Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Chantal Parduyns et son second roman, Ariane.

Publié le par christine brunet /aloys

http://www.bandbsa.be/contes/parduyns3.jpg

 

Qui est Chantal Parduyns ?

Née en 1959, elle est romaniste de formation. Depuis plus de vingt ans, elle partage son temps entre son métier de formatrice pour adultes et sa vie familiale. Passionnée par les histoires depuis qu’elle sait lire, elle entame en 2003 l’écriture d’un premier roman : « Athéna », qui sera publié aux Editions Chloé des Lys. Et les autres vont suivre : « Ariane », « Sélavy », « Le voile et l’alambic », « Rencontres du métro-type ».

 

http://www.bandbsa.be/contes/arianerecto.jpg

 

Deuxième roman et toujours ce plaisir d’écrire qui transparaît à chaque page. Encore une fois, l’auteur vous propose un voyage imaginaire dans un univers un peu particulier. Ne craignez rien, cette histoire est une fiction. Qui a dit que la fiction est souvent proche de la réalité ? Le Temple du Secrétariat et de la Traduction est une école renommée et tous les parents rêvent d’y inscrire leur enfant. Mais les incidents étranges se multiplient et éveillent dans l’esprit de tous inquiétude, incompréhension et … angoisse.

 

Pour planter le décor…

 

Toujours le même cinéma ! Ils arrivent en maîtres absolus sur le marché des élèves. Leur arrogance naturelle est assise sur leur ancestrale réputation de supériorité ; elle énerve, agace, horripile mais n’est jamais ouvertement contestée. Ils s’emparent des résultats aux tests de compétences, les parcourent rapidement et pointent les meilleurs. Ils choisissent ainsi leurs élèves, ceux qui leur semblent les plus doués, les mieux intégrés dans le processus scolaire. Ils nous snobent, nous laissent leurs déchets d’un air souverain et regagnent leur école d’ivoire avec leur butin. Quelques mois plus tard, condescendants, ils nous invitent, Ariane et moi, pour ramasser les miettes de leur système d’éducation élitiste et borné. Et des miettes gratouilleuses dont ils ne savent que faire, il y en a ! Des élèves qui se sont découvert un côté artiste, rebelle, autonomiste au contact des Professeurs ; des élèves qui refusent leur enseignement rigide et normatif ; des élèves qui ne réussissent pas à suivre le rythme d’apprentissage et qui ne jouissent pas du privilège d’avoir un Nom ou des Parents.

Et nous accourons toutes les deux, notre amour propre bien calé au fond de nos tripes. Nous ramènerons dans notre institut les rebuts de nos estimés Collègues. Aux parents désappointés, nous expliquerons que notre formation est d’une qualité équivalente, mais que notre pédagogie prend en compte le rythme et les difficultés de chacun. Notre discours est vrai !

Mais les pauvres parents déçus, obnubilés par le mur de l’échec, l’entendront à peine. Poliment, ils feront semblant d’y croire ; résignés, ils confieront leur enfant inapte à notre sous-école. Nous nous retirerons sur la pointe des pieds avec ces nouvelles recrues.

Nous les emmènerons et nous veillerons sur eux. Nous écouterons leurs peines, leurs doutes ; nous leur donnerons des mots pour qu’ils se réconcilient avec leurs insuffisances ; nous leur prêterons nos yeux pour qu’ils voient leurs potentialités ; nous leur offrirons des plumes et des crayons pour qu’ils dessinent leur avenir. Bref, nous leur apprendrons à s’aimer. Ils s’attacheront à nos murs sales, tagués, usés mais si protecteurs ; ils se feront un petit trou dans notre nid pourtant pas très confortable et y développeront leurs talents retrouvés.

 

Voilà le monumental portail du Temple de l’Elite ! Une devise le surplombe : « Condimus ut mundum restituatis » 1 que nous aimons trafiquer, avec une ironie sauvage, en « Condite et restituite »2.

Un large ruban de crêpe noir rappelle qu’un élève est décédé dernièrement. Un étrange drame... Un jeune est tombé d’une fenêtre du troisième étage et s’est écrasé sur le trottoir du jardin intérieur. Ariane et moi n’avons jamais su les circonstances exactes de l’accident. Qu’un tel fait divers puisse avoir le Temple pour cadre nous semble encore inconcevable !

Bon ! Notre supplice commence ! La vie n’est pas toujours rose, parfois des corvées incontournables s’imposent. Heureusement, nous sommes deux pour les affronter. Ils sont deux aussi, les lourds battants sculptés qui défendent l’entrée du Temple du Secrétariat et de la Traduction ; une clenche en bronze leur donne une touche cossue.

Publié dans présentations

Partager cet article
Repost0

La fenêtre d'en face, un texte de Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

 

desguin

 

La fenêtre d’en face

 

— Tu rigoles ou quoi ?

— Non, j’te jure, c’est la vérité ! Pourquoi j’inventerais une histoire aussi naze ? Le premier soir, j’ai pensé que c’était normal...enfin…heu…assez normal… Mais hier, toutes ces embrouilles m’ont paru un peu drôles, malsaines même ! Tu viendrais pas chez moi c’ soir, juste pour constater que je n’ai pas la berlue ?

Edwine prend la voix fragile de celle qui supplie et qui sait qu’elle gagnera la partie si, tenace, elle miaule encore deux ou trois mots. Pour se donner une contenance plus personnelle et plus féminine, elle accroche sa main gauche, celle tatouée de deux ailes et d’une serrure, à la tenture de velours coquille d’œuf, comme à une bouée de sauvetage.

— Et pourquoi voudrais-tu que ça recommence ce soir, baby ?  Jamais deux sans trois, c’est ça ?

— Rigole va ! Vous n’êtes bons qu’à ça vous autres les mecs ! Hier, c’était le deuxième soir que ce binoclard se penchait sur une femme, dans le même lit, à la même heure et que…et puis après je n’y ai plus rien vu moi, avec toutes ces lumières qui clignotaient et qui se reflétaient comme des farandoles en ombres dansantes sur les murs ! Et le pire, c’est que j’suis pas sûre que c’était la même femme !

— Tu crois pas que c’est normal ? C’est une vie de couple hein ça, ma puce ! Un homme, une femme aux mille visages, tous les soirs, dans le même lit , dagada dagada voilà les Daltooon !  Ҫa te fait pas penser à ce qu’un homme et une femme font ensemble pour tuer le temps, baby, juste comme ça, pour voir ? Et, de temps en temps, on change de gonzesse, voilà tout !

