Laurent Dumortier dans l'Avenir.net
http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=dmf20141116_00559415
Échappée noire à travers Tournai
Directeur des Éditions Chloé des Lys, Laurent Dumortier offre à de nombreux auteurs la possibilité d’une publication. Des romans, un texte théâtral, des recueils de poèmes et de nouvelles, viennent d’être présentés sur un vaste stand, lors de Tournai la Page.
Parmi ces livres, il en est un qui est dû à sa plume: «La fille à la Mercedes », un récit poétique illustré de photographies de Geoffrey Baele. Du carrefour du Dôme aux rives de l’Escaut, une conductrice aux cheveux de jais traverse la cité. On la devine anxieuse, habitée de tourments: «Près du fort rouge/Elle entend/Les murmures du vent ». Une halte, une rencontre, un destin plus lumineux, au cœur de la ville: «De la volée des/257 marches de l’escalier/Chacune est un pas plus près/Vers le mât du voilier ».
Les textes brefs révèlent des moments tendres et d’autres, tumultueux. Laurent Dumortier emmène le lecteur sur les pas d’un couple, dont on ne sait presque rien. À lui d’imaginer ce qui se dessine entre les images poétiques, les photographies qui se succèdent, comme des cartes postales. Le désarroi des unes, la sérénité des autres: elles abritent le secret de cette rencontre improbable, ancrée dans les venelles de la cité. «Tu crois/Qu’un pont de souvenirs/Pourra/Nous réunir/Mais… »
Marie-Noëlle Fargier a lu "Pourquoi pas ?" de Marcelle Pâques
« Pourquoi pas ? » de Marcelle Pâques
Après avoir lu quelques extraits de ce recueil, l'écriture de Marcelle Pâques, me touche à tel point que je ne peux m'empêcher de vouloir découvrir ce que cachent les points de suspension...
De suite, Marcelle Pâques m'invite à une balade : j'arrive dans un jardin où je rencontre Céline, éclatante de jeunesse.... En chemin je croise des personnages, chacun incarne la relation à l'autre (de la meilleure à la pire). Marcelle Pâques qui m' a invitée à partager ce bout de chemin, me présente ces hommes, femmes, d'une façon passionnée et passionnante en y mêlant révolte, audace, sagesse... et ce dans une poésie délicieuse, colorée de douceur qui s'accentue au fil du temps, pour aboutir à une exemplaire philosophie.
Marie-Noëlle Fargier
Gaïa, une poésie de Marie-Noëlle Fargier
Oh Gaïa
Si douce et ordinaire
Dégoulinant sur les mains
S’incrustant en ton sein
Jusqu’au sang
Oh Ouranos
Soufflant dans les poumons
Bleuissant ton horizon
Jusqu'à ton lendemain
Oh Hélios
Brûlant dans tes os
Jusqu’à ton premier temps
Oh Thalassa
Inondant chaque ère
Jusqu'à ta créative terre
Et toi l’arbre magique
Je te serre contre moi
Et ta force m’embrase de ton halo
Elle est là, vérité unique
Si réelle, si allégorique
Je te confonds terre, ciel et mer, soleil
Pour ne faire qu’un
Et te partager avec elle,
Mon Ambre,
Mon Univers.
Marie-Noëlle FARGIER
Conte d'hiver, une nouvelle signée Silvana Minchella
CONTE D’HIVER
Réveillez-vous Seigneur Hiver !
Votre ami Blizzard frappe à la porte de votre château. Bise l’accompagne, pour vous ramener ici d’un baiser piquant sur vos lèvres gelées.
Venez, Sire, votre règne est arrivé !
La dernière feuille a été emportée par les vents de Dame Automne.
Le sol s’est refermé et est entré en méditation.
Réveillez-vous Seigneur Hiver !
Sortez de vos coffres les neiges immaculées, polissez les glaces, affûtez les vents, convoquez les tempêtes, vérifiez les éclairs, ne laissez rien aux mains de l’incontrôlable Hasard , ce troubadour faiseur de pétards mouillés et de vents qui tournent mal.
Que votre règne soit impitoyable ! Et que jamais ne parviennent à vos royales oreilles les mots offensants : « L’hiver est doux cette année ».
