Philippe Desterbecq a lu "Le vertige empaillé" de Laurence Amaury
"Le vertige empaillé". Mais de quel vertige s'agit-il donc? Certainement du vertige de l'amour car les personnages de ce recueil de nouvelles sont tous frappés d'une grande passion pour quelqu'un du sexe opposé.
Laurence décrit l'amour passion avec brio : coup de foudre, attirances multiples, amour naissant ou finissant, amours fidèles ou pas. Le style tantôt en prose, tantôt en vers est recherché; le vocabulaire est riche; les références à des chansons ou des livres nombreuses. Des citations agrémentent les différents récits. Tout cela fait de ce recueil une référence littéraire.
Bravo, madame Amaury, pour ces textes écrits de manière magistrale.
Certains aiment trouver un lien entre les différentes nouvelles qui composent un recueil (ce n'est pas mon cas). Outre l'amour qui réunit tous ces textes, le lecteur trouvera facilement les points communs entre tous ces récits : la danse, la musique, la poésie, la lecture. En effet, beaucoup des personnages créés par l'auteur aiment danser et les références musicales sont nombreuses. Plusieurs aiment la lecture et l'écriture.
La nouvelle intitulée "Le premier métro à Bruxelles" est sans doute la plus poétique de toutes. En prose ou en vers, les mots de Laurence Amaury chantent.
Un exemple?
Il m'est bien difficile d'en choisir un et je ne voudrais pas être trop long. Quand je me lance, j'ai du mal à m'arrêter. Vous voilà prévenus!
" En ce temps-là, ils marchaient la nuit, sous la pluie dolente, dans les rues de Bruxelles. Ils allaient au hasard, à l'aventure. Ils allaient, main dans la main, en échangeant mille confidences.
En ce temps-là, infatigables, ils marchaient et n'attendaient pas le refuge des portes cochères pour s'arrêter, se serrer l'un contre l'autre, s'embrasser et mêler leur fièvre, ce feu qui taraudait leur corps et faisait briller leurs yeux d'un vif éclat.
En ce temps-là, la nuit marchait vers l'aube, suffoquant légèrement sous la morsure du froid, dans les rues devenues déserts luisants et pacifiques.
Mais eux, réchauffés l'un par l'autre, marchaient comme si les rues riaient sous le soleil au bord d'une mer démente, azurée, transfigurée.
En ce temps-là; ils sortaient de la salle de danse pour se regarder l'un l'autre et respirer plus vite, avec la complicité des étoiles.
En ce temps-là, ils marchaient une partie de la nuit avant d'atteindre l'ermitage où l'amour était acte sacré..."
"Elle était si rare cette étincelle qui jouait sur la harpe de l'espérance les préludes d'un amour de cristal, fragile et coupant mais éternel comme le lierre ou le granit."
"Quand le train scrupuleux m'emporte loin de toi
et que rugit soudain la mer contre les rails
quand les épicéas surgissent des eaux grises
et que l'aube s'étire en triangle de feu
je me redis tes mots
je me redonne tes regards
je me refais tes gestes
me re-blottis dans ta chaleur
et les étoiles conciliantes partent sur la pointe des pieds
pour me laisser penser à toi..."
"Il lui apparut, tel un archange, et une pluie sauvage et drue tomba sur les gravats, les lavant de toute souillure, et une pluie d'étoiles illumina la nuit."
"L'absence est une statue de marbre au regard éteint, aux doigts glacés."
"Les larmes, au bord des cils, sont des perles de givre. Les lèvres abimées, s'entrechoquent en silence."
"L'absence est le pays d'où l'on ne revient pas. Elle est l'hibernation des sentiments soyeux."
"L'absence est un train fantôme qui erre hors des rails."
"Son rire s'égrène et grelotte comme un sanglot de mélodrame."
"Elle écrit des lettres qui flambent mais dont l'encre se décolore et s'enfuit. Restent des pages blanches éventrées par des mains de métal."
"La nuit rampe sans bruit. Elle découpe en morceaux tous les rêves."
Je vous avais prévenu...
Un de mes textes préférés est "Liaison téléphonique". Un homme forme un faux numéro et tombe sur une femme seule. C'est une erreur et l'histoire aurait pu s'arrêter là. Mais l'homme rappelle et une relation s'établit...
