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Hugues Draye et son journal de bord !

Publié le par christine brunet /aloys

 

H.draye

 

journal de bord, lundi 18 décembre 2012
  
Comme d'habitude, comme à chaque fois que je redémarre le boulot, après une période de congé, eh bien, la réalité a été moins terrible que ... l'idée que je m'en faisais.

Je suis bien retombé sur mes pattes, quand j'ai réintégré, ce matin, le bureau (de poste) où je travaille.

Evidemment, les aspects les plus "folkloriques" n'ont pas manqué au rendez-vous.

Ca va, j'ai retrouvé mon caddy à quatre roues (ce n'est pas le cas chaque fois), mais ... sans la plupart des "refeelbacks' qui le composent.

Ca va, je mettrai une pause ici.

Les "refeelbacks" sont les espèces de sacs qui font le caddy, à l'intérieur desquels on met le courrier.

J'avais du en laisser une douzaine, y a quinze jours, avant de prendre mon congé.

Je n'en ai retrouvé ... aucun, pratiquement. Que s'est-il passé durant mon absence ? Y en a eu quelques-uns qui ont fait ma tournée, ont utlisé mes "refeelbacks", les ont laissés quelque part sur ma tournée (en comptant sur le chauffeur pour les ramener) ou les ont dérobés, emmenés sur les lieux des autres tournées où ils devaient remplacer un autre facteur titulaire manquant.

Bref : le bordel habituel !

Et quand j'interromps, à plusieurs reprises, le classement, le tri de ma tournée pour aller voir un chef, dans le but d'avoir de nouveaux "refeelbacks", eh bien, la réponse se fait attendre, jusqu'au moment où j'apprends (via un chef) que les "refeelbacks" ont été volés. On finit, en regardant sur d'autres tournées, par m'en procurer ... trois, pour commencer. Allez, à la grâce de Dieu !

"Enfin, Hugues, la prochaine fois que tu pars en congé, mets tes refeelbacks dans ton armoire. Tu en as une, quand même !"
"Oui, j'en ai une ... et si je dis qu'un jour, j'ai planqué des refeelbacks, dans mon armoire, à l'entresol, que j'ai fermé l'armoire à clé, et qu'à mon retour, je n'ai plus retrouvé les refeelbacks dans l'armoire"

Silence devant ma réponse. Inutile de préciser que je n'ai jamais su résoudre l'énigme.

PLus tard, je finis par me débrouiller (avec mon caddy) rien qu'avec trois refeelbacks. Par bonheur, avec ceux qu'on m'avait "donnés", j'ai su faire des surcharges. OK OK.

C'est pas tout.

Au moment de partir avec mon caddy ...

Quelque chose qui cloche : oui, les roues de devant patinent. Rien qu'en actionnant le caddy, en le f'sant rouler dans l'aile du bureau (avant de prendre l'ascenceur et de partir en tournée), je sens quelque chose de pas normal. 
Autre chose : les deux freins de devant sont hyper lourds à manoeuvrer. C'était pourtant pas le cas, avant mon congé. Une seule déduction possible : le(s) remplaçants(s) ont du s'agiter sur l'engin comme des tordus en f'sant ma tournée.

Personne, dans l'immédiat, pour me dépanner (évidemment).

Je file dans une pièce, à l'arrière. Tiens, je reconnais un ancien caddy à quatre roues, que j'utilisais encore, y a à peine un mois. Un bord avait rendu l'âme, j'avais du demander un autre caddy. Mais bon, le choix est limité, ici, et il est plus que temps que je parte en tournée. Je transvase. Je mets les "refeelbacks" de l'autre caddy sur celui-là. C'est pas l'idéal, non. Mais ici, les freins fonctionnent encore convenablement. Je dois tenir compte de c'là : je parcoure, en tournée, des rues montantes, des trottoirs escarpés (à tout moment, oui, je risque ... ma vie).

Le calvaire ne sarrête pas là.

Sur la Place Flagey, un cirque s'est installé. Je dois contourner.

Il pleut. Il flotte. Il drache. Aussi.

En plus, entre temps, un SMS que j'aurais préféré ne pas recevoir. Ca n'arrange pas grand'chose.

Sur la chaussée d'Ixelles, début de ma tournée ...

C'est toujours les travaux. Quinze jours n'ont, apparemment, pas suffi pour que la différence saute aux yeux. Je dois toujours faire du ramping : foutre le caddy sur le trottoir d'en face, faire des va-et-viens et je t'en passe.

Je dois être un être super doué. J'affronte tout comme un chef.

Entre pluie et éclaircies, les amis sont au rendez-vous.

Hugues Draye

fr.myspace.com/huguesdraye

facteur (1)

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A la Une ! Carine-Laure Desguin lauréate du prix de la Francité

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

juin-2012-302.JPG

 

 

« Si j’étais magicien » ! Un thème qui m’a tout de suite inspirée, un thème qui permet des évasions grandes comme tout l’univers ! Illico, j’ai gratté l’histoire. Goran, un adolescent rêveur qui se retrouve par hasard dans le royaume des Trois Parques…Et le texte termina troisième au concours de la francité, en juin dernier. Je n’en croyais pas mes oreilles…Podium, cadeaux, applaudissements, félicitations… Un verre et des zakouskis, la totale ! Youpiiie ! Et pensez-vous que l’histoire de ce texte se clôtura là, dans cette salle du musée Charlier ? Et bien non !

Chaque année, la maison de la poésie de Namur organise le week-007.JPGend de la poésie. Auteurs et éditeurs de toute la francophonie répondent présents et là, sous ce grand chapiteau, les lauréats du concours furent invités à lire leur texte ! Hop, Carine-Laure n’a pas hésité et a grimpé sur le podium. Un peu intimidée par le public, mais elle a lu son texte…Et croyez-vous que l’histoire de ce texte se clôtura là, devant ces éditeurs canadiens, français et belges ? Et bien non !

Concours-Francite-2012--1-.pngLa semaine dernière, on en parlait encore ! La maison de la francité qui organise chaque année ce fameux concours ouverts à tous les amoureux des mots ne fait pas les choses à moitié ! Le facteur m’a déposé un recueil bien broché, avec une couverture flashy et, à l’intérieur, tous les textes des lauréats ! Mon texte « Plus tard, Goran sera… » se lit page 103 !

Alors, quand je vous dis que se lancer sur le premier thème venu est une belle aventure…

 


Carine-Laure Desguin

http://carinelauredesguin.over-blog.com

 

enfantsjardinr

 

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Adam Gray versus la fin du monde...

