Mais que se concocte-t-il donc dans les cuisines du monde ?
Des effluves étranges s’en dégagent, pas toujours réconfortants, souvent suspects et, alors que la serre surchauffe, y faire suer devient la norme tandis que tourne la rôtissoire et que les cuissons à l’étuvée se succèdent, même entrecoupées d’abondants rinçages.
Si le passage au chinois se généralise, l’américain semble avoir fait fi de la date de péremption et la salade russe, sous sa mayonnaise rance, prend des airs de déjà vu. Accommoder les suprêmes aux petits oignons devient fastidieux. Les diplomates défilent, pourtant, la panade est omniprésente, les gâte-sauces légion et de nombreuses brisures jonchent les plans de travail.
Dans la souillarde la mortification va bon train alors que la trancheuse débite des tripes, que les cervelles marines dans une demi-tasse d’eau tiède, que les vieux croûtons font trempette dans la sauce aigre-douce et que la poularde, sévèrement bridée, passe du demi-deuil au deuil complet.
Quant à la surprise du chef… ce n’est pas elle qui fera boire le bouillon à la crItique gAstronomique.
Et la note ? vous demandez-vous. Elle sera salée !
Tout début du 21e siècle, en Camargue, entre Arles et le Grau-du-Roi… Une masure perdue au milieu des rizières, à cent lieues de toute habitation…
Les coups pleuvent comme autant de coups de battoir. Elle ne sent plus son corps. Sa tête semble sur le point d’exploser. Sa gorge est partiellement obstruée par le sang qui a envahi sa bouche. Elle va y rester, cette fois. Axelle de Montfermy joue avec le feu depuis des années, infiltrant et démantelant des groupuscules terroristes violents : sa spécialité.
Mais cette fois, la mission est pourrie : les données transmises par ses supérieurs étaient erronées. Elle s’est préparée pour affronter un groupe de terroristes salafistes, a peaufiné son identité pour coller au profil mais est tombée sur des suprématistes blancs dirigés par une pourriture de première, une sorte d’albinos à la mâchoire et aux oreilles démesurées, une caricature d’inhumanité qui prend son pied, depuis des heures, à la torturer.
Elle n’a même plus peur : elle encaisse sans réagir, détruite aussi bien physiquement que psychiquement. Ses yeux ne voient plus. Les voix ne sont plus qu’un brouhaha indistinct. Seuls les hurlements de son corps sont encore audibles.
Une odeur de fumée. La morsure ultime des flammes…
Quand tout serait fini, que les historiens consigneraient les méfaits de cette poignée de mages qui, aveuglés par le mirage des séquences athaumiques, déclenchèrent les guerres magiques, qu’ils décriraient chaque embrasement et leurs lots de malheurs, qu’ils égraineraient les trêves, toujours trop courtes, et feraient le décompte des victimes, toujours trop nombreuses, rapporteraient-ils ce moment charnière ? cette nuit où l’équilibre fut rétabli, quelque part dans les Lithiks, parmi ses pics d’obsidienne et ses vents hurlants ? cette nuit où le mal cela son destin ?
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Cette nuit-là, loin de songer à ce que les historiens rapporteraient dans leurs manuels, le petit mage pensait que, décidément, simuler son trépas n’était pas chose aisée, surtout si son public incluait un revenant. Quand on improvisait le rôle de cadavre, on ne pouvait espérer pire critique. Sa prestation devait pourtant être convaincante puisque son état mortifère semblait faire l’unanimité chez ses agresseurs. Gésir au sol, les yeux fermés par d’affreux cocards, le front et le menton barbouillés de sang, aidait bien sûr au réalisme de la prestation. Il faut dire que ces monstres ne l’avaient guère épargné avant de le laisser pour mort.
Tout en réfléchissant, il écoutait leurs pas râcler la pierre autour de lui alors qu’ils fouillaient son atelier et emportaient notes et artefacts avec toute la finesse attendue de créatures nées de la magie noire.
Ce ne pouvait être que lui, le mal personnifié aux mensonges travestis en paroles onctueuses, celui qui avait prôné l’usage des séquences athaumiques, les présentant comme l’avenir de la magie. Le seul qui n’avait jamais été celui qu’il semblait être : Arcadius !
Prologue de : Chroniques de l’Invisible – Les oiseaux de pierre
Alain CHARLES habite Baudour, il exerce la profession d’ingénieur dans une société de construction en Wallonie picarde. Il a déjà publié plusieurs recueils de nouvelles, contes fantastiques et romans dont «Une si jolie poseuse de bombes » paru en 2022, «Ciel bleu avec nuages » en 2023 et « La solitaire de la ligne 14 » en 2024. Il a également publié en 2024, « L’attente », une pièce de théâtre. « L’enchère » est septième roman.