La nouvelle est composée uniquement de conversations téléphoniques et se termine par une lettre. Enfin, se termine n'est pas vraiment le bon verbe puisque l'auteure laisse le soin au lecteur d'imaginer ce qui va se passer ensuite. J'ai très envie de "terminer" cette nouvelle. Je le ferai peut-être...
La dernière nouvelle intitulée "Les deux sœurs" est une pièce de théâtre en quatre actes qui m'a beaucoup plu. Un autre genre donc pour terminer ce recueil.
Un lien encore entre ces 8 textes : le choix des prénoms pas très courants il faut le dire. Jugez plutôt : Godelieve, Herlinde, Enguerrand, Alistair, et j'en passe.
Un bon choix pour les amateurs de nouvelles.
Philippe Desterbecq
L'Etoile Magique
Didier Fond nous propose un nouvel extrait de son roman "La maison-Dieu"
Cette nuit-là, l'appréhension et le désir irrépressible de voir David l'empêchèrent de fermer l'œil. Au bout de deux heures d'infructueux essais, elle se leva et, rasant les murs, sortit silencieusement. La Maison-Dieu l'attendait.
C'était une nuit sans lune. De lourds nuages noirs avaient envahi le ciel au moment du crépuscule ; pas un souffle de vent. Mais une chaleur lourde, orageuse. Le tonnerre grondait au loin. Là-bas, sur les contreforts des montagnes, des éclairs sillonnaient l'horizon. La route était plongée dans l'obscurité. Camille connaissait le chemin par cœur. Elle avançait à grands pas, soucieuse d'arriver en haut de la falaise avant le déchaînement qui s'annonçait. Elle n'avait pas peur de l'orage. Au pire, s'il éclatait pendant qu'elle était encore à la Maison-Dieu, elle se réfugierait sous l'auvent que les précédents propriétaires avaient eu la bonne idée d'installer au-dessus de la porte. La perspective de voir David méritait bien qu'on supportât une tempête, fût-elle celle qui annonçait la fin du monde.
La Maison-Dieu, comme à son habitude, était silencieuse et noire. Elle en fit lentement le tour, tendant l'oreille pour percevoir le plus léger son, le plus petit signe de vie. Les roulements de tonnerre se rapprochaient. Rien ne bougeait. La grille du parc était fermée à clef. Inutile de rester là, à attendre de se faire foudroyer par l'orage qui arrivait à toute vitesse. Un vent violent s'était levé, les arbres gémissaient, les taillis ployaient sous l'assaut des bourrasques chaudes et humides, porteuses des premières gouttes de pluie. Elle leva un instant les mains devant son visage, pour se protéger des rafales. Vite. Il faut redescendre. Vite.
Elle s'était plaquée contre le mur de l'ancien couvent. Des gémissements lugubres éclatèrent tout à coup, venus de nulle part. Elle frissonna de peur. Puis il y eut un bruit de lutte... Les gémissements reprirent, plaintifs, atroces... et se transformèrent bientôt en sanglots. Un rire s'éleva, terrible, d'une tristesse si singulière qu'il en devenait sinistre ; des chuchotements, à nouveau des sanglots, comme ceux d'un enfant... David ? David ? Elle répétait ce nom, sans oser élever la voix. Un coup de tonnerre, d'une force inouïe, éclata sur sa tête. Le ciel ouvrit ses écluses et des trombes d'eau s'abattirent sur la falaise.
Les deux portes... Le roman de Simon Andrieu
Synopsis :
Oniro a dix-sept ans. En ce cinq septembre 2007, il s'apprête à rentrer en terminale scientifique. Ce lycéen timide et pusillanime craint une chose par dessus tout : être et rester banal, ne pas se démarquer des sept milliards d'êtres humains qui peuplent la Terre. Au premier abord, son existence n’a d’ailleurs rien d’extraordinaire. Cependant, Oniro ignore bien des choses sur le monde, et encore plus sur sa propre personne.