Prenez, Majesté, les clés que Blizzard a arrachées des mains de votre cousine, la reine Automnia. Regardez-la s’enfuir épouvantée, dans son carrosse aux couleurs rutilantes…
Les bruits de couloirs glacés vous conteront, Sire, que votre cousine s’est laissée séduire par un bel été indien… écoutez les portes qui claquent vous raconter qu’il y eut plus de soleil que d’ondées, plus de chants d’oiseaux que de grondements de tonnerre.
Ridicule ! dites-vous ?
Il semblerait pourtant, selon mes sources encore vives, que ce fut très apprécié par toutes les créatures vivantes…
Lors de vos inspections des forêts, chaque craquement de bois vous contera les charmants détails de cette idylle, vantera le charme de cet indien qui a embrasé les rousseurs de sa belle…
Non, non, ne me raccompagnez pas, Sire, je sors !
© Silvana Minchella
Jana Rehault : "Quelqu’un a dit qu’il n'y a pas trente-six façons d’écrire, il y en a trente-six mille. Je pense que c’est aussi valable pour la définition de l’écriture."
/http%3A%2F%2Fwww.bandbsa.be%2Fcontes3%2Frehaulttete.jpg)
Janna Rehault, une voyageuse, une auteur de SF, une auteur qui titille notre imagination et notre curiosité depuis plusieurs mois avec des extraits de son roman "La vie en jeux". Même le titre surprend. Je ne pouvais que lui demander de répondre à quelques questions ce qu'elle a fait avec rapidité, réactivité et... créativité !
Tu te présentes succinctement ?
Je suis Janna ; j’ai 35 ans, je viens du Kazakhstan (l’ex-URSS). Ça fait 12 ans que je vis en France. J’ai fait des études en Sciences Po. Je travaille essentiellement dans l’humanitaire ; sinon, je fais de la traduction et donne des cours de russe.
Tu voyages beaucoup : est-ce que ton écriture et ton univers s'en ressentent ?
Je dirais que mon écriture s’en ressent indirectement, dans le sens où je ne parle pas des voyages dans ce que j’écris (mais je compte le faire dans mon prochain roman) ; ça serait plutôt l’expérience de vie que j’ai acquis en voyageant - la rencontre avec d'autres cultures, la connaissance des modes de penser et de vivre différents – qui a influencé mon écriture.
Ecrirais-tu différemment si tu étais restée dans ton pays natal ?
Je crois que j’aurais le même style ; par contre, les sujets et les personnages ne seraient pas tout à fait les mêmes. Et certainement, mes points de vue sur beaucoup de questions seraient très différents de ceux que j’ai aujourd’hui. Je pense que j'ai vraiment la chance d'avoir deux cultures : cela a beaucoup élargi ma vision des choses.
Définis le mot écriture (ta déf, hein)
Quelqu’un a dit qu’il n'y a pas trente-six façons d’écrire, il y en a trente-six mille. Je pense que c’est aussi valable pour la définition de l’écriture. Pour moi, elle dépend surtout des raisons pour lesquelles on écrit. Ça peut aller d’un simple plaisir d’inventer des histoires à une sorte de thérapie libératrice. On n’écrit pas tous pour les mêmes raisons. Pour certains c’est une façon de fuir la réalité ou de se créer son propre monde, pour d’autres - une possibilité d’exprimer leurs idées ou de faire partager leurs expériences, ou encore un moyen de mieux comprendre soi-même. Et évidemment, la chose que nous avons tous en commun c’est la pulsion créatrice.
Définis ton style
Je dirais que mon style est assez minimaliste, dans le sens où je ne donne pas de longues descriptions des lieux ou des aspects visuels des choses. Par contre, j’ai une fâcheuse tendance à plonger dans les réflexions soi-disant « philosophiques ». J’aime bien argumenter en faveur des points de vue différents, voire opposés, et en général, j’évite de donner un jugement définitif. Je préfère laisser le lecteur construire sa propre opinion.
Depuis quand écris-tu ?
J’ai commencé par compléter ou changer la fin des histoires que je lisais ; j’avais 8 ou 9 ans. Mais pour écrire mes propres histoires, il a fallu que j’atteigne 13 ou 14 ans.
Un déclencheur ?
Ma crise d’adolescence. Comme beaucoup, je l’ai assez mal vécue. Donc, c’était en quelque sorte une échappatoire.