— Y’a du bizarre derrière cette fenêtre-là ! On aurait dit que ce petit gars trapu, chauve sur le dessus et…

— Et chaud sous le dessous !

— Oh ça va hein, laisse-moi parler, je voudrais bien t’y voir moi…témoin de quelque chose, tu comprends ? Je suis témoin de quelque chose et mon père est parti pour plusieurs jours !

En disant cela, Edwine appuie sur les deux syllabes du mot témoin, comme si en deux clics toute une  responsabilité mondiale pesait sur ses épaules !

Suspicieuse, la teenager de seize printemps jette un œil par la fenêtre du living-room; de l’autre côté de la rue, juste en face, derrière la grande vitre, une chambre presque banale : une commode avec dessus deux ou trois photos, un grand lit défait, une table de nuit, des peintures sur les murs, des étagères remplies de livres et, chose étrange, au moins trois espèces de lampadaires de hauteur différente.

Des objets sur un tapis ressemblent à des outils ou des couverts de cuisine. Edwine s’efforce de scruter dans le détail mais, bien que quelques mètres seulement séparent sa fenêtre de celle qui s’ouvre sur ce « reality show », la jeune fille emmitouflée dans un large pull -over bleu ne peut hélas rien discerner de plus spécifique.

— Tu crois quand même pas baby que le mec, il se penche sur la gonzesse et puis qu’il la découpe en petites morceaux ! Y’aurait des éclaboussures de sang partout sur les murs ! Et s’il les étouffait, tu imagines l’accumulation de cadavres dans cette geôle !

Ayrton adore ça, laisser patauger les filles, les faire languir. D’une oreille, Il écoute Edwine, sa meuf du mois, et de l’autre, il télécharge le dernier album de B.B.Brunes.

Entre deux phrases lancées à sa douce, il simule un « Y love love youuu », d’une voix   gutturale.

— Oh, te moque pas comme ça …Lundi soir, je me rendais pas bien compte…y’a pas longtemps qu’on habite ici mon père et moi…Et puis les fenêtres sont nombreuses en face d’ici, mon regard se perdait…Et puis t’étais pas là, mon Doudoune à moi..

Edwine espère que miauler encore une fois dans son gsm fera craquer ce bétonné de gamin.

— Ok baby, dans quelques minutes heure, je suis chez toi ! Ton père sera là, fidèle comme un chienchien pour sa fifille ?

Ayrton serre le poing, à la manière de celui qui a gagné un combat et mime un long  « ouaiaiaiais » qui veut dire   « ça y est, ce soir, c’est the soir » !

— Dis, tu m’écoutes pas hein toi ! Mon père est absent pour plusieurs jours ! Viens jusqu’ici, on n’sait jamais …si du sang éclabousse la fenêtre, tu me…

— Je te… serre très fort contre mes muscles pour que tes jolis yeux ne voient pas ces horreurs démoniaques…Bon, je saute dans le premier métro et j’arrive ma douce …

Ayrton, dans un seul élan, happe d’un seul geste un mp3, un blouson et, quatre enjambées et deux rames de métros plus loin, il est téléporté devant le 8, chemin du calvaire.

Quoiqu’ excité à l’idée de passer la soirée en tête-à-tête avec une créature ondulant de peur qui ne demande qu’à se jeter sur lui pour mieux se rassurer, Ayrton, bon prince, balaie du regard la façade d’en face couleur saumon  et identifie la dite fenêtre..La couleur de la façade le rend perplexe ainsi qu’une affiche punaisée juste au dessus de la boîte aux lettres.

 

Lui qui aime se donner des frissons en lisant twilight et d’autres lectures fantastiques, le moindre détail accroche son attention. Il se fait son cinéma… Au moment où il sonne au numéro 8, un bruit assourdissant de freinage. Qui résonne d’allure dans cette rue étroite. Une mercédès grise s’arrête. De laquelle se décapsulent quatre types aux épaules carrées…Les malabars  débarquent d’énormes cartons et les lancent dans la maison.

La voiture redémarre au plus vite. Ayrton tente de mémoriser le numéro de plaque. En vain.

— Entre !

— T’as vu ?

— Quoi ?

— Heuuu, des types viennent de rentrer chez les voisins d’en face et ils avaient …

— Ils avaient l’air de légionnaires échappés en pleine zone urbaine, c’est ça mon biquet ?

— Oui, si tu veux …tu les as vus ?

— Plus ou moins …La voisine vient de sortir d’ici, tu sais, une espèce de vieille institutrice à la retraite qui se prend pour « miss Marple ».Elle me demandait si je n’avais besoin de rien et si tout allait bien pour moi ; il paraît que mon père lui aurait demandé de me surveiller….En fait, c’était juste pour cafarder qu’elle avait vu des allées et venues suspectes dans la maison d’en face !

— Des choses suspectes ? interrogent le garçon qui, depuis qu’il a vu ces quatre sbires, pense plus à tous ces faits étranges qu’à balader ses mains sur …

— Oui, des choses bizarroïdes, des femmes au teint de porcelaine, avec des manteaux de léopard…

— Des fantôôôômes ? lance Ayrton en grimaçant, comme pour détendre l’atmosphère…

— D’après « Miss Marple », une dame seule habiterait en face…D’habitude, elle part tous les après-midi et revient très tard dans la soirée…Quelquefois, elle s’absente de chez elle pendant des semaines et des semaines …

— Et alors, c’est un crime ? demande le garçon en déposant à la volée blouson, mp3 sur un fauteuil, cigarettes et briquet sur un coin de la table…

Vas-y, installe-toi hein mon gars ! Tu veux pas des pantoufles et un verre de whisky par hasard, pendant que je gratinerais les chicons et donnerais ensuite le bain aux marmots ?

— Heuuuu, j’dis pas qu’non ma douce ! Tu réponds pas à ma question…C’est un crime de s’absenter? Elle est gonflée cette vieille instit ! Elle a dû en faire chier des gosses !

— Oh, parle pas comme ça ! Elle observe des choses, elle ! Comme moi d’ailleurs ! Et toi tu ne penses qu’à…

— Qu’à t’embrasser ma belle ! Depuis treize minutes et quarante secondes que je suis ici, tes lèvres n’ont même pas saliver sur les miennes !

