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Martine Dillies-Snaet : j'ai lu "Cinq pages" de Josette Lambreth

Publié le par aloys.over-blog.com

MARTINE

 

 

 

 

J’ai lu « Cinq pages » de Josette Lambreth


 

 

 

Mais vous racontô toudis l’même chose ! Allo donc mett cauffer l’eau dans l’marabout !

Réminiscences.

 

Des mots qui me chantent à l’oreille tandis que je ferme le livre de JOSETTE LAMBRETH. Des mots échangés entre mes  grands-parents. Une petite chamaillerie comme il y  en a dans tous les couples. Petite fille,  je restais sagement  immobile sur le pas de la porte de leur cuisine. J’adorais leurs échanges « un peu colorés ». Je restais cachée car, devant moi, le français était de rigueur.

Tendresse.

 

            L’histoire de ces cinq pages n’est qu’un prétexte à l’histoire du vécu ancien. « Le bon vieux temps » des grands-parents était-il si bon que cela ? Mais qu’ont-ils donc vécu que nous ne connaissons pas ? Que la jeunessehttp://www.bandbsa.be/contes2/5-pages.jpg ne connaît pas ?

- Tout !

Tout ! De la lessive, avec ses odeurs particulières, qui durait trois jours à l’eau chaude à la vaisselle sans détergent que l’on versait dans l’auge des cochons,

des seaux d’eau à aller chercher au fond du jardin au cabinet à planche de l’autre côté de la cour,

des robes que l’on arrangeait pour la petite sœur aux kilomètres parcourus pour se rendre en classe,

du repassage des chemises amidonnées à l’arrivée de la première automobile,

de…

Souvenir des dires.

 

            J’ai eu la chance de beaucoup parler avec mes grands-parents. De savoir beaucoup écouter surtout.  Sans cesse, ils me  racontaient leur vie d’avant. Ma mère a pris la relève de manière à ce que je puisse me rendre compte de la facilité de la vie d’aujourd’hui. J’ai vécu dans les dires du passé, dans leurs histoires, leurs blagues, leurs rires, les messes obligatoires, l’estaminet des hommes. Et je retrouve une foule de choses dans le livre de JOSETTE LAMBRETH.

Dans un style plaisant à lire, ce livre  a le mérite de nous rappeler la vie d’autrefois et de raconter à ceux qui l’ignorent encore comment ont vécu nos parents et grands-parents. L’auteur a pris son bâton de pèlerin  pour que les enfants n’oublient pas. N’est-il point là aussi  le rôle du livre ? JOSETTE LAMBRETH nous offre ce qu’il y a de plus solide dans une vie : ses racines.

Les anciens prendront plaisir à revivre leurs années « d’avant » quant aux jeunes, au travers d’une histoire de punition, ils découvriront la vie de leurs aînés.

 

            Moi,  tandis que je tourne la dernière page, je ferme les yeux. Et je me souviens… Suis-je donc déjà si vieille que ça ?

Non ! Mais je me souviens d’eux.

Merci Josette.

 

  Martine Dillies-Snaet

http://users.skynet.be/TheDillies/

 

            

 

 


Publié dans Fiche de lecture

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Carine-Laure Desguin a lu "Beffrois, racines de pierre" de Martine Dillies-Snaet

Publié le par aloys.over-blog.com

desguinJ’ai lu et aimé    Beffrois, racines de pierres

                          Editions Chloé des lys

                          ISBN 978-2-87459-217-1  (2007)

                          94 pages

 

 

Commenter Beffrois, racines de pierres, de Martine Dillies- Snaet, n’est-ce pas, de ma part, un rien prétentieux ? Oserai-je, n’oserai-je pas ?

Ne pas commenter ces 94 pages, des pages grandes d’infini, humaines de sang, des pages sur lesquelles dégoulinent des sueurs, des larmes, des bruits de canon, des assauts de liberté, taire tout cela après l’avoir senti vivre en moi, ce serait petit, tellement petit.

 

Alors, pour me rassurer et me donner une claque, j’ai imaginé l’auteure. Photographiant ces montagnes de pierres que sont ces beffrois, lisant et relisant l’histoire de ces villes courageuses, se fondant dans les labeurs innommables de mille et mille journées de guerre, de béton, de froid, Martine Dillies-Snaet , dans son parcours initiatique, a ressenti tout cela, c’est à n’en pas douter.

 

De chaque beffroi jaillit l’histoire d’une ville, des âmes qui l’entourent et de celles qui l’ont construit. Avec des mots de magie, justes et droits comme un rempart ; des mots suspendus entre la terre et le ciel. Avec aussi, des photos.

De Dunkerque à Douai, en passant par Lille, Cambrai, Béthune, Amiens, les griffes de l’auteure ont façonné sur le papier toutes la grandeur de ces édifices, certes, mais elles ont fait saigner de ces vieilles pierres tout le sang que peuvent contenir les gouffres des non-dits et les remparts de l’histoire des hommes.

 

Mais comment donc, Martine Dillies-Snaet, avez-vous en seulement 94 pages, transpiré autant de vérités, de détails architecturaux, deM. Dillies-Snaet Beffrois, racines de pierre silences, de chagrins, de luttes  des peuples ? Et tout cela sans lasser le lecteur ! Que du contraire !

 

A Arras, on lève la tête, contemplant cette tour gothique, on aperçoit le lion, on entend les canons, on entend les bombes. Et déjà les cloches sonnent, à Béthune…

 

Ce ne sont pas des tours, ce sont des hommes, ce sont des femmes. Ce ne sont pas des pierres, ce sont des mains. Ce sont des montagnes de chair immortelle.

 

On entend les prières, les pas des hommes, les rues commerçantes, les tempêtes,   les carillons. On entend le claquement des drapeaux, qui hurlent les libertés.

On croise un corsaire et puis, juste avant d’éteindre les feux et les tambours de ces  villes envoûtantes, on s’arrête juste là, à l’baraque à frites de Dany Boon !

 

Ce livre n’est pas un livre triste. C’est un livre vrai. Sur son autel, des poésies hautes, libres, et colorées.

 

Le plus souvent, les livres que je lis, je les donne, je leur offre une autre vie. Celui-ci, je le garde. Et si vous n’avez pas compris pourquoi…

 

 

 

Carine-Laure Desguin

http://carinelauredesguin.over-blog.com

 

Publié dans Fiche de lecture

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Nouveau jeu sur Aloys... Qui est l'auteur de cette nouvelle ???

