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Concours "Les petits papiers de Chloé" : Texte 1

Publié le par christine brunet /aloys

Comme un p’tit coqu’licot…

« Attends la fin, tu comprendras :
Un autr' l'aimait qu'elle n'aimait pas !

Et le lend'main, quand je l’ai r’vue,
Elle dormait, à moitié nue,
Dans la lumière de l'été
Au beau milieu du champ de blé... » *

Elle s’appelait Marguerite. La belle, la superbe Marguerite qui peuplait nos fantasmes d’adolescents. Lui, Maurice, un grand gaillard aux larges épaules et à la démarche conquérante, un « para » qui rentrait d’Algérie. À l’époque de mes treize ou quatorze ans, on ne disait pas « revenir de la guerre ». On « rentrait d’Algérie » comme, peu avant, on était « rentré d’Indochine ». Enfin, pour ceux qui en étaient revenus…

Avec son béret rouge et sa fourragère, tout auréolé du prestige dont jouissaient ces militaires auprès de la population, pour nous, il était un héro. Pas moins. Un modèle de virilité auquel nous rêvions de pouvoir un jour nous identifier.

Un an plus tôt, lors de sa seule et unique permission, nous les avions aperçus, Marguerite et lui. Étroitement enlacés, je les vois encore lentement s’éloigner sur le chemin de terre qui se perdait au milieu des blés dont la blondeur s’égayait de bleuets et de coquelicots.

Un an, ça peut paraître long ou ça peut paraître court. Tout dépend de la période de sa vie où l’on se trouve. Marguerite, elle, commençait à penser à son avenir et n’avait pas attendu son beau militaire. Elle était tombée, à ce que l’on disait, éperdument amoureuse d’un avocat parisien venu passer ses vacances dans ce coin de campagne. Ils s’étaient très vite fiancés et elle s’apprêtait à aller le rejoindre à Paris lorsque Maurice avait fait sa réapparition.

Lui aussi avait changé. D’une façon indéfinissable. Un regard plus dur, si je me souviens bien. Un peu inquiétant, même. Un demi-sourire narquois figé en permanence au coin des lèvres. Comme pour bien afficher le peu que nous représentions pour lui. Comme un avertissement muet destiné à faire comprendre que rien ni personne n’était plus en mesure de s’opposer à sa volonté.

Et surtout pas Marguerite qu’il considérait comme sa propriété. Ne lui avais-je pas entendu grincer « qu’elle ne l’emporterait pas au paradis » ?

Je ne sais plus combien de temps exactement après son retour le drame se produisit. C’était vers la fin d’une chaude journée d’été. Je rentrais à la maison, à vélo, la serviette de bain pliée sur le porte-bagages, accompagné de quelques copains avec qui j’avais passé l’après-midi à me baigner dans l’étang voisin. Un attroupement inattendu nous incita à nous arrêter et à abandonner nos bicyclettes sur le bord de la route. Des badauds, des gendarmes, des pompiers. Et une civière posée près du fossé.

Je n’oublierai jamais la pâleur de son visage, ses lèvres décolorées, son cou violacé. Ni son regard éteint, aux prunelles étrangement immobiles. Ses yeux grands ouverts sur une vision qu’elle seule avait contemplée et qu’elle avait emportée dans la mort.

Nous eûmes juste le temps d’entendre quelqu’un dire que le « salaud », encore en uniforme, s’était livré à la police. On nous fit prestement déguerpir en nous précisant sévèrement qu’il ne s’agissait pas là d’un spectacle pour des enfants. Pour les enfants que nous étions encore…

Oui, ce devait être l’année de mes quatorze ans. L’année où je perdis mon innocence.

« Mais sur le corsage blanc,
Juste à la place du cœur,

Y’avait trois gouttes de sang
Qui faisaient comme une fleur :
Comme un p'tit coqu'licot, mon âme !
Un tout p'tit coqu'licot... » *

* « Comme un p’tit coqu’licot », paroles de Raymond Asso, chanté par Mouloudji.

Publié dans concours

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Blues, un poème de Rolande Michel

Publié le par christine brunet /aloys

Blues, un poème de Rolande Michel

Blues

Parfum, tiédeur, évanescence,
Sur la palette de mes maux,
Mes pinceaux voguent en silence,
Au fil des mots,
Reflets de ma désespérance...
Rescapée de mille naufrages,
Encore ivre de chants d'oiseaux,
Je partirai dans leur sillage,
Au gré d'un voilier qui prend l'eau...
J'accosterai sur ce rivage
Où mes rêves devenus cendres
Mêleront aux nuits de décembre
Des vers inconnus de Rimbaud...
Les pieds dans les nuages,
Accrochée aux étoiles,
Terminés mes bagages,
Je bouclerai la malle.