Sur ces mots pleins d’adolescence, de cigarettes allumées dans les salles de cours, de musiques psychédéliques et de pilules contraceptives, les deux curieux disjonctent dans un entrelacement digne d’un film bolywoodien !

— Et c’est tout ce qu’elle t’a dit, la vieille ? susurre Ayrton, remontant à la surface  comme pour se donner bonne conscience.

Edwine, peu ébranlée par ces élans charnels mais  ruisselante de sueurs à l’idée que des faits pour les moins étranges et fumeux s’actionnent dans la maison d’en face rassemble ses esprits :

— D’abord, tu dis plus la vieille, ça m’agace ! Et en ce moment, tout m’agace ! Ensuite, ensuite et bien je sais plus, je sais plus!

La bimbo à la voix de gamine tape du pied, et perd ses moyens. Tout se bouscule dans sa tête…

Ayrton allume une clope et s’affale dans le fauteuil…

— On n’appellerait pas les flics ?

— Ҫa va pas non ? Une enquête, et hop, adieu toute ma p’tite culture de cannabis, envolée ! Et puis, même si des nanas se font écarteler en face de chez toi, qu’est-ce que ça peut te foutre ?

Assise sur un coin de la table, les pieds calés contre le dossier d’une chaise, Edwine reste perplexe devant la désinvolture de son copain. Elle plonge la tête entre ses mains, se demandant pourquoi depuis des mois, elle glande avec un type pareil. Son père avait raison !

— Et puis, continue le gamin de merde, tu imagines, si les sbires à la carcasse d’orangs-outans t’apercevaient …

— Ils sont sortis tout de suite et…

— Que tu penses ! Sont peut-être revenus…

— Pffff…

Après quelques gros mots, une pizza, des câlins et de nouveau des mots qui claquent, les deux ados sont là, lovés tous les deux contre l’appui de fenêtre, la tenture entrouverte. Edwine appuie contre ses orbites une vieille paire de jumelles, en se dandinant comme elle le peut pour écarter de son corps les mains baladeuses de son flirt.

— Voilà ! Ҫa recommence ! Une femme à moitié à poils sur le lit, le chauve commence ses saloperies….et oh, putain ! Il l’étouffe ! Il l’étouffe ! Il lui colle un oreiller sur le visage ! Il l’étouffe ! Ayrton, prends vite ça et vise un peu !

— Incroyable ! C’est mieux que la trois D dis donc ! La fille se débat comme une hyène ! Belle nana ceci dit ! Et merde, elle ne bouge plus !

D’un seul geste de rage, Edwine arrache des mains de l’inconscient la paire de jumelles.

— Le salaud ! Oh le salaud ! Mais, mais…la fille ….deux mains autour du cou de ce vieux salaud…ce sont les mains de la fille….Ils s’embrassent ! Et puis zut, je ne comprends plus rien à cet espèce de foutoir.

— Quel merde, je te jure que la nana, elle était comme morte, ses deux bras tout mous se balançaient dans le vide…ses yeux, j’ai pas su les voir mais je te jure, elle avait rendu son dernier soupir …..Ben mon bébé, ils ont des jeux pas trop catho tes voisins ! Enfin…ta voisine ….

— Ayrton, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? gueule Edwine, tapant des pieds, toute paniquée par ce qu’elle vient de découvrir.

Le couinement d’une clé dans la serrure. Les deux ados se regardent, s’accrochent presque l’un à l’autre, les yeux exorbités, les mains moites…

— Salut ma fille ! Tiens, bonjour, Glenn !

Ayrton et Edwinne  étourdis,  partagés entre soulagement et stupéfaction ne rectifient même pas…

Le père d’Edwine, tout content de revenir plus tôt que prévu à la maison, ne dit même rien, en constatant que durant ses absences, sa fille ne s’ennuie pas…

— A propos, lance-t-il avec de la fierté dans la bouche, tout en zieutant l’évier qui plie sous une tonne d’assiettes, de bols et de verres, j’ai une idée géniale pour rentabiliser nos prochaines vacances et se faire par la même occasion un peu de fric…

Enlacés contre l’appui de fenêtre, les cheveux ébouriffés, les vêtements chiffonnés, les deux jeunots attendent la soi-disant idée géniale.

— Pendant nos prochaines vacances, on pourrait louer cette maison, non ? Ben quoi, me regarde pas comme si je t’annonçais la troisième guerre mondiale ! Je viens de lire l’affiche sur la porte de la maison d’en face ! On recherche des maisons disponibles ! Pendant que les maîtres des lieux se la coulent douce sous le soleil, les orteils en éventail et le soda au bout des doigts, une équipe tourne un film entre leurs murs ! Génial ! Pour contacter le producteur, il y a un numéro de téléphone, j’ai tout noté.  En face, ils viennent de tourner un film, « Dix victimes sinon rien ! ». Génial ça ! Pas vrai, Glenn ?

 

 

Carine-Laure Desguin

carinelauredesguin.over-blog.com

http://www.bandbsa.be/contes3/enfantsjardinr.jpg

                                                                    

Publié dans Nouvelle

Partager cet article
Repost0

Un homme ridé qui fumait une pipe orange, de Laurent Nizette

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

 

laurent-nizette.jpg

Un homme ridé qui fumait une pipe orange.

Laurent Nizette

 

C’était bien avant d’avoir rencontré cette fille.

Bien avant que mes parents soient là.

Il y avait un vieux bateau bleu dans le désert.

Des gens dansaient toujours autour. Cela leur rappelait l’eau quand ils avaient soif.

Assis sur une rame peinte en rouge, un homme tout ridé fumait une pipe orange.

Vous le connaissiez cet homme ? C’était un personnage. Il voyait la vie en rose.

Il donnait des lunettes de couleur à tout le monde.

Il avait un secret. Vous voulez le connaître ?

Lisez encore un peu, ce n’est pas long.

J’ai eu peur un jour.

En ouvrant une porte.

Car derrière il y avait un homme tout gris.

Il avait toujours raison car il était toujours tout seul à parler.

Plus loin il y avait un autre homme d’une couleur étrange.

Il travaillait bien et beaucoup.

Toujours plus loin et plus haut on lui lançait le bâton.

Sans faillir, il le ramenait à chaque fois, jusqu’à…

J’ai continué et j’ai vu une femme jaune.

Elle était belle et fraîche.

Qu’est-ce que tu aurais fait avec elle ?

