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Didier Fond présente son nouveau roman, "L'Annonciade"...

Publié le par christine brunet /aloys

 

http://www.bandbsa.be/contes2/fond2.jpg

 

 

 

L’ANNONCIADE

 

 

 

L’Annonciade, c’est un retour dans le passé. Oh, pas un passé très éloigné : les années 1960. Mais écrire ce roman fut pour moi l’occasion de revenir un bon nombre d’années en arrière, dans un quartier de Lyon que j’ai définitivement quitté et où j’avais vécu toute mon enfance et mon adolescence.

 

Lorsque ce projet m’est venu à l’esprit, je n’avais en tête que l’intrigue policière ; le quartier des Pentes n’étaient alors qu’un décor et rien de plus. Ce qui comptait, c’était la façon dont j’allais dévoiler peu à peu les informations nécessaires à la découverte de la vérité, sans jamais faire intervenir directement la police ou un enquêteur quelconque. Tout devait être révélé par les rumeurs et les conversations des gens du quartier. La police n’apparaissait qu’à la fin, pour clore le récit. C’était en soi un exercice suffisamment périlleux sur le plan purement technique de la narration.

 

Et puis, petit à petit, au fil des pages, les souvenirs d’autrefois sont revenus à ma mémoire ; j’ai donc entrelacé dans l’intrigue des portraits, plus ou moins fidèles, des gens que j’avais côtoyés. Les conversations ont pris un tour différent, et la description en 1966 de ce quartier des Pentes, un peu comme une photographie prise sur le vif,  est devenue presque le point central du récit. Heureusement, je n’avais pas perdu de vue mon projet original ; mais il n’a pas été facile de mêler ce qui relevait de l’intrigue policière et ce qui se voulait un instantané d’une époque révolue.

 

Car, en presque cinquante ans, le quartier des Pentes de la Croix-Rousse a beaucoup changé, ce qui, en soi n’a rien d’étonnant. L’évolution était sans doute nécessaire. Et les gens qui m’ont servi de modèles ont, pour la plupart, tous disparus. Que leurs descendants se rassurent : j’ai suffisamment modifié la vérité pour qu’ils deviennent des personnages de roman, c'est-à-dire des êtres fictifs, qui ne sont pas les êtres réels. Je crois qu’il faut insister sur cette caractéristique fondamentale de la littérature qui se sert du réel pour exister mais que l’écriture modifie considérablement, au point de créer d’autres êtres humains qui n’ont rien à voir avec ceux qui vivent dans le monde concret, à trois dimensions, même si leurs aventures ressemblent beaucoup à celles que nous pourrions vivre. La « photographie » dont j’ai parlé plus haut ne veut restituer que l’ambiance, l’atmosphère de village du quartier des Pentes et de cette ville que j’aime tant ; si elle a valeur de « documentaire », c’est seulement à travers les façons de vivre, de considérer les rapports humains, à travers les aspirations des personnages, leur appréhension du monde qui les entoure et qui sont surtout liées à une époque, des milieux sociaux, des lieux (l’opposition entre le quartier des Pentes et le quartier d’Ainay est à cet égard tout à fait significative) et non à travers la fidèle restitution de ce qu’ils étaient réellement. Et cela parait évident, car le point de départ du roman, le meurtre de la rue de L’Annonciade, est totalement fictif, de même que tous les événements qui l’entourent. Il m’a fallu donc « mettre » en quelque sorte les personnages au service de l’intrigue et par là même, leur donner une dimension hors de la réalité.

 

Par exemple, cette sale fouine d’Emeline Lemaire (qui ressemble à la Justine Putet de Clochemerle, je m’en suis aperçu une fois le roman achevé, et j’imagine que j’ai subi inconsciemment le poids de l’œuvre de Gabriel Chevallier) est un personnage totalement inventé. Elle réunit en elle toutes les particularités des vieilles femmes que j’ai pu côtoyer dans mon enfance. Mais elle est un élément essentiel du puzzle, pour des raisons que je ne dévoilerai pas, car elles sont liées à la résolution de l’énigme. En ce qui concerne Edith Martin, la laitière, un des personnages principaux du roman puisque l’essentiel se passe dans son magasin, si j’ai accentué son côté « excentrique » et « douce ahurie », j’avoue que certains traits sont en revanche totalement vrais, entre autres sa manie de laisser la porte de son magasin grande ouverte en plein hiver… parce qu’elle ne supporte pas l’odeur du fromage. Mais les gens d’Ainay et tout ce qui est lié à leur passé sont, eux, des créations de mon imagination, rendues nécessaires par l’intrigue.

 

L’Annonciade n’est pas un roman nostalgique ; en tous cas, il n’a pas été écrit avec l’idée de magnifier le passé pour mieux descendre le présent.  Evoquer l’autrefois ne veut pas dire le regretter. L’époque où nous vivons n’a certes rien de réjouissant, mais celle qui se dessine à travers les pages du roman n’est guère attrayante non plus. Penser qu’elle était exempte des difficultés quotidiennes, du mal de vivre, de la souffrance morale est une aberration, et un non sens.

 

Cependant, lorsqu’il m’arrive de revenir dans le quartier des Pentes et que je revois ces rues qui furent pour moi le monde entier pendant de longues années, je ne peux m’empêcher d’avoir le cœur serré. Il n’y a plus rien, ici. Je veux dire, rien de ce que j’ai connu. Plus de magasins mais des pianos-bars, des pubs où la « jeunesse » branchée vient se divertir le soir. Et quand j’évoque la rue Pouteau, ce lieu central du roman, ce n’est pas ce désert de devantures définitivement closes que je revois ; ce ne sont pas ces trottoirs livrés le soir à cette pieuvre monstrueuse qu’est l’industrie automobile. C’est la rue pavée grouillante d’une vie populaire, avec ces groupes de femmes bavardant au coin d’une rue, c’est ce flot incessant de piétons qui coulait entre le Plateau et les Terreaux, cette agitation de l’heure vespérale où le trolleybus déversait sa cargaison de travailleurs harassés, où hommes et femmes remontaient de la Presqu’île et s’arrêtaient à la pâtisserie, à la charcuterie, à la laiterie… Personne ne songeait à communiquer. On parlait, simplement.

 

La superbe couverture réalisée par France Delhaye ne donne pas de piste concernanthttp://www.bandbsa.be/contes3/annonciade.jpg l’intrigue, mais donne par contre une des clefs symboliques du roman : du haut de la colline de Fourvière, la ville est dominée par deux statues : l’une, miséricordieuse, de Marie, l’autre, vengeresse, de Saint Michel. Et c’est ce dernier qui apparaît de dos, au premier plan. Il représente à la perfection le poids des conventions sociales et morales, de l’éducation et de la religion qui, avant 1968, écrasaient les aspirations individuelles et pouvaient être ressenties, paradoxalement, à la fois comme un précieux garde-fou et comme une intolérable absence de liberté. La lance de Saint Michel n’est-elle pas comme une menace invitant les hommes à ne point transgresser les interdits ?...

