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Voilà une présentation très... originale de son nouveau livre que nous propose Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

 

http://www.bandbsa.be/contes3/enfantsjardinr.jpg

 

— Carine-Laure, devant moi ton second livre « Les enfants du Grand Jardin ». Je regarde la couverture, toutes ces têtes vides, ça m’intrigue…Je me souviens, cette histoire a une histoire, n’est-ce pas ?

— Oh oui ! Et la première surprise, ce fut moi lorsque tous ces mots ont commencé à s’imposer.

— S’imposer, tu veux rire ?

— J’ai l’air de plaisanter ?

— …

— Je raconte….C’était en mai 2009 et je venais d’aménager dans mon nouvel appartement. Un dimanche, le soleil se pointe. C’était un des premiers beaux jours, tu vois, on croit que tout est permis, que la vie commence, que tu vas t’éclater un maximum. Depuis quelque temps, j’avais envie de m’acheter un solex. Ne me demande pas pourquoi, une idée comme ça. Une mécanique à la mode ce solex, tu sais ?

— Si tu le dis, Carine-Laure…

— Tu plaisantes, Christine Brunet ?

— J’ai l’air de plaisanter, Carine-Laure Desguin ?

— Hou la la, c’est pas triste, sous ton toit !

— Continue, Bob Boutique attend de mes nouvelles pour le prochain actutvgoogle et crois-moi, j’ai un tas d’idées à lui suggérer, continue Carine-Laure ! Et ne triture pas ton verre comme ça, tu m’agaces !

— Je continue mais arrête de me bousculer…Bon, je disais que le solex, ça m’inspirait et que justement, je vois sur le net un rassemblement de solex prévu pour ce dimanche après-midi. Je file jusque là…

— Là ?

— Ben oui, là ! A Momignies, un village à quelques kilomètres de Chimay. Un endroit que je ne connaissais pas, je n’aime pas trop me perdre dans les campagnes et là, je te jure que c’est un grand carré d’herbes bien vertes. Après avoir demandé trois fois mon chemin, je vois des dizaines de voitures garées le long d’un chemin. Je me dis, c’est là. En effet. Une fermette et tout autour, de l’espace, avec des prairies…Une ambiance de village, des hommes et des femmes qui tripotent des barbecues…On vend des sandwichs, des saucisses, des frites. On boit du vin, de la bière. Des petits stands où des artisans proposent des produits locaux, des confitures, des flamiches, des coussins au patchwork, des aquarelles. On rigole, on boit. Beaucoup de gens se connaissent, ce sont des voisins, des cousins à la trente- sixième boutonnière…Je m’enfile un sandwich avec deux saucisses et plein de moutarde et je demande si c’est bien d’ici que part le groupe de solexistes. Alors, oh surprise…Non, ce n’était pas ici, non, on ne comprenait pas ce que je voulais dire…Zut et tant pis, je tourne autour des stands tout l’après-midi, j’achète des bricoles, je bois quelques bières. Au soleil, je me sentais bien. Je ne connaissais personne mais je disais bonjour, je souriais et les gens me répondaient. Sympathiques. Le soir, je rentre chez moi. Je râle un peu car les solex, j’aurais bien voulu les caresser, les essayer…

Le lendemain…

— Un lundi alors ?

— Bien, Christine ! Le lendemain, boum, ça commence à se bousculer dans ma tête…Je repense à ce lopin d’herbes vertes et une histoire se pointe…Ça ne m’arrangeait pas vraiment car j’avais commencé l’écriture d’un roman « Mademoiselle Lucas ». Dans ce roman, une jeune fille raconte son histoire et relit des pages de son journal intime, journal écrit d’une façon assez surréaliste. Et alors, impossible de me contenir, je lâche l’écriture de « Mademoiselle Lucas » et je commence l’histoire de ce roman que tu tritures entre tes mains, Christine Brunet.

— J’anticipe…Et cette écriture surréaliste employée pour le journal intime devient l’écriture de ta nouvelle histoire, c’est bien ça Carine-Laure ?