Moi je l’ai regardée.

Elle dormait de plus en plus. Lui avait-on trop parlé d’anciens contes ?

Oui, elle était triste.

Mais il y avait aussi cet artiste vert.

Il peignait encore et toujours.

Il montrait ses créations multicolores à qui voulait voir.

Peu de gens y trouvait un intérêt.

Alors le monsieur vert continuait de peindre.

Un peu comme cette femme mauve qui achetait toujours du parfum.

Elle voulait avoir moins peur de sentir.

Tous ces gens avaient besoin qu’un ami leur dise :

« Va rencontrer l’homme ridé qui fume une pipe orange et écoute-le ».

Même si toi, cher lecteur, tu n’as pas d’ami, je suis là pour te le dire.

Va écouter ce personnage tout ridé ! Mais termine de lire avant.

Quand tu t’assoiras sur sa rame rouge à côté du bateau dans le désert.

Il te répètera sans cesse :

« Il n’avait pas besoin d’une promotion, ni besoin de sentir bon.

Aucune nécessité de reconnaissance ou d’être regardé.

C’est juste d’être aimé que l’on a besoin.

Mais ils n’ont pas trouvé le bon chemin.

Il y a bien cet homme qui chaque matin essaie d’aimer son prochain.

C’est mieux, mais ce n’est toujours pas le bon chemin.

Peut-être que maintenant, toi, tu peux les guider vers la rame rouge.

Je ne suis pas sûr, mais je crois que tu peux les emmener dans le désert près du bateau bleu.

Dis, tu peux faire quelque chose quand tu seras là-bas ?

Salue pour moi l’homme ridé à la pipe orange.

Dis-lui que maintenant je la verrai rose.

 

 

Laurent Nizette

photos.ambassade-du-paradis.net

www.nizette.be

http://www.bandbsa.be/contes3/ambassadeparadis.jpg

Publié dans Poésie

Partager cet article
Repost0

Un texte de Camille Delnoy "La chambre blanche"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

 

http://www.bandbsa.be/contes3/delnoytete.jpg

 

 

La chambre blanche

 

La chambre se présente petite et blanche. Neutre de toute empreinte, c’est pour cette raison que je l’aime. Aucune ombre, aucune trace, rien qu’un silence sans couleur à l’image de ma mémoire. Elle est propre, c’est le plus important.

Une armoire exiguë, sœur cadette d’une boîte d’allumettes, une chaise et une table meublent ce carré d’exil.

Un œil dans le mur m’offre un regard protégé sur l’extérieur.

D’ici, je ne risque plus rien. Chaque jour, je m’y installe, silencieux et aux aguets. Mais aux aguets de quoi, de qui ? Peu m’importe ! Je regarde.

De ma chaise, je contemple le port et les plis du vent.

Un papillon erre en toute innocence sur le visage d’un bateau. Le sel y a sculpté des vents et des îles. Ses grands yeux me fixent, me parlent, mais je n’entends rien ne comprends rien.

Les mouettes griffent le ciel liquide de leurs cris blancs. Un écho, une résonnance qui me trouble.

Je ferme et referme les rideaux.

J’efface l’extérieur.

 

La nuit tombe et murmurent les étoiles aux élans mutilés.

 

À chaque nuit qui se présente, averse de mouches dans la tête, je me sens brusquement gavé d’une absence.

Absence floue, regard suspendu.

C’est une éclipse qui rime avec gommage.

 

Le psychologue, à longueur de séances, n’arrête pas de me dire : «  Il vous faut reprendre le pas, cher monsieur, la trace vôtre qui vous ouvrira les écluses de la mémoire ».

 

Faut-il vraiment une mémoire à la page redevenue blanche que je suis ? Sinon quelles blessures, quelles morsures peuvent bien m’attendre, tapies au verso de cette page ?

 

Il fait nuit à boire l’instant café.

 

Je ferme les yeux sur le cri d’un éclair.

 

 

 

 

Mes rêves – mais, sont-ce vraiment des rêves ? me mènent, pas alourdis, en un étrange grenier. Sombre est ce grenier où se figent les souvenirs repliés, tassés en boîtes de carton sous la lucarne, rumeurs passées, dépassées, prisonnières des coins et des ficelles en nos épaisses poussières volontaires. Dans cet espace, tout chuchote, rien ne se dit. La clé s’est perdue dans une chute.

Est-ce la mienne ?

La sienne ? Qu’importe ! Close est la porte.

 

J’aime cette chambre blanche. Assis derrière l’œil du mur, je laisse venir à moi ce qui n’a ni nom ni racine.

 

Une heure à l’endroit, une heure à l’envers, ainsi vont les mailles d’un temps distendu à l’infini. Dans le coin supérieur de la vitre, timide, une mouche tricote des lambeaux de lumière.

 

Je ferme et referme les rideaux blancs.

Les mouettes, comme à leur habitude, griffent le ciel liquide de leurs cris blancs.

 

J’aime vraiment beaucoup cette chambre blanche

 

Camille Delnoy

Publié dans Textes

Partager cet article
Repost0

Beaudour Allala : J’écris les silences que je ne peux taire, quand ils me parlent trop fort.

Publié le par christine brunet /aloys

http://www.bandbsa.be/contes3/beaudourtete.jpgBeaudour Allala, c'est d'abord un nom et un prénom peu communs et une première de couverture qui ne peut laisser indifférent. C'est ensuite un univers et une présentation sur le blog aloys, alléchante.

Je lui ai proposé un interview mais je dois avouer qu'au départ, elle n'était guère partante, son référencement encore éloigné. Et puis... elle a enfin accepté de répondre aux questions qui se bousculaient dans ma tête ! Et je l'en remercie...

Tu veux bien te présenter, stp ?

Je suis une autodidacte qui a toujours étudié, lu et rencontré les autres… Mon prénom est perse et je suis originaire de la Tunisie. Une femme « entre deux », deux cultures, deux pays, dichotomique mais entière…


Depuis quand écris-tu ? Une passion ? Une vocation ? Un hobby ?

D’aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours écris poèmes et histoires…

Ma passion est d’exprimer de manière métaphorique, sens et émotion. Autrement dit, écrire ethttp://www.bandbsa.be/contes3/valseinfi.jpg traduire en image. Je réalise court-métrages et documentaires. Je sculpte également des pièces figuratives et des bustes (enfants et adultes). 