Rolande Michel

Publié dans Poésie

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Christine Brunet a lu "La bukinê d'Anna" de Marie-Noëlle Fargier

Publié le par christine brunet /aloys

Christine Brunet a lu "La bukinê d'Anna" de Marie-Noëlle Fargier

Curieux titre, n'est-ce pas ? Voilà pourquoi j'ai voulu lire ce roman.

Première page : l'auteur appâte son lecteur avec un poème et là, je me suis dit que je me suis trompée.

Et puis, je tourne la page et commence à lire... Tiens, d'ailleurs, à moi de vous "appâter" avec quelques lignes du tout début :

"Inanna s'accoude à la muraille, bouclier de paix, surplombant son village où la brume se lève sur les têtes ogivales, ces bâtisses vêtues de pierres sèches construites par ses ancêtres presqu'en forme de coeur, tapissées de mousses multicolores. La fraîcheur imprègne l'air de goutelettes, les feuilles mortes colorent la terre se délectant de ces perles rosées comme si elles allaient revivre."

Là je m'arrête, surprise à nouveau, et je lis la quatrième de couverture histoire de comprendre exactement où Marie-Noëlle a l'intention de m'emmener et... rien... Un court extrait qui ne m'en dit pas plus. Frustrée et un peu inquiète, je me résigne à poursuivre ma découverte sans plus de piste, à me laisser guider.

En quelques mots, me voici plongée dans un environnement que je ne connais pas, un temps sans doute lointain, bercé par les Dieux. Même si leurs noms sont connus et indiquent une période de l'histoire plutôt précise, curieusement cette accroche n'agit pas, tout au contraire d'ailleurs, un peu comme un rêve qui amène l'imaginaire là où il ne s'y attend pas : en quelques mots, je suis propulsée dans un décor presque magique avec des sihouettes aériennes, des loups qui protègent les hommes, des forêts sombres et mystérieuses, des êtres maléfiques, des sacrifices humains...

Tout commence par une mort, un secret dans un environnement d'une douceur poétique. Je m'attache immédiatement au destin des trois soeurs et je vis le récit au fil de leur devenir. Au lecteur de choisir d'aller au-delà de l'histoire et de tenter de répondre à quelques questions sur le genre humain qui égrainent le récit... enfin, s'il choisit la réflexion plutôt que le rêve...

Je n'ai plus envie de vous en dire plus. A vous de lire et de vous faire une opinion !

Est-ce que j'ai aimé, au fait ? Ce texte très visuel, ces personnages, cette atmosphère m'ont touchée plus que je m'y attendais. Merci Marie-Noëlle pour le voyage !

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

Christine Brunet a lu "La bukinê d'Anna" de Marie-Noëlle FargierChristine Brunet a lu "La bukinê d'Anna" de Marie-Noëlle FargierChristine Brunet a lu "La bukinê d'Anna" de Marie-Noëlle Fargier

Publié dans Fiche de lecture

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Le randonneur, une nouvelle de Marie-Noëlle Fargier - 2e partie

Publié le par christine brunet /aloys

Le randonneur, une nouvelle de Marie-Noëlle Fargier - 2e partie

Le randonneur- 2ème partie et fin

- Re-bonjour, nous sommes là depuis presqu'une heure mais le chemin était tellement difficile, comme vous nous l'avez dit d'ailleurs (ajoute t-il avec un petit sourire moqueur), que nous avons du mal à récupérer, me dit Casquette d'une voix presque éteinte d'où je perçois une volontaire exagération.

- Allez vous baigner, ça vous détendra ! répliqué-je.

- Non, j' ai eu trop chaud et la fraîcheur de l'eau pourrait me faire prendre froid. Un autre du groupe de Casquette rajoute : " et c'est dangereux de se baigner ainsi, nous risquons une hydrocution !"

- Mais vous me dîtes que vous êtes là depuis une heure ! Ce n'est plus dangereux, au contraire ! réponds-je, un peu agacée, je l'avoue.

- Ce Monsieur a raison, il faut être prudent après l'effort que nous avons fourni et toutes ces émotions ! intervient une femme du groupe au jogging bien repassé.

- "émotions" ? mais que vous est-il donc arrivé ? demandé-je en me disant que dès qu'ils seront repartis, j'en profiterai pour me baigner. Bob a déjà repris sa marche en nous saluant de la main.

