Publié le par christine brunet /aloys

 

Ce jour-là, fuck les galettes de tante Jeanne !

 

   Les portes de la voiture ont claqué. Sur le gravier, les pneus ont crissé à mort, je vous dis pas. Les parents sont furax. Non, je n'irai pas chez tante Jeanne afin de lui souhaiter la bonne année. Je m'en fous de la bonne année et de tante Jeanne. De toute façon, ses galettes sont dégueu. J'ai dix ans, je veux vivre ma vie. Il est temps quand même. Tout au moins le dimanche après-midi. Na. Et d'ailleurs de délicieux projets frappent à la porte. J’entends leurs tambourinages. Impossible de résister.

     Pas le temps d'achever ma phrase qu'un tourbillon empaginé (oui vous lisez bien, empaginé) absorbe mon corps enrubanné dans un jean troué, mon esprit percé, tout quoi. Je ne me débats pas. Trop contente. Maman m'avait prévenue, Si tu plonges là-dedans, tu es foutue, ma chérie. Elle avait raison, comme toujours. Et en effet, ça n’a pas tardé. Tout de suite D’Artagnan m’a adoptée et je suis devenue pote avec Porthos, Aramis, et Athos. Des mecs extra qui n’ont peur de rien. Grâce à eux, la Botte de Nevers n’a plus aucun secret pour moi. Ensemble, nous en avons vécu des aventures, je vous dis pas. Des beuveries dans les auberges, des chevauchées dans les campagnes, et cette escapade londonienne afin de récupérer les ferrets de diamant de la reine. Mais oui, je vous assure ! De là, j’ai voltigé dans les pas d’Henry de Lagardère. Son histoire alambiquée à cause d’une vengeance n’en finissait pas et puis risquer ma vie avec un bossu pour qu’à la fin il tombe amoureux de la belle Aurore, ah non merci. C’est alors que j’ai rencontré un super beau mec tout droit débarqué de son Écosse natale, Quentin Durward. Là aussi, l’histoire a tourné en eau de boudin. Quentin (lui et moi étions intimes, quand même) est de suite devenu archer du roi et j’en ai eu ma claque de ces histoires de terres à conquérir entre Louis XI et Charles le Téméraire. Je vous dis pas les anachronismes labyrinthiques entre mes neurones. À en devenir zinzin.

   Et puis par un tour magique de passe-passe me voilà dans une grande salle du château de Thornfield. Sublime. Vous connaissez ? Là, Jane Eyre se torture l’esprit car elle est amoureuse de monsieur Rochester, son boss, un homme plus âgé qu’elle et plein de tunes. Soit. Mais entre eux, il y a cette très belle Miss Ingram et la première épouse de Rochester, une cinglée toujours en vie et cachée dans les combles du château. Ça fait pas mal d’embûches pour la pauvre Jane. Accroche-toi je lui ai dit et tout s’arrangera, tu verras. D’aventurière, mon statut passe illico à conseillère conjugale. D’où mon incursion immédiate dans la vie de Cécile. Les sorties à Saint-Tropez dans les boîtes à la mode, les flirts en veux-tu en voilà. Et puis branlebas de combat, le père de Cécile, le riche Raymond, s’emmêle les pinceaux entre ses deux maîtresses (je prends des raccourcis), et la pauvre Cécile se démoralise. Et c’est là, oui, là, en lisant Bonjour tristesse de Françoise Sagan (vous l’aviez deviné) que je me suis prise d’un amour incommensurable pour les mots. Comme si avant la lecture de ce livre, je n’avais jamais pris connaissance des mots, de leur vie, de leur impact, de leur influence des uns sur les autres. Avant Bonjour Tristesse, j’ignorais les mots, je vivotais dans l’histoire et ses effluves. À présent, je danse avec les adjectifs, les substantifs, les prépositions et tous les autres membres de la famille. Depuis que j’ai franchi la porte inter-dimensionnelle de la Littérature, je me vautre dans ce vortex sans fin et je me dis que jamais je ne voudrais en sortir. Et fuck tante Jeanne, le Nouvel An, et les galettes.

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Acte 1 concours "Fureur de lire, fureur d'écrire" - Texte 6

Publié le par christine brunet /aloys

 

Comme les mariées de Kusturica

 

Comme ces mariées aériennes de Kusturica qui flottent au-dessus de la réalité qu’elles ne frôlent que d’une caresse du voile de dentelles et de quelques pétales diaphanes du bouquet, la lecture vous conduit là où vous voulez aller sous la protection d’une autre dimension inattaquable.