Définis le mot écriture

J’écris les silences que je ne peux taire, quand ils me parlent trop fort.

Magnifique définition ! Définis ton style ?

On dit que mon style est métaphorique et poétique. Voici un court extrait de mon livre :

« La mort n’est pas celle que l’on croit ! Elle est tapie dans la lâcheté, bien plus mordante que celle qui ensevelit les corps, grignotant seulement une partie de nous-mêmes. Il existe des corps éteints, muets dans leur respiration conformiste, des corps qui s’éloignent de vous et dont le deuil est plus difficile à faire parce que ces derniers sont encore bien vivants. »


Parle-moi de ton bouquin ? Quel genre ?

C’est un genre  « roman/nouvelles » avec 12 histoires courtes qui s’articulent, les unes aux autres, grâce à un narrateur omniscient. 12 couples intergénérationnels se frôlent dans une soirée dansante où l’on célèbre les 50 ans de mariage d’un vieux couple… 12 histoires d’amour, impossibles, infidèles, passionnés… 


Comment voit-on ton travail d'écriture autour de toi ?

Addicte, jusqu’à l’overdose…


Tiens, ça me dit quelque chose... Facile ou compliqué d'être lu ? de mettre le point final ?

Je suis une adepte du roman n’excédant pas 200 pages… Il faut savoir donner l’essentiel aux autres… Le pavé a tendance à me faire fuir… Les histoires courtes comme les courts métrages gagneraient à être reconnus… Stephan Zweig, mon maître incontesté, comme Maupassant, étaient des nouvellistes, avant de passer à plus long.

image004.jpgAs-tu déjà publié tes poésies ?


Oui, à compte d’auteur. Le recueil s’intitule « L’éveil de la sensualité » est a reçu un prix modeste en 1995 en Tunisie.


Dans quel genre littéraire te sens-tu le plus à l'aise ?

Je me sens à l’aise tant dans la mélodie que peut revêtir la poésie, que l’intrigue qu’offre la nouvelle ou le scénario jusqu’au roman qui nous permet un plus long voyage… En bref, tout ce qui est mot pour embellir les maux…  


Comment es-tu arrivée chez CDL ? Quand as-tu signé ton contrat ?


C’est la journaliste et critique littéraire Savina de Jamblinne qui m’a conseillé d’envoyer à 10 éditeurs, «La valse des infidèles »… Elle a très bien ciblé, car parmi les  dix à qui j’ai envoyé mon manuscrit, un d’entre eux m’a répondu positivement : « CDL ».

J’ai signé mon contrat en juin 2012 et le référencement  dans le réseau des libraires est prévue pour avril 2013. Ainsi la promotion du livre pourra débuter.


image005.jpgTu écris des nouvelles. Parle-moi de tes personnages ? Ta relation avec eux ? Comment les crées-tu ?


Mes personnages m’habitent,  corps et âmes… Immanquablement, ils ressemblent à ceux qui se cherchent sur notre planète sans jamais parfois se rencontrer, alors par la magie de l’écriture, je rends la chose possible. Je  les crée mes personnages comme je le fais avec la terre glaise pour mes bustes, un peu de terre de mots, de phrases pour en former les contours et faire en sorte qu’ils soient palpables …


Facile d'être lue ? Crois-tu qu'un auteur se livre un peu dans ses textes ?


Il est facile d’être lu lorsqu’on a la chance d’être repéré parmi des  millions de manuscrits qui sont expédiés pour espérer une réponse positive d’un éditeur… J’ai eu cette chance et combien même, ce n’est pas Gallimard qui a répondu mais une maison d’édition modeste comme CDL à laquelle, à jamais, je serai reconnaissante, l’important c’est d’être lu, de croire en soi et aux autres, pour continuer à créer et à donner…

Le livre a ceci d’extraordinaire qu’il permet de se livrer « déguisé »… Je suis un vieil homme, septuagénaire et, à travers sa sagesse, je m’apaise face à la lucidité trop piquante de la vie ou bien,  je suis cet enfant qui dévoile, avec innocence, ses sentiments et, croque la vie par méconnaissance de son goût amer…


sculpture-pied.JPG

Reparlons un peu de ta façon d'écrire : tu dis ne pas vouloir dépasser les 200 pages pour créer un texte resserré. Retravailles-tu beaucoup tes textes ?


Ma quête du nombre de pages pas trop importantes, n’est pas tant pour construire un texte resserré que pour permettre une lecture qui ne soit pas de l’ordre de l’effort, mais du plaisir…

Les longues descriptions d’un paysage ou d’un appartement m’ennuient profondément… Mes seuls décors sont mes personnages… c'est-à-dire, les mettre en situation avec les objets de l’appartement ou de la nature environnante, au fur et à mesure des évènements qu’ils vivent.

J’ai eu pour habitude, comme pour mes sculptures de ne jamais retravailler la matière, seulement j’ai compris que c’était une erreur. Oui, pour aboutir à une profondeur de pensée juste, il faut creuser l’âme jusqu’à sa moelle, comme pour mes pièces sculptées, elles méritent d’être retouchées jusqu’à obtenir la courbe maîtrisée.


Facile ou compliqué de mettre le point final ? 

Le point final n’est jamais final, je crois. Il doit laisser toujours libre l’imagination du lecteur … Ainsi, il s’accapare mon personnage pour lui donner une autre vie… Une forme d’écriture participative, en quelque sorte, avec mes lecteurs…


 image002.jpgY a-t-il, selon toi, interaction entre l'écriture et la réalisation d'un court métrage ?... ou même le travail de sculpture que tu fais ? Puis-je avoir quelques photos de tes réalisations ? N'y a-t-il pas contradiction entre la sculpture, figée (une image à un moment donné d'un sujet) et l'écriture qui évolue tout le temps ?

Oui, bien sûr, il y a une véritable interaction entre l’écriture et la réalisation d’un film quel qu’il soit, car l’écriture est avant tout représentée dans le mental des lecteurs sous forme imagée… Nos lecteurs ont une salle de projection personnelle à l’intérieur du crâne et, c’est heureux. A nous, écrivain de leur donner à voir les plus belles ou terribles images pour leur transmettre de l’émotion… Tout livre peut être adapté au cinéma…

La sculpture, par contre, est pour moi une complémentarité pour me permettre après l’imagination qui passe par le visuel et l’auditif, d’accéder au kinesthésique…


 

Crois-tu que l'écriture s'inscrit dans le mouvement ? ou penses-tu comme beaucoup de poètes qu'elle est plus proche de la sculpture dans la dimension cisèlement des mots ?

