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Christine Brunet a lu "Suicide dans l'après-midi" d'Anne Renault

Publié le par christine brunet /aloys

 

ma photo

 

J'ai lu "Suicide dans l'après-midi" d'Anne Renault, Ed. CHloé des lys, ISBN: 978-2-87459-607-0

 

 



Un titre pas vraiment gai, une couverture ouverte sur la mer, fenêtre sur des tas de possibilités... possibilité de vivre ou de terminer là sa vie... ou celle des autres. Des héros qui évoluent toujours sur le fil du rasoir...
Des ? Souvent le "je" l'emporte, donnant plus d'intimité au récit... sous forme d'une sorte de journal de bord: rien du cheminement psychologique nous échappe.

 
Le narrateur (ou la narratrice) va-t-il basculer ? Va-t-il tuer par dépit ? Curieusement, à chaque fois, on csuicide-anne.jpgomprend, on compatit... Aurait-on réagi de la même façon ? Peut-être ou peut-être pas... Difficile à dire. 

S'il s'agit de meurtres, pourquoi "suicide dans l'après-midi"? Parce que tous vivent une passion dévorante qui les pousse à tuer ou à se tuer... petit suicide de l'esprit... Un flash, un grain de sable , et tout peut basculer.

Anne Renault nous tient. On s'enfonce... on plonge... on reste en apnée... Chaque mot, habilement choisi, pèse étrangement et nous entraîne inexorablement vers où ? Les tréfonds de l'âme humaine...

J'ai été emballée, emmenée... dans un univers pas même noir... (c'est d'ailleurs le plus curieux), un univers dans lequel les circonstances mettent la vie et la mort au même niveau. Reste le choix...

Un livre à découvrir !

 

Christine Brunet

www.christine-brunet.com

Publié dans Fiche de lecture

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"Avoir un pied dans la tombe", un texte de Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

delvilletete

 

"AVOIR UN PIED DANS LA TOMBE"

Origine historique de l'expression…

 

Mardi 22 mars 1547. François 1er règne sur la France et souffre de la goutte. Évidemment, l'excès de vins capiteux et de mets savoureux n'est pas étranger à ce mal.

 

Le médecin du roi est appelé à son chevet car Sa Majesté souffre et n'arrive même plus à chausser sa botte tant son gros orteil est gonflé et douloureux.

 

- Majesté, il va vous falloir faire régime !

 

- La peste soit des régimes, Monsieur mon médecin ! J'aime la bonne chère et ne puis m'en passer !

 

- Ce sera le régime ou alors…

 

- Ou alors quoi, Monsieur mon médecin ?

 

- Oh, Majesté, j'ai trouvé un remède dans un livre arabe que le Grand Mufti de Constantinople m'a offert après que je l'aie guéri de la peste !

 

- Diable, notre cousin, le Grand Mufti s'y connaît en médecine ?

 

- Non Majesté mais certains de ses médecins ont fort bonne réputation. On raconte même que le meilleur d'entre eux, le grand Ahmed Ben Oujda est capable de soigner rien qu'en regardant le malade dans les yeux ! Si j'en crois ce livre précieux, il conseille d'entourer le pied douloureux avec des bandelettes trempées dans l'eau s'écoulant d'un cimetière !

 

Le roi fut soigné de cette manière très peu orthodoxe, ce qui était normal pour un remède arabe et, ma foi, il guérit en très peu de temps. Le médecin du Grand Mufti avait raison !

 

Ce que l'histoire ne dit pas c'est que quelques jours après sa guérison miraculeuse, le roi mourrait sans raison apparente…

 

Le médecin du roi fut condamné à mort, exécuté comme régicide, c'est-à-dire qu'il fut écartelé et son corps fut brûlé !

 

Ce n'est que quelques années plus tard, sous le règne d'Henri IV que le fou du roi, Nicolas Joubert, sieur d’Angoulevent, osa prétendre que le bon François 1er avait un pied dans la tombe avant d'y être tout entier !

 

Extrait des chroniques de Robert Dupin,

Vicomte de Flandre et d'Artois,

Astrologue et historien français

(1504-1566)

 

Louis Delville

louis-quenpensez-vous.blogspot.com

Publié dans Textes

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Karl Chaboum : "je crée et véhicule la musique des mots"

Publié le par christine brunet /aloys

Donne-moi une définition de l'écriture.

La brouette jpg


Définis ton style d'écriture. Définis ton univers littéraire...

Je n’en ai pas. Je peux rire ou faire pleurer, selon ce qu’il y a dans ma peau, mes tripes. Je ne force jamais la note pour sortir de mon enclos. Je suis. Je ne fais pas l’extravagant pour me faire remarquer. Mon but n’est jamais de me faire remarquer. Comme c’est écrit sur l’endos de mon livre « Le sol à l’envers » : Chaboum n’y va pas de main morte quand il a quelque chose à dire. Quand il n’a rien à dire, il n’écrit pas. Il n’y a pas de clôture dans l’univers, il n’y en a pas non plus dans ma tête. Quand  j’ai envie d’écrire un alexandrin, j’en écris un, mais je ne me cantonne pas dans des rimes qui sont plus que souvent des clôtures. Écrivain ludique est une étiquette qui me va sur mesure. Je ne me prends pas au sérieux mais je suis sérieux en faisant sourire.

 
La scène... Une autre passion, je suppose... Qui est le complément de l'autre ? écriture, complémentaire de la scène ou scène complémentaire de l'écriture?

Comme je suis implanté cochléaire, je suis un solitaire. Je me vois sur scène en solo, entouré de techniciens sympathique comme semble l’être l’équipe de Chloé. J’ai servi des cours d’improvisation à l’Université de Montréal : j’étais comme un poisson dans un aquarium. J’ai publié quelques livres; des centaines nagent dans mon aquarium. C’était parhttp://www.bandbsa.be/contes2/solenversrecto.jpg défaut. Me voir offrir la scène où se mêleraient textes, visuel et improvisation feraient mon bonheur : je ferais barrer les portes pour garder l’auditoire jusqu’à la fin (si je répète, c’est pour que cela entre dans le subconscient de mon futur public).


Ecris-tu pour toi, pour les autres ? le regard des autres sur ton univers littéraire.

J’écris toujours pour les autres mais c’est toujours pour moi et moi, dans le sens que mon écran ne m’a jamais embrassé pour me dire qu’il aimait mes textes. Si je me présente devant un public, je m’attends à être embrassé par plusieurs, sinon c’est moi qui irai les embrasser.


Comment choisis-tu tes sujets d'écriture... Pourquoi illustrer tes petits textes ?

À partir de mon vécu, qui peut reculer à loin en arrière, à loin en avant. Mon cerveau est toujours allumé, les synapses me conduisent à Balzac, La Fontaine. Je n’ai pas de recette préconçue. L’illustration est une nouveau dans mon monde d’écrivain. Quand j’ai entendu parler Robert Paul il y a quelques jours d’un nouveau style d’écriture, le stichou, en cinq lignes courtes, et que monsieur Paul nous a mis au défi d’en écrire, l’idée m’a boucoup plus. J’en ai huit d’écrits, tous imagés. Illustrés ? Parce que cela parle, un va et vient entre texte et illustration.


Comment écris-tu ? Impromptu, sur un coin de table ? Tu retravailles beaucoup tes textes ? développe...

Parfois j’arrête de conduire sur le bord de la route et j’écris, toujours d’un jet, après y avoir pensé pendant des jours parfois, mais généralement j’ai une idée en tête et je plonge. Je ne choisis mon titre qu’à la toute fin, rarement au début. Je retravaille avec letrottier-tete-chaboum.pngdictionnaire; il y a tellement de y et de rr, ll, nn; je me demande qui a inventé ça. Es espagnol… peut-être qu’ils ne donnent pas de dictée. Ma devise : cela doit toujours couler : s’il y a en trop un et, mais, pour, j’efface.

Pour mettre une boucle à tous ces mots de Chaboum, le vers solitaire est fait pour le poète inconnu; j’en suis à la phase de brouette souhaitant aller sur les planches, pas rester dessous.

 

Que t'apporte l'écriture et que ressens-tu quand tu écris ?