 

J’ai aussi voulu évoquer, surtout dans les premières et les dernières pages du roman, l’importance à cette époque du brouillard à Lyon. Avec ses deux fleuves, ses marécages du Rhône non encore asséchés, la ville était réputée pour son ambiance brumeuse, grise, triste. Les façades noires et crasseuses de ses maisons ajoutaient encore à cette atmosphère qualifiée de « lugubre ». Certes, lugubre, elle pouvait l’être ; mais quelle poésie perdue dans ces nuances de blanc, de gris et de noir…

 

Sur le plan symbolique, le brouillard est important, dans L’Annonciade, même s’il n’apparaît qu’au début et à la fin : il cache, travestit, déforme. Derrière ce rideau blanc, se dissimulent les envies secrètes, les complots occultes, les manœuvres frauduleuses… Mais ne permet-il pas également, comme les masques de Carnaval, d’être librement soi-même, de se révéler enfin tel qu’on est, ne serait-ce que le temps d’une soirée ?...

 

Il n’y a plus de brouillard sur les Pentes. Ni à Lyon même. De vrai brouillard. Je refuse de donner ce beau nom à cette brume légère et vaporeuse qui enveloppe parfois la ville et qui vient beaucoup plus souvent du couloir de la pétrochimie que du Rhône ou de la Saône. J’ai connu des petits matins sublimes sur les ponts, perdu dans l’opacité des volutes blanches, quand le vert émeraude des eaux du Rhône jaillissait tout à coup à la faveur d’une trouée. J’ai senti, humé, adoré cette odeur de marais qui montait des fleuves et vous plongeait dans un univers qui n’avait pas besoin d’enchanteur ou de sorcier pour être magique. J’ai connu dans les rues de cette ville des plaisirs désormais interdits, aussi interdits que le sont à présent la fumée des cigarettes et l’odeur de la sueur.

 

Il n’y a plus de maisons crasseuses, noires, couvertes de suie et de pollution ; il n’y a plus de ruelles sombres et mystérieuses. Du moins ne les vois-je plus. La souillon s’est mis du fard aux joues. Elle est devenue ouvertement belle. Et c’est bien, finalement.

 

Mais à la splendeur et la richesse de Shéhérazade, j’ai toujours préféré la beauté cachée de Cendrillon.

 

 Didier FOND

 

 

http://fonddetiroir.hautetfort.com/

Publié dans présentations

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Christine Brunet a lu "Farces et attrapes" de Gilles Saint-Laurent

Publié le par christine brunet /aloys

 

Photo Christine Brunet NB

 

 

J'ai donc lu, "Farces et attrapes" de Gilles Saint-Laurent. Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, ce nom est un pseudo... celui de Laurent Dumortier, bien connu par ailleurs pour ses recueils poétiques.

 

Pourquoi ai-je choisi ce petit recueil de nouvelles ? D'abord par envie récurrente de lire du fantastique... Et puis je voulais découvrir ce que Laurent avait publié sous cette autre identité. Bien entendu, le titre aurait pu être un atout supplémentaire mais je me suis laissée guider dans ce choix par... l'auteur lui-même.

 

Lorsque je l'ai reçu, j'ai été vaguement déçue de constater qu'il ne s'agissait pas là, sans doute, d'unhttp://www.bandbsa.be/contes3/farcesattrappesrecto.jpg recueil de textes à tendance SF ou fantastique mais le dessin de la couverture m'a interpellé. J'ai ouvert le livre... et je ne l'ai plus refermé jusqu'au point final !

 

D'accord, j'en conviens, le titre augure rires, fêtes familiales et joies enfantines... Un titre qui est, en lui-même, une farce...

 

J'ouvre le livre et me voilà bien attrapée au jeu équivoque de l'auteur :  des nouvelles courtes, surprenantes, fortement teintées de fantastique comme je les aime, avec des chutes et des détours étonnants.

 

Violence, terreur, un soupçon de suspens, un brin de folie... 

 

Un brin seulement ? Non, beaucoup ! Un peu comme si le monde devenait fou ! Dimensions parallèles ou Histoire parallèle ? La farce est bien là, dans le trompe l'oeil, en embuscade.

 

Des jeux d'enfants qui tournent court, un gouvernement qui pratique l'épuration ethnique des... Belges, un restaurant où il ne fait pas bon prendre quelques kilos de trop, et j'en passe..

 

Un ton ironique qui nimbe cet univers en contrepoint tapi au détour du quotidien... Je me suis amusée entre deux grincement de dents... Un livre à découvrir !

 

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

www.passion-creatrice.com

Publié dans Fiche de lecture

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Pour un désir venu de l'adolescence, une nouvelle de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

boland photo

 

 

POUR UN DÉSIR VENU DE L'ADOLESCENCE

 

11 janvier

 

Je pose un baiser sur sa joue. Depuis mes 12 ans, j'ai rêvé de poser un baiser sur sa joue, de lui prendre la main, de respirer son parfum, de l'écouter, d'être suspendue à ses lèvres.

 

Aujourd'hui, je pose un baiser sur sa joue. Je dis "sincères condoléances". Ma main demeure serrée dans la sienne. Je voudrais que l'instant s'étire jusqu'à n'en plus finir.

 

Il lâche ma main. Je fais un pas. Je serre la main de sa mère, je murmure "sincères condoléances". Je m'en vais, mes épaules supportent le poids du monde. Ma démarche est lente.

 

Je n'ose jeter un regard en arrière. Je devine ses yeux, bleus, si bleus. Ma tendresse pour lui ne s'est jamais émoussée.

 

Cela fait plus de dix ans que j'ai épousé un voisin et pourtant, j'ai continué à rêver de lui. Il était de tous mes fantasmes. Chimères, utopies et compagnie.

 

"Tout vient à point à qui sait attendre."

 

 

12 janvier

 

Je vais le revoir. Je vais aller chez lui. Depuis le décès de son père, mon mari s'est mis en tête de l'aider à accomplir les démarches administratives qui s'imposent. De simple relation d'affaire, il est devenu pour lui plus qu'un copain.

 

Je voudrais que de telles occasions se multiplient.

 

"Abondance de biens ne nuit pas".

 

 

13 janvier

 

Je le revois chez sa mère. Je pose un baiser sur sa joue, un baiser pour consoler, pour manifester la sympathie, pour me rapprocher de lui. Personne ne pressentirait le plaisir venu de ce simple baiser sur la joue. 

 

Son deuil nous rapproche. Je laisse parler mon mari, je laisse passer les mots au-dessus de moi comme des insectes inoffensifs. Je ne vois que Philippe.

 

Entre deux sanglots, sa mère me dévisage. A-t-elle l'intuition du trouble, du désir, de l'attention gourmande que je porte à son fils ? Non. De nouveau, elle parle de la longue maladie de son mari.

 

Elle pleure encore. Je demeure muette.

 

Toute la pièce embaume le vétiver. La voix grave, chaude de Philippe s'offre à moi. Un contenant dont le contenu m'est presque indifférent. Que m'importent les paroles. Seuls comptent le timbre, le rythme, la musicalité des phrases qui s'enchaînent.

 

J'aspire à ce baiser que je poserai sur sa joue en quittant la maison. Puis j'aspirerai aux baisers suivants.

 

Pour un simple baiser, je rédigerais toutes les adresses, je timbrerais toutes les enveloppes, j'entendrais de longues heures le récit d'une agonie.   