Publié le par christine brunet /aloys

PHOTO pour 4me de COUVERTURE (ADAM GRAY)
666
 
C’est la fin de l’homme
La fin des temps
J’entends parler de Satan
Évidemment…
Dieu nous abandonne
Sur son séant
J’entends gronder le volcan
C’est imminent…
 
Ce qui a été fait
Sera défait
L’enfer à nos pieds
Ce qui a été fait
Sera défait
Tout annihiler
Et je voudrais me réveiller
 
C’est la fin de l’homme
La fin des temps
J’entends parler de Satan
Un ange blanc,
Au ciel, se cramponne
C’est émouvant
Va déferler, l’océan
C’est imminent…
 
Ce qui a été fait
Sera défait
L’enfer à nos pieds
Ce qui a été fait
Sera défait
Tout annihiler
Mais je voudrais me réveiller
 
C’est la fin de l’homme
C’est la fin des temps
C’est la fin du monde
C’est la fin des temps
 C’est la fin !
Adam GRAY
adam-gray.skyrock.com
http://www.bandbsa.be/contes2/euphoriques.jpg

Publié dans Poésie

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Est-ce que ce monde est sérieux ? de Philippe Leclercq... un extrait...

Publié le par christine brunet /aloys

couverture3

 

Extrait du livre

 

C’est la même nuit, ailleurs.

Un autre lieu, la même vie.

Une nuit de plus dans sa vie.

Elle porte une jupe rouge, un top trop court dévoilant son ventre bronzé et les deux obus lui servant d’appât. Une paire de bottes blanches et un maquillage prononcé lui donnent un air de mante religieuse à la recherche d’un coït fatal.

Il fait presque sombre.

Elle se nourrit du regard des hommes.

Elle pourrait fermer les paupières qu’elle les sentirait quand même, ces yeux avides et humides, comme des giclées de sperme inondant son corps. Et chacune d’entre elles agit comme une huile sensuelle accentuant encore le chaloupé de sa démarche.

En attraper un, au hasard, lui obturer la bouche de sa langue, lui fouiller la culotte d’une main fébrile.

Le désir lui brûle les reins.

Elle avance sur le trottoir, sans but précis. Rien que ce besoin charnel de rencontre.

Que font-ils là, ces mâles désœuvrés, errant à contresens, comme des pêcheurs sans filets ? Ils sont là pour elle, bien sûr. Mais c’est elle qui chasse. Eux ne sont que des sucreries sur l’étal du confiseur.

Bientôt, elle fera son choix.

Au diable les paroles, les civilités de circonstance. Pourquoi parler quand le langage est primal ?

Elle en a déjà gobé, des hommes ! Sans un mot, de force, par surprise.

Quel pouvoir !

C’est la vengeance des laissés-pour-compte. Quand tout fout le camp, il reste ce pouvoir.

« C’est à ta pine que je parle, obéis-moi sans mot dire ! »

Des centaines de couillons, toutes conditions confondues, au garde-à-vous, prêts à obéir à la moindre injonction.

Quelle jouissance que de sentir l’impuissance masculine à résister !

S’approcher, plonger les mains dans les instincts. Poigner vigoureusement dans la bestialité. Voir, au fond des yeux, le désarroi de la volonté paralysée. Tout le corps dit « oui » tandis que le regard dit « non ».

« Non, mais continue… »

Quelle revanche sur le destin !

Ministres, médecins, informaticiens, penseurs, philosophes, entrepreneurs… Tous esclaves de la Mante Religieuse.

Tous, surpris dans leur conscience moderne par ce réveil irrépressible d’un appétit du fond des âges.

Elle adore ça.

La houle qui la fait tanguer sur les trottoirs, éclabousse à chaque pas son entrecuisse ruisselant.

Mmmmm…

Rien ne peut égaler ce plaisir. Aucun mot ne peut le qualifier.

Il faut maintenant que vienne l’apothéose. Le bouquet final.

Elle regarde autour d’elle, l’œil avide, la faim au ventre.

Qui sera sa victime ? Cette nuit ne ressemblera à aucune autre. Cette nuit sera expiatoire. Il ne s’agit pas de pomper la semence humiliée d’un mâle désarmé. Il lui faut plus.

Désormais, elle est prête.

Prête pour le sacrifice.

 

*

 

Lui, il ne veut pas grand-chose. Juste se vider d’une journée de labeur passée à traquer le petit voleur au détour d’un rayon de supermarché. Il rôde dans la nuit naissante, sans but, sans intentions. Se purifier, ne penser à rien, humer l’air tiède de la ville qui se purge peu à peu de sa journée. Moins de voitures, moins de passants, moins de bruit.

Il aime ça.

Le jour est prévisible, la nuit maraude.

La ville ressemble à sa vie. Le jour, elle est occupée.  Elle est traversée et bruyante. La nuit, elle se remet de sa journée. Elle se redécouvre. Elle poétise, flirte avec le vent ou les étoiles.

Une autre dimension.

La nuit, tout est possible. L’homme y devient ce que la cité fait de lui. Au gré des rencontres, suivant le hasard… Il part ange et peut finir démon.

Il a quitté son domicile il y a deux heures, direction la nuit. Ça lui arrive de temps en temps. Toujours en semaine. Le week-end, la nuit ressemble trop au jour : elle est stressée.

Là, il vient de croiser une vraie bombe. Une de ces filles dont on se demande si elles marchent sur des braises ou si elles ont un problème aux lombaires.

Il est certain qu’elle lui a emboîté le pas.

Il en jurerait.

Elle l’a suivi tout un temps, il en est sûr.

Bref, pour l’instant, elle semble avoir renoncé.

Evaporée, la belle vaporeuse.

 

C’est con, quand même, à quoi ça tient.

On peut mourir d’avoir avalé de travers. On peut se crasher dans un camion pour être parti dix secondes trop tôt…

Ainsi va la vie.

 

Il ressent une envie de pisser.

Il s’éloigne de l’artère principale, prend une rue secondaire et désertique. Il voit un terrain vague envahi par la végétation et les pelleteuses. Un futur chantier, visiblement. Il s’y dirige, la main déjà à la braguette.

La zèzette dans le feuillage, le nez en l’air, il se soulage en comptant les étoiles.

Cette sensation d’irriguer la terre, de la fertiliser presque…

Illusion masculine.