- Si ce Monsieur n'avait pas été là (désignant Casquette), je ne serais plus de ce monde aujourd'hui !

- Une bête vous a attaquée ? demandé-je , étonnée qu'une telle fatalité puisse se produire sur des chemins salutaires. A ma question, Casquette ne peut dissimuler un sourire.

- Bien pire ! j'ai eu un malaise cardiaque mais ce Monsieur m'a sauvée ! me répond la dame au jogging bien repassé d'une voix catastrophée.

- N'exagérons rien, Madame, vous étiez simplement en train de faire une insolation et il m'a suffit de vous asperger d'eau.

Doutant qu'une personne puisse autant abuser, je lui demande si elle est soignée par un cardiologue. Elle me répond :

- Non pas jusque là. Mais je vais prendre un rendez-vous, puis s'adressant à Casquette, elle lui précise:

- Avec ce que nous venons de vivre, appelez moi par mon prénom, je m'appelle Hortense.

- Entendu, Hortense, mais je vous assure qu'il ne s'agissait que d'une insolation, lui répond Casquette de sa voix rassurante.

Un jeune couple s'approche de Casquette et s'introduit dans la conversation :

- Merci Monsieur, sans vous, nous aurions fait la bêtise de nous arrêter en plein soleil et nous aurions eu le même sort qu'Hortense.

- Je pratique la randonnée depuis longtemps et je connais ses pièges, (Casquette est tellement heureux de cette reconnaissance que je m'abstiens de lui parler du rectangle jaune sur le rocher) puis s'adressant à une petite dame, du nom d'Agathe, restée en retrait, il poursuit :

- Avez-vous récupéré ? Vous êtes encore un peu pâle. Je suis désolé de vous avoir rudoyé en vous ordonnant presque de ne pas faire de pause.

- Vous aviez sans doute raison mais n'êtes pas responsable. En fait, je sors juste d'une longue maladie qui m'a laissé quelques traces mais je récupère, le rassure Agathe.

- Pourquoi ne pas me l'avoir dit ? lui demande Casquette.

- Vous étiez si préoccupé par... Hortense, ( répond gentiment Agathe en adressant un sourire à cette dernière, murée dans un visage fermé), que je n'ai pas voulu vous rajouter du tracas. Après un moment de réflexion, Agathe rajoute prudemment : Et puis en vous observant... je me suis revue avant ma maladie, toujours prête à aider les autres, certainement pour me sentir exister et lorsque je suis tombée malade , j'ai repensé à toutes ces mains tendues vers moi auxquelles j'avais répondu, tel un bon soldat, mais peu d'entre-elles ont été présentes pendant ce long combat que j'ai mené. Aujourd'hui, je continue à aider les autres, c'est ma nature, mais en leur apprenant à se responsabiliser eux-mêmes. Ils en ressortent plus forts, reconnaissants et je me sens plus légère. A ces mots, je ne peux m'empêcher d'intervenir tant ils me paraissent justes :

- Vous avez beaucoup de sagesse, Agathe (que j'appelle naturellement par son prénom).

- Pas tant que ça, sinon je vous aurai fait confiance et j'aurai choisi votre chemin, me répond-t-elle.

- Vous n'êtes pas en cause. Je ne sais pas m'imposer et imposer aux autres mes choix car j'ai horreur d'empiéter sur la liberté d'autrui et puis je doutais un peu mais très peu, d'emprunter ce chemin non balisé, rétorqué-je.

- Pour être sincère, votre allure m'a également déroutée, me déclare Agathe.

- Mon allure ????

- Je veux dire votre chapeau bariolé, votre tee-shirt qui vous arrive presqu'aux chevilles..., votre air un peu rebelle.

- Mais, je ne suis pas rebelle, peut-être pas complètement dans "la norme", lui réponds-je en souriant.

- C'est une aventure qui va porter ses fruits car chacun d'entre nous peut en tirer une leçon, souligne la petite dame en me rendant mon sourire.

Casquette, qui nous écoute attentivement et observe mes réactions, déclare en riant :

- Je ne suis pas d'accord avec vous Agathe, ce chapeau lui va très bien !

- Peut-être, mais comme Agathe, vous n'avez pas fait confiance en....mon chapeau, répliqué-je en riant.

- J'ai dû sentir ce petit doute, me répond Casquette d'un ton très sérieux.