 

Sur le carton de remerciements, la photo du père me renvoie au fils. Une ride de bienveillance au coin de l'œil. Un pli de timidité sur le front. Un peu du même bleu dans la pupille.

 

"Vouloir c'est pouvoir."

 

 

15 janvier

 

"Ne sois pas vexée, ma chérie. La mère de Philippe ne veut plus que tu m'accompagnes chez eux. Elle a l'impression que tu dégages quelque chose…, quelque chose… de pas très net… J'irai donc seul chez eux ce soir, pour y voir plus clair dans tous ces problèmes de succession."

 

Ô regrets. Comment ne suis-je pas parvenue à contrôler davantage mes élans ? Comment cette mère qui a tant couvé son unique fils est-elle parvenue à percer une part de mon émotion ? Comment a-t-elle eu l'audace de formuler sa pensée ? Vigilance d'une âme simple? Intuition d'un cœur de mère ? Qui pourrait le dire ?

 

Je boirai le calice jusqu'à la lie.

 

"Le vin est tiré, il faut le boire."

 

 

17 janvier

 

Je parcours le marché hebdomadaire. Je vais d'échoppe en échoppe. Je suis pareille à un chercheur, à un félin, à une louve. Je flaire. Je suis à l'affût d'une trace, d'une silhouette, d'une odeur, d'une démarche. Je rôde. Je vais, je viens.

 

Une intonation, une inflexion particulière. C'est sa voix. C'est lui. A quelques mètres à ma gauche, face à l'étalage du fromager.

 

Mon cœur bat la chamade, mes mains tremblent, une boule se forme dans ma gorge.

 

C'est sa voix. C'est lui. Il m'a vue, il me fixe.

 

Sa mère est à ses côtés. Elle ne m'a pas remarquée. Elle se penche pour choisir un fromage.

 

Je fais un signe de la main, comme une enfant timide le ferait en croisant saint Nicolas ou le Père Noël. Il sourit. Il me sourit.

 

Je n'ai pas posé un baiser sur sa joue mais j'ai vu se métamorphoser le bleu de ses yeux et il n'est plus pour moi d'autre azur que celui de ses yeux.

 

"Bien faire et laisser dire."

 

 

20 janvier

 

Je l'aperçois, au loin, sortant du bureau de poste et mon cœur est en joie. Aurais-je encore l'occasion un jour ou l'autre de poser un baiser sur sa joue ? Qu'y aura-t-il de plus entre nous qu'un "bonjour", qu'un hochement de tête, qu'un signe de la main ?

 

En suis-je vraiment restée à mes rêveries d'adolescente ?

 

"Défiance est mère de sûreté."

 

 

22 janvier

 

Mon mari me dit que Philippe est en déplacement aux États-Unis jusqu'au 6 février, qu'il l'a chargé de veiller sur sa mère comme il le ferait sur sa propre mère.

 

Aucun commentaire. Aucune question. Juste une sorte de douleur qui monte dans ma poitrine. Le chagrin de rester sans le voir.

 

"A chaque jour suffit sa peine."

 

 

25 janvier

 

Mon mari revient de chez la mère de Philippe. Il tient en main une boîte remplie de massepain. "Une friandise faite maison pour me remercier de ma gentillesse", m'a-t-il confié avec un rien de pourpre aux joues.

 

"A l'œuvre, on connaît l'ouvrier."

 

 

29 janvier

 

Ce sont des truffes maison que la mère de Philippe vient d'offrir à mon mari. Toujours ce pourpre aux joues pour justifier ce ballotin.

 

"Chat échaudé craint l'eau froide."

 

 

9 février

 

Nous allons à la messe célébrée pour les défunts du mois de janvier. Quand nous arrivons dans l'église, il ne reste que deux places libres derrière eux. Mon mari et moi les occupons. Une odeur de vétiver chatouille mes narines. Je suis ses moindres mouvements. Je serais incapable de faire état du contenu des lectures et du prêche. Je feins une quinte de toux, je fais tomber une pièce de monnaie lors de la collecte, je parle un peu à mon mari pour faire entendre ma voix. J'attends vainement qu'il se retourne pour un quelconque signe de paix après le "Notre Père".

 

L'office terminé, il se dirige avec sa mère vers l'autel consacré à la Vierge, ils y allument un cierge tandis que nous gagnons la sortie.

 

Dimanche pluvieux. Dimanche de mélancolie. Dimanche gâché.

 

"Autant en emporte le vent."

 

 

13 février

 

Demain, Saint Valentin. Cupidon sera-t-il au rendez-vous ? Je passe une nuit d'insomnie, drapée dans la mousseline du doute…

 

"Il ne faut jamais jeter le manche après la cognée."

 

 

14 février

 

Il est seul sur le marché. Je l'observe qui achète des légumes. Je vais vers lui. Je lui souris, je tends la main, je pose un baiser sur sa joue. Il me regarde, il me sourit.

 

"Excuse-moi. Je suis pressé. J'achète un petit bouquet de fleurs pour la femme de ma vie. C'est un grand jour, je vais faire ma déclaration".

 

Je tremblote, je rougis. Je fais : "Ah oui ???"

 

"Oui, c'est pour Rita, la petite infirmière qui a si bien soigné Papa."

 

Le sol se dérobe sous mes pieds. Je vacille. Il me rattrape par le bras. "Eh attention… Ne tombe pas. Cela ne fera pas venir le printemps plus vite !"

 

Son rire me ronge le cœur, l'esprit, l'espoir.

 

Il n'y aura plus de baiser sur la joue, d'attente infantile, de rêves de rencontres. Le bleu de ses yeux me paraît soudain moins intense…

 

Le soir, mon mari rentre du travail, avec du champagne et du homard. "Soirée cocooning au menu", m'annonce-t-il en m'embrassant tendrement.

 

Ses lèvres sont douces. Ses bras sont chauds. Je m'y blottis comme aux premiers temps de nos fiançailles. Je pense à Philippe, à Rita, à mes douze ans, à mes vingt ans, aux lettres d'amour que mon mari m'envoyait à la Cité Universitaire. Je pleure. Mon mari essuie une larme sur ma joue. "Des couples comme le nôtre, il n'y en a pas beaucoup", conclut-il.

 

"Les chiens aboient, la caravane passe."

 

 

22 février

 

On m'a dit qu'on avait vu mon mari attablé dans un salon de thé avec la mère de Philippe.

 

On m'a dit qu'elle lui tenait la main, qu'ils se regardaient tendrement. On m'a dit et j'ai laissé voguer le soupçon, la crainte, la colère. Puis j'ai goûté au cocktail de la jalousie.

 

On m'a dit… Je ne parviens pas à gommer ce qu'on m'a dit, j'en frémis encore…

 

"Il n'y a pas de fumée sans feu."

 

 

Mars et début avril

 

Les gaufres succèdent aux confitures, aux pâtés. Chaque bouchée que je mastique porte son interrogation.

 

On m'a dit que mon mari était allé répandre de l'engrais sur la pelouse du jardin, chez la mère de Philippe.

 

On m'a dit que la mère de Philippe, une femme si dévote, se confessait chaque samedi, depuis le décès de son époux.

 

On m'a dit que la mère de Philippe se rendait à présent chaque mercredi chez l'esthéticienne.