 

D’un coup, elle le happe par la chemise, à travers le feuillage. Elle le colle dos au sol. D’une main, elle lui écrase la bouche, d’un bras elle lui bloque les jambes. A peine a-t-il le temps de comprendre ce qui lui arrive, qu’elle s’enfouit la tête entre ses jambes.

S’il avait, un instant, songé à se débattre, il abandonne définitivement l’idée.

Elle lui aspire le membre savamment, langoureusement, jusqu’à ce qu’il gonfle fièrement. Elle ne l’entrave plus. Désormais, il n’a plus aucune raison de se défendre.

Un instant, elle se redresse sur les genoux, remonte sa jupe, enlève son top.

Ses seins sont formidables, dressés dans la nuit comme des pyramides dans le désert. Elle les caresse, tout en enjambant son partenaire improvisé.

Lui, pétrifié, ne bouge pas. Le souffle court, les idées embrumées, il consent.

Ainsi va la vie.

Lentement, elle descend ses fesses vers le sabre tendu qu’elle tient fermement dressé. Son regard traverse l’obscurité pour plonger dans les yeux de sa victime.

Il ne peut le soutenir longtemps. Il se couvre la figure de son bras au moment où le gland entre en contact avec son intimité trempée.

Il se cabre quand, d’un coup sec, elle s’assied complètement sur lui, l’accueillant entièrement en elle.

Doucement, les hanches entament leur lancinant mouvement. L’organe masculin apparaît et disparaît avec une précision de métronome dans le corps de l’inconnue.

Lui se laisse aller, ne pense pas. Il déguste l’instant présent, dédié à l’orgueil, à la satisfaction de son ego. Il est tout dans sa queue, dans sa fierté de mâle. Le cerveau est aux abonnés absents. Son centre névralgique est situé sous la ceinture. Les quelques sept ou huit litres de sang, nécessaires à la vie, y sont concentrés entièrement.

Ça lui fait un braquemart gros comme un mât d’artimon.

Elle continue sa danse, accrochée aux yeux de l’autre.

Son souffle s’accélère. Elle sait ce qu’elle fait là et cette seule évocation lui gonfle le ventre d’un plaisir prêt à exploser dans sa gorge, comme un ballon qui éclate.

La terre lui écorche les genoux, la nuit l’enroule de son voile d’impunité. Le vent, comme une caresse, lui excite les seins.

Il est temps de se libérer enfin.

 

Que toutes les brimades, que toutes les blessures, tous les coups du sort, toutes les déchirures, soient ainsi réparés !

 

C’est l’heure du sacrifice.

Elle met la main à sa ceinture, en sort un petit objet métallique qu’elle lève bien haut, au-dessus de sa tête. La lune se reflète dans la lame…

Elle sait qu’elle va jouir pour la première fois. Un flot de cyprine coule le long de ses cuisses, dans le sol.

Elle se penche sur sa bouche, l’envahit de sa langue.

Sa main s’insinue entre leurs deux cous, se plante dans le sien et glisse, comme on glisse la carte de crédit, transversalement, dans le lecteur.

C’est l’heure de payer.

La lame de rasoir fait un mince trait rouge de part et d’autre de la gorge de l’homme. Il émet un son, comme une toux, puis le sang sort en bouillons.

Alors qu’il se débat, que ses bras font de grands moulinets en l’air, que sa vie lui échappe par la gorge, elle lâche une longue plainte et s’abîme dans un premier et magnifique orgasme.

Les deux corps sont agités de soubresauts frénétiques pendant de longues secondes, puis se calment peu à peu.

 

Un des deux, seulement, continue à vivre.

 

Elle considère l’homme qu’elle vient de tuer.

Il a les yeux ouverts. Il semble regarder derrière lui. Son cou est béant, noyé de sang.

Elle se lève, libérant le lien qui les unissait. Il retombe, encore tendu. Elle se réajuste…

L’expiation a eu lieu.

Elle exprime tout le mépris qu’elle a pour les hommes dans un crachat triomphant, tourne les talons et disparaît dans la nuit complice.

 

 

Philippe leclercq

Photo couverture leclerc

 

Publié dans Textes

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Fabienne Merkelbag se présente et présente "Sagrada Familia"

Publié le par christine brunet /aloys

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Fabienne MERKELBAG

 

Habite en région liégeoise

50 ans

2 filles, Florence et Romane

 

Etudes : licenciée en Philosophie et Lettres – section Histoire

 

Profession : Inspectrice de la Culture de la Direction générale de la Culture de la Communauté française

 

La nouvelle « Flo, source de vie » a été primée 2ème prix littéraire du Concours de l’Eau Noire, Couvin, Province de Namur, en 2006

 

Son premier ouvrage, Sagrada Familia, est publié aux Editions Chloé des Lys.

 

Sagrada Familia : fragments de biographie d’une quinquagénaire. Chroniques insolentes où la famille prend toute sa place. Florence, Romane, le Colonel et une multitude de personnages composent ces récits qui nous prouvent, sur un ton impertinent, que la vie n’est ni banale, ni morose. Chaque épisode est un clin d’œil acerbe teinté d’optimisme, une revendication de liberté mêlée à la mauvaise foi, un cri d’amour empreint d’humour…

 

Extrait

 

« Une semaine sur mon voilier nous propose Claire ? Nous, c’est Lucrèce et moi. Le voilier est amarré à Cadix. Cadix, en Andalousie, pas Cassis, à côté des calanques. Cadix, c’est plus à l’Ouest. Et plus au Sud… Oui, parce que la proposition n’était pas encore digérée que j’ai vite fait de revisiter ma boussole. Parait qu’un marin ne parle pas comme moi. ‘Au dessus’, c’est le Nord, ‘en bas’, le Sud. ‘A droite’, tribord et ‘à gauche’ babord.

 

Merde, faudra que j’informe Di Rupo qu’il est de babord et à de Wever qu’il est tribordien. Quant à l’ouest, j’y suis assez régulièrement pour savoir l’identifier rapidement…

 

Venez faire du bateau qu’elle nous dit Claire, à trois on passera le détroit de Gibraltar. Je vous expliquerai comment on navigue… Fastoche, me dis-je. Sportives comme pas deux, Lucrèce et moi avons, dans nos jeunes années, pratiqué une série de sports. On connait tous les termes concernant la pratique du canasson et nous sommes capables de traduire les yeux fermés les ‘lets’, ‘sets’, et autres ‘smashs’ tennistiques.

