Avis à tous les lecteurs !!!!! Un salon à ne pas rater !
Lecture, écriture, une passion... Un partage... La littérature dans tous ses états !
Mes chers enfants,
Je me suis assise à ma table et je regarde la lune sans la voir.
J’écris dix mots.
J’en rature trois.
J’en écris cinq !
La lune, rousse et douce, pourrait se demander ce que j’écris là !
« J’écris, Madame la Lune, j’écris !
J’écris mes volontés. Les dernières.
Vous ne le voyez donc pas ? »
Je suis sur le point de tracer les derniers mots de mon testament.
Tout autour de moi reposent un fouillis des pages aux mots chiffonnés, des brouillons inachevés, des pensées attrapées au vol et capturées sur une page blanche, entre deux mailles d’un tricot ou les pages d’un roman abandonné.
Mes idées sont capricieuses.
Mes idées sont vagabondes.
Elles sont frivoles et me taquinent !
Une certitude : cette nuit, elles ne se défileront pas, mon crayon est taillé. Elles ne se porteront pas pâles, un bloc de papier neuf les attend.
Je suis prête à les accueillir.
Mes chers enfants,
Chaque minute creuse mes rides.
Ma vie me quitte.
Un long voyage s’invite.
Mes chers enfants,
Avant de voyager au-delà de l’horizon, il faut que je vous dise.
Ce matin, dans l’espoir de m’envoler vers d’autres contrées alors que mes mains se coltinaient une insipide vaisselle, je voyageais en secret dans mes pensées, je me réfugiais dans les vers d’un poème… Cette envolée me donne de manière agréable, l’envie de pleurer…
Prévert, où es-tu ?
Et « ta » Barbara ?
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
…
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m'en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j'aime
Même si je ne les ai vus qu'une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s'aiment
Même si je ne les connais pas
…
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu'es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d'acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
…
Oh Barbara !
Délicieuse dame en noir.
Elle est précieuse, pour moi, cette chanson. Une petite cantate mi sol do fa… Obsédante et maladroite que nous chantait Barbara.
Mais tu es partie, fragile
Vers l'au-delà
Et je reste, malhabile
Fa, sol, do, fa.
Barbara, ton prénom, ma chère enfant.
Je devrais vous parler de la voix sombre, ronde et chaude de Maria Malibran.
Personne ne devrait mourir sans avoir caressé le velours de Roméo et Juliette, sans avoir capté la puissance de son interprétation dans Otello de Rossini, sans avoir savouré le mi vibrant et fragile. Ce trille qui m’arrache des larmes.
La Malibran, la voix qui dit je t’aime.
Je dois mourir mes chers enfants.
Je vais mourir mes chers enfants.
Offrez-moi l’ultime bonheur d’entendre cette Voix somptueuse avant de me glisser en terre.
Cette voix pure et brisée tout à la fois me portera vers les limbes puissants sous les jacinthes bleues, aux pétales qui frissonnent lorsqu’on les effleure.
Caressez de vos doigts avides de découvertes les pierres de son mausolée dans notre Père Lachaise de Laeken. Lamartine y a gravé ce quatrain.
Beauté, génie, amour furent son nom de femme,
Écrit dans son regard, dans son cœur, dans sa voix.
Sous trois formes au ciel appartenait cette âme.
Pleurez, terre! Et vous, cieux, accueillez-la trois fois!
Souvenez-vous aussi combien nos secrets de famille se murmurent.
Je vous glisse à l’oreille cette vieille recette, ces baisers que petits vous dévoriez, les yeux remplis de bonheur.
Pour réaliser les baisers fondants sur la langue, mélangez 25 grammes de farine, 110 grammes de sucre et 125 grammesd’amandes en poudre.
Laissez attendre ce mélange.
Battez les six blancs d’œufs en neige, lentement au début et lorsqu’ils commencent à devenir blancs, ajoutez-y deux fois 50 grammes de sucre. Accélérez le mouvement pour qu’ils forment un bec-d’oiseau.
Incorporez la poudre que vous avez laissée de côté, en soulevant la pâte du centre vers les bords, de haut en bas.
Remplissez une poche à douille, parsemez d’amandes effilées et réalisez des petits tas, comme pour les macarons de Tante Juliette, mettez-les à cuire à 160 degrés, pendant 35 à 40 minutes.