 

On m'a dit. On me dit et j'assimile les mots comme des mets indigestes.

 

J'ai rencontré Philippe chez le boulanger. Il a posé un baiser sur ma joue. Il m'en est demeuré sur la peau une sorte de sensation d'humidité ou plutôt de viscosité désagréable...

 

"Les grandes douleurs sont muettes."

 

 

19 avril

 

Mon mari et moi allons à la veillée pascale. Rita, Philippe et sa mère se trouvent deux rangées derrière nous.

 

Comme la plupart des ouailles, après la célébration, nous nous rendons à la salle paroissiale pour prendre le verre de l'amitié. Philippe et Rita se tiennent la main, se dévorent des yeux. Ils sont tellement beaux, tellement attentifs l'un à l'autre.

 

Il y a peu de temps, j'aurais dit : "Bravo pour la convivialité, Monsieur le Curé". A présent j'en veux à ce prêtre d'avoir organisé cette réception.

 

Au bout d'une demi-heure, tandis que je grignote quelques cacahuètes, tandis que j'écoute mon amie Danielle conter ses derniers exploits sportifs, tandis que je commence à être grisée par les effluves d'alcool et d'amitié, tandis que je commence à glisser dans la douceur des parfums floraux des bigotes coquettes, tandis que des conversations joyeuses commencent à me tenir lieu de balises, à deux pas de moi, la mère de Philippe pose un baiser sur la joue de mon mari…

 

Alors et alors seulement, je décide que bientôt j'aborderai un univers où il n'y aura probablement plus d'odeur de vétiver, ni de confitures faites maison, ni de réceptions conviviales, ni d'hommes aux beaux yeux bleus… Là où tout sera grisaille. Là où le rêve sera la bouée de sauvetage. Là où l'adolescence s'achève, quel que soit l'âge.

 

"La faim chasse le loup hors du bois."

 

 

20 avril

 

En ce dimanche pascal, je reçois mes parents et mes beaux-parents. Dès le lever du jour, je cuisine. Au menu, boudins au saumon fumé et aux filets de sole, potage froid aux asperges, vol au vent aux fruits de mer, gigot, gratin dauphinois, mousse au roquefort, nid. Tandis que mon mari dresse la table et se rend chez le pâtissier pour acheter le nid, je termine la mousse de roquefort, une de mes réalisations les plus réussies, dit-on. J'en prépare donc deux terrines, une pour mes convives du jour, une pour la mère de Philippe que j'assaisonne ainsi que me le dicte mon émotion. Mon mari est ravi que j'aie pensé à la mère de Philippe. Sitôt, les vins débouchés, il va lui porter mon fromage.

 

L'après-midi passe agréablement à bavarder, à boire, à manger. Je tremble à peine lorsque je présente ma mousse de roquefort. Je laisse aux autres le soin de l'entamer. Je reçois les compliments habituels. "Quelle délicieuse alliance des fruits et du fromage ! Quelle onctuosité ma chérie" !   

 

Après le repas, nous jouons aux cartes. Le dimanche se termine en notes joyeuses et souriantes.

 

"Le soleil luit pour tout le monde."

 

 

21 avril

 

Dès huit heures, le téléphone sonne. Mon mari décroche. Philippe est à l'hôpital, ses heures sont comptées. Rita a dû subir un lavage d'estomac. La mère de Philippe est indemne, elle n'a mangé ni champignons, ni mousse de roquefort, ni gâteau. Elle a un si petit appétit ces derniers temps.

 

Je ne sourcille pas. Je laisse mon mari aller la rejoindre à l'hôpital. Après, j'assumerai jusqu'au bout…

 

"Qui ne risque rien, n'a rien."

 

 

23 avril

 

Je viens d'être interrogée par un policier. Je pense n'avoir rien laissé percevoir de mon trouble. J'ai gardé les mains posées à plat sur la table, j'ai respiré amplement.

 

"Comme on connaît les saints, on les honore."

 

 

22 mai

 

Je viens de lire dans un journal local, que les champignons des bois servis par la mère de Philippe lors du repas pascal seraient à l'origine de tous les maux ! Des champignons congelés, dégelés, recongelés, laisse entendre l'article.

 

Ma vie se poursuit, calmement sans que le remords se manifeste.

 

Mon mari va moins souvent rendre visite à la mère de Philippe. Il faut dire que depuis peu, Rita est venue s'installer chez elle.

 

Dans une semaine, à l'occasion de l'Ascension, je reçois des amis. Je sais déjà qu'il n'y aura pas de mousse de roquefort au menu…  

 

"Autres temps, autres mœurs."

 

 

Extrait de "Nouvelles à travers les saisons", chez Chloé des Lys

 

Micheline Boland

micheline-ecrit.blogspot.com

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Publié dans Nouvelle

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Une poésie de Jean-Marc Brogniez... Tripel karmeliet's blues

Publié le par christine brunet /aloys

 

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TRIPEL KARMELIET'S BLUES.

La fée des estrans
alerte de godets, de danses et de chants,
chemine le long des fortifications
dans les brumes crépitantes de l'aurore
de bien après Carnaval.

Les cheveux rouges travaillés en de multiples tresses africaines
balayant des épaules seulement fragiles d'apparence,
insensible au froid des clameurs et des gens,
vêtue d'une simple chasuble en dentelles,
elle sème derrière elle
un apaisant parfum d'allégresse et de sincérité.

A ses côtés,
des chevaux de trait puissants, attentifs,
attendent les marées à crevettes
entrecoupées de processions et de promenades dans les dunes.

Les maisons basses,
les canaux,
les jardins populaires
somnolent encore.
Il n'y aurait qu'à de pencher,
qu'à demander à se reposer,
qu'à recueillir la rosée ébahie des songes.
Oui, mais pourquoi importuner?

Les ailes immobiles,
silencieuses,
privées de voiles,
des moulins
chantent la berceuse
des marins disparus à la pêche en Islande.


La mer ne se tient pas loin
mais pourtant, déjà, on ne l'entend plus.

Alors,
assis,
hébété de sérénité,
vient l'instant où l'on se demande
s'il ne serait pas utile
de simplement devenir fou
ou alors d'apprendre à prier.

 

 

Jean-Marc BROGNIEZ

 

 

 

 


Publié dans Poésie

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Galerie royale, Ostende, une nouvelle d'Edmée de Xhavée

Publié le par christine brunet /aloys

 

Edmee-chapeau

 

-Galerie royale, Ostende – Edmée De Xhavée

 

1958 - Quand la porte de la galerie s’était ouverte, il avait levé les yeux de son journal. Dehors il pleuvait, et le froid s’était installé autour de ses os, raidissant ses gestes et sa pensée. La plage était grise et mitraillée de gouttes de pluie, et la mer et le ciel gris s’unissaient dans la brume. Oh, une exposition à Ostende la reine des plages lui avait semblé une splendide opportunité de découvrir le nord. Rien à voir avec Ostie et son sable noir, où il avait grandi dans de joyeuses courses avec ses amis d’enfance, rêvant déjà des secrets du monde.

C’était l’été pourtant, mais un été belge. Un mauvais été belge, lui avait-on affirmé en frissonnant.