Publié le par christine brunet /aloys

 

http://www.bandbsa.be/contes2/delvilletete.jpg

 

FLORENCE, MA SECONDE VILLE

 

Je devais avoir treize ou quatorze ans, lors de mon premier voyage à Florence. Dès mon arrivée, j'ai été conquise par la luminosité unique de la région. Certes, le soleil ne brillait pas plus là qu'ailleurs et mon jeune âge devait y être pour quelque chose puisque le second jour, alors que je déambulais dans les couloirs de la Galleria degli Uffizi à la recherche de ma mère, j'ai été aussi éblouie par un tableau dont le seul nom me faisait rêver : la sensuelle Venere di Urbino du Titien.

 

Voir ainsi la nudité parfaite d'une femme était pour moi une révélation de ce que j'allais devenir. Si Vénus pouvait ainsi se prélasser sur son lit, pourquoi pas moi dans quelques années ? Ce n'était guère l'habitude dans la famille d'aborder ce genre de sujet et je me gardai bien d'en parler à ma mère que j'avais enfin retrouvée au détour d'un couloir…

 

Le même jour, une autre révélation me fut donc offerte, les pâtes cuites al dente ! Des pâtes aux formes et aux goûts si variés, le parmiggiano au goût fort, bien différent du fromage râpé de Belgique.

 

À la maison, nous mangions traditionnellement des pâtes le jeudi. Des macaronis Soubry au jambon et fromage dans lesquels la brave Simone, cuisinière engagée par mon père, mélangeait une petite boîte de purée de tomates. Je trouvais ça excellent et jamais je n'avais imaginé que la cuisine italienne était à des lieues de celle de Simone.

 

Notre chambre avec terrasse donnait sur l'Arno qui, en ces premiers jours d'avril, était tumultueux comme un torrent de montagne. La chaîne des Apennins avoisinante commençaient montrer des taches vertes annonciatrices du printemps. Le ciel limpide se couvrait parfois rapidement de nuages gris et menaçants qui disparaissaient aussi vite qu'ils étaient arrivés ! Et toujours cette lumière unique que je n'ai jamais vue que là, à part peut-être durant l'été indien d'Amérique du nord que j'ai découvert bien plus tard.

 

Il y avait donc ces découvertes mais surtout le sourire des employés de l'hôtel. Certains, les plus jeunes, se montraient empressés à nous aider, à anticiper nos demandes ou même à nous proposer leurs services pour une visite de la ville, ce que nous avons toujours refusé. Les plus âgés, obséquieux parfois, se contentaient de faire leur service, parlant sûrement de nous entre eux tout en jetant des regards attentifs sur nos cheveux blonds et nos vêtements pas du tout "italiens". Lorsqu'ils ont appris que nous étions belges, leur attitude a changé du tout au tout. Certains nous ont montrés des photos, qui d'un oncle mineur près de Liège ou qui d'un frère parti travailler là-bas, en Belgique. Nous étions devenues les idoles de tout ce petit peuple !

 

La guerre n'avait pas laissé trop de traces. Quelle ne fut pas d'ailleurs notre surprise d'apprendre que la libération de Florence avait eu lieu en même temps que celle de nos villes. Un point commun de plus !

 

Florence restera pour moi, une ville de découverte, où les œuvres sublimes des peintres italiens rejoignent la fierté des bâtiments et l'éclat lumineux du ciel.

 

C'est à la fin de notre séjour que j'ai fait la connaissance de Salvatore, guide au Couvent San Marco. C'est là qu'il m'a fait découvrir les œuvres de Fra Angelico et les fresques dans les cellules des moines.

 

Ah, Salvatore et son charmant accent, Salvatore et son rire communicatif, Salvatore et ses grands gestes qui ponctuaient tout son discours. Maman nous avait laissé pratiquement en tête-à-tête pour aller admirer l'Annonciation à Marie et Salvatore m'avait emmené dans le cloître bien désert ce jour-là !

 

Il est resté deux jours à guetter notre passage, en vain. Alors, n'y tenant plus, il est arrivé le dernier soir à l'hôtel dont, dans ma naïveté, j'avais révélé le nom. Il est entré dans la salle à manger, s'est approché de notre table, nous a salué et a très cérémonieusement demandé ma main à ma mère qui lui a rit au nez ! Il est reparti comme un voleur et nous ne nous sommes jamais revus !

 

Les valises faites, le lendemain, nous avons repris le train vers la Belgique et son printemps humide et frais. Je me souviens du ciel bas qui nous attendait à la gare de Bruxelles. Mon père nous attendait à la sortie et avait, pour l'occasion, la voiture de son patron avec son chauffeur en livrée, s'il vous plaît ! Les deux femmes de sa vie valaient bien cet accueil, avait-il déclaré à ma mère !

 

Je me souviens encore de ce voyage initiatique comme celui qui m'a fait découvrir une ville superbe et où je suis retournée moultes fois. Salvatore avait disparu mais la lumière de Florence était toujours bien présente.

 

Florence où j'ai connu mes premiers émois amoureux, mais aussi où j'ai découvert la Vespa, les pâtes, les vraies et ce cappuccino qui reste pour moi la meilleure chose qui soit.

 

 

Louis Delville

louis-quenpensez-vous.blogspot.com

Publié dans auteur mystère

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Qui est l'auteur de cette nouvelle ? A vous de me le dire...

Publié le par christine brunet /aloys

point d'interrogationFLORENCE, MA SECONDE VILLE

 

 


 

Je devais avoir treize ou quatorze ans, lors de mon premier voyage à Florence. Dès mon arrivée, j'ai été conquise par la luminosité unique de la région. Certes, le soleil ne brillait pas plus là qu'ailleurs et mon jeune âge devait y être pour quelque chose puisque le second jour, alors que je déambulais dans les couloirs de la Galleria degli Uffizi à la recherche de ma mère, j'ai été aussi éblouie par un tableau dont le seul nom me faisait rêver : la sensuelle Venere di Urbino du Titien.

 

Voir ainsi la nudité parfaite d'une femme était pour moi une révélation de ce que j'allais devenir. Si Vénus pouvait ainsi se prélasser sur son lit, pourquoi pas moi dans quelques années ? Ce n'était guère l'habitude dans la famille d'aborder ce genre de sujet et je me gardai bien d'en parler à ma mère que j'avais enfin retrouvée au détour d'un couloir…

 

Le même jour, une autre révélation me fut donc offerte, les pâtes cuites al dente ! Des pâtes aux formes et aux goûts si variés, le parmiggiano au goût fort, bien différent du fromage râpé de Belgique.