Elle m’emporte. C’est le jeu des synapses : incroyable ! Je n’ai pas besoin d’être membre du Circle du Soleil pour en faire le cercle, l’étirer, lui faire embrasser la lune dans un long baiser sombré. Je suis vraiment une brouette Christine. Je suis en train de découvrir un pan de Voltaire avec Micromégas dont Voltaire décrit la hauteur : « Il avait huit lieues de haut : j’entends, par huit lieues, vingt-quatre mille pas géométriques de cinq pieds chacun. »

Ludisme de haute voltige, et il n’arrête pas. Je m’en nourris, comme un veau tête sa mère.


Tu es, à l'évidence, un auteur ludique (ta propre définition et je le pense également): qu'apporte cette approche que n'apporterait pas le sérieux de vers purement satiriques, par exemple.

L’an dernier, deux éditeurs français, un belge, huit québécois ont refusé mon manuscrit que plusieurs ont aimé (sic). Pourquoi ? Parce qu’ils avaient une tonne de livre à fouiner dedans (je coule moins dans ces cas-là). Un Français m’a dit : « La poésie ne se vend pas en France. » Avec tout ce que j’ai lu, je comprends – tu peux prendre un autre de mes carte-chaboum.pngpseudonymes pour me protéger des poètes). On ne voit pas les couilles – écrire en plus petit si tu veux), on  ne soit pas la souffrance, ou si on la voit, ça n’en finit plus. La lecture est là pour ressourcer l’humain. Quand je n’aime pas ce que j’écris, je le jette aux poubelles. Je suis de nature pince sans rire, on me compare souvent à Louis de Funès. Quand j’écris, je m’éclate de rire – pas chaque fois quand même . Vu que mon public est moi-même, il faut que j’aime ça.  J’ai aussi des périodes crues, sensuelles, petite dose grande dose. Ce n’est pas pour tout de suite le temps du dévoilement.


Penses-tu que ces petites strophes ainsi que ton approche de l'écriture se rapprochent d'un univers un peu particulier de l'écriture qui est celui des chansonniers ? " Je ne me prends pas au sérieux mais je suis sérieux en faisant sourire": n'est-ce pas, justement, le propre du chansonnier de faire passer par le jeu des mots, de la physionomie parfois, des messages plus caustiques...

Christine, mon désir est d’apprendre à poser ma voix. J’ai enregistré un vidéo, ce que je referai bientôt, La conscience de Victor Hugo. Caïn poursuivi par un œil immense, à en devenir dément. J’en frissonnais de vivre la peau du premier meurtrier de la race humaine. Je laisse la chanson aux chansonniers. Un spectacle solo avec support visuel, musique appropriée – avec La conscience c’est le Boléro de Ravel en crescendo, de quoi perdre ses cheveux-, un mentor pour que je passe plus mon temps à tout et rien faire, cela ferait mon affaire.


Tu expliques l'affiche avec tous tes masques ? (fallait bien que je te pose la question ! )

« Les masques tombent » furent pour moi un délice à présenter devant des amis. Des maîtres du XIX’sièce comme Victor Hugo, La Fontaine, Jacques Prévert, Edmond les-masques-chaboum.pngRostand : un texte de chacun avec un masque pour chacun. En deuxième partie, Karl ChaBOUM, sans masque, avec ses textes (cette semaine, un ami de longue date m’a dit : Tu t’appelleras dorénavant ChaBOUM – je vais faire du ménage dans tout ça, je reviens à l’ordre). J’ai mangé du XIX’ pendant… un siècle. J’ai vu, et transmis, l’actualité de ces hommes qui s’adressaient au peuple. Je suis un vulgarisateur Christine. Conférencier pendant 20 ans je m’adressais aux enfants… leurs parents comprenaient.


Pourquoi multiplier les noms ? tentes-tu de te cacher derrière des mots ?

C’est certain, tout comme la majorité des humains se cachent derrière leur mutisme chronique. Balzac avait une panoplie de personnages, il leur faisait dire ce qu’il voulait, ilhttp://www.bandbsa.be/contes2/trottiezbarbu.jpg se cachait derrière un, derrière l’autre. Pourquoi pas ? Quand une femme se teint le cheveux et passe du noir au blond, que fait-elle ? Elle veut attirer, se faire remarquer. Quand je porte une grosse barbe et qu’aujourd’hui je suis chauve, non seulement je ne me cache pas, je me révèle plutôt. Carl du Toit a été crée en souvenance de Charles Dutoit, grand chef d’orchestre  de réputation internationale qui a passé plusieurs années à Montréal. Je crée et véhicule la musique des mots, ce qui explique Mots + Art = MotzArt.


Comment t'es venue l'idée du site acrostiche ?

B atifoler est ta marque visagesque : tu es un contagieux professionnel.

O rchestrer est de ton calibre, sans chercher les fausses notes comme des puces.acrostiche-chaboum.png

B ombeur tu mets ta griffe partout. Si c’est trop, tu cloé la porte en liste.


Ce que je viens de pondre. De nombreux psaumes écrits il y a trois mille ans par le roi David étaient des acrostiches écrits en hébreu. Tout au long des siècles des acrostiches ont été écrits.

Une vague de prénoms/cartes de souhaits ont inondé le marché. Puis sont disparu. Saturation. B comme dans « belle » - C comme dans « courageuse ». Etc comme dans etc. Cela me sortait par les oreilles, redondant. Un grossiste en cadres m’a encouragé à écrire une collection, ce que j’ai fait avec 6-8 dictionnaires autour de ma table. Nous avons rompu. Ma tête n’est pas rompette à relever le défi : j’ai une banque de 275 prénoms ainsi que l’offre de service d’écrire n’importe quel prénom de n’importe nationalité – style Bichnouwa – en français.


J’ai vidé mon sac Christine. Tu avais de bonnes questions.

 

 


Publié dans interview

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Alain Magerotte a lu Nid de vipères de Christine Brunet

Publié le par christine brunet /aloys

Alain

 

Avis aux futur(e)s lecteur(e)s et lecteurs… l’autrice Christine Brunet nous emmène… pardon, je recommence; avis aux futur(e)s lectrices et lecteurs… l’auteur(e) Christine Brunet nous emmène dans une histoire qui pourrait faire des dégâts. Je m’explique : si vous décidez de lire «Nid de vipères» allongé sur un transat au soleil, prenez garde. Vous serez tellement absorbé par votre lecture que vous risquez, soit l’insolation, soit de cramer complètement.

 

En effet, il vous sera difficile de vous détacher d’un récit mené tambour battant. Dès les premières pages, le rythme est donné. Un rythme que l’auteur(e) gardera soutenu tout au long d’un roman (485 pages) aux moult rebondissements, un peu comme cette pierre que l’on jette au raz de l’eau et qui n’en finit pas de faire des ricochets.

 

Pas de manichéisme, les protagonistes oscillent entre gris clair et gris foncé et c’est parfait parce que ça sonne plus «vrai».

 

Le personnage principal, c’est Aloys Seigner, commissaire divisionnaire. Une épée, plus efficace, tu meurs. Comment ne pas succomber au charme de cette jeune femme ? Ne cherchez pas, c’est perdu d’avance car cette fille-là, mon vieux, elle est terrible, comme dirait l’ex idole des jeunes transformée aujourd’hui en vieillard cacochyme.

 

Mais attention, la belle cache un terrible secret…

 

Comme les auteurs de CDL, Aloys a son «faux Bob». Le sien se prénomme Nils, le nôtre, Baudouin. Là s’arrête la comparaison car le «faux Bob» d’Aloys est grand et musclé.

 

Un drôle de coco ce Nils, sûr de lui et victime de son charme (comme notre «faux Bob»… ouf, je me suis rattrapé… non ?), tantôt sympa, tantôt salaud.

Et puis, il y a Marie-Claire Seigner, la mère d’Aloys, ex tigresse devenue «femme cougar» avec les années (le temps n’a pas eu raison de sa félinité).

On croise évidemment une foule d’autres personnages… comme le grand-père d’Aloys qui, au sujet de sa petite-fille, met les points sur les «i» avec Nils sur fond de chasse à courre (quelle horreur !...  Je fais allusion à la chasse à courre, bien entendu).  

 

Notre commissaire divisionnaire ne s’ennuie pas, le lecteur nonCouverture Nid page 1 plus : meurtres bizarres, enquêtes policières, attentat, intrigues des services d’espionnage, terribles secrets de famille (faut dire que la famille Seigner (il y a aussi un oncle… plutôt un frère qui occupe un poste important dans les Services Secrets) «n’est pas triste» comme on dit à Bruxelles. Une expression qui ne signifie pas nécessairement que ce sont des «marrants» mais plutôt des «fameux numéros», dans le positif comme dans le négatif), moments tendres, érotiques, nombreuses scènes de douche (une police propre ?)… sont au programme.