 

J’ai parfois l’impression que mes neurones sont au bout de mes doigts et que je ne peux écrire qu’en laissant ma main se mouvoir… Oui, pour moi l’écriture est un mouvement imperceptible qui se passe de l’intérieur, sans que rien ne soit visible sur le corps, sauf si la main écrit. 
Bien sûr, ensuite le ciselage des mots, après, est possible avec le raisonnement. Pas trop dans la poésie, mais dans les nouvelles et romans cela est indispensable de raisonner, pour apporter de la structure, comme l’ossature qui maintient la matière d’une sculpture…

 

AUT_3414.JPG

Peux-tu écrire dans n'importe quel environnement , dans n'importe quel étât d'âme? Un/des rituel(s) ? Crois-tu que ton écriture (et p.e aussi ta sculpture) est le reflet d'un état d'esprit ponctuel ?


Oui, j’écris mieux lorsque je suis dans un état « naissant », c’est-à-dire proche de celui où l’on est prêt à tomber amoureux. En fait, je préserve cela en moi, j’essaye de regarder le monde avec un regard neuf qui redécouvre les choses et les êtres…

 

Je crois avoir fait le tour de ce que je voulais te demander. Je vais te laisser le soin de conclure à ta guise l'interview.


Je voudrais conclure par ce « merci » que l’on oublie de dire, à toute chose ou tout être, à tout ce qui nous paraît usuel ou acquis… Alors merci, Christine et à Chloe des Lys qui m’a fait confiance.

 

Merci à toi !

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

Publié dans interview

Partager cet article
Repost0

Une polissonerie d'Edmée de Xhavée !

Publié le par christine brunet /aloys

 

Edmee-chapeau

 

 

 

Les toilettes étaient au premier étage – Une polissonerie d’Edmée De Xhavée

 

Adèle murmura discrètement, mais sur un ton assuré à sa belle-sœur de ne pas s’inquiéter, qu’elle allait simplement à la toilette où elle entendait, pour faire bonne mesure, se refaire une beauté. Son brushing était pourtant encore impeccable, rendu inaltérable par une entière bombonne d’Elnett Ciment, et son maquillage était parfaitement à sa place : pas de rimmel sur les joues, pas de fard à paupières s’égaillant dans les pattes d’oies, le rouge à joue bien en place ainsi que celui des lèvres qui leur donnait un aspect plastifié et pulpeux.

Sa  place resta pourtant longuement vide, d’une vacuité qui parlait d’une voix forte … mais que fiche Adèle aussi longtemps à la toilette du premier ? La belle-sœur tendait un peu l’oreille, guettant le bruit d’une chute, d’un gémissement de douleur, de tout signe de malaise, mais rien…  On était passés des hors d’œuvre au potage, puis l’entremet avait suivi, et on en était à la fin du rôti de porcelet malgache aux oranges amères dans son jus de sirop de Liège et pekêt… elle ratait tout… elle serait affamée… L’apéritif devait lui être resté en travers. Une grande nouveauté très à la mode dans ce coin du monde leur avait-on dit : quand certains invités avaient froncé les lèvres en protestant que ça goûtait le goudron et qu’ils pensaient boire un tronçon d’autoroute fondue, les jeunes mariés, du haut de leur condition de jeunes dans le vent, avaient ri et déclaré « ben… c’est ça ou de l’eau, nananère ! ».

C’est alors qu’Adèle fit son retour que l’on pourrait qualifier de triomphal, remarqué avec un étonnement qui, pendant quelques minutes, laissa les fourchette en suspens entre bouches et assiettes. Droite et le regard un peu distant, un sourire de bon ton sur les lèvres, elle s’arrêta un court instant à la porte d’entrée, parcourant du regard – le sourcil levé avec un peu de hauteur – les mangeurs et ripailleurs autour de la table, semblant les rassurer de son attitude souveraine « continuez votre repas, braves gens, je suis là ! ».

Son visage était barbouillé de rouge baiser et de blush, lui donnant le teint de la mère Denis en pleine crise de rubéole. Ses yeux avaient désormais l’aspect de ceux d’un raton-laveur, envahis de rimmel et khôl. La coiffure d’Einstein – cheveux séchés au pétard – était désormais la sienne et Elnett Ciment s’y était plié. Son cou, rougi par endroit, était tacheté de suçons aussi nets que les coups sur une banane trop mûre. Alors qu’elle regagnait la table d’un pas raide et solennel en chantonnant l’ââââmour est un bouquet de violêêêêttes sotto voce, tout le monde put voir que l’arrière de sa robe était enfoncé dans le haut de son collant, remis par ailleurs d’une façon si hâtive qu’il tire-bouchonnait aux chevilles. Elle considéra que le silence assourdissant qui l’accueillait était une forme de soulagement et respect à sa position de mère de la mariée, et s’assit avec un petit sourire satisfait, jeta un regard sur les assiettes de ses voisins de table et s’exclama avec entrain « Mmmmmh ! J’ai de l’appétit tout d’un coup ! Ne vous privez pas de terminer votre assiette pour moi ! »

Alors qu’elle parcourait la table des yeux elle s’étonna de croiser le regard chargé de haine d’une femme qu’elle jugea d’ailleurs vulgaire à l’autre bout – cette robe rouge était d’un commun ! et des faux-cils à son âge, c’était d’un ridicule ! – et vit que la place en face d’elle était vide. « Normal… les gens la fuient » pensa-t-elle, le sang courant encore gaiement dans ses veines réchauffées, et elle se mit à découper sa tranche de porcelet malgache.

C’est au deuxième entremet qu’  « il » réapparut lui aussi. La calvitie qu’il cherchait habituellement à couvrir d’une mèche laquée était aussi luisante que désolante, quant à la mèche laquée elle pendait sur son épaule gauche comme un scalp. Sa bouche – entr’ouverte, lui donnant l’expression hagarde – était traversée d’un trait imprécis de rouge. La chemise déboutonnée et dont les pans recouvraient le pantalon révélait un torse si griffé qu’on aurait pu penser qu’il venait de combattre un grizzly. Du sang traversait le tissu – « une pauvre imitation de soie made in Kurdistan » se rappela Adèle, continuant de dévorer avec l’appétit de la vie. Sa braguette béait et chaque pas hésitant laissait voir un éclair de caleçon au motif léopard. Il avait oublié ses chaussures au premier et un orteil sortait avec insolence de la chaussette rouge en nylon. Il se dirigea en tanguant sur le parquet jusqu’à la place vide en face de la femme au regard de Méduse et s’assit sans un mot. « Ah, j’y suis ! » pensa Adèle… « les chaussettes rouges sont assorties à la robe de madame qui, je parie, a un soutien-gorge à taches de léopard… » et elle eut un petit rire entre elle et elle parfaitement méprisant.