- Cet imperceptible doute sur lequel vous vous êtes volontiers jeté ! réponds-je en riant de plus belle. D'ailleurs, le reste du chemin est-il balisé ?

- Oui bien sûr, vous pouvez continuer avec nous si vous le souhaitez, car vous me semblez tout de même imprudente et peut-être même impulsive. En fait, rajoute t-il en riant : Vous m'avez fait penser à la chèvre de Monsieur Seguin, attirée par l'herbe grasse.

- "Imprudente" !!! Je pense avoir été la plus sage vu "l'état" de votre petit groupe même si les apparences étaient contre moi ! et je ne regrette pas ce que vous appelez "mon impulsivité" que je qualifie plutôt d'instinctivité car grâce à elle, j'ai passé un très agréable moment pendant ma balade. C'est vrai, j'ai eu la même attitude que cette petite chèvre mais n'a t'-elle pas été plus heureuse qu'attachée à son piquet ?

- Je vous rappelle qu'elle en est morte, mangée par le loup.

- Oui, mais même si sa vie a été plus courte, elle était LIBRE et HEUREUSE ! Elle n'a pas subi le temps en ayant peur de lui, elle l'a vécu ! Comme moi cette après-midi et... sans m'épuiser, ni m'insoler, n'est-ce-pas Hortense ?

- Nous devons partir tout de suite ! répond vivement Hortense au jogging bien repassé mais qui n'est plus le centre d'intérêt. Un silence lui répond. Aussitôt elle s'approche de Casquette, feignant une douleur à la jambe en lui demandant :

-Puis-je m'appuyer sur votre bras ? Je suis si fatiguée ! restes, certainement de cette insolation et j'ai hâte de retrouver le confort de ma voiture.

Très souriant, Casquette propose son bras à Hortense. Son air ravi, laisse penser qu'il est satisfait qu'Hortense lui donne raison en reconnaissant son insolation et rassuré qu'elle ait besoin de son soutien.

- Merci Monsieur, mais je ne vous accompagne pas, dis-je en ignorant la remarque de la dame au jogging bien repassé. Je compte profiter encore de cette belle après-midi et me baigner avant de repartir. Vous devriez en faire autant ?

Casquette, tête basse, regarde sa montre, puis la rivière avenante, il cogite. J'essaie d'imaginer sa pensée. Le parcours doit s'effectuer en trois heures, ils doivent repartir, ils ont perdu assez de temps à se reposer, les trois heures seront largement dépassées et Casquette se sent responsable de ce groupe, en particulier de la fragile Hortense. Agathe me regarde en haussant les épaules à la vue d'Hortense s'appuyant lourdement sur Casquette. Je souris, en me disant que Casquette doit avoir un problème d'audition car apparemment il n'a pas entendu le message de la petite dame mais qui sait ? peut-être un jour...

- Non ! me répond Casquette d'un ton sec, (je comprends alors que mon invitation à la baignade a été perçue comme une provocation chez cet homme, habitué à porter les autres et de ce fait à ce que les initiatives lui appartiennent, et puis peut être est-il un peu perturbé par les paroles d'Agathe...). Puis adoptant un ton plus jovial, il poursuit : Nous devons repartir, il reste encore une quarantaine de minutes de marche ! Bonne route à vous et bon... vent ! D'ailleurs, charmante dame, attention qu'il ne vous emporte pas votre adorable chapeau !

- Je vous rassure, je n'ai pas peur du vent, ni de l'eau, ni du soleil ! et vous Monsieur, de quoi n'avez vous pas peur ? demandé-je à Casquette d'un ton un peu ironique ?

- De l'habitude, Madame, de l'habitude seulement, me répond sobrement Casquette après un moment de réflexion.

- Je comprends, l'habitude vous ressemble, elle porte tant de monde ! Cependant, vous aimez faire des randonnées, et....comme c'est le cas aujourd'hui (rajouté-je en souriant), il y a des imprévus quand on part sur des chemins inconnus !

- Oui, mais le but final est de partir d'un point et de revenir à ce même point, ce que l'on fait toujours.

- C'est une façon de voir les choses. En fait, si je suis votre raisonnement, pour vous, la randonnée n'est qu'une boucle ?

- Oui, une toute petite boucle, Madame.

- Bon retour, Monsieur ! lancé-je en regrettant déjà de devoir retrouver ma voiture.

- A vous aussi, Madame ! me répond t-il en souriant.

Je m'apprête à lui dire "bonne chance !" puis me ravise, pas la peine, Casquette ne doit pas croire en la chance...