Pour l’onctueuse crème, dans le poêlon de mamy, faites chauffer un litre et demi d’eau avec 90 grammes de sucre, jusqu’à 125 degrés.
Cassez deux œufs dans un cul de poule, y ajouter les graines d’une gousse de vanille. Battez l’ensemble un instant avant d’y ajouter le sirop. Continuez à bien battre afin que les œufs ne cuisent pas.
Fouettez jusqu’au parfait refroidissement.
Avec un robot ménager, battez 125 grammes de beurre jusqu’au blanchissement.
Mélangez les deux préparations.
Dans une main, prenez une demi-coque, et fourrez-la.
Et fermez le baiser d’une demi-coque.
Un baiser.
Une douceur.
Le déjeuner sur l’herbe de Monet où la lumière flirte avec l’ombre.
Barbara, réalise quelques baisers tout doux, glisse ta main dans celle de ton frère et allez à l’abri du petit pont les déguster. Ses trois arcades vous souriront. Le bord de la rivière accueillera votre pique-nique.
Ne me pleurez pas.
Savourez les baisers. Un déjeuner sur l’herbe et soyez rassurés mes chéris, Claude Monet ne se sentira pas offusquer de votre sympathique présence.
Mes chers enfants, vous trouverez sur ma table de chevet, Le crépuscule d’une idole de Michel Onfray.
Dans mon lecteur CD, l’Intégrale de Jacques Brel… Les disques s’amusent à tour de rôle bien entendu.
Glissez vos pas dans les siens le long des ramblas anderlechtois… Retrouvez-le là où il attendait Madeleine avec ses lilas.
Dans mon lecteur DVD, Le Roi danse.
Sur mon bureau, un mélange de pastels, de pinceaux, d’encres, de feuilles… Ce qui nourrit mes pensées et ma créativité depuis que la musique m’a désertée.
Mes chéris, je ne m’amuse pas.
Je ne badine pas.
Je vous l’avoue !
Depuis des années, j’observe le clocher de la Collégiale Saints-Pierre-et-Guidon.
Il penche.
34 millimètres par an.
Vous ne me croyez pas ?
Visitez, observez ce monument, ses vitraux… et ses fondations qui se tassent.
Mes chéris,
Vous êtes un mélange poignant de passion joyeuse et de désespoir.
Depuis que vous habitez ma vie, je n’ai plus jamais été libre, puisque je vous aime.
Je vous aime. Images vivaces de ma mémoire.
Les petits bonbons au chocolat-café que vous quémandiez et le « clic » de leur boîte se refermant sur leur nombre toujours trop réduit pour vous rassurer.
Image fugace de ma mémoire.
Je n’aurai plus jamais le cœur léger, si heureux soit-il d’être délivré de mes souffrances, puisque je vous quitte.
Au soir de ma vie, il me reste mille façons de m’amuser avec le passé dont les plaisirs et les jeux demeurent pour moi, innombrables.
Vous souvenez-vous de la maison rose habillée de lierre et qui regardait la Lessepar la plupart de ses fenêtres ?
Rejoignez-la.
Cette brave maison vous racontera tant de contes et légendes et comptines rêveuses et poétiques avec en plus, cette touche de fantaisie dont vous, mes chéris, allez devoir cultiver la mémoire tout au long des jours sans moi.
Il n’y a pas d’âge pour s’amuser des histoires, chansonnettes et jeux d’enfants.
Ne l’oubliez jamais.
Le vent, balayant la vieille maison bancale, vous emmènera dans un grand opéra nocturne, il sifflera pour vous les premières notes d’une symphonie qui vous guidera jusqu’à la réalisation de vos vies.
Lorsque le doute surgira, écoutez l’Ouverture d’Egmont, opus 84, de Beethoven.
Les accords en dents de scie du début de l’ouverture font place à la mélancolie exprimée par les bois et les cordes. Ces répliques semblent se faire écho jusqu’à l’apparition soudaine d’un nouveau thème.
Un thème précipité,
Agité,
Rempli de tensions.
Cet hommage de Beethoven à la victoire du Bien, j’ai aimé l’interpréter au fil de ma vie.
L’hommage du Bien !
L’œuvre d’un artiste qui épouse la cause de l’humanité ! Le Bien !
La victoire du Bien contre le Mal !
Ne l’oubliez pas mes chers enfants. Le Bien !
Je radote…
Ne m’en veuillez pas.