L'Assemblée des Mages existe dans le secret depuis maintenant huit siècles. Elle n'a qu'un seul et unique but : l'accomplissement de la Prophétie et la protection du monde face à la destruction qui le guette. Les Mages sont des derniers Maîtres de la malesthésia, incroyable énergie à l'origine de la vie et offrant à ceux qui la contrôlent des pouvoirs hors du commun. Toutefois, ils ne pourront pas accomplir seuls leur quête.
Extrait :
Oniro se releva et recommença à trottiner. Il aperçut alors deux hommes qui marchaient vers lui. Ils étaient encore à une trentaine de mètres, mais le lycéen les voyait parfaitement. L'un était blanc, l'autre noir. Ils portaient tous les deux des costumes noirs et une cravate bleu sombre agrémentait leur chemise de soie blanche. Une Mercedes, noire également, était garée sur la route un peu plus haut. La leur sûrement… Oniro fut surpris de voir de telles personnes dans un lieu comme celui-ci. Peut-être étaient-ils là dans un but particulier, soupçonna le lycéen.
En les regardant de plus près, il vit qu'ils avaient une démarche quasi-robotique, seules leurs jambes bougeaient. Pas un seul balancement de tête ou de bras… Il y avait une parfaite synchronisation dans leurs pas, comme s'ils étaient le reflet l'un de l'autre. Oniro était maintenant à moins de trente mètres d'eux et il put constater leur carrure imposante et leur grande taille. Ils étaient anormalement musclés, bien plus que le lycéen en tout cas… Une forte inquiétude s'empara de lui lorsqu'il croisa leurs regards inquisiteurs. Que pouvaient-ils bien cacher sous leur veste ?
L'anxiété céda place à la peur lorsqu'Oniro les vit s'immobiliser à quelques mètres de lui. Ils ne s'écarteraient pas pour le laisser passer. Ils lui bloquaient la route ! Le lycéen ralentit progressivement, passant d'un trot à un pas rapide, puis diminuant petit à petit le rythme jusqu'à l'arrêt.
Les deux hommes étaient à trois mètres de lui. Ils le regardaient sans ciller. Le regard angoissé d'Oniro était plongé dans le leur. Que lui voulaient-ils ? Cette attente parut éternelle au lycéen, mais elle ne dura en réalité pas plus que quelques secondes.
Soudain, l'individu de droite – celui à la peau blanche – plongea la main derrière sa veste et en sortit une arme qu'il pointa vers Oniro. C'était un pistolet assez simple sur lequel avait été ajusté un silencieux, comme le jeune homme avait souvent pu en voir dans des films ou des jeux vidéo. Seulement, celui-ci était réel. Oniro mit un certain temps à le réaliser. Cet inconnu pointait vraiment une arme sur lui et s'apprêtait certainement à faire feu. Quand il comprit cela, le lycéen fut envahi par une véritable terreur. Il n'avait jamais éprouvé une telle sensation auparavant. C'était insupportable. Il était dans l'incapacité de faire le moindre mouvement et son rythme cardiaque accélérait si vite qu'il lui semblait que son cœur n'allait pas tarder à exploser.
Mais d'un côté, cela importait peu.
Puisqu'il allait mourir.
"Avoir un pied dans la tombe", une nouvelle signée Louis Delville
"AVOIR UN PIED DANS LA TOMBE"
Origine historique de l'expression…
Extrait des chroniques de Robert Dupin,
Vicomte de Flandre et d'Artois,
Astrologue et historien français
(1504-1566)
Mardi 22 mars 1547. François 1er règne sur la France et le pauvre roi souffre de la goutte. L'excès de vins capiteux et de mets savoureux n'est pas étranger à ce mal.
Le médecin du roi est appelé à son chevet car Sa Majesté souffre et n'arrive même plus à chausser sa botte tant son gros orteil est gonflé et douloureux.
- Majesté, il va vous falloir faire régime !
- La peste soit des régimes, Monsieur mon médecin ! J'aime la bonne chère et ne puis m'en passer !
- Ce sera le régime ou alors…
- Ou alors quoi, Monsieur mon médecin ?
- Oh, Majesté, j'ai trouvé un remède dans un livre arabe que le Grand Mufti de Constantinople m'a offert après que je l'aie guéri de la peste !
- Diable, notre cousin, le Grand Mufti s'y connaît en médecine ?