Crimes, amours, guerres, jardins idylliques, animaux féroces ou ronronnant, armures, pagnes, peintures de guerre, décorations, boue de la bataille ou sable du voyage de noces, princes charmants ou tueurs en série, discours édifiants, fins heureuses ou chutes abyssales, marche nuptiale ou clac de la guillotine… vous êtes là, en larmes ou le cœur battant, à la main un poignard ou un diamant lançant des rais de lumière, derrière vous un dragon crachant flammes et étincelles ou un chien fidèle… On frissonne délicieusement, en toute sécurité.

Hors des pages de ce lieu magique le réel s’écrase contre les fenêtres : les guérisseurs fous armés de grigris ou vaccins douteux, les amoureux naïfs toujours pigeonnés, les manipulateurs naturels semant misère et humiliation, les filles de joie et celles de foi, les hommes de bien et ceux de rien, les guerres en cours, en discussion, en programmation, les paysages regorgeant de souvenirs devenus béton, banlieues et odeur d’urine, les ondes et vaguelettes si bleues dans les mémoires aujourd’hui recouvertes de préservatifs, filets à oranges et milliards de cadavres aquatiques… Les médias nous informent scrupuleusement, pour que nous n’en perdions rien sauf le sommeil. Pas plus mal puisque ça booste les ventes de somnifères. Le monde réel, mes chers frères et sœurs, est devenu plus effroyable que tout ce que Stephen King peut imaginer, aussi… pourquoi ne pas lire un de ses livres, au fond ?

Les écoutilles scellées, le message je n’y suis pour personne bien diffusé, d’une page à l’autre on s’aventure dans l’aventure, une aventure où quelle que soit la fin des héros et comparses, nous ne risquons que l’émotion de la lecture et de ses pointes de flèche : l’amour, la peur, la passion - amoureuse ou criminelle, on a de vastes chois ! – l’inconnu, le courage, l’ingéniosité, l’élan religieux, l’hypocrisie démesurée, la course à l’héritage, l’infidélité, la maladie…

Bénis les lecteurs, car ils ont un monde privé sans fin dont il suffit d’ouvrir la porte – et parfois bien la refermer. C’est la cure de jouvence et la remise en charge de notre respiration intérieure. C’est l’envol léger des mariées de Kusturica et la caresse du bas de leur robe de satin et dentelles…

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Acte 1 concours "Fureur de lire, fureur d'écrire" - Texte 5

Publié le par christine brunet /aloys

FANTAISIE

 

Les premières fois, je me dis qu’il ne pouvait s’agir que de rêves… Quelle était cette voix ? D’abord étouffée, elle m’enveloppait comme un lit de plumes de mots indistincts, point menaçants. Je crus même entendre : « Viens ! »

Petit à petit, nuit après nuit, elle se fit cristalline. Ni féminine ni masculine. Une voix étrange. Plus précisément : un brassage de voix. Un son immémorial. Presque réconfortant. Oui, c’est ça, « réconfortant ».

À la veille de ma rentrée en classe de sixième, après un souper de plus dans la terreur de voir mon père exploser, tout casser ou nous mettre la main dessus, parce qu’il détestait sa vie de mécanicien, parce qu’il détestait tout – à part rabaisser les gens –, je m’assis sur la moquette défraîchie de ma chambre et priai le bon Dieu, la Vierge Marie et tous les anges pour qu’il disparaisse de nos vies. Ou pour être enlevée par de gentils extraterrestres. Pourquoi ma marâtre supportait-elle cela ? Grâce à ces cigarettes qui sentent très mauvais, peut-être… Pourquoi maman avait croisé la route d’un malade mental, un soir, il y a des années, ne revenant jamais près de moi ?

Je sursautai… Papa allait ouvrir la porte, fou de colère pour je ne sais quelle raison ! Mais non, ce n’était pas lui. La voix étrange venait de crier mon prénom : Marie. Je n’avais finalement pas rêvé. Elle s’élevait de quelque part dans ma chambre. Près des livres. D’abord, je paniquai, pensai être devenue folle, laissai passer quelques minutes. La voix insista. Je me levai et me dirigeai d’un pas lent vers la bibliothèque. Des dizaines d’ouvrages s’y serraient, bien rangés et par ordre alphabétique. L’un d’eux diffusait une lumière verte semi-transparente. C’était un beau livre à l’ancienne, avec une reliure en cuir ouvragée représentant un univers féérique. Je l’avais trouvé dans la rue, dans une boîte à livres, à proximité d’un restaurant indien. Comment avait-on pu abandonner pareille merveille dans la rue ? Quelle honte !

L’ouvrage tomba au sol brusquement, me faisant sursauter derechef, et s’ouvrit comme par magie. Je m’accroupis, quelque peu inquiète, et observai les merveilleuses illustrations. Une réunion de personnages de Charles Perrault, de Joseph Pinchon, de Jean de Brunhoff, d’Hergé et de Marcel Marlier.