 

N’empêche, je dois bien admettre mon incompétence en termes de jargon maritime : j’ignorais qu’un ‘phoque’ pouvait s’écrire ‘foc’ et n’était pas uniquement un mammifère pinnipède ; je pensais qu’une ‘défense’ n’était que de l’ivoire interdit à la vente depuis le massacre de nos amis les éléphants ; je ne savais pas que le ‘duc d’Albe’ était, outre un tortionnaire ibérique, un poteau planté dans l’eau des ports, et encore moins qu’un ‘pont’ était autre chose qu’un jour où les fonctionnaires ont –encore- congé ; enfin, un ‘génois’ n’était dans mon esprit étriqué qu’un petit suisse beau, riche et consterné de ne pas m’avoir encore rencontrée…

 

Il est plus que temps que Lucrèce et moi élargissions notre vocabulaire, bien trop terre à terre. Il est l’heure d’endosser nos cabans de petits mousses et de s’imprégner du vocabulaire de Vasco de Gama afin de ne pas décevoir notre Capitaine chevronnée dans le domaine… »

 

Autre extrait :

 

« Jeudi, journée plus ou moins passionnante à rédiger des rapports sur mon ordinateur portable. Il est dix neuf heures. Mes yeux, fatigués, m’informent qu’une minute de plus devant cet écran et ils se ferment sans mon consentement, mes mains m’avertissent qu’une ligne supplémentaire et ce n’est pas sur le clavier qu’elles vont frapper… je me résigne à fermer l’engin et à passer à d’autres joyeusetés.

 

Que pourrais-je bien entreprendre en cette soirée morose où la télé ne débite que des Julie Lescaut, Navarro, et Commissaire Moulin ? Alors quoi ? Une bonne recette de cuisine ? Une heure de repassage ? Un coup de torchon vite fait bien fait ? Un coup de pinceau sur les murs de mon salon ? Que nenni : le frigo est vide, mon linge est tout fraîchement rangé dans la garde robe, le chien n’a pas encore maculé le sol de traces de pattes et si je compte bien, il y a moins de quinze jours que j’ai peint la porte du salon en vieux rose… ‘framboise écrasée’ qu’ils disaient sur le couvercle du pot de peinture ; je ne sais pas ce qui est écrasé mais je me dois d’être honnête, j’ai l’impression depuis de vivre dans la maison de Barbie

 

Et pourtant je le veux, mon travail manuel ; à la fois pour penser à autre chose qu’aux aides indirectes des centres culturels ou des compétences des animateurs des maisons de jeunes, à la fois parce que si je cherche bien, le boulot ne manque pas dans la baraque… ça y est j’ai trouvé, je vais ranger les armoires de la salle de bains !

 

La salle de bains, LE lieu de détente rêvé, l’antre des douceurs et autres plaisirs aquatiques, c’est cela une salle de bains … sauf chez moi… plus depuis que les filles ont pris possession des lieux comme s’il s’agissait d’un jour de soldes chez Wibra. De tout dans tout, qu’il y a dans ma minuscule pièce de 3 mètres sur 2. Les brosses à dents partagent le verre ad hoc avec la terre de Sienne, le maquillage flirte avec les médocs, les aspirines couchent avec le sèche cheveux, les gants de toilettes camouflent la crème dépilatoire, les pommades ‘anti boutons noirs’ se mélangent avec le talc blanc… un véritable souk ! M’est d’avis que si je cherche bien, je trouverais un contrôle de maths de ma cadette planqué dans la trousse des sparadraps !... »

 

Fabienne MERKELBAG

Publié dans présentations

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Christine Brunet présente son nouveau thriller, E16 !

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

1ere-cover-E16.jpg

 

 

 

 

E 16 


Après Nid de vipères (Ed. Chloé des lys), Dégâts collatéraux (Ed. du Pierregord), et Le Dragon bleu (Ed. du Pierregord), voici mon nouveau thriller publié sous deux formats différents cette fois, format papier aux Editions Chloé des lys, format numérique aux Editions HQ². 

 

Avant de vous en donner un extrait, je vous propose d'en découvrir la quatrième de couverture...

 

Londres.

Les découvertes macabres s'enchâinent. Un coupable tout trouvé, NIls Sheridan, patron de la nouvelle police européenne, dont le passé d'activiste ressurgit comme un coup de tonnerre. Coupable ou innocent ?

Le face à face entre policiers se transforme très vite en un jeu du chat et de la souris hasardeux, tandis que la liste des victimes s'allonge. Les oups bas s'accumulent au fil des heures. les mâchoires de la haine se referment inexorablement sur des personnalités troubles engluées dans leurs contradictions.

 

Entre passé violent et présent houleux, une enquête qui entraînera désillusions et destructions dans son sillage. 

 

 

A présent un court extrait... Bonne lecture !!!!

 

 

 

 

Anton Vykypel lança à la webcam un dernier baiser à sa jeune épouse, Martha, restée à Prague, et quitta le tout nouvel appartement de fonction alloué à son arrivée à Londres, trois ans plus tôt. Un regard de mécontentement vers le ciel éternellement gris, il se dirigea vers sa place de parking en un petit footing pour éviter de trop se mouiller.

- Mister Vykypel ?

Le Tchèque se retourna et dévisagea la concierge, étonné de ce rappel.

- Oui ?

- On a laissé une enveloppe à votre attention…

Le grand blond cendré, baraqué, au type slave prononcé, prit le papier qu’on lui tendait, observa son nom dactylographié puis leva les yeux vers la petite boulotte encore en chemise de nuit et bigoudis.

- Qui vous a remis cela ?

- Aucune idée… Je l’ai trouvé sous ma porte, ce matin, alors que je sortais les poubelles.

Un remerciement du bout des lèvres et il se glissa dans sa voiture, histoire de se mettre à l’abri pour découvrir le contenu du mot.

A l’intérieur, un texte imprimé, sans doute à l’aide d’un traitement de texte classique. Il fronça les sourcils en décryptant le contenu : « Sheridan, votre patron, est un ripou, un traître à sa cause et un assassin. Quelques jours de filature vous en convaincront. »

Aucune signature… C’eût été trop beau !

 

     Nils Sheridan, son chef, patron de la FSE, un assassin ? Allons bon ! Ce n’était là que les élucubrations d’un jaloux ou d’un truand en veine de revanche…

Un post-scriptum : « Une preuve ? Soyez ce soir à 22 PM Canary Wharf Train Station. ».