Mes chers enfants,
Au Parc Josaphat, que vos pas vous conduisent au pied de la Fontaine d’Amour, il y a un escalier emmêlé de racines ne menant nulle part. Sa petite source chantonne une mélodie colorée : l’Amour.
Dans ce parc, vous trouverez de douces friandises à déguster dans ce havre de paix où se mêlent les chants des oiseaux, le rire des enfants, le parfum des fleurs.
Votre ronde de pas. Le ruisseau. Le vieux sentier. Les étangs. Les arbres centenaires. Et l’âne, sous ses yeux la branche d’un marronnier s’accouple avec son reflet dans l’eau.
L’amour est tout autour de vous.
Usez.
Abusez mes chers enfants.
Avant de vous quitter mes chéris, un dernier mot.
Soyez l’artisan de vos propres rêves !
Mes chers enfants,
Aimez, aimez, tout le reste n’est rien.
Ces quelques mots de La Fontaine termineront mon message…
Aimez, aimez, tout le reste n’est rien.
Christel Marchal
En quête de sens
lelabodesmots.blogspot.com
Un cours de poésie …
Création !
Expression !
Liberté !
Partage !
C rayonner des phrases et chanter la vie,
O u tout simplement ensemble partager
U ne ou deux heures de créations et de folies
R ue de l’amour des mots et de la poésie
S ans être ni Rimbaud ni Stéphane Mallarmé.
D écouvrir ce que l’on est,
E n écrivant ce que l’on aime.
P articiper
O u simplement écouter
E t,
S i vous le souhaitez,
I maginer des petites phrases,
E ntre amis, tout autour d’une très grande table…
Un cours de poésie pour les séniors carolos !
QUAND ?
Le vendredi après midi de 14h à 16h
Où Au Moncellois
Rue ferrer, 7
6031 Monceau- sur- Sambre
L’animatrice ?
Carine-Laure Desguin,
une carolo amoureuse des mots !
Faut-il savoir écrire des poésies ?
Non ! Surtout pas !
Apprenons ensemble et amusons-nous !
La poésie, c’est de la liberté encore et encore !
Démonstration ….
Le vendredi 12 avril 2013 de 14h à 15h30
Au Moncellois
rue Ferrer 7
6031 Monceau-sur-Sambre
Merci à vous de venir nombreux !
Un grand écrivain.
Il est temps de faire une fin, comme on dit. J’ai 70 ans depuis hier. Encore un âge à chiffres ronds. J’ai eu 20 ans, l’âge de la mort de l’adolescent. 40 ans, l’âge des remises en question. 60 ans, celui de la pleine maturité. Celui que j’ai aujourd’hui est de toute évidence mon passeport pour l’éternité !
Je vis seul depuis vingt ans. Ma femme est morte, jamais je n’ai pensé à vivre avec une autre. Une épouse qu’on a aimé, ce n’est pas un livre qu’on referme pour en ouvrir un autre.
Le sexe ? Au début, je m’étais procuré par l’entremise d’un site spécialisé, un mannequin, une sorte de poupée d’un mètre soixante de hauteur qui avait toute l’apparence d’une femme véritable.
Je ne m’en suis jamais servi. Je l’ai conservé très longtemps. Un jour, je l’ai découpé en petits morceaux et je m’en suis débarrassé. A un certain âge, les pulsions sexuelles s’émoussent. On peut passer pour chaste et l’être effectivement sans gros efforts.
En réalité, je n’ai jamais compris la chasteté qu’on affiche par fidélité à la femme décédée. Ou de l’amant disparu.
Il m’est arrivé de tromper Henriette mais je n’aurais pu vivre avec une autre qu’elle. Je ne crois pas ceux qui prétendent n’avoir jamais succombé aux charmes d’une femme séduisante.
Je suis un écrivain. Mes lecteurs ne sont pas nombreux mais ils sont d’une grande qualité. Ils attendent mon prochain livre. A chaque fois, ils attendent mon prochain livre. Aujourd’hui leur grande qualité a un goût un peu acide.
Un jour, mon ami Delcourt est venu me faire une proposition.
- Ecoutes, Jacques. Marc veut lancer une petite revue hebdomadaire. De l’importance d’une brochure. Bon marché. On y parlera de livres, de ceux qu’il vend en particulier, et, c’est la nouveauté, la dernière page sera consacrée à une nouvelle écrite par un écrivain connu. J’ai pensé à toi.