— Tu comprends tout, et vite ! Oui c’est ça…Dans ce grand jardin de je ne sais plus quelle rue de Momignies, j’ai imaginé des enfants venus de toutes sortes de foyers, des enfants abandonnés, des laissés-pour-compte. Deux monitrices —des fées— comme je les surnomme, initient ces enfants à la vie et au bonheur…

— Carine-Laure, excuse-moi mais tu sais que je n’y vais pas par quatre chemins…Ton écriture est bourrée de métaphores, on dirait que tu as inventé un langage…Pour un peu, je me suis sentie au beau milieu d’un livre très spécial…  « Les champs magnétiques » d’André Breton…

— N’exagère pas…C’est vrai qu’il faut respirer après chaque page, c’est un conte surréaliste écrit d’une façon surréaliste et…

— Tu as retravaillé ton texte ?

— Presque pas, justement, c’est du brut de brut ! L’histoire s’est écrite en quelques semaines mais j’ai hésité longtemps avant de la présenter à notre éditeur !

— Tu craignais ? Et je ne dis pas ça en rigolant, crois-moi !

— Oui, je craignais ! Qu’on ne me comprenne pas…Cette histoire se lit comme on lit une longue poésie, en laissant aller son imagination, alors…

— Carine-Laure, pourquoi as-tu laissé les versos tout à fait vierges ? Tu n’aimes pas les arbres ?

— Je m’attendais à cette question ! J’ai voulu que le texte soit aéré et

— Ça c’est réussi ! Au fait, pourquoi les prénoms des enfants sont-ils des noms de…

— Je t’interromps pour ne pas que tu dévoiles tout ! Les prénoms des enfants ? Je voulais qu’aucun enfant du monde ne soit oublié…

— Carine-Laure, merci à toi ! Voici un livre qui ne laissera pas indifférent les amoureux des beaux contes à l’écriture plus que surréaliste…Je relis ta quatrième de couverture : une écriture étonnante et chantante, ça pourrait être de la peinture abstraite, mais avec une belle densité d’images et de couleurs. Un certain temps pour se remettre les idées en place et les mots à l’endroit dans la tête. Heuuuu, je confirme !

« Les enfants du Grand Jardin »

http://carinelauredesguin.over-blog.com

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Publié dans présentations

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La Zone, un texte de Claude Colson

Publié le par christine brunet /aloys

claude colson-copie-2

 

LA ZONE

 

Elle se tenait là, devant cette vision insolite : deux bagnoles cramées dans un quartier sordide, une rue vide aux façades tagguées,
peinturlurées. Ca dégageait une atmosphère presque irréelle.

La laideur, elle pensait.

Oui , la laideur des hommes. Cet aspect particulier mais incontournable de leur être.

Ici, c'était comme si la laideur était objectivée car les "sujets" n'étaient pas là. La rue était déserte.

Elle avait oublié le quartier de banlieue qu'elle venait de traverser, le contexte de ces vies confinées, condamnées au ghetto, l'incapacité
des hommes à mieux se partager les richesses de la terre.

Non, elle ne voyait plus que le produit de ce système, là devant elle : la noirceur du mur et les bagnoles rouillées.

Et elle, ne voyait plus que les hommes tels qu'ils sont et resteront de toute éternité : moches.

Elle n'oublierait plus ces voitures qu'elle apercevait du trottoir opposé dans le cercle déglingué, rouge vif, d'un débris de cabine téléphonique au premier plan de son champ de vision : celle-ci était à jamais dans sa mémoire.

 

Les tigres n'avaient plus qu'à sauter dans le cercle de feu.....

avant la tuerie.

http://claude-colson.monsite-orange.fr

 

Lena C. Colson

Publié dans Textes

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Carine-Laure Desguin a lu " Bientôt les jonquilles" de Marcelle Pâques

Publié le par christine brunet /aloys

desguin

 

 

« Bientôt les jonquilles » de Marcelle Pâques

Editions Chloé des lys, 2012

ISBN 978-2-87459-650-6

 

« Bientôt les jonquilles », c’est un éventail de ressentis. Danshttp://www.bandbsa.be/contes3/bientotjonquilles.jpg le jardin de son imaginaire, l’auteur décline à chaque page un sentiment d’une couleur différente et chacun de nous se retrouvera dans l’un ou l’autre de ces textes.