- Non Majesté mais certains de ses médecins ont fort bonne réputation. On raconte même que le meilleur d'entre eux, le grand Ahmed Ben Oujda est capable de soigner rien qu'en regardant le malade dans les yeux ! Si j'en crois ce livre précieux, il conseille d'entourer le pied douloureux avec des bandelettes trempées dans l'eau s'écoulant d'un cimetière !
Le roi fut soigné de cette manière peu orthodoxe, ce qui était normal pour un remède arabe et il guérit en très peu de temps. Le médecin du Grand Mufti avait raison !
Ce que l'histoire ne dit pas c'est que quelques jours après sa guérison miraculeuse, le roi mourait sans raison apparente… Le médecin du roi fut condamné à mort, exécuté comme régicide, c'est-à-dire qu'il fut écartelé et son corps fut brûlé !
Ce n'est que quelques années plus tard, sous le règne d'Henri IV que le fou du roi, Nicolas Joubert, sieur d’Angoulevent, osa prétendre que le bon François 1er avait un pied dans la tombe avant d'y être tout entier !
(Extrait de "Petites et grandes histoires")
Louis Delville
louis-quenpensez-vous.blogspot.com
Les Romanichels d'Edmée de Xhavée dans le blog Au fil des pages
Résumé: Olivia n’a pas été élevée par sa mère, Suzanne, mais par la mère de cette dernière, la splendide Adrienne. Lorsque Suzanne lui téléphone à Turin, où elle vit avec son mari et se prépare aux vacances, une insistance inhabituelle lui fait accepter de venir passer une semaine avec cette mère aimée mais méconnue.
Jour après jour, les questions qu’Olivia n’osait se poser se présentent, avec des réponses surprenantes. Une succession de personnages, de paysages, de joies intenses et chagrins sans nom défile, et l’amour qui a entouré Olivia à son insu se révèle, éclairant un passé qu’elle ne comprenait pas, illuminant son avenir.
Mon avis: J'ai reçu ce livre dans le cadre de l'émission Actu-Tv, pour la séquence Ca passe ou Ca casse. Comme la première fois, vous avez donc l'occasion de lire la chronique ou de la regarder, puisque vous avez la version vidéo en-dessous.
Olivia reçoit un coup de fil de sa mère, habitant Bruxelles, qui lui demande la rejoindre.
A son arrivèe, elle lui apprend qu'elle est atteinte de la maladie d'Alzheimer.
Olivia et Mammita, surnom affectueux qu'elle donne à sa mère, n'ont jamais été très proche. Elles n'ont pas de moments intimes mère-fille, n'ont pas de nombreux souvenirs en commun. Et pour cause, Olivia a été élevée par sa grand-mère, persuadée que sa mère était trop accaparée par son travail.
Mais l'histoire est tout autre. Et Mammita, alias Suzanne, va profiter des quelques jours de présence de sa fille pour remonter dans le temps et dans leur arbre généalogique pour lui relater toute l'histoire depuis le début.
De surprises en surprises, Olivia va découvrir des choses dont elle était loin de se douter.
Aucun a-priori de ma part, puisque je ne connaissais pas l'auteur. Et donc, je me suis installée avec ce livre les idées claires. J'ai dévoré les pages!! les 260 pages n'ont fait que défiler sur deux soirées.
J'aime beaucoup les sagas familiales, et cette fois, bien qu'elle ne soit pas longue, elle est très bien bâtie. Il y a un arbre généalogique au début du livre, pour pouvoir s'y retrouver. Et chaque personnage est bien décrit, du début à la fin.
Une famille tout à fait particulière, autant par son caractère que par les évènements qui vont parsemer les années. Toute l'histoire est riche en émotions, en rebondissements, même si tout est raconté sur un ton sobre et sans fioritures. Pas de grands dialogues, mais plutôt un long récit.
Je ne mets qu'un bémol: il n'y a pas de séparation bien nette entre les souvenirs et les instants présents d'Olivia et sa mère. On s'y retrouve, bien sûr, mais du coup, le texte n'est pas aéré, ce qui est un peu dommage.
Malgré cela, j'ai beaucoup aimé et j'ai passé un très bon moment.

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