La dame au jogging bien repassé, affiche un air comblé. Le groupe se remet en route. Casquette m'adresse un dernier regard où se lit peut-être un certain regret mais il repart d'une allure sûre et sportive comme lors de son arrivée à "la croisée des croix" avec en plus, Hortense à son bras. Quant à moi, je glisse délicieusement dans l'onde, mon amie fidèle, avant de reprendre le chemin balisé comme une vraie écolière de la randonnée buissonnière.

Je compris plus tard que le rectangle jaune que Casquette avait cru reconnaître était bien en fait un rectangle mais avec en dessous de ce dernier, une flèche presque invisible, délavée par le temps, indiquait un changement de direction, nouvelle codification que j'avais prise pour la croix habituelle et Casquette pour le rectangle à suivre absolument....Comme quoi, nous sommes vite perdus dès que nos repères changent....même si les nouveaux nous indiquent un meilleur chemin :)

PS : Si vous trouvez un chapeau bariolé sur un chemin, merci de me le ramener. Un jour de grand vent, il s'est envolé, mon chapeau arc en ciel...

Marie-Noëlle Fargier

Publié dans Nouvelle

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Le randonneur, une nouvelle de Marie-Noëlle Fargier - 1ere partie

Publié le par christine brunet /aloys

Le randonneur, une nouvelle de Marie-Noëlle Fargier - 1ere partie

Le randonneur - 1ère partie

Qui n'a pas chaussé des baskets pour partir faire une randonnée sur nos chemins ?

Aujourd'hui nous avons tellement besoin d'air, de retrouver notre campagne pour évacuer ce qu'on appelle "le stress" et puis, en plus, c'est gratuit ! Ce besoin est d'ailleurs tellement fort que les "autorités" ont même décidé de nous aider à assouvir cette soif de marche et c'est ainsi que nous voyons nos chemins agrémentés de croix, de rectangles, de flèches, jaunes, rouges, blanches et rouges.. Toutes ces petites formes géométriques nous indiquent de continuer si nous sommes sur la bonne voie ou de "stopper"... Mais respecter ces indices nous oblige à rester sur nos gardes, tête en l'air car l'un d'entre eux peut être sur l'écorce d'un arbre ou tête baissée car il peut se dissimuler sur une pierre. Il suffit qu'un seul de ces indices vous échappe et là, c'est "la cata", vous êtes perdu ! Mais pour quelqu'un qui n'a aucun sens de l'orientation (comme moi), Je reconnais que ce périple peut-être une véritable croisière en suivant bien sûr à la lettre ce "protocole géométrique". Enfin... une croisière...j'exagère, l'effort est considérable et il n'y a pas de commandant de navire, alors comment ne pas douter certains moments sur la direction à prendre, en se posant la question fatale : n'ai-je pas raté un indice ? C'est ainsi, et pour avoir eu le même réflexe, que j'ai pu remarquer des gens, stoppés, comme à un feu rouge devant la croix de la même couleur, s'interrogeant entre eux, jusqu'à ce qu'un, plus initié, ou muni d'une carte, décide pour le groupe de franchir ou non cette croix qui ne leur est peut-être pas destinée...Le choix du chemin n'est pas toujours si facile qu'on pourrait le croire...

Vous devez vous dire "hou ! ça sent le vécu tout ça" eh bien oui, vous avez raison ! Mais pour ne pas vous laisser sur le bord de la route, je vais vous raconter.

C'était un après-midi d'été, après avoir déjeuné copieusement, la chaleur est telle qu'elle est plus un appel à la sieste qu'à un concours d'orientation spatiale avec pour navette deux jambes lourdes à faire avancer...Mais bon, je me dis que la fraîcheur des bois sera bienfaitrice, que ma circulation sanguine circulera mieux :), que mes mollets vont se raffermir et que mes yeux vont déguster toutes les merveilles de la nature.