Je crus mourir quand je fus désintégrée puis aspirée par le livre, mais là, au milieu d’une forêt enchanteresse, m’accueillit une fée… Et quelle fée ! La fée marraine de Cendrillon ! Ainsi, je fus délivrée d’une vie de désenchantements et de maltraitance, et je devins l’amie du Chat botté, de Bécassine, de Babar, de Tintin ou encore Martine. Pour de nouvelles aventures enchantées…

Dernière chose ! Si jamais ce livre tombait entre vos mains, ne soyez pas étonnés… Car les histoires changent chaque fois. Au gré de notre fantaisie.

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Acte 1 concours "Fureur de lire, fureur d'écrire" - Texte 4

Publié le par christine brunet /aloys

Avant d’arriver ici, je n’avais jamais tenu un livre en mains. J’exagère à peine. J’ai quand même fait des études - enfin, je rectifie, j’ai commencé des études - et l’école obligeait les élèves à lire certains vieux machins tout pourris comme des Zola ou Hugo ou encore des auteurs russes dont on n’avait rien à faire. Je me souviens d’un bouquin intitulé « Chiens perdus sans colliers » (j’ai oublié le nom de l’auteur, désolé) qui m’avait plus ou moins intéressé. Je crois bien que je l’ai lu jusqu’au bout, mais je ne me souviens absolument pas de l’histoire. La fameuse « Princesse de Clèves », « Nana » ou autres  « Pêcheurs d’hommes » m’ont laissé totalement indifférent et je me suis toujours arrangé par piquer de gré ou de force le résumé ou l’analyse du texte à un de mes camarades.

Ensuite, j’ai vécu une vie loin de la littérature ; j’ai quitté l’école très tôt et j’ai été ce qu’on peut appeler « un petit délinquant » avant de plonger dans la drogue, dans l’argent sale, de rencontrer de vrais caïds (à côté d’eux, je n’étais qu’un minus) et de me lancer dans la « grande délinquance ».

Je ne vais pas vous raconter ma vie : elle ne vous intéresserait pas. Mon enfance malheureuse, les coups que je recevais de mon père, l’alcoolisme de ma mère, le manque d’argent, la misère, qu’est-ce que vous en avez à faire ? Et évidemment, aucun livre à la maison !

De larcins en larcins, j’ai fini par me faire prendre, vous le pensez bien. Je purge actuellement une peine de prison de cinq ans. Cinq ans à m’ennuyer comme un rat mort, à recevoir des coups d’autres détenus, à courber la tête lorsqu’un maton m’insulte, mais ça non plus, ça ne vous intéresse pas. La misère des autres vous dérange plutôt, je le sais.

Finalement, j’ai trouvé une porte vers la liberté. Je vous explique :

On m’a mis dans une cellule avec un pygmée, un tout petit homme qui, en plus, est noir. On peut dire que la vie ne l’a pas gâté non plus.  
Au début, je me suis un peu foutu de sa poire, je l’ai un peu bousculé, oh, pas trop, allez, il fallait quand même que je lui montre qui était le chef ! Jamais il ne s’est rebiffé ! Il est toujours resté plongé dans ses livres sans presque m’adresser la parole et sans jamais se révolter contre mon attitude, je l’avoue, pas très sympathique.

Je ne comprenais pas ce qu’il pouvait trouver dans ces bouquins qu’il louait dans la bibliothèque de la prison. Il en lisait presque un par jour ! Je l’ai souvent charrié ; je lui ai parfois arraché le livre des mains, et puis, j’ai voulu savoir ce qui l’attirait tant dans ces histoires de personnes imaginaires.          
Et puis, je m’ennuyais ferme dans ma petite cellule alors, autant lire que ne rien faire, non ?

Le premier roman que j’ai lu en prison, je l’ai arraché des mains de mon pygmée. Je me suis assis le plus confortablement possible et j’ai commencé la lecture. C’est la première fois que le petit homme s’est un peu révolté : « Tu pourrais attendre que j’aie fini pour le lire, non ? » m’a dit-il dit timidement.      
Je ne lui ai pas répondu et je me suis lancé dans « Nous rêvions juste de liberté » de Henri Loevenbruck. Ce fut le coup de massue ! Cette extraordinaire histoire d’amitié entre 4 voyous qui rêvaient de liberté m’a complètement retourné l’esprit. Incroyable ! C’était donc ça lire ! C’était oublier le lieu, le temps, la misère, la honte, l’ennui pour vivre la vie des autres ! Je n’en revenais pas !         
Plus jamais je n’ai refermé la porte : celle qui est ouverte sur un monde enchanté…

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