Henri secondait Marc Lambin, le propriétaire d’une grande librairie très courue.
- Il aime Faulkner, la revue s’intitulera : Mosquito. C’est moi qui suis chargé des textes hors ceux qui promeuvent les livres. Tu seras payé, bien sûr. Pas des masses mais …
J’ai accepté. Il y avait longtemps que je ne voyais plus mon nom sur la couverture d’un livre ou au bas d’un texte. J’ai pensé que c’était une occasion à saisir. La dernière page. La page de couverture, celle que le lecteur compulse en premier lieu.
J’imaginais déjà la surprise d’Henri, de Marc lui-même, devant ce qui serait une sorte de testament spirituel dans lequel je dirais les choses qui comptent avec des mots qui frappent. Des phrases au bout desquelles le lecteur lèvera les yeux au ciel pour réfléchir. Peut être même qu’il se retiendra de pleurer. Henri m’avait réservé quatre semaines, quatre pages. J’avais huit jour pour rédiger la première, la dernière sera vraisemblablement le dernier chapitre d’un texte profond, et celui d’une vie.
Je passais beaucoup de temps devant mon ordinateur. Aucun des textes que j’écrivais ne survivait à une relecture. C’était banal, j’effaçais. Je recommençais à nouveau, j’effaçais encore. Parfois, je ne me relisais pas. Peine perdue. En me levant, avant même de me raser, je relisais ce qui subsistait de la veille. Et j’effaçais.
Le jour où Henri allait venir pour chercher mon texte, je n’avais rien à lui remettre. J’étais paniqué. C’était reconnaître l’indigence de mon imagination et la mort de l’écrivain que j’avais été.
Presque de force, je me suis assis devant mon clavier, et j’ai commencé à taper. Pour l’amour d’une femme, c’est le titre qui m’était venu à l’esprit.
« Ce jour là, Dieu sait pour quelle raison, Suzanne était entrée au Majestic, et s’était assise dans un des siège d’où on pouvait voir entrer les clients.
Vers trois heures de l’après-midi, elle était assise depuis vingt minutes à peine, Roland poussait la porte battante de l’entrée suivi du porteur de bagage.
Il y eut comme un éblouissement dans les regards croisés qu’ils échangèrent.
Une demi-heure auparavant, ils ne savaient rien l’un de l’autre, et voilà que c’était comme s’ils se connaissaient depuis toujours. Ils savaient l’essentiel l’un de l’autre. Que faut-il connaitre de plus dans la vie que le chemin qui désormais s’ouvre devant vous ?
Roland s’était dirigé vers elle. Suzanne s’était levée lentement comme si elle avait été mue par une force intérieure irrésistible. Il lui saisit les mains et s’inclina. Le hall, si bruyant un instant auparavant était devenu aussi silencieux que la nef d’une église. Chacun des personnages qui s’y trouvaient s’était figé dans son attitude. On eut dit des statues. De celles dont un mage aurait sculpté les personnages d’un théâtre où l’amour régnait en maitre. Seul.
- Venez ; dit-il. Tu es belle, tu sais.
Ses yeux brillaient d’un éclat dont elle devinait la raison. Le désir du premier homme pour la première femme. Elle était prête à s’y soumettre. Son corps lui dictait ses attentes.
Ils se dirigèrent vers l’ascenseur qui menait aux chambres. Le brouhaha soudain avait repris. Mais tout le monde les regardait et se posait la question ;
- Que va-t-il se passer ? »
C’est le texte glissé dans une enveloppe de papier kraft que je remis à Henri. Il n’eut pas la curiosité de le lire.
- Je suis déjà en retard.
J’avais signé, en signe de dérision : Daphnée de Delly.
Peu de temps auparavant, pour meubler des périodes d’inaction de plus en plus fréquentes j’ai commencé à compulser des sites sur Internet. Sites d’inconnus ou d’institutions. De temps à autres, je compulsais le site de la Bibliothèque Royale. Elle était en train de numériser ses archives.
Un jour, surprise ! Sous un numéro d’enregistrement, mon nom m’est apparu, daté de 1946. Il s’agissait d’une nouvelle envoyée à une revue qui l’avait mise; disait-elle, en attente. Malheureusement, avant même que ma nouvelle n’ait été publiée, la revue avait cessé de paraître faute de liquidités. Le fonds avait été repris par la Bibliothèque Royale.