Que lis-tu ?
En ce qui concerne la littérature, je lis surtout les classiques du 20ème siècle. Sinon, je lis beaucoup sur l’Histoire, l’art et la philosophie.
Un grand merci, Janna, pour ce partage !
Christine Brunet
www.christine-brunet.com
Parle-moi de ton livre
C’est un roman ; le titre est « La vie en jeux ». C’est une sorte d’anti-utopie. L’action se déroule dans les années cinquante du 21ème siècle dans la Fédération Européenne. A première vue il s’agit d’un meilleur des mondes qu’on peut s’imaginer selon nos aspirations d’aujourd’hui : la violence est minimisée ; les crimes ne se font pratiquement plus ; la vie humaine et les droits de l’homme sont sacralisés ; les maladies sont vaincues par l’ingénierie génétique ; ceux qui subissent une mort non naturelle « ressuscitent » grâce au clonage ; ceux qui subissent des chocs psychologiques se font libérer de leurs traumatismes grâce à la modification de mémoire, etc. Pas de totalitarisme, ni d’asservitude des hommes par les robots.
En même temps, les gens voient leur vie se déplacer progressivement dans les espaces virtuels dont les prototypes sont des métavers d’aujourd’hui. C’est là que se vit la vie sociale, professionnelle, sentimentale. La plupart des résidents des métavers ne quitte le monde virtuel que par nécessité, pour satisfaire le minimum de leurs besoins vitaux. Ils identifient leur personnalité à leurs avatars dans le métavers, la soi-disant « e-identité », pendant que leur être du monde réel se considère plutôt comme une enveloppe matérielle, un support de leur existence virtuelle. Le non-vivant devient l’objet des affections de l’homme et, grâce aux substituts tels que jeux vidéo, télé réalité, feuilletons, etc., on ne vit que par procuration.
Tes personnages ? D'où sortent-ils ?
Certains sont tirés de l’imagination ; d’autres sont inspirés de personnes réelles que j’ai connues. Par ailleurs, beaucoup de mes amis qui ont lu mon roman m’identifient avec mon héroïne principale. Je ne suis pas tout à fait d’accord ; mais il est vrai que c’est surtout à travers elle que j’exprime mes pensées.
Pourquoi avoir choisi un roman qui se déroule dans le futur ? L'anticipation, la SF sont-ils des genres qui ont ta préférence ?
- Oui, j’aime beaucoup les romans d’anticipation. Par contre, je n’ai pas choisi le contexte futuriste par pure passion pour la science-fiction. C’est plutôt un moyen « technique » qui permet de pousser à l’extrême les tendances de la société d’aujourd’hui afin de les remettre en cause.
Quelles idées veux-tu véhiculer via ton roman puisque tu parles "débats philosophiques"
- Par exemple, l’une des controverses gravite autour de la modification de la mémoire, servant à éliminer les souvenirs traumatisants chez les individus. Son objectif peut paraître judicieux : libérer l’homme des souffrances du passé. En même temps, effacer les souvenirs négatifs n’équivaut-il pas à rétrécir ou réduire sa personnalité ? De même, en ce qui concerne les criminels : dans mon roman on ne les punit plus, on leur modifie la mémoire. On a abolie la tradition carcérale considérée comme inhumaine et inefficace. Cependant, est-ce tellement mieux d’enlever de force les souvenirs à un homme et ainsi l’obliger à être « gentil » ? Le discernement moral ne doit-il pas rester dans le cadre d’un choix libre de l’individu ?
- D’autres « débats philosophiques" portent sur le clonage et le droit au suicide, sur la réalité virtuelle (est-elle capable de rendre l’homme heureux et remédier à tous les problèmes ?) ; sur l’art (vaut-il tous les sacrifices ? peut-on qualifier d’art celui créé par des machines ?), etc.
Parle-nous de tes personnages : si j'ai bien compris, tu as une héroïne ?
- Oui, la principale héroïne est Alexandra, une jeune fille qui, suite au clonage de son frère, commence à remettre en question les phénomènes de la société dans laquelle elle vit. En même temps, elle est aussi le produit de cette même société ; et son conditionnement fait qu’elle se perd dans les spéculations purement intellectuelles au lieu de chercher des solutions plus simples et plus directes.