Des mots qui chantent, parfois…  « Qu’ils aillent se faire lonlaire.. »

Poésies féminines : « Elise tourne la page

                                      Et libère ses passions »

Poésies de la pluie et du beau temps : « Les cigales applaudissaient… »

Poésies qui bousculent : « Oser les chemins de traverse»

Poésies pleines d’humour : « La pie étourdie s’offre un dernier ver »

 

Si l’hiver se traîne et n’en finit pas, je vous conseille d’ouvrir ce recueil de poésies. Ces pages vous offriront une bonne rasade d’un renouveau, une décharge d’oxygène et vous vous sentirez pousser des ailes. Les libertés sont là, du côté de la page 21…

Et ne vous inquiétez pas, « bientôt les jonquilles » !

 

Carine-Laure Desguin

http://carinelauredesguin.over-blog.com

              

 enfantsjardinr

Publié dans Fiche de lecture

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Est-ce que ce monde est sérieux ? de Philippe Leclercq... un extrait...

Publié le par christine brunet /aloys

couverture3

 

Extrait du livre 


Assain frappe, comme un malade, dans le sac. Il décoche des coups de butoir dans cette saucisse obèse qui encaisse mollement. Il la fait tellement balancer, qu’elle gémit par l’anneau métallique qui la fixe au plafond.

Ça décuple son ardeur.

Il s’imagine qu’il cogne Sauveur, qu’il lui éclate sa petite gueule lisse et bien élevée. Les grincements du sac qui oscille deviennent des cris de supplication sous ses poings déchaînés.

Là, il vient de se taper trente minutes de corde 2x360 grammes, quinze minutes de  rameur à 150 watts, vingt minutes de musculation et trente secondes de Waow…

Me demande pas ce que c’est, je sais pas.

J’ai pêché ça sur le net.

Coco, l’entraîneur des boxeurs, le regarde à la dérobade depuis quelque temps. Qu’a-t-il donc à se démener ainsi ?

Son poulain, un déménageur de vingt-neuf ans, trois fois champion de la province, deux fois finaliste du tournoi des Jeunesses Nationalistes et cinq fois gant d’or à la kermesse aux Taureaux, enjambe les cordes et monte à l’instant sur le ring.

Il est beau comme un tracteur propre. Fier comme Artaban. Il semble très content d’être une brute, une plante ou une machine. Il fait rouler ses pectoraux en les contractant tour à tour.

Coco lui glisse deux mots pour le faire patienter. Il se dirige vers Assain, toujours en grande explication avec la vessie en cuir. En arrivant à sa hauteur, il risque de se prendre une droite enroulée destinée au sac.

Oh ! Marc ! Qu’est-ce qui te prend ? T’as trop de jus ce soir ?

L’inspecteur dégoulinant de sueur s’arrête, surpris d’être surpris. Il fait oui du nez, en se mouchant dans son gant.

Ok, j’aime ça. Eh bien, viens sur le ring, Manu a besoin de s’échauffer les poings…

Chouette ! Il en a marre de ce cadavre en couenne, incapable de riposter.

Cinq secondes plus tard, voilà les deux déréglés de la castagne face à face sur le ring. Ils ont enfilé le casque, tout de même.

Totalement inconscient, le flic se met en garde.

Je vais pisser un coup, lance Coco.

Puis, à son poulain.

Ne me l’échine pas trop, hein ?!

Et il disparaît en direction des waters.

Le gars, le Manu, il ne se méfie pas du tout. Pourquoi devrait-il, d’ailleurs ? Le poulet, n’est même pas boxeur.

A sa place, je me méfierais. Ce soir, le poulet est piqué aux hormones, élevé à la haine, aromatisé à la bave de venin de crotale.

Manu commence prudemment. Il lance quelques petits pif paf pas bien méchants. Assain fait un pas de retrait et lui gicle un jab sur la joue. Sans attendre, il plie les genoux, se casse en deux et lui décoche un droit fusé aux côtes flottantes.

Tu vas en baver, Sauveur ! lance-t-il.

Sauveur ? Mais qu’est-ce qu’il raconte, il s’appelle Manu, le gars.

Comme il se redresse pour préciser ce détail, futile, certes, mais identitaire, il se prend un slash du gauche, suivi d’un crochet du droit, ponctué d’un direct swingué à la mâchoire.

Ça va pas, non !

Attention, le champion prend la mouche ! Ça va chier pour le chieur ! Il entre dans le combat, fait la feuille face au prétentieux.