Baskets, chapeau arc en ciel, sac à dos léger et me voilà partie ! (sans oublier l'eau indispensable, hé ! je commence à devenir une pro !). J'abandonne ma voiture, emprunte le chemin où seul le rectangle jaune apparaît, je marche, je marche, tranquille, remplis mes yeux et mon cœur en vidant ma tête. Tout va bien, pas de croix en vue, mais les bonnes choses ont toujours une fin...Cependant, les rêveurs comme moi ne s'en rendent compte qu'une fois devant l'obstacle, et c'est ainsi que perdue dans mes pensées, brutalement, une méchante croix rouge qui dessert un chemin herbeux (abrité par des arbres), m'arrête (je dois avouer que c'est le chemin herbeux qui m'a réveillée, sinon comme à mon habitude, je ne voyais pas la provocante couleur). Le rectangle jaune quant à lui, (mais était-ce réellement un rectangle ? car en regardant de plus près il ressemble plutôt à une croix...autrement dit un piège...)m' invite sur un chemin caillouteux sans une moindre trace d'ombre et mon front commence à dégouliner. Que choisir ? Je scrute chaque arbre pour retrouver mon bienveillant rectangle jaune bien net, mais rien, il n'est nulle part. J'attends un peu, me disant que la prochaine personne qui passe, je lui demande conseil. Et puis c'est plus facile sur les chemins car là, tout le monde se dit "bonjour", sans se connaître bien sûr. Il arrive même que les randonneurs qui vous croisent en position "stationnement", vous demandent si vous avez besoin d'aide (imaginez une telle situation en ville...). Je suis donc en position "stationnement", j'en profite pour boire une gorgée d'eau quand deux hommes arrivent mais apparemment ils ne font pas la randonnée ensemble. Facile à deviner, ils ne sont pas côte à côte et ont un style complètement différent. Souvent les gens d'un même groupe se ressemblent...Mais vous devez vous dire, comment peut-on avoir des styles différents pour faire de la randonnée ? Eh bien c'est possible, je m'explique. L'un deux est chaussé de gros godillots de montagne, un jogging, un imposant sac à dos, des lunettes de soleil, une casquette et il tient dans ses mains une carte. Je le soupçonne même d'avoir une boussole et des jumelles. L'autre en short long, baskets, un bob sur la tête et un sac à dos d'allure légère (enfin pas autant que le mien). Je me dis que je vais demander conseil à ce dernier mais le premier est déjà devant moi, je remarque son allure sportive. Il m'adresse un sourire et me gratifie d'un chaleureux "bonjour" et spontanément je lui demande :

- Bonjour ! Vous faîtes quelle randonnée ?

- Le chemin de la louve, me répond t-il poliment.

- C'est aussi ma randonnée mais j'hésite entre ces deux chemins, je n'arrive pas à discerner s'il s'agit d'un rectangle ou d'une croix ?

Comme je finis ma phrase, le deuxième homme arrive, s'arrête :

- Salut, vous êtes perdus ?

- Non, répond l'homme sportif, nous faisons le chemin de la louve et Madame, ne sait quel chemin prendre. J'étais en train de lui indiquer le bon, répond l'homme (que j'appellerai "Casquette") en indiquant le chemin caillouteux.

- Je fais le même ! mais j'emprunte le chemin herbeux, il est plus agréable dit l'autre (que j'appellerai "Bob" )

- Vous pouvez ! mais il est beaucoup plus long et risqué car il n' est pas signalisé, réplique Casquette en lisant sa carte avant de rajouter : et je vous assure, Madame, il s'agit bien du rectangle jaune, le temps a simplement modifié la peinture.

- Tant pis ! je prends le risque, il fait beaucoup trop chaud et puis si je me perds, je finirai bien par me retrouver et puis qui peut dire ce qui arrivera demain ? répond Bob en riant.

Et moi, je suis là, Casquette est sûr de lui et comme je réfléchis à quel chemin choisir, je remarque sur une petite colline une maison. Mais oui, bien sûr, j'ai déjà fait cette randonnée, pour m'en assurer, j'avance vers le chemin caillouteux et là spontanément, empruntant une voix chargée de ma plus belle assurance, j'annonce :

- J'ai déjà fait cette randonnée il y a quelques années ! et je me souviens parfaitement de ce chemin, il est très dur, pas un brin d'ombre, presque pas de végétation. D'ailleurs je m'étais promise de ne jamais la refaire tellement j'avais souffert ! lancé-je, persuadée de faire changer d'avis Casquette.

Les deux hommes me regardent, et je sens Casquette, indécis, et prêt à emprunter le chemin hospitalier mais au même moment un groupe qui ressemble étrangement à Casquette, nous rejoint. Ils font, eux aussi, la randonnée du "chemin de la louve" et soutiennent Casquette dans sa décision. Ensemble, ils partent donc sur le chemin de la croix ou rectangle jaune et j'ai un peu de remords de n'avoir pu convaincre Casquette, sachant ce qui l'attend.