 

À la maison, nous mangions traditionnellement des pâtes le jeudi. Des macaronis Soubry au jambon et fromage dans lesquels la brave Simone, cuisinière engagée par mon père, mélangeait une petite boîte de purée de tomates. Je trouvais ça excellent et jamais je n'avais imaginé que la cuisine italienne était à des lieues de celle de Simone.

 

Notre chambre avec terrasse donnait sur l'Arno qui, en ces premiers jours d'avril, était tumultueux comme un torrent de montagne. La chaîne des Apennins avoisinante commençaient montrer des taches vertes annonciatrices du printemps. Le ciel limpide se couvrait parfois rapidement de nuages gris et menaçants qui disparaissaient aussi vite qu'ils étaient arrivés ! Et toujours cette lumière unique que je n'ai jamais vue que là, à part peut-être durant l'été indien d'Amérique du nord que j'ai découvert bien plus tard.

 

Il y avait donc ces découvertes mais surtout le sourire des employés de l'hôtel. Certains, les plus jeunes, se montraient empressés à nous aider, à anticiper nos demandes ou même à nous proposer leurs services pour une visite de la ville, ce que nous avons toujours refusé. Les plus âgés, obséquieux parfois, se contentaient de faire leur service, parlant sûrement de nous entre eux tout en jetant des regards attentifs sur nos cheveux blonds et nos vêtements pas du tout "italiens". Lorsqu'ils ont appris que nous étions belges, leur attitude a changé du tout au tout. Certains nous ont montrés des photos, qui d'un oncle mineur près de Liège ou qui d'un frère parti travailler là-bas, en Belgique. Nous étions devenues les idoles de tout ce petit peuple !

 

La guerre n'avait pas laissé trop de traces. Quelle ne fut pas d'ailleurs notre surprise d'apprendre que la libération de Florence avait eu lieu en même temps que celle de nos villes. Un point commun de plus !

 

Florence restera pour moi, une ville de découverte, où les œuvres sublimes des peintres italiens rejoignent la fierté des bâtiments et l'éclat lumineux du ciel.

 

C'est à la fin de notre séjour que j'ai fait la connaissance de Salvatore, guide au Couvent San Marco. C'est là qu'il m'a fait découvrir les œuvres de Fra Angelico et les fresques dans les cellules des moines.

 

Ah, Salvatore et son charmant accent, Salvatore et son rire communicatif, Salvatore et ses grands gestes qui ponctuaient tout son discours. Maman nous avait laissé pratiquement en tête-à-tête pour aller admirer l'Annonciation à Marie et Salvatore m'avait emmené dans le cloître bien désert ce jour-là !

 

Il est resté deux jours à guetter notre passage, en vain. Alors, n'y tenant plus, il est arrivé le dernier soir à l'hôtel dont, dans ma naïveté, j'avais révélé le nom. Il est entré dans la salle à manger, s'est approché de notre table, nous a salué et a très cérémonieusement demandé ma main à ma mère qui lui a rit au nez ! Il est reparti comme un voleur et nous ne nous sommes jamais revus !

 

Les valises faites, le lendemain, nous avons repris le train vers la Belgique et son printemps humide et frais. Je me souviens du ciel bas qui nous attendait à la gare de Bruxelles. Mon père nous attendait à la sortie et avait, pour l'occasion, la voiture de son patron avec son chauffeur en livrée, s'il vous plaît ! Les deux femmes de sa vie valaient bien cet accueil, avait-il déclaré à ma mère !

 

Je me souviens encore de ce voyage initiatique comme celui qui m'a fait découvrir une ville superbe et où je suis retournée moultes fois. Salvatore avait disparu mais la lumière de Florence était toujours bien présente.

 

Florence où j'ai connu mes premiers émois amoureux, mais aussi où j'ai découvert la Vespa, les pâtes, les vraies et ce cappuccino qui reste pour moi la meilleure chose qui soit.

 

 

Alors, qui est l'auteur de cette nouvelle ??? 

Publié dans auteur mystère

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KATE MILIE a lu "Nouvelles à fleur de peau" de Micheline Boland

Publié le par aloys.over-blog.com

http://www.bandbsa.be/contes/katemillie.jpgJ’ai lu « Nouvelles à fleur de peau » de Micheline Boland

 

Je suis entrée dans l’univers bolandier à pas de loup… En me disant : « Moi, elle ne m’aura pas ». Cathy Bonté, dans sa note de lecture, avait écrit  « Ah Elle m’a bien eue la petite dame ». Celle que l’on surnomme « la petite dame à la sacoche » a une fameuse connaissance de l’âme humaine, elle a été psy. Et elle ne fait qu’écrire, écrire, écrire. Son sujet de prédilection ? L’âme humaine bien évidemment. Dans son monde, rien n’est « blanc » ou « noir ». Dans son monde, le « bien » et le « mal » ne sont que les deux facettes de cette grosse farce qu’est la vie. Ses personnages ? Des Monsieur et Madame tout-le-monde plongés dans la banalité du quotidien. Leurs vies sont tranquilles, leurs rêves sages, leurs aspirations parfois un peu désuètes. Mais un jour, un grain de sable surgit et…

 

Elle m’a eue. J’ai dévoré ses 21 nouvelles en sursautant et me questionnant, là où elle le voulait.

 

J’ai commencé par « Statue » : Un jeune couple achète une vieille maison à retaper. La statue d’un beau jeune homme trône dans le jardin. Que c’est romantique ! Romantique ? Méfiez-vous des statues chez Boland.

J’ai enchaîné avec « La porte » : De paisibles vacances aux Baléares. Delphine découvre une vieille demeure abandonnée, coup de cœur, elle ne peut s’empêcher de la visiter… Un cri jaillit : « Tus manos, tus manos », « Ha muerto ». Mais il n’y pas personne dans cette maison ! Si, une poupée cassée et un nounours sans mains dont on a cousu à gros points ce qui restait de bras…

J’ai poursuivi avec « Rencontre de vacances » : Ah Internet ! Ah les relations virtuelles ! Mais rien de tel qu’une rencontre en vrai, n’est-ce pas ? « Je prends la photo de Marie dans mon portefeuille, cette photo que j’ai imprimée hier soir après avoir fermé ma valise ». Quoi, la narratrice part carrément en vacances chez sa correspondante ? Pas très prudent. Quelques pages plus loin : « J’ai peur », « Je découvre que je ne connais rien de cette femme »...