Mais Assain est intouchable, aujourd’hui. Un extraterrestre ! Le flic se figure, dans sa hargne héritée d’une journée de merde, qu’il est face au Médiateur Fédéral. Il va enfin pouvoir se libérer des multiples frustrations engrangées à son contact. Il n’a qu’une idée en tête : trouver une entrée dans la garde de son adversaire, lui bousiller les narines, tout en se réservant une sortie en cas de réplique.

Il se met à gesticuler du buste, comme Mike Tison, en avançant finement. D’un coup fulgurant, il lui décoche un uppercut du gauche qui lui décolle la sueur des cheveux, puis finit du droit avec un swing nucléaire au nez, qui explose sous le gant.

Bordel, Manu, qu’est-ce que tu fous ?

C’est Coco, de retour des chiottes.

Il n’en revient pas de voir son poulain à genoux, pisser le sang par les narines. Il est fou, ce type, il lui a esquinté son champion !

Assain est debout, en garde, fier d’avoir terrassé le champion de pacotille.

Il entend à peine les récriminations de l’entraîneur. Rien à foutre ! Il se glisse sous les cordes, sort du ring.

Ah ! Ça fait du bien !

Sans écouter les jérémiades de l’un et les imprécations de l’autre, il se dirige vers les douches.

« Ouf ! Ça va mieux, maintenant ! »

 

Il est déjà lavé, habillé et prêt à partir, que Coco est toujours en train de soigner le pauvre Manu, avec moult coton-tiges, pommade et glaçons…

Il est bien.

Soulagé.

Faut pas l’emmerder, Rhésus ! Quand il perd les deux, trois neurones qui lui donnent figure humaine, il devient une bête, une machine à démolir.

Vivement qu’il rentre chez lui !

Sa petite femme l’attend, toujours prête à lui éplucher la carotte, à l’accueillir généreusement entre ses jambes galbées. Il accélère…

Rien de tel qu’une bonne femme à la maison, à demeure. Toujours sous la main. Dès qu’il pointe le capot de la Mégane dans la rue, elle reconnaît le moteur et commence à se préparer. Rhésus adore la trouver à la cuisine, occupée à préparer le repas. Invariablement, elle a les fesses à l’air sous son tablier. Il doit à peine en écarter les pans pour glisser son boa brûlant entre les deux globes chauds.

Quel pied !

Ce qui l’excite le plus, c’est qu’elle continue de travailler, comme s’il n’était pas là. Il en fait ce qu’il veut, elle est à son service, comme une employée de maison, depuis des années.

Depuis des années…

Il la voit encore, la première fois qu’il l’a amenée chez lui. Il a dû tout lui apprendre. Elle ne parlait presque pas. Maintenant non plus, d’ailleurs.

Depuis, elle ne l’a jamais quitté.

Elle n’a pas intérêt.

 

Philippe Leclercq

Photo couverture leclerc

 

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Très bonne année 2013 !!!!!

Publié le par christine brunet /aloys

 

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Je vous souhaite une excellente année 2013 !

Santé, prospérité, succès littéraires...

 

Merci de votre fidélité à Aloys !


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Le retard, une nouvelle de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

boland photo

 

LE RETARD

 

Il s'appelait Sébastien, il avait douze ans et commençait son cycle secondaire. Tous les samedis matin, il venait à la maison. Mon fils Thierry, qui étudiait l'orthophonie, l'avait rencontré chez les scouts. Thierry avait été affolé par le niveau d'orthographe du gamin et s'était proposé pour lui donner quelques cours.

 

Ce samedi-là, Sébastien arriva à l'avance. Thierry qui était parti acheter du pain chez un boulanger situé à l'autre bout de la ville, n'était toujours pas de retour. Le trajet ne devait normalement pas prendre plus de vingt minutes au total mais je reçus un SMS : "Bouchon. Accident sur périphérique. Préviens Seb"

 

Hélas, Sébastien était là et bien là ! Assis dans la cuisine, il se tortillait sur sa chaise en me regardant repasser des chemises. Je dis : "Thierry sera en retard. Il y a un problème sur la route. Tu veux un livre pour passer le temps ?"

 

Sébastien me dévisagea : "Oh non. Ma mère me dit toujours de lire mais je n'aime pas lire. Je vais rentrer chez moi. Tout ça ne sert à rien. Mon année, elle est ratée de toute façon."