Méduse sembla se gonfler. Des étincelles sortirent de ses yeux avec un crépitement de court-circuit. Les veines de son cou se tortillèrent comme un nid de serpents et de fait, ils sifflèrent tous en chœur dès qu’elle ouvrit la bouche – bouh ! dentier mutuelle ! diagnostiqua immédiatement Adèle – et lança à son mari encore vacillant : « Et d’où viens-tu comme ça, mon chériiiiiiii ? » Ses ongles écarlates, qui trouaient presque la nappe de leurs petits coups secs, avaient bien l’air de grandir à vue d’œil. Et alors lui se leva, prit le contrôle de la houle qui secouait encore ses sens, l’air impérial et courroucé. Il se pencha en avant et, visant avec précision, asséna un coup de poing sur le nez de Méduse en scandant : « Je t’ai bien dit de ne pas te mêler de mes affaires ! ». Puis, avec un sourire content de soi à l’assemblée, il se rassit et se mit à manger.

L’incident était clos. La fête pouvait reprendre son cours. 

 

 

Edmée de Xhavée

edmee.de.xhavee.over-blog.com

9782874595196 1 75

Publié dans Nouvelle

Partager cet article
Repost0

Un extrait du nouveau roman de Claude Danze, "Ailleurs... autrement..."

Publié le par christine brunet /aloys

 

http://www.bandbsa.be/contes2/danze3.jpg

 

« Ailleurs… autrement… »

Le nouveau roman de Claude Danze : l’extrait

Le chevreuil venait de s’avancer imprudemment sur la route enneigée. Fasciné par les phares qui venaient à sa rencontre à travers les flocons, l’animal stoppa net sa course, huma le vent, s’enfuit sans se retourner. La Ford bordeaux venait de quitter la route pour l’esquiver : le verglas sous l’épaisse couche de neige encore inviolée ne pardonnait aucune incartade au volant, surtout avec une « propulsion ».

La Taunus, cabossée de toutes parts après son embardée entre les arbres, avait fini sa course au fond du ravin dans un large ruisseau glacé. Les deux portières, bloquées entre deux troncs, ne portaient pas à l’optimisme quant aux chances de s’extirper de l’épave.

Le conducteur n’était pas gravement blessé, seulement bien secoué. Jean-Paul avait les pieds et les mollets déjà trempés par l’eau qui montait dans l’habitacle en glougloutant tranquillement. Sa jambe gauche lui faisait mal et il avait une sacrée bosse sur le front. Bientôt, le froid l’envahirait. Il allait peut-être finir gelé dans ce cercueil d’acier, de verre et de similicuir…

Entre le dossier, le volant brisé, le levier de vitesse et le frein à main, il finit par rejoindre la banquette. Il s’arc-bouta des deux pieds contre la vitre arrière, mais craignit de finir étouffé sous l’épaisse couche de neige, de branches et de terre que la voiture avait entraînée et qui envahirait l’habitacle dès que le carreau sauterait. Il reporta dès lors son attention sur les vitres latérales arrières, qui étaient fixes.

La neige tombait, à ne jamais s’arrêter, sur la forêt qui, désormais en sépia, ne tarderait pas à virer au noir et blanc.

***

Au coin de l’âtre, dans le petit salon, Isabella, travaillait depuis plus d’une heure le Prélude n°1 de Villa-Lobos à la guitare. Pause. L’élégant instrument étendu sur le canapé, elle attrapa un gros anorak rouge et sortit voir tomber la neige depuis la terrasse. Au même moment, la Taunus se fracassait entre les arbres, à moins de cent mètres de là. Le klaxon insista une bonne minute avant de s’estomper dans un halo sonore intriguant.

Au mépris des consignes des services secrets et de la Gendarmerie, chargés de sa protection, Isabella enfila ses bottes fourrées et se précipita à travers bois vers la voiture, facile à repérer, malgré les débris amoncelés dans son sillage fou, grâce à ses feux arrière restés allumés. Elle s’arrêta à vingt mètres de la voiture, une berline deux portes méconnaissable, et put enfin identifier les coups sourds qui scandaient sa progression, malgré l’étouffement sonore du sous-bois enneigé : le conducteur frappait des pieds contre l’une des vitres latérales, sans parvenir ni à briser le verre Sekurit ni à la faire sauter entière vers l’extérieur.

Avant de se manifester, elle scruta les alentours entre les troncs à travers les myriades de flocons. Isabella devait rester prudente : des tortionnaires de la camorra, mafia napolitaine qui ne le cédait en rien à sa grande sœur de Sicile en matière de violence et de mépris de la vie, étaient à sa recherche, sur les ordres mêmes de son père, qui n’aurait de cesse d’avoir éliminé la « donneuse », fût-elle sa propre fille. 

 

 

Claude Danze

claude-danze.over-blog.fr

http://www.bandbsa.be/contes3/ailleursautrement.jpg


Publié dans Textes

Partager cet article
Repost0

Marie-Claire George en invité d'Aloys... un interview particulier...

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

http://www.babelio.com/users/AVT_Marie-Claire-George_6214.jpeg                                                                             http://fdata.over-blog.net/2/68/57/21/avatar-blog-1085559688-tmpphpQzYnHP.jpeg

 

Albert, le personnage principal des deux premiers romans d’Alain Bustin nous parle du premier ROMAN de Marie-Claire George : L’ombre d’Auriel.

 

- Alors Albert, toujours occupé à courir tes montagnes ?

- Oui, l’âge avance mais j’ai encore cette chance.

- Et ton second roman, La course de lumière ?

- Gros, gros carton…

- Et l’écriture ?

- Un super projet est en cours avec une surprise à la clé.

- Tu peux nous en dire un peu plus ?

- Une collaboration avec un photographe parisien de renom…

- Pas beaucoup le temps de lire, alors ?