Bob passe devant, d'une marche rapide et je le vois s'enfoncer sous les arbres. J'adopte mon rythme qui ferait sourire la gente sportive mais auquel je tiens, pour profiter de chaque arbre, chaque rocher, chaque fleur, chaque chant...Le parcours est magnifique et je ne suis pas encombrée par la quête des croix , rectangles....également rassurée, je l'avoue, de savoir Bob à quelques mètres (ou kilomètres) devant. Je profite de chaque instant. La marche, même si elle est longue, m'est tellement agréable. Je m'assois sur un rocher qui a l'air de m'attendre pour arrêter le temps et savourer longuement ce moment. J'aime profiter du présent surtout quand il s'invite de cette manière. Je me sens légère. Les arbres commencent à s'étirer, à s'espacer, le soleil me fait un clin d'oeil pour m'inviter à le rejoindre. Je décide de reprendre ma balade et comme je me relève, je remarque le magique rectangle jaune, dessiné sur le rocher. Je pense à ces pauvres malheureux qui n'ont pas pris le bon chemin ! J'arrive à une clairière où un ruisseau généreux semble me tendre les bras.

Et là, j'aperçois Bob qui nage sereinement. Sur la rive, quelle n'est pas ma surprise de remarquer Casquette, épuisé, avachi sur l'herbe, avec son petit groupe qui revêt la même apparence. Inquiète, je m'approche d'eux. Casquette me sourit, je regrette encore plus de n'avoir su être persuasive mais m'aurait-il crue ?

Publié dans Nouvelle

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La patate bouquine, le blog d'une passionnée !

Publié le par christine brunet /aloys

Supprimé pour causes techniques

Publié dans interview

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Christine Brunet a lu "Les deux portes" de Simon Andrieu

Publié le par christine brunet /aloys

Christine Brunet a lu "Les deux portes" de Simon Andrieu

Ce qui m'a attirée, dans ce bouquin, c'est moins la couverture que le thème. Le fantastique, la sf, ce sont mes genres préférés.

Nous avons là une histoire entre Star wars, Harry Potter et L'île au crâne qui allie l'action et la magie aux états d'âme d'un adolescent de 17 ans mal dans sa peau, timide, réservé même, mais qui sait (ou qui désire) être différent. Et pour le coup, il va découvrir que sa différence va au-delà de tout ce à quoi il a pu rêver.

Si le thème et les sujets abordés ne sont pas originaux, le mix de tous ces univers donne un coup de jeune au genre. Des démons, des anges, des titans, des pégases, l'amour, la peur, le doute, la magie, voilà le cocktail proposé par Simon Andrieu.

Plus original encore, l'action se déroule en Antartique et au Venezuela... Pour le coup, le lecteur voyage.

Un texte destiné aux jeunes adolescents que l'extraordinaire transporte. Quoique... non... à mettre entre toutes les mains si vous avez gardé votre âme d'ado...

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

Christine Brunet a lu "Les deux portes" de Simon AndrieuChristine Brunet a lu "Les deux portes" de Simon AndrieuChristine Brunet a lu "Les deux portes" de Simon Andrieu

Publié dans Fiche de lecture

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Barbe Perrin présente son nouveau roman "Le ciel rouge du couchant"

Publié le par christine brunet /aloys

Barbe Perrin présente son nouveau roman "Le ciel rouge du couchant"

Résumé

Le fil conducteur du ciel rouge du couchant, c’est le ciel. Rouge quand le soleil se couche les soirs d’été, signe qu’il fera beau le lendemain. Mais rouge aussi lorsque c’est le feu de la guerre qui l’embrase.

L’histoire commence à Bagdad, le 20 mars 2003, peu après l’expiration de l’ultimatum de George Bush à Saddam Hussein. Une journaliste, persuadée du bien fondé de cette guerre, y découvre la peur. Une peur à laquelle elle ne s’attendait pas, qu’elle tente vainement de juguler à coups de calmants et de rhum et qui va l’amener à s’interroger sur une autre guerre : celle qu’ont connue ses grands-parents en 1944 dans un village des Vosges.

L’histoire continue alors à La Bresse, en novembre 1944 et relate sa destruction par les Allemands.

En créant un lien de chair et de sang entre ces deux guerres, Barbe Perrin nous rappelle que même si nous vivons aujourd’hui dans une Europe en paix, la guerre reste inscrite dans notre mémoire collective. C’est cette mémoire qui nous fait ressentir ce qu’endurent les populations bombardées ailleurs dans le monde. C’est cette mémoire qui nous rappelle qu’un ciel rouge, le soir, n’est pas toujours celui du soleil couchant. C’est à dessein que les faits de guerre relatés sont essentiellement ceux qui se sont passés en 1944. Car se souvenir de la souffrance de nos parents, c’est un pas vers la compréhension de celle de nos contemporains.