 

Je dis : "Rien n'est joué."

 

"Oh si. Maman et Papa le disent. Personne n'y croit…"

 

Tout le désespoir que je devinais au-delà des mots, me poussa à abandonner mon travail et à m'asseoir près de lui. D'abord, je l'écoutai. Il n'exprimait que son impuissance face à la machine scolaire. Puis je tentai de lui remonter le moral. Mais quels mots utiliser face à toute cette détresse ?

 

Finalement, pour lui changer les idées, je me décidai à préparer un gâteau. Il cassa les œufs, pesa la farine et le sucre. Oui, j'agis simplement avec lui comme je l'avais fait avec Thierry et ma fille. Tout en mélangeant les ingrédients, nous parlions de choses et d'autres. Le chat dormait dans son panier, la radio nous enrobait d'un léger fond musical.

 

Vaille que vaille, il avait écrit la recette demandant mon avis quant à l'orthographe de tel ou tel mot. À chacun de ses doutes, j'avais répondu par les vieux trucs que j'utilisais jadis pour m'y retrouver parmi les règles. Le résultat final fut moins catastrophique que prévu. Je le félicitai de bon cœur. Et comme Thierry se faisait toujours attendre, Sébastien était rentré chez lui, plus heureux qu'il n'était arrivé. Déterminé à confectionner un gâteau quatre quarts avec sa mère.

 

 

Micheline Boland

http://homeusers.brutele.be/bolandecrits/ http://micheline-ecrit.blogspot.com/

M Boland Nouvelles à fleur de peau

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Journal de bord... Hugues Draye...

Publié le par christine brunet /aloys

 

H.draye

 

journal de bord, samedi 20 octobre 2012
 
"Le chef, c'est le chef !"

En ces termes (très carrés), mon frère m'a souvent parlé, quand nous étions ... ados. Faut dire : à quatorze ans, déjà, il travaillait, les week-ends, dans le cadre de ses études, dans des restos, dans des hôtels. Forcément, il en a rencontré, des chefs (des sympas, des moins sympas, des tyranniques) et il essayait de se retrouver dans ce bordel.

"Le chef, c'est le chef !"

Faut reconnaître : y a une part de vrai, dans ce slogan, contre lequel je me bats quand même, la plupart du temps.

"Le chef, c'est le chef !"

Tiens, j'ai encore une anecdote à raconter.

Le chef principal de mon boulot (qui va d'ailleurs partir dans deux s'maines) s'amène près de moi (j'étais en train de trier mon courrier, sur mon espace), GSM à l'oreille, en pleine conversation. Pendant ce temps, il alterne et me dit, de vive voix : "Y a eu une plainte au 298 chaussée d'Ixelles". Le temps que je me concentre un peu, je tente de lui dire : "Oui, lle client de cette maison ...", mais voilà, il ne semble plus écouter, tant il semble absorbé par la communication du gars, à l'autre bout de son GSM, qui, j'imagine, développe sa plainte.

Mais le chef reste là. Il continue (pendant sa communication) à me regarder dans le blanc des yeux, afin que je lui donne une réponse, le plus rapid'ment possible. J'aime pas ça. Parler à quelqu'un (qui parle en même temps à quelqu'un d'autre), ça a le don d'épuiser mes nerfs. Mais bon, il insiste, le chef, il en a sans doute l'habitude.

Voilà, je trouve une argumentation correcte. J'étais parfait'ment au courant du changement d'adresse, trois semaines auparavant, j'en avais eu la nouvelle, je l'avais enregistrée. Mais voilà : par la suite, dans les deux semaines qui ont suivi, j'ai été malade (j'ai du demander une semaine) et j'ai ensuite eu une semaine de 4/5ème, donc c'est le facteur relmplaçant qui, en toute logique, a commis les gaffes.

Le chef, qui ne pard pas le nord, en profite donc, tout en alternant sa communication téléphonique avec le plaignant, à fouiller, sur mon emplacement, pendant que je travaille, pour pointer le numéro de boîte du plaignant, à fouiller, oui, parmi toutes les lettres que j'ai déjà classées (à cet endroit), pour voir si il n'y aurait éventuell'ment pas une erreur sur laquelle il pourrait mettre le doigt.

Oh, que je n'aime pas ça !

Je vis cet instant comme une intrusion. Ca me fout les boules. Mais ... jusqu'où puis-je me révolter ?