- Un autre personnage important est son meilleur ami Max. C’est un jeune intellectuel qui se veut profondément humaniste mais qui reste le défenseur le plus ardent de cette société. Défendant les visions complétement opposées, ces deux protagonistes mènent tout au long du roman un duel idéologique. Alexandra dénonce ce qu’elle qualifie de nécrophilie sociale, en parlant de la société où le virtuel ou mécanique devient l’objet des affections de l’homme. Quant à Max, il n’attache pas beaucoup d’importance au mode de vie des gens ; pour lui l’essentiel est qu’ils se plaisent dans leur monde (peu importe, réel ou virtuel) et que rien ne les fasse souffrir.
Pourquoi avoir mis dans ton titre le mot "jeu" au pluriel ?
- C’est un jeu de mots. Comme les gens dans mon roman passent leur vie dans un monde virtuel, on peut dire qu’ils ne vivent plus, ils ne font que jouer la vie. Par conséquent, la vie réelle se trouve rétrécie, et l’essence même de la vie est en jeu.
Allez, pour la conclusion, tu nous livres le synopsis de ton roman ?
- Comme je l’ai déjà dit, c’est une sorte d’anti-utopie qui a lieu dans les années cinquante du 21ème siècle.
- Plusieurs actions se déroulent simultanément. L’une d’elles commence par la participation de la principale héroïne Alexandra au mouvement des biophiles. Ce mouvement rassemble des jeunes « rebelles » autour d’un suicidaire Ruud qui réclame un droit de ne pas être cloné en cas de suicide. Or dans ce monde, le clonage d’un être humain est obligatoire s’il meurt d’une mort non naturelle. S’en suivent des manifestations, des débats télévisés, un procès et, au final, une décision de tribunal.
- Une intrigue parallèle concerne la relation d’Alexandra avec son meilleur ami Max dont elle est secrètement amoureuse. Max crée une femme virtuelle qui incarne son idéal féminin et dont il tombe follement amoureux. Jalouse au début, Alexandra apprend que pour créer son idéal, Max s’est servi d’elle comme d’un modèle, c’est-à-dire il l’a programmé en se basant sur le physique et le caractère d’Alexandra. Une question s’impose : pourquoi au lieu de tenter la vraie relation avec la vraie Alexandra, Max préfère-t-il sa copie numérique ? Par timidité ? Ou bien, parce qu’il est incapable d’aimer une femme réelle, et ne peut s’attacher qu’aux entités virtuelles?
- En même temps, le frère d’Alexandra (avec qui elle est extrêmement proche) se fait cloner après sa mort survenue suite à un accident. Alexandra se voit partagée entre l’amour pour son frère et une animosité envers son clone. Elle ne parvient pas à accepter ce dernier en tant que frère mais s’accroche à l’espoir que son frère continue à exister à travers son clone. La barrière psychologique qui les sépare depuis, l’empêche d’aborder le problème directement et l’incite à chercher des moyens détournés. C’est donc dans l’espace virtuel que leurs retrouvailles devraient avoir lieu.
L'auteur ? Didier FOND !
CES OBJETS QUI CHUCHOTENT DANS LES TENEBRES…
Craignez-vous l’obscurité et le monde étrange des appartements abandonnés ? Craignez-vous les mille petits bruits, la nuit, qui hantent votre monde familier ? Savez-vous d’où viennent ces frissons soudains qui parcourent votre corps, alors que, blottis sous la couette, vous attendez le sommeil dans une semi torpeur propre aux découvertes les plus étranges ?...
Imaginez une maison, un appartement, fermé(e) depuis des semaines, ou des mois, des années… Volets clos, qui laissent à peine filtrer une lueur blanchâtre, mouvante ; les parquets sont recouverts d’une mince couche de poussière ; dans les coins, à l’angle des murs, quelques filaments noirâtres semblent agités de soubresauts presque humains ; les meubles sont encore là, témoins muets et déjà oubliés d’une vie passée, d’une existence qui n’a rien laissé d’autre derrière elle que ces objets d’un quotidien définitivement enfui… La moisissure colle aux murs, aux chambranles des portes, aux montants des fenêtres. Le silence est partout, même le glissement de vos pas sur les lattes du parquet ne parviennent pas à troubler la létale sérénité des lieux.