 

Beaucoup de voyages aussi; la Polynésie, les triades de Hong-Kong, la jungle birmane et Paris bien sûr. On sent que l’auteur(e) aime et connait ces lieux, ces endroits.

 

Ce livre m’a laissé sur le c… (Davantage par ses rebondissements que… parce que c’est ma position favorite pour lire).

 

Aussi, je vous propose un deal. Eloignez de vous toute(s) affaire(s), urgente(s) ou pas, donnez un tour de clé à la porte d’entrée de votre maison ou de votre appartement, installez-vous confortablement dans un fauteuil, éteignez les lumières sauf celle diffusée par un lampadaire que vous aurez pris soin de placer à côté du fauteuil. Vous serez ainsi plongé dans une ambiance idoine pour vous laisser transporter par un récit haletant. Une fois votre lecture terminée, parlez-en autour de vous en prenant soin de divulguer un minimum.

 

Si vous ne possédez pas encore «Nid de vipères», commandez-le ici sans tarder: cdlbarry@yahoo.fr

 

ALAIN MAGEROTTE

 

Publié dans Fiche de lecture

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Filets échoués, amas de mailles... un poème de Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

desguin

 

 

 

Filets échoués, amas de mailles…

 

 

 

Filets échoués sur les sables du temps,

Petits trous, entrelacs, gouttes des océans,

Qu’avez-vous, au gré des vents et des marées,

Laissé passer, des limailles, des écailles,

Des coquillages ?

 

Au gré des vents et des marées,

Entrelacs de sueurs, entre

Des mains d’hommes forts,

Vous en avez nourri des ventres,

Dénoué des bonheurs, déjoué des sorts,

Effarouché des oiseaux destinés

A voler plus haut que les montagnes

De sable !

 

Filets échoués,

Amas de mailles, de tissus ramassés,

Vous sentez les kilomètres, les mers,

Les équinoxes, horloges des univers,

Vous sentez les sangs

Ecaillés des ressacs,

Vous taisez les saccages sanglants,

Les poubelles écumées,

Les gifles et les claques,

Et vous vous échouez

Fatigués, sur cette cathédrale

Des sables.

 

 

 

Carine-Laure Desguin

carinelauredesguin.over-blog.com

Publié dans Poésie

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La mare, en fin d'été, un poème de Claude Colson

Publié le par christine brunet /aloys


claude colson-copie-2

 

 


La Mare, en fin d'été

(vers le milieu de l'après-midi)

Huit jours avant l'automne, la mare.
L'air tiède, même chaud, n'est pas pour crier gare.
La nappe d'un vert prairie
S'étale, toute couverte de lentilles, en tapis.

Il appelle les pas, tente presque l'unique promeneur
Que séduit ici la belle douceur de l'heure.
Là-bas pourtant deux colverts s'ébrouent,
Trouant le plan,
Tout danger rappelant :
La mare ronde
A l'eau profonde.

Des feuilles jaunes se posent lentement, c'est doux ;
Elles reposent à présent sur ce vert étonnant
Auquel le cygne noir seul demeure indifférent.
Lui aussi perce l'eau de son bec rouge,
Fouillant, chassant, happant tout ce qui bouge.

Pour nous - et c'est là le flou -
Le grand mystère reste en dessous.

 

 

Claude Colson

claude-colson.monsite-orange.fr

Publié dans Poésie

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Journal de bord... Hugues Draye...

Publié le par christine brunet /aloys

 

H.draye

 

 

Sur les chemins de Compostelle ...
 
18 juillet 2011
 
Ca fait une semaine, aujourd'hui, que je suis parti ... tenter la suite de cette belle aventure.
 
Heutregiville.
 
Ouf ! J'arrive à retenir le nom de la localité où j'ai atterri, hier. Pas des moindres. Il s'agit d'un lieu connu, dans le coin. Eprouvé par la guerre de 14. Faut dire : Verdun n'est pas loin. Brigitte, la dame de l'endroit, m'a montré de vieilles cartes postales, d'avant la première guerre, avec, notamment ... la ferme où nous nous trouvions et l'église de l'époque (détruite lors de la guerre 14-18).
 
J'ai partagé la chambre (de l'endroit) avec un pélerin hollandais, Frans. Ca s'est bien passé. Sur son lit, le gars lisait un bouquin (en néerlandais, bien sûr) sur une espèce de mini-ordinateur de la taille d'un livre.
J'ai juste eu un peu peur, à l'idée que, la nuit, je peux ... ronfler. Et que ça puisse causer des problèmes.
J'ai juste eu un peu peur, vers deux heures du matin, lorsque j'ai du, dans le noir, tenter de quitter la chambre pour me rendre à la toilette, dans la salle de bain située elle-même à côté de la chambre. Final'ment, lorsque, le plus discrèt'ment, j'ai réintégré la chambre, c'est lui qui se levait ... pour se rendre au même endroit que moi.
Comme quoi !
 
Il a soixante-quatre ans, le FRans. Il est taillé comme un athlète.
Ce qui est fou, c'est que la rencontre entre lui et moi aurait pu se passer mal. De ... ma faute, cette fois, je l'avoue.
 
Faut dire ...
 
J'étais parti, le matin, de Château-Porcien. J'avais un peu tourné en rond dans le village, avant de trouver les bonnes balises. J'avais eu un mal fou à repérer les deux bras de l'Aisne, le canal des Ardennes, le terrain de sport, la coopérative agricole.
Ca f'sait plus d'un jour que je tentais de contacter un hôtel, à Bazancourt, renseigné dans le dépliant, où devait, logiqu'ment, se trouver la fin de l'étape. Sans réponse. Or, il était bien dit : réservation 48 heures à l'avance. Bien, bien. Heureus'ment que, dans le sillage, deux ou trois autres numéros de téléphone étaient renseignés. J'avais fini par tomber sur une dame qui m'avait dit de la contacter vers 18 heures, car son lieu d'hébergement se trouvait à dix kilomètres de là.
 
Faut dire, aussi ...
 
C'était la quatrième ou cinquième journée que je me remettais en marche, en repartant d'un point où j'étais arrivé, la veille. C'est passionnant, oui. On voit du paysage, oui. Mais ... poser ses bagages quelque part, dormir, reprendre ses bagages le lend'main, c'est de l'énergie physique, psychologique. Et je commençais à me dire qu'il serait temps que je me pose plusieurs jours quelque part, sans bouger. Heureus'ment que Reims n'était pas loin.
 
Faut dire, aussi ...
 
En chemin, une des bretelles de ma guitare a laché.
 
Alors, bon ...
 
Quand je suis arrivé, d'abord, à Bazancourt, que je suis tombé, une fois de plus, sur le premier bistro venu, c'était la Providence, la délivrance qui s'imposait d'elle-même. Et là, j'ai reçu un chouette accueil du tenancier et des clients du lieu.
A un moment donné ...
Le tenancier du coin me dit : "tiens, voilà un pélerin !". Il sort et appelle le gars en question. Je me réjouis. Je suis curieux. Un grand gars, avec des lunettes, une casquette et un sac-à-dos, entre dans l'enceinte. Mince : il parle pas français. Mince : il me rappelle sans doute quelqu'un que je ne garde pas dans mon coeur. Et ... quand il me parle, je m'arrange pour écourter. Je suis trop fatigué. Je veux pas écouter, c'est une torture. Et ... je lui tourne le dos. Le client, à côté de moi, a vu la scène et ... me comprend.
Quant au gars, lui, il ne désarme pas. Il s'assied, prend son portable (ou GSM), tente d'appeler des endroits pour loger. Et ... il repart.
 
Silence dans le bistro. Je sympathise avec la serveuse. Je sympathise avec un voisin de comptoir (venu de Guyane, je crois).
Et je commence à me dire : et si le gars "hollandais", que je viens de croiser, devait se trouver, ce soir, dans le même endroit que moi !
Et je commence à me dire : Hugues, prépare-toi, si le cas se présente, à retrouver le gars "hollandais", et à le vivre bien (il n'a pas à subir tes états de mauvaise humeur ... légitimes).
 