Quand le chef a raccroché, je lui montre, sur mon emplacement, l'endroit précis où je dépose les lettres qui doivent être expédiées à une nouvelle adresse. Et il s'en va.

Le pire, c'est que je ne suis jamais certain, lorsque je m'exprime, lorsque je réponds, lorsque je prends la peine d'expliquer ce qui se passe (oui qui s'est passé), d'être vraiment entendu, écouté. Mais bon, je me trompe peut-être. Mais bon, mon état de stress facilite peut-être ma perception.

Quelques jours plus tard ...

Au bureau, pendant qu'on trie, le chef, comme tous les matins, fait sa ronde et va dire bonjour à tous les facteurs. Evidemment, je n'échappe pas à la règle. A peine m'a-t-il serré la main qu'il entre à nouveau dans le territoire où je trie et se dirige ... vers l'endroit où je dépose les lettres que je compte réexpédier aux adresses des gens qui ont effectué un changement d'adresse (tiens, il s'est tout à fait souvenu, tiens, il a noté ce que je lui avais dit), et s'apprête à refouiller (évidemment, il ne trouve aucune pièce à conviction et il s'en va aussi vite qu'il n'est arrivé).

Je vais éclater.

C'est dur de se sentir fouillé, suspecté, inspecté. De quel droit, bordel ? Est-ce que je me permets, moi, d'aller dans son bureau et de fouiller dans ses papelards ?

"Le chef, c'est le chef !", me resservirait, sans doute, mon frère.

J'arrive pas à intégrer ce genre de slogan. En quoi est-il plus haut que moi, dans l'absolu, ce chef ? Non, pas d'accord. Il exerce une fonction déterminée, qui a sa place dans l'entreprise. Et contribue à l'ordre dans cette même entreprise. Quant aux facteurs, ils exercent aussi une place déterminée dans cette entreprise, ils contribuent aussi, par leur action (eux qui, chaque jours, sont sur le terrain) à l'ordre de l'entreprise.

Alors ?

Le chef, de par sa fonction, a certains droits, oui.

Mais ... venir comme ça, rentrer sans demander la permission dans le territoire des facteurs, à mes yeux, c'est de l'irrespect, c'est de l'intrusion.

Et je me demande encore si, compte tenu de ses droits, il agit règlementairement lorsqu'il procède de la sorte.

Je ne tarderai pas à m'informer.

 

 

Hugues Draye

facteur (1)

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Joyeux Noël à toutes et à tous !!!!

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

 

 

 

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Un extrait de L'Elitiste, de Jean-Claude Texier

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

elitiste

 

UN EXTRAIT DE L’ELITISTE

 

Récité et mimé par Jean-Claude Texier sur YouTube yt.cl.nr/A2PV1RrGEgU.webloc

 

Roméo de Rivera, proviseur du lycée Édith Cavell dans une banlieue chic de la région parisienne, est entré en conflit avec la belle l’infirmière scolaire résidente. Son fils Félix, surnommé Le Chat en raison des moustaches dont il s’affuble durant les cours, a résolu de la venger.

 

Le lendemain, dans l’ascenseur réservé au personnel résident, Roméo fit la sinistre découverte d’un graffiti menaçant, l’esquisse d’une tête de chat moustachu avec ces mots en majuscules :

LE CHAT SAIT TOUT, VOIT TOUT ! LE CHAT EST PARTOUT !

En guise de signature, une griffure à quatre traits courbes avait éraflé la peinture.

Il sortait furieux de l’ascenseur quand il se trouva nez à nez avec un autre avertissement, sur le mur à gauche :

ROMEO, LE CHAT AURA TA PEAU !

Il entra en coup de vent dans son secrétariat et sans saluer Mlle Dombasle qui venait d’arriver lui lança :

« Convoquez-moi Félix Pervanche, Seconde E, tout de suite à mon bureau.

— Oui, Monsieur le Proviseur, l’élève sera averti dès que les surveillants seront là.

— Ils devraient déjà être là, il est huit heures moins dix, dit-il impatiemment. Cherchez-en un et prévenez-le. Avertissez Desforges d’effacer d’urgence les graffitis dans l’ascenseur.