Elle était là, en imperméable, et enlevait son foulard, libérant de courts cheveux bruns qui s’ébrouèrent lorsqu’elle secoua la tête. Les deux enfants qui l’accompagnaient semblaient indifférents à ses mains qui faisaient glisser les capuchons et essuyaient un peu leurs visages de ses mains nues. Elle avait l’air éteinte de l’intérieur, habitée par l’absence. Mue par des réflexes, de l’automatisme.

Il s’était avancé, content de cette occasion de dissiper son sentiment d’inutilité, et s’était présenté. Renato Baldassare, l’explorateur responsable de cette collection de sarbacanes,  têtes réduites,  flèches à l’élégance mortelle. Les enfants étaient fascinés par les bouches cousues de ces petites têtes à l’expression morne, et lui posaient des questions. Explorateur…  ils en avaient une idée de cinéma, et il pouvait voir qu’ils l’imaginaient pourfendant la jungle à la machette sous la menace des flèches trempées dans le curare et traversant l’air moite avec un bruit soyeux se terminant par le hurlement court d’un guide malchanceux.

Lui, il la regardait, elle. Elle souriait avec timidité, polie, amusée de son empressement. Il cherchait dans ce regard lointain et nimbé de solitude ce qui pourrait l’animer. Au bout d’un moment, il réalisa qu’elle s’apaisait, peut-être était-ce son timbre de voix – cette voix italienne, un peu étouffée, feutrée, douce comme le froissement du velours – qui chassait son agitation, il avait souvent constaté cet effet. Détendue elle invitait les enfants à toucher, comme il les y encourageait, les plumes rubis d’une flèche, ou à examiner la photo d’une femme aux cheveux noirs et lisses allaitant un cochon de lait. Leurs questions trouvaient leur écho chez elle, elle levait un regard animé vers lui, quémandant la réponse pour ses enfants, le visage fendu d’un sourire en demi-lune. Et lui, il se surprit à ne répondre que dans le lac de ses yeux verts, chuchotant, le cœur basculant vers bien autre chose que ce qu’il aurait voulu.

Elle avait fini par réagir. Une expression un peu perdue, soudain méfiante, les lèvres rigides, le corps se redressant comme dans un mouvement de fuite. Elle avait déplié son foulard et l’avait remis sur ses cheveux, incitant les enfants à se préparer pour s’en aller, l’heure de leurs crêpes au beurre sur la promenade Albert était là…

« Revenez ! » avait-il soufflé comme un homme déchiré. Et il l’était. Pourquoi, il ne le savait pas vraiment, mais il ne voulait pas la perdre…  Elle ne répondit pas, le remercia en chœur avec les enfants, avec  une insouciance feinte et, il le vit bien, en fuite. 

 

Edmée de Xhavée

edmee.de.xhavee.over-blog.com

 

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"Le ciel est comestible", un poème de Micheline Parmentier

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Le ciel est comestible

 

 

 

 

 

 

 

Le ciel est comestible

Quand je le porte en moi

Ce vêtement réversible

Imprime toute ma joie

 

 

D’exister pour le chant

De l’ alouette en fête

Grisolle l’antre de ma tête

Nourrie de cosmos ambiant

 

 

Se saturer le crâne de gris

Coupe l’aile de l’oiseau

Le réduit au plumeau

Léchant une poussière de vie.

 

 

Micheline Parmentier

 

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Lettre à Paris, une nouvelle d'Alain Callès

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LETTRE ÀPARIS

 

 

 

 

 

Paris, je te cherche et tu m'habites jour et nuit, pointillé de ma vie séparant l'intime de ce que je laisse en pâture au regard étranger. Frontière entre la voie royale et les méandres de l'âme du poète, je te caresse du bout des rêves.

Tu es un nuage pour occulter la profondeur du ciel les jours de transparence quand la ville s'éveille le soir et que la nuit se dépave. Boulevard des désirs, tu es le foulard abandonné sur le sable aux rivages de la castagne.

 

Le caniveau, habillé de la margelle du trottoir, le macadam si près du visage, sont la frontière du service des urgences. Hôpitaux de Paris, rouge pompier, frontière de la nuit du coma. Perfusion arrachée pour avoir franchi la peau sans présenter son passeport. Camarade urgentiste, jamais tu ne t'ouvres les veines pour que s'écoule la vie et l'apaisement de la fraîcheur de la mort. Mourir pour ne pas se soumettre au gris des derniers convenus.

A l'ombre du Sacré Cœur monument dédié à la haine de la vie qui bat aux tempes de Paris et aux ventre des Communards fusillés, la Seine comme une balafre au visage de l'espoir qui brille aux yeux des faubourgs. Frontière de l'insoumis entre la haine et l'amour, ce brin brillant dans l'éclat du regard de Gavoche et des lambeaux de vie accrochés sous les ongles du bonheur, et l'onctuosité de la hanche sur la paix des oreillers. Paris qui crie comme un phare perdu sur un rocher esseulé au milieu des tempêtes, alors que le Sacré Cœur étouffe Montmartre comme un dégueulis blanchâtre où chemine le touriste appareil photo. A l'ombre des cierges, je lui faisais les poches pour aller d'un pas chaloupé, me rincer l'âme dans des bars un peu louches. Un Sacré Cœur si aveugle qu'il n'a jamais vu à ses pieds les putes qui se refroidissent le décolleté à se faire grimper pour quelques sous.

 

Un plein d'hirondelles en partance vers la chaleur des rayons de tendresse à l'étalage des Grands Magasins tandis que l'orgue de Barbarie rit de Nogent au Pont Marie. Paris, t'es un immense bal pour des amours pas chères.

Paris, quand tu lèves la gambette, mes lèvres pourlèchent les doigts de la luxure. Paris, quand tu fermes tes fenêtres c'est la caresse des saunas et les corps emmêlés d'un turban de plaisir dans les caves du désir. Paris, tu es un hammam où ma langueur se détend par tous les pores, caresses et effleurements dans la pénombre des back-rooms quand on a laissé les convenances au vestiaire. Paris jacuzi pour que pétille l'envie et que monte la chaleur des bulles sur nos peaux convoitées.

 

Naviguer solitaire sans se pendre à la potence de la Poterne des peupliers, amours furtives contre le mur des fortif, coups de reins sur le rien éclairés par les gyrophares en maraude. Finir en douceur, fleur effleurée dans une tasse, nez plissée sous l'odeur âcre de la pisse. Des jambes de pantalon tremblotent au bas des pissotières tandis qu'une paire d'yeux fait le guet sur la Place d'Italie le temps d'un plaisir assouvi.

Un fil au bout du crachat, un peu poisseux, un peu gluant, relie le clochard assoupi au mur au pied duquel collent les taches de pisse. Butte aux Cailles, le pouvoir a éteint les chansons du peuple des café-concerts, celles qu'on chante le poing levé et le sourire aux yeux dans la complicité des corps que l'alcool réchauffe et rapproche pendant que Verlaine est seul sur sa place et qu'Arthur a enjambé la Seine, corps schizophrénique coupé sans avoir atteint la Bastille. Amour coulé, noyé dans l'absinthe, sucre fondu avec la cuiller suspendue sur le précipice. Le vide entre les mots, c'est l'espace entre les tirets sur l'atlas de la vie des poètes. C'est l'espace canaille comme des grenailles entre les notes de musique de l'accordéon qui balance les hanches où s'agrippent les mains rudes et rugueuses des hommes du peuple un soir de repos.