Le titre de la nouvelle était : L’amour d’une femme. J’étais âgé de 25 ans en 1946. Ma première œuvre avait été une histoire d’amour. Je ne savais pas si je devais rire ou pleurer.
Une idée m’était venue. Pourquoi le texte d’un écrivain âgé devait il évoquer l’expérience ou la réflexion d’une vie ? Toutes les vies se valent. Toutes les réflexions se valent. Ce serait le sens de du texte promis à Henri. Une sorte de testament spirituel. J’y ai travaillé toute la semaine. Sans résultat satisfaisant. C’était mièvre. Quant à la nouvelle que j’avais remise à Henri, personne, au sein de la rédaction de la revue, ne s’était aperçu de ce que j’avais substitué au texte qu’ils attendaient un texte à la facture et au ton tout à fait différents.
Soit, me dis-je, cela me donne une semaine de plus. Et, en une demi-heure à peine, j’ai donné une suite à l’amour d’une femme. Daphnée de Delly venait de me sauver une fois de plus.
« Le serveur avait apporté une bouteille de Bollinger. Roland lui avait fait signe de sortir. Il était aux côtés de Suzanne, et tous les deux contemplaient la Méditerranée du haut de leur balcon. L’air était doux. »
Puis, je résume, il se passait quelque chose qui nécessitait quatre à cinq lignes.
« Tous les deux s’étaient approchés du lit princier dont une femme de chambre avait relevé les draps. »
Glissé dans une enveloppe de papier kraft, format A4, je l’ai remise à Henri.
-Navré, je ne peux pas rester Jacques, l’imprimeur n’attend pas.
En se retournant, il me dit :
- Merci, Jacques. Merci. Je savais bien que j’avais frappé à la bonne porte.
Je pris la décision de lui dire la vérité dès qu’il reviendrait. Soit pour rompre à jamais avec moi, soit pour prendre le texte de la troisième semaine. Celui pour lequel il avait, comme il le disait, frappé à la bonne porte.
C’est quoi l’inspiration ? Sait-on comment elle vient, la question m’éblouit à proprement parler en passant devant l’armoire ans laquelle je rangeais des livres, des dossiers, des photos et des objets auxquels je tenais ou croyais tenir.
Henriette m’avait acheté une vieille bible qu’elle avait trouvée lors d’une brocante. Elle datait de 1885, le titre et le dos portait la mention : bible, en lettres d’or. Je ne voyais plus qu’elle.
Tout de la vie des êtres humains se trouve dans des textes anciens : Bible, ancien et nouveau testament, le cantique des cantiques, etc. Mais les lecteurs y cherchent ce qui ne s’y trouve pas. Il faut se rendre à l’évidence, c’est le même roman que les écrivains réécrivent à chaque génération.
Une vulgaire copie. Amour et mort. Les hommes, en gros, se ressemblent depuis la nuit des temps. Dieu, pour ceux qui y croient, n’a pas eu beaucoup d’imagination. Si les récits sont mièvres, c’est que les faits le sont.
Henri était toujours aussi pressé. L’imprimeur ; disait-il.
- Il faut que je te parle, Henri.
- Oui ?
Il s’était assis en face de moi. Je le voyais, il avait soudain conscience de la solennité du moment. Henri et moi, nous sommes des amis de toujours. Il y avait dix ans de différence entre nous mais je ne m’en suis rendu compte que peu de temps auparavant. Le jour, précisément, où il est venu me proposer de lui fournir de la copie pour Mosquito.
- Les textes que je t’ai fournis n’étaient pas de moi. En réalité, ils étaient de moi mais d’un autre moi. Ils étaient inspirés du jeune homme que j’ai été il y a longtemps.
- Oui ?
- Une bluette. Rien qu’une bluette.
- Oui ?
Si tu l’avais lue, ou Marc ou dieu sait qui, vous me l’auriez jetée à la figure.
Henri s’était levé.
- Mais je l’ai lue, Marc l’a lue, des lecteurs et des lectrices nous ont téléphoné, le tirage de la semaine dernière semaine a augmenté de 20%. Tu comprends, Jacques. Les lecteurs et les lectrices en ont marre des crimes ou des autobiographies déguisées de gens qui disent tous la même chose. Ils veulent de l’amour. De l’amour, pas des histoires de fesses qu’ils connaissent parfois mieux que ceux qui les écrivent.
Il avait l’air angoissé.