« Une saison en enfer » : Un après-midi pluvieux, une bibliothèque, la découverte d’un tout vieux livre de Rimbaud illustré par un dessin de Verlaine. La lectrice laisse choir le livre dans le sceau d’eau de la femme de ménage ! Consternation. « Je le remplacerai, n’ayez crainte ! ». Vite,M Boland Nouvelles à fleur de peau la bouquinerie de la ville : Ouf, « Il » est là ! Un petit café s’impose. « Lorsque je veux payer la note, je m’aperçois que le livre a disparu ». Au voleur ! Pauvre lectrice, nous ne sommes qu’à la moitié de la nouvelle.

« Canicule ». Un dimanche d’été. La veille, « Ils » ont fêté leurs vingt ans de mariage. C’est le bazar dans la cuisine, il fait si chaud, il faut ranger, tiens, un reste de gin fizz… Et hop, des glaçons, délicieux ! Marrant cet apéro improvisé. Un apéro à la place du p’tit-déj ? Oui et alors ? Cette cuisine est sale. Quelle chaleur ! On étouffe. On étouffe. On étouffe. « Il » : « Tu bois de l’alcool à cette heure ? », « Mais tu pues l’alcool… » (…) Sur la table traîne un couteau. La narratrice le saisit. Pour le ranger ?

 

 

Une note de lecture de Kate Milie

http://kate-milie.skynetblogs.be/

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L'armoire, une nouvelle d'Alain Magerotte

Publié le par aloys.over-blog.com

 

Alain

L’ARMOIRE

 

Fritz Hopperman jouit d’un étonnant privilège car, malgré son grand âge, la mort semble l’ignorer. Le crédit sans hypothèque sur une longévité insolente doit certainement rapporter un substantiel profit à ce vieux roublard, non moindre d’ailleurs que celui acquis par les ventes prospères d’objets hétéroclites et de trésors exhumés de mille endroits, répertoriés dans son magasin de brocante.

De plaisantes rumeurs alimentent une légende tendant à soupçonner ce chineur patenté de monnayer, avec un talent consommé, le prix d’un dernier souffle si cher que la Camarde y regarderait à deux fois avant de verser les dividendes escomptés en échange d’une existence plutôt bien remplie.

Plus sérieusement, beaucoup pensent qu’en perdant une épouse et un fils dans un accident de la route, le bonhomme, en payant un lourd tribut à la Grande Faucheuse, l’a convaincue d’augmenter son capital-vie à un taux préférentiel usuraire.

Sur la vitrine de la boutique qui englobe trois numéros de rue, les mots HOPPERMAN-BROCANTE s’étalent en lettres gothiques, couleur or. Les maisons voisines, d’un saisissant archaïsme, semblent faire partie d’un lot à vendre.

La réputation de la brocante Hopperman, qui édite un catalogue trimestriel, a dépassé les frontières du pays. De riches amateurs, en provenance des quatre coins du globe, n’hésitent pas à effectuer de longs voyages et délier les cordons de leur bourse pour enrichir une collection personnelle soit d’une tapisserie d’Aubusson, soit d’un cabinet en bois d’ébène incrusté de nacre (style Louis XIV) ou encore d’un fauteuil en bois doré datant de la Régence.

La pieuvre Hopperman aux mille tentacules ratisse large. Une aile de son commerce est accessible à une clientèle moins éclairée, pour laquelle Fritz use de subterfuges dont il garde les secrets afin de donner à une commode ou à un guéridon, une patine, un lustre de bon aloi, leurrant à plaisir l’acheteur crédule qui n’y voit que du feu.

 

Or, nous sommes un jeudi soir, dernier jour du mois d’octobre, veille de la fête de tous les Saints. La neige a anticipé sa visite annuelle en recouvrant la ville d’un soyeux manteau blanc. Une pluie froide et du gros sel conjuguent leurs efforts pour la chasser des trottoirs transformés, par endroits, en patinoires. L’horloge de l’église sonne neuf coups.

Eclairé par la lumière blafarde d’une lampe de bureau projetant son ombre sur un Gobelin, Fritz Hopperman trace de longues lignes verticales dans un cahier de comptes. Trois colonnes identiques séparant des rubriques où s’alignera, en rangs serrés, une armée de chiffres soumise à une inspection rigoureuse. Chaque vérification entérinée sera accompagnée d’un signe dans la marge.

La porte d’entrée s’ouvre, signalant l’arrivée inopinée d’un client tardif. Hopperman relève la tête en pestant contre une inhabituelle distraction qui lui a fait omettre de donner un tour de clé à l’huis, ce dont il doute pourtant :

«Je suis certain de l’avoir verrouillé tout à l’heure... et si c’était un malfrat ? De nos jours, ces gredins sont bien outillés» maugrée-t-il en s’emparant fébrilement d’un coupe-papier.

Gêné par l’éclairage de la lampe, il distingue mal les traits de l’arrivant qui promène une silhouette jeune et élancée.

« Monsieur Hopperman ? s’informe l’intrus.

- Lui-même, ronchonne le brocanteur.

- Désolé de vous déranger à une heure indue. De l’extérieur, j’ai aperçu de la lumière, ce qui m’a poussé à entrer...

- Vous n’auriez pas dû ! coupe sèchement Hopperman, que me vaut votre visite ?

- Voilà, j’ai amené une armoire que je désirerais mettre en dépôt chez vous un jour ou deux, pas davantage… »

Fritz, rassuré par les intentions pacifiques de l’hôte indésirable, dépose son moyen de défense sur le bureau. Toutefois, il poursuit d’un ton sec :

« Mon magasin n’est pas un entrepôt. Tout ce qu’il contient est à vendre. Laissez-moi vos coordonnées, je vous contacterai lundi matin. Si votre meuble m’intéresse... »

Malgré la réticence du brocanteur, l’autre insiste.

«  Ne le prenez pas mal, c’est juste un petit service que je vous demande, un jour ou deux, allez, soyez sympa…

- Pourquoi vous le rendrais-je, ce petit service ?