Et ... une heure plus tard (toujours dans le même bistro) ...
Une dame sort d'une voiture. Elle appelle un certain "Hugues" qui l'a contactée le matin. C'est bien là que j'irai loger ce soir. Et devinez qui je vois, dans sa voiture, qui l'a prévenue qu'il y avait un pélerin qui attendait au bistro : eh bien, Frans, le pélerin hollandais, comme je l'avais imaginé, comme je l'avais supposé ...
Et ... ça commence à bien se passer.
 
 
On ne passera qu'un jour à Heutregiville ... déjà le jour suivant, on nous conduit, Frans et moi, au début d'une espèce de voie romaine qui nous mènera vers Reims
 

 
on se salue bons amis ... on se reverra ...
 

 
allez : juste un regard vers la gauche
 

 
Frans me devance vachement, déjà ...

 

21 juillet 2011
 
C'est la Fête Nationale, aujourd'hui, en Belgique. Tiens, je l'avais oublié, pas plus tard qu'hier.
 
Trois jours passés à Reims. Trois jours que je ne regrette pas. Charlène, Julie, Dino, je vous emporte avec moi. Nous nous retrouverons toujours quelque part.
 
Ce soir, j'échouerai à Verzy. Je dois contacter un responsable de la maison paroissiale du village, sur le coup de six heures.
 
J'ai quitté Reims. Dans la pluie. J'ai entamé la Via Francegina. Que de ponts sur la route ! J'ai longé un canal. Aperçu une barque, avec des gosses qui ramaient, un chef de bande qui donnait le rythme au tambour, un prof' (ou un guide) qui dynamisait la bande.
 
Hier, j'ai aperçu une modeste chapelle, en face d'une des grandes usines où on fabrique du champagne. Foujita, un peintre d'origine japonaise qui a échoué à Montmartre, a décoré l'intérieur. Malheureus'ment, y avaient des chaînes tout à l'extérieur, je n'ai pas pu pénétrer dans ce lieu modeste.
 
Jusque Saint-Jacques de Compostelle : encore 2400 kilomètres à franchir. Pas encore pour moi !
 
Mon pied gauche commence à souffrir.
 

 
Dernier clin d'oeil à la chambre, à Reims, de la maison diocésaine où j'ai passé trois jours
 
Encore un ultime passage dans un bistro typé du coin 
Heureusement que les rues de Reims sont des labyrinthes ...
 

 
Allez, Hugues ... on se remet en route ... tournons à gauche, là où y a un pont ...
 

 
douce campagne pluvieuse ... j'ai dépassé Sillery ...
 

 
saluons le moulin de Verzenay...
  

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Terreurs nocturnes, une nouvelle d'Adam Gray - Une fin alternative

Publié le par christine brunet /aloys

 

 PHOTO pour 4me de COUVERTURE (ADAM GRAY)

Terreurs nocturnes


Bonus : la fin alternative…

 

– Notre Père, qui êtes aux cieux, que votre no… commença-t-elle.

 

Quatre griffes, qui venaient de percer la surface, entraînèrent la jeune femme tout au fond de l’eau, et plus profondément encore… dans sa propre baignoire.

Dans la glace de la pharmacie entrouverte, les deux yeux jaunes, satisfaits, regardaient les bulles remonter à la surface…

Couleur grenadine.

 

Que vous l’appréciez ou non, n’oubliez jamais… jamais !… chers lecteurs, ce qu’a écrit Stephen King : « Plains ceux qui ont peur car ils créent leurs propres terreurs. »

 

Ils nous épient. À chaque instant. Ils nous guettent…

« Ils », ce sont les monstres de nos terreurs nocturnes d’autrefois.

En vérité, je vous le dis, prenez garde, chers lecteurs !… Prenez garde à vos pensées. Ils sont LÀ !… N’attendent que cela : que vous leur donniez vie.

Ils sont là – NON ! N’allez pas vérifier !… –, dans la glace, quand vous refermez la porte de votre pharmacie.

Ils sont là, dans le tiroir de votre commode. Là, dans votre armoire. Là, derrière vos vêtements, dans le dressing… LÀ !… Sous votre lit.

Ne vous retournez pas… Ne bougez surtout pas, non. Ils sont là… à cet instant précis… au-dessus de votre épaule… alors que vous lisez ces lignes. Ils n’attendent… QUE ÇA !… que vous vous retourniez… Que vous les regardiez ! Pour vous…

 

Hein ?

Qu’est-ce que c’est ?

 

L’auteur se leva, afin d’aller voir qui frappait sur les baies coulissantes de son refuge. Il découvrit deux mots tracés en lettres de sang sur l’une des vitres : JE VIS.

 

Une semaine plus tard…

 

…Au 13h.

 

– Alors que venait de paraître son autobiographie intitulée L’Enfer, c’est de n’avoir pas pu prendre un seul malheureux mois de vacances en 20 ans, l’écrivain Adam Gray, bientôt 40 ans, adulé par ses lecteurs mais souvent la cible de certains critiques le jugeant… « populaire », « grande gueule », s’est donné la mort en se tranchant la gorge dans son chalet d’Orcières-Merlette… L’écrivain a filmé son suicide, comme un ultime témoignage morbide à ses fans… La vidéo a été découverte par son agent artistique sur son ordinateur. Par ailleurs, cette vidéo tendrait à prouver que l’écrivain, dont le best-seller, Ainsi, je devins un Vampire…, venait tout juste d’être adapté au cinéma avec le comédien Ben Barnes en vedette, aurait perdu tout contact avec la réalité… Attention, chers téléspectateurs. Ces images, dévoilées en intégralité, sont des plus choquantes.

 

À qui regardera cette vidéo… Je m’appelle Adam Gray. J’écris des romans.

Saviez-vous qu’il arrive parfois que la fiction dépasse la réalité ? Il arrive parfois qu’on engendre un personnage si mauvais qu’il est bien trop puissant pour être contenu dans les pages d’un seul livre. J’ai créé ce personnage… Tout a commencé il y a ( ?) une semaine. Désormais, il me dicte ce qu’il veut que j’écrive… et uniquement. Si je ne le fais pas, il me harcèle, me fais tomber dans les escaliers… Bref ! J’ai perdu tout contrôle sur lui. Putain de démon aux yeux jaunes… Pouvez-vous me dire pourquoi je n’ai pas choisi d’écrire des trucs tout mignons, plutôt ? Des trucs comme… Martine ! J’ai peur, putain… Pas pour moi, non il est trop tard, pour moi… J’ai peur pour ma famille, ça oui. J’ai peur pour vous. Car il est vivant. Vivant, vous dis-je… La seule façon de le faire disparaître c’est de disparaître moi aussi, je crois bien. Je l’espère… Si je me plante, que Dieu me pardonne… Il se servira des terreurs nocturnes de votre enfance pour vous atteindre… vous emmener. Gardez toujours une croix, sur vous !… Ça le repoussera… un moment. Prudence, surtout… Car il est peut-être déjà chez vous… Au-dessus… de vous. Derrière…

 

Fais chier, merde !

Bon… Euh… À tout le monde : je vous aime. Maman, papa… Bengali, Félibelle, Misty…

Avant de… (Mais… il est où, ce putain de scalpel ?) Désolé… Ceci est pour mon éditeur : Laurent, je t’ai envoyé les tapuscrits II et III qui font suite à Ainsi, je devins un Vampire…, O.K. ? Si besoin, y a des copies chez ma mère, sur toutes mes clés USB. Et tu n’oublies pas, surtout ! Si la New Line veut poursuivre avec mes bouquins, JE NE VEUX PAS DE SHYAMALAN ! Plutôt mourir deux fois que laisser cet has been jouer avec mes personnages ! Vois avec Aja, Gans, Leterrier… Ils sont cools, ceux-là. Mais Shyamalan : NON ! NICHT ! DEĞİL !

En réalité… Qu’est-c’qu’on en a à foutre de tout ça ?… Si je me plante, tout le monde va crever, de toute façon, et la Terre deviendra le Musée des Horreurs…

 

( ?…) Merde… Il revient, cet enc !… Vous l’entendez ? Vous entendez, ÇA ? Vous l’entendez frapper à la porte ?

TU CROIS QUE TU ME FAIS PEUR, EMPAFFÉ !?! Tu vas avoir une surprise… Allez, courage, Ad… C’était le romancier Adam Gray. Bonne chance à tous… Quant aux plus malchanceux, je vous dis à très bientôt…

 

La chaîne de télévision imposa alors un écran de mire. Le téléphone de la jeune femme sonna.