- Dis, Jacques, tu m’as préparé le texte de la troisième semaine ?
- Mais…
Il prit une chaise et l’enfourcha, les bras croisés sur le dossier.
-Je ne partirai pas sans lui, Jacques. Même si je dois y passer la nuit.
Je me suis rassis devant l’ordinateur, et me suis remis à taper.
Maurice Stencel
http://www.maurice-stencel.com/
Un juif nommé Samuel Brautberger
Coup sur coup Pascal Feyaerts sort « L’amour en Lettre Capitale » aux éditions Le Coudrier et « Nouvelles en quête d’(h)auteur » chez Chloé des Lys. En parallèle il co-écrit (textes) avec Marielle Vancamp (musique et interprétations) le spectacle musico-poétique « Sur un nuage » qui sera joué ce samedi 23 mars à la salle des fêtes de Thirimont dès 19h30. A cette occasion il dédicacera ses livres et exposera textes et dessins. On vous y espère nombreux :)
Le Spectacle : Sur un nuage... est un concert créé par Marielle Vancamp autour des textes du poète belge Pascal Feyaerts (déjà existant ou écrits pour l’occasion).
Ces textes sont devenus des chansons, que l'interprète vous présente à l'aide de son violon, et de sa loopstation. La loopstation est un petit engin à pédales qui permet de "boucler" et de superposer différentes séquences musicales, créant l'illusion d'un ensemble instrumental. Elle tente ainsi de restituer avec des notes et des harmonies les images qui semblent sortir d'elles-mêmes des textes du poète. Le tout constitue un spectacle d'une heure environ, qui vous emmènera loin, loin dans un univers où la musique et la poésie se rejoignent en une danse inextricable, douce-amère, où le seul-en scène semble n'être qu'un rêve, par la grâce de la technologie et le savoir-faire d'une musicienne-chanteuse expérimentée....Les vidéos qui suivent ont été prises avec des moyens rudimentaires, mais elles permettent d'avoir une idée de l'ambiance du concert.
http://www.youtube.com/watch?v=4QCmvILXbzE&feature=player_embedded
Telle l’atrabile :
http://www.youtube.com/watch?v=XyDvbMdlU9o
J’habite un nuage :
http://www.youtube.com/watch?v=JTXoLBq_gmQ&feature=player_embedded
Minuit, rues désertes :
http://www.youtube.com/watch?v=TERn25OO2yI
Un extrait de
Galinda la Forêt des Ombres
de Laurent FEMENIAS
C’était la nuit, froide et humide. Dans l’été finissant, le souffle glacial du vent semblait engourdir toute vie. Le ciel, souvent d’un beau bleu profond en cette saison, était ce soir gris, bas et ténébreux. Le brouillard s’étendait à perte de vue et enveloppait le paysage de sa tristesse. Un silence pesant, angoissant, régnait sur la Forêt des Ombres. Nulle créature nocturne ne venait troubler par sa présence le calme environnant. Seules quelques gouttes de pluie s’écrasaient parfois mollement sur les feuilles ternes et craquantes des arbres. Soudain, un cri… Un homme, haletant, se tenait appuyé contre une grande épée plantée dans la terre mouillée. Quelqu’un gisait à ses pieds, inanimé. Étendu sur les feuilles mortes qui tapissaient le sol tout au long de l’année, le corps semblait dans un linceul d’ocre. Un mince filet de sang coulait lentement de sa bouche et rendait la terre plus rouge encore. Le silence revint aussi rapidement qu’il avait disparu.
De mémoire d’homme, la vaste et sauvage forêt avait toujours suscité crainte et méfiance auprès des habitants de la région. L’épaisse nappe de brouillard qui recouvrait presque en permanence ces lieux immenses et reculés contribuait sans aucun doute à les nimber d’une aura mystérieuse. Ainsi drapés de silence et de brume, les arbres sombres et tortueux semblaient véritablement émerger d’un autre monde, étrange et inquiétant. Personne n’habitait plus depuis bien longtemps à proximité immédiate de ces obscures frondaisons tant était forte la crainte d’en subir l’influence néfaste. Et dès la tombée de la nuit, la plupart des villageois avaient pris l’habitude de se terrer dans leur chaumière, suppliant fébrilement les puissances célestes de les protéger de la forêt maléfique. Parfois, par-delà le bruit sourd des orages, certains croyaient distinguer des cris qui leur glaçaient le sang, des chants qui ne semblaient pouvoir sortir de la bouche d’êtres humains. Ils restaient alors prostrés chez eux de longues heures durant, saisis par la terreur. Lorsque le vent soufflait le soir, en direction des villages, il n’était pas rare d’entendre retentir au loin des cliquetis inquiétants. On racontait que ces bruits étaient les obscurs échos de batailles s’étant déroulées dans un passé bien plus reculé que celui évoqué par les dernières images floues et presque effacées des plus vieux souvenirs.