- Je ne puis vous le dire maintenant... euh... l’armoire est dans une camionnette, garée à quelques mètres du magasin... »

Fritz Hopperman braque subitement la lampe en direction de son interlocuteur qui, importuné, se protège aussitôt le visage du revers de la main en priant le vieil homme de diriger le faisceau lumineux ailleurs.

Mais ce dernier ne l’entend plus. Il est subjugué par la paume lisse, sans ligne de vie, de l’individu qui doit réitérer sa supplique pour que Fritz s’arrache à sa contemplation. Encore sous le choc, Hopperman joue alors avec la barre flexible de la lampe pour l’orienter différemment, mais de manière à conserver assez de clarté pour poursuivre son observation et… sursauter à la découverte du visage de l’inconnu.

« Erich ! Mon fils ! Je… non… ce n’est pas possible » bredouille-t-il.

Cette ressemblance frappante influe-t-elle sur sa décision extrême ? Toujours est-il qu’Hopperman accepte le dépôt de l’armoire après une énième insistance du jeune homme.

« Je ne pourrai cependant vous être d’aucune aide pour son transport, je suis trop vieux et mes employés, vu l’heure, sont absents, ajoute-t-il.

- L’essentiel, c’était d’obtenir votre autorisation, pour le reste, je m’en charge… »

Le temps ne s’est écoulé que de cinq minutes, lorsque l’importun réapparaît avec une armoire en merisier maintenue en équilibre sur le dos. Rien dans son attitude ne trahit l’effort consenti pour porter un meuble aussi lourd.

«Il pourrait aisément remplacer mon personnel, quelle économie…» remarque, pensif, Hopperman.

« Posez-la dans le coin, on dirait que la place a été conçue pour l’accueillir. Et puis, à cet endroit, elle ne gênera pas trop » ordonne-t-il.

Le type obtempère tandis que Fritz se dirige vers son bureau tout en conversant :

« Quand vous l’aurez installée, vous me signerez une décharge suivant laquelle ce meuble m’appartiendra si vous n’êtes pas venu le rechercher samedi. D’autre part, je suis troublé... votre ressemblance avec mon fils Erich... »

Les derniers mots meurent dans sa gorge. Hopperman s’est retourné pour s’apercevoir qu’il parle dans le vide, l’étrange personnage a disparu après avoir placé l’armoire.

Le vieil homme gagne la porte d’entrée et se colle à la vitre. La rue est déserte, le trottoir scintille sous la pluie qui poursuit son travail de sape sur la neige fondante.

«Bizarre, je ne l’ai pas entendu partir, pas plus que je n’ai entendu le bruit d’un moteur... serais-je plus sourd que je ne pense ?»

Pas vraiment convaincu de sa constatation, Fritz dirige la lumière de la lampe sur l’armoire.

Un coup d’oeil professionnel lui fait évaluer un meuble qui ne manque pas de caractère. Haut de près de deux mètres, la porte est ornée d’un énorme miroir couvrant presque toute sa surface et munie d’une poignée en laiton, sertie de petites étoiles sur son contour, qu’il saisit pour ouvrir l’armoire mais, celle-ci résiste malgré de secs et vigoureux coups de poignet.

Le vieil homme n’insiste pas davantage et s’en retourne à ses comptes quand soudain, il se fige en percevant distinctement le bruit d’une porte qui s’ouvre et se referme en grinçant. Son cœur se met à battre trop vite.

« Je… je vous croyais parti... au… auriez-vous oublié quelque chose ? » s’enquiert-il en balbutiant.

Le silence paisible et angoissant qui caractérise un lieu encombré de nombreux objets, succède à sa question.

Hopperman vérifie qu’il a bien donné un double tour de clé à la porte du magasin.

Le faisceau de la lampe éclaire toujours l’armoire comme un projecteur sur un monument classé, lui conférant un mystère que la clarté du jour ne pourrait rendre aussi bien. Et en fait de mystère, Fritz est convaincu que le meuble en recèle un, car plus rien ne semble rationnel depuis le dépôt de l’armoire dans son magasin.

«Pourquoi m’empêches-tu d’ouvrir ta porte ? Qu’as-tu dans le ventre ?» 

Le vieil homme sonde la glace avec insistance, comme si cette obstination lui permettait de voir plus loin, à travers le miroir, pour comprendre enfin. Une attitude qui le ramène loin en arrière, quand il était gamin, et que sa mère le tançait d’importance :

«Fritz, cesse de te contempler ainsi, tu finiras par voir le diable !»

Des paroles qui le dopaient car, à l’époque, le jeune Hopperman était déjà dévoré par l’ambition de faire fortune, dût-il, pour parvenir à ses fins, signer un pacte avec le démon. Alors, fallait le provoquer pour qu’il vienne le signer, ce pacte.

Fritz tâte le meuble comme un maquignon le ferait avec une bête qu’il examine, pose la main sur la poignée de la porte qui… s’ouvre…

«Elle cède à retardement avec… ce même grincement perçu il y a cinq minutes… que signifie cette diablerie ? Je deviens fou… maman a raison et… elle va encore se mettre en colère en voyant que je n’obéis toujours pas… il faut que je me cache parce que je ne veux être ni grondé, ni puni…»

Le vieil homme examine l’intérieur du meuble qui ne comporte ni tringle, ni étagère... il y a seulement un espace vide. Un trou noir.

«Hou ! Hou ! Méchante maman, tu auras beau me chercher, tu ne me trouveras pas car, je me suis caché… où ça ? Je ne te le dirai pas, na !» 

Fritz Hopperman pénètre dans l’armoire… le piège se referme aussitôt. Il tambourine sur la porte :

«Au secours ! Ouvrez-moi ! Laissez-moi sortir !»  

Que se passe-t-il ? A-t-il omis de s’acquitter d’une dette et le moment est-il venu de la payer ? Ou alors, la réussite est-elle devenue outrageusement taxable au point d’envisager l’éventualité de faire don de sa vie ? Et ce type, tout à l’heure, qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à son fils, Erich… n’était-ce pas Erich lui-même qui annonçait, par sa présence, leurs proches retrouvailles ?

Hopperman ne veut pas croire à sa disparition imminente. C’est absurde, d’autant plus que de judicieux placements lui procurent encore des intérêts sur de longues et belles années à venir.

Mais la peur lui rend la raison et le vieil homme comprend, mais trop tard, que ce retour à l’enfance, époque virginale, l’a rendu vulnérable et a effacé d’une traite, toutes les transactions futures.