L’écriture est claire et nette, l’histoire originale et les personnages attachants. Cerise sur le gâteau : seul le lecteur comprendra les liens qui unissent les personnages des deux guerres.

Court extrait

La pluie avait cessé. Dans la clairière, la sentinelle avait allumé une cigarette et fumait, le dos tourné vers les cadavres. C’était un homme d’un certain âge déjà, comme en témoignait sa moustache grise. À quoi pensait-il, seul devant les cadavres d’hommes certainement tous plus jeunes que lui ? Pensait-il à sa femme ? Ses enfants ? Ou bien au schnaps qu’il allait boire quand son tour de garde serait fini ?

Quand il vit la silhouette se détacher des arbres, il ne broncha pas. Il la laissa venir vers lui et s’arrêter à quelques pas. Dans sa bouche, où il ne lui manquait encore aucune dent, le tabac lui procurait une sensation de caramel. Il avait toujours aimé le tabac un peu sucré. Lentement, il expira la fumée par les narines. Cela l’aidait-il à ne pas sentir l’odeur des chairs rompues qui gisaient derrière lui ?

La femme qui s’approchait de lui n’avait sans doute pas vingt ans. Plus jeune, il aurait aimé la cambrure élancée qu’il devinait sous la pèlerine. Les mâchoires un peu carrées et l’iris sombre lui auraient donné l’envie de connaître sa peau. L’abandon de ses soupirs. Avait-elle assisté à l’exécution ? Le soldat haussa imperceptiblement les épaules. Qui, dans cette guerre, n’avait pas vu, à un moment ou à un autre, quelque chose d’horrible ? Lui-même, sur le front russe, avait connu plus que sa part. Mais la jeune femme s’était mise à parler, avec véhémence. Que disait-elle ? Même s’il ne comprenait pas les mots, ce qu’elle voulait lui paraissait évident : quelqu’un. Sans doute son frère, ou son fiancé. Peut-être même son père. Mais les consignes de Von Göhm étaient claires : la population n’avait pas le droit de récupérer les corps. Doucement, il tenta d’expliquer :

- Nein. Es tut mir leid. Sie dürfen nicht zu den Körpern.

Mais la femme continuait à parler et commençait à élever la voix.

- Allez-y. Prenez-moi. Tuez-moi, répétait-elle.

Le vieux soldat secoua la tête. Il ne savait pas comment se débarrasser d’elle. À tout hasard, il lui tendit son paquet de tabac.

- Rauchen. Süss. Gut.

Il tenta, pour la persuader, d’accrocher son regard. Ce regard si sombre qui l’avait frappé dès qu’il l’avait vue. Lui-même avait le regard gris de quelqu’un qui a vu trop de morts. Mais ce fut autre chose, dans ses yeux, qui capta l’attention de Jeanne. Quelque chose qu’elle n’aurait jamais pensé voir dans les yeux d’un Allemand : il la considérait avec compassion.

Sans bien savoir pourquoi, elle tendit la main. Ce faisant, elle la vit. L’homme la vit aussi, sa main. À la base du pouce se dessinaient deux rangs de perles rouges. Tout à l’heure, sans s’en rendre compte, elle s’était mordue jusqu’au sang.

Le regard de l’homme se voila. Était-ce la honte ? La honte d’avoir abattu vingt sept hommes devant cette femme dont les courbes lui rappelaient le plaisir d’être vivant ? La honte d’être la sentinelle qui interdisait de rendre à ces vingt sept vies l’hommage d’une sépulture ? Il savait qu’on allait les laisser là, figés dans leur chute, pendant au moins vingt quatre heures et que, si jamais on les enterrait, ce serait dans une fosse commune. Un fossé où leurs noms n’apparaîtraient jamais.

L’homme prit une pincée de tabac et une feuille de papier. Il roula une cigarette, qu’il tendit à Jeanne. Comme elle la portait à ses lèvres, il craqua une allumette et lui offrit du feu.

- Es tut mir leid.

Jeanne tira une bouffée, puis deux. Puis, sans plus regarder l’homme, elle écrasa la cigarette et retourna vers les buissons.

Barbe Perrin

http://barbeperrin.over-blog.com/

(site en déconstruction permanente)

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"Au fil des pages" chronique en vidéo "Les 10 petites négresses" de Bob Boutique

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A coeur ouvert d'Athéna Giove dans le Bibliothécaire

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