Durant les veillées, les anciens affirmaient ainsi que les esprits des combattants continuaient depuis des siècles à hanter les lieux où ils périrent, condamnés à revivre éternellement leur violente et cruelle agonie. Cependant, si les histoires les plus variées circulaient à ce sujet, la plupart étaient remplies d’incohérences et de contradictions. Les annales royales ne faisaient d’ailleurs état, depuis leur création, de nulle guerre dans la région. Cela n’empêchait pas la majorité des fermiers des environs d’être prêts à jurer que la forêt était habitée par des esprits démoniaques, ou des êtres pires encore.
Même après le lever du jour, lorsque l’on osait enfin s’approcher de la lisière maudite, c’était toujours avec une forte appréhension, et jamais plus près que nécessaire. À ces occasions, quelques uns assuraient avoir entendu des cris abominables provenant du plus profond des arbres noirs et difformes. Il arrivait de temps à autres qu’un paysan perdu dans la brume se trouve soudain face aux premiers chênes sortant de l’ombre alors même qu’il s’en croyait pourtant à distance raisonnable. Le malheureux rebroussait alors généralement chemin en toute hâte afin de rejoindre au plus vite les terres civilisées, cherchant à tout prix à éviter le sort des pauvres hères un peu moins prudents qui furent jadis retrouvés morts – de frayeur probablement ! – la face tournée en direction des bois, après s’être égarés dans le brouillard. Cette forêt avait vraiment une bien triste réputation…
Laurent Femenias
Mon sauveur avait à peu près mon âge, et une face de caricature. Vêtu d’un blue-jeans maculé et d’une chemise à courtes manches déboutonnée d’où saillait un volumineux abdomen couleur de vieille brique, il était coiffé d’un chapeau de cuir à larges bords. A intervalles réguliers, il pêchait une cigarette dans son paquet de Palermo rouges, et se la plantait entre les lèvres. Nous parlions peu. Ma compréhension du castillan, surtout de sa version sud-américaine, étant encore assez rudimentaire. De temps à autre, il lâchait une plaisanterie, que je ne comprenais pas et dont il riait de bon cœur, découvrant à chaque fois sa désastreuse dentition. Toutes les incisives manquaient, et seules lui restaient des canines de prédateur. A part cela, vraiment un bon bougre, et je riais pour lui faire plaisir. Comme la climatisation de la cabine était en panne, on roulait vitres baissées, fouettés par l’air chaud et sec.
Nous ne croisions aucun véhicule. Une cinquantaine de kilomètres après Villa Montes et les ultimes contreforts de la Cordillère, le paysage s’était aplati. Le Gran Chaco paraguayen était rigoureusement plat comme l’électrocardiogramme d’un macchabée, sur une étendue grande comme la moitié de la France. On traversait des monotonies ennuyeuses couvertes d’une forêt sèche et basse, sorte de haut maquis d’arbustes épineux mêlés de cactus, d’arbres-bouteilles et de quebrachos, qui bouchait la vue en tous sens. C’était tout plat. Tout droit. Et vide. Cela me changeait des Rocheuses et des Andes, sauf du point de vue de la densité de population. Mais surtout il faisait chaud. Comme je tentais d’expliquer ces impressions au camionneur, il a eu une réplique qui devait signifier : « et vous n’avez encore rien vu ! »
Que le Paraguay fût en Amérique du sud, je ne l’ignorais pas, au même titre que le Pérou ou l’Uruguay. Il m’eût été impossible cependant de les situer avec exactitude. C’était une république enclavée au cœur du continent, dont on ne parlait jamais, éclipsée qu’elle était par ses voisins géants, Brésil et Argentine. Tout au plus l’avais-je vue mentionnée l’une ou l’autre fois, lors de la lecture de romans évoquant la chasse aux ex-bourreaux nazis. Demander à un Européen moyen où se trouvait le Paraguay, revenait à demander à un Américain de situer le Danemark ou la Bulgarie.