Il essaye, à tâtons, de trouver une fissure, une faille, un défaut propice à l’extraire de son piège. La profondeur de l’armoire ne permet pas assez de recul pour prendre appui et user de tout son poids, de toutes ses forces pour faire sauter... le couvercle de son cercueil !

 

Mardi 5 novembre. La Gazette du Pays publie en première page le compte-rendu d’une étrange disparition :

Hier matin, à leur retour d’un long week-end, les trois employés de la Brocante Hopperman ont été surpris, en arrivant, de ne pas voir leur patron à pied d’oeuvre. Une absence qui ne cadrait pas avec ses habitudes. Ils l’ont vainement attendu durant la matinée puis, ont décidé de prévenir les autorités, non sans avoir au préalable tenté de joindre Fritz Hopperman à son domicile.

Les trois hommes ont également constaté que la porte d’entrée du magasin n’était pas fermée à clé et qu’une lampe de bureau, surchauffée, était braquée en direction d’un mur nu, sans raison apparente.

Après avoir relevé le stock de marchandises, ils ont dû se rendre à l’évidence : rien n’avait été volé !

Un détail pourrait cependant conduire les enquêteurs sur une piste : l’endroit éclairé pourrait avoir accueilli un meuble imposant dont le déplacement a endommagé le mur et laissé des traces noires sur le sol.

Non répertoriée dans le catalogue Hopperman, il semblerait, aux dires des experts, qu’il s’agirait vraisemblablement d’une armoire…

 

 

Alain Magerotte

 

Extrait du recueil "Restez au chaud, dehors il pleut", Ed. Chloé des lys.

Publié dans Nouvelle

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Josy Malet-Praud a lu 'L'ange gardien" de Marie-Claire GEORGE

Publié le par aloys.over-blog.com

Visuel Auteur - PDNA

L’ANGE GARDIEN

Et autres nouvelles d’ici ou d’ailleurs

Marie-Claire GEORGE - Ed. Chloé des Lys, 2010

 


Je lis, je lis, je lis…et je me pose toujours la même question : « qu’est-ce qui fait la différence entre un texte bien écrit, où la syntaxe est respectée, les mots justement choisis… et un récit aux mêmes vertus académiques mais qui, lui, va frapper de plein fouet l’imaginaire du lecteur et le faire adhérer illico à d’autres univers que le sien ? »


J’ai lu « l’ange gardien » de Marie-Claire George. J’ai ma réponse. Ce qui fait toute la différence, c’est la ferveur qui habite certains écrivains, doublée d’une aptitude –naturelle- pour insuffler des émotions non feintes,  mobiliser et incarner des personnages « vivants », diffuser des ambiances et orchestrer les événements de la vie,  de telle sorte que le lecteur se sente concerné, comme intégré au récit.  En ce sens, cet écrivain-là est tout aussi bien…un magicien.


Et je pense que c’est le cas de Madame George. Car si elle « écrit » vraiment très bien, on perçoit dès les premières lignes qu’elle ne s’en contente pas. Il y a chez elle comme un geyser d’énergie, exploité pour offrir à l’Autre une part généreuse du plaisir  qu’elle éprouve  à imaginer, construire et écrire ses histoires.


Les vingt-cinq Nouvelles  composant  « l’ange gardien » sont toutes des éclats brillants du bonheur de créer pour faire lire, vibrer, rêver, voyager, étonner, surprendre… des occasions à chaque fois inédites de rencontres dans des univers très souvent insolites…Nouvelles d’ambiance,9782874595103_1_75.jpg d’action, histoires d’émotions et de tendresse, récits d’aventures ou  de mésaventures, portraits en mouvement d’hommes et de femmes favorisés par la chance ou poursuivis par la poisse… le panel  est large qui signe un vrai talent pour naviguer avec bonheur dans un registre narratif dont on peut penser qu’il  ne connait pas de frontières.


Nul doute aussi que cette écrivaine abrite une profonde joie de vivre où couve le feu sacré  de sa belle inspiration  ; nul doute enfin qu’elle est portée par un véritable don pour conter, raconter, partager.


Pour avoir la chance de connaître Marie-Claire George, je crois pouvoir dire que ce premier recueil lui ressemble. « L’ange gardien » est généreux dans le verbe et  l’imagination, riche de très belles surprises, tourné vers la lumière, soutenu par une indéfectible  tendresse pour l’humain.  


L’ange gardien ? C’est quelque deux cents pages de battements de cœur, d’humour léger et taquin, de mises en scène subtiles, de saveurs familières ou d’épices exotiques, d’histoires d’ici ou d’ailleurs, de destins célèbres réorientés, pour un premier recueil qui s’impose d’emblée comme une bien belle réussite littéraire.


Josy Malet-Praud – Janvier 2011

www.Lascavia.com

Publié dans Fiche de lecture

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Hugues Draye : Tiens !

Publié le par christine brunet /aloys

"Tiens !" (nouveau texte)

par Hugues Draye, mercredi 6 octobre 2010, à 00:10
Tiens ! Un parasol orne la pharmacie.
 
Tiens ! Catherine est passée ... et sa permanente lui va bien.
 
Tiens ! Un vélo m'a salué.
 
Tiens ! La dame du snack de la gal'rie est sympa.
 
Tiens ! Un corbeau (ou une corneille) vole.
 
Tiens ! Une pote m'a fait entendre du reggae.
 
Tiens ! Le café est bon.
 
Tiens ! J'irai p'têt à vélo, tantôt.
 
Tiens ! J'ai trouvé la force, le coeur et l'élan de poster une lettre gentille, sincère, pleine d'amour ... ce matin.
 
Tiens ! Y a du rose sur le CD, là, sur la table.
 
Tiens ! Une bien aimée, dans la même ville peut-être, dans le même coin peut-être, pense à moi.
 
Je le dis, le redis, le répète ...
 
Entre l'instant où on se lève et celui où on se couche ...
 
Si on juxtapose, une à une, bout à bout, toutes les images/seconde qui sont autour de nous, qui nous parviennent, qui entrent, instant après instant, dans notre cerveau, notre caméra interne, notre cellule photographique, notre disque dur ...
 
Si on établit (ou rétablit) une balance ...
 
Y a beaucoup plus de scénarios heureux que de malheureux ...
Hugues Draye
huguesdraye.over-blog.com
 

Publié dans Poésie

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A vous de choisir !