Il se mordilla la lèvre inférieure, relut la missive et démarra. Même si son patron n’était pas du genre très expansif, il n’en restait pas moins un policier redoutable et redouté.

Que faire ? Aller au rendez-vous ne lui coûterait que quelques minutes de son temps. C’était décidé ! Si Sheridan avait des ennuis, il pourrait, peut-être, l’aider…

 

La journée se déroula sans anicroche avec un Sheridan à l’évidence de fort mauvaise humeur.

20 heures. Anton quitta les bureaux de la FSE pour se rendre directement sur Canary Wharf.

21 heures. Il planquait dans un local technique donnant sur le quai, pour l’heure bondé. Assis sur une grande poubelle retournée, l’œil collé au battant en ferraille à clairevoie, il observait la foule des anonymes sans être vu. Un sandwich en main, il se demandait si, vraiment, Nils montrerait son nez et, surtout, dans quel but. La lettre anonyme laissait la porte ouverte à toutes les éventualités.

22 heures. Il sursauta en reconnaissant la longue silhouette négligée de son patron à quelques pas seulement de sa cachette.

22h05. Un homme qu’il n’avait jamais vu s’approcha, sortit de sa poche une enveloppe qu’il tendit très discrètement à l’Irlandais. Un rapide coup d’œil sur le contenu et l’autre retira de la poche intérieure de sa parka une feuille de papier pliée en quatre. Les deux hommes se séparèrent sans s’être adressés un seul mot.

Drôle de numéro ! Qu’est-ce que tout cela voulait dire ? Le policier était-il sur une enquête en solo ? Peu probable. Alors ? Et si son informateur anonyme avait raison ? Il avait du mal à y croire et pourtant…

 

Mieux valait en avoir le cœur net et, pour cela, s’occuper sérieusement de l’Irlandais. L’homme était de nature méfiante : il devrait faire attention.

 

 

 

 

 

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

 

 

 

 

E16, Editions Chloé des lys

ISBN : 978-2-87459-685-8

 

 

 

 

Publié dans Textes

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Chantal Parduyns et son second roman, Ariane.

Publié le par christine brunet /aloys

http://www.bandbsa.be/contes/parduyns3.jpg

 

Qui est Chantal Parduyns ?

Née en 1959, elle est romaniste de formation. Depuis plus de vingt ans, elle partage son temps entre son métier de formatrice pour adultes et sa vie familiale. Passionnée par les histoires depuis qu’elle sait lire, elle entame en 2003 l’écriture d’un premier roman : « Athéna », qui sera publié aux Editions Chloé des Lys. Et les autres vont suivre : « Ariane », « Sélavy », « Le voile et l’alambic », « Rencontres du métro-type ».

 

http://www.bandbsa.be/contes/arianerecto.jpg

 

Deuxième roman et toujours ce plaisir d’écrire qui transparaît à chaque page. Encore une fois, l’auteur vous propose un voyage imaginaire dans un univers un peu particulier. Ne craignez rien, cette histoire est une fiction. Qui a dit que la fiction est souvent proche de la réalité ? Le Temple du Secrétariat et de la Traduction est une école renommée et tous les parents rêvent d’y inscrire leur enfant. Mais les incidents étranges se multiplient et éveillent dans l’esprit de tous inquiétude, incompréhension et … angoisse.

 

Pour planter le décor…

 

Toujours le même cinéma ! Ils arrivent en maîtres absolus sur le marché des élèves. Leur arrogance naturelle est assise sur leur ancestrale réputation de supériorité ; elle énerve, agace, horripile mais n’est jamais ouvertement contestée. Ils s’emparent des résultats aux tests de compétences, les parcourent rapidement et pointent les meilleurs. Ils choisissent ainsi leurs élèves, ceux qui leur semblent les plus doués, les mieux intégrés dans le processus scolaire. Ils nous snobent, nous laissent leurs déchets d’un air souverain et regagnent leur école d’ivoire avec leur butin. Quelques mois plus tard, condescendants, ils nous invitent, Ariane et moi, pour ramasser les miettes de leur système d’éducation élitiste et borné. Et des miettes gratouilleuses dont ils ne savent que faire, il y en a ! Des élèves qui se sont découvert un côté artiste, rebelle, autonomiste au contact des Professeurs ; des élèves qui refusent leur enseignement rigide et normatif ; des élèves qui ne réussissent pas à suivre le rythme d’apprentissage et qui ne jouissent pas du privilège d’avoir un Nom ou des Parents.

Et nous accourons toutes les deux, notre amour propre bien calé au fond de nos tripes. Nous ramènerons dans notre institut les rebuts de nos estimés Collègues. Aux parents désappointés, nous expliquerons que notre formation est d’une qualité équivalente, mais que notre pédagogie prend en compte le rythme et les difficultés de chacun. Notre discours est vrai !

Mais les pauvres parents déçus, obnubilés par le mur de l’échec, l’entendront à peine. Poliment, ils feront semblant d’y croire ; résignés, ils confieront leur enfant inapte à notre sous-école. Nous nous retirerons sur la pointe des pieds avec ces nouvelles recrues.

Nous les emmènerons et nous veillerons sur eux. Nous écouterons leurs peines, leurs doutes ; nous leur donnerons des mots pour qu’ils se réconcilient avec leurs insuffisances ; nous leur prêterons nos yeux pour qu’ils voient leurs potentialités ; nous leur offrirons des plumes et des crayons pour qu’ils dessinent leur avenir. Bref, nous leur apprendrons à s’aimer. Ils s’attacheront à nos murs sales, tagués, usés mais si protecteurs ; ils se feront un petit trou dans notre nid pourtant pas très confortable et y développeront leurs talents retrouvés.

 

Voilà le monumental portail du Temple de l’Elite ! Une devise le surplombe : « Condimus ut mundum restituatis » 1 que nous aimons trafiquer, avec une ironie sauvage, en « Condite et restituite »2.

Un large ruban de crêpe noir rappelle qu’un élève est décédé dernièrement. Un étrange drame... Un jeune est tombé d’une fenêtre du troisième étage et s’est écrasé sur le trottoir du jardin intérieur. Ariane et moi n’avons jamais su les circonstances exactes de l’accident. Qu’un tel fait divers puisse avoir le Temple pour cadre nous semble encore inconcevable !

Bon ! Notre supplice commence ! La vie n’est pas toujours rose, parfois des corvées incontournables s’imposent. Heureusement, nous sommes deux pour les affronter. Ils sont deux aussi, les lourds battants sculptés qui défendent l’entrée du Temple du Secrétariat et de la Traduction ; une clenche en bronze leur donne une touche cossue.