— Oui, Monsieur le Proviseur. Tout de suite Monsieur le Proviseur. Cela va aller, Monsieur le Proviseur. »

Cette dernière phrase, dite avec finesse, d’une voix douce, était la formule qu’utilisait la première secrétaire lorsqu’elle pressentait la venue d’un orage. Elle visait à calmer les nerfs à vif de son chef et ménager son humeur dépressive en affirmant que la journée se passerait bien.

Elle trouva Pablo, un jeune Portugais, qui mettait en ordre son bureau dans la salle de Régine Putois, et l’envoya aussitôt à la recherche de Félix.

La sonnerie venait de retentir lorsqu’il atteignit la salle 22O, au deuxième étage. La classe était devant la porte, prête à entrer en cours d’anglais à l’arrivée de Mme Simone Etourneau, surnommée « En voiture Simone ! » en raison de son addiction aux sorties théâtrales en autocar. Il aborda un garçon mâchant du chewing-gum, nonchalamment adossé au mur.

« Félix, le proviseur te demande à son bureau immédiatement. »

L’autre ramassa en maugréant son sac couvert de gribouillis illisibles.

« Qu’est-ce qui’m veut encore c’con là ?

— Soyez respectueux, s’il vous plait, et dépêchez-vous ! »

Il s’éloigna en traînant les pieds. Arrivé à proximité des toilettes, une odeur d’urine lui rappela que Roméo privilégiait le nettoyage des classes et des bureaux à partir de sept heures, ce qui repoussait celui des sanitaires à 1O heures, moment où chacun en avait le plus besoin. Comme guidé par cette odeur, il bifurqua vers l’entrée où s’affairait une femme de ménage, et alla jeter dans la poubelle du fond deux objets de son sac. Puis, comme à contrecœur, il prit le chemin du hall, sans se hâter. Le concierge, toujours à l’affût derrière sa vitre, le regarda curieusement passer, pressentant quelque incident.

Il atteignait la grande porte du bureau du proviseur lorsqu’elle s’ouvrit brusquement et Roméo, le visage de marbre, l’invita à entrer. Debout au milieu du tapis à arabesques, il l’admonesta vertement.

« Alors, monsieur Pervanche, on recommence à faire des siennes, on dégrade les murs, on écrit des graffitis insultants à mon égard dans l’ascenseur ? »

Une colère mal contenue perçait dans ses paroles. Il le sentait prêt à éclater d’un instant à l’autre, ce qui n’était pas sans lui plaire, car il aimait faire enrager l’autorité.

Il ouvrit de grands yeux, avec la feinte surprise d’un garnement dès longtemps exercé à esquiver les remontrances sous le masque de l’innocence.

« Moi M’sieur ? Mais j’ai rien fait, M’sieur, j’vous jure. »

Roméo le toisa comme un boxeur mesurant l’envergure de l’adversaire qu’il se prépare à mettre K.O.

« Tu n’as rien fait, hein ? Viens avec moi ! »

Et il l’entraîna vers l’ascenseur, où il lui montra les signes du passage du Chat.

Roméo le toisa comme un boxeur mesurant l’envergure de l’adversaire qu’il se prépare à mettre K.O.

« Tu n’as rien fait, hein ? Viens avec moi ! »

Et il l’entraîna vers l’ascenseur, où il lui montra les signes du passage du Chat.

« Et ça, ce n’est pas toi qui l’a fait, peut-être ? »

Sa voix se faisait plus menaçante.

« Non, m’sieur, c’est pas moi. J’fais pas d’graffitis.

— Ah non ? Et ça, ce n’est pas toi non plus qui l’a fait ? »

Et il lui montra l’écriture sur son sac.

« Ça oui, M’sieur, pour décorer. Mais vous voyez bien, j’écris jamais en majuscules !

— Ne joue pas au plus malin avec moi ! Ouvre-moi ce sac ! »

Il étala sur le sol ses cahiers et ses livres, dont celui d’anglais, VOICES, était orné d’un décor baroque tracé à la plume, sa trousse de toile, noire de dessins et de numéros de téléphone, des gommes et des crayons, un effaceur, une règle en fer qu’il laissait tomber à des moments choisis des cours, un téléphone

portable bleu, cadeau d’anniversaire de sa mère, des tablettes de chewing-gum, des porte-clefs, un tube de rouge à lèvres, offert par une admiratrice, une fausse moustache dont les poils rigides s’étalaient en éventail.