Sur une table, un livre ouvert, abandonné au moment du départ ; il récite à voix basse, inlassablement, le même texte ; quelques champignons ont déjà envahi ses pages, mais le murmure ne cesse pas, peut-être devient-il seulement moins audible, plus ténu, comme déjà étouffé par la lente décomposition du papier… Sur la cheminée, des bibelots, nombreux ; figurines de porcelaines qui se racontent leur vie d’antan, photographies de ceux qui ont été aimés et qui balbutient leurs derniers mots ; une peluche autrefois rose mais que le temps et l’humidité ont rendu presque blanche ; elle pleure, larme à larme, sa splendeur de jadis.
Le secrétaire est encore ouvert ; éventré, il montre ses viscères avec une pudeur nostalgique. Il offre à qui veut s’en saisir les lettres de naguère, rangées là par une main fiévreuse ou nonchalante, lettres d’amour, lettres d’affaires, courrier devenu inutile et que la main du temps mutile peu à peu… Quelques stylos vous attendent ; ils dardent vers vos doigts l’éclat déjà terni de leur plume, priant pour que, une fois encore, ils puissent accomplir ce pour quoi ils ont été créés… Mais vous passez, fantôme impalpable, c’est à peine si votre main a effleuré le bois un peu vermoulu, rongé par les termites ; l’éclat s’atténue, disparaît ; il ne reste de ce reliquat de l’écrit qu’un peu d’encre séchée et un ultime soupir.
Le lit, dans la chambre. Il y a bien longtemps qu’il n’a pas été défait. Garde-t-il encore l’empreinte des corps qu’il a bercés ? Non. Sa mémoire s’est effacée, il erre dans les labyrinthes de l’oubli et ne peut que chuchoter quelques bribes de mots, à peine prononcés, hachés, effilochés, comme les couvertures, comme ces draps qui le recouvrent et qui, eux aussi, sont voués à une lente destruction. Même les oreillers n’ont plus grand-chose à dire ; ils répètent les mêmes sons, ceux entendus pendant tant d’années, mais leur voix n’a plus d’intonation : monocorde, elle débite sans conscience ce qu’ils ont retenu. Les rideaux de velours sont fermés. Ils ont gardé l’apparence de leur lustre d’antan ; pourtant, bien dissimulées entre leurs fibres, la poussière et l’usure ont déjà commencé leur œuvre de mort. Vous les effleurez du bout des doigts ; ils bougent un peu, murmurent un vague remerciement puis replongent dans leur hébétude.
Sur la table de chevet, une lampe à l’abat-jour fané, une bougie à moitié consumée ; un réveil dont les aiguilles marquent obstinément la même heure ; il a oublié le temps, tout comme le temps l’a oublié. Et puis un autre livre, fermé ; celui-là ne parle pas. Il écoute. Il écoute les gémissements de la bougie, les ricanements de la lampe, le silence du réveil. Il garde pour lui ses pensées et rêve à son devenir…
Glissez le long des corridors, entrez dans ces mille et une pièces, écoutez : ce chuchotement dans les ténèbres, ce sont les objets qui se souviennent ; la nuit aussi, vous les entendez. Ils vous bercent ou vous effraient. Ils sont là. Non pour toujours, mais pour un petit, tout petit instant de conscience où vous avez enfin l’impression d’accéder à l’éternité…
Didier Fond
fonddetiroir.hautetfort.com
Qui est l'auteur de cette nouvelle ?
CES OBJETS QUI CHUCHOTENT DANS LES TENEBRES…
Craignez-vous l’obscurité et le monde étrange des appartements abandonnés ? Craignez-vous les mille petits bruits, la nuit, qui hantent votre monde familier ? Savez-vous d’où viennent ces frissons soudains qui parcourent votre corps, alors que, blottis sous la couette, vous attendez le sommeil dans une semi torpeur propre aux découvertes les plus étranges ?...