Publié dans présentations

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La fenêtre d'en face, un texte de Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

 

desguin

 

La fenêtre d’en face

 

— Tu rigoles ou quoi ?

— Non, j’te jure, c’est la vérité ! Pourquoi j’inventerais une histoire aussi naze ? Le premier soir, j’ai pensé que c’était normal...enfin…heu…assez normal… Mais hier, toutes ces embrouilles m’ont paru un peu drôles, malsaines même ! Tu viendrais pas chez moi c’ soir, juste pour constater que je n’ai pas la berlue ?

Edwine prend la voix fragile de celle qui supplie et qui sait qu’elle gagnera la partie si, tenace, elle miaule encore deux ou trois mots. Pour se donner une contenance plus personnelle et plus féminine, elle accroche sa main gauche, celle tatouée de deux ailes et d’une serrure, à la tenture de velours coquille d’œuf, comme à une bouée de sauvetage.

— Et pourquoi voudrais-tu que ça recommence ce soir, baby ?  Jamais deux sans trois, c’est ça ?

— Rigole va ! Vous n’êtes bons qu’à ça vous autres les mecs ! Hier, c’était le deuxième soir que ce binoclard se penchait sur une femme, dans le même lit, à la même heure et que…et puis après je n’y ai plus rien vu moi, avec toutes ces lumières qui clignotaient et qui se reflétaient comme des farandoles en ombres dansantes sur les murs ! Et le pire, c’est que j’suis pas sûre que c’était la même femme !

— Tu crois pas que c’est normal ? C’est une vie de couple hein ça, ma puce ! Un homme, une femme aux mille visages, tous les soirs, dans le même lit , dagada dagada voilà les Daltooon !  Ҫa te fait pas penser à ce qu’un homme et une femme font ensemble pour tuer le temps, baby, juste comme ça, pour voir ? Et, de temps en temps, on change de gonzesse, voilà tout !

— Y’a du bizarre derrière cette fenêtre-là ! On aurait dit que ce petit gars trapu, chauve sur le dessus et…

— Et chaud sous le dessous !

— Oh ça va hein, laisse-moi parler, je voudrais bien t’y voir moi…témoin de quelque chose, tu comprends ? Je suis témoin de quelque chose et mon père est parti pour plusieurs jours !

En disant cela, Edwine appuie sur les deux syllabes du mot témoin, comme si en deux clics toute une  responsabilité mondiale pesait sur ses épaules !

Suspicieuse, la teenager de seize printemps jette un œil par la fenêtre du living-room; de l’autre côté de la rue, juste en face, derrière la grande vitre, une chambre presque banale : une commode avec dessus deux ou trois photos, un grand lit défait, une table de nuit, des peintures sur les murs, des étagères remplies de livres et, chose étrange, au moins trois espèces de lampadaires de hauteur différente.

Des objets sur un tapis ressemblent à des outils ou des couverts de cuisine. Edwine s’efforce de scruter dans le détail mais, bien que quelques mètres seulement séparent sa fenêtre de celle qui s’ouvre sur ce « reality show », la jeune fille emmitouflée dans un large pull -over bleu ne peut hélas rien discerner de plus spécifique.

— Tu crois quand même pas baby que le mec, il se penche sur la gonzesse et puis qu’il la découpe en petites morceaux ! Y’aurait des éclaboussures de sang partout sur les murs ! Et s’il les étouffait, tu imagines l’accumulation de cadavres dans cette geôle !

Ayrton adore ça, laisser patauger les filles, les faire languir. D’une oreille, Il écoute Edwine, sa meuf du mois, et de l’autre, il télécharge le dernier album de B.B.Brunes.

Entre deux phrases lancées à sa douce, il simule un « Y love love youuu », d’une voix   gutturale.

— Oh, te moque pas comme ça …Lundi soir, je me rendais pas bien compte…y’a pas longtemps qu’on habite ici mon père et moi…Et puis les fenêtres sont nombreuses en face d’ici, mon regard se perdait…Et puis t’étais pas là, mon Doudoune à moi..

Edwine espère que miauler encore une fois dans son gsm fera craquer ce bétonné de gamin.

— Ok baby, dans quelques minutes heure, je suis chez toi ! Ton père sera là, fidèle comme un chienchien pour sa fifille ?

Ayrton serre le poing, à la manière de celui qui a gagné un combat et mime un long  « ouaiaiaiais » qui veut dire   « ça y est, ce soir, c’est the soir » !

— Dis, tu m’écoutes pas hein toi ! Mon père est absent pour plusieurs jours ! Viens jusqu’ici, on n’sait jamais …si du sang éclabousse la fenêtre, tu me…

— Je te… serre très fort contre mes muscles pour que tes jolis yeux ne voient pas ces horreurs démoniaques…Bon, je saute dans le premier métro et j’arrive ma douce …

Ayrton, dans un seul élan, happe d’un seul geste un mp3, un blouson et, quatre enjambées et deux rames de métros plus loin, il est téléporté devant le 8, chemin du calvaire.

Quoiqu’ excité à l’idée de passer la soirée en tête-à-tête avec une créature ondulant de peur qui ne demande qu’à se jeter sur lui pour mieux se rassurer, Ayrton, bon prince, balaie du regard la façade d’en face couleur saumon  et identifie la dite fenêtre..La couleur de la façade le rend perplexe ainsi qu’une affiche punaisée juste au dessus de la boîte aux lettres.

 

Lui qui aime se donner des frissons en lisant twilight et d’autres lectures fantastiques, le moindre détail accroche son attention. Il se fait son cinéma… Au moment où il sonne au numéro 8, un bruit assourdissant de freinage. Qui résonne d’allure dans cette rue étroite. Une mercédès grise s’arrête. De laquelle se décapsulent quatre types aux épaules carrées…Les malabars  débarquent d’énormes cartons et les lancent dans la maison.

La voiture redémarre au plus vite. Ayrton tente de mémoriser le numéro de plaque. En vain.

— Entre !

— T’as vu ?

— Quoi ?

— Heuuu, des types viennent de rentrer chez les voisins d’en face et ils avaient …

— Ils avaient l’air de légionnaires échappés en pleine zone urbaine, c’est ça mon biquet ?

— Oui, si tu veux …tu les as vus ?