 

– Ils vont me virer, MERDE ! hurla la journaliste. Enfoiré d’écrivain désaxé mégalo !!! C’était bien trop gore !!! J’aurais dû la visionner, cette vidéo !

 

– Allô. Allô !… Aaallôôô ! Mais qui diable est au bout du fil, bon sang !?! Répondez ! Bon. Je vous préviens, je vais raccrocher. Un… Deux…

 

– TU VAS CREVER, CONNASSE !!!

 

 

 

 

Adam Gray

adam-gray.skyrock.com

adam-gray.over-blog.com

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C'est Carine-Laure Desguin !

Publié le par christine brunet /aloys

                                      

desguin

 

 

 

Deuxième étage, salle  07.

 

 

Après avoir écrasé son mégot, le trentenaire mal rasé appuie lourdement son front tout gras de sueur sur la grande fenêtre de la salle 07, celle des interrogatoires de longue haleine. Sa hargne, il veut la jeter sur la ville endormie, à travers les premiers brouillards de l’automne. De ce deuxième étage du commissariat, cet obstiné ne voit de la métropole que peu de chose…A 23 heures, un mardi soir de septembre, rien de bien spécial, à part cette gonzesse, là, derrière lui. Elle joue à l’amnésique, doublée de la muette de service. De temps en temps, elle déballe une miette ou deux. Le cerveau gonflé par les séries américaines, le visage dégoulinant de produits à bon marché, elle attend quoi, ce trésor, pour vomir des noms de types véreux, de bars mal famés, de tripots encavés ou de rues aux enseignes qui ne s’éteignent jamais ? Un hot-dog avec du ketchup et une bague de fiançailles au dessus, en guise de cerise sur le gâteau ? Demain, Cédric Durlière affrontera les familles des disparues ainsi que des politiciens ronds-de-cuir, des gens qui ignorent tout des poubelles de la ville, des quartiers qui puent le rat et la dope, et du jus de sperme qu’éclaboussent sur les murs des hôtels miteux, des calotins binoclards et sans scrupules. Les fichiers sont saturés de vieux dégueulasses, de jeunes tordus, de désaxés qui harponnent à coups de poussières blanches des gonzesses qui rêvent d’écrans plats et d’hôtels quatre étoiles sur une île de plein soleil, le 24 décembre à minuit.

Quelques heures. Il ne reste que quelques heures au flicard à la voix râpeuse, pour extirper de cette paumée, cette bimbo factice aux lèvres épaisses affalée sur la chaise métallique, un indice, n’importe quoi qui pourrait allumer une piste : une odeur, un bruit de train, les chuintements d’une émeute de souris, des cris d’enfants dans une cour de récréation.

- J’peux ravoir mon ? minaude la fille, avec la voix hésitante de celle qui sait qu’elle patauge dans la panade…

Durlière se retourne, outré, les yeux couleur  de prison :

- Pourquoi ? Tu t’emmerdes avec moi ? Ton G ? Tu parles de quel G, p’tite salope ?

- Ben non,  mais c’est que, c’est que, continue-t-elle, comme une gosse paumée devant le tableau noir…

- C’est que quoi, hein ? Rien ! Rien du tout, bon sang ! On recommence depuis le début, ma grosse, creuse dans ce qui te sert de méninges, mam’zelle la pseudo- strip- teaseuse !

- Pseu… ?

Pseudo, espèce d’illettrée de mes deux ! Alors, crache plus vite que ça, je t’écoute !

- J’vous ai tout dit, tout dit dix fois au moins ! Vous m’en voulez d’être vivante ou quoi ?

Face à cette espèce de brute qui lui déshabille le cœur petit à petit, Lisbeth a un sursaut de révolte. Des heures qu’elle est plantée là, les yeux rivés sur ce qu’elle peut, sur les fardes noires empilées dans les étagères, sur le calendrier accroché au mur, sur ce flic, un jeune loup aux  dents longues, qui recherche plus la promotion qu’autre chose. Bien sûr, les deux autres traînées, les disparues, il désire les retrouver saines et sauves mais ce qu’il veut avant tout, c’est que son nom soit cité à la une de tous les canards, il veut qu’on le reconnaisse dans la rue, le dimanche, quand il se pointe à la boulangerie !

- Alors quoi, c’est le gras de tes hanches qui t’empêche de réfléchir, fille de merde ? Tu craches ou je dois aller chercher les morceaux plus loin ?

Cédric Durlière reste debout, piétine autour de son vieux bureau, les deux mains dans les poches, pour se donner une contenance, comme dans les feuilletons, au moment où une musique à suspense nous fait comprendre qu’un élément de premier ordre va apparaître bientôt. Quand il parle, ce flicard démineur, il se penche en avant, tout en haussant le ton de sa voix, pour singer une autorité de futur commissaire.

La fille à la chair boudinée triture un bracelet en cuir noir, avec des initiales fluo et un cœur qui pendouille, une breloque. Les yeux lançant un regard bravache, elle murmure, en reniflant tous les trois mots :

- C’est Debbie et Zoé…elles avaient un pote…Aldo qu’il s’appelait, ce type…il demandait des filles…des grosses…pour un casting…il devait nous filer du pognon…

- Et ? fulmine Durlière.

- Debbie et Zoé se sont amenées chez moi…On a pris le matos et…

- Du matos ? De la dope ?

- Non ! Du matos… pour le strip…des trucs en cuir noir, des slips, des clous, des menottes, des cuissardes, du matos quoi ! Aldo, il lui fallait des filles grosses, avec du gras sur les hanches, comme vous dites….des gros seins…des bourrelets sur les genoux…des grosses quoi ! C’était pour tourner dans un film porno…Des tunes, il devait nous en filer un paquet, de quoi gonfler nos plumards ! Vers six heures du soir, on avait rencart au golden saloon…Un type grand et maigre s’est amené…il avait un long menton…sa bagnole sentait le cuir neuf…on a tourné dans la ville…les rues défilaient…puis on a stoppé dans une espèce de cours d’usine …des bétons…

- Continue, mon trésor, continue …

-Une grande et haute pièce toute froide…une scène…des tissus noirs…des projecteurs…comme au cinéma !

- Tu parles d’un cinéma ! C’est bien poulette, continue, continue, tu l’auras ton septième ciel,  tu l’auras …

- Plus loin que la scène, il y avait un jeu ….un jeu …des quilles et des boules…un bowling, c’est ça, un bowling…

A ce moment, Lisbeth  met les mains sur son visage flétri et balance ses longs cheveux roux et bouclés en arrière. Sous sa peau, son cœur pulse à grands remous.

- Continue, creuse tes méninges ! Des odeurs ? Des bruits ? Des indices, bordel, des indices ! T’as rien entendu ? Une ambulance ? Les pompiers ? Plus vite bordel, plus vite, tu causes comme si tu faisais ton strip, à petites doses ! Balance, balance !

La fille continue, la voix ondulante comme un serpent éméché…

- Aldo était là, appuyé contre un bar, un bar très long, long comme j’ai jamais vu…c’est Debbie et Zoé qui ont dit que c’était Aldo, moi, j’en savais que dalle…deux autres types étaient là, ils causaient pas français, je crois  et …

- Tu crois ou t’es sûre, bordel, réfléchis, t’es majeure et encore plus, à voir les sillons charbonneux autour de tes yeux, t’es censée savoir réfléchir ! Le flic gueule ça avec dans la voix comme des glaçons, des trucs froids, qui coupent et qui font mal.

- Les types lâchaient des mots que je comprenais pas…ils étaient accoudés au bar …par terre, y’avait des débris de verre et des bouteilles vides…les types avaient des yeux de hiboux, des épaules pleines d’os et un sourire, un sourire ….tordu…c’est ça…un sourire tordu….un sourire comme une cuvette de wc qu’on n’aurait jamais récurée …Y’avait des lumières vertes et rouges  s’allumaient et s’éteignaient, de partout…

- Voyez-vous ça, la mémoire revient…

Durlière reluque la grosse fille et se fend du rictus de celui qui a des projets …Sous le pull en grosses mailles noires et argentées, la poitrine sémillante se soulève. La fille baisse les yeux, elle pressent qu’elle doit obéir, son cœur bringuebale. A ce moment-là, Durlière s’écarte de son bureau, recule de deux pas vers la sortie et gueule, tout en gardant ses mains en poche et en s’adossant au mur coquille d’œuf :

- Fais-le moi ce strip, fais-le moi maintenant ! Et dans une heure, dit-il en prenant une voix radoucie et presque sensuelle, je te ramène chez toi, dans ton tripot de derrière les fagots.