 

La parole erre entre les rives et les délires dérivent à Sainte Anne, cette prison des mots qui rebondissent sur les murs gardés par des blouses blanches qui sniffent du Valium comme une ligne. Quand la peau colle mal à l'âme dont la douleur est encagée au coeur de ce Paris qui n'entend plus les cris de ses enfants alors que les rires gras fusent au théâtre des Boulevards et que les smokings fument délicatement dans les jardins et les balcons de l'Opéra. Paris ville bipolaire et polaire qui glace parfois le sang des poètes sous une chape de grisaille, le temps de remettre des couleurs à ses vitraux. Et que monte le chant des insurgés.

La Mouff s'enflamme pour une traînée de soufre qui lui parcourt l'échine jusqu'à Belleville, frémissements de la Mémoire au Mur des Fédérés dont les flancs portent les traces desséchées d'un sang qui coula rouge et noir le temps d'un soleil flamboyant au printemps de l'histoire. Paris, entre tes pavés poussent des coquelicots, coeur noir, pétales rouges et tige un peu verte, l'amour n'est jamais loin de l'insoumission et de la rébellion.

Paris, ta peau sue toujours l'espoir et la fraternité, tapis dans les estaminets enfumés. Paris, tu as l'odeur du soufre, viens-là que je t'enflamme et te déshabille. La Seine te fend comme la raie culière est le sourire enchanteur d'un fessier prometteur. Paris, suffragette des capitales arme le ventre des faubourgs. A Paris traîne toujours une odeur de poudre. Blanche dans les quartiers chics et Saint Germain des Prés, grise dans les quartiers où se lève le soleil.

 

Paris pendant que je te fouille l'âme en te saisissant la croupe à deux mains, tu te fends la rive jusqu'à la scène du pont des artistes, le temps de quelques amours populaires aux sons de l'orgue du saltimbanque au Vert Galant avant que la salsa ne me tourne la tête vers la grande bibliothèque, au creux de ses quais où j'arrime l'Amérique latine. Paris, la musique latino t'embrase et je t'embrasse ces soirs de printemps sur ces pistes improvisées par quelques jeunes Parisiens au bord de la Seine tous virevoltant autour d'un ghetto blaster.

 

Sonnerie de 10 heures pour libérer les cris d'enfants dans tes écoles de brique qui cachent leur rouge derrière la grisaille, honteuse d'avoir enfermé tant d'enfants autour de marronniers plus tristes que la mélancolie qui plane derrière ces vitres de classe opacifiées. Paris, je hais tes écoles qui quadrillent les quartiers comme des commissariats politiques où l'on fusille les rêves d'enfant.

 

Quand la mélancolie monte ses voiles à minuit, la lune lui sourit et brille sur les lames des couteaux et sur les strass des culottes d'un soir sous la musique whisky. La lassitude pend au bout des mains qui parle du désespoir, et de la solitude du reflet de soi dans le verre. Paris à la nuit humide, a le pavé qui dégorge de larmes que sèchent les paumés du petit matin dans l'encoignure d'une porte d'immeuble froide comme un porte-monnaie retourné. L'homme titube jusqu'à son bout de jetée où la mer est noire et glaçante. Au matin, dans le miroir, la distance est courte entre le doigt sur la gâchette et la détonation de la balle dans la bouche. Distance ténue mais résistante comme le fil de soie qui le retient par la manche. Allez, encore un. Encore un pas, encore un jour. A Paris, dans l'ombre des ruelles, il y a plus de futurs suicidés qu'il n'en arrive la nuit, service des urgences. Veines ouvertes, estomacs brûlés, pour un hôpital des Grands Brûlés de l'âme.

Ces lieux d'accueil ont remplacés les églises. Les blouses blanches ont été troquées à la place des soutanes. La détresse et la douleur, l'inquiétude et la folie, le silence et le verbe haut, jettent des regards d'espoir vers les blouses. Seuls quelques vieillards, isolés dans un couloir, attendent en silence l'heure qui ne vient pas au cadran de leur histoire. L'attente. Le temps est long dans les services d'urgence où tout va si vite. Paris, combien de fois ai-je « signé la pancarte » pour pouvoir retrouver l'air frais de tes rues?

Paris des sirènes, Paris du cuir chaud et rugueux des pompiers, Paris de la main fraternelle qui se pose sur ton épaule pour apporter un peu de solidarité, le temps d'une urgence, le temps d'un transport avant que tu ne sombres et ne te réveilles dans un lit que tu ne connais pas, une perfusion dans le bras.

Paris, j'aime ta nuit, j'aime ton odeur médicament quand j'ai mal à l'âme et qu'elle dégorge son trop plein sur le trottoir.

 

Paris, j'aime quand tu ris dans la nuit et que tes dents brillent comme des yeux d'Agathe sous ma couverture. Paris, ta frontière crépusculaire est l'invisible qui me tire à la surface de la Seine, ce fil invisible tissé entre la lassitude ennuyée et le rire d'une fillette pour qui je maintiens mon souffle. Cette fillette qui m'attend en dormant comme on attend un magicien et son lapin sorti du chapeau. Chapeau de clown pour un chapiteau de jeux d'hiver. Des jeux pour enfants et pour grands, du cirque d'hiver au Vél'd'hiv où la police parisienne a parqué son peuple. Quand je passe devant le mur de la Préfecture, la plaque qui présente la police comme héros de la Libération ne sera jamais assez grande pour occulter ces années de chasse à l'homme dans les rues de Paris, les familles détruites, le marquage des populations par l'étoile, le harcellement et la mort au bout pour des milliers d'entre eux, dépouillés et loin de tout. Un immense silence frissonne sur la peau des murs de cette Préfecture. La fourragère que la police porte à l'épaule les jours de fête pour rappeler sa résistance du 17 au 24 août est surtout le rouge de la honte de la collaboration durant la très longue période qui a précédé. C'est le rouge du sang des Juifs, des Résistants et des Communistes, assassinés au lieu d'être protégés. La mâchoire du silence écrase la transparence du jour.

Police parisienne dont la haine bafouille son histoire cette nuit du 17 octobre 61 où la Seine rougit du sang des Algériens qu'elle y déverse du pont Saint Michel au pont de Gennevilliers tandis que ses cars hurlant la mort sillonnent les rues en une immense ratonnade qui parcourt toute la ville, frissonnante de peur jusqu'au bout de ses moindres ruelles. Impasse d'une guerre qui tait son nom, derniers feux dévastateurs de la colonisation, renvois mal aiguillés d'une nation imbue d'elle-même et qui regarde son image se fissurer dans son miroir rouge sang.

 

Paris, ville refuge comme un phare au bout de la terre d'Europe, les langues s'entremêlent en de multiple chants d'espoir et de nostalgie sur la vie et ses liens que la haine a fait fuir. Des souvenirs peuplent les cachots au fond du réfugié, là où il enterre des jours où le bonheur n'était pas si simple. Juif polonais, réfugié espagnol à l'arme rouillée, ou Tchétchène au corps meurtri et à la famille décimée, tous partagent la paix qui bat au cœur de Paris quand le quignon de pain tendu réchauffe le corps et l'amitié. Encore une fois, la police qui quadrille la ville et contrôle ses habitants, comme une vieille habitude dont elle ne saurait se débarrasser, flicage de la misère attirée par la « ville lumière ».