- Bien au contraire, je lis pas mal pour le moment. Un peu trop même aux dires de la charmante dame qui s’occupe de mon ménage. À chaque fois, elle doit déplacer les six piles de romans qui m’attendent sous la table du salon…

- Récemment, un roman que tu as particulièrement aimé ?

- Oui, une fois de plus, gros coup de cœur pour celui de mon amie Marie-Claire George : L’ombre d’Auriel. C’est son premier roman après son bien sympathique recueil de nouvelles, L’ange gardien.

-  La raison de ce coup de cœur ?

- Une fois de plus, comme dans L’ange gardien, Marie-Claire m’a bluffé !

- Ah bon, pourquoi ?

- Au départ,  je me suis dit : Encore un roman dont l’histoire se déroule pendant la grande guerre… Je n’étais pas très chaud pour le lire car j’ai pas mal lu et vu à ce sujet, et des choses magnifiques comme Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline, La chambre des officiers de François Dupeyron, Les sentiers de la gloire de Stanley Kubrick, etc.  Mais Marie-Claire, c’est une amie. Alors, j’ai lu et j’ai…adoré.

- Tu peux préciser ?

- Ce n’est pas du tout un roman de guerre, bien au contraire, c’est une belle et grande histoire d’amour au sens large du terme. Dès le début du roman, il y a cette lettre d’amour… Si belle, bouleversante. Me voilà captivé.  A tel point que je suis rentré à fond dans le roman et qu’ensuite, je ne l’ai plus lâché.

- Et alors ?

- Une bien belle histoire, bien ficelée, évidemment très bien écrite et parfaitement documentée. Mais l’intérêt, c’est que tu remontes avec curiosité dans le temps pour te retrouver dans la peau de cette femme de l’époque, cette Félicie. C’est là que se trouve toute la richesse du roman de Marie-Claire !

-  Explique…

- Dans notre vie à tous, il y a le bien, le mal, les jours de joie et de tristesse, l’aspiration au bonheur vrai, celui qui passe par le partage et le pardon. Félicie, le personnage principal, c’est une cure de jouvence, une leçon de vie, un rappel des vraies valeurs, de celles qui font la lumière d’un parcours.  Cette lecture est d’une telle fraîcheur qu’elle ne peut que te rappeler le sens des vraies valeurs. Félicie, page après page, elle te donne une sacrée leçon. Sans se plaindre, sans gémir, elle est juste dans le don, dans l’amour. Tiens, je suis certain qu’elle devait avoir le sourire de Marie-Claire…

- Une conclusion Albert ?

 - J’espère qu’après la lecture du roman, les lecteurs verront  un peu plus le verre d’eau de leur vie à moitié plein et non pas comme souvent à moitié vide !

- Bien mystérieux, Albert ?

- Non, pas du tout. Le bonheur se trouve là, juste à tes pieds, il suffit de regarder. Pour le dire encore beaucoup mieux, voici une citation de Koan Zen : Ce qui te manque, cherche-le dans ce que tu as !

Merci Félicie, merci Marie-Claire 


Alain Bustin

alainbustin.over-blog.com

 

Marie-Claire George

lesjardinsdulivre.over-blog.com

Publié dans Textes

Partager cet article
Repost0

Marie Ladron de Guevara se présente !

Publié le par christine brunet /aloys

couverture.jpg

 

 

 

Bio :

 

Marie LADRON de GUEVARA / CHELLE 38 ANS

 

Née le 10/09/1974 à Poissy (à côté de Paris), Marie évolue dans le milieu du cinéma en tant qu'habilleuse, toujours attirée par l'écriture, à la naissance de son fils, à 31 ans, elle signe son premier ouvrage : « Bébé, mes seins et moi » poussée par l'envie de partager son expérience avec d'autres femmes. En effet à travers ses écrits Marie tente d'aider les mamans à faire le bon choix pour elle : allaiter ou pas.

Aujourd'hui à 38 ans, elle continue son métier de costumière et suit une formation de scénariste  dans l'idée d'écrire son premier long métrage.

 

Résumé :

 

Ce petit guide d'allaitement décomplexé répondra à toutes vos questions.

Motivant et rassurant il vous accompagnera pour allaiter le plus « zenement » possible.

 

Un extrait ?

chelle.jpg

Publié dans présentations

Partager cet article
Repost0

Camille Delnoy se présente et présente son livre, Esquisses de ratures

Publié le par christine brunet /aloys

delnoy.jpg

 

 

 

«  Une immense tendresse pour l’humanité, tendresse désenchantée et inquiète, exprimée comme telle ou par la dénonciation ravageuse de ce qui la blesse et la détruit ; le doute ontologique, les grandes interrogations philosophiques et métaphysiques.

    Ceci, écrit avec une palette qui va du jeu de mots à la concision d’une maxime taôiste (qui serait admirablement traduite !), du sourire attendri au gros humour noir, gros comme l’horreur qui l’inspire, toujours dans une superbe maîtrise du langage, sonore, imagé et qui fait mouche.

    Chaque court poème est écrit sur une grande page blanche comme on présente sur une grande assiette blanche de petites bouchées raffinées aux couleurs savamment étudiées, à la saveur surprenante.

    Parmi ces cris (le mot cri d’ailleurs revient souvent) qui voudraient éveiller un écho, une seule note intime, sans doute un message destiné à la femme aimée ; pointe d’humour tendre qui allège et fait du bien. »

 

                                                                       Bernadette Lejeune

 

 

Qui est-il ? 

L’auteur, né à Bruxelles en 1955, issu d’un milieu pluriculturel et cultuel. N’a pas trop aimé l’école formateuse à la bien pensance. A beaucoup voyagé dans sa jeunesse, se consacre à l’écriture depuis 1991. Date de sortie de son premier recueil. Son écriture est à la fois un regard sur le monde et l’être dans ses dérives et ses incohérences.

Son livre chez Chloé des lys ? Esquisses de ratures, une prose poétique.

 

Allez, je suis certaine que vous êtes curieux... Vous voulez lire quelques  lignes de Camille Delnoy? Qu'à cela ne tienne... 

 

Dans un livre toujours

Subsiste

Des ombres

Des images en esquisses

De ratures.

 

Ce dernier ne sera

Qu’inachevé

Autour

D’une interrogation

Voire

Un chuchotement.

Publié dans présentations

Partager cet article
Repost0