Ensuite, dans un mouvement sec et rapide, Durlière sort d’un haut et profond placard un escabeau à quatre marches, une paire de ciseaux, un boa en plumes turquoise et …une boussole. Allez savoir tout ce qu’on peut extirper des armoises des commissariats ! De l’improbable, de l’imprévu, de l’insolite !

Lisbeth n’en croit pas ses yeux. Jamais sa cervelle de piaf n’aurait imaginé un ticket d’embarquement pour un voyage inconnu et haut en couleurs…avec ce flic, ce jeunot à peine sevré du sein de sa mère ! Et Dieu seul sait qu’elle en a connu, la Lisbeth, des zozos, des frimeurs évadés des bandes dessinées, des baratineurs engoncés dans un costume trois-pièces avec la pochette bleu nuit qui clignote comme l’autoroute de Bruxelles un soir de 21 juillet, des gars à l’haleine de porc et aux cheveux gominés qui salivaient devant ces strip-teases….Et la voilà, la Lisbeth, gratinée, un mardi soir, dans la salle 07 d’un commissariat ! Tout ça parce que Debbie et Zoé, deux nanas parties sans laisser d’adresse, n’ont pas rempli le frigo de leurs ringards de souteneurs. Alors, ces messieurs crève-la-faim s’inquiètent …Ils appellent la flicaille ! Un comble ! Si, à l’heure qu’il est, ces deux gonzesses se sont fait la malle, elles sont loin, en route vers le sud, les talons aiguilles et les bouches en cœurs carapatées et enfermées à double tour, dans la valise en écailles de crocodiles qui servait à Sixte l’africain, un vieux pote du milieu,  pour transporter les cure-dents en défense d’éléphant. 

 

Sous les lumières artificielles de la salle 07, sans piper mot, les deux regards allumés se toisent. Labimbo sait qu’elle doit jouer du mieux qu’elle peut, qu’elle doit offrir au jeune merdeux un effeuillage tout en ondulations et frissonnements …

- Vas-y, lui dit-il d’une voix de chef de tribu …Donne-moi ce que tu as toujours donné ! Et encore plus, si tu ne veux pas finir en chair à saucisses dans les congélateurs du sous-sol ! Vas-y !

Durlière se paie une clope et se retape le dos contre le mur. Il se frotte les yeux et se passe la main dans ses cheveux bruns et frisés. Un pan de sa chemise en jeans s’est égaré hors de son pantalon. Pour un peu, s’il n’avait sur la face ce masque de type suffisant, sûr de lui, il serait séduisant. Des yeux bruns bien aiguisés, qui savent lancer de la beauté et l’accrocher sur de belles gambettes demandeuses de ces promesses, un corps grand et long, avec des épaules larges comme il faut, sans trop se la jouer surfeur de body-building et mangeur de protéines pour la gonflette …

Avec des gestes aussi lents qu’elle le peut, la soumise se poudre les joues, dépose sur ses lèvres épaisses un sourire grenat très foncé, et allonge ses faux-cils d’une couche de mascara noir et poisseux, du matériel à deux sous, puisé dans les solderies pakistanaises.

Elle ajuste son long pull aux mailles noires et argentées, avec un décolleté en V et une large ceinture cloutée qui donne du relief à tous ces bourrelets de vieille chair. Car, si vous ne l’aviez pas encore compris, la Lisbeth, elle n’est plus de première jeunesse, elle gamberge depuis des lustres, de mecs en bistrots, et de boîtes à musique en geôles de luxe, elle a du répondant et des décorations plus nombreuses qu’un combattant de la grande guerre. Lisbeth, elle est d’une poésie ronde comme les arènes de Nîmes, grasse comme une saucisse de Francfort vendue dans les grandes surfaces de Charleroi et vieille comme les momies égyptiennes, celles que  le carbone 14 ne sait pas chiffrer …C’est dire ! Sa légèreté se love, tout en subtilité, dans ses gestes de gazelle et son regard de langouste…Que les filles du Moulin Rouge ne se bilent pas, de l’ombre, la Lisbeth, elle ne leur en fera pas !

- Alors, tu dors ? T’as sniffé avant de venir ou quoi ? Tu l’ouvres ce spectacle, espèce de cruche ? Dépêche-toi, la nuit s’avance…Le flic scande ça tout en envoyant des volutes de fumée vers l’esseulée et avec dans la voix comme un ton de menace …

La strip-teaseuse ondule et se passe autour du cou le boa turquoise, à la façon d’une grande professionnelle de music-hall et puis, elle place l’escabeau tout près du bureau, en n’oubliant pas de déposer  les ciseaux et la boussole. Ses faux-cils lui effleurent les joues,  tellement ils battent sous le sourire froid, sa gorge se noue, trop tard pour faire marche-arrière.

Elle grimpe pas à pas les marches et gagne le bureau. De son pied droit, elle pousse, hésitante, quelques dossiers, tout en jetant vers son geôlier un regard gonflé d’interrogations.

- Commence, commence, je veux te voir te trémousser, lance le flic, avec une  voix éraillée   de fumeur de gitanes …Et puis, en éteignant une des lampes, il commence à chantonner en sourdineLa décadence, une chanson de Serge Gainsbourg ….

- Bouge tes reins lentement  et danse la décadence  des eaux troubles soudain troublent mes sens ….

Alors, Lisbeth joue …

Suivant le rythme des paroles murmurées, elle agrippe la paire de ciseaux et découpe du bas vers le haut le long pull aux mailles noires et argentées …Dans un déhanchement doux et langoureux, elle mène ses ciseaux comme on mène un slow…Ses grands yeux vert émeraude, maquillés à outrance, ne quittent pas le visage satisfait du flicaillon émoustillé.

Une fois atteinte la hauteur des gros seins pulpeux, Lisbeth ralentit le mouvement de son poignet …

- La décadence sous mes doigts t’emmènera …

A ce moment, on voit de la strip-teaseuse les souliers noirs à talons aiguilles, des collants noirs et luisants qui laissent s’exprimer tous les amas graisseux suspendus aux jambes de la madone, et le soutien-gorge, deux capuchons de tissus noirs dentelés sous lesquels se laissent deviner d’énormes glandes, molles, adipeuses, mais vivantes….

Appuyé contre le mur de la salle 07, Durlière, le regard à la fois luisant et évaporé continue ses murmures…

- …la décadence m’a perdu ah tu me tues mon amour …

Superbe d’impudeur, la grosse déballe tout…Ses collants, en lambeaux, ne cachent plus d’épaisses jambes blanches, épaisses et flétries…Le boa est gênant, il s’accroche à ce qu’il peut, les dentelles noires du soutien-gorge et du slip à lacets de cuir …

…la décadence m’a perdu ah tu me tues mon amour …, chantonne le flic, tout en déboutonnant sa chemise en jeans, d’un geste très suggestif…

La poupée aux rides profondes  se déshabille le corps, comme d’ailleurs elle venait de se déshabiller et le cœur et l’âme … Des hanches, harmonieuses comme un rock’n’roll joué sans partition par un musicien saoul, des bras et des jambes couronnés tous les dix centimètres de  bourrelets graisseux...

Ses reins se cambrent, la belle joue le jeu jusqu’au bout…Elle prend maintenant dans ses mains boudinées, aux doigts asphyxiés par de vulgaires bagues, ses longs cheveux roux et bouclés…Tout son corps, gras et mou, exprime au flicard un je suis à toi, sans même suer une seule syllabe…

Durlière est tout sourire, des étincelles dans les yeux, il fume clope sur clope et écrase les cadavres, à même le sol…

Des odeurs de vieille chair et de fumée de cigarettes se mêlent aux lumières vaporeuses de la nuit….Une grosse cruche se trémousse devant un jeune flic plein d’avenir…Le turquoise du boa ondule entre les bourrelets blancs et flasques …Sur le vieux bureau, des tissus noirs de lainage et de dentelles, des lacets de cuir, et au milieu de tout cela, une boussole.