 

 

Calme majestueux et imposant du Palais de justice, amarré au bord de l'eau. Dans ses sous-sols la 17ème chambre déroule ses procès politiques. Seul le vieux plancher craque pendant qu'un juge étroit comme une meurtrière condamne des Kurdes exilés la baïonnette dans le dos et restant malgré tout droit dans leur dignité. Condamnations de juge aux ordres pour des prisonniers politiques qui seront ultérieurement libérés un à un par un avocat aussi tenace que discret. Et la Seine coule calmement pendant que les flashes crépitent au procès de Bardot ou de Charlie Hebdo. Libertés au fil de l'eau. La Sainte Chapelle attend ses chapelets de touristes l'œil en bandoulière, la voix de Grotovski et des acteurs d' « Apocalipsis cum figuris » s'est tue depuis longtemps, emportée par des flots d'indifférence tandis que le juge tranche dans la déchirure des couples à quelques mètres de là. « Police partout, justice nulle part » scandent quelques enragés parvenus jusqu'aux portes du Palais sans oreille depuis des décennies.

Bastille, République, Nation, Denfert, Opéra, place d'Italie, tous ces points de ralliement des Parisiens volubiles qui crient haut et fort leur colère, leur mécontentement et leur espoir d'une vie douce comme une coulée verte. Le long du cortège les volets des fenêtres applaudissent comme des ailes de papillon. Air électrique, air musique, odeur merguez, gaz et détonation, rythment le rejet des jours vieux et obscurs sur des pas de danse pour les femmes au corps libre comme un rêve ou pour ces yeux à l'éclat plus courbe que la lune quand elle tient les étoiles dans ses bras.

Paris, je colle mon oreille sur ton ventre.

Paris, j'entends ces rires gras de Staliniens embarriqués de Ricard foulant le drapeau noir aux portes du Père Lachaise. Mon foulard humidifié de larmes et de rage. J'entends le bruit des os de Puig Antich que l'on garotte, là-bas, plus loin que nos cris, au delà des Pyrénées.

Paris, j'entends aussi l'explosion de Carrero Blanco qui éclate sur deux kilomètres autour de sa voiture, projeté juste au pied de Franco la Muerte. Ultime avertissement. Nous retournerons à Barcelone.

 

Paris gai, Paris manifeste au printemps pour disposer de son corps et jouir de l'air du temps. Paris dont les filles s'époumonent en déshabillant la rue et que les yeux des garçons pleurent d'émotion et de lacrymo. « Cours, camarade, le PCF est derrière toi », ploum-ploum tra-la-la autour d'un grand feu d'insouciance et de joie simple comme un baiser. 68, c'était le temps des sucettes à l'Annie au bout de la nuit.

Paris Gay, c'est des flics homo tout en cuir qui brandissent leur matraque au rythme des chars, c'est de la musique à faire fondre les soutanes et des corps à faire descendre le Christ de sa croix, histoire de voir de quel bois on bande sa joie. Paris Gay c'est de la joie en bas résille qui jappe et frétille de la queue, c'est des couleurs qui transforment la ville en un long ruban boîte de nuit, corps mêlés exposés au soleil de tous, pour le plaisir d'être sirène parmi ces sirènes de mer qui jonglent sur le pavé. Paris, quand tu danses la Gay Pride au printemps, c'est l'Europe qui s'enguirlande de fête. Paris, tu as la Coulée verte qui frétille comme un lézard sur son muret.

 

Au bout du cortège, au large des fortifications, le ruban périphérique, enveloppe d'un bruit pétrole ces plaies non cicatrisées qui relient Parisards et Banlieusiens. Paris bat à l'intérieur d'une balafre qui l'enclot. Paris, replié, suinte par ses portes la sueur du labeur et ses humeurs. Paris, inquiète de sa ceinture rouge qui bouillonne de ses douleurs, dort dans ses beaux quartiers. Des voituriers font le guet  place Vendôme, un écrin à portée de mains, jeunes seins libres dans la paume de vieillards courbes sous la ride argentée. Le Fouquet's dégueule ses strass et ses Guerlain à l'ombre d'un Arc au triomphe immodeste qui oublie la femme du soldat inconnu qu'on gaze tous les jours depuis la fin des tranchées à l'est des taxis. Chaos de mémoire, débris de décors, où défilent annuellement la viande des bouchers du Palais de l'Élysée, place des décorations et des poitrines gonflées de l'orgueil mâle de coq de combat.

Les rupins n'ont que la mémoire de la carte bancaire pour habiller leur vie soyeuse dans les quartiers qui défont l'histoire et arment la peur pour protéger les panses débordantes d'oseille.

 

Paris la défonce, c'était Paris picrate pour dix balles aux Halles, Paris blanc sec sur le zinc où se vident cul sec les humiliations de la journée, Paris endolori par le silence des caveaux familiaux quand le sang s'échauffe et que s'enflamme les coups de grisou dans les ménages. Maintenant Paris défonce c'est Paris seringue, éclair d'un shoot au trou des Halles dans les encoignures, à l'ombre d'une lame à planter le temps d'une descente en Enfer. Paris défonce c'est les cadavres vides au petit matin quand les copains se sont évanouis dans la nuit et qu'il reste ton corps accroché au porte manteau de la ville, là où tu suspends le temps des espoirs et que luit les croches du désespoir sur la portée où s'étalent les soupirs.

Paris s'enivre le temps d'une valse pour un jupon qui virevolte, Paris rend gaie sa canaille le temps des ripailles, Paris chante les tripes à l'air et les mains sur les croupes des filles, Paris siffle sa fillette au flon-flon des lampions, Paris renverse ses lampadaires pour la chaleur d'une nuit sans limites.

 

Perdre son errance en suivant, tel un chien, les chemins des odeurs. Se guider dans Paris la truffe en l'air, à l'aguet des continents qui s'abritent entre tes murs. Le couscous du vendredi à Belleville signe les terrasses des cafés du repos de mille et une nuit à l'orient de la ville. Dimanche fourmille chez Tang à l'ombre de tours olympiques parsemées de ci-de là d'épices indiennes plus orange que le vin que l'on vendange, le temps d'une photo, passage Bourgoin. Quelques brasseries résistent à l'invasion des succursales bancaires sur les Boulevards où les Italiens ont le nom de tous les pays du monde pour la chaleur acide d'une choucroute  relevé d'un petit blanc sec comme le serveur qui glisse entre les tables. Les Grecs enserrent le théâtre de la Mouff tandis  qu'au bout de Saint Michel ils ont terrassé la librairie Découverte pour les étudiants enragés. Les Polytechniciens ne sifflent plus leur verre aux Pipeaux en regardant amoureusement les yeux des étudiantes de l'École des Chartes. Ils ont déserté vers la banlieue. A l'abri du Sénat, l'escale rue Monsieur le Prince abrite le rythme latino aux hanches désinhibées par la chaleur des punchs. Les artisans de la rue Amelot et les commerçants de proximité de la rue Mouffetard se sont éteints au profit de restaurants à la pierre ancienne décapée. Le droguiste a cédé ses couleurs à un restaurant fade pour jeunes au budget serré qui se regardent en se tenant la main au dessus de la chandelle, avant l'amour nocturne. Ambiance cave et taverne pour boire et trinquer aux jours à venir sur l'écran plat des saveurs. Morte cette petite vieille tout de noire vêtue, brindille fragile sur ses jambes, qui vendait trois citrons serrés dans sa paume pour acheter du bois pour son poêle et son œuf quotidien. Les couleurs des fruits des Caraïbes, les senteurs des grillades aux herbes, l'ont effacée de la mémoire des murs où son ombre était si ténue qu'elle semblait s'excuser d'être encore là, petite flamme de vie vacillante. Tous les jours nos regards se croisaient en silence dans la froidure de l'hiver.