— Plus ou moins …La voisine vient de sortir d’ici, tu sais, une espèce de vieille institutrice à la retraite qui se prend pour « miss Marple ».Elle me demandait si je n’avais besoin de rien et si tout allait bien pour moi ; il paraît que mon père lui aurait demandé de me surveiller….En fait, c’était juste pour cafarder qu’elle avait vu des allées et venues suspectes dans la maison d’en face !

— Des choses suspectes ? interrogent le garçon qui, depuis qu’il a vu ces quatre sbires, pense plus à tous ces faits étranges qu’à balader ses mains sur …

— Oui, des choses bizarroïdes, des femmes au teint de porcelaine, avec des manteaux de léopard…

— Des fantôôôômes ? lance Ayrton en grimaçant, comme pour détendre l’atmosphère…

— D’après « Miss Marple », une dame seule habiterait en face…D’habitude, elle part tous les après-midi et revient très tard dans la soirée…Quelquefois, elle s’absente de chez elle pendant des semaines et des semaines …

— Et alors, c’est un crime ? demande le garçon en déposant à la volée blouson, mp3 sur un fauteuil, cigarettes et briquet sur un coin de la table…

Vas-y, installe-toi hein mon gars ! Tu veux pas des pantoufles et un verre de whisky par hasard, pendant que je gratinerais les chicons et donnerais ensuite le bain aux marmots ?

— Heuuuu, j’dis pas qu’non ma douce ! Tu réponds pas à ma question…C’est un crime de s’absenter? Elle est gonflée cette vieille instit ! Elle a dû en faire chier des gosses !

— Oh, parle pas comme ça ! Elle observe des choses, elle ! Comme moi d’ailleurs ! Et toi tu ne penses qu’à…

— Qu’à t’embrasser ma belle ! Depuis treize minutes et quarante secondes que je suis ici, tes lèvres n’ont même pas saliver sur les miennes !

Sur ces mots pleins d’adolescence, de cigarettes allumées dans les salles de cours, de musiques psychédéliques et de pilules contraceptives, les deux curieux disjonctent dans un entrelacement digne d’un film bolywoodien !

— Et c’est tout ce qu’elle t’a dit, la vieille ? susurre Ayrton, remontant à la surface  comme pour se donner bonne conscience.

Edwine, peu ébranlée par ces élans charnels mais  ruisselante de sueurs à l’idée que des faits pour les moins étranges et fumeux s’actionnent dans la maison d’en face rassemble ses esprits :

— D’abord, tu dis plus la vieille, ça m’agace ! Et en ce moment, tout m’agace ! Ensuite, ensuite et bien je sais plus, je sais plus!

La bimbo à la voix de gamine tape du pied, et perd ses moyens. Tout se bouscule dans sa tête…

Ayrton allume une clope et s’affale dans le fauteuil…

— On n’appellerait pas les flics ?

— Ҫa va pas non ? Une enquête, et hop, adieu toute ma p’tite culture de cannabis, envolée ! Et puis, même si des nanas se font écarteler en face de chez toi, qu’est-ce que ça peut te foutre ?

Assise sur un coin de la table, les pieds calés contre le dossier d’une chaise, Edwine reste perplexe devant la désinvolture de son copain. Elle plonge la tête entre ses mains, se demandant pourquoi depuis des mois, elle glande avec un type pareil. Son père avait raison !

— Et puis, continue le gamin de merde, tu imagines, si les sbires à la carcasse d’orangs-outans t’apercevaient …

— Ils sont sortis tout de suite et…

— Que tu penses ! Sont peut-être revenus…

— Pffff…

Après quelques gros mots, une pizza, des câlins et de nouveau des mots qui claquent, les deux ados sont là, lovés tous les deux contre l’appui de fenêtre, la tenture entrouverte. Edwine appuie contre ses orbites une vieille paire de jumelles, en se dandinant comme elle le peut pour écarter de son corps les mains baladeuses de son flirt.

— Voilà ! Ҫa recommence ! Une femme à moitié à poils sur le lit, le chauve commence ses saloperies….et oh, putain ! Il l’étouffe ! Il l’étouffe ! Il lui colle un oreiller sur le visage ! Il l’étouffe ! Ayrton, prends vite ça et vise un peu !

— Incroyable ! C’est mieux que la trois D dis donc ! La fille se débat comme une hyène ! Belle nana ceci dit ! Et merde, elle ne bouge plus !

D’un seul geste de rage, Edwine arrache des mains de l’inconscient la paire de jumelles.

— Le salaud ! Oh le salaud ! Mais, mais…la fille ….deux mains autour du cou de ce vieux salaud…ce sont les mains de la fille….Ils s’embrassent ! Et puis zut, je ne comprends plus rien à cet espèce de foutoir.

— Quel merde, je te jure que la nana, elle était comme morte, ses deux bras tout mous se balançaient dans le vide…ses yeux, j’ai pas su les voir mais je te jure, elle avait rendu son dernier soupir …..Ben mon bébé, ils ont des jeux pas trop catho tes voisins ! Enfin…ta voisine ….

— Ayrton, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? gueule Edwine, tapant des pieds, toute paniquée par ce qu’elle vient de découvrir.

Le couinement d’une clé dans la serrure. Les deux ados se regardent, s’accrochent presque l’un à l’autre, les yeux exorbités, les mains moites…

— Salut ma fille ! Tiens, bonjour, Glenn !

Ayrton et Edwinne  étourdis,  partagés entre soulagement et stupéfaction ne rectifient même pas…

Le père d’Edwine, tout content de revenir plus tôt que prévu à la maison, ne dit même rien, en constatant que durant ses absences, sa fille ne s’ennuie pas…

— A propos, lance-t-il avec de la fierté dans la bouche, tout en zieutant l’évier qui plie sous une tonne d’assiettes, de bols et de verres, j’ai une idée géniale pour rentabiliser nos prochaines vacances et se faire par la même occasion un peu de fric…

Enlacés contre l’appui de fenêtre, les cheveux ébouriffés, les vêtements chiffonnés, les deux jeunots attendent la soi-disant idée géniale.

— Pendant nos prochaines vacances, on pourrait louer cette maison, non ? Ben quoi, me regarde pas comme si je t’annonçais la troisième guerre mondiale ! Je viens de lire l’affiche sur la porte de la maison d’en face ! On recherche des maisons disponibles ! Pendant que les maîtres des lieux se la coulent douce sous le soleil, les orteils en éventail et le soda au bout des doigts, une équipe tourne un film entre leurs murs ! Génial ! Pour contacter le producteur, il y a un numéro de téléphone, j’ai tout noté.  En face, ils viennent de tourner un film, « Dix victimes sinon rien ! ». Génial ça ! Pas vrai, Glenn ?