Tout à coup, pleines lumières dans la salle 07. Une voix  masculine, suintante de certitudes, de Césars et de festivals cinématographiques, gueule à toute l’équipe :

- Les enfants, fini pour ce soir ! Dans vingt minutes, tous à la feuille d’Eve ! Débriefing ! On l’aura, ce César ! Nom de dieu !

 

 

Carine-Laure Desguin

carinelauredesguin.over-blog.com

 

Publié dans auteur mystère

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Qui a écrit cette nouvelle selon vous ???

Publié le par christine brunet /aloys

point d'interrogation

 

 

                                      Deuxième étage, salle  07.

 

 

Après avoir écrasé son mégot, le trentenaire mal rasé appuie lourdement son front tout gras de sueur sur la grande fenêtre de la salle 07, celle des interrogatoires de longue haleine. Sa hargne, il veut la jeter sur la ville endormie, à travers les premiers brouillards de l’automne. De ce deuxième étage du commissariat, cet obstiné ne voit de la métropole que peu de chose…A 23 heures, un mardi soir de septembre, rien de bien spécial, à part cette gonzesse, là, derrière lui. Elle joue à l’amnésique, doublée de la muette de service. De temps en temps, elle déballe une miette ou deux. Le cerveau gonflé par les séries américaines, le visage dégoulinant de produits à bon marché, elle attend quoi, ce trésor, pour vomir des noms de types véreux, de bars mal famés, de tripots encavés ou de rues aux enseignes qui ne s’éteignent jamais ? Un hot-dog avec du ketchup et une bague de fiançailles au dessus, en guise de cerise sur le gâteau ? Demain, Cédric Durlière affrontera les familles des disparues ainsi que des politiciens ronds-de-cuir, des gens qui ignorent tout des poubelles de la ville, des quartiers qui puent le rat et la dope, et du jus de sperme qu’éclaboussent sur les murs des hôtels miteux, des calotins binoclards et sans scrupules. Les fichiers sont saturés de vieux dégueulasses, de jeunes tordus, de désaxés qui harponnent à coups de poussières blanches des gonzesses qui rêvent d’écrans plats et d’hôtels quatre étoiles sur une île de plein soleil, le 24 décembre à minuit.

Quelques heures. Il ne reste que quelques heures au flicard à la voix râpeuse, pour extirper de cette paumée, cette bimbo factice aux lèvres épaisses affalée sur la chaise métallique, un indice, n’importe quoi qui pourrait allumer une piste : une odeur, un bruit de train, les chuintements d’une émeute de souris, des cris d’enfants dans une cour de récréation.

- J’peux ravoir mon ? minaude la fille, avec la voix hésitante de celle qui sait qu’elle patauge dans la panade…

Durlière se retourne, outré, les yeux couleur  de prison :

- Pourquoi ? Tu t’emmerdes avec moi ? Ton G ? Tu parles de quel G, p’tite salope ?

- Ben non,  mais c’est que, c’est que, continue-t-elle, comme une gosse paumée devant le tableau noir…

- C’est que quoi, hein ? Rien ! Rien du tout, bon sang ! On recommence depuis le début, ma grosse, creuse dans ce qui te sert de méninges, mam’zelle la pseudo- strip- teaseuse !

- Pseu… ?

- Pseudo, espèce d’illettrée de mes deux ! Alors, crache plus vite que ça, je t’écoute !

- J’vous ai tout dit, tout dit dix fois au moins ! Vous m’en voulez d’être vivante ou quoi ?

Face à cette espèce de brute qui lui déshabille le cœur petit à petit, Lisbeth a un sursaut de révolte. Des heures qu’elle est plantée là, les yeux rivés sur ce qu’elle peut, sur les fardes noires empilées dans les étagères, sur le calendrier accroché au mur, sur ce flic, un jeune loup aux  dents longues, qui recherche plus la promotion qu’autre chose. Bien sûr, les deux autres traînées, les disparues, il désire les retrouver saines et sauves mais ce qu’il veut avant tout, c’est que son nom soit cité à la une de tous les canards, il veut qu’on le reconnaisse dans la rue, le dimanche, quand il se pointe à la boulangerie !

- Alors quoi, c’est le gras de tes hanches qui t’empêche de réfléchir, fille de merde ? Tu craches ou je dois aller chercher les morceaux plus loin ?

Cédric Durlière reste debout, piétine autour de son vieux bureau, les deux mains dans les poches, pour se donner une contenance, comme dans les feuilletons, au moment où une musique à suspense nous fait comprendre qu’un élément de premier ordre va apparaître bientôt. Quand il parle, ce flicard démineur, il se penche en avant, tout en haussant le ton de sa voix, pour singer une autorité de futur commissaire.

La fille à la chair boudinée triture un bracelet en cuir noir, avec des initiales fluo et un cœur qui pendouille, une breloque. Les yeux lançant un regard bravache, elle murmure, en reniflant tous les trois mots :

- C’est Debbie et Zoé…elles avaient un pote…Aldo qu’il s’appelait, ce type…il demandait des filles…des grosses…pour un casting…il devait nous filer du pognon…

- Et ? fulmine Durlière.

- Debbie et Zoé se sont amenées chez moi…On a pris le matos et…

- Du matos ? De la dope ?

- Non ! Du matos… pour le strip…des trucs en cuir noir, des slips, des clous, des menottes, des cuissardes, du matos quoi ! Aldo, il lui fallait des filles grosses, avec du gras sur les hanches, comme vous dites….des gros seins…des bourrelets sur les genoux…des grosses quoi ! C’était pour tourner dans un film porno…Des tunes, il devait nous en filer un paquet, de quoi gonfler nos plumards ! Vers six heures du soir, on avait rencart au golden saloon…Un type grand et maigre s’est amené…il avait un long menton…sa bagnole sentait le cuir neuf…on a tourné dans la ville…les rues défilaient…puis on a stoppé dans une espèce de cours d’usine …des bétons…

- Continue, mon trésor, continue …

-Une grande et haute pièce toute froide…une scène…des tissus noirs…des projecteurs…comme au cinéma !

- Tu parles d’un cinéma ! C’est bien poulette, continue, continue, tu l’auras ton septième ciel,  tu l’auras …

- Plus loin que la scène, il y avait un jeu ….un jeu …des quilles et des boules…un bowling, c’est ça, un bowling…

A ce moment, Lisbeth  met les mains sur son visage flétri et balance ses longs cheveux roux et bouclés en arrière. Sous sa peau, son cœur pulse à grands remous.

- Continue, creuse tes méninges ! Des odeurs ? Des bruits ? Des indices, bordel, des indices ! T’as rien entendu ? Une ambulance ? Les pompiers ? Plus vite bordel, plus vite, tu causes comme si tu faisais ton strip, à petites doses ! Balance, balance !

La fille continue, la voix ondulante comme un serpent éméché…

- Aldo était là, appuyé contre un bar, un bar très long, long comme j’ai jamais vu…c’est Debbie et Zoé qui ont dit que c’était Aldo, moi, j’en savais que dalle…deux autres types étaient là, ils causaient pas français, je crois  et …

- Tu crois ou t’es sûre, bordel, réfléchis, t’es majeure et encore plus, à voir les sillons charbonneux autour de tes yeux, t’es censée savoir réfléchir ! Le flic gueule ça avec dans la voix comme des glaçons, des trucs froids, qui coupent et qui font mal.

- Les types lâchaient des mots que je comprenais pas…ils étaient accoudés au bar …par terre, y’avait des débris de verre et des bouteilles vides…les types avaient des yeux de hiboux, des épaules pleines d’os et un sourire, un sourire ….tordu…c’est ça…un sourire tordu….un sourire comme une cuvette de wc qu’on n’aurait jamais récurée …Y’avait des lumières vertes et rouges  s’allumaient et s’éteignaient, de partout…

- Voyez-vous ça, la mémoire revient…

Durlière reluque la grosse fille et se fend du rictus de celui qui a des projets …Sous le pull en grosses mailles noires et argentées, la poitrine sémillante se soulève. La fille baisse les yeux, elle pressent qu’elle doit obéir, son cœur bringuebale. A ce moment-là, Durlière s’écarte de son bureau, recule de deux pas vers la sortie et gueule, tout en gardant ses mains en poche et en s’adossant au mur coquille d’œuf :

- Fais-le moi ce strip, fais-le moi maintenant ! Et dans une heure, dit-il en prenant une voix radoucie et presque sensuelle, je te ramène chez toi, dans ton tripot de derrière les fagots.