Imaginez une maison, un appartement, fermé(e) depuis des semaines, ou des mois, des années… Volets clos, qui laissent à peine filtrer une lueur blanchâtre, mouvante ; les parquets sont recouverts d’une mince couche de poussière ; dans les coins, à l’angle des murs, quelques filaments noirâtres semblent agités de soubresauts presque humains ; les meubles sont encore là, témoins muets et déjà oubliés d’une vie passée, d’une existence qui n’a rien laissé d’autre derrière elle que ces objets d’un quotidien définitivement enfui… La moisissure colle aux murs, aux chambranles des portes, aux montants des fenêtres. Le silence est partout, même le glissement de vos pas sur les lattes du parquet ne parviennent pas à troubler la létale sérénité des lieux.
Sur une table, un livre ouvert, abandonné au moment du départ ; il récite à voix basse, inlassablement, le même texte ; quelques champignons ont déjà envahi ses pages, mais le murmure ne cesse pas, peut-être devient-il seulement moins audible, plus ténu, comme déjà étouffé par la lente décomposition du papier… Sur la cheminée, des bibelots, nombreux ; figurines de porcelaines qui se racontent leur vie d’antan, photographies de ceux qui ont été aimés et qui balbutient leurs derniers mots ; une peluche autrefois rose mais que le temps et l’humidité ont rendu presque blanche ; elle pleure, larme à larme, sa splendeur de jadis.
Le secrétaire est encore ouvert ; éventré, il montre ses viscères avec une pudeur nostalgique. Il offre à qui veut s’en saisir les lettres de naguère, rangées là par une main fiévreuse ou nonchalante, lettres d’amour, lettres d’affaires, courrier devenu inutile et que la main du temps mutile peu à peu… Quelques stylos vous attendent ; ils dardent vers vos doigts l’éclat déjà terni de leur plume, priant pour que, une fois encore, ils puissent accomplir ce pour quoi ils ont été créés… Mais vous passez, fantôme impalpable, c’est à peine si votre main a effleuré le bois un peu vermoulu, rongé par les termites ; l’éclat s’atténue, disparaît ; il ne reste de ce reliquat de l’écrit qu’un peu d’encre séchée et un ultime soupir.
Le lit, dans la chambre. Il y a bien longtemps qu’il n’a pas été défait. Garde-t-il encore l’empreinte des corps qu’il a bercés ? Non. Sa mémoire s’est effacée, il erre dans les labyrinthes de l’oubli et ne peut que chuchoter quelques bribes de mots, à peine prononcés, hachés, effilochés, comme les couvertures, comme ces draps qui le recouvrent et qui, eux aussi, sont voués à une lente destruction. Même les oreillers n’ont plus grand-chose à dire ; ils répètent les mêmes sons, ceux entendus pendant tant d’années, mais leur voix n’a plus d’intonation : monocorde, elle débite sans conscience ce qu’ils ont retenu. Les rideaux de velours sont fermés. Ils ont gardé l’apparence de leur lustre d’antan ; pourtant, bien dissimulées entre leurs fibres, la poussière et l’usure ont déjà commencé leur œuvre de mort. Vous les effleurez du bout des doigts ; ils bougent un peu, murmurent un vague remerciement puis replongent dans leur hébétude.
Sur la table de chevet, une lampe à l’abat-jour fané, une bougie à moitié consumée ; un réveil dont les aiguilles marquent obstinément la même heure ; il a oublié le temps, tout comme le temps l’a oublié. Et puis un autre livre, fermé ; celui-là ne parle pas. Il écoute. Il écoute les gémissements de la bougie, les ricanements de la lampe, le silence du réveil. Il garde pour lui ses pensées et rêve à son devenir…
Glissez le long des corridors, entrez dans ces mille et une pièces, écoutez : ce chuchotement dans les ténèbres, ce sont les objets qui se souviennent ; la nuit aussi, vous les entendez. Ils vous bercent ou vous effraient. Ils sont là. Non pour toujours, mais pour un petit, tout petit instant de conscience où vous avez enfin l’impression d’accéder à l’éternité…




/image%2F0995560%2F20141228%2Fob_17e4f7_eveil1recto.jpg)
/image%2F0995560%2F20141228%2Fob_fac0d8_terreadieurecto.jpg)
/image%2F0995560%2F20141228%2Fob_2bcedc_louves.jpg)

/image%2F0995560%2F20141119%2Fob_4cd23f_grandperecover.jpg)
/image%2F0995560%2F20141119%2Fob_3ac624_annonciade.jpg)