 

 

Carine-Laure Desguin

carinelauredesguin.over-blog.com

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Un homme ridé qui fumait une pipe orange, de Laurent Nizette

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

 

laurent-nizette.jpg

Un homme ridé qui fumait une pipe orange.

Laurent Nizette

 

C’était bien avant d’avoir rencontré cette fille.

Bien avant que mes parents soient là.

Il y avait un vieux bateau bleu dans le désert.

Des gens dansaient toujours autour. Cela leur rappelait l’eau quand ils avaient soif.

Assis sur une rame peinte en rouge, un homme tout ridé fumait une pipe orange.

Vous le connaissiez cet homme ? C’était un personnage. Il voyait la vie en rose.

Il donnait des lunettes de couleur à tout le monde.

Il avait un secret. Vous voulez le connaître ?

Lisez encore un peu, ce n’est pas long.

J’ai eu peur un jour.

En ouvrant une porte.

Car derrière il y avait un homme tout gris.

Il avait toujours raison car il était toujours tout seul à parler.

Plus loin il y avait un autre homme d’une couleur étrange.

Il travaillait bien et beaucoup.

Toujours plus loin et plus haut on lui lançait le bâton.

Sans faillir, il le ramenait à chaque fois, jusqu’à…

J’ai continué et j’ai vu une femme jaune.

Elle était belle et fraîche.

Qu’est-ce que tu aurais fait avec elle ?

Moi je l’ai regardée.

Elle dormait de plus en plus. Lui avait-on trop parlé d’anciens contes ?

Oui, elle était triste.

Mais il y avait aussi cet artiste vert.

Il peignait encore et toujours.

Il montrait ses créations multicolores à qui voulait voir.

Peu de gens y trouvait un intérêt.

Alors le monsieur vert continuait de peindre.

Un peu comme cette femme mauve qui achetait toujours du parfum.

Elle voulait avoir moins peur de sentir.

Tous ces gens avaient besoin qu’un ami leur dise :

« Va rencontrer l’homme ridé qui fume une pipe orange et écoute-le ».

Même si toi, cher lecteur, tu n’as pas d’ami, je suis là pour te le dire.

Va écouter ce personnage tout ridé ! Mais termine de lire avant.

Quand tu t’assoiras sur sa rame rouge à côté du bateau dans le désert.

Il te répètera sans cesse :

« Il n’avait pas besoin d’une promotion, ni besoin de sentir bon.

Aucune nécessité de reconnaissance ou d’être regardé.

C’est juste d’être aimé que l’on a besoin.

Mais ils n’ont pas trouvé le bon chemin.

Il y a bien cet homme qui chaque matin essaie d’aimer son prochain.

C’est mieux, mais ce n’est toujours pas le bon chemin.

Peut-être que maintenant, toi, tu peux les guider vers la rame rouge.

Je ne suis pas sûr, mais je crois que tu peux les emmener dans le désert près du bateau bleu.

Dis, tu peux faire quelque chose quand tu seras là-bas ?

Salue pour moi l’homme ridé à la pipe orange.

Dis-lui que maintenant je la verrai rose.

 

 

Laurent Nizette

photos.ambassade-du-paradis.net

www.nizette.be

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Un texte de Camille Delnoy "La chambre blanche"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

 

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La chambre blanche

 

La chambre se présente petite et blanche. Neutre de toute empreinte, c’est pour cette raison que je l’aime. Aucune ombre, aucune trace, rien qu’un silence sans couleur à l’image de ma mémoire. Elle est propre, c’est le plus important.

Une armoire exiguë, sœur cadette d’une boîte d’allumettes, une chaise et une table meublent ce carré d’exil.

Un œil dans le mur m’offre un regard protégé sur l’extérieur.

D’ici, je ne risque plus rien. Chaque jour, je m’y installe, silencieux et aux aguets. Mais aux aguets de quoi, de qui ? Peu m’importe ! Je regarde.

De ma chaise, je contemple le port et les plis du vent.

Un papillon erre en toute innocence sur le visage d’un bateau. Le sel y a sculpté des vents et des îles. Ses grands yeux me fixent, me parlent, mais je n’entends rien ne comprends rien.

Les mouettes griffent le ciel liquide de leurs cris blancs. Un écho, une résonnance qui me trouble.

Je ferme et referme les rideaux.

J’efface l’extérieur.

 

La nuit tombe et murmurent les étoiles aux élans mutilés.

 

À chaque nuit qui se présente, averse de mouches dans la tête, je me sens brusquement gavé d’une absence.

Absence floue, regard suspendu.

C’est une éclipse qui rime avec gommage.

 

Le psychologue, à longueur de séances, n’arrête pas de me dire : «  Il vous faut reprendre le pas, cher monsieur, la trace vôtre qui vous ouvrira les écluses de la mémoire ».

 

Faut-il vraiment une mémoire à la page redevenue blanche que je suis ? Sinon quelles blessures, quelles morsures peuvent bien m’attendre, tapies au verso de cette page ?

 

Il fait nuit à boire l’instant café.

 

Je ferme les yeux sur le cri d’un éclair.

 

 

 

 

Mes rêves – mais, sont-ce vraiment des rêves ? me mènent, pas alourdis, en un étrange grenier. Sombre est ce grenier où se figent les souvenirs repliés, tassés en boîtes de carton sous la lucarne, rumeurs passées, dépassées, prisonnières des coins et des ficelles en nos épaisses poussières volontaires. Dans cet espace, tout chuchote, rien ne se dit. La clé s’est perdue dans une chute.

Est-ce la mienne ?

La sienne ? Qu’importe ! Close est la porte.

 

J’aime cette chambre blanche. Assis derrière l’œil du mur, je laisse venir à moi ce qui n’a ni nom ni racine.

 

Une heure à l’endroit, une heure à l’envers, ainsi vont les mailles d’un temps distendu à l’infini. Dans le coin supérieur de la vitre, timide, une mouche tricote des lambeaux de lumière.

 

Je ferme et referme les rideaux blancs.

Les mouettes, comme à leur habitude, griffent le ciel liquide de leurs cris blancs.

 

J’aime vraiment beaucoup cette chambre blanche

 

Camille Delnoy

Publié dans Textes

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