Ensuite, dans un mouvement sec et rapide, Durlière sort d’un haut et profond placard un escabeau à quatre marches, une paire de ciseaux, un boa en plumes turquoise et …une boussole. Allez savoir tout ce qu’on peut extirper des armoises des commissariats ! De l’improbable, de l’imprévu, de l’insolite !

Lisbeth n’en croit pas ses yeux. Jamais sa cervelle de piaf n’aurait imaginé un ticket d’embarquement pour un voyage inconnu et haut en couleurs…avec ce flic, ce jeunot à peine sevré du sein de sa mère ! Et Dieu seul sait qu’elle en a connu, la Lisbeth, des zozos, des frimeurs évadés des bandes dessinées, des baratineurs engoncés dans un costume trois-pièces avec la pochette bleu nuit qui clignote comme l’autoroute de Bruxelles un soir de 21 juillet, des gars à l’haleine de porc et aux cheveux gominés qui salivaient devant ces strip-teases….Et la voilà, la Lisbeth, gratinée, un mardi soir, dans la salle 07 d’un commissariat ! Tout ça parce que Debbie et Zoé, deux nanas parties sans laisser d’adresse, n’ont pas rempli le frigo de leurs ringards de souteneurs. Alors, ces messieurs crève-la-faim s’inquiètent …Ils appellent la flicaille ! Un comble ! Si, à l’heure qu’il est, ces deux gonzesses se sont fait la malle, elles sont loin, en route vers le sud, les talons aiguilles et les bouches en cœurs carapatées et enfermées à double tour, dans la valise en écailles de crocodiles qui servait à Sixte l’africain, un vieux pote du milieu,  pour transporter les cure-dents en défense d’éléphant. 

 

Sous les lumières artificielles de la salle 07, sans piper mot, les deux regards allumés se toisent. La bimbo sait qu’elle doit jouer du mieux qu’elle peut, qu’elle doit offrir au jeune merdeux un effeuillage tout en ondulations et frissonnements …

- Vas-y, lui dit-il d’une voix de chef de tribu …Donne-moi ce que tu as toujours donné ! Et encore plus, si tu ne veux pas finir en chair à saucisses dans les congélateurs du sous-sol ! Vas-y !

Durlière se paie une clope et se retape le dos contre le mur. Il se frotte les yeux et se passe la main dans ses cheveux bruns et frisés. Un pan de sa chemise en jeans s’est égaré hors de son pantalon. Pour un peu, s’il n’avait sur la face ce masque de type suffisant, sûr de lui, il serait séduisant. Des yeux bruns bien aiguisés, qui savent lancer de la beauté et l’accrocher sur de belles gambettes demandeuses de ces promesses, un corps grand et long, avec des épaules larges comme il faut, sans trop se la jouer surfeur de body-building et mangeur de protéines pour la gonflette …

Avec des gestes aussi lents qu’elle le peut, la soumise se poudre les joues, dépose sur ses lèvres épaisses un sourire grenat très foncé, et allonge ses faux-cils d’une couche de mascara noir et poisseux, du matériel à deux sous, puisé dans les solderies pakistanaises.

Elle ajuste son long pull aux mailles noires et argentées, avec un décolleté en V et une large ceinture cloutée qui donne du relief à tous ces bourrelets de vieille chair. Car, si vous ne l’aviez pas encore compris, la Lisbeth, elle n’est plus de première jeunesse, elle gamberge depuis des lustres, de mecs en bistrots, et de boîtes à musique en geôles de luxe, elle a du répondant et des décorations plus nombreuses qu’un combattant de la grande guerre. Lisbeth, elle est d’une poésie ronde comme les arènes de Nîmes, grasse comme une saucisse de Francfort vendue dans les grandes surfaces de Charleroi et vieille comme les momies égyptiennes, celles que  le carbone 14 ne sait pas chiffrer …C’est dire ! Sa légèreté se love, tout en subtilité, dans ses gestes de gazelle et son regard de langouste…Que les filles du Moulin Rouge ne se bilent pas, de l’ombre, la Lisbeth, elle ne leur en fera pas !

- Alors, tu dors ? T’as sniffé avant de venir ou quoi ? Tu l’ouvres ce spectacle, espèce de cruche ? Dépêche-toi, la nuit s’avance…Le flic scande ça tout en envoyant des volutes de fumée vers l’esseulée et avec dans la voix comme un ton de menace …

La strip-teaseuse ondule et se passe autour du cou le boa turquoise, à la façon d’une grande professionnelle de music-hall et puis, elle place l’escabeau tout près du bureau, en n’oubliant pas de déposer  les ciseaux et la boussole. Ses faux-cils lui effleurent les joues,  tellement ils battent sous le sourire froid, sa gorge se noue, trop tard pour faire marche-arrière.

Elle grimpe pas à pas les marches et gagne le bureau. De son pied droit, elle pousse, hésitante, quelques dossiers, tout en jetant vers son geôlier un regard gonflé d’interrogations.

- Commence, commence, je veux te voir te trémousser, lance le flic, avec une  voix éraillée   de fumeur de gitanes …Et puis, en éteignant une des lampes, il commence à chantonner en sourdine La décadence, une chanson de Serge Gainsbourg ….

- Bouge tes reins lentement  et danse la décadence  des eaux troubles soudain troublent mes sens ….

Alors, Lisbeth joue …

Suivant le rythme des paroles murmurées, elle agrippe la paire de ciseaux et découpe du bas vers le haut le long pull aux mailles noires et argentées …Dans un déhanchement doux et langoureux, elle mène ses ciseaux comme on mène un slow…Ses grands yeux vert émeraude, maquillés à outrance, ne quittent pas le visage satisfait du flicaillon émoustillé.

Une fois atteinte la hauteur des gros seins pulpeux, Lisbeth ralentit le mouvement de son poignet …

- La décadence sous mes doigts t’emmènera …

A ce moment, on voit de la strip-teaseuse les souliers noirs à talons aiguilles, des collants noirs et luisants qui laissent s’exprimer tous les amas graisseux suspendus aux jambes de la madone, et le soutien-gorge, deux capuchons de tissus noirs dentelés sous lesquels se laissent deviner d’énormes glandes, molles, adipeuses, mais vivantes….

Appuyé contre le mur de la salle 07, Durlière, le regard à la fois luisant et évaporé continue ses murmures…

- …la décadence m’a perdu ah tu me tues mon amour

Superbe d’impudeur, la grosse déballe tout…Ses collants, en lambeaux, ne cachent plus d’épaisses jambes blanches, épaisses et flétries…Le boa est gênant, il s’accroche à ce qu’il peut, les dentelles noires du soutien-gorge et du slip à lacets de cuir …

- …la décadence m’a perdu ah tu me tues mon amour …, chantonne le flic, tout en déboutonnant sa chemise en jeans, d’un geste très suggestif…

La poupée aux rides profondes  se déshabille le corps, comme d’ailleurs elle venait de se déshabiller et le cœur et l’âme … Des hanches, harmonieuses comme un rock’n’roll joué sans partition par un musicien saoul, des bras et des jambes couronnés tous les dix centimètres de  bourrelets graisseux...

Ses reins se cambrent, la belle joue le jeu jusqu’au bout…Elle prend maintenant dans ses mains boudinées, aux doigts asphyxiés par de vulgaires bagues, ses longs cheveux roux et bouclés…Tout son corps, gras et mou, exprime au flicard un je suis à toi, sans même suer une seule syllabe…

Durlière est tout sourire, des étincelles dans les yeux, il fume clope sur clope et écrase les cadavres, à même le sol…

Des odeurs de vieille chair et de fumée de cigarettes se mêlent aux lumières vaporeuses de la nuit….Une grosse cruche se trémousse devant un jeune flic plein d’avenir…Le turquoise du boa ondule entre les bourrelets blancs et flasques …Sur le vieux bureau, des tissus noirs de lainage et de dentelles, des lacets de cuir, et au milieu de tout cela, une boussole.

Tout à coup, pleines lumières dans la salle 07. Une voix  masculine, suintante de certitudes, de Césars et de festivals cinématographiques, gueule à toute l’équipe :

- Les enfants, fini pour ce soir ! Dans vingt minutes, tous à la feuille d’Eve ! Débriefing ! On l’aura, ce César ! Nom de dieu !

Publié dans auteur mystère

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