Comme Nestor Burma, je hume tes ruelles, je m'égare un instant sur les voies de la petite ceinture où les trains ont laissé la place à des gens sans port, gares désaffectées ou transformées en café-concert, je remonte le long de la rue Watt si sombre que l'on ne voit pas son ombre, je bricole sous une vieille voiture à l'atelier de mécanique populaire avant d'aller me réchauffer à la librairie de la Commune rue Barrault et finir en chanson au « temps des cerises ». Les petites gens de ces quartiers ont laissé la place aux étudiants de Tolbiac et à ses immeubles modernes au verre aussi froid que poli. Autour de la Seine, les cuves des pinardiers aux bouteilles étoilés ont laissé la place à une chaîne de cinéma où le film est jugé sur son nombre d'entrées et non sur sa sensibilité artistique. Les Grands Frigos, qui avaient viré pour l'art squatté, se raréfient en un Paris aseptisé et sans odeur, sans peinture sur les murs, sans sueur sous les bras. Paris bords de Seine aussi propre qu'un Socialiste endimanché.

 

Paris, sous ce propret de rentrée des classes, je sens tes vibrations, je sens que gronde encore l'esprit des insurgés, je sens que le rire roule sur la scène et que ton poing est à portée de cri, prêt pour un éclat de joie dans une gaîté tumultueuse. Paris, t'as la joie à portée de mains, comme un vélib. T'es prête à sillonner tes rues et à les faire germer. Des germes de bonheur; pour la beauté et pour le plaisir.

Paris, ton jus dégouline à mes babines comme un suc de grenade. Paris, ta nuit m'enveloppe d'une tendresse armée.

 

Encoignures poisseuses où git le clochard à l'abandon, la faim et la soif au bide, les pieds chauffés par un chien mieux portant que lui. Ses jambes ne l'ont pas portée jusqu'à la Mie de Pain, resquif dans la ville où s'accrocher pour un repas chaud et un lit où poser sa lassitude sur l'oreiller, parmi tous ces prolétaires migrants de la misère. Des Biffins aux portes d'un Paris qui se gratte les puces, périphérique des chiffons et boulevard des casseroles à la vie cabossée. Paris, quand ta police traite la misère, tu pues de la tête, les poux t'y dévorent la raison alors que la démangeaison excite le bourgeois derrière ses fenêtres closes. Paris, tu pues de la tête et je ne t'aime plus. Le temps d'une colère, le temps d'une chanson de Léo au bout du micro poussée à la Mutu avant de partir vous foutre sur la margoulette.

 

 

Allez, viens-là ma Mouff que je te bouffe l'entrejambe qui ruisselle de l'espoir.

 

Alain Callès

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Le jeu d'ombre, une poésie de Micheline Parmentier

Publié le par christine brunet /aloys

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Le jeu d’ombre

 

 

 

 

 

 

Le jeu d’ombre s’est tu

Dévoile le temps perdu

A jouer à cache-cache

Avec l’âme sans relâche

 

 

Mon double de lumière

M’enveloppe toute entière

Pour un instant seulement

L’Amour fuse au présent

 

 

L’ombre épouse la lumière

Mais l’aura est passagère

Car la connaissance de Soi

S’éprouve semblable à la Joie.

 

 

Micheline Parmentier

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Ciel Divin, une poésie de Charles Traoré

Publié le par christine brunet /aloys

 

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Ciel divin

 

Ciel, ciel, ciel divin

Qu’est-il advenu de l’amour

Celui-là semé dans le cœur des mortels

Pourquoi à l’oiseau des ailes

S’il ne peut voler

Pourquoi souffle le vent

S’il n’emporte nos rêves

Vers un horizon nouveau

Pourquoi aux Hommes un cœur

S’ils ne savent semer l’amour

S’ils ignorent faire germer

Un monde nouveau sans haine

Dans ce champ immense

De leur main, de leur yeux, de leur cœur

 

Charles Traoré

 

 


 

 

Qui est Charles Traoré ?

 

Je suis Charles Traoré, j’ai commencé à écrire depuis l’âge de 14 ans…au début j’écrivais pour moi-même…sans doute pour meubler la solitude…puis un jour  j’ai reçu un cahier d’une religieuse à qui j’avais écris une lettre…ce fut le début du partage de mes écrits avec les autres…


J’ai publié des haïkus dans Haïkaï et Ploc qui sont des revues littéraires de haïkus


En 2007 j’ai remporté en poésie  le Prix Léopold Sedar Senghor au 11e concours littéraire international duCEPAL (Centre Européen pour la Promotion des Arts et des Lettres).

En 2009, j’ai obtenu  la Mention Excellence en conte au 13e concours littéraire du CEPAL


Je publie bientôt un roman chez Chloé de Lys, intitulé "A la rencontre de l'autre"           


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Christine Brunet a lu "... Euphoriques et désespérées" d'Adam Gray

Publié le par christine brunet /aloys

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ISBN : 978-2-87459-553-0
Editions Chloé des lys

Une préface émouvante en forme de confession. Une préface ? Je sens qu'Adam s'insurge contre le mot... Non... Il s'agit d'une genèse, celle de ce recueil de poésie... non, plutôt recueil de chansons car elles sont toutes construites avec des strophes en miroir, des refrains qui ne demandent qu'une chose, c'est d'être mis en musique ou, au moins, être lus à haute voix pour mettre en valeur les rythmes plus que les rimes.


Des chants émouvants, joyeux ou grinçants transportent le lecteur/auditeur au fil d'humeurs à fleur de peau, à fleur d'âme.


... Euphoriques et désespérées : remarquez la place improbable des points de suspension. Adam nous propose là la conclusion d'un long cheminement de l'esprit...

... Euphoriques et désespérées : drôle de mélange qui provoque chez le lecteur/spectateur une suite infinie de réactions antinomiques comme autant d'électrochocs qui l'amène sur une route pavée d'embûches... une route tortueuse qu'on dit être celle de la Vie.


Je ne suis pas fan de poésie mais je la laisse parfois quelques heures prendre la main de mon univers. Adam Gray m'en a donné l'opportunité: je ne regrette pas de l'avoir saisie et de m'être laissée emporter. A votre tour de lui laisser la main et d'en accepter les conséquences.


Un livre atypique tant par sa construction que sa démarche. A découvrir !

Son site : adam-gray.skyrock.com

 

 

 

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

Publié dans Fiche de lecture

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