Résumé
Le dérèglement climatique a entraîné une extrême pauvreté et le désespoir au sein de la population. Ferdinand, dit Led, géophysicien et climatologue, perdant son travail et sa compagne, décide de mettre sa tête à prix, le ministère de la fin de vie promulgue cette méthode pour faire entrer de l’argent dans les caisses de l’État et considère que pour sauver la terre, il suffit de la dépeupler.
Annabelle, son exécutrice, est une splendide jeune femme, son père, un riche entrepreneur-financier, lui a payé l’enchère, elle a bien le droit de s’amuser. La convention est signée et le délai fixé, il lui reste à choisir la méthode, mais un évènement impromptu va changer la donne.
Si tu retires une plaque d’égout et que tu descends dans les sous-sols de la ville, tu trouveras des artères animées, des lignes de métro désaffectées, des catacombes. Dans ce dédale infini de couloirs, de tunnels et de pertuis à peine éclairés vit une véritable termitière. Ce royaume des ombres est hanté par des fantômes semi-humains, des troglodytes farouches et sanguinaires, des contrebandiers, des solitaires indomptés, j’y suis descendu plusieurs fois et après avoir pataugé dans la gadoue fétide des égouts, je me suis fait arrêter par un groupe d’hommes presque nus qui avançaient toujours penchés, le nez vers l’eau purulente. En me bousculant, ils m’ont demandé, hilares, mon passeport et un droit d’entrée vers les enfers. Je t’avoue que j’ai eu les chocottes et que je suis parti en courant jusqu’à la première chambre de visite et ses échelons salvateurs.
*
La vie, Annabelle, est une suite improbable d’évènements, certains sont voulus, d’autres pas, et c’est parfois à n’y rien comprendre. Les croyants, quel que soit leur religion, appellent cela le destin, mais je ne crois pas en une puissance supérieure qui réglerait d’une manière prévisionnelle et fatale la vie humaine, je ne crois qu’en l’homme et au hasard, à la fortuité et à l’inexplicable. Vous fréquentez les casinos, Annabelle, certains jours la chance vous sourit, il n’y a aucun doigt de Dieu sur le tapis vert. Pour la vie, c’est du pareil au même, tout se joue sur un coup de dés. Regardez-vous, Annabelle, hier vous étiez une fille à papa, insouciante, riche et belle, belle vous l’êtes toujours, votre coupe de cheveux vous va à ravir, Zoé a du talent, mais les autres qualificatifs ne sont plus de rigueur. À qui la faute, s’il y en a une? À Dieu? Au hasard? Si vous aviez rencontré Led avant la convention, peut-être dans le même restaurant, auriez-vous étééprise par ses beaux yeux? Rien n’est moins sûr, le contexte du contrat vous a poussée à le regarder autrement qu’un homme de passage.
Tout comme l’auteure, qui le déclare dès la première page, je ne connaissais pas le biographème, je ne savais pas ce que c’était. Alors j’en ai cherché le sens. Dans le dictionnaire d’abord (mon vieux Larousse de 2007) où je n’ai pas trouvé le mot. Pourtant, en me tournant vers mon moteur de recherche préféré, j’ai découvert qu’il avait été employé pour la première fois en 1971 par le philosophe français Roland Barthes et aurait comme signification, je cite : « caractérise un élément biographique mineur de l’ordre de l’anecdote ».
Il semblerait pourtant que cela soit un peu plus que cela…
Avec Angela et moi… et d’autres histoires, Pierrette Firket nous conte, avec sa sensibilité de psychothérapeute, de brefs moments imaginés de vies de femmes, connues ou moins connues, toujours intéressantes, aux parcours différents, aux vies différentes, aux origines différentes, aussi éloignées dans leur parcours que sur la ligne du temps et pourtant si proches dans leur condition de femmes. Noires, blanches, juives ou pas, jeunes ou vieilles, toutes ont en commun la souffrance et la peine, qu’elles combattent avec force et résilience. Parmi ces voix vient parfois se mêler celle de la nature. Une nature sauvage, primitive, quelquefois maussade ou plus riante, comme un énième personnage ensorcelant que l’auteure n’a pu ignorer.
Ce livre de 118 pages est un condensé d’émotions expulsé par les voix de dix-sept femmes, à travers des textes courts mais intenses, très émouvants pour certains, toujours touchants.
Une belle manière de découvrir le biographème, alors… bonne lecture à tous !