Publié le par christine brunet /aloys

 

http://profile.ak.fbcdn.net/hprofile-ak-snc4/174858_193006607385455_2146118_n.jpg

 

Ces auteurs ne sont pas publiés chez Chloé des lys mais ont relevé le gant ! Un grand merci à ces courageux qui sont parvenus à faire l'exercice. Je ne vous cache pas avoir reçu beaucoup d'autres textes mais les "600 caractères, espaces compris" sont un carcan compliqué à dépasser...


Une publication dans la revue "Les petits papiers de Chloé pour l'un de ces auteurs: voilà l'enjeu ! Alors, votez ! via le blog en direct, ou par mail.

 

N°1

 

 

Il entend cette phrase et observe sur son bras la trace d’une piqûre. Debout sur le sol gris de la verrière, il observe l’immense nécropole.

Il ramasse son casque à écouteurs intégrés. A nouveau les injonctions crépitent. "Votre opposition inconsciente a provoqué un incident de probabilité insignifiante. Réglez votre fréquence sur l’acte de libération suprême. La procédure de compactage absolu reprend son cours."

Il arrache son casque. Acte non répertorié. On ne doit pas désobéir. Réduction du corps immédiate. Conservation de la tête pour étude approfondie des circuits neuroniques déficients.

 

 

N°2

 

Je vous croyais mort, enfin, ce sera pour une autre fois. Il se peut que vous en réchappiez mais sachez qu'alors ce sera moi qui deviendrait votre bourreau. Pourquoi avoir séduit cette fille et l'avoir déshonoré comme vous l'avez fait. Partez avant que je succombe à la tentation de vous achever moi-même, il est des crimes qui sont impardonnables fussent-ils commis par un prince. Fuyez, il ne vous reste que peu de temps avant que ne tombe la sentence car, je l'ai appris ce matin, votre victime s'est pendue. Rien ne pourra vous sauver même pas vos relations. Partez ! 

 

 

 

Publié dans concours

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Un extrait du nouveau roman de Gauthier Hiernaux : La Novolitza

Publié le par aloys.over-blog.com

gauthier hiernaux2Le bruit de ses pas résonnait dans la ville au même rythme que les battements de son cœur.

Elle redoutait cette journée depuis bien longtemps mais se faisait un point d’honneur de ne rien laisser paraître au pachyderme qui la suivait pesamment.

C’est pourquoi, avant de se prendre le chemin du Castel, elle avait décidé d’emprunter celui des écoliers. La jeune femme avait contraint son chaperon à un détour par les luxueux quartiers résidentiels du haut de la cité.

En cette première semaine des Mellianes – la plus belle saison de l’année selonhttp://grandeuretdecadence.files.wordpress.com/2011/01/novolitza_couverture.jpg?w=225&h=300 elle – Isadora profitait de la fête de la Lune rousse dédiée à la Déesse Mella pour se balader dans les rues presque désertes. Le ciel était d’un bleu éclatant et le soleil, pour une fois cette saison, ne jouait pas sa vierge effarouchée. Le curieux duo venait d’emprunter une allée boisée que surplombaient de magnifiques demeures. La dernière, légèrement en retrait par rapport aux autres, était surmontée d’une gigantesque serre dont chaque carreau réfléchissait les rayons de l’astre. Elle ne manquait jamais de détailler les sculptures qui l’entouraient quand ses promenades la conduisaient à proximité.

On f’rait p’têt mieux d’y aller, M’zelle Isadora.

La voix rauque du gros Balazs ne parvint pas à troubler le charme de cet instant. Isadora tentait d’ignorer ses interventions depuis leur départ mais elle concevait de plus en plus de mal à semer la réalité. Elle avait retardé au maximum l’instant fatidique mais bientôt, elle ne pourrait plus reculer.

Elle chassa ses sombres pensées et se focalisa sur le dessiné des cheminées. Celles-ci semblaient avoir été recouvertes de fines lignes de couleurs et partaient vers les cieux avec une grâce infinie. Tout en se demandant qui pouvait habiter cette demeure, Isadora se rapprocha d’un portail accablé sous la masse luxuriante de ronces et de fougères que l’Esdo de maison avait omis de couper depuis ce qui semblait être des décennies. Le jardin, ce qu’elle pouvait en voir en fait, était envahi d’herbes hautes, pourtant, la propriété n’était guère abandonnée. Elle repéra un mince filet de fumée s’échappant paresseusement d’une des cheminées et il lui sembla apercevoir une silhouette dans la serre.

Sur une étiquette lavée par les pluies, on lisait le nom suivant :

 

A. PIERR

MAITRE-SCULPTEUR DE L’EMPIRE.

 

Isadora n’avait jamais entendu parler d’un quelconque Pierr mais elle ne fréquentait guère les salons et les clients du Soleil de Minuit ne se rendaient pas chez Rudi K pour converser. Madame Lucques, sa préceptrice, prétendait que les mâles se confiaient généralement sur l’oreiller mais, en deux ans d’apprentissage, Isadora n’avait pas eu l’ombre d’un aveu digne de ce nom. (Peut-être que si en fait, mais elle avait pris l’habitude de ne pas écouter ceux qui venaient déverser leur foutre sur ses fesses ou son visage). A présent qu’elle s’apprêtait à donner son corps  pour de l’argent (« louer » serait un terme plus exact néanmoins), elle se demandait quel serait le sujet abordé par ce premier client.

On f’rait p’têt mieux d’y aller, M’zelle Isadora.

La voix plaintive du gros Balazs résonna désagréablement à ses oreilles. Elle lâcha un long soupir comme ses épaules s’affaissaient.

Accorde-moi encore quelques instants, s’il te plaît, fit-elle en mettant dans sa demande toute la chaleur dont elle était capable.

On lui avait dit qu’elle avait une jolie voix. Madame Lucques était certaine que d’aucuns la demanderaient expressément, au mieux pour qu’elle leur glisse quelques mots salaces de son timbre rauque pendant qu’elle donnait du poignet.

Grande, blonde, les yeux verts, Isadora n’avait pas la silhouette recherchée par les amateurs de chair en cette fin de 1er siècle de la Nouvelle Ere. La mode était aux rousses diaphanes qui avaient succédé aux petites au cheveu sombre et au teint bistre. Des filles comme Ania surnommée « Le Tison », pur produit des Terres de Feu ou Eliette « aux longs doigts » étaient davantage prisées dans ce milieu car leur poitrine aurait pu arrêter le galop de plus d’un valeureux cheval de combat. Isadora prétendait posséder les seins d’une honnête fille ; ni trop gros, ni trop menus. Elle ne voulait pas finir comme Babi, une ancienne collègue qui avait valsé par-dessus le parapet d’un pont, emportée par sa légendaire fierté mammaire. Isadora était dotée d’autres atouts, notamment celui d’être la fille du patron.