Roméo s’en empara.

« Et ça, fit-il triomphalement, « c’est pas ton chat favori, peut-être ?

— Oh ça m’sieur, c’est pas méchant, » rétorqua l’autre sans se démonter, « c’est pour faire marrer les copains, j’suis pas l’seul à rigoler, y’en a qu’ont des faux nez, des fausses lunettes, des faux dentiers… »

Roméo l’interrompit brutalement.

« Ça suffit ! Où est la fourchette ? »

Il joua l’étonné.

« La fourchette ? Quelle fourchette ?

— Celle que tu utilises pour faire le coup de griffe, et le marqueur indélébile qui va avec. Car c’est bien toi, tu le reconnais, qui as fait cette trace sur le mur, et ces graffitis dans l’ascenseur ? »

Félix tomba des nues.

« Moi ? Mais pourquoi moi ? J’sais même pas d’quoi vous parlez. D’abord, j’prends jamais l’ascenseur. Ça m’donne le vertige. J’vais plus vite à pied. »

Quand Roméo vit qu’il n’en tirerait rien, il le ramena dans son bureau, le fit asseoir devant lui.

« Puisque tu ne reconnais pas l’évidence, je suis obligé de faire un rapport sur ces incidents, y compris les graffitis de la salle 1O9, sur lesquels j’étais prêt à passer l’éponge… »

Se rendant compte, après coup, qu’il avait été drôle par inadvertance, il se rattrapa de justesse :

« Si l’on peut dire ! Mais je ne donne pas cher de ta peau si tu ne reviens pas sur tes déclarations. Et je plains ta maman. »

En cela, il était sincère. Roméo éprouvait toujours une vague pitié pour les futures victimes qui avaient osé le défier. Pourtant, l’idée qu’il pourrait mieux toucher la mère en perdant le fils, lui plaisait et amenait sur ses lèvres un fin sourire démentant ses paroles.

Copyrights, Editions Chloé des Lys 2012

 

Jean-Claude Texier récite et mime ce passage de L’Elitiste sur YouTube. yt.cl.nr/A2PV1RrGEgU.webloc

 

P1070295

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Un cadeau pour Noël, un conte de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

 

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UN CADEAU POUR NOËL

 

Luigia vivait près de chez nous. Elle était très vieille. Elle était propriétaire de la plus petite maison du quartier. L'année où Mario, le mari de Luigia, décéda, son chien, Liberta, mourut lui aussi. Dès lors, l'on vit de moins en moins souvent Luigia se promener dans la rue. On ne l'entendit plus chanter "Bella ciao" tandis qu'elle travaillait dans son potager ou posait son linge pour qu'il blanchisse sur la pelouse. On ne vit plus d'anciens collègues de Mario et leur épouse venir jouer aux cartes chez elle. Pour Noël, comme la plupart des habitants du quartier, mes parents avaient pour habitude de décorer la maison mais aussi le jardin. Luigia n'en fit rien. Ma mère savait que la vieille dame, qui ne prenait des vacances qu'en automne, n'irait pas retrouver son fils, sa bru et ses deux petits-fils en Italie.

 

Ma mère décida donc d'inviter Luigia à goûter le 25 décembre. Luigia accepta. Comme nous, elle mangea du cougnou et un reste de bûche. J'avais huit ans et je ne pus m'empêcher de parler de notre réveillon, du délicieux repas préparé par Maman, des cadeaux trouvés sous le sapin.

 

Luigia ne dit rien mais je vis quelques larmes dans ses yeux. J'eus alors l'idée d'aller chercher dans ma chambre la peluche reçue de ma grand-tante. C'était un cadeau somme toute assez ordinaire mais je lui offris pensant que cela comblerait le vide laissé par Liberta. Je l'imaginais accueillir la peluche dans son lit ou dans son fauteuil comme moi-même je l'aurais fait.

 

Quelques jours plus tard, Luigia nous invita pour à goûter à l'occasion de la Befana. Je vis alors la peluche dans la vitrine parmi les souvenirs de mariage, de communion, de baptême.

 

 

Micheline Boland

Son site : http://homeusers.brutele.be/bolandecrits/
Son blog : http://micheline-ecrit.blogspot.com/

9782874593581 1 75

 

Publié dans Nouvelle

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