Au bout de 116 kilomètres, le camion a rejoint la Ruta 9, la « Transchaco ». On s’est arrêtés. Les premiers Paraguayens que j’ai aperçus – excepté mon brave routier -, étaient trois policiers. Et là encore, stupéfaction de constater la richesse insoupçonnée de la mémoire, qui me restituait des images occultées durant trente-cinq ans. En apercevant les trois hommes à face basanée, sanglés dans des tenues beiges et coiffés de képis à visière plate, je me suis rappelé l’album Tintin et les Picaros, et le général Alcazar – ou le général Tapioca, je ne me souvenais plus -, une histoire dont les péripéties avaient pour cadre une obscure république d’opérette du continent sud-américain. Les trois gaillards portaient le même uniforme. Assis sur un banc, adossés aux planches brutes de la guitoune qui tenait lieu de commissariat, ils suçaient leur téréré (1) dans une guampa (2) de corne qu’ils se repassaient avec indolence. Leur pick-up Ford blanc de patrouille, équipé d’une large collection de gyrophares, sommeillait sous le mât au drapeau.
Le pavillon tricolore rouge-blanc-bleu, à l’horizontale, se déployait fièrement dans le vent du nord sec et brûlant. Nous étions à La Patria, kilomètre 645, village artificiel d’une quinzaine de bâtisses en briques rouges disséminées sous les arbres, plaqué là au début des années 80, sorte de base au développement de la région, alors encore vierge de toute occupation humaine. Une bande de chèvres mâchonnaient des broussailles et de vieux cartons. Rien ne bougeait. La route asphaltée commençait là – ou s’arrêtait là, si on venait d’Asuncion. Passé le village, la Transchaco redevenait piste cahoteuse et poussiéreuse qui s’éloignait vers le Chaco bolivien. Le Volvo a pilé au carrefour, libérant de douloureux gémissements d’air comprimé de ses freins. Le chauffeur a pêché un sachet en plastique sur la couchette derrière lui avant de sauter de la cabine et de se diriger vers la cabane des policiers.
A mon tour, je suis descendu me dégourdir les jambes. Planté au milieu du bitume, j’ai considéré un moment la route qui filait, rectiligne, vers le sud-est, interminable et vide, et qui se diluait au loin dans l’air brouillé de chaleur. Un crotale écrasé séchait sur le goudron. Jorge – c’était le nom du routier – a remis le colis aux agents de police, puis s’est mis à discuter en riant avec le plus gros d’entre eux, alors qu’ils se portaient à ma rencontre. Le type m’a serré la main avec vigueur. Une véritable armoire à glace, à la panse imposante, avec une épaisse moustache noire sous le promontoire de son nez. Un Smith & Wesson .38 spécial pendait sur sa cuisse. Une face de brute, mais tout sourire. « Bienvenido a Paraguay » a-t-il tonné en me secouant la main.
Henri Puffet
"La mise entre parenthèse"
Ann Merkelbag est auteur aux Editions Chloé des lys... Un livre à paraître 'Dis-lui que tu l'aimes"... et un interview qui passera le 24 mars sur le blog passion créatrice.
Finaliste au concours de conte de Surice... C'est pas rien ! Bravo !
Tu nous en dis plus ?
je ne suis pas coutumière du conte... c'est même une première !
c'est à la suite d'un pari avec ma soeur que j'ai adressé un texte au 19ème concours de "fais-moi un conte" ;
respecter des consignes d'oralité, de thème et de longueur de texte étaient pour moi un pari nouveau.
et ce qui me plaisait, c'était l'invitation des organisateurs à une formation de conteur si le texte était sélectionné.
le sujet au départ ne m'a pas inspiré : comment parler de ce thème un peu bateau de "dis-moi ce que tu manges, je te dirai d'où tu viens" ?
c'est à la suite d'un déjeuner avec une copine et une conversation à bâtons rompus que mon idée a germé ; et c'est devenu une évidence;
restait à trouver les mots, le ton, le rythme. j'ai rédigé l'essentiel du conte en deux heures alors que je pensais qu'il serait impossible à faire.
il a été sélectionné et c'était une belle surprise.
je suis venue suivre la formation en belgique : un plaisir de plonger dans un univers jusque là inconnu et de croiser des passionnés ou des audacieux.
une très belle expérience, assurément...