Pourtant, ce vieux salopard de Rudi K. l’envoyait chez le Qaeder Ivarcelli, le plus haut personnage militaire de la Région de Lütsza. Les filles n’aimaient pas trop le Qaeder – même Eliette qui ne crachait jamais dans la soupe – mais aucune d’entre elles n’avait réussi à mettre le doigt sur le problème. Igor Ivarcelli était un Grand d’Empire qui, à quarante ans, n’avait pas encore trouvé une matrone avec qui partager sa vie. On le disait intime avec la famille de l’Imperator car il avait ses entrées au Saint-Siège mais nul ne savait avec exactitude ce qu’il y trafiquait. Les rumeurs couraient bon train mais il y avait certainement une grosse part de jalousie dans ces médisances. Il participait activement à la reconstruction de l’Empire ; on lui devait notamment le temple de Lyncee (une construction magnifique qui trônait sur la Place de la Victoire de Varaždin). Si elle avait eu davantage de culture, Isadora aurait su que les plans du bâtiment religieux avaient été dressés par Alan Pierr, le propriétaire de la villa qui l’avait tant séduite.

Mais pour l’heure, la perspective de se retrouver seule avec un noble au passé nébuleux lui donnait froid dans le dos.

Elle tira sur son écharpe pour protéger la totalité de son long cou et repositionna correctement son bonnet. Par décret, les prostituées étaient contraintes de porter un signe qui les distinguait des honnêtes matrones. La justice avait opté pour une mèche de couleur criarde qui ne laissait aucun doute sur leur condition. Celle d’Isadora était, pour l’heure, soigneusement cachée sous le bonnet qu’elle avait emprunté à Alda, la fille dont elle s’était rapprochée ces dernières saisons. Issa n’avait pas honte de son métier, elle désirait simplement flâner sans être dérangée par les regards concupiscents des mâles. Mais si elle était contrôlée par les dragons, son employeur risquait d’être mis à l’amende. Néanmoins, elle s’en fichait comme de sa première culotte : le patron du Soleil de Minuit ne pouvait exercer sa tyrannie sur elle comme il le faisait sur les autres filles.

Depuis qu’elle était revenue de la pension un peu spéciale de Madame Lucques où elle avait appris les diverses formes qu’elle pouvait donner au plaisir, Rudi K. avait été transfiguré. Il ne lui avait jamais témoigné beaucoup d’affection alors qu’elle était encore enfant mais à présent qu’il voyait en cette belle plante une source de revenus supplémentaire et peu onéreuse, il traitait sa fille davantage comme une employée de luxe que comme une esclave-domestique. Rudi K. n’avait conçu aucun regret d’avoir mis sa fille unique en location mais, avec les années, voyant ce qu’elle était devenue, il avait regretté de n’avoir attendu et tenté de la marier. Qui n’aurait  voulu de la belle Isadora Krawzeek à la lignée certes sulfureuse mais à l’avenir radieux pour celui qui l’aurait possédée ? Ces années à la pension de Madame Lucques n’avaient cependant pas rebuté Isadora. Elle en gardait même d’excellents souvenirs. Les filles de madame Lucques étudiant divers domaines – tournant naturellement autour de la sexualité – dont les intitulés étaient aussi étonnants que leur contenu intéressant. Mme Lucques se faisait un point d’honneur à dispenser chaque heure de formation, avec un professionnalisme digne des meilleurs Frères Scolastiques. La douairière distribuait ses conseils avisés avec la même prodigalité qu’un religieux, ses conseils et ses sermons.

Mais davantage que le reste, Isadora appréciait l’ambiance qui régnait dans la maison. Les filles, étonnamment peu nombreuses alors que ce métier était, selon le dicton, le plus vieux du monde, s’entendaient à merveille et se gardaient bien de se livrer une guerre comme leurs cousins mâles et puissants des Grand et Petit-Hôtels. La jeune femme en apprit la raison plusieurs années après son arrivée dans la place. Les services de Mme Lucques coûtaient une véritable petite fortune car, outre l’enseignement, on offrait aux pensionnaires le gîte et le couvert. Mme Lucques avait la chance d’avoir aux fourneaux une certaine Mademoiselle Sonia, une ancienne gagneuse qui portait les vestiges de sa beauté comme une écharpe autour du col. Sa cuisine était divine, même si elle prenait un malin plaisir à éliminer la moindre particule de légume de ses plats. Résolument carnivore, la patronne de l’établissement ne concevait pas qu’on pût brouter quand on devait gagner des formes. Mme Lucques avait dû en manger plus que de raison car elle débordait littéralement de toutes les malheureuses chaises sur lesquelles elle posait son séant.

Isadora concevait beaucoup d’affection pour cette ancienne fille de joie, le monde glauque dans lequel son père l’avait glissée n’était pas celui que lui présentait Mme Lucques. Elle avait davantage l’impression de suivre un apprentissage au même titre que les jeunes gens de sexe masculin. Elle devenait le maître-peintre de la chair, le révérend-architecte du corps, le Scolastique des émotions. On lui apprenait à satisfaire tous les désirs, à répondre à toutes les demandes mais avant tout, à faire le vide dans son esprit. Des séances de relaxation étaient prévues avant chaque cours pratique car Mme Lucques prétendait que ces vides de l’esprit étaient salutaires. Une fille qui prenait conscience du corps adipeux qui la besognait avait toutes les chances de tenter de l’éjecter. La chose était évidemment à proscrire car le client concevrait beaucoup de réticences à revenir dans l’établissement.

Isadora avait patiemment écouté et appris les leçons de son enseignante et s’était juré de pratiquer tous les conseils qu’on lui avait dispensés.

Elle avait quitté la maison de Mme Lucques avec ce qui ressemblait à une certification en poche. Elle n’avait aucune légalité mais elle pouvait compter sur son vieux père pour tenter de la mettre à profit.

 

Gauthier Hiernaux

La Novolitza

 

grandeuretdecadence.wordpress.com

 

Publié dans Textes

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